‹ Analyse chimique et bactériologique des eaux potables et minérales; épuration des eaux; législationChapitre 49 sur 118 · CHAPITRE XXIV EAUX MINÉRALES · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV EAUX MINÉRALES

Par leurs propriétés curatives et leur abondance — le nombre des sources autorisées en France étant actuellement d’environ 2.000 — on peut dire que les eaux minérales présentent scientifiquement et industriellement un intérêt considérable, et constituent une des richesses de notre pays.

Leur exploitation exercée sans tracasseries inutiles, sous le contrôle permanent de l’Académie de Médecine et du Ministère de l’Intérieur, a jusqu’ici donné les meilleurs résultats ; et les améliorations proposées ou prescrites sont généralement bien acceptées par l’exploitant qui comprend que ses véritables intérêts consistent à donner aux malades et au public les garanties hygiéniques reconnues nécessaires.

Une eau minérale est surtout caractérisée par son mode de formation, sa thermalité, ses propriétés thérapeutiques et la complexité de sa minéralisation : la

somme des principes dissous ne doit venir qu’en seconde ligne.

Dans certaines eaux minérales (source savonneuse n® 5 de Plombières (Vosges) par exemple, le résidu salin n’est que de 153 milligrammes par litre ; et à ce titre, elle pourrait donc figurer parmi les eaux potables les plus légères.

Dans certains cas, au point de vue de l’usage, la ligne de démarcation n’est pas mieux tranchée. Certaines eaux minérales et surtout les gazeuses (Vais, Saint-Galmier, etc.), figurent aujourd’hui sur toutes les tables.

Origine. — Elles ont la même origine atmosphérique que les eaux potables, mais avec une précipitation plus profohde.

En traversant les milieux souterrains, elles se chargent de principes minéralisateurs parfois rares, sous l’influence de la température, de la pression et le plus souvent de l’acide carbonique d’origine volcanique quelles rencontrent sur leur parcours, et qui a la propriété de dissoudre les carbonates, d’attaquer les silicates, de s’emparer de la soude et de la potasse des feldspaths ; enfin de solubiliser le fer, le manganèse, la lithine, etc.

Beaucoup de ces composés se déposent au lieu d’émergence par entraînement résultant de l’instabilité du bicarbonate de chaux, par perte d’acide carbonique, par abaissement de température et enfin par action de l’oxygène de l’air ; mais il en reste toujours suffisamment en dissolution pour constituer une eau minérale bien établie.

Quand l’émergence d’une eau minérale se fait directement, l’eau arrive à la surface du sol avec une température élevée; mais souvent il se produit des épanchements

dans des roches voisines plus ou moins perméables, qui retardent ou même qui empêchent l’arrivée de l’eau à la surface et nécessitent l’emploi d’un forage pour y arriver.

Dans ce cas, il y a forcément abaissement de température et parfois même modifications dans la composition chimique par suite de mélanges avec des eaux étrangères froides plus superficielles.

Comme exemple de diversité dans l’émergence des griffons d’une même eau minérale, on peut citer Vichy, où à côté d’une source chaude comme la Grande-Grille (4D,8), on trouve des sources à températurè moyenne comme la source de l’Hôpital (34®) et Lucas (28), et enfin des sources froides comme les Célestins (14®).

L’eau la plus chaude d’un même bassin hydrominéralconstitue donc le type le plus pur au point de vue chimique et bactériologique.

La faveur dont elles jouissent auprès des médecins pour la consommation sur place se trouve ainsi parfaitement justifiée ; et, si elles étaient embouteillées au griffon même, elles se conserveraientaussibien, et agiraient probablement d’une façon plus efficace que les sources froides dans la consommation à domicile.

Captage. — Le captage doit avoir pour but de livrer l’eau dans l’état où la produit le griffon de la source, en empêchant les infiltrations, en assurant le débit, en maintenant la température, la minéralisation, en évitant les pertes de gaz ; et chaque fois qu’il se produit une fuite, on doit rechercher la fissure et faire agir le ciment.

Quand il s’agit de sources minérales froides non gazeuses, si la source s’épand naturellement à la surface du sol, on recevra l’eau dans un puisard en briques recouvert de ciment pour empêcher les infiltrations.

Quand Feau manque de pression, on pompe le liquide après avoir établi un sondage tubé jusqu’à la nappé d’eau.

Les eaux sont ensuite amenées à un bassin de décantation pour déposer les matières terreuses qu’elles tiennent en suspension, et de là à l’atelier d’embouteillage par dès conduites en fer à l’exclusion du plomb.

Pour les eaux gazeuses et les sources profondes, on emploie divers modes de captage, savoir :

Captage sur griffon mis à jour ;

Captage par surcharge ;

Et captage par sondage qui permet d’atteindre le filon à une grande profondeur et assure à l’eau sa thermalité et sa minéralisation réelles.

Un captage bien fait augmente le plus souvent le débit des sources et même la température ; et il y a toujours avantage à aller recueillir l’eau à la sortie des terrains durs et même à rechercher à travers la roche vive, la faille principale par laquelle arrive l’eau.

Protection, — Les sources doivent autant que possible être protégées par \m périmètre de protection défini par la loi du 14 juillet 1854.

Lorsqu’une source minérale a été déclarée d’intérêt public, aucun travail pouvant lui porter préjudice ne peut être entrepris sans l’avis de l’administration, dans le périmètre de protection qui est délimité comme une concession de mines, et qui varie en étendue selon la nature des terrains dans lesquels sourdent les eaux et selon le système de failles par lesquelles les eaux arrivent au jour.

Au point de vue médical, les mesures de protection à prendre ne consistent pas* seulement à assurer la con-

stance du débit, mais surtout la pureté des eaux et la fixité de la minéralisation.

Depuis trente ans, il s’est produit un accroissement considérable des sources d’eaux minérales exploitées dont le nombre a presque doublé ; et cette multiplication des forages peut exercer une action nuisible non seulement sur le débit des sources voisines qu’elle amoindrit ; mais même sur leur composition dont elle diminue l’ensemble des principes minéralisateurs et compromet la pureté en appelant au fond, par suite du vide intense produit, des eaux de surface plus ou moins contaminées.

Selon le vœu du professeur Henriot, il serait donc logique d’établir autour des sources dont la valeur est reconnue, une zone de protection qui devrait comprendre toute la nappe souterraine qui correspond au premier puits découvert.

Parmi les autres vœux proposés dans ces derniers temps par la Commission permanente des eaux minérales de l’Académie de médecine, il me paraît intéressant de signaler les suivants :

I. La Commission estime que, dans l’état actuel de nos connaissances sur les relations qui peuvent exister entre la composition d’une eau et son activité physiologique, il n’est pas possible d’affirmer que le chauffage ne modifie pas les propriétés originelles de l’eau.

Une eau minérale doit être consommée dans l’état où la fournit le griffon de la source.

Toute manipulation en dehors de l’embouteillage aseptique doit être rigoureusement interdite.

Une autorisation limitée à quelques eaux, peut-être moins altérables que les autres, auraitle grave inconvénient de créer un fâcheux précédent. L’extrême variabi-

lité de minéralisation de l’ensemble des sources rendrait d’ailleurs tout à fait arbitraire la désignation des eaux stérilisables.

IL Une enquête sera faite au besoin sur place par les soins de l’Académie sur les diverses sources autorisées jusqu’à ce jour : l’autorisation sera retirée à celles dont l’exploitation aura cessé depuis plus de trois ans. Une liste générale des sources autorisées sera dressée et publiée par l’Académie.

III. Il y a lieu d’étudier les mesures propres à constater les variations et à prévenir l’épuisement des nappes minérales.

IV. Les compagnies seront invitées à se conformer strictement aux conditions de leur autorisation. En cas de non exécution, l’autorisation pourra leur être retirée.

V. L’analyse et la date de la mise en bouteilles seront inscrites sur chacune des bouteilles mises en vente.

VI. Il y a lieu d’organiser une surveillance sur les sources et les établissements thermaux. Les inspecteurs régionaux ne pourront exercer la médecine dans chacune des stations soumises à leur surveillance.

VIL L’Académie persiste dans l’opinion souvent formulée qu’on doit surseoir à l’autorisation de toutes les eaux minérales qui ont subi le décantage et la gazéification.

VIII. L’autorisation ne sera accordée que si l’eau en instance ne contient aucun bacille pathogène et si sa stabilité chimique est démontrée.

IX. Les eaux doivent, à partir de leur point d’émergence et jusqu’aux points de distribution sur place ou d’embouteillage, être mises d’une manière continue à l’abri du contact de l’air. Les vasques des sources doivent donc être couvertes.

X. Enfin, le captage et Tembouteillage de toutes les eaux minérales seront faits dans des conditions qui donnent au public toutes les garanties contre la contamination par les microbes ; et toutes les demandes d’approbation adressées à l’Académie pour toutes les nouvelles sources, seront dorénavant accompagnées par une analyse bactériologique en règle :

Dans un rapport sur les mesures légales à prendre pour sauvegarder l’exploitation des eaux minérales, le D** Bouloumié s’exprime ainsi :

« Il faut envisager l’exploitation d’une eau minérale au double point de vue de l’intérêt du malade et de l’intérêt de l’exploitant ; et il est bon d’établir tout d’abord que ces intérêts, eif apparence opposés, sont cependant solidaires, et que dès lors, il n’y a pas lieu de se préoccuper de la crainte de paraître, dans un congrès scientifique, s’occuper de questions commerciales. Ces questions en effet sont dans le cas particulier intimement liées à celles qui intéressent au plus haut point les malades, car elles touchent à l’amélioration incessante des installations hygiéniques et médicales des stations.

« Les exploitants ont tout intérêt à attirer et à retenir leurs clients; ils doivent pour cela les satisfaire. Les malades, de leur côté, ont tout intérêt à ce que les exploitants trouvent dans leur exploitation la rémunération de leurs efforts et de leurs débours, la compensation de leurs risques et la sécurité de l’avenir pour leurs capitaux ; ce n’est qu’à ces conditions en effet qu’ils trouveront ces derniers prêts à s’engager dans les incessantes dépenses qu’entraînent les améliorations progressives à effectuer dans les installations à leur usage.

« Envisageant ainsi la question, nous dirons que par

ces mots « exploitation d’une eau minérale » il faut entendre l’exploitation au double point de vue médical et commercial et qu’il faut l’étudier sous ces deux aspects simultanément.

<( Les mesures légales qui, en France et dans la plupart des pays de l’Europe, régissent l’exploitation des eaux minérales, ont été prises généralement en vue de restreindre les droits des propriétaires au nom delà société et dans l’intérêt de la santé publique, quelques-unes seulement en vue de les protéger.

« En passant en revue la législation française, dont les autres diffèrent très peu en général, il sera facile de montrer que, sauf dans les pays où les eaux minérales sont la propriété del’Etat, du département ou delà commune, aucun pays n’a jusqu’à présent donné à l’exploitation industrielle des eaux minérales la sécurité dont elle aurait besoin pour attirer à elle des capitaux qui lui seraient nécessaires pour donner aux installations thermales tout leur développement et assurer ainsi aux malades la disposition de toutes les ressourees hygiéniques et thérapeutiques qu’ils voudraient à bon droit trouver dans les établissements thermaux.

« On est parti de ce principe, qu’une eau minérale est un agent naturel d’intérêt général ; et si on n’a pas poussé le raisonnement jusqu’à dire que dès lors elle appartenait à l’État qui devait en user pour le bien de tous, on a établi que l’État, au nom de la société, a sur elle un droit de contrôle dès que le public est admis à en faire usage ; et, pour s’assurer ce contrôle, l’État à subordonné le droit d’exploiter une source minérale à l’obtention d’une autorisation d’exploitation délivrée par lui. La loi a ainsi imposé aux exploitants certaines obligations et apporté à l’exercice de leurs droits quelques restric-

tiens en échange desquelles, il est vrai, il leur a accordé dans certaines circonstances quelques privilèges.

« Ces restrictions ou obligations et ces privilèges ou droits, nés du souci de l’intérêt général, ont assurément leur raison d’êtr^?; ; mais les mesures légales qui en fixent les principes et en déterminent les applications sont-elles en rapport avec les nécessités actuelles? C’est là ce qu’il y a lieu d’étudier. »

Autorisation d’exploitation. — Toute source minérale doit, d’après la législation française (ordonnance du 18 juin 1823), pour être mise en exploitation, « être autorisée par le ministre compétent ».

Cette autorisation, qui d’ailleurs n’engage nullement la responsabilité de l’Etat, n’a d’autre but que de prévenir les dangers qui peuvent résulter de la distribution et de la mise en vente de médicaments nuisibles à la santé publique(décision du Conseild’État du 6 décembre 1878). Elle ne préjuge donc pas les qualités médicinales de l’eau autorisée, elle signifie seulement qu’elle ne peut pas nuire.

Privilèges accordés aux propriétaires de sources minérales. — En France, de 1848 à 1856 (décret du 10 mars 1848 abrogé par la loi des 14-22 juillet 1856), toutes les sources autorisées étaient entourées d’un périmètre de protection de 1 kilomètre de rayon. Cette mesure, pourtant très utile, ayant été jugée trop restrictive des droits des propriétaires des fonds voisins de la source, en même temps qu’insuffisante dans certains cas à protéger efficacement certaines sources, a été abrogée en 1856 par la loi des 14-22 juillet, établissant que les eaux des sources minérales peuvent être déclarées d’in-

térêt public et qae dès lors un périmètre de protection d’une étendue variable suivant les cas, peut leur être assigné.

Quant aux sources simplement autorisées, elles ne sont protégées (loi du 28 juillet 1880 modifiant l’article oO de la loi de 1810) que contre les travaux de mine de nature à compromettre la conservation des eaux minérales.

Surveillance de Texploitation. — La surveillance de l’exploitation a été tour à tour confiée en France à des médecins chargés de la visite et du soin des s.ources (25 août 1772), à des intendants des eaux minérales (9 mai 1781), à des inspecteurs des eaux minérales (arrêté du 18 mai 1799), ordonnance du 18 juin 1823, loi des 14-18 juillet 1836, décrets des 18-20 août 1856 et des 28 janvier et 13 février 1860.

En même temps qu’à la surveillance de ces fonctionnaires, les sources et établissements thermaux ont été soumis à la visite des ingénieurs des mines chargés de constater les contraventions avec les inspecteurs.

Les préfets enfin ont reçu de la loi des pouvoirs dé police très étendus en ce qui concerne ces établissements.

Sanction des obligations imposées aux propriétaires de sources et établissements thermaux. — La loi du 14 juillet 1856 dit que si une source d’eau minérale déclarée d’intérêt public et exploitée d’une manière qui en compromette la conservation ou si son exploitation ne satisfait pas aux besoins de la santé publique, un décret impérial, délibéré en Conseil d’Etat, peut autoriser l’expropriation de la source et des dépendances nécessaires à son exploitation. Quant aux sources simplement

autorisées, elles ne sont visées que par l’ordonnance du 18 juin 1823 portant que « l’autorisation une fois donnée, ne peut plus être retirée si ce n’est en cas de résistance à l’ordonnance ou d’abus de nature à compromettre la santé publique ».

Si nous considérons ce que deviennent dans la pratique ces restrictions ou obligations et ces privilèges ou droits, nous voyons qu’ils sont à peu près illusoires et que vraiment des mesures légales plus efficaces doivent être prises pour sauvegarder l’exploitation des eaux minérales.

L’autorisation d’exploitation qui est largement exploitée auprès du public pour faire croire que l’eau a été approuvée par l’Académie de médecine comme eau médicinale ayant telle ou telle propriété est utile assurément ; mais elle crée par la façon dont elle est donnée un danger pour l’exploitation des eaux minérales ayant déjà acquis une certaine notoriété.

Elle peut bien être retirée, il est vrai, mais en fait elle ne l’est jamais, même quand il est apporté aux aménagements de la source des modifications de nature à changer les conditions dans lesquelles elle a été autorisée.

Il en est de l’expropriation des sources reconnues d’utilité publique, comme du retrait de l’autorisation d’exploitation des sources autorisées : c’est une mesure extrême à laquelle on ne recourt jamais et par le fait de leur gravité même, ces sanctions n’étant jamais appliquées, sont nulles ou peu s’en faut.

La surveillance de l’exploitation par les inspecteurs à été reconnue si peu efficace, qu’en fait les inspecteurs ont été supprimés parla loi des 12-13 février 1883 qui a supprimé leur traitement et autorisé les établissements à se passer de ces fonptionnaires.

Les ingénieurs des mines n’interviement que dans les

grandes circonstances; on se contente d’un coup d’œil superficiel : la surveillance des sources d’eaux minérales ne leur ayant jamais paru être que l’accomplissement d’une formalité.

La question du périmètre de protection est la seule importante parmi celles que soulève l’étude des mesures légales à prendre pour sauvegarder l’exploitation des eaux minérales. Mais qu’elle ait été réglée par la loi du 8 mars 1848 qui fixait uniformément pour toutes les sources autorisées un périmètre de protection ayant 1 kilomètre de rayon, ou la loi du 14-22 juillet 1856 qui permet d’accorder aux sources reconnues d’intérêt public un périmètre de protection d’une étendue variable suivant les cas, elle n’a jamais été résolue à la satisfaction des propriétaires de sources justement réputées. Elle mérite d’être reprise en présence de ce qui se passe actuellement dans toutes les stations de quelqu’importance où le périmètre de protection tel qu’il est accordé actuellement est à tel point reconnu insuffisant pour protéger sinon la source, du moins l’exploitation des eaux minérales qui nous occupe ici, que beaucoup de médecins ont demandé l’assimilation des sources minérales aux mines, et dès lors l’application de la législation des mines aux eaux minérales.

M. Bouloumié ne croit pas que ce soit dans cette voie par trop restrictive de la libre concurrence et des droits de chacun des propriétaires qu’il faut s’engager. 11 pense que la solution de la question est Dans la protection de la source;

2° Dans la protection du nom.

Pour la protection delà source, il faudraitque, fondant ensemble les dispositions du décret de mars 1848 et de la loi de juillet 1856, on donnât à toute source autorisée

un certain périmètre de protection et qu’on y ajoutât une étendue reconnue variable suivant les cas nécessaires pour que le régime de la source ne puisse être troublé.

Pour la protection du nom, il faudrait que toute source autorisée connue, ayant établi la réputation du nom, fut garantie contre l’usurpation de sa légitime notoriété par des sources parasites qui, différentes ou sirnilaires, empruntent son nom et le compromettent parfois en même temps que les intérêts de celui qui s’est attaché à le faire connaître.

Que se passe-t-il, en effet, depuis quelques années surtout ? •

A peine une source minérale commence-t-elle à jouir d’une certaine réputation, à peine son nom commencet-il à arriver à cette notoriété qui est la première étape dans la voie du succès, à peine les fondateurs ou exploitants d’une station ou les exploitants d’une source commencent-ils à recueillir le fruit de leurs efforts et de leurs dépenses, qu’une source voisine apparaît, se parant aussi ostensiblement qu’il lui est possible du nom déjà connu et dissimulant de son mieux son prénom encore obscur dans le but évident de donner le change au médecin et au malade et de se substituer à la source réputée.

Tant qu’il ne sera pas pris des mesures contre ces usurpations de notoriétés, l’exploitation des eaux minérales sera compromise parce que l’exploitant, après avoir fait d’énormes dépenses pour les faire connaître, se trouve obligé de les renouveler pour se défendre ou faire distinguer la vraie source de la source parasite.

La loi, dira-t-on, et cela est vrai, autorise toute production d’une localité, à emprunter le nom de celle-ci pour qualifier son produit sans que ce nom puisse être reven-

diqiié comme propriété ou marque de fabrique par quiconque. Toute source émergeant du sol d’une commune à donc légalement le droit d’emprunter le nom de celleci; mais l’identité de dénomination donnée à des eaux de compositions souvent différentes pouvant prêter à des confusions fâcheuses au point de vue de la santé publique, le gouvernement qui accorde l’autorisation d’exploiter peut, sans enfreindre la lettre et surtout l’esprit de la loi, n’accorder cette autorisation qu’à la condition que la source nouvelle sera exploitée sous un nom qui la distingue nettement des sources déjà connues et réputées.

Toute source nouvellement exploitée serait dès lors tenue de se créer sa notoriété, de faire ses preuves et de constituer sa clientèle par ses propres mérites.

Le médecin qui prescrit et le malade qui consomme une eau minérale ne seraient plus exposés ainsi à voir substituer une eau à une autre, chose qui se fait couramment aujourd’hui, et l’exploitation des eaux minérales serait ainsi sauvegardée.

En s’inspirant de la décision du Conseil d’État en date du 6 décembre 1878 qui dit que, conformément à l’ordonnance royale du 18 juillet 1823, on ne peut refuser une autorisation comme mesure de conservation pour la protection d’une source minérale voisine, mais ^ uniquement au point de vue de l’intérêt de la santé publique, le Boulonnié propose : - j

(( 1^^ Que l’autorisation d’exploiter soit maintenue | pour les eaux médicales comme pour les eaux hygiéniques ;

2° Que le ministre spécifie dans l’arrêté d’autorisation, : pris après enquête conformément à la loi, le titre que ■ devra porter la source nouvelle après approbation par l’xâ.cadémie de Médecine, étant entendu que ce titre

devra la distinguer absolument d’une source déjà connue sous une dénomination quelle qu’elle soit ;

3*" Qu’un périmètre de protection soit accordé à toute source autorisée (les abus ayant montré les inconvénients de l’abrogation des dispositions du décret du 8 mars 1848, citées plus haut), et que ce périmètre de protection puisse être étendu suivant les cas, d’après l’avis des ingénieurs des mines, pour les sources reconnues d’utilité publique;

Que comme compensation à ces mesures protectrices, les sources minérales autorisées soient mises dans les conditions et limites à déterminer, à la disposition des indigents, des établissements hospitaliers et de certaines catégories d’employés de l’Etat. »

Embouteillage. — A la suite de la constatation de bactéries diverses faites dans plusieurs eaux minérales, et notamment en 1892 par MM. Roman et Collin et en 1894 par MM. Moissan et Grimbert, les Compagnies furent invitées à prendre les mesures nécessaires pour obtenir un meilleur embouteillage en opérant autant que possible automatiquement et aseptiquement.

Pour éviter la contamination, et par suite l’altération de l’eau par les bouteilles et les bouchons, on opérera de la façon suivante :

Les bouteilles seront stérilisées par 'l’eau acidulée par l’acide sulfurique au dixième, puis rincées à plusieurs reprise avec une eau pure, puis avec l’eau minérale fraîchement prélevée au griffon de la source ; et aucun inteiA^alle de temps ne devra exister entre le dernier rinçage et l’emplissage des bouteilles, non plus qu'entre l’embouteillage et le bouchage, afin d’éviter le plus possible la rentrée des germes de l’air dans les bouteilles.

I.a question des bouchons a aussi une très grande importance.

Ils devront toujours être en liège de bonne qualité et bien souples, non poreux ; afin qu’au contact du liquide intérieur des bouteilles, ils puissent se gonfler et assurer une fermeture hermétique sans déperdition de gaz ni rentrée d’air extérieur.

Les meilleurs contiennent toujours des moisissures et germes divers dont il est prudent de les débarrasser sans nuire à leurs qualités physiques et sans les effriter.

La vapeur d’eau sous pression arriverait bien à les stériliser; mais elle les désagrège toujours un peu, et la stérilisation chimique à température moyenne vaut beaucoup mieux.

On pourra tout d’abord les tremper dans un premier bain contenant 10 grammes par litre d’eau de sel de soude»Solvay, en les y laissant au moins une heure.

Au bout de ce temps, sans rincer, on les portera dans un second bain contenant 10 grammes par litre d’eau de bisulfite de soude cristallisé, et on les y laissera immergés pendant vingt-quatre heures.

Immédiatement avant leur emploi, on les rincera dans de l’eau pure aussi complètement que possible, de façon à enlever toutes traces des produits chimiques employés.

La formaldéhyde ou aldéhyde formique, employée également à la dose de 10 grammes par litre, assure aussi une bonne désodorisation et désinfection. Elle coagule, en outre, les matières tannantes contenues dans le liège; et les bouchons ainsi traités sont beaucoup moins sensibles au noircissement par le fer contenu dans beaucoup d’eaux minérales.

Pendant le cours de ces opérations, on aura soin de

maintenir les bouchons complètement immergés au m.oyen d’un dispositif spécial.

Altérations. — Lorsque toutes les précautions cidessus sont bien prises, les eaux minérales se conservent fort bien.

L’altération sulfhydrique des eaux sulfatées, à déjà été décrite.

Certaines eaux contenant du fer se troublent plus ou moins vite après embouteillage, d’abord parce qu’elles ont forcément perdu un peu de gaz carbonique pendant l’opération ; mais surtout par oxygénation du sel ferreux et sa transtormation en sel ferrique insoluble ; et la petite quantité d’air contenue dans la partie supérieure de la bouteille, entre le niveau du liquide et le bouchon, suffit pour produire ce dépôt, qui au bout de quelque temps devient mixte par entraînement d’un peu de chaux.

Mais il est en général beaucoup plus apparent que réel, et les eaux qui le présentent peuvent être consommées sans inconvénients, si elles ont conservé toute leur fraîcheur et absence d’odeur.

Classification. D’après ce qui a été dit du mode de formation des eaux minérales, on conçoit que les éléments qui s’y trouvent contenus doivent être très nombreux et s’y trouver groupés sous les associations les plus diverses.

Comme éléments gazeux on y rencontre d’abord les gaz de l’air, y compris l’argon et l’hélium.

L’azote se rencontre, en outre, en faible proportion à l’état d’acide azotique ou d’ammoniaque.

L’acide carbonique qui joue un rôle capital dans la

formation de la plupart des eaux minérales, est d’origine volcanique.

L’hydrogène sulfuré est fréquent dans les eaux minérales sulfureuses.

Comme éléments solides : nous signalerons le sodium qui est l’élément le plus abondamment répandu dans les eaux minérales, le potassium, le calcium, le magnésium, le fer, l’arsenic, le phosphore à l’état de phosphates, du manganèse qui figure en sous-ordre à côté du fer, comme l’iode et le brôme à côté du chlore ; de la lithine qui accompagne très souvent la chaux, des borates, des silicates, du soufre à l’état d’hyposulfites, de sulfates et de sulfures, des chlorures, rarement de l’aluminium et encore plus rarement du cuivre, du plomb, du baryum et du zinc. En un mot, on doit s’attendre à y rencontrer des produits empruntés aux roches éruptives, aux terrains et aux minerais qu’elles ont traversés.

Enfin, on y trouve aussi des matières organisées et meme des bactéries spéciales comme les Beggiatoa des eaux sulfureuses et des conferves qui pullulent parfois abondamment dans les boues ou fanges thermales déposées autour des sources.

D’après Jacquot et Wilm, si Fon étudie avec attention la composition et le gisement des eaux, minérales, on est amené à reconnaître que leurs éléments constitutifs ont une double origine.

Les uns y sont introduits par voie de simple dissolution, les autres résultent au contraire de la dissolution des roches ambiantes. Dans ce dernier cas, qui est de beaucoup le plus fréquent, l’élément acide ou électronégatif joue manifestement le rôle actif. Il doit, en conséquence, servir de base à l’établissement des grandes divisions à introduire dans la classification des eaux minérales.

TABLEAU DE LA CLASSIFICATION DES EAUX MINÉRALES d’aPRÈS LEUR COxMPOSITION CHIMIQUE ET LEUR GISEMENT (jACQUOT ET

wilm).

I Bicarbonatées sodiques (Vichy- Vals).

Ghlorobicarbonatées sodiques (La Bourboule, Royat).

Ferrobicarbonatées sodiques (Lamalou, Mesdames, àVichy).

Bicarbonatées à bases terreuses (S^-Galmier, Fougues). Ghlorobicarbonatées à bases terreuses.

Ferrobicarbonatées à bases terreuses.

Eauæ minérales bicarbonatées

à base Ide soude

à bases I terreuses

Eauæ minérales sulfurées

I à base ] [de soudej

f à base ] \de chaux)

Sulfurées sodiques\

des Pyrénées. ‘

’Luchon.

Ghlorosulfurées sodiques.

Sulfurées calciques accidentelles (Enghien).

Ghlorosulfurées calcicjues.

Sulfureuses dégénérées (Aix-les- Bains).

à base

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