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Analectes pour servir à l'histoire de l'Université de Louvain

DISCOURS PRONONCÉ A LA SALLE DES PROMO- TIONS LE 5 NOVEMBRE 1861 , PAR P. F. X. DE RAM, RECTEUR DE L'UNIVERSITÉ CATHOLIQUE DE LOUVAIN, APRÈS LE SERVICE FUNÈBRE CÉLÉBRÉ EN L'ÉGLISE PRIMAIRE DE SAINT- PIERRE POUR LE REPOS DE L'AME DE MON- SIEUR IGNACE-ANTOINE-JOSEPH QUIRINI, PRO- FESSEUR ORDINAIRE A LA FACULTÉ DE DROIT.

Messieurs,

Nos dernières vacances académiques se sont ouvertes sous de bien tristes auspices ; le commencement d'un temps de repos a été marqué par la mort d'un professeur cher à ses collègues , — cher à ses disciples, — cher à tous ceux qui l'ont connu.

Quoique le jour de ce douloureux événement soit déjà un peu éloigné, chacun de nous cependant se sent ému et s'afflige aujourd'hui encore, comme si la perte que nous avons faite ne datait que d'hier, — comme si depuis quelques heures seulement la mort nous avait enlevé le professeur Quirini.

Il y a trois mois, nous déposions silencieusement, au bord de sa tombe, le tribut de nos prières et de nos regrets; aujourd'hui, nous avons donné à ces prières et à ces regrets une consécration nouvelle au pied des autels.

Pour compléter le tribut d'hommages que nous devons à la mémoire du défunt, nous essayerons de retracer les traits les plus marquants de la noble et honorable carrière qui a été parcourue par M. le professeur Ignace-Antoine-Joseph Quirini.

ïl naquit à Louvain, le 17 septembre 1803, d'une famille des plus honorables. Il étudia les humanités d'abord à l'athénée royal de Bruxelles, ensuite au collège communal de Louvain.

Au collège , comme plus tard à l'université, le jeune Quirini était considéré comme un étudiant hors ligne. Il subit chacun de ses examens académiques d'une manière tellement brillante que les professeurs de la Faculté de droit de Louvain le désignèrent comme étant le plus apte à diriger, par des répétitions, les études de ses condisciples. Le 21 janvier 1826, il reçut le diplôme de docteur en droit, après avoir présenté et soutenu une dissertation inaugurale sur la Séparation des patrimoines d'après les principes du droit romain et du droit civil moderne (1).

Le jeune docteur devint membre du barreau de Louvain ; mais il aimait trop à approfondir la science du droit pour qu'il pût se résigner k renfermer toute l'activité de son intelligence dans la routine de la procédure et des affaires. Un secret instinct le poussait à s'occuper sans cesse de l'étude théorique du droit; et dès lors il avait pressenti sa vocation pour l'en-

(1) Dissertatio inauguralis juridica de Bonorum séparai ion e ec jure romano et hodierno. Louv. 18««, pag. KO iu-8\

seignement. Les répétitions qu'il donnait aux étudiants en droit semblaient avoir plus d'attraits pour lui que l'examen des pièces d'un procès.

En peu de temps, M. Quirini s'était néanmoins acquis une brillante réputation comme avocat. Ses talents et sa scrupuleuse délicatesse lui attirèrent le respect de ses confrères et la confiance d'une nombreuse clientèle. Son esprit de modération , la droiture et la simplicité de son caractère lui concilièrent l'estime générale de ses concitoyens.

A l'époque des événements de 1830,1a confiance publique l'appela k remplir des fonctions qu'il n'avait jamais briguées. Il devint successivement membre de la Commission des Hospices, conseiller communal , échevin et membre de la Chambre des Représentants.

Depuis le 12 mars 1831 jusqu'à la fin de sa vie, M. Quirini se consacra , comme membre et comme président de la Commission des Hospices et des Secours, au bien-être des pauvres et à la bonne administration de leur patrimoine. Lorsque le choléra sévit à Louvain, au mois d'août 1849, il crut que le titre de président lui imposait des obligations particulières, et il se dévoua avec un admirable courage au soulagement des indigents, victimes du fléau. La modestie et, plus encore, le sentiment de la charité chrétienne qui dominait le noble cœur de Quirini, lui firent accepter avec une espèce de regret la médaille instituée pour récompenser les services rendus pendant l'épidémie.

Dans ses fonctions municipales il rendit des services non moins signalés à la ville de Louvain, surtout à une époque où les passions populaires, excitées par des perturbations politiques, tendaient h se déchaîner. Ce fut alors qu'il travailla sans relâche, quelquefois même au péril de sa vie, à maintenir l'ordre et la paix publique.

Le 23 mai 1853, il devint membre de la Chambre des Représentants. Les annales du Parlement prouvent qu'il remplit consciencieusement le mandat qu'il avait dû décliner l'année précédente à cause du mauvais état de sa santé. Il prit une part très-active à la discussion de plusieurs lois, et plus d'une fois la Chambre rendit hommage à ses connaissances juridiques et administratives en lui confiant la charge de rapporteur.

Dans la discussion générale de la loi sur l'enseignement supérieur, le H août 1835, le représentant de l'arrondissement de Louvain se prononça énergiquement pour l'établissement d'une seule université aux frais de l'État et pour en réclamer le siège en faveur de Louvain. La ligne de conduite que M.Quirini suivit dans cette discussion lui était naturellement tracée par la sollicitude qu'il avait constamment montrée pour les intérêts de sa ville natale et par la position officielle qu'il occupait à la commune. Aussi le vit-on combattre en quelque sorte avec le courage d'un noble désespoir; il savait d'avance que Louvain n'avait plus alors aucune chance de pouvoir maintenir aux frais de l'État son ancienne institution académique;

il savait que, dans la lutte entreprise par les intérêts coalisés de deux villes aussi puissantes que Liège et Gand, ses efforts en faveur de l'établissement d'une université centrale à Louvain devaient rester sans résultat (1).

Après l'adoption de la loi sur l'enseignement supérieur, M. Quirini s'empressa de se rallier aux hommes honorables qui firent les premières démarches pour obtenir de l'Épiscopat la translation à Louvain de l'Université catholique dont les cours venaient de s'ouvrir à Malines. Il accepta l'établissement définitif de l'université catholique à Louvain comme la compensation de ce qu'on avait perdu, comme un immense bienfait pour la ville, comme une institution destinée à faire revivre une des anciennes gloires catholiques et nationales de la Belgique devenue libre et indépendante.

Ce qui prouve combien M. Quirini avait foi dans l'avenir de notre université, c'est qu'il renonça à son mandat de représentant pour pouvoir accepter, au mois de septembre 1836, la nomination de professeur ordinaire à la faculté de droit. Cette adoption parmi les membres du corps académique ouvrit à ses talents la carrière pour laquelle, depuis longtemps, il éprouvait une prédilection toute particulière.

Au mois d'octobre de la même année eut lieu l'ouverture de son cours de droit civil élémentaire. Le

(1) Voyez la note 8 du Discours prononcé aux obsèques de M. Del fortrie . le 26 janvier 4860, dans les Analectes de 1861 , p. 36.

jeune professeur, dès son début, enleva tous les suffrages; alors déjà il révélait cette facilité d'élocution, cette clarté d'exposition, cette force et cette vigueur dans les principes et dans le raisonnement qui lui acquirent, plus tard, une si haute réputation dans le corps enseignant.

D'autres mieux que moi pourront mettre en relief tous les titres qui rendent cette réputation incontestée et incontestable ; — ils vous diront ce que l'éminent professeur a fait pour la science du droit par son enseignement, pendant plus d'un quart de siècle.

Mais je ne puis laisser à d'autres l'accomplissement d'un pieux devoir, — le devoir de proclamer encore une fois, dans cette circonstance solennelle, combien nous regrettons tous la perte prématurée du professeur Quirini, et en quelle vénération sa mémoire restera parmi nous !

Par les grâces de son esprit et l'éclat de ses talents, par son caractère aimable et conciliant, il avait acquis l'estime générale. C'est bien de lui que l'on peut affirmer, sans crainte d'être accusé d'exagération , qu'il était l'ami de tout le monde. Ses élèves avaient pour lui une vénération filiale, et lui, de son côté, leur portait une affection qui ne reculait devant aucun sacrifice, qui n'épargnait ni peine ni travail dès qu'il s'agissait de l'intérêt de leurs études. Alors même qu'il était déjà atteint de la maladie qui le conduisit au tombeau , il continuait encore à se préoccuper de la réussite des examens qu'ils étaient à la veille de subir.

Une rare modestie rehaussait le mérite éminent du professeur. Jamais il n'ambitionna ni honneurs ni titres. Lorsque, par un arrêté royal du 28 juillet 1847, il eut été nommé chevalier de l'ordre de Léopold, ihne put s'empêcher de croire que la distinction dont il venait d'être honoré avait été provoquée, non pas par ses titres personnels, mais par la bienveillante intervention de ses amis. Ses titres — chacun les connaissait, lui seul semblait les ignorer. Qu'il me soit permis de mentionner ici avec quelle affectueuse et patriarcale délicatesse il vint un jour exprimer sa reconnaissance à une personne qui avait eu le bonheur de lui faire une chose agréable : conduisant par la main son fils, alors bien jeune encore, il se rendit chez cette personne, et lui dit qu'il voulait que l'enfant conservât le souvenir de l'intérêt qu'on avait témoigné à son père.

Un service, quelque léger qu'il fût, un simple acte de prévenance à son égard devenait toujours pour lui l'objet d'un affectueux et inaltérable sentiment de reconnaissance.

Une bonté de cœur sans égale animait M. Quirini. Bienveillant envers chacun, il l'était avant tout envers les pauvres avec lesquels ses fonctions de membre et de président de la Commission des Hospices le mettaient sans cesse en rapport. L'intérêt qu'il leur portait était d'autant plus profond qu'il en puisait le motif dans les sentiments religieux qui furent la gloire et la consolation de sa vie tout entière.

Malgré l'apparente faiblesse de sa constitution,

malgré la perte presque complète de sa vue — perte qu'une mémoire prodigieuse lui rendait moins sensible qu'à tout autre, — M. Quirini semblait destiné pour longtemps encore à être la joie et la gloire de sa respectable famille, et à rendre des services à l'enseignement. Hélas! une courte maladie vint détruire tout espoir et toute illusion. A une espèce de convalescence succéda rapidement une nouvelle atteinte du mal. Il reçut les derniers sacrements avec une admirable piété et avec la plus parfaite soumission à la volonté de son Créateur, et mourut dans la nuit du dimanche au lundi 22 juillet 1861.

Seigneur Jésus, lorsque nous étions prosternés au pied de vos autels, nous vous avons supplié d'accorder à votre fidèle serviteur la vie éternelle. Nous espérons fermement que déjà il jouit de cette vie et qu'il a reçu de vous ce que notre mère la sainte Église nomme, dans ses touchantes et cordiales prières,

REFRIGERII SEDEM , QUIETIS BEATITUDINEM ET LUMINIS

claritatem. — Paroles pleines d'espérance et de consolation, paroles qui nous certifient d'une manière énergique comment la tristesse de notre pèlerinage terrestre doit un jour se transformer dans les joies du Ciel !

DISCOURS PRONONCÉ PAR M. LE PROFESSEUR CHARLES PÉRIN, LE 3 NOVEMBRE, APRÈS LES OBSÈQUES DE M. QUIRINI.

MESSIEURS

Après les nobles et pieuses paroles que vous venez d'entendre, je n'ai plus à vous dire quelle fut la vie de l'homme distingué et excellent dont nous pleurons la mort prématurée. Mais si complet que soit l'hommage qui vient de lui être rendu, nous ne saurions, en cette douloureuse cérémonie, garder le silence, nous, ses collègues, qui avons vécu avec lui dans les mêmes labeurs , qui avons été chaque jour les témoins du zèle ardent avec lequel il se dévouait à notre œuvre, et qui avons pu mieux que personne juger de tout ce qu'il y avait de bonté dans son cœur , de noblesse dans son caractère et de supériorité dans son esprit. En ces cruelles épreuves de la séparation, que la vie, à mesure qu'elle s'avance, multiplie pour nous , et dont l'amertume empreint d'une invincible tristesse le milieu de nos jours, nous éprouvons une souveraine douceur k nous entretenir de ceux qui ne sont plus, à contempler leurs vertus, à nous élever et à nous fortifier nous-mêmes par le souvenir du bien qu'ils ont fait et de la fermeté avec laquelle ils ont porté ce poids de la vie dont nous restons cbar-

gés après eux. Il y a ici, en même temps qu'un pénible devoir, une profonde consolation. Tels sont les sentiments qui se pressent en moi , au moment où je suis appelé, par les fonctions que j'avais l'honneur d'exercer Tan dernier dans la faculté de droit, à rendre un dernier hommage à celui qui fut, pour quelques-uns d'entre nous un maître vénéré, pour d'autres un ancien et fidèle ami, pour tous le meilleur, le plus dévoué et le plus affectueux collègue.

Deux choses se partagèrent la vie publique de Quirini et ce sont les deux plus grandes choses de ce monde : la justice et la charité. Il les aima l'une et l'autre passionnément, et il s'y dévoua d'une telle ardeur qu'on peut dire qu'il a usé sa vie à les servir. Appliqué à la jurisprudence par profession, et remplissant avec la plus scrupuleuse conscience tous les devoirs du jurisconsulte , il donna librement à la charité tout le temps dont ses occupations principales lui permettaient de disposer; ces loisirs que tant d'autres livrent au plaisir et à la frivolité, il les consacrait lui aux intérêts des pauvres, ne se délassant des austères devoirs de la vie judiciaire que par les devoirs non moins graves et non moins difficiles de l'assistance publique.

Ce qu'était Quirini dans la science et dans la pratique de la jurisprudence, vous le savez vous, messieurs , qui avez été ses collègues , ses confrères et ses élèves. Jamais esprit ne fut mieux fait pour comprendre et interpréter les lois, pour les embrasser dans leur système général aussi bien que dans leurs

plus minces détails, pour en posséder la lettre aussi bien que l'esprit. Une mémoire d'une étendue et d'une sûreté incomparables, un jugement aussi droit que prompt, une logique inflexible, une expression toujours juste , vive et nette ; telles étaient les qualités qui lui donnaient, pour le développement des causes comme pour l'enseignement des principes , une si grande puissance. A ces dons si heureux il joignait un amour de la science et une ténacité dans le travail qui lui faisaient creuser à fond toutes les questions, et qui de bonne heure l'avaient poussé à pénétrer dans toutes les parties du vaste domaine de la science juridique. Le droit romain , l'ancien droit et le droit moderne lui étaient également familiers. Dès le premier pas qu'il fait dans la carrière, on voit se révéler en lui ces diverses aptitudes et ces nombreuses connaissances. Dans la dissertation qu'il écrivit pour les épreuves du doctorat en droit, sur la séparation des patrimoines en droit romain et en droit moderne , il annonce , par le choix du sujet et par la manière de le traiter, toutes les qualités qui plus tard distingueront son enseignement et ses travaux au barreau. La question est une de celles qui, en droit romain comme en droit français, laissent place à des difficultés et à des doutes sérieux. Sur ces difficultés dans l'un et l'autre droit, les jurisconsultes sont partagés. C'est de plus une de ces matières où les principes de divers ordres viennent converger, et dans lesquelles il est impossible de saisir les éléments des questions et de formuler les solutions sans une connaissance éga-

lement sûre de tous les principes et des liens qui, en les rattachant les uns aux autres dans la réalité des faits, constituent l'unité du droit. Ordre dans la distribution des matières , clarté dans l'exposition, énergie et concision dans l'expression , hardiesse et mesure dans la décision, méthode large et pourtant rigoureuse, puissance de combiner et d'éclaircir les uns par les autres , les principes des législations anciennes et les principes de notre droit moderne , toutes ces heureuses qualités que vous avez souvent reconnues et appréciées en lui , vous les trouverez dans le travail de sa jeunesse.

Et ce que l'on voit apparaître aussi dans ce premier essai de ses forces, c'est cette modestie et cet éloignement pour toute recherche personnelle qui ne le quitteront jamais, même lorsqu'il aura acquis dans l'enseignement et dans la consultation la plus grande autorité. Sur une des questions de détail que son sujet lui impose, sur la question de savoir s'il peut y avoir lieu k la séparation des patrimoines dans le cas de l'acceptation de la succession sous bénéfice d'inventaire, la justesse et la pénétration de son esprit lui révèlent une solution qui se trouve en désaccord avec la solution généralement adoptée. Il faut qu'il contredise un arrêt de la cour de cassation de France, et il a contre lui l'opinion de presque tous les jurisconsultes les plus renommés en ce temps. 11 n'hésitera pas, même devant ces autorités si imposantes, à proclamer la vérité telle que sa consciencieuse recherche la lui montre; et la suite a démontré qu'il

avait raison dans sa jeune audace, puisque l'opinion qu'il proposait alors est aujourd'hui acceptée sans difficulté par les interprètes les plus autorisés. Mais ce ne sera pas une solution qu'il formulera, il émettra seulement une opinion , un argument à l'appui d'un intérêt qui a droit d'être défendu , parce que la loi lui est manifestement favorable ; ce sera l'avocat qui parlera et non le docteur. « Quid vero nos? dit-il. Et contra celeberrimorum jureconsultorum opinionem juveniliter disserere periculosum, nonnullis forsan inconsultum videretur; in neutram igitur partem ibimus; quoniam vero in hac dissertatione creditoribus defuncti prœcipuè patrocinamur, ideo etiam argumentum aliquod contra horum sententiam , ut honestos decet causarum patronos , instituere licitum sit (1). »

Dans l'enseignement , Quirini se faisait remarquer autant par la spontanéité de son exposition et par la vivacité de sa discussion que par la lucidité et la rigueur de son argumentation. Il savait, avec un art supérieur, grouper les conséquences autour du principe; dans les questions les plus compliquées et les plus obscures , sans effort , souvent par un mot , il réussissait à introduire là lumière. Les matières les plus abstraites et les plus ingrates prenaient vie et s'animaient au feu de sa parole. Qu'il exposât dans le cours de droit civil élémentaire les fondements de notre droit privé , ou qu'il en développât toutes les

(1) Page S3 de la dissertation t De bonorum separatione.

applications dans le cours de droil civil approfondi , c'était toujours la même méthode , et cette méthode produisait les mêmes fruits. On puisait dans son enseignement cette intelligence et cette possession des principes, desquelles tout dépend dans la science juridique , et qui font la principale , je pourrais dire la seule force véritable du jurisconsulte; l'intelligence et l'âme du professeur avaient passé dans son auditoire et l'on emportait de ses leçons non-seulement la connaissance, mais encore l'amour de la science.

Cette puissance dans l'enseignement , Quirini la tenait à la fois de son heureux naturel et des efforts d'un travail opiniâtre. Il ne reculait devant aucune peine pour tenir constamment ses leçons à la hauteur de la science ; il s'en faisait un devoir de conscience ; il se serait reproché comme une faute tout ce qui aurait ressemblé à la routine. Rien dans les travaux les plus récents des-interprètes du droit ne lui échappait , tout lui était connu et tout lui servait soit pour mieux établir la vérité , soit pour réfuter plus sûrement les erreurs.

Les questions controversées du droit étaient l'objet constant de ses méditations et de ses préoccupations; et si parfois de nouvelles études lui faisaient croire qu'une opinion suivie par lui manquait de justesse, il n'hésitait jamais à le déclarer et à réformer sa doctrine avec cette simplicité et cette bonne foi qui caractérisent l'homme supérieur et le véritable maître. Les opinions hasardées, les théories peu étudiées,

produites plutôt pour faire éclat que par le désir d'avancer la science, trouvaient en lui un critique sévère, quelquefois même armé d'un sarcasme impitoyable; mais n'avait-il pas le droit d'être sévère pour les autres, lui qui l'était tant pour lui-même?

Ce qui faisait autant peut-être que sa science la puissance de son enseignement, c'était cette sorte de passion pour la vérité et la justice dont il était possédé et qui débordait dans sa parole et jusque dans son geste; c'était surtout son entier dévouement à ses élèves. Ce dévouement lui était inspiré d'abord par le sentiment des devoirs et de la haute mission de l'enseignement; il était aussi l'effet d'un mouvement naturel de son âme si généreuse et si sympathique, qui se portait d'instinct et d'affection vers la jeunesse. Il se souvenait des difficultés qu'il avait rencontrées dans ces premiers temps de la vie ; il savait au prix de quels efforts on prend rang parmi v les hommes, et il s'empressait, avec le plus bienveillant intérêt, de donner à tous ceux qui allaient à lui son aide, ses conseils et ses encouragements. J'étais de ceux qui recueillirent ses premières leçons; je compte parmi les plus vifs et les plus chers souvenirs de ma vie d'étudiant, le jour où nous le vîmes monter en chaire pour la première fois , et commencer cette carrière que nous devions voir, hélas, trop tôt fermée.

ce Désormais, nous disait-il, je suis tout à vous, je vous appartiens tout entier; mon plus ardent désir et ma plus grande ambition sont de vous être utile. »

Cette promesse, vous savez s'il l'a tenue. Dans ses dernières années, alors qu'une cruelle infirmité lui rendait le travail si difficile, vous l'avez vu, par des prodiges d'énergie et de puissance d'esprit, poursuivre jusqu'au bout sa tâche. Quand déjà il souffre du mal qui doit nous l'enlever, il se livre à ses travaux ordinaires, sans que rien paraisse au dehors dès douleurs qu'il endure. A peine en descendant de sa chaire, où il se montre aussi lucide et aussi puissant que jamais, laisse-t-il soupçonner à ses collègues, qui s'attristent de ses souffrances tout en admirant son courage, combien lui coûtent ces suprêmes efforts. Il ne cède que lorsque le mal parvenu à sa dernière intensité a brisé ses forces. Éloigné de ses élèves, sa personne est toujours au milieu d'eux. Peu de jours avant le jour où Dieu l'appellera pour lui donner ce repos que sur cette terre lui-même il ne voulut jamais s'accorder, les intérêts de ses élèves seront sa plus grande préoccupation ; il témoignera particulièrement, à celui d'entre nous qui était chargé de le remplacer dans le jury d'examen, de la vive sollicitude qu'il leur porte. On peut dire que jusqu'à son dernier soupir il a vécu pour eux.

Tant d'abnégation , tant de force sur soi-même , devaient avoir leur source dans des sentiments supérieurs aux étroites préoccupations de cette vie. Sérieux en toutes choses , Quirini l'était particulièrement en tout ce qui se rapporte à Dieu et à la religion. Un profond sentiment de ce que l'on doit à Dieu et de ce qu'on doit aux hommes pour Dieu , gouvernait

cette nature si riche et si ardente. C'était en Dieu qu'il aimait la justice , c'était en lui et pour lui qu'il pratiquait la charité. Aussi nous offre-t-il le type de ce que peut être dans les affaires l'homme dont une foi réfléchie anime et règle tous les actes. Dans la vie politique, Quirini n'écouta jamais que sa conscience ; les passions égoïstes et les sordides calculs de l'intérêt lui furent toujours étrangers ; il s'efforça d'être en toutes choses du parti du bon droit et du bien public. Je me garderai de dire qu'il fut insensible aux marques réitérées d'estime et de confiance que lui donnèrent ses concitoyens. Il se sentait honoré des suffrages qui se portaient sur lui ; mais il voyait dans la faveur publique une source de devoirs et non une source de profits. Les honneurs sont quelquefois venus à lui, mais sans qu'il ait jamais été au devant d'eux. Il avait, pour s'affectionner à pareilles choses, dans l'âme trop de grandeur et dans le caractère trop de modestie. Aimant sincèrement la liberté, attaché de cœur à nos vieilles franchises nationales, toutes ses sympathies étaient acquises au pouvoir quand il use de sa force suivant les lois pour maintenir le droit et assurer l'ordre ; il a prouvé en plus d'une circonstance difficile qu'il savait lutter contre les envahissements de l'anarchie aussi bien que contre les abus de l'autorité. Il se montra toujours respectueux vis-à-vis de toutes les puissances, mais en même temps toujours jaloux de sa dignité et de sa liberté. Il avait cette noble indépendance et cette légitime fierté que l'on aime à retrouver chez les

hommes qui ont le plus honoré la robe. Dans la pratique des affaires , il savait allier l'esprit de conciliation à la fermeté , la droiture à l'habileté.

Dans les rapports où les fonctions qu'il exerça durant trente années le mettaient avec les pauvres , il fit constamment preuve d'un dévouement sans bornes et d'un oubli complet de lui-même. Dans les grandes comme dans les petites choses, dans les affaires de tous les jours comme dans les moments les plus critiques , il se donna à eux tout entier. Sa porte leur est toujours ouverte ; jamais il ne refuse d'écouter leurs demandes, et leurs importunités ne peuvent lasser sa patience. On n'a pas oublié comment , au milieu d'une affreuse épidémie , il se prodigua partout où sa présence pouvait être utile , sans souci du péril que sa vie pouvait courir. On le vit alors , dépassant de loin , dans son zèle charitable , ce que lui commandait son devoir, parcourir les hôpitaux , consoler au milieu de leur agonie les malheureux que le fléau y avait entassés ; veiller avec un soin scrupuleux à ce qu'aucun secours ne manquât à ceux envers qui ses fonctions lui imposaient le devoir de la tutelle administrative , mais pour qui son cœur et sa foi de chrétien lui inspiraient les sentiments d'un père.

Tel est l'homme dont le souvenir vivra éternellement dans nos affections et dans nos regrets , et dont nous pouvons, avec assurance, proposer l'exemple à la jeunesse qui entoure nos chaires. Pour vous , messieurs, qui vous préparez dans notre Faculté aux

grands devoirs de la vie judiciaire et politique, que ce ne soit point assez d'avoir profité des enseignements scientifiques du maître éminent que vous pleurez avec nous ; sachez encore profiter de ce haut enseignement moral que vous donne toute sa vie. Que votre ambition soit de mériter qu'on dise de vous, ce que nous pouvons dire de lui en toute vérité : Qu'il fût toujours inébranlable dans ses convictions, modéré et indépendant dans ses opinions , ferme et infatigable dans ses devoirs , respectueux envers le pouvoir, autant qu'affectionné à la liberté; dévoué à la chose publique , serviable envers tous , bon surtout pour les petits et pour les pauvres ; constant et sûr dans ses amitiés , modeste dans sa vie , grave et doux dans ses mœurs ; tellement que parmi ceux qui ont vécu près de lui il n'est personne qui ne lui rende ce témoignage, que jamais on ne sut mieux unir tous les mérites de l'homme de science et de talent à toutes les vertus de l'homme de bien.

DOCUMENTS RELATIFS A LA PART PRISE PAR LES DOCTEURS DE LOUVAIN A LA CORRECTION DU DÉCRET DE GRATIEN.

Extrait du Synopsis monum. du docteur Fan de

Vetde (1).

Quum Gratiani decretum seu decretorum corpus in Universitatibus receptum fuerit ac praelegeretur, ex ea receptione et usu scholastico auctoritatem quamdam, etiam in tribunalibus, Gratiani compilatio sensim obtinuit.

Saeculum attendendo, quo Gratianus syntagma suum edidit, quum nimirum ad ejus generis collectionem adornandam deessent, quibus nos hodie abundamus, eruditionis ecclesiasticae ac literariae adjumenta : nemo aequus arbiter mirabitur, Gratiani opus , temporum illorum infelicitate, incertis, vagis ac falsis etiam citationibus , aliis insuper mendis , immo erroribus inquiuatum esse , neque eo rerum ordine, artispleno, seu justa materiae distributione commendari. Observarunt jam dudum hos defectus eruditi ac emendare studuerunt.

(1) Tom. I, p. 156.

Joanncs Cardinalis a Turrecremata , ordinis Fraedicatorum , qui in decrelum Gratiani amplissimos scripsit commentarios , primus formœ seu methodi defectum, quem in decreto deprehendebat, corrigere instituit. Itaque quae a Gratiano inordinalc erant congesta, illa ad normam quinque librorum, in quos Raymundus Pontificum decretales epistolas digesserat , in meliorem ordinem redegit. Obiit illustris ille canonista Romae anno 1438. Opus ejus , Nicolao papœ V inscriptum , in scholas non fuit receptum , dudumque latuit, donec Benedicti XIII jussu, studio Justi Fontanini , Archiepiscopi Ancyrani , in lucem fuerit protractum. Prodiit hic liber Romae anno 1727 in-fol. elegantibus typis, cum insigni editoris praefatione ac cruditis notationibus.

Veterem ergo Decreti formam, quod eidem assueti essent , servarunt canonistae ; sed in id exinde diligenter incubuerunt , ut subsidio artis critica3 , quae sseculo XVI potissimum cœpit excoli , falsa a veris f incerta ab incertis discernerentur, atque a falsis ac spuriis ailogationibus et sententiis Gratiani collectio expurgaretur. Itaque sub auspiciis Pontificum PU IV ac V nec non Gregorii XIII eorumdemque auctoritate ac jussu suscepta est haec correclio. Primum triginta quinque viris , id est Cardinaiibus Hugoni Buoncompagno , postea Gregorio XIII, Felici Montalto, dein cardinali, ac ab anno 1583 papœ, Sixto V. S. Carolo Borromœo etc. quibus adjuncti fuerunt doclrina et pietate insignes viri , emendandi Gratiani opus cura fuit commissa. Illorum catalogum exhibet

Justi Fantanini mox memorata prœfatio. In illa n° 35 legitur : Jo. Molin^sus , Gandavensis. Is honorum titulis ac eruditionis, jurîsque scientise quadam celebritate, Romae quum esset, in hune censum venît. Totum enim annum 1573 et partem anni sequentis , in urbe versatus fuit ; atque adeo additus fuit aliis correctoribus Romanis sub Gregorio XIII 9 quo praesente orationem habuit. Vide Pàquot Mémoires, tome XVII, pag. 407 et 412.

A Correctoribus Vaticana Bibliotheca aliaeque non paucœ Romae excussse sunt : verum non illic substitit correctionis ardor « sed et ex aliis urbibus atque » regionibus invitati fuerunt doctissimi homines , » qui idem facerent; et si quid invenissent, quod ad » hanc rem pertineret, ut pro sua pietate libenter » communicarent , atque ad Pontificem mitterent. » VideaturEsPENii commentarius in Decretum Gratiani, dissertatione proœmiali , §. IX, tom. III, editionis anni 1751, pag. 499 et seqq.

Refert ibidem Espenius , Papam ad Lovaniensem Academiam Brève destinasse, quo monerentur Doctores,ut operam suam conferrent pro emendatione Gratiani. Exstat Brève folio patente impressum : atque in librorum undecumque Romam missorum indice , qui post prœfationem editionis Gregorianœ appositus est, habetur : Decretorum excerpia ex Bibliotheca 5. Trudonis, ab Alberto Leonino, nomine Utiiversitatis Lovaniensis. Est is non Albertus sed Eibertus Léoninus, juris utriusque doctor et in Lovaniensi academia canonum professor ordinarius, qui obiitGelriae Ganceliarius.

Trium ergo Pontiflcum Romanorum sollicitudine, prodiit tandem anno 1582 Corpus Juris Canonici (cujus primam partem Gratiani Decretum constitué ) tôt insignium virorum studio ac labore emendatum et notis illustratum. Prodiit autem Romœ anno 1582 Gregorii XIII. Pont. Max. jussu in œdibus Populi Romani , seu , ut in Bulla ejusdem Pontificis de 1 jutii habetur, in oflicina populi Romani « quae ad hoc potissimum , ut libri sacri in ea » fideliter et incorrupte imprimantur, erecta fuit. » Quare etiam statuit Pontifex , « ne cuipiam liceat » eidem operi quicquam addere vel immutare , aut » invertere, nullave interpretamenta adjungere. » Ex quibus verbis tradunt nonnulli Gratiani Decretum a Gregorio XIII probatum fuisse, prorsus ut auctoritas ejus tanta sit , quanta Decretalium Gregorii IX. Quam opinionem , neque Antonius Augustinu$y neque Espenius aliique illustriores canonistae , neque ipse Benedictus XIV sequendam sibi esse existimant. Hujus Ponlificis hac in causa sententia , tum alibi , tum lib. Vil de Synodo , cap. XV, n° 6 bis intelligitur verbis. « Gratiani Decretum, inquit, » quantumvis pluries Romanorum Pontiflcum cura » emendatum fuisse non ignoretur, vim ac pondus » legis non habet ; quin imô inter omnes receptum » est, quidquid in ipso continetur, tantum auctori- » tatis habere, quantum ex se habuisset, si numquam » in Gratiani collectione insertum foret. »

Lettre de François Richardot, évêque d'Arras , au pape Grégoire XIII (1).

18 janvier 1575.

Mandatum Sanctitatis Vestrae, per brève apostolicum mitii significatum, cum omni qua potui reverenlia XVÏI calend. febr. ltetus accepi, ac venerabundus osculatus sum,nec, si Deus dabit, committam, ut ulla in me mora sit, quominus sancto ejus desiderio et ecclesiis perutili fiât satis. Quum enim cupiat Sanctitas Vestra Decretum Gratiani quam emendatissimum prodire, idque ad doctrinam ecclesiœ conservandam et ad disciplinam instaurandam plurimum lucis adferri queat, débet optimus quisque in eam rem omnibus nervis incumbere, cum ob utilitatem publicam, tum vero propter ejusdem Vestra Sanctitatis auctoritatem summam. Quare nihil mihi unquam potius erit, quam ut huic rectissimo mandato citissime morem geram. Quod si tamen res ea plus temporis postulet, quam optamus, ut certc fore videtur, obsecro Sanctitatem Vestram pro œquitate et huma-

(i) Cette lettre et celles qui suivent ont été publiées par le père Tucincr , d'après le MS. num. 4800 de la bibliothèque du Vatican , dans ses Disquûitioncs criticœ in prœcipuas canonum et decretalium coilectiones ; Rome 1830, in-4°. Les miuutes originales de plusieurs de ces documents nous ont misa môme de rectifier des inexactitudes qui se sont glissées dans les pièces publiées par le père Thcioer.

nitate boni ut consulat. Si quid erit in me industrie, si quid ingenii (quod certe est perexiguum), id quidquid erit impendam; nec cessabo prius, quam ex Belgii bibliothecis quaecumque ad hanc rem colligi poterunt, ea transcribantur, ac Sanctitatis Vestrae mittantur.

Caeterum , Sanctissime Pater , audebo hanc occasionem nactus, ecclesias hujus provinciae, clerum, episcopos Sanctitatis Vestrae benignitati commendare. Habet enim per Dei gratiam Belgica populum multis in locis pium ac religiosum, clerum minime dissolu tum, episcopos ubique bonos, abbates plurimos, qui sanctimonia prœlucent. Quod eo lubentius scribo , quod satis intelligam magnam ex ea re Sanctitatem Vestram voluptatem capturam esse. Deus Opt. Max. eam tueatur, foveat et servet ecclesiae suae

Atrebati XV calend. febr. 1573.

Ejusdem Sanctitatis Vestrae humill. servus et fîlius

observantissimus

Fr. Richardotus , Episcopus Atrebatens.

Lettre du même au même pontife.

20 mars 1573.

Mox accepto brevi Sanctitatis Vestrae scripsi ad Episcopos et Abbates in Belgio , quos censui bibliothecas habere veteres et instructas. Scripsi quoque ad prœcipuosacademiarum Lovaniensis et Duacenae pro-

fessores, ut si quid apud eos esset, quod ad instaurandum Gratianum pertineret, juxta missum indicem diligenter perquirerent et adnotarent, uti eidem Sanctitati Vestrae faclurum me promiseram. Horum vero propemodum omnes se operam daturos , ut ejus voluntati satisfiat diserte responderunt , ac succedente tempore literis significarunt, quicquid in promptu esset. Cujus indicem ad Iilustrissimum D. Cardinalem S. Sixti (ne Sanctitati Vestrae taedium adferam) abunde perscribo. Inter ceteros autem doctos Belgii viros, unus Jacobus Pamelius, Sancti Donati apud Brugas Ganonicus , antiquitatis ecclesiasticae studiosissimus et apprime versatus in sanctis auctoribus, spem facit, non inanem fore hanc operam, ut ex nostratium bibliothecarum indicibus, quos habet plurimos, certam conjecturam sumit : quique suum in ea re studium poliicetur, ubi lucubrationes in Tertulianum suas absolvent. Id autem imprimis necessarium putat, quod idem mihi videtur, ut exemplaria typis impressa primum conferantur cum iis quae in bibliothecis inveniri poterunt, ut plane cognoscatur, habeant ne aut aliter aut plura, quam quae sunt impressa, ne scilicet actum agamus, deinde ut vel transcribantur , quae non sunt édita, vel in lucem edantur.Transcribi autem putat immensi esse laboris et temporis et sumptus. Quare, si ita Sanctitati Vestrae videatur, et commodius etbrevius typis excudi poterunt. Isidori enim et aliorum sunt ingentia volumina, quae nec tam expedite nec tam emendate possunt exscribi, quam imprimi. Sanctitas itaque Vestra

dignabitur mandare quidquid maxime volet, ac jubere, ut pro sua quisque facultate, in hanc rem utilissimam incumbat, Pamelioque negotium committere. Ego pro mea erga Sanctitatem Vestram summa observantia quantum licebit urgebo, quam ex quo primum Tridenti salutavi, unice semper colui, auctam vero suprema ecclesige Christi dignitate multo magis colam et suscipiam dum ero superstes. Deus Opt. Max. eamdem Sanctitatem Vestram , ad reipublicœ christianae commoda natam et rcctissimo suffragio electam , diutissime te conservet.

Atrebati 20 martii 1573.

Sanctitatis Vestrae Humillimus et devotissimus filius

Fr. Richardotus , Episcopus Atrebatens.

Lettre de François Richardot, évêque d'Arras, au cardinal François Aidât.

48 mars 1573.

Illustrissime reverendissime in Christo Pater.

Literas Illustrissimaî Dominationis Vestra nuper accepi, moxque ad Lovaniensem Academiam missis ejusdem D. Vestrae literis diligenter scripsi, rogavique (quod et alias feceram) ut operam ac studium diligenter impendant, quo de Gratiano restaurando Sanctitatis suae desiderio ac expeclationi satisûeri

possit; qui mihi responderunt prope diem seRomam missuros quœcumque ex bibliothecis colligerelicuit, ubi commode ea et emendate rursus exscripserint. Horum autem diligentiaî cum nihil me addere multis de causis posse videam, cum hic nec libros veteres habeamus , non liceat per œtatem ac ecclesiae nostrse negotia, in hanc rem incumbere : putavi me functum esse officio, si eos literis urgerem, et commonefacerem, quorum industria aliquam Gratiano lucem praestare possent, quod feci sane diligenter. Sed in cœteris et Lovanienses, et Jacobus Pamelius rem serio sunt aggressi. Hic vero quia valetudine prohibitus non potuit huic negotio tanta ceieritate vacare, quanta cupivisset, confirmatus tamen se nihil neglecturum promisit, et ad me confestim missurum, ubi primum quœ in promptu habet, exscripserit. Ego vero nihil potius habebo, quam ut ad Illustrissimam D. V. mittam quœcumque ab eo posthac accepero. Tametsi mihi nonnihil suspecta est cursorum vel fides vel diligentia, nam sestate proxima misi ad eamdem ïllustrissimam D. V. multa, quae ad Gratianum restituendum idem Pamelius annotaverat, non potui tamen intelligere an ea cum literis meis acceperit. Ceterum doctor Andoenus, cui has literas reddendas commisi, homo pius ac doctus Romam proficiscitur, qui ex Anglia ob catholicœ religionis incolumitatem conservandam , ad nos profectus Duaci annis propemodum decem jus canonicum summa cum laude professus est, nec minus se commendabilem virtute et vitae integritate quam doctrina et eruditione

prabuit, cujus animi dotibus reverendissimus Cameracensis Archiepiscopus adductus, eum curiae suae ecclesiasticae praefecit, et archidiaconum ecclesiae constituit, misitque ad urbem ut quaedam cjus nomine apud Sanctam Sedem Apostolicam procuret. Hune itaque Andoenum, virum praeslantem, si eadem dominatio vestra illustrissima lubenter excipere et salutantem complecti dignabitur, profecto facile cogooscet et omni commendatione dignum et imprimis idoneum qui ecclesiae utilem operam et studium praestare possit. Nec pulo rem minime gratam me facturum esse eidem Illustrissimae D. V. si hominem, religionis causa a suis extorrem, et honestissimo exilio nobilem humillime commendavero. Valeat Illustrissima D. V. per Dei gratiam et beneficium semper felicissime. Atrebati XVIII martii 1573.

Illustriss. et Reverendiss. Dominationis Vestrœ humillimus servus et ad omne obsequium prompt, famulus,

Fr. Richardotus , Episcopus Atrebatens.

Lettre du même au même cardinal.

20 mars 1573.

Non destiti quin acceptis Illustrissimae ac Reverendissimae Dom. Vestrae cum brevi Apostolico literis e vestigio scriberem episcopis Belgii , abbatibus et reliquis, rogaremque ut diligenter quaererent, quid-

quid in bibliolhecis veteribus lateret, quod ad Gratiani decretum restituendum usui esse posset, misso etiam indice, qui ex Urbe ad me missus est : qui propediem omnes etdiligenter curaturos responderunt, ac aliquanto post significarunt, si quid in iisdem bibliothecis suis invenissent : praeter nonnullos , qui nondum quicquam certi renuntiarunt, tametsi non dubitem, quin agatur ubique diligenter, quo Sanclitatis Suae voluntas expleri possit. Multa quae desiderari videntur a Sanctitate Sua, extant in tomis conciliorum Goloniae impressorum. Multa quoque in bibliothecis, horum autem quicquid in hune diem mihi innotuit, illud indice quodam brevi, adeompendium eidem 111. Dom. Vestrae mitto. Praeterea Augustini aliquot opéra, quae in Parisiensi editione non habentur. Vlîmmerius quidam, homo diligens, aliqua in lucem emisit Lovanii, quae prius impressa non fuerant , in quibus sermones Augustini leguntur ad neophytos, sed non is quem citât Gratianus. Isidori decretum est in Bibliotheca S. Amandi, quod monasterium Illustrissimus Cardinalis Granvellanus obtinet. Rabanum autem Jacobus Pamelius magna diligentia conquisivit, et ut in lucem emittatur cogitât. Est autem antiquitatis ecclesiastiese peritissimus, et apprime diligens, qui literis et suam operam ad hanc rem pollicetur et spem facit inveniendi plurima, quae desiderat Sanctitas Sua. Superest autem, ut quae inventa fuerint, cum impressis conferantur, et ubi collata fuerint, qusecumque non erunt édita vel exscribantur, vel edantur. Transcribi aulem omnia

minime posse Pamelius judicat, nisi maximis sumtibus et longissimo tempore. Quare quœcumque justi voluminis mensuram habebunt, imprimi commodius etbrevius multo poterunt , quam transcribi. Quae autem erimt exigua , ut fere sunt decretales epistolse pontificum, illa facile poterunt excribi ac demum mitti. Sed ut haec omnia rite diligenterque fiant, meo judicio rectissime Sua Sanctitas fecerit, si mandet et prsecipiat id curari ab iis, apud quos sunt bibliothecœ. Scilicet ut conferantur et exscribanlur , quae exscribi poterunt. Quod si sumptus major sit, quam ut singuli ferre possint, hune ecclesiœ nos- Irates in commune subrogare poterunt. Quae autem majora fuerint, quam ut transcribi queant, ca commode Plantinus typôgraphus regius Antverpiensis excudet, si et requisilus fuerit, et senserit eam editionem sibi fore lucro ut certe erit. Ego promptam meam semper operam lubens offero, nec eam supervacaneam utspero, si Sanctitas Sua mandatum commune, quod ad singulos pertineat, interposuerit. Reverendissimus Cameracensis episcopus , Dominus quoquevicarius archiepiscopatusMechliniensis,episcopi et abbates utriusque provinciœ, in eam rem, pro sua quisque facultate diligenter incumbent. Nam ad reverendissimum episcopum Trajeclensem et ad episcopos ejus provinciœ scribere supervacaneum videlur hoc tempore, quo Hollandia, Zelandia, Geldria funestissimo bello misère lacerantur, maximo ecclesiarum ac religionis detrimento, quod bellum nisi aut parta Victoria, aut perduellium deditione

tandem acquieverit, versatur Belgica in gravissimo discrimine, quœ tamen pluribus locis fidem catholicam et apostolicam cum professione, tum vero vita et moribus per Dei gratiam constantissime proûtetur. Obsecro autem humilitate quanta maxiraa possum , ut tarditatem meam apud Sanctissimum Dominum Nostrum excuset. Non enim potui prius quicquam rescribere, quam mihi responderent, ad quos literas ea de re dederam. Valeat féliciter Illustrissime ac Reverendissima dominatio vestra, quam Deus Opt. Max. augeat etconservet.

Atrebati 20 mart. i573.

Illustriss. ac Reverendiss. Dom. Vestrae humillimus et ad omnia paratus famulus Fr. Richardotus , Episcopus Atrebatens.

Lettre de Viglius au pape Grégoire XIII.

17 mai 1573.

Nihil equidem prius habui, quam ut literis Sanctitatis Vestrœ(quibus postulavit ut in decreto Gratiani emendando , qualem qualem opellam meam una impertirem) promptum debitumque quoad possem impenderem obsequium , ac Tisnachus praeses , cui desiderium quoque Sanctitatis Vestroe exposui , in eandem voluntatem , studiumque meum lubens concurrit. Verum paullo post quam literas Sanctitatis

Vestra accepissem, inopinata mors illum e vivis sustulit. Etdum perquiro undique, quae ad cam rem pertinent, Lovaniensi academiae idem a Sanctitate Vestra mandatum intellcxi. Quamobrem ne actum agerem , cum aliquot ejusdem professoribus , quibus ea cura sollicitudoque commissa fuit, contuli operamque meam illis obluli , et per omnia loca monasteriaque, quae aliquid subsidii subministrare posse videbantur, una exquisivimus, quae ad votum Sanctitatis Vestra complendum quoquo modo facere sunt visa. Proinde Sanctitatem Vestram non œgre laturam spero, quod nihil seorsum adferam , scd qqœ habui cum academia Lovaniensi (cujus et ipse alumnus sum) in commune contulerim. Non possum autem non satis laudare hoc Sanctitatis Vestra institutum ; ac jam quindecim aguntur anni , quod Régi nostro catholico suggesserim , et ab eo impetraverim , ut professionem decreti Gratiani propriam apud Lovanium institueret, quo etiam factum est, utGratianus prope ibi in scholis neglectus ad veterem celebritatem rursus ibi exurgere cœperit, ac universa ecclesia Vestra Sanctitatis favoreejus opus emendatum illustratumque lubentius amplexabitur. Deus Opt. Max. Sanctitatem Vestram (cui me humillime commendo), in felici ecclesise regimine diutissime conservet. Dalum Bruxellis 17 maii 1573.

Sanctitatis Vestra Devotissimus humillimusque servus Figlius Zuichemus.

Lettre de François Richardot au pape Grégoire XIII.

10 juin 1573.

Sanctitatis Vestrae nuper proximis literis meis ea qua potui humilitate significavi , multa in Belgii bibliothecis exslare, quibus Gratianus magna ex parte instaurait possit, ac simul horum indicem ad Illustrissimum D. Cardinalem S. Syxti misi, ut eadem Sanctitas Veslra mandet quidquid optimum judicaverit, jubç^tque transcribi per homines idoneos, qui ad hanc rem abundent otio , idque sumptu ecclesiarum publico. Indicavi quoque Sanctitati Vestrae Jacobum Pamelium Canonicum Brugensem virum doctum ac pium, qui cum nulla functione publicasit occupatus , et antiquitatis ac juris ecclesiastici studiosus , perutilem inter ceteros operam navare poterit, ut ejusdem Sanctitatis Vestrae piissimis conatibus omnino satisfiat. Hic vero ut habet apud se multa congesta, quae ad rem faciant, ad me nuperrime quaternionem a se collectum misit, unde pluribus locis Gratianus restitui ac illustrari queat. Nec dubito si hujus rei provinciam susceperit (quod lubenter facturum certum est) quin plurimum lucis huic negotio sit allaturus; quem ego per epistolam saepius incilavi; nec laborem refugit, ut est pius et integer. Hune vero quaternionem ad eumdcm Iliustrissimum Cardinalem mitto, ut Sanctitas Vestra ex eo conjecturam capiat , non fore inanem hanc operam , si Pamelio

committatur. Est et alius in Academia Duceana vir diligens (Carionem vocant) qui nobiliores Belgiae Jbibliothecas evolvit. Hos ego , aliosque ejus generis nonnullos ad hanc rem suscipiendam , hortari possum : impellere non possum. Scd ubi Sanctitatis Vestrae auctoritas accesserit , tum illi et lubentius pro sua quisque pietate , et me stimulos addente promptius , et , ut spero , felicius exequentur. Est enim res magni temporis ac laboris. Ego nisi et œtate, quse jam ingravescit, et ecclesiae mihi credilœ curis relinerer, ipse me ejus laboris socium ad omnia conquirenda ultro praeberem. Sed est mihi in statione manendum : et crebris concionibus enitendum , ne sese in ovilia nostra lues haereticorum insinuet, a qua per Dei gratiam hactenus hic liberi stelimus.Non tamendesistani quin quotquot mandato Sanctitatis Vestrse in hanc rem studium conlulerint, eos siepius admoneam officii.

Deus Optimus Max. eamdem Sanctitatem Vcstram ecclesiae suae diutissime conservet , cujus prudentia et benignitate speramus et optamus Belgicae misera motus tandem acquicturos.

Àtrebati 10juniii573.

Sanctitatis Vestrae Humillimus et obsequ. servus et filius Fr. Ricfiardotus, Episcopus Atrebatens.

Lettre du même au cardinat François Alciat.

iO juin 1573.

Jacobus Pamelius canonicusBrugensis,dequoproximis literis meis bominationi Vestrae Illustrissime nonnihil significavi, quasdam observationum suarum misit annotationes, quas ex libris, quos habet varios et magna diligentia collectos in quaternionem redegit, ex quo facile conjicio ejus opéra ac diligentia posse Gratianum restitui, ut est vir apprime doctus ac diligens : hujus autem quaternionis cxemplar ad eandem Illustrissimam Dom. Vestram mittendum judicavi, ut eo lecLo Sanctitati Suœ référât; ac ita pro singulari sapientia ac eruditione judicet quid ex bibliothecis Belgii et ex opéra et industria Pamelii , de repurgando Gratiano, sperari possit. Miseram ego prius ad camdem Illustrissimam Dom. Vestram indicem eorum,quœ exejusdem bibliothecis colligi et transcribi ad hanc rem possunt : nec dubito , quin eum indicem cum literis acceperit; nam magistro cursorum negotium Bruxellae commendari diligente r jusseram, qui curaturum promisit, ut tuto literarum nostrarum fasciculus mitteretur, ac amico meo Joanni Richebe in Urbe scriptori apostolico redderetur. Dolerem vero plurimum , si idem fasciculus periissct,quia nollem Sanctitalem suam putare ullam in me negligentiae culpam hœrere. Idem Pamelius, et nonnulli alii, in quibus Garionem Duaci agentem repono, poterunt hanc operam sanctissimo atque

summo ac optimo Pontifici praestare, prœstabuntque perlubenter, ac multo melius et alacrius si Sanctitatis Suae mandato, potius quam rogatu nostro, eam provinciam suscipiant, qux eu m sit et laboris et temporis propemodum maximi non audeo sperare me sic apud illos valere gratia (quamquam certe nonnihil valere puto), ut rem tanti momenti hortatu meo in se suscipiant. Quare si dignabitur Sanctitas Sua omnino mandare, ut id ccclesiarum sumptu iidem viri docti perficiant, magna spes est, plurimum ex eorum industria accessurum esse ad volun latem Suae Sanctitatisimplendam, nec ero negligens hortando.

Ceterum mittitur hinc ad Sanctam Sedem Aposlolicam testimonium multorum proborum virorum de Venerabilis Patris Thomae a Parentii moribus et vita, quem Majestas regia catholica monasterio S. Vedasti Atrebatensis praefîciendum auctoritate apostolica declaravit. Hoc autem prudens regiae Majeslatis judicium si Sua Sanctitas dignabitur (ul speramus) confirmare, erit ea res nostris civibus Atrebatensibus, atque optimo cuique jucundissima. Obtestor itaque Iilustrissijnam Dominationem Vestram, ut eidem Sanctitati Suœ negotium (si opportunum videbitur) commendet. Valeat féliciter Illustrissima et Reverendissima D. V. quam Deus conservet, et augeat

Atrebati X junii 1573.

Illustriss. et Reverendiss. Dom. Vestrœ humill. et ad omne obseq. paratissimus famulus Fr. Richardotus , Episcopus Atrebatens.

Lettre adressée par l'Université de Louvain à S. S. Grégoire XIII.

12; mm 1573.

Literis Sanctitatis Vestrae vigesima sexta novembris novissime praeteriti scriptas mense maio accepimus , et cum summa voluptate legimus ; perquam enim gralum nobis est a Sanctitale Vestra operam studiumque nostrum postulari, praesertim in re, quae reipublicae christianae non minus necessaria quam utilis est. Quippc suo nitori restitutus Gratianus ex fontibus unde ille rivulos suos deduxit, maximum sui usum praebebit, et in conservanda fidei catholicae integritale , et in reformandis horum temporum corruptis moribus. Qua in parte tam pio et justo desiderio succurrere , et ut obcdientiae filii Sanctitatis Vestrae mandatis parère cupientes,omnem conatum adhibere cœpimus, emissis plerisque ad veteres monasteriorum aliorumquebibliothecas excutiendas, si quid forte eorum,quae in transmisso a Sanctitate Vestra catalogo indicantur, lateat, dolentes sane serius nobis redditas esse praetactas Sanctitates Vestrae literas, necprius oblatam fuisse occasionem ponendi operam in re tam praeclara,eorumque diligentiam , qui ex jussu Sanctitatis Vestrae hujus rei incumbunt citeriore tempore adjuvandi, quam tamen moram acceleratione majore, quantum in nobis erit compensare conabimur. Quod nos majore stimulo compellit a Sanctitate Vestra no-

vum , recensque nuper concessum nobis ac facultati artium beneficium confirmationis indultorum nominandi a fel. record, praedecessoribus Sanctitatis Vestrae maximum, quod ut ad hujus Universitatis decus et salutem retinendum ac conservandum semper necessarium fuit, ita nominis Sanctitatis Vestrae immortalitatem apud nos constituit. Pro cujus incolumitate, et ut Deus Opt. M. illam suae Reip. quam diutissime velit esse superstitem , obnixe intensisque precibus orare non desinemus. Illud etiam exosculando pcdes S. Vestrae orantes , ut eadem Sanctitas Vestra hanc studiorum Universitatem et literariam rempublicam suo nomini devotissimam in sua proteclione semper habere , et propensa affectione amplecti dignetur.

Lovanii 12 junii anno 1673.

Vestrae Sanctitatis Cum omni humilitate et obedientia devotissimi filii, Rector et Universitas studii generalis Oppidi Lovan. Joannes Wametius, Assessor.

Lettre de François Richardot au cardinal François Alciat.

11 septembre 1573.

Literas Illustrissimae Domin. Vestrae pridie nonas maii Romae datas , calendis Septembris accepi,quibus respondissem jam pridcm, si prius mihi fuissent redditae. Sed cum binis ego literis , et Sanctissimo

Domino Nostro et Illustrissime Domin. Vestrae significaverim, primum quid ex bibliothecis nostratibus exccrpi posset ad instaurandum Gratiani decretum, et declaraverim interponi debere auctoritalem Sanctitatis Suae, utomnia diligenleret castigate transcriberentur, puto nihil fuisse necesse, ut citius bas acciperem, tametsi si quid hac parte neglectum est, id minime milii tribui debeat. Putabam vero Sanctitatem Suam ejus negotii curam iis commissurum esse, quorum nomina et facultatem indicaveram, quoniam eam ego provinciam solus, multis de causis sustinerenon poteram. Sperabam quoque mandaturam ea transcribi qusecunque ad rem facerent. Et dum expecto quid Sanctitas eadem decrevisset, audio Lovaniensis Academiae doctoribus commissum esse negotium , et eos magna diligentia in id incumbere , ad quos ego quoque initio scripseram. Sed necessaria erat summœ potestatis auctoritas, ut eo tam célèbre collegium adduci posset, quod quidem plurimos habet viros apprime doctos, qui abundant otio : plura uno die praestare possunt quam ego toto mense, qui et procul absum, et curis cpiscopatus gerendi senex occupor. Mihi sane nec voluntas, nec diligentia, nec studium obsequendi,scdpotestas utauctoritasdefuit. Quod et Illustrissima Domin. Vestra Sanctitati suae dignetur exponere, omnibus votis obsecro, ne pulet in me diligentiam et humilem ad ejus mandata propensionem desiderari.

Commendavi etiam proximis meis literis Illustrissimae Domin. Veslrse negotium Monasterii S. Vedasti,

ut cum regia catholica Majestas virum pium et prudentem nominaverit , eumque conventus uno consensu elegerit, eum ipsum optimi cujusquc comprobatione delectutn ac nominatum Sanctitas Sua dignetur confirmare. Erithoc Illustrissime Domin. Vestrse officium et Sanctitatis Suœ beneficium rectissime collocatum. Valeat in multos annos felicissime Illustrissima Domin. Vestra.

Atrebati XI septembris 1573.

Illustrissime et Reverendissimœ Dom. VcstrsR Humill. et ad omnia paratissimus servus Fr. Richardotus, Episcopus Àtrebatensis.

Lettre de Jacques Pamelius au cardinal François Alàat.

5aowM574 (1).

Pudet me pigetque quod hactenus desiderio lam

(1) Le père Theiner donne à cette lettre la date de 4572 et croit qu'elle a été adressée au cardinal de Saint Sixte, Hugues Buoucompagno ; mais le 5 août 1572 Pamelius ne pouvait plus ignorer que ce cardinal était devenu pape, depuis le 43 mai 1572, sous ln nom de Grégoire XIII. Ce fut par ordre de ce pontife que le cardinal Alciat répoudit ensuite à la lettre do Pamelius dans les termes suivants : «Ex tuis literis , et lus concilorum fragmentis. iu quibus altcrum Urbini II integrum vîdetur, magna m Sanctissimus Dominus Nostcr voluptatum accepit, quacsinc dubio correction» Gratiani perquam uttlia erunt. Et quod scribis de opusculis Rabani

justo tum Sanctissimi Domini nostri tum V. Cels. obtemperare non potuerim ; quo fit , ut tribus quod ajunt verbis me purgare cogar. In primis autem in causa fuit (quemadmodum nuper Alano Copo nostro scripsi) tarditas tanta literarum V. C. ut quae nonis novembris latae fuerant , nonnisi mense martio ad me pervenerint. Deinde ab co tempore, saltem a Paschate ad Pentecosten usque morbus tantum non continuus modo febri , modo cholica , adhuc e priori segritudine vixdum confirmata valetudine, tenellum divexantibus corpusculum. Quœ intérim causse, si non omnino satisfaciat, quam optimc de solita V. C. humanitate confidens, tuo patricinio a Sua Sanctitate moram nostram in bonam partem interpretatum îri , culpam nihilominus deprecor. Nunc veluti postliminio collectanea nostra hic adnexa repcriet V. C. quae judicavi aliquid conferre posse ad Gratianirestitutioncmjuxta indicem a Sua Sanctitate ad reverendissimum episcopum Atrebatensem, cujus animœ propietur deus, quippe qui prœcedenti septimana magno cum suorum mœrore vita excesscrit (1), et inde ad me

Mauri f quau cupis Sanctitati 8uae dicarc , scito te in co rem ipsi gratissimam esse faeturum , quin ctiam mihi injuuxit, ut ipsius nomine te Taldc horter ut in liujusmodi libris eruendis et expurgandis diligentem operam ponas , quia haec sunt pnecipua instrumenta , quibus et nostra constituerc et hiereticos evertere valemus. Et si quid est, in quo tibi Sanctissimus bonesle gratiûcari possit , me benevolum intercessorem semper habebis. Vaie. Romre uonis januarii 1575. »

(1) La manière dont Pamelius parle ici de la mort de Ricbardot f

missum simul et C. V. literas , quibus paulo explicatius mentem Sanctissimi Domini significat. Hiseliam addidissem mss. Rabani Mauri nostri opuscula, quorum titulos adscribi curavi, quce desiderari vidcntur a Sua Sanctitate, verum quod majora sint, quam ut commode et ulterius isthuc mitti possint ob îocorum tantam distantiam et veredariorum , qui sarcinas ponderis tanti récusant transvehere difficultatem , putavi consultum magis ea prœlo Plantini nostri committere , et ea excusa Suae Sanctitati dedicare et transmittere , uti sic una eademque opéra ministerium meum ad oscula peJum Sanctissimo Domino offeram , et orbi quoque christiano innotes- é cat , quam laudatissima Su» Sanctitalis in Gratiano repurgando voluntas. Sin tamen meum hoc institutum C. V. inverecundum videatur, quœso saltem verba significet apud Copum nostrum , qui hasce C. V. affert , ubi ego potius ab eo desistam quam aliquam offensionis vel minimge nolam incurrissc videar, me certe vestrum servulum mandatis vestris per omnia quam obsequentissimum reperiet C. V. cui me perpetuo commendatum cupio. Novit Opt. M., qui Suam Sanctitatem vestramque cclsitudinem diu ecclesise suse servet incolumes.

Brugis Flandrorum non. augusti 1574.

Celsitudinis Vestrœ Obsequentissimus in Christo famulus Jacobus Pamelius.

décédé non pas le 26 août mais le 26 juillet 1574, confirme que la lettre a été écrite en 1574.

NOTICE SUR L'ÉDITION DES OEUVRES DE SAINT AUGUSTIN, PUBLIÉE PAR LES THÉOLOGIENS DE LOUVAIN EN 1577.

Au nombre des travaux d'érudition et de critique qui ont illustré l'université de Louvain, on doit compter l'édition des œuvres de saint Augustin, publiée à Anvers chez Plantin , 1577, en 10 volumes infolio.

Le célèbre docteur en théologie Jean Molanus mit en tête du premier volume une préface datée de Louvain du 10 septembre 1576 (Ad christianum et benevolum lectorem Joannis Molani de hujus editionis ratione prœfatio)% dans laquelle il rapporte au docteur Thomas Gozaeus (1), premier président du

(1) « Thomas Gozaeus, Belleinoutanus, sacra* theologiai professor... ex variis bibliotbccis cxcmplaria plus quam ducenta maiiuscripla conquisierat , dederatquc negotium multis, qui theologiai dabant operam, ut ea conferrent. Nam vir integcrrimus se nihil aut theologis gratius, aut sibi jucundius, aut rêvera houestius facere posse judicabat. Quum euim jara pridem apostolicus ac regius librorum ceusor per Belgiam a regia majestate reuunciatus esset, et a gravîoribus studiis abstractus, ob diuturnum et gravem morbum domi.fere detiuerctur, aliis sedulo prxesse voluit, ut beatissimi patris ac praccipui doctoris Augustini monumeulis, uoq solum ab indoctis iueptisque seboliis, sed ex descriptorumeodicum Ode, etiam ab ornai depravata lectione vindicandis. Qua quidem io re tau tu m praestari vidit, ut vix

coliége de Savoie, l'honneur d'avoir osé entreprendre une révision générale des œuvres de saint Augustin d'après les meilleurs manuscrits. Ce docteur, que Philippe II nomma, en 1569, censeur des livres et qui exerça le premier cette charge, mourut au milieu de ses travaux et à la fleur de l'âge, en 1571. Molanus lui succéda comme censeur, et cédant aux instances de Christophe Plantin, ainsi qu'aux désirs de ses collègues, les professeurs de la faculté de théologie, il s'engagea à continuer l'œuvre commencée par Gozœus et à prendre la haute direction de cette vaste entreprise (1).

ulla pagina pnctcrierit , in qua non mcnda complura corrigtrcntur. Qoum vero codicibus dislribntis partitus esset opéras, ac diflicultates tautum et ea quaï dubitationem habercnt ad se refern \ellet , in medio vit;e cursu summisquc laboribus apoplexia correplus ( qui raorbos iis qui se studiis involvunt familiaris est) , die 8 martii auuo WH vitara cura morte vel potius rnortem cum vita sempitcrua com mutavit. » Préface de Molanus.

(I) « Cbristophoro Plantino... de pcrflcienda correctionc cogitanduui fuit. Quare quum in censorio muuere successor [Gozœi) essem designatus, ut lioc onus mibi etiam imponi pâturer, rogavit et per alios egit. Ego vcro dillicullateui exhorrui, quum viderem qua m multa legenda , perpendcnda , dijudicanda supercssent, quamque multa non satis diligenler lccta vel judicata, quai perinde ac si lecta non esseut, habenda ceusui, quo loco Gozoîus ca quoque fuissct habituions, si ad eum aegrotantem delata fuissent et in examen vocata. Tandem taraen , ut utilitati publiera servirem, codioesomnes ad me recepi, lectorum opéras examinavi : et in multis quidem acrejudicium cum summa diligenlia conjunctum probavi; in aliis autem etsi non tantum diligeutia? deprehenderem, tamen id studii, quod habcbant, excitandum potius quam improbaudum putavi. Pauci fuere ,

La préface citée nous fait connaître les noms des principaux collaborateurs. La correction du premier volume, précédé de la vie et de la liste des ouvrages de saint Augustin par Possidius , que Molanus publia d'après des manuscrits de Villers et de Lobbes, fut confiée à Martin Baccius, de Thielt, licencié en théologie, qui devint curé de l'église de Saint-Martin à Alost et ensuite chanoine et archiprêtre de la cathédrale d'Yprcs, où il mourut, le 25 février 1609, avec la réputation d'un prêtre plein de zèle et de vertus et distingué surtout comme helléniste et hébraïsant. L'impression du deuxième volume se fit par les soins du docteur Jacques Du Bay , neveu du docteur Michel Du Bay, qui venait de succéder à Gozieus d3ns la présidence du collège de Savoie et qui, à sa mort, en 1G12, consacra sa fortune à la dotation du collège établi par son oncle (i). A ce volume, renfermant les lettres de saint Augustin, on ajouta les lettres que Jean Gravius, de Louvain, prêtre de la compagnie de Jésus, avait découvertes à Rome. La révision du troisième volume a été faite par le professeur Henri Cuyckius, celle du quatrième par Emebert Everaerts, d'Arendonck, qui était alors curé de St-Jacques à Louvain , et qui fut promu au doctorat en théologie avec

quorum in locum , quod minus idonei videreotur, alios eruditione judicioque praestantes viros suffeci, qui ex nostro prœscripto tum superiora, tum ea quae restarent, accurate corrigèrent et difficulté tes ac dubia loca tantum ad nos referrent. » Préface citée, (!) Voyez Bibl. Belg. 1. 1, p. 500 et Valerii Andréas Fait. acad. p. 328.

Cuyckius, le 29 août 1384 (i). Le cinquième volume, comprenant les livres sur la cité de Dieu , eut pour éditeur Pierre Coret, d'Ath, qui, après avoir pris à Louvain le grade de licencié en théologie, devint d'abord curé de Crespin et professeur à l'abbaye de ce nom en Hainaul, et ensuite chanoine et curé de la cathédrale de Tournai, où il mourut en 1602. Paquot, dans la notice qu'il lui consacre (2), oublie de mentionner sa participation à l'édition de Saint Augustin. Un autre licencié, Christophe Broide, d'Aire, nommé, vers la même époque, doyen de la collégiale de cette ville, fut chargé de la correction du sixième volume; celle du huitième fut confiée à un bachelier en théologie, Claude Porta, de Bapaume, qui devint curé et chanoine à Binche. Le docteur Henri Gravius prit pour sa part la révision des traités renfermés dans le septième volume, traités dont l'examen semblait exiger un soin tout particulier. Un autre professeur de la faculté de théologie de Louvain, qui illustra plus tard celle de Douai, le docte et vénérable Guillaume Estius (3), corrigea les épreuves du neuvième volume. Le dixième volume a été revisé par les chanoines réguliers de Saint-Martin à Louvain

(1) Voyez Valerius Andréas, ouvr. cit. p. 427, et Bibl. Belg. t. I, p. 259.

(2) Mémoires, t XI, p. 216.

(3) La notice la pins complète que nous avons jusqu'ici sur la vie et les écrits d'Estius est celle de Paquot, imprimée en lète de son édition des Oralton** theohgicœ d'Estius , Louvain , typis academicis , 1760 , in-8«.

qui, depuis longtemps, étaient entrés en communauté de sentiments et d'études avec Molanus et les autres membres de la faculté de théologie (1).

Voici maintenant comment Molanus parle de la part qu'il s'était réservée dans l'exécution de cette vaste entreprise. « Illud autem mihi reservavi, dit-il, singulis ut Augustini libris, quod in manuscriptis observatum est, retractationem ipsius, aut, si ea deesset, brevem censuram multorum theologorum sententia confirmatam pramitterem. Qua3 vero manifeste deprehensa constat Augustini non esse, ca praemissis censuris in appendice sui tomi reponenda censui. In his autem censuris Erasmus aliquoties, saepius autem Indiculus Possidii, citationes Bedae, censura manuscripta doctissimi theologiJoannisHessclii in novem tomos et reverendi patris Martini Lipsii in tomum decimum magno nobis adjumento iuerunt. Nihii autem adhibui, quin a duobus nostri collegii professoribus Henrico Gravio et Laurentio Westerhovio, quos in hac parte socios et adjutores habui certe strenuos, approbatum sit. »

Le nombre des manuscrits employés pour la cor-

(4) «Decimum denique tomum, dit Molanus, Rcgularibus Martinianis emendandum dedimus et perficiendum, in quem tomum jarapridem apud eos Martinus Lipsius Bruxelleusis, ejusque discipuli Joannes Costcrius et Joannes Vlimmerius Lovantenses magni laboris impensam egerant. Ex his etiam Joanucs Vlimmerius varios in banc editionem contulit a se repertos Augustini sermones , multos etiam antea non editos ex Cambrons codicibus studiose conscripsit. » Préface citée de Molanus.

rection du texte des œuvres de saint Augustin était énorme. A Louvain, plusieurs manuscrits avaient été fournis par les bibliothèques du collège du Saint- Esprit, des Jésuites, des Chartreux, de l'abbaye de Parc, des monastères de Saint-Martin et de Bclhléliom. Différentes autres abbayes communiquèrent aussi leurs manuscrits; Molanus en eut trente de Gemblours et également trente de Cambron , vingt d'Aine, huit de Floreffe, trente et un de Saint-Martin deTournai et vingt-deux de Saint-Amand. Parmi ces manuscrits, il y en avait plusieurs d'une haute antiquité.

Les théologiens de Louvain puisèrent donc aux meilleures sources pour faire la révision du texte des œuvres de saint Augustin. Molanus, dans la censure ou approbation, datée du 1 septembre 1571 et placée à la tête du premier volume, rappelle, dans les termes suivants, les avantages.de cette édition :

« Opéra beatissimi Augustini, per Theologos Lovanienses castigata , tribus potissimum de causis omnibus prioribus editionibus sunt prœferenda.

» Primum , quia ex vetustissimis manuscriptis exemplaribus innumeri fœdique errores per singuios tomos sunt emendati, apposita etiam ad cujusque tomi calcem sua castigatione.

» Secundo, quia quœcumque in his tomis erant indoctas aut censura aut annotationes ( ut nihil amplius dicatur), eae in hac editione absunt.

» Tertio, quia singulis libris retractatio ipsius sancti Augustini est pnemissa, aut, ubi ca deest, brevis censura multorum theologorum judicio con-

firmata. Quae autcm certo Augustini non esse sunt deprehensa, ea in sui tomi appendicem sunt reposita, praefixis censuris, quœ per Theologos aliquot Lovanienses sunt discussœ et approbalae.»

Molanus a signé cette déclaration en son nom et au nom delà faculté de théologie : Joanves Molanus, Lovaniensis , apostolicus et regius librorum visita tor, meo nomine et in primis mandato et aucloritate venerandœ Factdtatis nostrœ theologicœ, sic subscripsi.

Le saint Augustin de Louvain obtint au moins neuf réimpressions, publiées successivement à Venise, à Paris, à Lyon, à Cologne et ailleurs. Si le travail de nos théologiens eut à subir certaines critiques, on put aussi se glorifier d'avoir trouvé dans les suffrages des hommes les plus compétents, tels que Baron ius etd'autres (î), une abondante compensation. Lorsque les Bénédictins de Saint-Maur résolurent de publier une édition nouvelle des œuvres de saint Augustin, ils ne purent s'empêcher de déclarer combien il était difficile d'en produire une édition plus parfaite que celle des théologiens de Louvain (2).

(1) « Jucundissimum vero fuit, quod de Lovanicnsi uostra B. Augustini castigatione tam caudide passim et amaïUer in bis nolationibus tuis (ad Martyrologium Romanum) loquaris ac sentias; quando nec isthic (Romœ) déesse ex Ode dignis accepimus, qui laboribus illis nostris obtroctandum sibi exislitncal. * Lettre du docteur Henri Gravi us à Bcronim, du 17 mai 1588.

(2) « Temcrarium videbatur secundum Lovanienses Theologos doctissimos, de Augustino totaque republica christiana optime meritos, novam S. Doctoris operum editionem meditari, quippe vix fieri posse, ut a nobis eorum diligentia aequaretnr, nodum superaretur. » Prœf. yen. op. edit. an. 4700.

NOTICE SUR UNE CORRESPONDANCE DÊRYCIUS PUTEANUS , DE 1600 A 1646, PAR LE BARON DE REIFFENBERG (1).

L'importance d'un écrivain est souvent toute relative, et doit moins s'apprécier d'après le mérite intrinsèque de ses ouvrages que par l'action qu'il a exercée sur son siècle. A ce titre Êrycius Puteanus occupe une assez belle page dans l'histoire de l'intelligence humaine. Sans doute, ce n'était pas un homme de génie, mais il possédait des connaissances étendues et avait même abordé certaines études que dédaignaient les savants de profession. Doué d'un esprit prompt et d'une activité merveilleuse, il se hâtait de toucher à tous les sujets , en formant mille projets de travail et d'améliorations pour l'avenir. Quoiqu'il n'ait laissé qu'une foule de livrets, souvent médiocres , et qu'il ait essentiellement manqué de goût et de profondeur , il n'en a pas moins étonné ses contemporains qui, frappés de ses évolutions continuelles , se sont surfait sa valeur littéraire. On peut dire aussi avec justice qu'il fut un de ceux qui contribuèrent le plus puissamment à retarder parmi nous la décadence des lettres et ce sommeil de

(l) Extr. des Bulletins de V Académie royale de Belgique , tom. V1IÎ, part. I, p. il. Voyez les Analectcs de 4859, p. 71.

plomb qui devait suivre nos formidables commotions politiques et religieuses.

Le grand Corneille, dans la préface de sa tragédie de Pertharite, publiée en 1653 , cite un passage de l'Histoire des Barbares , de Puteanus , où il est parlé de ce prince , et se garde bien de le traduire , ce passage , de peur, dit-il , de corrompre la beauté du style de notre savant, par la faiblesse de ses propres expressions à lui, l'auteur du Cid et de Polyeucte! Le grand Corneille subissait la commune influence et partageait l'admiration générale.

Je ne dirai ici que quelques mots d'une collection de lettres qui ont été adressées à Puteanus , de 1600 à 1646, par divers personnages distingués de cette époque. Ces lettres sont au nombre de plus de 1500. Il paraît que Puteanus les avait léguées à une maison religieuse; quoi qu'il en soit, feu M. Lammens en a été le dernier propriétaire , et elles ont été acquises par l'État à la troisième vente de sa bibliothèque, au mois de novembre 1840. Elles sont désignées dans le catalogue sous le n° 146 des manuscrits , et ont été payées 605 francs (1).

Si on rapproche ces lettres de celles écrites à Plouvier et des divers recueils qui ont été imprimés , on aura une idée de l'activité de Puteanus et de l'immensité de ses relations. Beaucoup des épîtres dont je vais m'occuper ne renferment que des civilités ,

(1) Bulletins de la Commission royale d'histoire, t. IV, p. 135-56.

mais d'autres contiennent quelques détails qui ne sont pas indifférents pour l'histoire littéraire, et les compliments mômes, partant de certaines personnes, ne manquent pas tout à fait de signification. D'ailleurs, il arrive qu'un billet sans importance par luimême consacre parfois une date , un détail biographique ou généalogique ; or j'avoue que je suis de ceux qui pensent qu'on ne doit rien laisser perdre.

Quand cette correspondance commença, Puteanus était dans la fleur de l'âge, il n'avait que vingt-six ans. C'était l'époque où sa réputation le faisait appeler en Italie et où il allait recevoir du roi catholique le titre d'historiographe.

Un de ses premiers correspondants , en suivant l'ordre du manuscrit, qui n'est pas malheureusement l'ordre chronologique, est une femme, cette Dorothée de Croy, marraine d'une fille de notre savant, laquelle aimait passionnément la poésie et lui sacrifiait elle-même , dans l'occasion , avec plus de ferveur, il faut le dire , que de succès.

Ses lettres, ordinairement fort courtes et peu intéressantes , témoignent d'une haute estime et d'un vif intérêt pour Puteanus.

Par un billet du 26 août 1607, le comte d'Arenberg prie Puteanus de lui envoyer un artiste qu'il avait ramené d'Italie , pour peindre à fresque plusieurs vues d'Enghien. On compte encore d'autres grands seigneurs , tels que le duc d'Arschot , le comte de Solre , le marquis de Bedmar, N. de Montmorency, comte d'Estaires, le comte d'Ongnies, le duc Ch. Alb.

de Croy , Pierre Branitsky, comte de Rustza , le marquis de Caretto , Léon Sapiéca , palatin de Vilna , le comte de Gommigny, le comte de Megen , Herman de Bourgogne , seigneur de Fallez , le comte de Berghe , le comte de Bruay, le Rhingrave, le comte de Gamarache , le comte Georges Ossolynsky , Léonard , Lamoral et Geneviève de Tassis , Marie , comtesse de Lalaing , le seigneur de Grobbendoncq , Claude de Rye-Balançon , le marquis de Aytona , le duc d'Havré, le marquis de Renty, François de Cerf, baron de Flamcrting (celui qu'en ses mémoires, voyez mon édition, p. xxi, 32, 35, 36, le comte d'Ongnies appelle Flammartïn), le comte de Busquoy, le comte de Mello, le marquis Sfondrati de Milan, César Visconti, Georges d'Autriche, François de Moncada, comte d'Ossone, Vratislas, comte de Furstenberg , don Fr. de Bcnavides , le marquis de Bclvcder, la comtesse de Boussu, le baron de Hoensbroeck, etc., etc. Ils écrivent, les uns pour l'assurer de leur protection et de leur amitié , les autres pou/* lui recommander leurs enfants, ceux-ci pour être mentionnés dans ses livres, ceux-là par d'autres motifs analogues de vanité, de bienveillance ou d'admiration.

Il y a cela de remarquable que plusieurs de ces hommes d'épée et de cour écrivent tantôt en français, tantôt en espagnol ou en italien , tantôt même en latin. Le comte d'Estaires surtout paraît un latiniste très-exercé. C'est lui , ainsi qu'il le déclare dans une lettre , qui avait engagé Adrien Van Schrieck à se

livrer à des recherches sur les antiquités de la Belgique. L'on sait jusqu'où remonte cet auteur pour ne pas s'arrêter en chemin. Le comte de Berghe seul se sert de la langue flamande.

Woverius , dont Puteanus se plaint quelquefois à Plouvier, est un de ceux qui lui écrivent le plus fréquemment. Ce sont des éloges qui ne tarissent point.

Il résulte de quelques lignes de Paul de Carondelet, baron de Vilers (1), qu'en 1616 Puteanus songeait à publier une espèce de biographie des hommes illustres de la Belgique :

... Cito tuos effringant carceres elogia belgakum , opus non minus te dignum , quam tu patriœ bonus quia gratus. Dabit Belgio quod Jtatis invidebat. Hic viros habemus quorum factis nihil deest nisi tu Laudator. Facile aliorum elogia contemnent, cum tuo. Itaque si ipsorum virtutem œtema glorice face illustrare non detrectas , mittam quœ digna videbuntur inter tua elogia fulgere. Obligabis non ingratos debitores , quod ipsorum merilis detuleris quod aliunde expectare non poterant, quia Puteanus es.

Carondelet voulait, sans doute, faire figurer dans le livre projeté quelques membres de sa famille, et il protestait d'avance contre l'ingratitude que montrent trop souvent ceux qui, après avoir cajolé un auteur dans l'intérêt de leur amour-propre , l'oublient com-

(0 Nobil. des Pays-Bas, t. I , p. 106.

plétement dès qu'ils ont obtenu ce qu'ils désiraient. Nous aussi savons à quoi nous en tenir sur la reconnaissance de ces messieurs.

Par une autre lettre (1638), Carondelet recommande à Puteanus Jérôme de Medinille, de Cordoue, qui avait traduit en espagnol YUtopie de Thomas Morus.

En 1639, Puteanus, pressé par des besoins de famille , voulut vendre sa bibliothèque au comte-duc d'Olivares (1); il se servit pour cela de l'entremise de Don Laurent Ramirez de Prado et de L. W. Zapieca. Ce dessein au reste n'était pas nouveau , et en 1626 Puteanus en avait déjà entretenu le comte de Solre.

Pendant l'année 1604- , le terrible Scioppius écrit de Rome des choses charmantes pour Juste-Lipse et Philippe Rubens qui, à la vérité, avait fait son éloge. Il envoie à ce dernier une correction sur Virgile. Ailleurs, longue dissertation à propos de Mercure, le dieu Thot, Thoot, dont il fait Hoopt, il capo.

Une lettre du magistrat de Cologne à Puteanus , datée de l'an 1643, prouve qu'il avait fait ses premières

(1) Un des éloges singuliers de ce ministre , que Gilblas a révélé aux moins instruits, se lit daus la dédicace des Sceaux de Flandres d'Olivier de Wrée, au roi Philippe IV. L'auteur ne craint pas de rappeler à ce prince son état de tutelle : « V. H. a , passé long- » temps, appris les hauts faits de ses ancêtres, non pas pour les » sçavoir , mais pour les imiter : et autrement n'aurait permis que » V. M. n'y eut esté expérimentée , ecluy qui à V. M. soutenant » comme un Atlas le poids de tant de royaumes , assiste comme » un autre Hercule , le sieur comte-duc d'Olivares. »

éludes en cette ville au collège des Trois-Couronnes.

En 1639, don Laurent Ramirez de Prado, protecteur de Putcanus près du comte-duc, lui demandait des vers pour mettre en tête de son édition de Luilprand. C'était une mode littéraire de cette époque, et tout le monde connaît le liber adoptivus de Daniel Heiusius et celui de Ménage.

Parmi les personnes lettrées de la Belgique, nous voyons Juste-Lipse, Janus Lernutius, Florent Van der Haer, Hermanus Hugo, P. de Lowc d'Anvers, Janus Schepperus, Bernard de Mont-Gaillard , abbé d'Orval, André Hoius, Ant. Abundantius de Spa, Jean Brantius, Justus Ryckius et Mich. Hoyerus de Gand, Ant. Bergaigne, H. C. de Dongelberge, Ant. Triest, évêque de Gand, J. Bouchaert, curé de Montaigu, G. Gevartius, Fr. de Paz, Oliv. Florent Waterloop, Stravius, archidiacre d'Arras, depuis nonce apostolique, P. Puteanus, J. de Rodoan, évêque de Bruges, Christophe de Marlet, évêque de St-Omer, P. Pecquius, François Buisseret , évêque de Namur, Janus VIetius, l'archevêque de Malines Jacques Boonen, Jean le Mire, évêque d'Anvers, P. Castelianus, Guil. Cripius secundus, P. Weymsius, H. Van Dormael, Ph. Rubens, Nie. Vernulaeus, J. Rivius, du couvent des Augustins de Louvain, ï. Pierssemeus, le président Richardot, Nie. Burgundius, Jac. Crucius, Car. Laurinus, Alex. Vrientius , J. F. Van Slingelant , Libert Froimond, P. Stockmans, Louis Nonnius, Jac. Rolandius, Jean de Chokier, Arn. Planctus Cervius, Mich. Bultelius, Jean-l'heureux ou Macarius, Justus

Mulderus Ascanius, P. Roose, Cl. Dausquius, F. Bernartius,Hub. Audejantius de Bruges, Daniel et Nicolas Heinsius, Godefroid Wcndelinus, qui se mêlait d'astronomie et à qui Gassendi envoyait des éclipses en manière de régal, le médecin Janus Detrœus de Lille, Diodorus Tuldenus, Aubert Mirrcus, etc.

Parmi les étrangers : le cardinal Bentivoglio, Didacus de Saavedra Faxardo, P. Burius , Chr. Huygens, Jo. Phil. Pareus, recteur du gymnase de Neustadt, 1 anglais Simon Russell , qui écrit de St-Omer et paraît tout préoccupé des auteurs grecs, le commandeur Scipion délia Scala, Martinus La Farina de Palerme, Fortunatus Scacchius, de l'ordre des Augustins, chapelain du pape, Jo. Petr. Quadrius, Fortunius Licetus de Padoue, Jacob. Merlo Horstius de Cologne, Petr. Brantzius, Jacq. Le Vasseur, doyen deNoyon, God. Cretschmar, danois, Goth. Jaugermann, l'imprimeur, De Climace de Paris, B. Canutus Aquilonius, Fred. Lindenbrog, de Hambourg, le cardinal Barberini, J. Hesselus, Ab. Hermana de Francker, Me. Lacaille de Paris, J. Meursius , J. Accarisi, qualificateur du St-Office, à Rome, Nie. Pelloquinus, de Paris, Gérard Jean Vossius, Ch. Chamberlin, M. Z. Boxhorn, J. M. Suarôs, Marc Ant. Bongratio, doyen de St-Pierre d'Avignon, P. A. Lugo de Salamanque, André de Soto, Petr. Scri venus, Lambertus Vossius , Jo. Cabeljavius de La Haye , P. Cantoni, avocat de Milan, Corn. Plempius et V. F. Plcmpius, G. Rhenanus, C. Barlaeus, G. Elmenhorsstius, le médecin Corn. Van Someren, Jac. Skytle,

Janus Rutgersius, Mathieu Vossius, Isaac Grutcrus , Bened. Sossagus , N. Rigault, nommé en 1615, h la place de Casaubon, garde de la bibliothèque royale, que la tour du Louvre (1) n'était plus capable de contenir; Sixtus Arcerius de Francker, M. Velserus d'Augsbourg, Justus Reifcnbergius, Jean Fred. Gronovius, Melch. Haiminsfeldius Goldaslus, Fr. Bartholinus, Wibrandus Auskema, Frisius, B. Gerbier, envoyé d'Angleterre, J.-B. Saccus, secrétaire du conseil de Milan , celui de tous les correspondants de Puteanus dont notre recueil contientleplus de lettres, Adolphe Vorstius , Isabelle Andreins, Louis Septalius, Jean Beverovicius ou Beverwyck, enfin Antoine Salraatia (Àvtovwç 2z\(JLQMto$) dont nous avons des épitres tout en grec, etc.

P. Scholier (et non Sckoliers ainsi qu'il est imprimé dans la table de la Bibliothèque Belge de Foppens) envoie, en 1626, ces vers à Puteanus :

Scire velim quœ de Latio sententia nostro Nata palestrilas inter, Puteane , capaces. Oblectare m agis studui quant cogère iniquis Res orbis summas numeris , et labier impar Magnorum fluvio, et repelita offendere crambe. Quidquid erit, perscribe, precor, quod vulnerat aure* :

(1) Croirait-on que dans une traduction de Guillaumc-le-Brcton , publiée par M. Guizot , on ait rendu Turhs Luparis par la Tour de Lupar ! Cette version d'écolier est toute pleine de pareille» bévues , auxquelles on gémit de voir accolé le nom d'un homme tel que M. Guizot.

Quant (licet a doctis) laudari , malo doceri. Ne res communis laleat te , milibus audenl Certare hic super induciis beat indica classis Plus solulo rcgem duplo tfugat agmina Cœsar Rustica : Dantisci Victoria lata Polotw, Vive memar nostri. Vaieas cum cottjuge, proie.

Tuus P. Sciiolier.

Voici un billet du prince d'Orange, Philippe Guillaume, l'aîné de Maurice et de Frédéric Henri; il est tout plein de courtoisie sinon d'élégance et de correction :

« Monsieur Puteanus , l'affection que contribuez » d'un cœur sincère dénué d'obligation en mon en- » droit, comme j'ay appris par une vostre que le sieur » Florice m'a confirmé et assuré, m'oblige de tant » plus , puisque l'origine n'a autre but que me rendre » capable d'icelle ; et désirant y correspondre me » trouverez en toute occasion tel que pouvez espérer » d'un qui vous ayme et honore la vertu, prudence » et capacité qui reluit en vous. Et encore que vous » (vos) escripts me le tesmoignent que trop, je seray » fort ayse de le recognoistre par votre présence » quand il vous plaira, qui me sera autant agréable » que la satisfaction qu'en receverez vous assurera » de ma bienveillance et de combien je désire vostre » amitié, comme estant,

» Monsieur Puteanus,

» Vostre bien affectionné à vous complaire et servie ir,

» Le prince d'ORANGE.

» A Bruxelles, 28 de nov. 1612. »

( es )

Une lettre de Henri Lancelot, commissaire général de l'ordre des Augustins pour les provinces du Rhin et de Souabe, en date du 7 octobre 1621, rend compte d'un voyage en Allemagne, et contient entre autres ce passage sur l'université de Tubingue : Tubinga (ut pseudo-theologiam luttheranam silentio involvam) lectissimam et frequenlissimam habet juventutem , et omni pene natione germanica, anglica, scotica, gatlica, hollandica, etc., coUectam, ducetitos fere alumnos propriis expensis alente Wirtenbergico duce...

Le 4 mai 1636, R. Wouters s'adressa à Puteanus, au nom du recteur et de toute l'université de Louvain, pour le prier de faire quelques dons à la bibliothèque que l'on venait de fonder. Cette lettre est rédigée avec une élégance remarquable.

(1634.) Gérard Jean Vossius, ancien condisciple de Puteanus à Dordrecht, exprime la douleur que lui cause la perte de son fils Denis, qui, jeune encore, était versé dans les lettres latines , grecques, hébraïques, syriaquesetchaldéennes,avaitappris l'éthiopien ainsi que d'autres langues orientales, et possédait le français, l'italien et l'espagnol. Il préparait une édition de César, et s'apprêtait à publier le traité de Maimonides sur l'idolâtrie, traduit de l'hébreu en latin avec un commentaire. Il voulait de plus tirer des écrits des Rabins tout ce qui pourrait servir à la conversion des Israélites. Il semble que Foppens , d'après l'article qu'il a consacré à Denis Vossius, ait lu la lettre de son père à Puteanus , attendu qu'il emploie les mômes expressions que lui.

En 1657, entres autres projets, Puteanus avait celui d'écrire l'histoire du cardinal de Granvelle , ouvrage qui reste encore à faire même aujourd'hui.

(1627, 14 octobre.) Le comte Léonard de Tassis le presse de finir sa généalogie, le plus beau livre qu'on puisse composer au jugement des intéressés.

(27 novembre 1623.) P. Pecquius s'exprime assez durement sur le compte de Moretus : Satis sese ostendit, dit-il, quis esset, nimirum ut alii typographi pleriqueomnes,luceUimancipium. Cependant la chose s'explique : Moretus ne voulait pas imprimer un nouvel ouvrage de Puteanus, peut-être parce que l'expérience l'avait rendu plus difficile. Pecquius était d'intention de recourir aux frères Bellere (1) , qui faisaient un grand commerce aux foires de Francfort.

En 1624, les armes de l'empereur occupaient les lieux d'où l'université de Heidelberg tirait ses principales ressources. Ce corps, dans sa détresse, voulait recourir à l'infante Isabelle; mais, au préalable , il désirait que l'université de Louvain intercédât en sa faveur, et pour se faire un appui dans cette université, il invoque les bons offices de Puteanus. Cette missive, où la rhétorique n'a pas été oubliée, se termine ainsi :

Nostra vicissim dignitati tuœ, clarissime Domine

(1) Voir sur rétablissement typographique des Bellere, M. Àrlu. Dinaux dans les Archive* du nord de la France et du midi de la Belgique.

Puteane, sludia, officia promittimus. Sed promittimus nuncquidenij et ut Ulysses Me apud Alcmœum nihil liabet quod rependat pro ingentibus meritis prœtcr vola et grates,ita îios prœtcr mentis mimera. Rependet Supremus , laudabit fama et œternitas , compensabit cum musis omnibus À polio ipse vestris (sic vovemus) studm propitius et benignissimus : Deus Opt. Max. dignitatem tuant famœ et œtemitati sludiorum servet ac sospitet. Dabantur iSjulii anno 1624, Heidelbergœ. Dignitalis tuœ studiosissimi rector et professores academiœ Heidelbergensis.

(1600.) Ferdinand et David de Tassis font l'éloge du peintre Jean Rotterhamer qui était alors à Venise.

(1621.) L'infante Isabelle avait assuré aux enfants de Puteanus l'habitation de la citadelle de Louvain, que l'archiduc Albert lui avait personnellement accordée.

(28 mars 1620.) Longue pièce de vers élégiaques de M. J. Weitzius de Gotha à Puteanus.

C'est le même Weitzius qui, dans une autre lettre, profère cet adage, bien propre à le faire honnir aujourd'hui par les hommes du progrès : Pax una triumphis innumens potiorl

(Septembre 1614.) Vers de I. Ryckius de Gand, sur VHistoria Insubrica.

Quidquid in externa miles peccavit arena , etc.

(1638.) Autres vers d'Eustache de Pomereux-Dusart, curé de Wackerseel.

(1658.) Autres madrigaux du môme.

(1624.) Vers de Pierre de Slreithagen, chanoine de Heinsberg.

(1642.) Détails littéraires sur une femme poète , dans une lettre de C. Barlœus, qui écrit d'Amsterdam.

Vit clarissime , qui eruditamjuventutem sœpe coinmendatitiis litteris prosecutus fui , jam matronam ingenii et poeseos fama apud Batavos celebrem tibi commendo. Nihil petit, nisiut alloquio tuo, hoc est, ipso Romanorum facundiœ ore frui possit, dum Lova nii est. Scit aquilas solis conspectum ferre. Etiam fiœc doctissimorum virorum in Belgio vuttibus se intrepida offert. Nam et ea loqui potest, quœ a doctrina et humanioribus tilteris aliéna non sunt, etea scribere, quœ supra sexum suum sunt. Inclaruit hic apud nos multls rétro annis belgica poesi,gratamaooimis patriœ nostrœ viris, Hoofdio, Muydensi satrapœ, Constantino Hugenio, Zulichemi domino, Catsio, Hollandiœ ordinum syndico, Vossio, Heynsio aliisque, quos nominis et eruditionis fama eruditorum vulgo secrevit. Sororern habet Tesselam nomine, quœ poema belgicum et gallicum pangit ad miracutum. Hœc Anna Romeria est, parente nata ïngeniosissimo et argutissimo , qui emblemata belgica edidit, sensus acutissimi , ut non uno nomine hœc mater favore tuo digna videatur. Tota gestit arcem tuam et grudium Helicona conscendere. Quem, si voles, versibus celebrabit dum istic est. Religioni vestrœ et sacris addictissima, filios duos disciplinœ Jesuitarum Antverpiœ, ni fallor, commisit, etc.

(22 août 1621.) Lettre de Ch. Délia Faille, au nom de l'archiduchesse, qui souhaitait que Puteanus achevât l'ouvrage commencé par Juste-Lipse sur N.-D. de Montaigu, et qui se proposait d'en envoyer des exemplaires hors du pays.

(1633.) C. Barkeus, à l'université de Leyde, avait failli devenir victime de la liberté de ses opinions :

Nos liic, mi Puleane, atiquandiu cum iniquiore fato luclali jam per Dei gratiam, Amstetodamensium lïberalitaie magnifiée fruimur et loquimur ac philosophamur securius. Nimia disputandi tibertate nuper penimus, et quidem per Utos quorum est scrvare animas, non perdere, prodesse, non nocere. IUud potins dicam : perieram, nisi sic periissem. Excidi professione Leidensi, ut lucutentiorem impetrarem. Desii ad tempus pfiilosopliari , ut poetica tingua fabutam laxarem tiberius, etc.

(Sept. 1630.) Gassendi annonce son départprochain pour l'Orient.

(23 nov. 1644.) Lettre latine du magistrat de Bruxelles à Puteanus, pour le remercier de ses offres de service. Je ne pense pas que cette latinité correcte et soignée soit encore de mise dans les greffes de nos municipalités constituées.

(2 août 1621.) Le sieur de la Serre, connu par ses amphigouris, écrit à Fan Put ou Puteanus : «... Je » suis si altéré de l'eau de votre puits que je supplie » très-humblement Y. S. de m'en donner une goûte

» pour esteindre la soif de mon ambition, désirant » que votre plume, toute d'or, honore d'un distique » mon livre des Saintes affectiojis de Joseph et des » amours sacrées de la Vierge, affin d'éterniser sa » mémoire par l'éternité de votre muse royale ! » Ne peut-on pas dire, avec la princesse de Conti , que c'est là un style en obélisque ou qui finit en pointe comme un clocher?

(1601.) D. Vie. Van Belle Brugensi, quum jurisconsultus renunciaretur (Lovamii)^cognato et amicissimo suo, calore benivoteniiœ pangebat Hub. Audejantius Brugensis. Vers lyriques.

(16 mai 1C27.) Mademoiselle de Gournay, l'élève et l'éditeur de Montaigne, vient, h son tour, payer tribut à l'homme en vogue. Elle lui envoie les Essais , auxquels Puteanus s'intéressait, dit-elle, beaucoup ; et le prie d'informer les imprimeurs belges, que s'ils en veulent des exemplaires, elle leur en fournira à bon marché, c'est-à-dire, à 28 soûls ni blanc. Le chapitre des soûls paraît être fort à cœur à ce philosophe en jupons, car la lettre finit par cette recommandation :

« Monsieur , maictes moy ainsy ie vous suplye » l'adresse de vos lettres : à Mademoiselle de Gour- » nay, rue de l'Arbre sec, devant Sain et- Germain, à » Paris; port cinq soûls. » v

(1609.) Daniel Heinsius rend compte de ses travaux sur Aristote, dont il venait d'expliquer publiquement la politique :

Moriar nisi sœpe stomachwrn aut biiem mihi moverant , qui opiniones suas , idque in sanctissimo scribendi génère , in quo minimum licere débet , summo philosopho ascribunt. Idem de Platone alibi affirmare possum.

(16 nov. 1628.) Aubert Le Mire , qui avait déjà demandé une inscription pour le mausolée de son oncle, annonce que le troisième volume de ses diplômes est sous presse.

(17 nov. 1629.) Il écrit que François Bruno vient de mourir à Bruxelles. C'était un Espagnol versé dans le grec, et qui avait recueilli, dans la bibliothèque de l'Escurial, des parties inédites des anciens pères.

Fuit hic annus, ajoute-t-il, vexe fatalis (ut sic Loquar) magnis viris, quos inter socielas Jesu quatuor eximios amisit Schottum, Scribanium9 Rosweidumet Hermanum Hugonem , milii cognatum quemque mater mea de sacro fonte susceperat.

(Fév. 1646.) Plaintes de Wendelinus sur la décadence des études :

Non est mihi promptum dicere quam me vellicavit triste istud nuncium crepti nobis Cantelmi, quam mihi fibras omnes lancinavit acerbissima suavissimi herois recordatio, et cum quo non ex falso tu pronuncias concidisse sludia. Barbaries grandibus passibus et quasi per grattas omnia pervadit, ne solam cretam credas transmigrasse , etc.

Puis il revient avec empressement à sa chère astronomie et à ses éclipses , dont il devait bon compte à Gassendi.

(Mars 1624.) Aubert Le Mire énumère ses découvertes historiques :

Mitto codicem noslrum donationum piarum itemque annales nostros belgicos. Reperies in Us non pauca hactenus incognita , nominatim Lambertum I et Aufridum, comités Lovanienses , Ragineros quattxior , comités Ilannonienses , Gandenses item atque Atostanos comités, Antwerpienses marchiones, etc., fabulosis istis Brabonibus, Forestariis ac Melusinis explosis. Leges item duces Lotharingiœ superioris seu MoseUanœ, itemque inferioris ac Mosanœ, accurate a me distinctes. Quod a nemine (absit jactantia) hactenus prœstitum. Inventes denique Godefridum Bultonium nostrœ Lotharingiœ inferiori assertum, quem hactenus Mosellani (qui hodieque Lotharingi vocantur) sibi vindicare sunt conati. Qua occasione docui modernos Lotharingiœ duces , non a Caroto Magno aut a Godefridi Bullonii fratre Guitielmo (ut ipsi jactitant)i sed a Gerardo, ALsatiœ comité, stirpem ducere. Super his et aliis libens judicium vestrum audiam, quod eo mihi gratius erit, quo tiberius.

De Geldrensibus comitibits quœdam attigi, sed breviter : quia diplomata vetera mihi desunt, quœ utinam vestra opéra nancisci queam , etc.

Je m'arrête : si je voulais multiplier les extraits de

cette espèce , j'excéderais bientôt les bornes où je dois me renfermer. Le peu que j'ai dit suffit pour faire apprécier l'importance de la collection dont vient de s'enrichir la bibliothèque royale. Je le répète, elle présente un coin du tableau littéraire de la première moitié du XVIIe siècle. Confidences d'auteurs , doutes de savants , adulation de la célébrité , envie de s'associer à une réputation à la mode, traits de caractère et de mœurs ; tout s'y trouve. Il n'y a pas jusqu'à la forme extérieure des lettres qui n'ait aussi son instruction. J'aime ces écritures nettes, fermes et rapides d'hommes tels que Bentivoglio ; les pattes de mouches de Juste-Lipse me peignent son style sautillant et haché ; je vois avec plaisir des princes et de grands personnages écrire de leur main avec une politesse extrême, tandis que de moindres se contentent de tracer la cortesia ou même seulement leur signature , et affectent de petits airs souverains. Les adresses m'amusent et m'instruisent aussi ; l'une qualifie Puteanus d'ornement du Parnasse , l'autre du plus grand des mortels , une troisième de miracle du siècle. Enfin , je ne dédaigne pas même d'examiner la trame du papier et je fais là dessus des rapprochements dont je vous épargne la subtilité.

Ces lettres, chose surprenante, contiennent à peine des traces des événements publics qui s'accomplis- . saient alors. Aubert Le Mire est presque le seul qui leur accorde quelque attention , encore ne fait-il qu'effleurer en passant les opérations de la guerre.

C'est pourtant de 1600 à 1646 qu'eurent lieu le siège d'Ostende, l'établissement de la compagnie hollandaise des Indes orientales , le décès de la reine d'Angleterre Ëlisabeth, les négociations de Londres qui la suivirent, la reconnaissance de la liberté des Provinces-Unies , la trêve de douze ans , le supplice de Barneveld, la guerre du Palalinat, la mort de l'archiduc Albert, la reprise des hostilités contre la Hollande, l'arrivée de Marie de Médicis aux Pays-Bas, la conspiration du comte de Berghe , etc. A la fin de cette période, la décadence commençait 5 se faire sentir partout. La Belgique, remise sous le sceptre de l'Espagne , partageait le marasme de cette monarchie.

On remarquera que les savants de l'époque étaient obligés d'entretenir un commerce épistolaire peutêtre plus étendu qu'aujourd'hui. En effet, ils ne pouvaient être instruits que par lettres de ce qui se faisait dans le monde intellectuel, puisqu'on n'avait alors ni revues ni journaux.

QUELQUES ÉCLAIRCISSEMENTS SUR LE LIEU D'ORIGINE ET LA FAMILLE DE NICOLAS DE LEUZE, PAR LE PÈRE PRUVOST, S. J. (1).

Dans la notice que renferme l'annuaire de 1861 sur Nicolas de Leuze on n'avait osé se prononcer sur le lieu de naissance de ce savant. La raison en était qu'à défaut de renseignements positifs on n'avait d'autre indice que les noms qu'il portait ; or il s'appelait tantôt Leusius à Fraxinis et tantôt de Fraxinis, alias Leusius et l'on sait qu'au XVIe siècle le nom du lieu d'origine était assez souvent substitué au nom de famille. Le docte licencié de l'Université de Louvain aurait donc pu , par son origine, appartenir à Leuze ou à Frasnes. Toutefois l'usage plus fréquent de la première appellation engageait à mettre Frasnes en première ligne. Cette préférence était tout à fait fondée, comme on va le voir.

On trouve en effet dans le tome VII de la Société historique et littéraire de Tournai certains documents qui ne laissent aucun doute sur ce sujet. Ils ont été recueillis par M. le vicaire-général Voisin, dont les savantes et judicieuses invesligations ont déjà bien souvent porté la lumière sur des points obscurs de l'histoire de Tournai et de son diocèse.

{*) Voyez les Analtctci de 1861, p. 47.

«Il y avait, dit-il, à Frasnes-lez-Buissenal une seigneurie qui portait le nom de De Leuze. Elle était possédée, en 1476, par le comte de Ghise. Il y avait aussi une famille, du même nom de De Leuze, alliée à celle de Du Quinghien, et cette dernière avait, au XVe siècle, les seigneuries de Frasnes , des Mottes , du Ham et autres. Jacqueline de Leuze épousa, en 1538, Nicolas Du Quinghien. »

Il donne ensuite des extraits du testament d'Antoine de Leuze petit-neveu de Nicolas. Le testateur y apparaît suffisamment comme natif de Frasnes et appelle son grand-oncle Nicolas de Leuze dict a Fraxinis.

Cet acte fait connaître que l'autel de la corporation des chirurgiens dans l'église de Saint-Pierre à Louvain était dédié à Saint-Luc et que Nicolas de Leuze avait droit à un service anniversaire dans cette même église.

M. Voisin extrait de l'obituaire de Frasnes copié vers l'an 17171a mention del'obit qu'on célébrait aussi pour Nicolas dans sa paroisse natale le 5 ou 6 décembre de chaque année. L'annotateur l'y appelle mai à propos doyen de Saint-Brice. 64 sous étaient assignés au curé et 5 sous k cinq pauvres veuves. A la fin du service le de profundis devait être chanté sur la tombe de Jean de Leuze.

«Jean de Leuze, dit M. Voisin, père sans nul doute de Nicolas , était connétable de la confrérie de Saint-Jacques à Frasnes en 1524. C'était un bienfaiteur des pauvres, auxquels il avait donné en 1508 un lieu manoir. »

M. le vicaire-général complète aussi les indications de Paquot sur la chapellenie de la Cocquerie dont Nicolas de Leuze était pourvu. Cette chapellenie se trouvait à la cathédrale de Tournai. Le même Paquot donne à Nicolas de Leuze le titre de chapelain de Saint-Pierre in Unclea diocèse de Malines. Il est probable qu'il s'agit d'un bénéfice de l'église paroissiale d'Uccle qui a Saint-Pierre pour patron.

En complétant la notice de Nicolas de Leuze, M. le vicaire-général donne sur son petit-neveu des renseignements qui méritent d'être recueillis.

Antoinede Leuze était prêtre et chapelain de l'église collégiale de Saint-Pierre à Louvain. Il paraît y avoir concentré ses affections ; car il se contenta de faire célébrer pour son âme un seul service à Frasnes , tandis qu'il légua une rente aux' chapelains ses confrères pour jouir à Louvain d'un anniversaire.

« Dans le tableau des fondations de bourses d'études publié par le gouvernement en 1846, à la page 33, sous le n° 266, on porte de Leuze , Antoine , comme ayant fondé en 1683 une bourse de philosophie. Elle fut rétablie le 17 janvier 1822 , et elle avait en 1846 un revenu de cent vingt-et-un francs quatrevingt-sept centimes. Le fondateur a appelé à la jouissance de cette bourse : 1° ses parents, 2° les descendants d'Anne Latteur et 3° les jeunes gens de Frasneslez-Buissenal. Cette bourse est à la collation du curé de Frasnes, de concert avec un ecclésiastique parent du fondateur.

» Antoine de Leuze, par son testament de 1691 ,

avait fondé une autre bourse de quarante-deux florins dix-sept patards , en faveur de ses parents qui fréquenteraient les basses escolles et humanité « de laquelle bourclie les maistres de chapelains de Saint- Pierre à Louvain» avaient l'administration et la collation, en laissant aux pourvus le choix du lieu ou ils voudraient étudier. Cette bourse est sans doute perdue, car on ne trouve aucune trace de son rétablissement. »

On peut en dire autant de la fondation faite par Nicolas en faveur de la pédagogie du Lys.

Plein de respect pour la mémoire de son vénérable grand-oncle, Antoine de Leuzc voulut être inhumé auprès de ses restes mortels et laissa des revenus pour l'augmentation de son anniversaire. Le chapelain de Saint-Pierre conservait aussi comme un précieux héritage de famille «une calice d'argent doré et des petites ampules d'argent, avec un goblet d'argent , sur laquelle sont les armoyeries de son grand-oncle et une blanche chasur. » A son tour il légua ces objets à son neveu maître François de Lcuse, prêtre.

« François de Leuse fut attaché à l'église de Frasnes comme chapelain. Il vivait encore en 1727. Ce fut probablement le dernier qui posséda le calice, le gobelet et la chasuble de Leusius au double titre de parent et de prêtre. Cette famille est maintenant éteinte à Frasnes. »

NOTICE SUR JEAN DE HAZE, DOCTEUR EN DROIT ET PROFESSEUR A L'UNIVERSITÉ DE LOUVAIN (1).

Tourcoing a fourni au XVIe siècle à l'Université de Louvain non-seulement un docteur en théologie, le P.Jacques Lefebvre, de l'ordre des Dominicains (2), mais encore un docteur en droit, Jean de Haze, professeur dans la même Université. Il n'est pas inutile de remarquer que le titre de docteur en droit était alors très-rare, et il était d'autant plus honorable qu'il exigeait des études plus longues et des épreuves plus sérieuses. En effet, pendant tout le cours du XVIe siècle, soixante-trois docteurs seulement reçurent le bonnet à Louvain.

Valère André, dans ses fastes académiques de l'Université de Louvain (Sédition, pp. 155, 156, 484, 185, 187, 210, 797) nous a laissé les détails suivants sur le savant Tourquennois : «Il était né, dit-il, à Tourcoing, dans la châteilenie de Lille, en Flandre. Ce fut vers 1487. Il étudia à Louvain , et une preuve de la manière distinguée dont il fit ses études, c'est qu'il fut élu par ses confrères doyen du collège des bacheliers. Ce collège, dont l'ouverture datait de l'an 1505, servait aux réunions des bacheliers en

(1) Tiré de V Indicateur de Tourcoing.

(2) Voyez les Analectez de 1855, num. 18, p. 80.

droit, qui s'y exerçaient à la controverse et y discutaient les questions les plus difficiles non-seulement du droit canon et du droit romain, mais encore du droit féodal. »

Ces réunions avaient lieu sous la présidence d'un doyen de leur choix, qui devait être capable, comme les docteurs dans leurs classes , de diriger les discussions, et de donner une solution aux cas présentés. Valère André remarque que les doyens du collège des bacheliers furent, dès l'origine, des hommes distingués et occupèrent généralement dans l'état un rang honorable.

Jean de Haze fut admis, le 28 novembre 1517 à faire partie du conseil de l'Université comme représentant de la faculté des arts. Il fut promu au grade de docteur en droit civil et canonique, le 22 mai de l'an 1520, en même temps que Pierre-Jérôme Nicolaï, de Middelbourg, Josse Vroye ou Vrocde, de Gavre, et Louis de Schore, de Louvain. La cérémonie de la promotion était présidée par les docteurs Gabriel de Mera et Jean Stephani de Nivelles.

Le nouveau docteur commença le 28 octobre 1520 à expliquer, en qualité de professeur ordinaire, les institutes de Justinien. Il succédait à Nicolas Heems de la Chapelle (alias de Bruxelles) qui, en 1550, lui céda encore la chaire de professeur ordinaire et primaire des lois. Il avait eu pour successeur, dans la chaire des institutes, Hermès de Winghe, de Renaix; en 1547 il cessa d'enseigner et résigna sa chaire, avec le consentement des magistrats de Louvain, à

Gabriel Vander Muyden (Mudœtts). Le 13 septembre 1330 il avait présidé, avec son collègue, Dominique Cakaert, de Termonde , à la promotion de quatre nouveaux docteurs.

Ces divers détails nous offrent la preuve la plus certaine de son rare mérite, de l'étendue de ses connaissances et de l'excellence de son enseignement. Jean de Haze termina sa carrière le 28 mars 1547, dans la 60e année de son âge. Il fut enterré dans l'église collégiale de Saint-Pierre, près de l'autel de SainlMathias. Paquot dans les Fastes académiques inédits nous a conservé son épitaphe inscrite sur une lame de cuivre et conçue dans les termes suivants : «Magister Joannes Hassius, a Torconia Lovanii Legum Doctor ordinarius , Obiit anno Domini 1547 œtatis suce 60. » Son épouse, Anne Gysbrechls, mourut l'an 1573, le 31 mars. Il avait laissé après lui plusieurs enfants : son fils, Arnold de Haze, né à Louvain, licencié-ès-droits fut nommé, le 14 octobre 1572, notaire adjoint au conservateur des privilèges de \Vm\ersilé(Actuariuscuriœconservatorialis). Sa fille, Barbe de Haze, épousa le 7 juin 1548 Elbert Léoninus , jurisconsulte célèbre , qui occupa plus lard la chaire de son beau-père. Paquot nomme encore une autre fille, Anne , qui entra , à Louvain , au couvent des religieuses de l'ordre de Saint-Augustin, appelées vulgairement les Dames blanches, et un autre fils, Jean, qui épousa Barbe Maket, dont il eut plusieurs enfants.

Un historien de la ville de Termonde , M. Klc-

mens Wylsman , a cru trouver dans Jean de Haze un personnage digne de figurer parmi les illustrations de cette ville. Seulement il eût dû bien examiner si le savant docteur appartenait réellement à celle iocalilé.

Nous ignorons où le même écrivain a trouvé que Jean de Haze rédigea de concert avec Petrus Amicus et Gabriel Mudée (Vander Muyden) une consultation sur la bulle d'or. Valère André ne fait aucune mention de ce fait si honorable cependant pour les trois docteurs de Louvain. Il n'en est pas parlé non plus dans l'intéressant travail de M. l'avocat P. J. Spinnael, intitulé : Gabriel Mudée, ou la rénovation de l'élude de la Jurisprudence en Belgique au XVIe siècle, inséré dans les Analecles de 1844, num. 7, p. 84.

NOTICE SUR THIERRI HEZIUS, SECRÉTAIRE DU PAPE ADRIEN VI ET SUR LES PAPIERS D'ÉTAT DE CE PONTIFE.

Le désir de pouvoir publier un jour un essai historique sur le pape Adrien VI et ses contemporains m'a engagé depuis longtemps à consacrer des recherches et des études à un sujet plein d'intérêt pour l'histoire de l'Église en général et pour celle de la Belgique en particulier, pendant les premières années du XVI** siècle.

Dans ce but, j'ai tâché de mettre à profit mes séjours à Rome , en 1844 et en 1854. Grâce à la bienveillance de S. É, le cardinal Maî, de Messeigneurs Laureani , Marini et de San Marzano et du père Theiner, j'obtins de précieux renseignements et je parvins à recueillir plusieurs documents inédits sur le pontificat d'Adrien VI.

Les papiers secrets et la correspondance particulière de ce pontife devaient être à Rome l'objet de mes investigations; mais elles restèrent sans résultat. Ni à la bibliothèque ni aux archives du Vatican , il n'existe plus rien de celte catégorie de documents , comme j'ai pu m'en convaincre par mes propres recherches et par celles du père Theiner, qui a succédé à Mgr Marini dans les fonctions de préfet de YArchivio Vaticano.

Le savant continuateur de Baronius nous a com-

muniqué une pièce qui explique l'insuccès des recherches faites jusqu'ici à Rome : c'est une lettre extraite des Regesta Gregorii XIII, an. III, epist. 227, fol. 329 , reproduite dans le deuxième volume de la continuation de Baronius, n° 97, par laquelle le pape Grégoire XIII prie l'évêque de Liège, Gérard de Groesbeek, de faire toutes les recherches nécessaires pour découvrir les actes et les écritures (scripturas omnes) d'Adrien VI, transportés après sa mort à Liège par son ancien secrétaire Thierri Hezius. Voici le texte de celte lettre ou, pour mieux dire, de ce bref :

Venerabili Fratri Episcopo Leodiensu

Gregorius PP. XIII.

Venerabilis Frater, salutem et apostolicam benediciionem. Theodoricus quidam, istius tuœ ecclesise canonicus et decanus , obiit circiter annum MDXL. Is fuit secretarius felicis mémorise Hadriani VI. Abstulit hinc secum ejus pontificatus scripturas omnes ; quae ubi sint , ignoramus. lis magnopere indigemus , quotidieque accidit , ut aliquid nobis ejus temporis ac pontificatus cognoscendum sit, et quidem in rébus gravissimis , maximeque ad res publicas et quse Dei sunt pertinentibus. Faciès nobis gratissimum , si omnem diiigentiam adhibueris in scriptis reperiendis atque ad nos mittendis , idque ut facias, quantum possumus, postulamus. Eo autem nobis gratior erit tua opéra, quo vehementius scripta illa dcsideramus. Datum Ronrje apud Sanctum Petrum

sub annulo Piscatoris, die XII februarii MDLXXV, pontificatus nos-tri anno tertio.

Ant. Buccapadalius , secret.

Malgré une sollicitation si pressante du pape , malgré les motifs si légitimes sur lesquels elle s'appuie, les recherches laites à Liège, en 1575, par Gérard de Groesbeek restèrent stériles, ou au moins, comme me Fa déclaré le père Theiner , rien ne fut renvoyé à Rome , et les archives du Vatican ne mentionnent aucun fait ni aucune circonstance propres à nous renseigner sur le sort des documents en question. S'ils n'ont pas péri , ils existent peut-être encore quelque part en Belgique ou en Allemagne : la découverte récente d'un recueil manuscrit de lettres de Charles-Quint et d'Adrien VI, conservé à la bibliothèque de Hambourg (i) , nous défend de renoncer à l'espoir qu'on parviendra à les retrouver un jour.

Le secrétaire d'Adrien VI, désigné dans le bref pontifical par son nom de baptême (Theodoriais quidam), est Thierri Hezius ou Hcsius, né au village de Heeze , près de Eindhoven (2). Il suivit les leçons de philosophie et de théologie à l'université de Louvain et fut distingué par Adrien, pendant le cours de ses études, comme un sujet d'élite. Attaché à la per-

{{) Bulletin* de la Commission royale d'hixt.. t. IX, série, pp. 9 et 389. — Le recueil de ces lettres vient d'être publié par M. Gacbard. Voyez Correspondance de Charles-Quint et d'Adrien VI; Br. 1859 in-8»

(3) Voyez Coppens, Beschryving van het bisdom van ** Hertogenbotch, lit deel, Vu afdeeling, p. 94.

sonne d'Adrien, il l'accompagna comme secrétaire en Espagne et à Rome. Par sa protection, Hezius avait obtenu un canonicat de la cathédrale de Saint-Lambert, à Liège, dont il devint plus tard non pas doyen, comme dit le bref de Grégoire XIII, mais vice-doyen.

Hezius avait gagné, par son savoir et par la modestie de son caractère , toute la confiance de son maître. Aussi Paul Jovius, écrivain ordinairement plus porté au blûme qu'à l'éloge , le nomme vir optimarum literarum notilia et christiana modestia insignis (I) ; et l'espagnol Biaise Ortiz , dans son Itinerarium Hadriani VI , nous le dépeint sous les traits suivants : virum timoratœ conscientiœ , qui benigna quadam et dutci conversatione studiosus otnnes virtutes confovebat (2). Au témoignage de ces deux écrivains , qui ont connu personnellement Hezius , nous pouvons ajouter encore celui d'un autre contemporain : Gérard Moringus le proclame un homme pieux et érudit, vir pius simul et eruditus (3). Érasme le comptait au nombre de ses amis les plus intimes , comme il conste par la lettre suivante qu'il lui adressa de Bâle en : uMitlo ad te collationem de tibero arbitrio , quam his diebus edidi , non ignarus quam non versarer in mea arena , quantamque tempestatem concitarem in caput meum ; attamen declarare volui , mihi certe promptam voluntatem non déesse.

(1) Burmanni Analecta hist. de Iladriano VI \ p. 1ÎS.

(2) Ibid. p. JG9.

(S) Ibid. p. 70.

Favor Lutheri in dies latius serpit. Jam Galli quidam magis insaniunt quam ulli Germani. Omnes habent in ore quinque verba : evangelium , verbum Dei , fidem, Christum et spiritum. Et tamen hic taies video multos, ut non dubitem quin agantur spiritu Satan». Utinam hic tumultus a Luthero excitatus , veluti violentum pharmacum, adferat nobis aliquid bonae sanitatis ! Texuissem tibi longam historiam rerum , quae hic geruntur per Lutheranos, ut vocantur, quum hoc etiam cognomine sint indigni, si vacasset. Cura valetudinem tuam, vir optime. Basileœ, 2 seplembris an. 4524 (1). »

Plus tard , l'intimité qui existait entre Hezius et Érasme sembla se refroidir. Érasme s'en plaint quelquefois dans ses lettres; mais l'inconstance de son caractère et certaines complaisances à l'égard des novateurs nous portent à croire que les torts venaient de son côté. Hezius était un homme sévère dans ses mœurs comme dans ses principes, et quoique animé d'un remarquable esprit de douceur et de modération, il ne lui fut pas toujours possible d'approuver tout ce que le célèbre restaurateur des lettres croyait pouvoir se permettre impunément.

Après Télévation d'Adrien au souverain pontificat, Hezius continua à remplir près de sa personne les fonctions de secrétaire , et il l'accompagna pendant son voyage de Viloria à Rome, où le nouveau pontife lui conserva constamment toute son ancienne con-

(1) Op. Eratmx, tom. Ili, part. /, p. 809, édit. de Jean le Clerc.

fiance. Selon le père Fisen, Adrien l'avait choisi pour son confesseur, et il usait de ses conseils dans les affaires les plus importantes de l'Église (1).

Adrien était encore à Saragosse, lorsqu'il prit les premières dispositions pour l'organisation de sa cour pontificale. Le 1er mai 1522, il fit publier dans l'église métropolitaine de cette ville de nouvelles règles pour la chancellerie romaine (2), et il nomma en même temps une commission de quatre prélats chargée provisoirement de faire l'examen préparatoire des affaires qu'on s'empressait de lui adresser. A la même époque se rapporte la nomination de Hezius à l'éminente fonction de dalaire (3).

Cette charge , et bien plus encore l'affection et la confiance du pape , devaient lui ouvrir les voies des dignités ecclésiastiques et même du cardinalat. Mais

[\) « Qui {Hezius) quondam Adriano pontifici a scerctis et sacris confessionibus lue rat , imo cujus consiliis ille suum pontificalum rexisse dicitur. » Fisen, Flores eccl. Leod. part. 2 , p. 350.

(2) « Prima vero die maii régulas cancellariae a se noviler éditas in metropolitana ecclesia ( Cœsarauguttana) publice et solemniter promulgari jussit ; per quas omnes réservations et exspectativre , ut in ipsis continetur, revocabantur, atque a die illa negotia undecuuque sub annulo ... expediebaotur. » Ortizii Itinerarium Uadriani VI , apud Burmannum. p. 467.

(3) Le du taire est un rlrélat député par le pape pour recevoir toutes les requêtes qui lui sont présentées touchant la provision des bénéfices. Eu vertu de sa charge, le dataire peut accorder, sans la participation du pape, les bénéfices d'une moindre valeur déterminée ; pour 1esautres.il faut que les provisions soient signées parle pape, qui lui donne audience tous les jours. Lorsque c'est un cardinal qui est dataire, ou le nomme prodataire.

Hezius était sans ambition ; se contentant de son titre et de ses laborieuses fonctions de secrétaire du pape , il résigna avec plaisir une charge qu'il n'avait remplie que provisoirement, et qu'Adrien, après son arrivée à Rome , confia à un autre de ses compatriotes , Guillaume Enkevoirt, qui reçut avec la dignité de dataire l'évéché de Tortose, et devint ainsi le successeur du pontife sur ce siège , un des plus riches de la monarchie espagnole.

Ces deux Belges , le dataire Enkevoirt et le secrétaire Hezius, exercèrent une influence prépondérante pendant la trop courte durée d'un pontificat destiné à aplanir les immenses difficultés qui dominaient le gouvernement de l'Église. Enkevoirt était aussi, comme Hezius, une ancienne connaissance qu'Adrien avait faite k l'université de Louvain ; mais plus âgé que Hezius, qui vit Rome pour la première fois, lorsqu'il y arriva à la suite du pape, Enkevoirt s'y trouvait établi depuis longtemps (i), et il s'y était formé à la pratique des affaires, en remplissant, sous Jules II et Léon X, les fonctions de scriptor cubicularius et de scriptor apostolicm. Une connaissance plus complète des hommes et des habitudes de la cour pontificale lui donnait certaine supériorité sur celui avec lequel il partageait l'intime confiance du pape , et qui , d'ailleurs , par la douceur de son

(1) Qui, dît Paul Jovius, quum pontificia in aula ab ineunte œtate honesta cum laude tolertit industries vertaretur. liuroianui op. cit. p. »6.

caractère, aimait à restreindre le cercle de son action. Par là même , Hezius excitait moins la jalousie et les préventions des Italiens contre les Flamands, auxquels le pape semblait accorder une préférence trop exclusive. Cette préférence cependant n'avait pas empêché Adrien d'accorder aussi une grande influence au cardinal Jules de Médicis , qui avait déjà eu sous Léon X le maniement de la plus grande partie des affaires , et qui avait une affection toute particulière pour Hezius.

Jamais aucun pape ne s'était montré plus réservé dans la collation des dignités ecclésiastiques (i). Adrien voulait toujours savoir par lui-même à qui il confiait les emplois; il procédait à ces choix avec une conscience scrupuleuse , et même avec tant de lenteur que , presque au moment de mourir, il n'avait encore rempli aucune des nombreuses vacatures du sacré collège. Peu de jours avant sa mort , arrivée le 24 septembre 1523, le cardinal Jules de Médicis et l'ambassadeur de l'empereur, le duc de Sessa, l'engagèrent à faire une promotion de cardinaux. Le choix du pape, déterminé par la considération de ne pas laisser après lui sans quelque puissant protecteur les Flamands attachés à sa personne (2) , déterminé

(1) Ranke, Histoive de la papauté pendant le* XVI™ et XVII™ siècle*, 1. 1, p. 438, édit. de Parie, 4838.

(S) « Et com familia Flamingiortim mortem pontifleis per aliquot die* an te a pnegensisset , S 1 1 i iostabant , ut dominant Guiiliermum Hincfort, tum datarium et Dertusenscm episcopum, cardinales» créa-

surtout par les services que lui avait rendus un ancien ami (1), le choix du pape, dis-je, se borna à une seule promotion , celle de Guillaume Enkevoirt , auquel il donna le titre cardinalice des SS. Jean et Paul , qu'il avait porté lui-môme avant son élévation au pontificat.

Les instances du duc de Scssa favorisèrent cette nomination (2), peu agréable à la majorité des membres du sacré collège (3). Jules de Médicis , d'accord avec presque tous les cardinaux ou au moins avec quelques-uns d'entre eux, avait hautement manifesté le désir que la préférence du pape fût accordée à Thierri Hezius (4).

rct, ne omnino roanerent deserti in casu(quod Dcusaverterct)qiio piissîmus pater nutu divino ex hac lune emigrasset » Ortiz , op. cit. p. 216.

{{) «Etlicct papa, sive persuasione familix, sive alias, ardeuter hoc procura verit. » Ibid , p. Î17.

(î) « Tandem nostri C&saris oratore iustigante ... trlduo ante mortem papa? numéro cardinalium pradiclus dominas Guitliermos Hincfort Dertusensis conjunctus est, ditatusque multis beneûciis ac ofiîciis, quibus eum pontifex douaverat. » Ortiz, toc. cit.

(3) « Tum quia Hincfort exosns habehatur ... tum vero quia paulo antecognilus in tenui officio, eorum {cardinalium) consortio indignas pniahatur. » là. loc. cit. Remarquons ici que Ortiz est en général très-mal dispose à l'égard d 'Enkevoirt.

(4) « Et ferme omîtes , dit Ortiz (lo«. cit.), affectabant magistrum Theodoricum a secrelis pontificis ipsorum conventui agregari et loco datarii Dertusensis eîigi. » Gérard Moringus, dans la vie d'Adrien [Burman., op. cit. p. 77), modifie ce ferme omnes de la manière suivante : « NonnuUis agentibus ut eo ipso pileo Theodoricum Hezium... decoraret. » Le continuateur des vies des papes de Platina, Onupbre Panvinio, copie Uoringus et reproduit le même passage. Voy. Iiis-

La mort empêcha Adrien d'exécuter la résolution qu'il avait prise de conférer aussi la pourpre à son secrétaire (i). Si celui-ci ne reçut pas le chapeau en même temps qu'Enkevoirt , et si sa nomination dut être ajournée , ce ne fut que par un motif fort honorable pour lui : Hezius, depuis si longtemps le confident et en quelque sorte l'homme nécessaire d'un maître qui avait gouverné l'Espagne et qui devint le chef de l'Église, se trouvait encore, à l'époque du décès d'Adrien, dans une si médiocre position de fortune qu'il lui aurait été impossible de soutenir convenablement le rang du cardinalat (2).

La mort d'Adrien VI brisa les liens qui attachaient Hezius à la ville de Rome ; le désir de revoir sa patrie, et surtout le désir de finir ses jours dans la retraite et loin des honneurs, l'engagèrent à hâter son départ. Après avoir secondé pendant quelque temps le cardinal Enkevoirt, auquel Adrien avait confié la charge

toria Platinœ de vitië Pont. Romanorum, cdit. de Cologne, 1508, infol. p. 38*.

(4) a Honoreque pilei coccinci, dit Paul Jovius, Theodoricum Hélium [Uezium), quum primum novi cardinales iu scnatura Icgcrentur, exornandum dcstinarat. » hoc. cit. Le père Fisen, cité ci-dessus, dit aussi : «Qucra [llezium) propter integritatcm vitœ splendoremque doctrinal , nîsi mors intervenisset , in amplissiraum cardinalium collegium cooptasset. »

(2) Moringus [Op cit. p. 77), après avoir parlé do la démarche faite par quelques cardinaux en faveur de la promotion immédiate de Hezius, ajoute : « Quod et fortassis factum fuisset, si modo \iro illl optimo ad dignitatem eam tuendam aliunde satis prospectum fuisset.» Onupbre Paoviuio s'exprime dans les mêmes termes.

de son exécuteur testamentaire, il quitta Rome pour aller se fixer à Liège où il remplit d'une manière exemplaire, jusqu'à la fin de sa vie, ses modestes fonctions de chanoine.

Le cardinal Jules de Médicis, devenu pape sous le nom de Clément VII, n'avait pas oublié ses anciennes relations avec Hezius. Il l'engagea instamment à revenir à Rome. En lui présentant le chapeau de cardinal, Clément VII semblait vouloir s'acquitter d'une dette contractée par son prédécesseur et réaliser un projet dont la mort avait arrêté l'exécution (1). C'était un hommage rendu par le nouveau pontife à la mémoire d'Adrien VI et aux vertus de Hezius. Mais celui-ci déclina humblement les offres les plus brillantes, et rien ne putle décider à quitter son canonicat de Saint-Lambert. Sa vie s'éteignit à Liège, le 10 mai 1555, au milieu de la pratique des bonnes œuvres et des devoirs de son état. Une inscription , qui se trou-

(4) « Hadriano mortuo Leodium secessit, et licet Clemèns VII saepius eum Romain revocaret, et amplos honores sponderet, coustanter taraen recusavit. » Burman, op. cit. p. 70, not. 3. Le porc Fisen [op. cit. p. 350) confond peut-être un peu les dates, mais il dit cependaut avec raison : « In cardinalium collegium adscisci potuerat, nisi perraro modestiae exemplo sacra m quietem in S. Larobcrti cotlcgio [Leodii) maluisset ... Hoc profecto nemo negat, a morte pontifiais (Adriani VI) eam illi fuisse animi magnitudinem, ut bumanum omnem splendorem cootemneret. » Citons encore le père Foullon qui dit dans son UUt. Leodiemis, tom. II, p. 269 : Quem cum pontifex (bien certainement Clément VII) inpatrum purpuratorum senatum adlegere toluiuet, ipte insigni modestia dignitatem defugit, canonicatu Lambertiano contentut.

vait sur sa tombe dans l'ancienne église cathédrale de Saint- Lambert, en consacra le souvenir dans les termes suivants (1) :

Hic jacet eximius Theodoricus Haesius Me ,

Candor et inlegritas istius ecclesiae , Doctus et a summa famalus relligione,

Inque hosles fideifortis athleia Dci (2). Qui curn magnus erat, cl major evadere posset ,

Cunctis posthabilis maluit esse latens.

Pauperibus largua, sibi str ictus, semper in hori%

Inque piis causis, omnibus expositus.

Hic decus ergo tuum Campina et Legia tel lus ,

Hic jacet, hic recubat Haesius Me tuus.

Une haute piété caractérisait Hezius, à tel point que, sur la fin de ses jours, il s'était proposé de quitter le monde pour entrer dans une congrégation religieuse. Après une retraite qu'il fit à Louvain sous la direction du père François Strada, d'après lesconseils du père Pierre Favre, le premier des compagnons de saint Ignace , il prit la résolution de se faire jésuite. 11 fallut l'intervention du père Favre lui-même, pour l'engager à renoncer à l'exécution de ce projet : ce saint religieux, qui contribua tant à la rapide propagation de son ordre, estima néanmoins que Hezius était trop avancé en âge, et que, eu égard à la considération dont il jouissait îi Liège, il lui serait plus

(0 Chapeaville, Geêtapont. Leod. t. III, p. 376. (î) Ce verrse rapporte aux fonctions d'inquisiteur de la foi que Hezius remplit pendant quelque temps sous Georges d'Autriche.

méritoire de ne pas changer d'état, et de continuer à être à Liège un modèle d'édification pour le peuple et pour le clergé (1).

Les sentiments de piété dont il faisait profession, sont consignés dans l'épîlre dédicatoire d'une traduction fïamandedcrimitation de Jésus-Christ, imprimée, à Anvers, en 1552, chez la veuve de Henri Peetersen de Middelbourg, comme il est marqué au bas de la dernière page du volume qui a pour litre : Van die werelt te versmaden ende Christum te volghen, een deuoet Tractaet, vol goeder teeriyiglien, wylen gemaect bi eenen deuoten régulier, glienaemt lieer Thomas Hamerken van Campen , welc boecxken men pleech te noemen : Qui sequitur me. Au verso du titre se trouve la dédicace datée d'Anvers, le 7 septembre 1548. La

(4) Voici ce que dit le père Fisen (op. cit., p. 342) à ce sujet : « Is (Heziu*) quum in bas mentis exercitationes esset ingressus, singularis hanc sui fructus significatiooem egressus dédit, ut ad collocandum in tuto salutem sua m totum se Fabro crederet, omnemque vitae cursum tota voluntate permitterct. Faber tamen , et aclatis et personne ratione habita, quarum altéra incliuata jam crat, altéra sua sponte spectatissimis ornata moribus, alienis adminiculis non egebat; tnm vero Leodiensis ccclesiae bouo, non ei censuit vitae genus institutumque mutandum. Suasit potius, ut quae possidebat in vita bona , etquae regebat in republica munera, pergeret ea prudenter administrai, ad Dei scilicet gloriam et proximorum utilitatem, esseque in nobili illa civitatc probitatis cxemplum propositum ad imitandum , cum populo universo, tum clero praecipue. Amplexus est vir egregius totis praecordiis salutare consiiium , et adoptatam actionom reliquo vitae spatio sobrie, pie justeque traducto, tamquam bonus Ûdelisque discipulus revocavit. »

rareté de ce livre nous autorise à citer ici presque en entier cette dédicace (I) :

« Den eerweerdiglien welgheleerden ende deuoten heereH. Theodoricus van Hese , protonotaris des stocls van Roomen , canoninck ende vice deken van Sinte Lambrechts te Ludick, Henrik Peetersen va Middelburch.

» Eenveerdighe heere, tis eenen corten tyt gheleden dat ick was te Louen , by eenen religiosen persoon, mynen goeden vrient, die welc mi scyde, hoe dat ghi onlancx seer van bem begeert haddet, dat hi soude wille van nyeus in duytschen wt den latyne oversteïlcn dat seer goet boccxke, welc men ghemeynelyck noemt Qui sequitur me in gemeynder brabantscher talen , het welcke om zyn seer goede leeringhen in voortyden ouergestelt is in verscheyden talen, als in italiaensche, spaensche, walsch en duytsche, tnaer nergens en waert (na u goetduncken) qualicker ouergestelt dan in duytschen. Aldus want hi dat na uwer

(l) Cette dédicace n*est pas l'œuvre de l'imprimeur Peetersen , comme semble le faire croire la snscriptiou, mais elle a été écrite par l'auteur de cette traduction, Nicolas Van Winghe, ami intime de Hczius, chanoine régulier de Saint-Martin à Louvain, auquel on doil une traduction flamande de la Bible imprimée à Louvain en 15*8, ei qui mourut en 4552. Cette lettre dédlcatoire, qui est datée de Louvain le 7 août 1548, et dans laquelle le nom de l'imprimeur Poeterseu est ici substitué à celui de Van Winghe, se trouve, avec le nom du véritable auteur, à la page de la jolie petite édition illustrée de V Imitation, imprimée à Louvain, en 1628, par Jean Maes.

begheertcn ende zyn vermoghen voklaen hadde, so begheerde hi van mi dat ick dit soude wille prenteii , met sommighc andere deuote tractaetkens, welcke die selue ooc vvten latyne verduytschet hadde, het welcke ick seer gheerne ontfanghen hebbe te doen , hoe wel dattet selue boecxke seer dicmael geprent is gheweest in duytschen, goed belrouwen hebbende, dattet selue meer behaghen sal veel gheestelycke personen, aenghesien dat van uwer eerweerdicheyt so sonderlinghe ghepresen wort , ende so neerstelyck besorcht is om wederom bcter ende claerlycker verduytsch te worde in ghemeyn brabansch duylsch, dwelck te vore int sticht van Wtrecht of daer ontrent verduyscht is gheweest. Dus hebbe ict na myn beste correctelyck ende suyverlyck geprent, hopende oock mede deelachtich te wordcn der dcuocien van den ghenen die daer wat beter verstant oft smaeck in vinden sullen dan si te voren deden, als zyt in haer eyghen taie lesen moghen, het welcke vol goeder leeringhen is .... ghescreuen ontrent ouer hondert jaren,nietvan den eerweerdighen cancelier van Parys Johannes Gerson, als dye lytels van sommighe gheprente exeraplaren in latyn en duytsch inhouden , maer (als uwer eerweerdicheyt kenlyck is) van eenen seer deuoten religioes ghcnaemt heer Thomas Hamerken van Campen , wylen régulier van Sinte Augustyns oorden, int cloostere van Sinte Agnetenberghe bi • Zwolle, dye oock noch meer diergheiycke deuote tractaetkens gemaect heeft.... (1) Aldus, eerweerdighe

(1) Cette espèce de protestation en faveur de Thomas à Rompis

heere, bid ick u, dat ghi in dancke wilt neme onsen dienst, te weten des ouersetters ende myns dos prenters, die beyde desen arbeyt van scryven ende prenten sonderlinghen gheeme aengenomen hebben, om uwer eerweerdicheyt te believen, ende uwer deuoter begheerten te voldoen... 0) »

Hezius conserva , pendant toute sa vie, une grande affection pour l'université de Louvain. Il fut un des premiers bienfaiteurs du collège du pape Adrien Vf; il y fonda une bourse pour l'étude de la théologie , en faveur de ses parents, et à leur défaut en faveur des originaires de Heeze ou des natifs de Leerdl, Geldorp et Mierlo. Dans l'acte de fondation il se nomme Tàeodoricus Adriani Hezius , ce qui dénote

contre Gcrson mérite d'être remarquée. Le traducteur, l'imprimeur et celui qui accepte la dédicace de la traduction s'accordent à attribuer à Thomas à Kempis le livre de l'Imitation. Peetersen mourut eu 4548, Nicolas Van Wingue en 4552, et Uezius en 4555, tous les trois à un âge très-avancé, de sorte qu'ils peuvent être considérés sinon comme presque contemporains de Thomas à Kempis, mort en 4471 , au moins comme ayant eu des rapports avec ceux qui l'ont connu personnellement.

Mgr l'évèque de Bruges, dans ses savantes Rechercfies htit. et crtt. sur le véritable auteur de Vlmitution de Jésus-Christ t p. 69, a fait ressortir combien la preuve, tirée des éditions de 4473 à 4500, est concluante en faveur de Thomas à Kempis. Les anciennes traductions flamandes et allemandes conûrment cette preuve.

(4) La dédicace de Van Winghe se termine ainsi :

« Hier mede blyft Gode bevolen. Eerw. Heere ende besondere vrient : in ailes bereyt tôt u Eerw. wat ic vermacli. Geschrevcu te Loven, in S. M j rte us clooster, in 't jaer 4548 , den 7 august.

» By al uwen vrient en dienaer, B. N. Wisghii:». »

que son père s'appelait Adrien, et il porte, comme dans la dédicace de la traduction de l'Imitation, le litre de protonotaire apostolique (1).

Hezius appartenait à une famille dont plusieurs membres se sont distingués. Cyprien Hezius, nommé quelquefois k tort Hosius, obtint la première place de la promotion générale de la faculté des arts à Louvain en 1517. Lambert Hezius fut le quatrième de la promotion de 1526, et Jean Pétri Hezius le deuxième de la promotion de 1550. Il y eut deux jésuites du môme nom , l'un Jean Hezius , mentionné par Ribadeneira (2), et l'autre Guillaume Hezius, qui a laissé des poésies latines (3). Mais celui qui illustra le plus cette

(1) Dans un ancien registre des fondations du collège du Pape on lit l'extrait suivant : « Theodoricus Adriani Hezius, ea do ni eu s et vicedecanus S. Lamberti Leodii , protouotarins et secretarius Adriani VI , fundavit bursam 36 florenorum (pnnuntur 46 in computn reddito an. 4631 octob. 9 per beredero Antonii PoltersD. L. Maximilianum Troostenberghe). io qua voluit caHcris paribus vel ferc paribus prœferri consanguineos, dummodo idonei fucrint, 2* couterraneos, ex Hees, 3# ex Leerdt, 4* Gcldorpios, 5# Mirloenses; babito respectu non solum ad excellentiam ingenii et promotions, sed etiam muitum ad probitatem indolis ac maturitatem et gravi ta tem morum. Collator est pra> sidens (cotlegii), qui juxta statuta confert sicut alias bursas. Bursarius débet esse pan per et studens in hoc collegio {pontificio). Habet haec fundatio annue in diversis reditibus 26 llor. 2 stuf. juxla computum Gostart de an. 1674. H«ec bursa conferenda tbeologiae studioso. » Cette bourse réunie à d'autres a été rétablie par un arrêté du roi Guillaume V*. Voyez II. Jamart, Fondations de bourses d'études, p. 420.

Hezius fonda aussi une bourse pour le collège du Faucon. Voyez Molanus, Hist. Lovan. p. 625 et 653.

(2) Illustrium scriptorum religionis societatis Jesu catalogus, [>. 419.

(3) Voyez Foppens, Bibl. Belg. t. I, p. 406.

famille, ce fut un des martyrs de Gorcum, le père Nicaise Hezius, fils de Jean Adrien qui était le propre frère de notre Thierri Hezius. Nicaise, après avoir terminé son cours de philosophie à Louvain, y continua ses études théologiques au collège du pape, et se fit remarquer comme un des élevés lesplus distingués du docteur Martin Rythovius qui devint évéque d'Ypres. Aussitôt qu'il eut pris le grade de bachelier en théologie, il renonça au monde pour entrer dans l'ordre des Récollcts. En 1572, ayant à peine atteint sa cinquantième année, il reçut la couronne du martyre (1).

On demandera peut-être comment Thierri Hezius parvint à se trouver en possession de tous les papiers d'Adrien VI , scripturas omnes , comme dit le bref de Grégoire XIII? Adrien lui-même, ou son exécuteur testamentaire le cardinal Enkevoirt , peuvent avoir pris des dispositions pour laisser entre les mains de l'ancien secrétaire du pape ses papiers et ses correspondances qui, selon la coutume de cette époque, formaient une partie intégrante de la succession du pontife défunt. Adrien près de mourir se préoccupait de ceux qui l'avaient servi en Espagne et à Rome. Sans oublier quelques pauvres parents qu'il avait à Utrecht, il eut soin avant tout de sa famille, mot par lequel on désigne le corps de familiers ou serviteurs intimes qui composent la

(l) Voyez notre Jgiographie nationale, sous lo 9 juillet.

maison d'un prélat ou d'un pape (1). Dans la famille pontificale d'Adrien, presque entièrement coiii posée de Flamands, Hezius occupait le premier rang, sinon par ses fonctions mêmes de secrétaire, au moins par la confianceet l'affection qu'Adrien lui témoigna avant comme après son élévation au pontificat. Hezius eut donc, à titre d'héritier, une part dans la succession du pontife, et tout porte à croire qu'au delà de cette part il recueillit, comme legs confidentiel, tous les papiers de celui qui, dans ses hautes fonctions, n'avait jamais eu des secrets pour un serviteur dont l'intégrité et le dévouement lui étaient connus depuis tant d'années.

Les dédicaces des ouvrages composés par les savants du XVlme siècle renferment souvent des particularités intéressantes pour l'histoire littéraire. La

(4) Vojez, dans Burman, p. 505, la lettre écrite de Rome leîî septembre 1523 par Guillaume de Lochorst au chapitre d'Utredit sur la mort d'Adrien VI. Dans cette lettre on lit les passages suivants concernant les dispositions testamentaires d'Adricu : Moriens testamento edixit, donavit et legavit... familiœ suœ antiquœ descriptœ bona sua mobilia, ante papatum acquiaita, ex Hispaniis ad urbem Romam asportata, atserent illis sobrie esse provisum juxta modum laborum et periculorum, seque noluisse abuti bonis ecclesiœ seu sacerdotiis ad eos ditandum... Insuper commisit reverendissimo cardinali Enckevoert , nescio anpluribux, dispositionem omnium bonorum mobilium et immobilium, per eum reliciornm, Trajecti et Lovanii ad pi os usus , et praisertim pro alimentât ion e pauperum affinium, ae dotibus pro salvte animer suœ.

dédicace d'une traduction flamande de Ylmitation de Jésus-Christ nous a fourni quelques renseignements sur le secrétaire d'Adrien VI (1) ; nous en rencontrons d'autres encore dans les dédicaces de deux publications faites k Cologne, en 1541 et 1553, par le père Brunon Loher, religieux de la chartreuse de cette ville.

Ce père publia , en 1541 , quelques écrits de son confrère Jean Juste de Landsperg , sous le titre suivant : Joannis Justi Lanspergii Bavari Cartfiusiani omnium Epistolarum ac Evangeliorum dominicalium tolius anni enarratiunes , etc. Coloniœ ex ofjicina Melchioris Novetiani, 1541 , in-fol., et en litl dédicace à Hezius dans ces termes : Prœsiantissimo viro D. Thcodorico Hezio , Sacrœ Theologiœ Licentiato , nec non canonico D. Lamberti catliedralis ecclesiœ Leodiensis, etSedis ApostoLicœ protonotario , cognato ac patrono suo observando , frater Bruno Loher a Slratis , familiœ Carlhusianœ in CoLonia monachus et vicarius immeritus , S. D. P. Dans l'épîtrc dédicatoire , l'éditeur nomme Hezius son cognatus conjunctissimus , et il débute par l'éloge de ceux qui se consacrent h faire revivre les études, «. Haud mereri » ullum , » dit-il , « melius de christiana religione » posse mihi semper visum est... quam sint illi qui » pro virili rem literariam suis vigiliis illustrare at- » que locupletare in animum induxerunt. Inter eos » autem maxime faciendos esse putavi , qui non con- » tenti mcliora restituisse studia et omni génère

(I) Voyez ci-dessus p. 96.

» scientiarum expolitius invecto barbariem illam, » qua cunctae disciplinae conspurcatae erant, abster- » sisse, una divinarum scripturarum syncera inter- » pretatione pietatem veramque religionem ubique » profligatam lardis hominum ingeniis inscrere stu- » duerunt. » Après avoir parlé des écrits ascétiques de Landsperg et des peines qu'il s'est données pour recueillir et mettre en ordre ses homélies , l'éditeur ajoute en s'adressant h Hezius : « Hujus crgo restitu- » tionis et mei qualiscumque laboris praemium , si » quod est, tibi nuncupo, de me atque adeo toto » christiano orbe optime merito, tum propter soli- » dam multijugamque eruditionem , tum integrita- » tem admirandam, qua olim Romœ Sedi Apostoli- » cse, ante Lovanii toti univcrsitati, nunc Leodii imo » toti orbi innotuisti , ut vix quisquam sit syncere » doctus , cui Hezii et vita et doctrina non sit com- » mendatissima. Ob quas animi dotes et in Italia et » in Germania ad summas honorum dignitatcs pro- » vectus, nunc etiam fidei catholicae, quie passim a » lot beiluis immanibus impetitur, discerpiturquc, » tamquam Hercules Lerneae hydrae delendîe , pro- » pugnator prœpositus es. Hune ergo nostrum labo- » rem et bene merendi affectum bencvolo accipe ani- » mo , quem jusliori beneficio contestari deinceps » studebimus, si haec tuaj dominalioni non displi- » cuisse sentiamus. Vale Germaniœ decus. Ex Car- » thusia Agrippinensi, xix calen. augusli, anno sa- » lutis borninum restituée MDXLT. »

Le père Lohcr publia à Cologne , en 1553 , une

édition plus complète de l'ouvrage précité de Landsperg et la dédia également à Hezius par une épître datée de Cologne le 14 août 1553, dans laquelle il dit : « Et quia jam aille sub tuo nomine , venerabilis » et observande domine et cognate, prodiit opus ejus » ( Lanspergii ) de Tempore , placuit nobis etiam » hanc edilionem tibipr3ecipuenuncupare,utauctor » pius et doctus sub pii et docti viri patrocinio se- » curior ad omnes proficiscatur , nec timeat cujusque » judicium, si se intelligat tibi tuique similibus pla- » cuisse. Obsecro autem pro nostra amicitia operam » hanc meam boni consulas, tuisque me precibus » juves apud Deum, cui te in multos annos féliciter » commcndalum cupio. »

Il résulte des passages qui viennent d'être cités que le père Brunon Loher était lié avec Hezius par des rapports d'amitié et de parenté; les éloges que le pieux et savant religieux lui donne confirment la haute réputation de savoir et de vertu dont le secrétaire d'Adrien VI a joui auprès de ses contemporains.

Le père Brunon Loher ( Loër, Loërius ou Loherius ) est surnommé a Stratis , parce qu'il naquit à Hoogstraeten. Il se fit chartreux à Cologne, où deux de ses frères , Thierri et Hugues , embrassèrent la même règle et se distinguèrent par la sainteté de leur vie et par des travaux littéraires. Voyez Hartzheim, Bibliotkeca Colon, p. 42, et Paquot, Mémoires , t. VIII, p. 123.

Il nous reste à indiquer ici que, dans la Correspondance de Charics-Quini et d'Adrien VI, dont no-

tre savant confrère et ami, M. Gachard, a enrichi le public, on rencontre plusieurs pièces contre-signées et très-probablement rédigées par Thierri Hezius.

Ajoutons encore que le célèbre docteur Jean Molanus, qui fut le contemporain de Hezius et qui, quoique assez jeune encore, peut ravoir connu personnellement pendant les séjours que Hezius avait l'habitude de faire à Louvain chez des anciens condisciples, parle de lui, à différentes reprises, avec un grand sentiment de vénération , dans son Historia rerum Lovaniensium que nous venons de publier.

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