‹ Analyse chimique et bactériologique des eaux potables et minérales; épuration des eaux; législationChapitre 7 sur 118 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

L^EAÜ POTABLE

MOYENS D’INVESTIGATION. — MARCHE DE L’ANALYSE UNIFICATION DES MÉTHODES ANALYTIQUES

Une eau peut être considérée comme potable quand elle donne entièrement satisfaction aux personnes qui en usent largement, et qu’elle résiste victorieusement à une série d’épreuves chimiques et bactériologiques périodiquement répétées.

Une bonne eau d’alimentation doit tout d’abord être parfaitement limpide, fraîche, agréable au goût, bouillir sans se troubler sensiblement ni former de dépôt par précipitation de carbonates terreux, dissoudre le savon sans produire de grumeaux et cuire les légumes sans les durcir. Une eau pauvre en sels calcaires permet en outre de préparer un café ou un thé avec maximum d’arôme et finesse de goût ; ce qu’on n’obtient pas avec les eaux lourdes et indigestes qui ne conviennent pas en outre pour les autres usages domestiques.

Dans l’appréciation de la potabilité d’une eau, aucun détail ne doit être négligé; et les caractères physiques un peu trop abandonnés depuis l’application des mé-

thodes chimiques et bactériologiques, méritent de fixer davantage notre attention.

L’analyse chimique bien conduite et surtout bien traduite, constitue aujourd’hui l’épreuve la plus importante dans l’appréciation de la valeur d’une eau. Par la détermination des matières organiques oxydables et azotées, elle permet de dire si l’eau contient des toxines dangereuses solubilisées par l’action des bactéries. Une eau riche en azote nitrique et très pauvre en oxygène est une eau malsaine, même si elle ne contient que quelques microbes. La preuve chimique de la contamination ancienne d’une eau peut être faite par l’évaluation de la chaux et du chlore laissés par urines et matières fécales, quand la proportion dépasse les chiffres trouvés dans les eaux les plus pures de la région.

La bactériologie de l'eau n’a pas fait complètement faillite ; mais elle est toujours assez obscure et est loin d’avoir tenu tout ce qu’elle promettait au début. Les acquisitions réellement positives sont encore relativement rares; ce qui tient sans doute à ce que les bactéries vivent heureusement le plus souvent dans l’eau à l’état d’espèces banales, et que les plus virulentes y deviennent rapidement inoffensives, lorsque la matière organique dangereuse qui les alimente a disparu. Nos meilleures eaux minérales dans lesquelles la numération accuse parfois plus de iÜO.OOO colonies de pullulation par centimètre cube, démontrent bien que les bactéries n’ont aucune signification lorsqu'on les rencontre dans une eau privée de matières organiques dangereuses.

La bactériologie née dans les laboratoires de chimie doit y rester comme auxiliaire de l’examen chimique des eaux; car tous les moyens d’investigation sont

EAUX DE SOURCE

faits pour se compléter et non pour être mis en opposition.

La constatation de la contamination d’une eau par la recherché bactériologique du bacille typhique ou du vibrion cholérique qu'on cite toujours pour montrer l’insuffisance de la chimie seule, perd beaucoup de son importance si l’on remarque que ces constatations bactériologiques ne sont jamais signalées qu’après que ces deux agents infectieux ont déjà fait des victimes ; et lorsqu en dehors d’une épidémie, on trouve dans une eau des bacilles morphologiquement et même biologiquement semblables au bacille d’Eberth, on se trouve fort embarrassé ; et, pour expliquer cette anomalie au moins apparente, on est amené à créer un groupe d’éberthiformes sans virulence, ce qui obscurcit la question au lieu de l'éclairer.

Quant au coli-bacille, on admet aujourd’hui qu’il a occupé pendant longtemps une situation beaucoup trop élevée dans la flore microbienne de l'eau, où il végète le plus souvent comme espèce aquatique banale. Dans les eaux courantes et bien aérées, il semble perdre rapidement toute virulence.

Lorsqu’une espèce pathogène arrive dans une eau, elle est toujours accompagnée de matières azotées qui peuvent être décélées en quelques heures par l’analyse chimique; tandis que les méthodes bactériologiques ont le grave inconvénient d’être très longues et ne permettent pas de prendre rapidement des mesures de préservation.

La spécification des principaux germes contenus dans une eau n’offre aucune difficulté particulière, surtout pour les espèces pathogènes qui sont les mieux étudiées. C’est surtout une question d’habitude et de petits soins; mais il n’en est pas de même du véritable

rôle à attribuer à chacune des espèces isolées et caractérisées et qui paraît varier dans des limites très étendues en rapport avec la nature des matières organiques contenues dans l’eau. Dans la paratique courante, on peut considérer comme suspecte une eau qui cultive rapidement sur gélatine nutritive en y donnant des colonies vigoureuses avec dégagement de gaz infects.

Les essais physiologiques pratiqués par inoculation intrapéritonéale de cultures à des cobayes, s’écartent beaucoup de la réalité et ne sont pas non plus exempts de reproches; mais lorsqu’ils concordent avec les renseignements fournis par l’examen des caractères physiques, l’analyse chimique et microbienne; ils ajoutent un bon élément d’appréciation de plus et permettent alors de conclure avec assez de certitude.

Dans la plupart des cas une analyse isolée est tout à fait insuffisante pour permettre de bien apprécier la valeur d’une eau dont la composition est souvent très différente selon qu’on l’examine en période de sécheresse ou par temps de pluie.

Pour se prononcer sur la potabilité permanente d’une eau, il faut au moins deux analyses : l’une en été, et l’autre à l’une des grandes époques annuelles de pollution des sources; c’est-à-dire une quinzaine de jours au moins après les premières grandes pluies d’automne et de printemps.

Dans la marche de l’examen complet d’une eau d’alimentation, nous suivrons l’ordre suivant :

1° Analyse physique ;

3° Analyse micrographique ;

4® Analyse bactériologique ;

5° Analyse physiologique.

EAUX DE SOURCE

Unification des méthodes analytiques. — Dans Fintérêt de la science et de Fhygiène, j’estime que l’absence d’unification dans les méthodes à employer pour l’analyse chimique et bactériologique des eaux, constitue un grave inconvénient en rendant toute comparaison impossible. Chaque chimiste adopte la méthode qui lui plaît le mieux, interprète les résultats à sa façon ; en un mot parle un langage différent du voisin et tout cela amène parfois des confusions ou même des conflits très regrettables. Les procédés d’analyse sont évidemment perfectibles, et il n’est pas question d’arrêter les progrès de la science en demandant Funification. Ils pourraient d’ailleurs être révisés à chaque Congrès de Chimie.

Pour agir sur des bases sérieuses et efficaces, on pourrait au moins résoudre les questions suivantes déjà posées au Congrès international d’Hygiène de 1900: Définir ce qu’on entend par potabilité des eaux ;

2® Déterminer la nature des éléments qu’il importe de doser dans l’eau pour assurer sa potabilité au point de vue chimique ;

3® Déterminer entre quelles limites peuvent varier ces divers éléments sans altérer la potabilité ;

4® Indiquer la méthode qu’il convient d’appliquer pour chaque dosage, afin d’effectuer celui-ci exactement et rapidement ;

Donner une formule unique suivant laquelle devront être rédigés les bulletins d’analyse;

6^ Pour assurer la pureté des eaux utilisées dans l’alimentation, il est également à désirer que les procédés d’analyse bactériologique soient unifiés, et surtout simplifiés, de façon à fournir des renseignements dans des délais plus rapprochés. — -

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