‹ Analyse de la langue albanaise: étude de grammaire comparéeChapitre 37 sur 114 · OBSERVATIONS SUR LES ARTICLES · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS SUR LES ARTICLES

. On aura remarqué que les adjectifs ne prennent les articles if e qu'au nominatif singulier; que dans tous les autres cas du singulier et du pluriel des masculins Yi est remplacé par le pronominal të. Il en est de même pour les féminins^ si ce n'est que là les génitifs et les datifs adoucissent le t en s. Si les génitifs ont deux articles, c'est que le premier appartient, non pas à Tadjectif, mais au nom. On comprend mieux maintenant pourquoi le génitif du nom soit le seul cas précédé du pronominal të. Ce cas donne souvent au substantif la valeur presque d'un adjectif, TcXapeivtc irar étant à peu près la même chose que irar

C'est précisément à cause de cette parenté qui existe entre le génitif d'un nom et l'adjectif qui serait dérivé de

celai-ci,, qu'au cas où un substantif au nominatif se trouve suivi d'un autre au génitif, le tè ou se indiquant ce cas peut être remplacé par les articles i et e, par exemple : calj-i i trim-i-t V aberesh, le cheval du guerrier albanais, mot à mot : o rwiroç ô. tou veav/ou âX|3«v(t(xou, ou : Me shcurtoi eer^ e schemhet, l'air des montagnes m'a dévasté (owjp h tSv opwv.) C'est une construction entièrement grecque, mais qui pourrait bien avoir une origine pélasgique. On sait qu'en grec, lorsque le substantif, dont le génitif dépend, est sous-entendu, l'article peut fort bien

le remplacer ; ô tîç Suyortpoç, i t?ç Suyartpoç, To T7}ç OuyoTcpoç.

C'est ainsi que l'on peut dire en albanais i se hiljês, e se biljës, te se biljës (4). — Le fô du substantif placé au génitif reparaît, lorsque ce substantif est séparé par un adjectif du nominatif qui le régit, par exemple : Urtoria e tè mierit

ZOtj "h mariç ri tou dcTroOay^vroç xupcov.

Si le génitif est le complément d'un nominatif pluriel ou d'un accusatif, le pronominal ^ est adopté pour tous les genres, par exemjple : Njêra mbrenta monashtirin e Pati" rit e keltin, jusque derrière le monastère de Pierre ils la portèrent (2). En effet, e est considéré comme l'équivalent de atté ou tè (lui, le) et de attè ou tè (elle, la) (3).

Cette règle nous ramène aux adjectifs qui suivent leur nom, lorsqu'il est fléchi d'après la déclinaison définie. Le tè qui les précède peut être changé en 6 à l'accusatif et au locatif singulier, au nominatif, à l'accusatif et au locatif pluriel. Enfin, au génitif et au datif des deux nombres, le tè peut complètement disparaître, en sorte que la

(\) De Rada, p. 27.

(2) Id., ibid.

(3) Id,, p. 32.

déclinaison du nom albanais suivi de son adjectif dans ees deux cas se rapproche des procédés de notre propre grammaire.

Déclinaison définie rapide, (Le nom précède.)

MASCUUNS.

Singulier. Pluriel.

Nom. Rrushii embeljlBL douce Rrusht e onf embelj. grappe.

Génit. Të rrush-i-t embelj. Tè rrushvet embelj ou të ou e embelj.

Datif. BrushU embelj. Rrwhvet embelj ou të ou e embelj.

Ace. Bruihin eonf embelj. ■ BrvuihX e ou f embelj.

Locat. Rrusht eonf embe^.

Ablat. Prei rrushit e on f Cà rrusht e embelj. embelj ou cà rrusH i embelj.

FâflNINS.

Singulier. Pluriel.

Nom. Dâr^a e embelj la douce Ddr^at I* ou « embelja. poire.

Génit. Të dâr^ës embelj. Të dâr^avet embelja ou t' ou e embelja.

Datif. Dardés embelj. Dât^avet embelja ou V ou e embelja.

Ace. Dâr^en eonf embelj. Ddr^at f one embelja.

Locat. Dàr^et e onf embelj.

Abiat. Prei dâr^ës f embelj Dâr^ashU f embelja ou cà dâr^at f

ou cà dâr^a e embelj. ou e embelja.

§ 4. — OBSERVATIONS SUR LES PRONOMINAUX €, t, M ET a.

Dans tous les cas cités au paragraphe 4, e doit être considéré comme abrégé de tè. Nous voyons en effet (1) atté remplacé par tè au locatif [nde tè pour nd* atte), puis

(1) De Rada, p. 32.

à l'acclusatif masculin et féminin, puis dans ce dernier cas te à son tour remplacé par e. Quant à i, il figure comme l'abrégé des datifs singuliers et pluriels (atte/, assai, attirive) et des accusatifs pluriels {attà et atto). Lorsqu'il est substitué au datif pluriel {attinve)^ on l'allonge quelquefois en iu. La traduction de la Bible le remplace même par un simple u, ce qui a l'inconvénient de jeter de l'obscurité dans le texte. Car lèvent dire aussi moi, et à l'aoriste il sert d'exposant au passif ou au moyen. Enfin lorsque ji^ (vous) et m (leur, à eux) sont suivis de i ou de e, ces deux derniers se transforment en a, par exemple : Mbai dialjin e iu a Sa pour iu e Sa : tenez l'enfant, et il le leur donna. Puis, lorsque l't représentant le datif se trouve accompagné d'un autre i représentant l'accusatif pluriel du pronom de la troisième personne ou d'un e représentant l'accusatif singulier, les deux petits mots se réunissent et font ja (1).

On voit que la langue albanaise jongle, comme à plaisir, avec ces petits mots té, i, e, u, a, iu, et les sens multiples qu'elle attribue à chacun d'eux ne contribuent pas peu à rendre difficile la lecture des livres qu'elle publie.

Comme i remplace le datif masculin du pronom de la troisième personne, il peut donner naissance à une nouvelle forme de déclinaison. En effet, jati (pour i at-i) veut dire le père à lui ou à elle, c'est-à-dire son père; te j-at'it de son père; të -jatin ou tèjaan son père (à Taccusatif) ; te jaterat leurs pères, etc. De même : j-em-a la mère à lui ou à elle, "c' est-à-dire sa mère ; se jemes à sa mère ; tëjemat leurs mères, etc.

(i) HahD, p. 33.

La déclinaison da nom ati le père, donne lien à deux observations. Au génitif, au lieu de dire te atit, on pourrait dire têt ou même (abusivement?) te têt^ au datif têt, mais à l'accusatif t'aan. Ce t'aan se dit manifestement pour tatin, comme moon le temps, pour mo/tn, mot'n; Kx)on le maître, pour ^otiriy Wn (de là aussi Zonje maîtresse) (1). Hahn cite encore arpavc, àpyœfiy (SouXfAcvc, ftouvc, fi|3pcvc, comme étant les accusatifs de arpar lit, «pyor laboureur, Pov>p«T graisse, fwvr boue, ft^tr roi.

Ue qui accompagne ces accusatifs, comme celui qui venait jadis chez tous les Albanais à la suite du t désinence du pluriel défini, se prononce encore aujourd'hui chez les Tosques ; mais les Skipétars de l'Italie l'ont laissé tomber. Hahn pouvait donc citer des formes doubles comme xopPtve et xopicve (latin corvum). Il faut seulement remarquer qu'au cas où le thème se termine par une liquide, ce n'est pas celle-ci, mais l'n de l'accusatif qui finit par succomber (2). Bipe fils fait Pcpvc, puis Pcp-c, pup mur,

pwwpve fwupf , xaXj cheval, xaÀJve xaXj-t , poXXj mOUtagUO, poXXjve

poXXje, etc. On voit par ces faits fort instructifs que les Albanais traitent parfois leur langue avec assez de négligence, que tantôt ils mettent la flexion en péril, en mutilant le suffixe, tantôt ils endommagent le thème en sauvegardant la désinence de la flexion. Au fond de tout cela, il n'y a peut-être que de la paresse de prononciation. Les efiets n'en sont pas moins fâcheux ; la langue flotte au hasard et n'arrive à aucune fixité.

(1) Hahn, p. 32.

(2) Id., ibid.

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