SCÈNE PREMIÈRE ELISABETH, LEICESTER
ELISABETH
Oui, milonl, oui, mon cher hôte, il le faut! il faut aujourd'hui iiir'me, tout à l'heure, vous réconcilier avec lord Sussex. Il est arrivé ce matin votre ennemi, il doit repartir ce soir avec moi votre ami. N'oubliez pas que c'est le prétexte de notre visite à Kenilworth. C'est aussi le prétexte de cet entretien particulier, que j'ai été heureuse de vous accorder. Ainsi, c'est dit, réconciliation.
LEICESTER, sinclinanl.
Votre majesté...
ELISABETH
C'est bien. Cela suffit. C'est tout ce que je demande. Parlons maintenant d'autre chose. — Savez-vous bien, milord, que ce domaine ne le cède en rien à nos domaines
de Windsor ! Et la réception que vous nous y avez faite est vraiment digne d'un duc et pair, digne morne... d'un roi.
LEICESTËR, tressaillant et s'inelinant profondément.
Tout ce que votre majesté daigne honorer d'un coup d'œil indulgent est dû à votre majesté, et je ne fais, en le mettant à vos pieds, madame, que vous faire honneur de vos propres dons.
ELISABETH
Comment ! comte, c'est à moi que vous devez tout ce que j'ai admiré dans ce château, tout ce que j'étais presque tentée d'envier ?
LEICESTËR.
Ce que Leicester est tenté d'envier ici, madame, n'est pas ce dont il peut se dire le possesseur.
ÉLISAB ETH.
Et quoi donc, milord ? est-ce qu'ici tout ne vous appartient pas?
LEICESTËR.
Tout m'appartient ici, madame?...
ELISABETH, souriant.
Milord, il y a de l'audace parmi votre respect. En ce moment même où vous baissez si humblement votre front, il nous semble que vous élevez bien haut votre pensée.
LEICESTËR.
Aurais-je eu le malheur d'offenser votre majesté?
ELISABETH
Je n'ai pas dit cela, Leicester. Seulement, quand vous
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avez dans les mains tout ce qu'on peut souhaiter, titres, richesses, honneurs, quand vous parlez dans cette demeure où tout atteste votre puissance, je me demande à quoi peut aspirer encore cette ambition que rien ne satisfait.
Li: I GESTE R.
Mon ambition !... Que votre majesté connaît peu Tàme de Leicestor ! Otoz à votre indigne serviteur ses châteaux, sa couronne de comte, sa robe de pair d'Angleterre ; dépouillez-le de tout ce dont vous l'avez revêtu ; ne laissez à Dudley, redevenu pauvre gentilhomme, que Tépée de son père et le nom de ses aïeux, et son cœur conservera, dans l'exil et dans l'oubli, la même reconnaissance à sa reine, le môme... amour.
ELISABETH, tressaillant à son tour.
Kh bien, oui, oui, je vois votre émotion, et j'en suis... j'en suis touchée.
Madame!...
ELISABETH
Mais, Dudley, sur ce front où devrait seulement rayonner la joie, il me semble parfois voir passer un nuage de tristesse. Qu'avez-vous ? Pourquoi ne pas me dévoiler votre àme? Suis-je votre ennemie?
LEICESTER
J'ai un secret, en effet, madame... Tant de bonté peutêtre devrait m'enhardir...
ELISABETH, doucement.
Vous n'achevez pas, Leicester. Craindriez-vous d'être deviné?
LEICESTER
Je crains, madame...
50 AMY UOliSARÏ.
ELISABETH, avec un élan vers Lcicesler.
Allez, VOUS pourriez être deviné et n'avoir pourtant rien à craindre...
LKir.KSTHR,
Ah! votre majesté !...
ELISABETH, se maîtrisant.
Ce nom dont vous m'appelez me rend à moi-même. Hélas ! la reine, par moments, s'oublie pour ne se rappeler que la femme. Si j'étais comme les autres, libre de consulter mon cœur, alors peut-(ître...
LE ÏCESTER.
Madame !...
ELISABETH
Mais non, cela ne m'est pas permis. Elisabeth d'Angleterre ne doit être l'épouse et la mère que de son peuple.
LEICESTER
Je n'ai du moins rien perdu de la précieuse faveur de la reine ?
ELISABETH
Non, Leicester, non ! au contraire !... Nous parlions, je crois, de votre beau domaine. Pourquoi donc ne m'avezvous pas laissé visiter ce donjon ruiné qui, de loin, fait dans le parc un effet si imposant ?
LEICESTER
Cette ruine, madame, est déserte, à peine abordable...
La porte du fond s'ouvre. Parait un huissier, qui s'arrête sur le seuil.) hh.ISABETH.
Qu'est-ce donc? Qui se permet d'entrer sans notre ordre ?