Voy
bel de la bataille, mes non mie de moût. Pendant que les deux combattants se reposent, Palamède, se doutant que son adversaire est compagnon de la Table Ronde, lui adresse la parole d'une voix devenue rauque à cause des coups qu'il a donnés et reçus , et lui demande son nom. Lancelot avoue qu'il n'a commencé cette bataille que pour éprouver celui qui, comme il le sait maintenant, est un des meilleurs chevaliers du monde. Palamède, apprenant le nom de Lancelot, se déclare vaincu. Il lui dit qu'il est devenu compagnon de la Table Ronde. « A l'avenir, ajoute-t-il, prenez garde d'assaillir légèrement des chevaliers que vous ne connaissez pas. » Lancelot lui présente ses excuses. Palamède raconte comment ils avaient été jusqu'à douze compagnons chez le riche roi Pescheor et ce qui s'y était passé. Lancelot et Hector pleurent à chaudes larmes à l'idée de ne plus revoir Galaad et Bohort. Lancelot et Palamède font bander leurs plaies.
Rencontre de ^4. Palamède s'en va, grièvement blessé; il rencontre Gauvain K et Palamède avec Agravain, qui haoient plus mortelment Pal. que nul autre. Gauvain, le Gauvain et voyant chevaucher avec difficulté, comprend qu'il n'esloit mie du tout Agravain. sains, i\ \e montre à Agravain en disant : « Voilà le chevalier que je hais plus qu'aucun autre et qui plus m'a fet honte. — Et auirelel vous di, » fet Agr., qui exprime cependant la crainte que lui inspire ce preux chevalier. Gauvain lui assure qu'il n'y a pas de danger, Palamède étant fortement blessé, et les frères le provoquent au combat. Palamède, plein de respect pour son serment , demande à Agravain si des compagnons de la Table Ronde peuvent se battre par maltalent sans se parjurer. « Nenil voir, répond Agravain. — Dont est ceste jouste reinese, car je suis maintenant compagnon. » Alors Gauvain saut devant et dist : « Hat Pal., ce n'a mestier; certes, vous estes a la mort venuz, que nus fors Dieu ne vous en pourroit garantir. » Palamède objecte qu'il n'a pas mérité la mort vers Gauvain et fait valoir encore sa qualité de compagnon, mais Gauvain s'écrie : « Se vous voulez, si vous de/fendez, et se vous ne voulez, si vous lessiez ocirre, car a ce en estes vous venuz sanz faille ! — Dans d'autres circonstances, répond Palamède, je ne craindrais point un combat, mais pour le moment je ne pourrais pas bien me défendre, parce que je viens d'être blessé par Lancelot. Et nepourquant, puis que deffendre me convient, je deffendrai ma vie; et se je muir a tort, que qu'il aviengne de mon cors, nostres sires ait merci de m'ame, se lui plest! « Et, portant la main à l'épée : « Or viengne avant, dit-il, celui de vous qui premier se voudra parjurer ! » Gauvain s'avance, en répétant : « Ce n'a mestier; a la mort estes venuz, si m dist Dieus ! » et il lui donne un si grand coup sur le heaume coume il pot amener de haut, et Agr. refet tout auîretel; si l'asaillent en toutes les manières qu'il peusnt et le grievent a leur pooir, et il se deffent moût durement, selonc ce qu'il puet. Mais ses blessures se rouvrent, et la place est bientôt tainte et vermeille du sanc qui li chaoit ; à la fin li cuers et toutes les membres H faillirent ; il guerpi les arçons et vole a terre ausint con s'il fust morz. Gauvain saute à terre, lui arrache le heaume et va lui couper la tête. Agravain lui crie : a Ha! merci , frère ! ne li feites plus mal que fet li avon, qu'il est morz sanz recouvrer. Et je ne voudrais pour rien au
1, Dans 772, Mordretlui eit substitué! cf. § 296, note,
monde qu'on dît que vous eussiez coupé la tête à un si bon chevalier. Allons-nous-en! nous avons trop fait. — Eh bien ! puisque vous ne le voulez pas, je ne lui couperai pas la tête, mes ainsi ne me puet il eschaper. » Et lors li soulieve le pan du hauberc et li boute l'espee u cors. Et Palamedes, qui se sent adont feruz a mort sanz restorance, giete un cri mont angoisseus et dist après : « Ha! Jhesu Crist, aiez merci de moi! » Et lors s'estent de l'angoisse qu'il sent. Gauvain, voyant que c'est alee chose de lui, remonte à cheval et dit à son frère qu'ils peuvent partir : « De cestui soumes nous asseùr, qu'il ne nous fera ja mes honte. — Alons dont, répond Agravain, puis qu'il est ainsint avenuz. Il m'enpoise, se Dieus m'a'ist, car il estait trop bon chevalier, et cestui doumage sera mauveisement restorez. » Les deux frères s'en vont.
565. Lancelot et Hector, qui viennent à passer, trouvent Palamède Mort de mourant ; hors d'eux , ils se lessent cheoir seur lui et coumencent a feire Palamède. ./. duel si grant et si merveilleus devant, con s'il véissent tout le monde
mort. Palamède s'efforce de tout sonpooir tant qu'il les puet veoir. .. Et lors li atendroie le cuer assez plus qu'il ne feisoit devant, à l'idée de quitter la compagnie qu'il avoit trouvé en ces .II. preudomes et en mains autres. Il les prie de ne pas l'oublier et dit à Lancelot qu'il est l'homme du monde qui lui a été le plus cher après Galaad. « C'est Gauvain, poursuit-il, qui m'a tué, sanz reson; Dieus li pardoini, et je si fax; » comme Agravain n'a pas consenti à sa mort, Palamède ne veut pas qu'il soit de riens achoisonnez. Il les charge de saluer les compagnons chez Arthur. Puis il bat sa courpe en pleurant, prie le Christ d'avoir pitié de lui, demande à la mort pourquoi elle est venue si tôt et après redist : « Ha ! Jhesu Crist, père de pitié, en tes mains cornant je mon espir, » et lors met ses mains en croiz seur son piz, et maintenant li part l'ame du cors, si que li dui compaignon le virent trespasser en tieus paroles ; toute la nuit ils se livrent à leur douleur.
566. Le lendemain arrive, par hasard, le vieil Esclabor, qui s'éva- Esclabor meurt nouit à la vue de son fils mort. Revenu à lui , il prie les deux com- après avoir pagnons de transporter le cadavre dans une abbaye, lui-même étant Pa^mède61^ trop faible; Lancelot et Hector font ce qu'il leur demande. Après leur
départ, Esclabor, dont l'amour pour Palamède avait été plus grand que pour ses autres fils, fait faire, dans l'abbaye, une magnifique lame d'argent, sous laquelle son fils est enterré. Les moines désirant pratiquer sur la lame un brief en manière d'épitaphe, avec des lettres d'or, Esclabor obtient d'eux le don qu'ils feront les lettres en se servant de ce qu'il leur enverra le lendemain. Il part avec un écuyer et, ayant passé la nuit sur une montagne, il se désarme et ordonne à l'écuyer de porter son heaume, qu'il lui donnera rempli de sang, à l'abbaye, où il dira aux frères d'écrire les lettres avec ce sang. Il ne veut pas survivre à Palamède, car, dit-il, « après la mort de si glorieus chevalier ne sigracicus con fu mon filz ne doit vivre viellart si foible ne si mauves con je sui. » Il désire qu'on mette son corps près de celui de son fils, « non mie avec lui, car je ne sui mie dignes d'estre [avec] si bon chevalier con il fu. » Puis il se transperce la poitrine avec une telle force que la pointe de l'épée sort à l'échiné, giete avant son hiaume et reçoit de son sanc tant con il meesmes puet souffrir. Il donne le heaume plein de son sang à
l'écuyer, qui, touz esbahiz de cesle merveille qu'il voit, s'en va le porter à l'abbaye, où on exécute les volontés suprêmes d'Esclabor. — Quand le roi Arthur apprit tout cela, il fu dolenz merveilleusement et dist que ja a Dieu ne pleùst que Gauvain *j ses niés, revenist a Kamaalot.
Mort de Galaad 567. Galaad, Perceval et Bohort2 gagnent, avec le saint Graal, et de Perceval. Sarraz, où arrive également la nef qui porte le corps de la sœur de Perceval 3. Ils portent le Graal au Palais esperitel et enterrent le corps de la morte. Miracle du perclus. Ils déposent le Graal devant le saint siège préparé par le seigneur pour Joseph. Le roi Escuranz les fait emprisonner ; après sa mort, Galaad est proclamé roi. Joseph fils apparaît et lui fait voir enfin les mystères du Graal; alors Galaad prie Dieu et meurt. Le Graal est enlevé par une main et emporté aux cieux. Perceval se rend à un ermitage voisin de la ville. Il meurt au bout d'un an et deux 4 mois , et est enterré, à côté de sa sœur, par Bohort, qui l'avait suivi sans abandonner le costume mondain 5.
568. Un jour que Sagremor6 chevauche dans une foret7, il rencontre un chevalier8 armé de toutes pièces. Ce chevalier, qui vient de la cou" 9, qu'il a quittée il y a deux10 jours, raconte à Sagremor qu'on est bien t'-iste chez Arthur : le roi a été très affligé par la nouvelle de la mort de Paliimède. de Bademagu, d'Erecet de beaucoup d'autres compagnons de la Table
Sagremor. Ronde. « Hélas! s'écrie Sagremor, il sei'a encore plus désolé de la nouvelle que je lui apporte, » et il nomme celui à qui appartenaient l'écu et l'épée. Le chevalier raconte que Lancelot, Hector et Blioberis sont revenus de la quête du Graal, que plusieurs chevaliers de la lignée de Baa ne sont plus en vie et que le roi est désespéré de toutes ces morts.
569. Ils se quittent11. Sagremor arrive à la cour un lundi matin. Le roi est surtout affligé de la mort de Palamède; on a