LES TROIS PREMIERS DE LOUVAIN NÉS A LOKEREN
L'institution du concours de Louvain remonte à l'origine de cette université (2), qui fut un des titres de gloire du pays.
M. le professeur Moke (3) consacre les lignes suivantes aux vainqueurs d'alors : a A partir du règne » de la maison de Bourgogne, la sève manqua aux » institutions comme la pensée aux esprits. Il s'éta- »blit pourtant depuis cette époque une dernière » solennité encore si célèbre et autrefois si chère au »pays tout entier, qu'elle doit trouver place dans » ces pages à côté des fêtes nationales : c'est la pro- » clamation des premiers de Louvain. La gloire des » arts était restée en Belgique après toutes les au- » très; celle des études, qui avait été assez remar- » quable au XVI° siècle , s'affaiblit ensuite étran- » gement ; mais nos ancêtres ne s'en étaient pas » aperçus , et ils conservaient une haute confiance
(i) Extrait d'une notice publiée par M. H. RaepSaet, docteur eu
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» dans la valeur de l'éducation donnée à leurs fils. De »là l'importance attachée au titre de primus que » l'université de Louvain décernait chaque année à » ses élèves. Rien de plus modeste, dans le principe, »que cette cérémonie purement académique : les » étudiants en philosophie se réunissaient dans la » salle des arts pour entendre proclamer les noms de «ceux qui avaient subi avec succès l'épreuve de » l'examen. Us s'habillaient de blanc avec des rubans » rouges et mettaient quelques plumes à leur chapeau » pour donner à leur réunion l'air des fêtes nationales » (le blanc et le rouge étaient les couleurs de Lothier). » Le primus, c'est-à-dire l'élève dont les réponses sur » toutes les branches avaient offert le résultat le » plus satisfaisant, était le héros de la journée : on le » félicitait publiquement, et ses camarades le re- » conduisaient avec pompe. Un morceau de musique, » composé pour la circonstance et chanté en chœur, » célébrait son triomphe, et des banquets terminaient »la cérémonie avec une gaieté sagement tempérée » par la présence de quelques-uns des professeurs. » Ce ne fut qu'assez tard qu'à cette première coutume » se joignit celle de faire au vainqueur une réception » triomphale dans la ville qu'il habitait. Alors les ca- » valcades , les arcs de triomphe , les illuminations , » quelquefois même des médailles commémora tives (4)
(4) Il en fut frappé une en l'honneur du baron Christophe de Bartensteîn, primus en 4773; elle portait : Légende. Honoji virtutis prjemicm.
» vinrent attester la part que ses compatriotes pre- » naient à sa première victoire. Les étudiants mon- »taient à cheval, les magistrats et les professeurs » s'associaient au cortège ; le trajet du primus était » une marche qui , commencée à Louvain , ne s'arré- » tait qu'à ha porte de la maison paternelle (1). »
La ville de Lokeren peut être fière d'en avoir vu proclamer trois , dans le court espace de trente-trois années seulement.
Ce furent : Daniel De Clercq.
Jean Baptiste De Smet.
Gilles Audenaert.
Tous les trois firent leurs études au collège du Porc.
Daniel De Clercq naquit à Lokeren en 1657. Il fut proclamé premier en 1678. Après avoir achevé ses études de droit, il fut reçu avocat au Conseil de Flandre.
Jean-Baptiste De Smet (2) vit le jour le 1 février 1674
Exergue. Christoph. Bar. a Bartenstein Brux. prim. m philosophia.
48 AUG. PROLAM. LOV. VRB. 8UAM S AT. VICTOR. INTRA3S. 40 Sept. 4775.
(4) H. A. G. Cbotin, dans son Histoire de Tournai et du Tournevis, t. H* p. 364 et 55» décrit les fêtes et l'ovation qui furent décernées le 44 août 4795 au primus Joseph Trentesaux. — Voyez dans les Jnalectes de 4842, p. 73, la réception du primus Jean Fr. Grosse, à Namur, en 4745; et dans les Analecles de 4853, p. 90, une notice sur les médailles offertes au premier en philosophie en 4775 et 4789.
(2) De Smet eut trois frères qui embrassèrent, comme lui , l'état ecclésiastique : Ambroise, chanoine gradué à Halines. François Adrien, chanoine de la cathédrale d'Ypres , puis de celle de Gand. Nous n'avons aucune donnée sur le troisième frère.
de Gilles, greffier de Lokeren, et de dame Anne Vermeiren. Ses parents habitaient la maison occupée aujourd'hui par M. le docteur De Rudder.
Des personnes d'un certain âge racontent que dans leur jeunesse elles ont souvent ouï dire, qu'un jour un moine traversant le marché de Lokeren y vit un groupe d'enfants , parmi lesquels se trouvait le jeune De Smet, se livrant à différents jeux; aussitôt qu'ils l'eurent aperçu, tous se mirent à genoux pour recevoir sa bénédiction. Le moine s'approcha de De Smet, disant, en lui mettant la main sur la tête : «A cette tête s'adaptera une mitre » (Op dees hoofd zal eenen myter passen). Quoi qu'il en soit de cette anecdote, une mitre la couvrit plus tard.
Jean Baptiste De Smet obtint son triomphe de primus en 1694. Après avoir pris le grade de maître es Arts, il enseigna la philosophie, tout en se livrant à l'étude delà théologie. En 1702, il devint licencié; mais se sentant une vocation irrésistible pour le saint ministère , il quitta bientôt l'enseignement. En 1703, l'archevêque de Malines l'appela à la cure de la collégiale de Ste. -Gudule de Bruxelles; ses talents ne le laissèrent pas longtemps à ce poste : les chanoines gradués de la métropole de Malines l'élurent pour occuper une prébende de leur chapitre. Quelque temps après avoir reçu cette flatteuse distinction, il obtint la présidence du séminaire, titre qu'il conserva pendant quinze ans. C'est à cette époque que l'archevêque Thomas Philippe l'éleva au poste de vicaire-général. Là ne devait pas s'arrêter
la carrière de De Smet, la prédiction devait s'accomplir. L'empereur Charles VI le nomma évéque dTpres. Le 26 mars 1721, il prit possession de son siège. En 1730, l'archiduchesse Marie Elisabeth le transféra à l'évêché de Gand. De Smet fut un des hommes les plus éminents de son époque. Il décéda le 27 septembre 1741, à l'âge de soixante-huit ans.
Il fut enterré dans la chapelle dite d'Adam et Eve, de la cathédrale de Gand.
Le mausolée qu'y fit élever sa famille, porte l'inscription :