BL SCÈNE VI
ALCMÈNE Ah! elle était glacée! ‘Tant mieux. C'est bien possible.
JUPITER Tu n'as pas, devant le portrait d’un homme, murmuré : Ah! si je pouvais, tant qu'il sera absent, perdre la mémoire !
ALCMÈNE Je ne m'en souviens pas. Peut-être.
Tu ne sens pas, sous ces jeunes étoiles, ton corps s'épanouir et ton cœur se serrer, en pensant à un homme, qui est peut-être d’ailleurs, je l'avoue, très stupide et très laid ?
ALCMÈNE Il est très beau, et trop spirituel. Et, en effet, j'ai du miel dans la bouche quand je parle de lui. Et je me souviens du vase d'or. Et c'était lui que je voyais dans les ténèbres. Et qu'est-ce que cela prouve ?
JUPITER
Que tu as un amant. Et il est là.
ALCMÈNE
J'ai un époux, et il est absent. Et personne ne pénétrera dans ma chambre que mon époux. Et lui-même, s'il déguise ce nom, je ne le reçois
P, ï ASE À
JUPITER Jusqu'au ciel se déguise, à l'heure sommes.
ALCMÈNE Homme peu perspicace, si tu crois que la nuit est le jour masqué, la lune un faux soleil, si tu crois que l'amour d'une épouse peut se déguiser ‘en amour du plaisir.
JUPITER L'amour d’une épouse ressemble au devoir. Le __ devoir à la contrainte. La contrainte tue le désir.
Tu dis? Quel nom as-tu prononcé là ?
JUPITER Celui d’un demi-dieu, celui du désir.
ALCMÈNE Nous n’aimons ici que les dieux complets. Nous laissons les demi-dieux aux nr os filles 13 + aux demi-épouses. > JUPITER FA , . . . . d 2:
Te voilà impie, maintenant ? ET
ALCMÈNE
ur Mur Je me réjouis d’être ture que les dieux n'ont pas vs
mais un ciel libre. Si donc tu es un amant, j'en suis désolée, mais va-t'en… Tu as l'air beau et bien fait pourtant, ta voix est douce. Que j'aimerais cette voix si c'était l'appel de la fidélité et non celui du désir! Que j'aimerais m'étendre en ces bras, s'ils n'étaient pas un piège qui se refermera ‘brutalement sur une proie ! Ta bouche aussi me semble fraîche et ardente. Mais elle ne me convain- ‘€ra pas. Je n'ouvrirai pas ma porte à un amant. Qui es-tu ?
JUPITER Pourquoi ne veux-tu pas d'amant ?
; ALCGMÈNE Parce que l'amant est toujours plus près de l'amour que de l’aimée. Parce que je ne supporte | ma joie que sans limites, mon plaisir que sans | réticence, mon abandon que sans bornes. Parce que je ne veux pas d’esclave et que je ne veux pas / - de maître. Parce qu'il est mal élevé de tromper son mari, fût-ce avec lui-même. Parce que j'aimef les fenêtres ouvertes et les draps frais. »
JUPITER ER une femme, tu sais vraiment les raisons de
à: sommeil pris sur la frange de ma je. “ lont : regards purifient le visage avant ;
soleil et l’eau pure; si tu n’es pas celui dont je | reconnais à la longueur et au son de ses pas s'il se rase ou s'habille, s’il pense ou s'il a la tête vide, celui avec lequel je déjeune, je dîne et je soupe, celui dont le souffle, quoi que je fasse, précède toujours mon souffle d'un millième de seconde; si tu n'es pas celui que je laisse chaque
| soir s'endormir dix minutes oi, d'un somk LS 7 . . = ner TS ‘ meil. volé au plus vif de ma vie, afin qu’au
moment même où il pénètre dans les rêves je sente son corps bien chaud et vivant, qui que tu