MIL
Propriétés médicales.
Quoique dans ce mémoire nous n’ayons d’autre but que défaire connaître la nature chimique des eaux de Cransac, nous croyons cependant devoir indiquer ici rapidement et d’une manière générale leui*s propi’iélés médicales et les mala-
(lies dans lesquelles elles ont été jusqu a ce jour administrées avec le plus de succès. Nous laissons aux médecins de la contrée le soin d’entrer dans de plus longs détails sur tous ces points.
Vers le commencement du siècle dernier, plusieurs savants ont signalé les propriétés médicales des eaux de Cransac. Lémery(l), James (2), le chevalier deJaucourt (3), les ont données comme apéritives et purgatives , et comme produisant les meilleurs résultats dans les maladies provenant d’obstruction. Depuis cette époque, les auteurs qui s’en sont occupés sont venus corroborer cette première assertion et en ont émis à leur tour de nouvelles.
Alibert les a préconisées contre les rhumatismes chroniques, les névroses périodiques, l’hypocondrie et la paralysie; il a fait voir en même temps les inconvénients qu’il y avait à les administrer à des sujets sanguins atteints d’affections aiguës
B. Murat et M. Victor Murat les ont administrées avec beaucoup de succès chez des individus lymphatiques dans le cas de débilité des premières voies d’empâtements abdominaux, d’affections scrofuleuses , leucorrhéiques , dans le traitement des fièvres quartes rebelles. Ces deux auteurs citent plusieurs observations fort curieuses concernant toutes ces maladies bien dignes de fixer
(1) Histoire derAcadëmie des sciences.
(2) Jaumet, ^aduit de l’anglais, 1747.
(3) Encyclopédie de Diderot, t. IX, p. 807.
fattention des praticiens; ils signalent aussi les désordres plus ou moins graves qu’elles occasionnent quand elles sont administrées à des malades atteints d’affections aiguës.
Enfin, nous ajouterons à tout cela que nous avons été témoins de quelques succès bien tranchés obtenus par le docteur Galtier dans des cas de fièvres intermittentes rebelles , de certaines maladies hépatiques, et surtout contre le tœnia.
A des doses de deux ou trois livres, d’après M. V. Murat, la source douce Richard produit une excitation légère de l’estomac, porte aux urines et occasionne quelques purgations. Après un usage de quelques jours , on voit se déterminer une amélioration sensible dans l’état du malade et son appétit revenir; à des doses plus fortes , elle occasionne des sentiments de pesanteur à l’estomac souvent accompagnées de céphalalgies, de nausées et de vomissements.
D’après le même auteur, la source haute ou forte Richard , bue à la dose de trois ou quatre verres, procure un appétit plus vif, active la digestion et purge un peu moins que la source précédente; après un usage de quelques jours, on voit chez les malades qui peuvent la supporter le teint devenir plus frais et les chairs prendre plus de consistance. A des doses plus fortes , surtout chez des malades faibles et irritables , elle produit une chaleur au gosier, des douleurs à l’épigastre, une céphalalgie plus ou moins vive, la constipation , des nausées, et des vomissements.
Les sources douces Bezelgues, que nous ne connaissons que très-imparfaitement sous lerapport médical, sembleraient agir, d’après quelquespersonnes, d’une manière assez analogue aux sources douces Richard. Mais si on juge de leurs propriétés d’après la quantité de sel qu’elles renferment , leur action doit être bien moindre.
Quant à la source du pré G altier ^ nous n’avons aucune observation qui nous permette de nous prononcer sur ses propriétés médicales. Les résultats d’analyse semblent indiquer qu’elle pourrait occasionner des résultats ayant quelque analogie aux sources de Vichy et de Vie; mais ceci a besoin d’être confirmé par l’expérience (1).
Résumé.
11 résulte donc de notre analyse :
Que les eaux de Cransac , où l’on avait indiqué du gaz acide carbonique et des carbonates , ne contiennent point de traces de ces deux produits (1). Elles ne renferment que des sulfates , anomalie qui se conçoit quand on saitqu elles arrivent à la surface du sol apres avoir traversé
des couches volcanisées.
2^ Que quelques eaux de Cransac que l’on boit journellement contiennent environ cent fois
(i) L’eau de la source du pré Galtier ii’est pas comprise dans les eaux de Cransac.
plus de fer que des sources désignées jusqu’à ce jour comme très-ferrugineuses.
3° Que la plupart des eaux de Cransac rougissent le tourne-sol , et que cette action est due aux per-sulfates quelles contiennent : celui d'alumine et celui de fer.
4® Que ces eaux renferment, en assez forte proportion, deux sels qu’on n’avait que très-rarement admis tout formés dans la nature : le sulfate de sexquioxjde de fer, et le sulfate de manganèse,
5® Que le sulfate de manganèse paraît jouer un rôle important dans leurs propriétés médicales; car quoiqu’il soit vrai de dire que la plupart des eaux médicinales de Cransac contiennent également les sulfates de fer et de manganèse, il en est deux cependant dont on ne saurait entièrement nier les effets, qui ne renferment point de fer, tandis que nous y avons constaté le sulfate de manganèse en quantité assez notable.
6® Enfin, que parmi les sources de Cransac il en est qui donnent des eaux dont les heureux effets ne sauraient être contestés , tandis qu’il en est d’autres que l’on doit considérer comme toxiques.
FJiV.