MICHAUX
ilu Nord, dont la flore était encore peu connue. Il établit près de New-York un entrepôt de plantes, pépinière de passage, centralisant les espèces destinées à être naturalisées à Rambouillet. Il parcourut en tous sens cet immense continent de l'Amérique Septentrionale, remontant presque jusqu'à la baie d'Hudson, bravant des dangers inouis, vivant en courieur des bois, guidé dans son audacieuse exploration par des sauvages que sa bonté avait séduits. Il mena onze ans cette vie de trappeur scientifique, loin des orages politiques de la mère-patrie.
Il revint en France en 1796, fit naufrage sur les côtes de Hollande, mais réussit à sauver son herbier et ses notes. Il fut reçu à Paris avec beaucoup de considération par l'État et le public. Mais, hélas! des 60.000 plantes qu'il avait envoyées à Hambouillet il ne trouva que quelques centaines de vivantes. La désorganisation,— ou la réorganisation, si l'on préfère, — des services administratifs avait été fatale à la science et à l'agriculture. Il se consola de cette perte en rédigeant ses observations et en faisant graver son herbier. C'est à ce moment qu'il publia son Hiatoire des Chênes de V Amérique Septentrionale, et sa Flora Boreali- Amerlcana. Dans ce dernier ouvrage, il inséra la description de cinq vignes d'Amérique, sans prévoir les services qu'elles seraient appelées à rendre à la viticulture française au jour du phylloxéra.
Doué d'une activité infatigable, il repartit en voyage en 18Ô0. 11 alla herboriser à l'Ile-de-France. En 1802, il aborde à Madagascar : frappé de la fertilité de cette île, qu'il désirait française, il défriche sur sa côte quelques hectares de terrain pour y faire, une pépinière. Mais, atteint par les fièvres de ce climat pernicieux, il meurt, ayant eu la gloire de planter le drapeau de la France et du progrès sur cette terre qui devait être plus tard arrosée et fécondée par tant de sang française
Texte : flora boreali-americana
Paris, Huzard, 1803, 2 vol. in-8"»
T. II, p. 230. Il décrit cinq variétés de vignes en donnant leur nom vulgaire.
I. Labruscsf. Vitis foliis amplissimis, lato-cordatis, sublobato-angulatis, sQbtus incano-tomentosis ; racemis fertilibus parvulis, baccis majoribus (aux grappes fertiles et très petites, aux baies plus grandes). Vitis Taurina.
1. Cf. sur Michaux la notice publiée en 1804 par M. Deleuzë, t. III des Annales du Muséum d'Histoire naturelle.
Walterus. Tous les habitants l'appellent Vulpina (Fox Grape), comme nous l'apprend justement une phrase de Clayton. L'espèce des Antilles paraît en être tme variété. De la Pensylvanie à la Floride.
II. iEstivalis. Vitis foliis lato-cordatis, 3-5-lobatis, subtus rariusculè tomentosis, pube rufa, sinubus rotundato-obtusis-; racemis fertilibus oblongis ; baccis parvulis. Vitis Lahrusca. Walterus. Vulgairement on l'appelle Summer grape ou Raisin d'été. Dans les forêts, de la Virginie à la Caroline..
III. Gordifolia. Vitis foliis cordatis, acuminatis, subœqualiter dentatis, utrinque glabris; racemis laxe multifloris,polycarpiis, baccis pavulis, serotinis. Les* habitaints l'appellent Winter f/rape ou Raisin d'hiver. De la Pen sylvanie à la Floride.
IV. Riparia. Vitis foliis inaequaliter inciso-dentatis, breviuscule trifidis ; petiolo, nervis margineque pubesQen tibus. Les habitants français l'appellent Vigne des battures. Sur les rives et dans les îles des fleuves Ohioj Mississipi, etc.
V. Rotundifolia. Vitis foliis utrinque lucidis, reniformicordatis, subfequaliter dentatis; racemorum floribus pluries capitulatis ; baccis magnîs. C'est vulgairement le Muscadin Grape. De la Virginie à la Floride.
Le savant bibliothécaire du Jardin royal botanique de Madrid, Don Simon-Roxas Clémente, entreprit la classification des vignes de sa province, en précisant la description des caractères permanents des espèces, caractères qu'il appelle, avec raison, dlstinciico(<^ distinctifs.
« El conocimiento de las cariedades de la cid, dit-il, no puene menos de ser empiriro, obscuro^ è ÎTicommunicable mientras no aejixen las ideas de sus caractères distincticos. C'est-à-dire : La
connaissance des variétés de la vigne sera toujours empirique et obscure ; il sera impossible d'en communiquer les moindres notions, tant qu'on ne fixera pas les idées sur ses caractères distinctifs. »
Et il donne de ces caractères une nomenclature très complète, traduisant et commentant les termes latins généralement employés par les botanistes pour ces sortes de descriptions, les adaptant avec beaucoup d'art à oette science nouvelle qu'il baptrse ampélographie. Puis il les réunit en six tables synoptiques destinées à faciliter l'étude et la classification de n'importe quels cépages.
Voici ces tableaux, un peu compliqués sans doute pour la pratique, mais qui peuvent néanmoins rendre des services à l'observateur, à l'homme d'études, au botaniste viticole, en un mot à l'ampélographe.
Texte : ESSAI sur les VARIÉTÉS de la VIGNE
qui cégètent en Andalousie. . . -
Traduit par M. le Marquis de Caumels.
Parfs, Poulet 1814.
Objet et Usage des Tables s3rnoptiques des Caractères des Variétés de la Vigne.
lo J'ai formé ces tables dans l'idée de réunir, sous un seul point de vue, toutes les différences qu'on a découvertes jusqu'à présent dans les variétés de la vigne, afin que le lecteur, instruit de là doctrine que je viens de donner sur cet objet, puisse les apercevoir au premier coup d'œil, et former une description complète et bien réglée de quelque cépage que ce soit, sans autre travail que celui de reconnaître un à un les caractères qui lui conviennent, et d'en prendre note, à proportion qu'il les reconnaîtra.
2*^ Chaque description doit être composée de six paragraphes, parce que c'est le nombre des parties principales de la vigne, dont j'ai exprimé les. caractères en autant de tables.
3<> J'appelle partie principale, celle qui donne beaucoup de différences notables, et, en ce sens, on peut donner ce titre aux fleurs et aux grains, quoiqu'en les considérant sous un autre aspect, les uns et les autres soient des parties subalternes du raisin.
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4^ Quand les parties subalternes, que nous supposons ne devoir pas séparer dans un paragraphe particulier, parce qu'elles offrent peu de caractères, en réuniront néanmoins de suffisant pour rendre la description obscure et diffuse, si on les réunit à lin même période avec ceux de leur partie principale respective, alors on les décrira à la fin du paragraphe, en formant un période pour chacune. C'est pour cette raison qu'on a fait trois divisions à la fin de la table II pour les caractères des rameaux secondaires, des vrilles et bourgeons, que je considère comme parties subalternes du sarment. J'en ai fait une à la fin de la table III pour les caractères d\i pétiole, comme sufcalterne de la feuille ; deux à la fin de la table V pour le pédoncule et les pédicelles, comme subalternjes du raisin; et finalement deux autres à la fin de la table VI pour l'anneau et les graines, comme parties subalternes du grain.
50 Dans chaque partie de la vigne, tant principale que subalterne, on doit observer diverses propriétés ou caractères généraux, et dans ceux-ci diverses différences ou caractères particuliers. Dans les grains, par exemple, on exminera quinze caractères généraux; savoir : la gros seur, leur proportion mutuelle, la figure, le sommet*, la superficie, la couleur, la nuance de la couleur, la facihté ou la difficulté avec laquelle ils se séparent du pédicelle, la quantité de chair ou pulpe qu'ils laissent attachée au pédicelle, la persistance du stigmate, leur consistance, leur substance, leur peau, leur saveur et le temps de leur maturité. Pour ces quinze caractères, on a destiné dans la table VI autant de cases séparées par des lignes droites verticales ; et à chacune d'elles on a placé toutes les diffé rences ou caractères particuliers que peut donner un caractère général. C'est ainsi que, dans la première case,
1. Quoique le sommet et la peau soient en rigueur parties du grain, je les classe ici comme caractères généraux, au lieu d'exprimer l'unique propriété ou caractère général que je considère en eux.
qui est destinée au volume des grains, on voit que, en ce qui a rapport à ce caractère général, on doit exprimer dans la description si le grain est très gros, gros, moyen, petit ou très petit.
60 Quand une différence ou caractère particulier présente encore quelques différences, on les écrit en petits caractères, à droite, et sur la ligne du caractère particulier, en les séparant par un crochet. Par exemple, entre les caractères particuliers de la couleur du grain, on remarque celui d'être blanc; mais comme les raisins blancs sont toujours verdàtres pu un peu dorés, on exprime ces deux différences à la droite du mot blanc, afin que, quand on décrira un raisin blanc, on n'oublie pas de noter s'il est blanc-verdâtre ou im peu doré.
70 Quand deux ou plusieurs caractères particuliers se réunissent pour présenter certaines différences qu'on n'a jamais observées dans les autres caractères particuliers de la même case ou caractère général, on exprime ces différences à la droite des caractères particuliers auxquels ils se rapportent, en, les séparant par un crochet. Ainsi, ayant observé, par rapport à la transparence et à l'évidence des veines, que les raisins blancs et verds présentent seuls des différences appréciables, on les a exprimées dans deux cases sur la ligne où on exprime- ses couleurs. De cette manière, celui qui décrira un raisin blanc ou verd, avec la table sous les yeux, ne peut pas oublier de noter après la couleur du grain le degré de sa transparence, et celui de l'évidence des veines.
8^ Chaque différence d'un^ caractère particulier peut présenter d'autres différences, et chacune de celles-ci peut en présenter d'autres encore. Dans ce cas, on exprime les plus particulières, respectivement aux moins particulières" auxquelles elles se rapportent, ainsi que j'ai indiqué dans le paragraphe 6 ; c'ést-à-dire à la droite sur la même ligne, en les séparant par un crochet, et en usant d'un caractère d'écriture différent. C'est ainsi que, dans la table VI, après avoir noté dans un raisin doré si sa dorure
est pure ou grisâtre, on doit exprimer dans le premier eas, pour que la description soit parfaite (quant à la couleur), si elle a aussi des points ou des raies de dorure grisâtres.
9» Je crois que ces exemples ^ suffisent pour que quiconque sait lire puisse comprendre la composition de ces tables, et en faire usage. A chaque pas qu'on fera dans la science, il faudra les retoucher pour qu'elles soient toujours un tableau fidèle de l'état de lampélographie * dans la partie théorique. En leur comparant mes descriptions, on verra qu'il y en a bien peu d'aussi complètes qu'on peut aujourd'hui l'exiger, et que chacun pourra les faire en étudiant les variétés dans tous les périodes de leur végétation.
Notes :
Nous avons déjà dit, p. 35, à queUe regrettable inspiration avait obéi l'anipélographe espagnol, en tentant de baptiser à nouveau tous les cépages pour leur infliger des noms latins. Malgré son peu de succès, cette entreprise malheureuse a laissé des traces chez quelques auteurs, notamment chez les Italiens, et en particulier dans les œuvres de M. de Rovasenda. Il est donc utile de connaître cette liste hispano- latine de don Simon. Nous aurons, en môme temps, sa classification générale, basée sur le tomentum des feuilles. A gauche le nom vulgaire, à droite le nom forgé par Simon-Roxas.
1. J'ai pris ces exemples du raisin, parce qu'il çst la partie la plus connue de la vigne.
2. Mot grec composé d'a|X7ceXo;, vigne, et de ypaçr,, description. On peut donner ce nom à la science des variétés de la vigne, comme on donne celui de lichenographie à celle des lichens, celui de phytographie à la botanique, etc., etc.