SCÈNE IV LEICESTER, ALASCO, VARNEY
Vos ordres sont exécutés, milord. Le château de Kenilworth est prêt à recevoir sa majesté la reine.
LEICESTER
Bien. Je vais maintenant m'apprêter moi-même. Je reviendrai tout à l'heure ici pour accomplir un gracieux souhait que m'a exprimé la bien-aimée dame de céans. — Vous, Varney, prenez soin d'Alasco. Ayez pour lui les
égards dus à son âge et à son savoir. (Vamey s'incUne. leicesler son.)
ACTt: I, SCÈNE V. 19
SCÈ.\E V
ALASCO, VARNEY.
V A R N E V , rogardanl Alasco en rintH.
Eh bien, vieux fils d'enfer, mon maître et le tien est donc ta dupe? Le lion royal de l'Angleterre s'est pris à tes i>i<''2:os. renard ?
\LASC0.
Vous pourriez, mon fils, vous exprimer plus dignement. Si ma science...
VARNEY, rinlerronipnnt.
Ta science!... Allons! jette le masque avec moi, qui connais ta face ! Oseras-tu me dire que tu as véritablement lu dans les astres les surprenantes révélations que sans doute tu viens de faire au comte ?
ALASCO.
Du moins, des moyens mystérieux...
VARNEY
Oui, oui, un parchemin qu'un rapide et furtif émissaire à moi t'a glissé dans la main, hier soir, à ton arrivée.
ALASCO.
Ah ! il venait de votre part, ce jeune homme qui m'a parlé bas dans l'obscurité? Qui donc était-ce? Sa voix ne m'était pas inconnue.
C'est un page que le diable a mis à mon service. Enfin, 4u as su profiter des avis qu'il t'apportait.
ALASCO.
"Pourquoi pas ? puisqu'ils m'épargnaient un temps précieux, plus utilement réservé à l'observation de la nature occulte, à la conquête de la science universelle. Encore un pas, et j'aurai pénétré jusqu'au fond du laboratoire de la création, et je tiendrai dans mes mains la semence de l'or ! et ce sera mon tour — entends-tu? — d'être ton jnaître, insolent favori du favori !
VARNEY
Là ! là ! monsieur Alasco, ne nous brouillons pas ! Je 'crois tellement à votre science, voyez-vous, que, si je perdais vos bonnes grâces, je ne me nourrirais pendant itrois mois que d'œufs frais.
ALASCO.
Présomptueux! mes philtres! mes breuvages ! crois-tu •que je les perdrais sur toi? Crois-tu que je dépenserais pour ta misérable vie ces quintessences sublimes des végétaux les plus rares, des minéraux les plus purs, où se concentrent tant d'éléments précieux que le domaine d'un Leicesler n'en payerait pas une fiole? Sois tranquille, Varney ! Quoiqu'on puisse certes extraire de ton corps plus de venin que d'une vipère, tu ne vaux pas une goutte • de mes poisons.
VARNEY
Voilà ce que jusqu'ici tu m'as dit de plus rassurant.
ALASCO.
Et quant à pénétrer sans toi les secrets de ton maître,