DE L'AMOUR
Nom divin : to^Sn (El Gibbar).
Sacrement : L'Ordre.
Vertu : La Force.
Don : L'Intelligence.
Béatitude : Le Cœur pur.
Œuvre : Supporter :
Ange : Zachariel.
Arcane : Le Senaire.
Planète : Mérodack.
L'Amour est le désir permanent du meilleur ; entendre ce mot au sens sexuel c'est ne point l'entendre, circonscrire la volupté entre une table et un lit et donner à la femme le souverain empire de l'amour, cela ne se conçoit pas. L'Eros grec signifie le Désîreur, et son mythe ne se rapporte aucunement à la passion conjugale.
Au contraire de la femme, qui dans l'économie pro-
videntielle doit tout subordonner à son époux, Tbomme ne doit mettre la femme qu^âu second plan de sa pensée et de sa vie, et le type de Don Juan m'apparaît le plus vain qui soit; cet homme qui répète sans cesse le même exercice, ce nigaud qui croit que changer d'instrument fait meilleure musique, ce superficiel qui n'aperçoit pas le vide de la femme et qui a Tâme trop faible pour créer ce qu'il désire. Don Juan représente ce privilège diabolique de Part, ce prodigieux efifet du libre arbitre cérébral, par lequel l'homme parvient à avoir raison contre la Rationnante.
La contemplation du mystère de foi ou de poésie, l'étude d'un prélude de Bach, d'un dessin de Léonard, d'un métope, ne sont pas le fait de beaucoup : et la femme devient tout l'horizon idéal pour celui qui ne se hausse pas jusqu'à l'abstrait.
Distingue bien en ma pensée que, comme l'apôtre, j'estime le célibat supérieur au mariage et j)lus propre à la perfection individuelle.
Toutefois le mariage reste la seule forme de l'amour compatible avec la Magie : l'épouse vaut toujours mieux que la maîtresse, en vertu de cette loi que j'ai déjà dite, par laquelle la femme poursuit son intérêt de^ destin dès qu'elle aime ; l'union sacramentelle la désarme en unifiant son destin avec le tien.
Initié, ne te marie que si tu possèdes, ou si on t'ap-
porte rindépendance matérielle : du jour où tu es époux, ton premier devoir consiste à défendre de toute gêne ta femme, pareillement tes enfants ; et, sans or, te voilà forcé à pactiser avec le siècle, à prendre du service dans une abomination sociale : tu peux encore être un saint, tu n'es plus possible pour la Magie.
Quant au célibat sans vertu, je t'ai donné aux règles de sociabilité les avis profitables communément. Wagner a prodigieusement représenté la femme et plus synthé- "^ /voç-^i'»};»*-»
I et plus synthé- "^ /u>t^u\ jours la révéla- •UAV>vncJw« eu
tiquement que Balzac: Eisa forcera toujours la révéla-«UAV;ivnct(Jc^^r^, tion qui la tuera et Koundry, la féminité en personne, fluctuera du Graal à Klingsor également excessive au mal et au bien. Ni femme, ni maîtresse ne doit te dominer : retiens que la femme, toute-puissante dans rintimité, est impuissante sur celui qui s'en va. Ne discute jamais ; la femme oublie-t-elle son obéissance, vat'en : va-t'en dans la pièce à côté, ou dans la maison à côté, ou dans le pays à côté. Va t'en pour une heure, ou un jour, ou un mois. A toi de juger des cas, je ne puis que te donner le secret : « Va-t'en. » Car d'un côté cela frappe la femme dans son sentiment essentiel de la possessivité et, en outre, il n'y a que les brutaux qui résistent aux luttes d'intimité.
Soumise à l'homme, reverbérative, la femme devient son égale en ce qu'elle est son double, sa sosie zélée et enthousiaste ; idéalement l'époux et l'épouse seraient
Fandrogyne platonicien» un même être en deux exemplaires. Soumettant Thomme, elle le méprise ; la femme n'aime que son maître.
Est-ce à dire qu'il faille tyranniser cet être si peu responsable et si inconscient ? Non certes» il ne faut que la subordonner à Tidéal» sans Thumilier. Ne dis jamais à la femme : « Vous êtes incapable d*un tel sentiment » ; elle est capable de tous» hauts et bas» et fais-lui crédit : et la coquette éternelle métamorphosera ses sentiments pour te séduire. Montre-lui une chimère et dis-lui : « Voilà ce que j'aime et ce que vous pouvez réaliser. » Si elle t'aime» elle réalisera; si elle ne t'aime pas» le mal est petit en soi. Rien ne ressemble autant à un amour que tout autre amour.
La tendance de ce sexe étant» comme celle de la plèbe, d'essayer toujours si ce qu'elle raime, résistera : oppose le silence et l'absence à toute rébellion. Tu ne risques que d'être trompé par vengeance, ce qui est peu, ou désaimé» ce qui est moins encore.
Balzac » le plus grand génie littéraire de ce siècle »
a fait un livre naïf sur la crainte du cocuage , et les
c.^^^ t romanciers superficiels n'ont pas su les affrel^ d'être
aimé.
Ne sois jamais jaloux» et tache de te défendre des jalouses : elles saccageraient une existence sans un remords.
« Je souffre »» dit la femme et sitôt la voilà justifiée de tout. Efforce-toi, mon disciple, de ne jamais inspirer de fy sentiments extrêmes; ils sont brefs et laissent des ruines derrière eux.
Nous demeurons responsables des folies dont nous sommes l'objet : l'initié veille à ne désordonner aucune âme. Nous sommes aussi répondants de^ douleurs qui naissent de nous ; et notre nom ne doit pas être prononcé avec des larmes, fût-ce par un seul être.
Toutefgis, lorsqu'il y a collision de destins, lorsque la femme mêle à son amour une affaire et poursuit en même temps la lutte pour la vie et la lutte pour Famour, il faut briser la femme sans hésitation.
L'art a beaucoup gâté Tesprit humain par son outrance sentimentale. Quel poème de vertige que Tristan et Yseult! Mais il faut qu'ils meurent, car la vie ne permet pas au vertige de durer ; et la folle passion qui tue dans l'œuvre d'art, abrutit en réalité.
Conçois le véritable amour comme une bonté tendre plus attentive encore que vive, plus permanente qu'excessive.
Conçois la volupté en mode apaisé et gracieux et non farouche; recueilli et souriant. Les beaux cœurs reflètent profondément, mais paisiblement ; les beaux corps se rythment sur la caresvse calme (1).
(1) Comment on devient fée f in-S, suite du présent.
Que l'idéal soit toujours en tiers dans ton amour. . •; il(3^ (*4 9'^Jr 'o^ Je n'entends pas certes que tu basbleuise ta femme. .j^^t' Une femme ne sait jamais rien; quels que soient ses
efforts, elle aboutit au rôle perroquet, et assomme; mais quelques rares enferment le précieux enthousiasme : les élues peuvent admirer.
Si tu rencontres quelqu'une de celles-là, fomente en elle cette belle faculté de l'enthousiasme ; que le culte du génie humain la voie servant la messe idéale : ce que sa vibration ajoutera à la tienne est indicible.
Le soir descend sous des arceaux de cloître et l'angélus tinte, si ton épouse alors ajoute son impression à la tienne, tu connaîtrasTadmirable second violon qu'est la femme au duo sexuel.
Le domaine musical, si matériel, si nerveux de mode impressif, m 'apparaît le seul où la femme puisse célébrer le mystère : Pâme de la moderne, le meilleur de son âme se manifeste par le piano.
Il faut que l'amour soit l'apaisement pour être vraiment Tamour ; sinon il s'appelle passion, on le subit comme un instinct supérieur.
Tu n'éviteras probablement pas cette phase de la formation sentimentale où la lecture de Musset et l'exemple de ton monde te pousseront à tout subordonner à des possessions sexuelles. Gomme je ne peux sans sottise croire que tu seras assez sage et prématurément
grand, pour terrasser la chimère passionnelle à tes premiers pas, ni assez heureux pour résoudre par un mariage heureux le problème des yingt ans, reçois ces conseils qui ne sont pas les commandements de Tidéal, mais leur accommodation à ta faiblesse.
L'amour ne féconde, c'est-à-dire n'éveille en nous de multiples impressions, que par l'imagination et le désir ; il est donc mauvais de perpétrer l'œuvre de chair, et le moins c'est le mieux.
Car la volupté n'est pas dans le spasme, mais dans la progression nerveuse antérieure.
Ne dors jamais auprès d'une femme comme amant ; je ne te défends pas le lit, je te défends la couche qui appartient au seul mariage.
Distingue bien que le mariage est une résolution d'accoupler son destin à un autre destin et que l'amour est une tentative d'art, qui cherche la restitution de l'être primitif, l'androgyne artificiel du platonisme.
Celui qui se marie doit être d'abord homme d'état; celui qui aime, poète et lyrique. Est-ce à dire que les deux ne se peuvent joindre ? Non, certes, mais comme l'amour ne comporte pas plus la durée que la clairvoyance, se marier parce qu'on aime est un acte d'instinct et imbécile ; se marier sans aimer, un acte noir et également sot.
Sois averti que là où tu vois du clair de lune et des
Ii2 AMPHITHÉÂTRE DES SCIENCES MORTES
baisers, la femme voit souvent un meilleur moyen d'existence» ce qui lui est permis, mais ce qui ne t'engage pas à cette duperie de Rendormir au nom du rèye pour te réveiller aux bras de la nécessité.
Aussi, la vie de jeune homme est-elle encaissée entre deux barrières ; Tune ^interdit depuis la fille du peuple jusqu'à la déclassée parce que toute femme qui ne porte pas le harnais des convenances, peut trop aisément menacer ton destin ; Tautre te défend les épouses et les vierges, parce que tu leur apporterais un désordre de destinée. Ce qui te reste ? tu ne le vois pas et ce n'est pas mon rôle de te le montrer ; mais les veuves et les divorcées me semblent celles qui à la fois averties et libres pécheront le moins, et j'insiste sur ce point que l'exercice sentimental suffit, que la tentation ne nécessite aucunement de céder, et qu'un flirt tendre contente les fines natures, en sa forme d'amitié voluptueuse.
Les poètes, ces êtres parfois divins, ont par malheur faussé l'imagination occidentale, en suivant la galanterie, que les Maures d'Espagne et les kalifats exagérèrent.
La femme n'incar ne nil'amouf , ni l'idéal, et vraiment jugée sur ce terrain, elle tomberait au-dessous de l'imaginable. La sœur de charité et la mère de famille, sont incomparablement plus hautes que les amou-
reuses, même si on donne une égale valeur au plan de charité et au plan passionnel.
Demande donc à la femme ce que sa faculté de charité lui permet de donner, et non pas de réaliser ton rêve.
Evoque Cléopâtre non pas reine d'Egypte, mais fille d'un bourgeois peu aisé de Lyon, et tu verras que le prestige de la femme est fait de mille choses extrinsèques7 telles que le nom, le rang, le luxe, la puissance.
Il exista jadis dans les familles royales des Atlantes et des Babyloniens, des princesses admirables ; mais pour produire ces météores, il faut deux mille ans de splendeurs monarchiques.
Tu rencontrerais Hatasou ou Nitacrit, ou Semiramis;
sous les traits d'une femme de percepteur et tu ne Isi^i^'^"^^"^"^^'
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reconnaîtrais pas, car elle ne se connaîtrait que par un destin la révélant à elle-même; et il n'y a pas actuellement d'autre destin que d'être Madame Wagner, Madame Récamier, abbesse ou sainte.
Au reste le contemporain lui-même ne saurait donner à la femme les joies d'autrefois, pour cette raison usuelle que la. femme d'un général est toujours plus jolie que le général.
L'art seul doit satisfaire à tes rêves ; vis avec les chefs-d'œuvre et ne demandé à la femme que du cœur et de tempérer ta sensibilité.
La femme qui passe doit produire un mirage, la femme qui reste un assagissement, et le mariage n'est si beau que parce qu'il réduit la passionnalité à son minimum d'importance.
Ces idées ne sont ni courantes ni propres à être reçues aisément, elles ne flattent, point les sens et aux superficielles paraîtront mysogines, avant que la scfence d'Aimer n'ait été dite avec des développements ici impossibles.
Ce que je peux indiquer, c'est l'idéal de l'amour, en même temps du mariage : la paix simultanée du désir et du destin trouve sa réalisation dans le seul cas où la femme comprend son rôle satellitaire de l'homme, dô l'homme supérieur s'entend.
Quoique de nos jours, ce mot doive être usurpé par les bas-bleus et leurs similaires du pinceau, je ne puis cacher que des êtres ont existé, esListent peut-être, également supérieurs à l'un et l'autre sexe, ce sont les androgynes comme saint Jean, Mozart et Raphaël :mais ce troisième sexe ne consiste jamais, femme, à écrire des articles, homme, à faire de la tapisserie.
Il ne faut point oublier que les Keltes qui subirent d'abord le sacerdoce féminin, furent poussés par ces êtres de prétendue douceur aux sacrifices humains^ que partout où la femme commande, la démence règne, et que tu ne dois aucunement lui obéir.
Jamais le mot maîtresse ne doit sonner à ton orgueil ! Aie des amies, ou aie une épouse, nulle autre.
Inutile me parait la mention de la fête, ou débauche : le vive ur est toujou rs un imbécile.
11 y a place entre le prêtre et le laïc pour un tertiaire qui repousse les bas péchés du laïc sans prétendre à la pureté sacerdotale. Aux piliers d'église qui expirent la calomnie après chaque pa/^, aux gens de haine je parais ici donner licence d'immoralité, alors que restreignant '
la prévarication, j'obtiendrai peut-être une améliora- ^^hî^^"^ -^ tion au lieu d'exiger une rigueur dont on rirait. i>^**t^,o**t4.1i*utfe c^^^
Sans révéle r Tésotérisme d e l'amour, je puis laissertr^A^vwMM.o^w^ w
voir que la volupté même a un grand rôle comme fer- c ^ç-^up» <ui :i ment de Tâme, comme levure dé l'être en panification JJH/iM4>;JrtV0ii«
de perfectibilité; et une seule remarque rendra sen-JuT^rniS ei^^f\ sible cet archidoxe.
La douleur apparaît, à tout penseur, la condition d'élévation morale; or, l'amour sexuel ne réalise-t-il pas les plus étonnants caractères d'appeau pour faire souffrir, et la passion ne définit-elle pas une souffrance qu'on accepte et qui plaît ?
Aussi parlant, non pas à un futur Ariste, à un qui veut devenir Mage, parlant à un tout-le-monde, je le pousserais à l'amour quand même et quelconque comme à la seule salure qui puisse empêcher un du collectif de trop pourrir et puer.
CONCORDANCE CATHOLIQUE
ÂRGÂNE DE MERODAGE OU DE COMMANDEMENT
Dans les temps comme le nôtre où il y a scission entre l'Art et la Foi, la Science et le Clergé, c'est le devoir des chrétiens d'exception de tenir l'emploi où les oints sont incapables.
Quand la curie romaine est lâche, l'épiscopat français assermenté, les congrès catholiques assez gâteux pour défendre Tétude du nu et renier Baudelaire et d'Aurevilly, il y a lieu de restaurer, comme j'ai fait, Tordre de la Rose f Croix du Temple. Le clergé contemporain ne veut que des dévotes, parce que cela est commode à son ignorance et à sa paresse.
Les magnifiques de la Rose f Croix assument le fardeau de tenir haut et ferme la croix sainte dans la sphère la plus haute, celle de la subtilité et de la beauté.
DE L'AUTODIDACTIE
Un vrai chrétien a deux prochains : Tautrui et Tau delà.
Gestes, chefs-d'œuvre, prestiges, idées, idées surtout, vertiges d'héroïsmes, rayonnements d'art, thaumaturgie de foi, ascensions de gnose : voilà les voies, voilà les vœux, voilà les oraisons et les mérites. (L'ilndrogyne et la Gynandre, huitième et neuvième roman de Téthopée la Décadence latine.)
L'AUTODIDACTIE
Nom divin : ^nn^iN (Ararîtha).
Sacrement : Mariage.
Verbe : Tempérance.
Don : Sagesse.
Béatitude : Pacificité.
Œuvre: Nécrolatrîe.
Ange : Orifiel.
Arcane : Le Septénaire.
Planète : Adar.
Grains Texemple d'autrui. Pense d'après toi-même.
Le plus profond des Vers dorés nous avertit que pour se fiancer au mystère, on meurt au monde. Toute grandeur est fille de la solitude, non pas de cette solitude matérielle si facile à réaliser sur un îlot, mais de la solitude cérébrale qui se pratique à Paris, en tout lieu, et qui exige une force de personnalité rare et tenace; car il ne s'agit pas, .comme en mystique.
de s'abimer en Dieu, mais de le chercher par toutes les voies de rentendement ; ces voies ce sont les livres testamentaires de la pensée humaine.- Le commerce SVM les grands morts, la méditation des textes de Moïse, de Pythagore, de Pliteo et des Pères de FÉglise, voilà la seule nécromancie et le grand secret de h piiiwiaHiBB magique. Pour Tinitié, le présent n'est rien que le moyen de l'avenir ; le passé seul présente un point d'appui mental.
Il y a une communion des génies comme une communion des saints, et la solitude seule y fait participer.
LOI. Le mage est en subtilité ce que le mystique est en extatisme; le mage procède par l'en tendement, le mystique par élancement ; celui-ci est un cerveau enthousiaste, celui-là un cœur se cérébralisant, et il y a un point oh le cœur engendre Tabstraît, ou Tabstrait amène à Textaxe; saint Thomas et saint François personnifient le double idéal, il serait impie de vouloir préférer entre ces deux sublimes mages. -
L'école italienne aime un motif, fréquent sous le pin* ceau de ses incomparables maîtres, le mariage mystique : la Vierge tenant l'enfant apparaît à sainte Ga* therine. Le divin Jésus tient un anneau d'or qu'il met au doigt de la sainte. Voilà le symbole du septième arcane.
L'initié conscient de lui-même, affranchi de tout social, préparé par les expériences de volonté, devient le fiancé de la tradition, il ne deviendra mage que si le
passé I*accepte, nouvel anneau à la chaîne inlnterrom* pue de la pensée.
Dès lors, rame étant préparée, la culture magique peut commencer. Mais malheur à celui qui prend Toc-^ culte comme une profession. On n'est pas mage comme on est peintre ou journaliste. .
L'initié ne devient adepte que du jour où il adhère à uû abstrait, et cela ne s^entend pas de quelque écriture, mais d'un véritable effort de lumière impersonnelle.
La pire fortune pour la magie, ce pullulement de rhomme de lettres qui s'abat sur elle comme sur une branche encore inexploitée de la chose nommée copie : et les désœuvrés qui s'amusent du magnétisme, et les hystériques qui se font duper par les médiums.
Le véritable initié n'ignore pas que la magie ne peut être enseignée, car elle est la science, non pas une science ; elle est la méthode pour tout, elle ne saurait être la matière de rien.
Au reste, ceux qui pédagogisent Tocculte se gardent bien d'exiger aucune valeur morale de leur auditoire, . ils s'adressent à l'entendement, mais on peut être un scélérat et avoir de justes notions métaphysiques. Pour devenir mage, il faut devenir noble et bon ; il n'y a pas de magie noire, pas plus qu'il y a de vérité-erreur, de lumière-ténèbre : il y a des esprits cultivés dont l'âme reste inculte, voilà tout..
Ce qu'on nomme sorcier n^est autre qu'une mauvaise volonté viciant une certaine culture.
Les crimes de la . sorcellerie sont des crimes ordinaires ; accomplis dans une époque de foi, ils revêtent un caractère superstitieux. Qu'est-ce donc que le Klingsor médiéviste, sinon un simple criminel qui fait des simagrées en plus. Don Bazile avec sa calomnie est un envoûteur beaucoup plus redoutable que les pétrisseurs de Teffigie en cire : et Gilles de Raiz qui cherchait Tor en immolant et en violant des enfants ne me semble pas plus satanique que Jules Ferry provoquant, par sa sale invasion du Tonkin, l'invasion mongole qui dans un demi-siècle campera sur la place de la Concorde. Il ne faut pas être dupe des formes et des modes de faits permanents, Orphée charmant les monstre s'appelle plus près de nous Lamartine, médusant une révolution par une phrase lyrique.
N'est-ce pas stupéfiant qu'on étudie la suggestion momentanée et individuelle avec un grand concours de savants patentés, avant de s'être expliqué cette suggestion colossale qui fait accepter le service militaire à un peuple prétendument civilisé. Au lieu de remuer le côté pittoresque et eau-forte du moyen âge, demande-toi quel sorcier a jeté le sort de l'obéissance passive sur rOccident ; l'État trouve autant de maléficiés qu'il en veut pour les envoyer crever au Tonkin, voilà qui
mériterait un peu plus d'explication que le déplacement d'une brosse de la cheminée à la table. Gomme je ne peux pas t'empêcher de faire des expériences de déterminisme phénoménal, je t'indique seulement que la vérité seconde ne se cache pas dans l'anormal, mais parmi les phénomènes permanents.
Explique-toi la succe^ion des idées qui te visitent en un seul jour, cela vaudra plus que de détailler les phases de l'hypnose.
Comme je t'ai enseigné à te circonscrire à toi-même, à|t'isoler de Tépoque et du milieu, je t'engage à circonscrire ton étude sur ta propre personnalité jusqu'au jour où tu l'auras parachevée. Alors tu regarderas le présent pour y semer les germes de l'avenir ; jusquelà aie l'œil et l'esprit sur le passé.
Sans limiter tes lectures, sois toujours . en défiance devant le Verbe hindou ; car tu ne dois, catholique, adopter que les philosophes, et le bouddhisme est une religion.
La tradition sémitique, la plus pure et la plus forte, est entièrement conforme à l'Église; suis-la, mais comme le Sémite, ce suprême théologien, n'est pas un artiste^ demande au génie grec des Pythagore, des Platon et même des Alexandrins, ce qui manque à la Kabbale.
Avec le Credo catholique pour étalon de vérité,
126 AMPHITHÉâTBE des SCIENC3BS M0RTE9
choisis parmi le Verbe kaldéo-grec ce qui confient le mieux à ta nature. Dieu n'est pas seulement très Yarié, il est infini et partant indéfini ; à le définir, sers-toi du mot le plus noble à ton sens, appelle-le Artiste si tu yeux ; ou bien ne le nomme pas, car le langage angélique lui-même n^y parvient point. ^
Que la majeure partie de ta oreille soit hors du siècle : suppose la méditation d'un ange qui aurait vu se dérouler toute la création et l^e règne hominal, voilà le point de vue où tu dois penser.
Efforce-toi de trouver un intérêt extrême à ta propfe perfection, cultive-toi comme les dévots font leur salut, d'une sorte entêtée et comme hypnotique sur TAbs*
trait.
Cache ton initiation ; c'est le premier cercle d'or d^ne couronne, et, en ce temps, les assassins de Louis XVI et de Marie-Antoinette sont les maîtres et ils détestent plus encore Tintelligence catholique que la royauté.
Les affaires de TOccident sont à jamais gâchées ; il n'y a plus rien en France de sauvable ; mais la langue française sera demain la troisième langue classique, et voilà pourquoi il te reste encore un devoir de haute culture.
Je ne veux certes te pousser ni à la conférence, ni à la littérature : même si tu as le désir noble en soi de la
gloire et que ton destin le permette» écris tard, publie plus tard encore.
La magie n'est ni dans le livre, ni dans l'action, mais dans le verbe : si tu penses juste et si tu penses toujours, une heure viendra où ta pensée sera manifestée, elle deviendra agissante si elle est belle.
A regard du prochain sois pacifique ; non pas indifférent; en toute occasion où Ton insulte Dieu ou les génies, proteste, tu le dois.
L'exécution des décrets de L'infâme Ferry, la tentative d'assassinat de Fiorentino sur Lohengriny la ligue des patriotes contre Lohengrin, voilà des exemples où la colère est sainte r car tu dois littéralement vivre d'admiration autant que de piété.
Initié, tu voueras un culte à Pythagore comme à Phidias, à Léonard comme à Orphée, à Fabre d'Olivet comme à Delacroix.
Seule, l'admiration à Fétat religieux peut te rapprocher des génies. • Les Vers dorés disent, comme troisième ordre :
Révère la mémoire Des génies bieafaiteurs des héros demi-dieux.
LOI. Le verbe du génie ne meurt pas plus que le génie luimême; la pensée de Platon flotte toujours vive dans Téther et l'initié, par les rites de Tadmiration^ attire sur lui le rayonnement et la fécondation de TEsprit dont il se fait disciple.
Rien de plus constaté que le pouvoir des apotropéens ; par Tinvocation à saint Antoine de Padoue, je retrouve immédiatement un objet égaré ; l'image de saint Christophe est un talisman véritable contre les^
accidents; pourquoi les élus de Tintelligence n'auraientils pas la même thaumaturgie? £n magie, le signe de Salomon ou du macrocosme est dit tout-puissant, quoique depuis longtemps son verbe soit absent de la culture ; en magie comme en religion, le signe de la croix apparaît le signe suprême.
Ne laisse jamais l'ivresse de l'intelligence te détourner de la religion, et croire que science vaut vertu ; surtout, initié, ne cesse pas d'être un fidèle : ce qui te fait
douter dé l'excellence du catholicisme, c'est ta propre routine.
Assiste à la messe en esprit, en critique, et tu seras terrassé de sa splendeur.
Retourne ce que je t'ai dit dit de l'atmosphère morale, à propos du café, retourne-le en faveur de l'Eglise ; c'est le seul lieu où l'air, au figuré, soit sain et vivitiant.
Quant au clergé de l'heure, un évêque français ne vaut pas une corde ; mais il fonctionne le divin, et cela suffit pour que tu le défendes, même si tu le méprise».
Les congrégations romaines te semblent d'une compétence douteuse, ne les heurte point ; ta main pleine
de vérités, ferme-la, si les vérités sont intempestives.
Rends aux dieux immortels le culte consacré.
C'est le premier mot de Pythagore, ce sera la dernière idée de ce tome. Quiconque ne va pas à la messe, n'entrera pas au temple du mystère.
Je me suis efforcé de 'te détacher de tout, le zèle qui te reste, donne-le à l'Église. Elle ne te force pas à traduire Nahash par serpent, mais elle a dû satisfaire au plus grand nombre avant de penser à toi.
Sois catholique pour devenir mage, et n'oublie jamais que si tes maîtres sont parmi les morts, tu as un supérieur parmi les vivants. Sa Sainteté le Pape.
CONCORDANCE CATHOLIQUE
AKGANE DE ADAB OQ DE U PERHâNENCï;
La correspondance du mariage en magie, c'est l'union de l'initié avec la tradition contenue dans les chefsd'œuvre, c'est le souci même, chez le catholique romain, de combiner toutes les parcelles de vérité éparses et quelques-unes propres à des cultes disparus.
La vertu de l'initié se forme de la sérénité : elle lui vaut la béatitude donnée aux pacifiques.
L'œuvre de misécorde la plus haute consiste à faire, dans sa pensée, une sépulture aux sublimes pensées ; à recueillir les belles idées perdues dans les anciens livres, et, je le dis hautement, aux congrégations romaines, élever en son entendement un cénotaphe à Platon, repenser les sublimités de Gonfucius ou de Zarouthoustra, sera toujours la plus haute des piétés comme la plus rare. ^
Saint Augustin, après avoir dit les sept degrés de la perfection, dénonce le huitième comme le signe de la réalisation septennale : « Souffrir les persécutions injustes. » J'avouerai que, pour le mage, cette béatitude est infiniment plus réalisable. La persécution vient de rÉtat ou de Tindividu, et le mage méprise Tun comme l'autre.
Le mage ne s'affecte d'aucune façon morale.
Qu'importent la méconnaissance et le jugement universel. Je déclare que ce qu'on nomme déshonneur, dégradation militaire, perte des droits du citoyen, ne m'inspire qu'un sourire de pitié, et que, débarrassés des pénalités matérielles, il serait souhaitable et glorieux de se sentir ainsi renié par l'Etat.
Lorsque Théophile Gautier a dit qu'il donnerait tous ses droits de citoyen pour voir Julia Grisi au bain, il a dit une grande et noble parole, et il n'est pas un homme supérieur qui ne l'ait répété mentalement.
Je ne te conseille pas de te singulariser même si tu attends, comme il le faut, de t'appuyer sur une œuvre, mais si le monde, provoque ta personnalité, dresse-la, scandalise plutôt que de ressembler au grand nombre, et médite cette parole de Massillon, que, dans tous les temps, les hommes supérieurs ont été des hommes singuliers, et qu'il vaut mieux souffrir d'être trop soi-même que de jouir au prix de la ressemblance avec les autres.
LIYRE DEUXIEME
DUODENAIRE
DE