XX PRÉFACE
des œuvres, etc., lui sont soustraites, mais les imitations ou traductions d'ouvrages étrangers (1), les chrestomathies, les anthologies, les recueils, les cours de littérature, la critique, les appréciations sincères, les extraits et môme les citations, etc., deviennent, sinon impossibles, du moins trèsdifficiles.
En principe, que MM. les auteurs veuillent donc bien reconnaître ce fait : quand ils émet-
(1) « L'éditeur, qui aura eu d'abord à payer le droit de faire traduire Tœuvre en question , puis le prix de la traduction, fera exécuter celle-ci, on peut y compter, au meilleur marché possible, assuré qu*il sera d'avance de ne pas avoir une concurrence. En admettant qu'un éditeur soit un homme de goût et s'intéresse par lui-même à l'œuvre en question , il lui cherchera un bon interprète , mais toujours un seul , bien entendu ; or une seule version , faite même par un homme de talent, sera toujours une traduction inférieure, parce qu'une bonne ne peut se produire qu'après plusieurs autres et à l'aide de celles-ci. Si le décret du 28 mars 1852 avait toujours existé, nous n'aurions qu'une seule traduction d'Homère, de Virgile j de Shakspeare, de Dante, de Milton, de Don Quichotte, et elle serait infailliblement inférieure » (Charpentier, De la prétendue propriété littéraire, p. 10 et suivantes).
PRÉFACE XZI
tent leur pensée, quand ils la publient gratuitement ou en en tirant unr bénéfice quelconque, dédommagement légitime de leur travail, c'est une donation, ou bien c'est une Tente qu'ils font de leur production à la société. Une fois donnée ou vendue, ils n'y conservent pas plus de droits que le restaurateur sur le poulet qu'il a livré au consommateur. Cela n'empêche pas qu'ils n'en puissent toujours publier de nouvelles éditions, et ils en sont plus capables que personne autre.
Les auteurs ont tout reçu gratuitement:
le fond et la forme de leurs œuvres. Ils ont tout tiré des anciens et des modernes; ils ont tout bonnement traduit , imité , travesti (1). D'après la jurisprudence qu'ils
(1) a . . . . En un mot, même au point de vue de la forme, Tœuvre d*un grand écrivain ou d'un grand artiste n'a pas été entièrement créée par lui; la société en a sa part. Si M. de Lamartine était né chez les Patagons ou Alfred de Musset chez les peuples de TOcéanie, assurément le premier n'aurait pas composé ses Méditations poétiques, et le second ses admirables Nuits. Tous deux, en écrivant leurs beaux vers , n'ont fait , en partie du moins, et comme La Bruyère Ta dit à la première ligne de ses Caractères, en parlant de son chef-
XXII PRéPACE
veulent introduire, ils n^auraient dû rien prendre du bien des autres. Mais, comme il n'est rien de nouveau sous le soleil, ils n'auraient pu rien faire; ils auraient été arrêtés à chaque pas par les réclamations de leurs prédécesseurs. Ce que le passé n'a pas fait à leur égard, les dépouiller à l'avance, ils veulent le faire pour l'avenir. Ils seront les derniers grands hommes; personne n'aura plus le droit de traduire , d'imiter , de refondre les œuvres antérieures; une interdiction légale s'y opposerait, l'amende et la conâscation en puniraient la tentative.
Après eux, plus de perfectionnements, plus de progrès possibles. Il faudrait dès-lors fermer les bibliothèques publiques ou particulières, car elles ne seraient plus que des moyens d'enfreindre la loi.
Pour en revenir à nos Analectes du bi'
d'œuvre , que rendre à la société ce qu'elle leur avait prêté » (Charpentier, De la prétendue propriété littéraire, p. 8).
Il faut être ignorant comme un maître d*écoIe
Pour se flatter de dire une seule parole
Que personne ici-bas n'ait pu dire avant nous.
Alfred de Musset, Namouna.
PRÉFACE ZZIII
bliophile^ nous commençons aigourd'hui, ex abrupiOy par les premières choses qui nous tombent sous la main. Si nos chers bibliophiles yeulent bien les accepter comme suffisantes, nous nous engageons volontiers à ne jamais leur donner rien qui ne soit au moins de même valeur et de même intérêt.
Le petit conte de Tabbé de Yoisenon intitulé: Tant mieux pour elle^ commence notre volume. Galonné, à qui on voulait l'attribuer, n'a fait nul ouvrage de ce genre, tandis que Yoisenon en a fait beaucoup. Favart, son ami et son collaborateur, l'affirme, du reste, dans sa correspondance littéraire avec le comte Du Razzo. Il dit que Yoisenon était aussi respectable par ses mœurs que par son état, maïs qu'il fut obligé de faire cette petite débauche d'esprit par complaisance pour une grande dame (probablement la comtesse de Turpin) qui avait exigé de lui un ouvrage dans le genre du Sopha ou des Bijoux indiscrets. Ce détail en ferait remonter la composition vers 1744 à 1746, bien que la seule édition parue (celle sans date que nous réimprimons) n'ait paru que vers 1760. Favart était propriétaire de ce manuscrit: un libraire, le lui ayant volé, le publia, et Yoisenon alors écrivit au duc
de Choiseul pour qu'on saisit l'édition qui lui fut accordé. Cet ouvrage est dev fort rare.
Dans notre prochaine lirraisoD, nous è nerons une curieuse petite bibliographie core inédite, et due à notre ami Philomni Junior, celle des Ouoragea à litres singuli et bitarres.
Le Directelh des atitsUclei du 'BiUiOf JITLBS QAT
dt l'Inilthil .ValJmut Ji Ccnirt.