SCÈNE QUATRIÈME
Alcmène. Jupiter. Mercure. Amphitryon
JUPITER. — La mort peut venir, dites-vous ? Ce n’est que Jupiter.
MERCURE. — Je vous présente Alcmène, Seigneur, la récalcitrante Alcmène.
JuPiTER. — Et pourquoi cet homme près d'elle ?
MERCURE. -— C’est son mari, Amphitryon.
JuPITER. — Amphitryon, le vainqueur de la grande bataille de Corinthe ?
MERCURE. — Vous anticipez. Il ne gagnera Corinthe que dans cinq ans.
Mais c’est bien lui.
JUPITER. — Qui l’a appelé ici ? Que vient-il faire ?
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AMPHITRYON. — Seigneur |...
MERCURE. — Il vient vous offrir luimême sa femme, sans aucun doute. Ne l’avez-vous pas vu du haut du ciel la préparer, l’embrasser, lui donner, tourné vers vous, par des caresses, cette excitation et cet apprêt qui porteront à sa réussite suprême votre nuit. Merci, prince.
AMPHITRYON. — Mercure se trompe, Seigneur.
JuPiTER. — Ah ! Mercure se trompe ?
Tu ne sembles pas en effet convaincu de la nécessité que cette nuit je m’étende près de ta femme, et remplisse ta mission. Moi je le suis.
APMHITRYON. — Moi, Seigneur, non |
MERCURE. — L'heure n’est plus aux discours, Jupiter, le soleil se couche.
JUPITER. — Son coucher ne regarde que lui seul.
MERCURE. — Si les dieux se mettent
à engager avec les humains des conversations et des disputes individuelles, les beaux jours sont finis.
AMPHITRYON. — Je viens défendre Alcmène contre vous, Seigneur, ou mourir.
JUPITER. — Ecoute, Amphitryon.
Nous sommes entre hommes. Tu sais mon pouvoir. T'u ne te dissimules pas que je peux entrer dans ton lit invisible et même en ta présence. Rien qu'avec les herbes de ce parc, je peux composer des filtres qui rendront ta femme amoureuse de moi, et te donneront même le désir de m’avoir pour rival heureux. Ce conflit est donc non pas un conflit de fond, mais, hélas, un conflit de forme, comme tous ceux qui provoquent les schismes ou les nouvelles religions. 1} ne s’agit pas de savoir si j'aurai Alcmène, mais comment ! Pour cette courte nuit, cette formalité, vas-tu entrer en conflit avec les dieux ?
AMPHITRYON. — je ne puis livrer, Âlcmène, je préfère cette autre formalité, la mort.
JuPITER. — Comprends ma complaisance ! Je n’aime pas seulement Alcmène, car alors je me serais arrangé pour être son amant sans te consulter. J'aime votre couple. J'aime, au début des ères humaines, ces deux grands et beaux corps sculptés à l’avant de l’humanité comme des proues. C’est en ann que je m'installe entre vous deux.
AMPHITRYON. — Vous y êtes déjà, et déjà vénéré. Je refuse.
JUPITER. — Tant pis pour toi ! Ne retarde plus la fête, Mercure ! Convoque la ville entière. Puisqu’il nous y force, fais éclater la vérité, celle de la nuit d’hier et celle d’aujourd’hui. Nous avons des moyens divins de convaincre ce couple.
AMPHITRYON. — Des prodiges ne convainquent pas un général.