ÉPURATION DES EAUX D’ALIMENTATION
Les eaux s’épurent naturellement par dépôt, aération, oxydation, insolation, filtration à travers le sol et surtout actions vitales, et deviennent ainsi plus ou moins rapidement propres à la consommation.
Jusqu’ici nous avons admis les microbes des eaux comme des agents de contamination ; et cette conception très étroite de leur rôle a suffi pour justifier les recherches entreprises pour les iSUler et les caractériser.
Pour rintelligenee de ce qui va suivre, il est maintenant indispensable de les envisager comme agents de purification, en empruntant à M. Duclaux sa théorie sur l’épuration des eaux par les micro-organismes.
Le travail des microbes, même les plus mal odorants, est avant tout un travail de purification ; et on peut dire
que quand une eau contient de la matière organique, il n’y a pas de précipitation chimique ni de filtration poreuse, si parfaite qu’elle soit, qui vaille une bonne invasion de germes et une impureté passagère; parce que l’eau filtrée ou décantée, conservant la plus grande partie, sinon la totalité de sa matière organique, sera constamment exposée à recevoir et à nourrir des germes qui pourront y devenir nocifs; tandis qu’une fois purifiée par des espèces banales, elle sera pour ainsi dire vaccinée et constituera un milieu résistant ou impropre à toute implantation nouvelle, si toutefois elle ne reçoit pas d’autres matières organiques dangereuses. Quand quelques générations de ferments y ont collaboré ou s’y sont succédé, la matière organique a été brûlée et a pris des formes plus simples. Ce qu’on appelle l’azote albuminoïde a diminué ou a disparu, l’azote ammoniacal y a augmenté, et si les ferments nitreux et nitriques ont pu terminer ce travail, l’azote ammoniacal lui-même est remplacé plus ou moins complètement par de l’azote nitreux ou nitrique. A ce moment, l’eau si elle est limpide et contient peu de germes, ce qui est d’ordinaire le cas, est devenue eau potable et peut nourrir les diatomées, les algues vertes, les végétaux microscopiques ou non qui ont la faculté de créer leur matière vivante aux dépens de l’acide carbonique de l’air, de l’ammoniaque ou des nitrates des eaux.
Les espèces qui la peuplent sont alors considérées comme salutaires et les eaux dites assez pures pour nourrir des algues et des diatomées sont celles qu’on recherche partout.
En somme, l’épuration de l’eau par les microbes est le procédé général de la nature, celui qu’elle emploie non seulement dans les eaux, mais partout pour resti-
ÉPURATION DES EAUX d’aLTMENTATION 321
tuer au monde inorganique les éléments de la matière vivante.
Grâce à l’ubiquité des germes, on peut admettre que toute substance, organisée ou organique, devient la proie des êtres les mieux faits pour en tirer parti.
Nous n’avons à redouter dans ce phénomène général que les déviations qu’il subit parfois, absolument comme nous avons à craindre, dans le concours normal des cellules qui constitue l’état de santé, de voir s’introduire ce trouble qui constitue la maladie.
Mais cela n’empêche pas que les microbes ne soient dans les eaux comme ailleurs l’agent vital de dépuration. Les actions physiques peuvent jouer un rôle plus ou moins grand ; elles n’en sont pas moins l’exception et les microbes sont la règle. En principe, en a donc tort de se plaindre quand on en trouve au fond des galeries filtrantes ou sur les parois des vases de filtration.
C’est parce qu’il y en a là qu’on est moins exposé à en trouver dans l’eau qui circule ; et presque toujours celleci ne devient potable qu’à la condition d’avoir été habitée et temporairement impotable.
Il résulte de toutes ces considérations qu’une filtration trop rapide est plutôt une clarification qu’une véritable épuration. L’eau est plus limpide et débarrassée de ses matières organiques en suspension et même de la totalité ou au moins de la majeure partie de ses germes; mais les toxines solubilisées antérieurement et les matières azotées n’ont pas eu le temps de s’y transformer en produits salins inoffensifs.
Dans un laboratoire, beaucoup de procédés qui donnent des liquides privés de germes, ne fonctionnent plus aussi bien lorsqu’ils sont mis entre les mains du
public OU des administrations, et peuvent devenir ainsi plus ou moins dangereux en créant une fausse sécurité.
Pour donner de bons résultats et d’une façon permanente, les filtres doivent être l’objet d’une surveillance constante; et s’il s’agit de la filtration en grand pour l’alimentation d’une ville, il faut toujours la contrôler par des essais chimiques et bactériologiques fréquemment répétés.
Pour corriger l’insalubrité de l’eau destinée à l’alimentation publique ou privée, on a recours à des procédés mécaniques, physiques et chimiques qui ont tous pour but l’élimination ou transformation des matières organiques dangereuses et la séparation ou la destruction des germes dont on a constaté la présence dans les eaux qu’il s’agit de livrer à la consommation.
Cela nous conduit donc à examiner l’épuration des eaux en grandes masses et leur stérilisation à domicile.
En France et à l’Étranger, un certain nombre de villes qui ne peuvent se procurer de véritable eau de source en suffisante quantité, utilisent les eaux de rivières pour leur alimentation ; mais elles en corrigent généralement l’impureté en reportant aussi loin que possible la prise d’eau et en employant divers systèmes d’épuration : décantation, — galeries-filtrantes, — puitsfiltres et surtout filtres à sable avec ou sans dégrossissement préalable.
Nous allons surtout décrire le filtrage par le sable, parce que ce procédé, scientifiquement conduit, permet non seulement de se procurer de l’eau clarifiée, mais en même temps assez bien épurée; et c’est celui qui permet d imiter le mieux la nature en créant pour ainsi dire