ACTE II, SCÈNE IV
LE SOLDAT, se tournant ren Tagus, aux gedlien.
Mais d*aventure Il pourrait s'échapper. Liez-moi ce gueux-là Solidement.
Jusqu'à ce moment, le Masque a paru frappé de stupeur; il tourne la tête comme promenant son regard autour de lui.
LE .MASQL' R , comme s'il parlait dans un rôvo.
Grand Dieu! Que veut dire cela?
Les geôliers attachent les bras de Tagus derrière son dos. Il se laisse thire d'un air stupéfait.
M. DE LA FERTÉ, montrant Tagus.
Au cachot!
LE SOLDAT
Monseigneur, permettez qu'il demeure.
A Tagus.
Tu seras pendu, drôle, avant qu'il soit une heure!
TAGUS
C'est fort bien. Je comprends de moins en moins.
Sur un signe du gouverneur, les geôliers mènent dans un coin du cachot Tagus qui continue d'obserTer la scène avec anxiété. Alix est anéantie. Le Masque semble pétrifié.
M. DE LA FERTÉ, prenant le soldat à part, bas.
On veut faire évader le prisonnier, c'est clair.
LE SOLDAT, bas.
Mon cher.
Toute la garnison au complot est gagnée.
Son éminence hier, du péril renseignée.
M'a sur l'heure envoyé. Le danger est pressant.
Il tire de sa poche un papier plié qu'il donne i lire au goavemaur.
230 LES JUMKAUX.
M. DE LA FERTÉ, lisant.
— « Vous pouvez VOUS fier au porteur du présent. Mazarin. » — Il suffit. Que veux-tu que je fasse V Parle toi-même. Ordonne en mon nom.
ALIX, ù part, levant les yeux au ciel.
0 Dieu, grâce!
LE SOLDAT, aux guichetiers, à haute voix.
De par le roi, qu'on fasse à l'instant, pour raison, Rentrer dans le château toute la garnison. Qu'on ferme le donjon. Que nul ne se hasarde A laisser au dehors un seul homme de garde. Qu'on abaisse la herse et qu'on lève le pont. Rapportez-nous les clefs. Votre tête en répond.
M. DE LA F E R T 1^; - I R L A N . aux guichetiers.
Vous entendez ? Allez.
Sortie des guichetiers.
LE S 0 L D A T , à M. de la Ferté.
La garnison, armée Et nombreuse, doit être avec soin enfermée. On pourrait cette nuit tenter un coup de main, Et de force enlever le prisonnier. Demain Nous aurons du renfort.
M. DE LA FERTl^;.
Tu crois?
LE SOLDAT
Son éminence Nous donne trente archers de sa propre ordonnance.
vcïK II, sciiNM': IN. un
Nous les verrez céans paraître au point du jour. En attendant, il faut que nous gardions la tour A nous deux. Il nous reste à craindre plus d'un piège, Et nous aurons peut-être à soutenir un siège.
M. I) K L \ KERTÉ.
Bien. Barricadons-nous ici, mon compagnon.
LE S(^L0\T, montrant la porte de fer.
Cette porte est solide?
M. DE LA FERTÉ
Il faudrait du canon Pour renfoncer.
ALIX, à part.
Hélas ! plus d'espoir!
Heiureit les guichetiers avec des lanternes. La nuit est venue pendant cette scène.
UN GUICHETIER, présentant au gouverneur un trousseau de clefs.
Chaque porte Est bien close. En voici les clefs.
M. D K LA F E R Tlv , prenant le trousseau qu'il suspend à sa ceinture.
Que nul ne sorte.
LE C rir.HETîER.
Ils sont tous enfermés.
M. I)K I, \ F F RTlv, bas au soldat.
Que vonx-tu faire après?
Gardons-nous ces gens-ci?
LE SOLDAT
Non. Je m'en défierais.
Nous allons, s'il vous plaît, interroger ce drôle.
Il montre Tagus.
M. DE LA FERTÉ, aux guichetiers.
Sortez.
Les guichetiers obéissent. Le gouverneur va lui-même fermer la porte de fer, en pousse les verrous, puis revient vers le soldat.
Nous voilà seuls maintenant dans la geôle. Nul n'y peut aborder. Nous voilà sûrs ainsi...
LE SOLDAT, montrant la plaque de la cheminée qui est restée ouverte depuis l'entrée d'Alix.
Ah! pardon. On pourrait nous prendre par ici.
M. DE LA F E R T É , allant à la cheminée.
C'est juste. - Oui-da, l'issue où pénétrait la dame. Fermons-la.
LE SOLDAT, l'arrêtant.
Cette plaque est une épaisse lame, Le geôlier seul connaît le secret de l'ouvrir. Mais les mutins pourraient fort bien y recourir.
M. DE LA FERTÉ
OÙ donne cette issue?
LE SOLDAT, regardant.
En une chambre sombre Sans larmier, sans fenêtre, et dont je vois dans l'ombre La porte ouverte.