‹ Analyse de la langue albanaise: étude de grammaire comparéeChapitre 34 sur 114 · DÉCLINAISON INDÉFINIS. DÉCLINAISON DÉFINIB · texte numérisé non relu

DÉCLINAISON INDÉFINIS. DÉCLINAISON DÉFINIB

Nom. Vêr-e printemps, l«r degré. Vêre-a^ i« degré.

Génit. Se vêr-ie, Ur degré. Se' ver-ie-s, 2« degré.

Datif. Vér-ie^ Ur degré. Vêr-ie-s, 2e degré.

Abl. Vér-ieii^^ degré)ou cà vire. Vêr-ie-s (2« degré) ou cà vêre-a.

Ace. Vire, 1« degré. Vêr-ie-n, 2« degré.

Loc. Ndë vêr^, !«' degré. Vére-t ou vêr-t, 2» degré.

Si la déclinaison définie des féminins était calquée entièrement sur celle des masculins, le nominatif des premiers devrait se terminer en -te. Mais, d'un côté, la plupari des féminins ont la désinence e déjà au nominatif indéfini, — ce qui constitue un premier degré de détermination ; — d'un autre côté, la langue albanaise éprouve le besoin de faire ressortir vivement la différence des sexes et des genres. Voilà pourquoi elle ajoute un a à la désinence du nominatif de tous les Téminins qu'elle veut complètement déterminer. Il en résulte que les féminins, comme les masculins, forment les cas obliques du singulier en ajoutant les suffixes au thème nu (vêr) ; mais le thème nu a cessé d'être identique au nominatif indéfini, au moins en ce qui concerne les féminins en e, — et le nominatif défini ayant son suffixe propre, ne sert plus de thème aux cas obliques définis. Ue du nominatif indéfini est ou mi-muet pu ouvert. Lorsqu'il est mi-muet, Hahn a soin de l'indiquer en le soulignant; il écrit i3«tÇe-«, jeune fille; ôix«-«, le couteau ; de Rada, au contraire, vaiK-a qu'il fait venir du

nominatif indéfini vaiz, ou Qicchâ pour Bicchea, avec suppression (le Ye qu'il maintient au nominatif indéfini Biche. De Rada fait remarquer que Vs des cas obliques définis doit s'ajouter aux désinences^ non pas des cas obliques indéfinis, mais à celle du nominatif indéfini; il écrit Biches et même Bichs, Il avoue néanmoins que cet e mi-muet peut prendre corps et que trastè sac peut se décliner se traslésy ou même trastes, trastên ou même trasten. — La déclinaison ies, telle que nous l'avons donnée plus haut, est surtout en usage dans les colonies italiennes. Nous la considérons comme étant de beaucoup la plus ancienne.

Lorque le thème du féminin est déjà terminé en a, cet a ne se confond [nullement avec l'a du nominatif défini, mais xxnj est inséré entre les deux a, par exemple gcrua femme, gcniorja la femme. On peut supposer que ce j est le reste de la désinence ie des cas obliques indéfinis. On complète de la même manière les thèmes féminins terminés en e accentué/ par exemple <poXje nid, ^oXjc-ja (de Rada foljê-a), x« ou x« ombre, xH« (de Rada xêa). De même (3e (Se-ja, pe pcja, etc. Il est certain qu'à cause du concours des voyelles qui a lieu dans la déclinaison des féminins, les formes de cette déclinaison ont quelque chose de flottant. Ainsi M. de Rada fait de mare arbousier, mari-a l'arbousier; mais de dère porte, il fait dêr-a la porte. Camarda admet que vowe fiancée peut, au nominatif défini, faire vou«-ja aussi bien que vouo-ja ; mais dans les cas obliques il retranche le y, donc : vo'j<i-«ç et à l'accusatif vou<7e-v. Mais cej, il le conserve dans la déclinaison indéfinie, donc : vou« (nominatif), vou<r-ce (génitif et datif). C'est ainsi que de x<P< heure il fait x<p(^ dans les cas

obliques indéfinis, et x^p^-? dans les cas obliques définis (de même àTaccusatif : x9^-

Il y a aussi un grand nombre de thèmes féminins en i. Lorsqu'ils prennent la désinence a du nominatif défini, ils ont une fausse ressemblance avec les noms grecs abstraits en «a, par exemple (SjaXrO-a la diablerie, jcvéa la race. Pour se désabuser, on n'a qu'à songer à d'autres noms albanais en t qui désignent des objets concrets, comme yapyt-a la laucc, xep9c-a le nombril. Ce sont sans doute ces thèmes auxquels il faut ajouter ceux qui, comme XjouXjs fleur, <po\}t nid, ont déjà un j dans leur dernière syllabe, qui ont contribué à faire retrancher l' c et d'autres fois Ve du suffixe de la déclinaison indéfinie ie. Voici en e£fet comment xcp9c--a est décliné par M. Camarda :

Nominatif. x6/}Gi-a.

Gén. Dat. xe/)0t-ç pour xcj90e-f-c.

Ablatif. x£/}6î-^.

Locatif. xe/)6e-s-^.

Accusatif. xe/)0i-s-v.

Quelques thèmes masculins en e, entraînés par une fausse analogie, forment leur nominatif défini, comme les féminins, en a, par exemple Tàre-a grand-père, XjaXje-« frère aîné ; et comme il y a quelques thèmes féminins en 0, par exemple pou(îo-ja la laine fine, fiwpo-ja l'arôme, ils se sont fait suivre de même par quelques thèmes masculins en et ou, comme ÇtXou-a fléau (grec $vXov), Pa<rrou-a bâtard, etc., puis d'autres tels que Seppa, Lticca, Groppa, Brescia (1).

Pour nous couvrir d'une autorité qui n'admet guère de

(1) De Rada, Grafnm. alb., p.

répliqu#y nous donnons ici la déclinaison du singulier défini de Ijouljia la fleur, dêra la porte, et foljêa le nid, d'après de Rada.

Nom. lM-» + o2

Génit. Se Ijulj -ie + 8 on-^s 2.

Datif. Ljulj 'ie + 8 ou. -es 2.

Ace. Ljulj -ie + nou-en2.

Âblat. ljulj -es^ oucà Ijuljia.

Nom. Foljê-a (p. folje-ja) 2. Dêr-a (p. dere-a) 2.

Génii. Se folje'e-8 (p. folje-de-s) 3. Se' dêr-ie'8 ou e-8 2.

Datif. Folje'e'8 (p. folje-ie-s) 3. Dêr'ie'8 ou e-s 2.

Ace. Foljé-e-en (p. folje-ie-ri^S. Dêr-ie-n ou e-n 2,

Loeat. ^de folje-e-t (p. folje-ie-t) 3. ^de d^-e< ou dér-< 2.

Ablat. Folje-e-s (p. folje-ie-s) 3. Lêr'4e-8 ou -e-s 2.

Nous avons dit plus haut que la plupart des féminins se terminaient déjà au nominatif indéfini en e (1). Nous croyons comprendre pourquoi cette terminaison paraît avoir été assignée de préférence aux féminins. Voici les raisons qui se sont présentées à notre esprit :

\^ Pour transformer en féminins des adjectifs verbaux comme gchenjetaar trompeur, gjeljebuljoor verdoyant, gaUâr gracieux, il suffit de leur donner la désinence e (2).

2® L'albanais qui retranche dans les mots empruntés au latin les désinences us,* uniy transforme en e la désinence a des féminins. On n'a qu'à comparer kuniet à cognatum, kumerk à commercium; et, d'un autre côté, corone à coronam, kofs'e (roumain koâpse) à œxam, kres'te (roumain kreasté) à cristam (3).

3« Enfin e est l'article qui précède le féminin des adjec-

(i) Hahn, Gramm alb,, p. 29. • (2) De Rada, p. 47.

(3) Hiklosich, II, 81 .

tifs, comme Vi est celui qui précède leur roascuUn. On comprend que la langue ait recours pour les articles aux formes les plus abrégées des pronoms et des pronominaux. Voilà pourquoi nous serions disposés à voir dans i un u affaibli, et dans l'article 6 un a écourté.

Page 1