‹ Analyse de la langue albanaise: étude de grammaire comparéeChapitre 62 sur 114 · DE LA SECONDE PERSONNE DU PLURIEL · texte numérisé non relu

DE LA SECONDE PERSONNE DU PLURIEL

La désinence ni n'est pas la seule caractéristique de la seconde personne du pluriel; elle se distingue aussi quelquefois par Tapophonie, ce qui était arrivé déjà à la seconde personne du singulier, par exemple : shès je vends, première du pluriel shessémi, deuxième shitteni; ngas je chemine, première du pluriel ngassemi, deuxième ngchinni; app je donne, première du pluriel appemi, deuxième ipni; so et éo^^^ je vois, première du pluriel so^fitni^ deuxième éix>fi ou. èini, troisième éoxene; doua je veux, première du pluriel douami, deuxième doni ou doi, troisième douane; vê\e pose, première du pluriel vèmi, deuxième viri ou vini, troisième vme (i); enfin kam j'ai, première du pluriel hèmi, deuxième kîni, troisième kâne^ et jam je suis, première du pluriel jêmi, deuxième pni^ troisième jàne.

Bopp essaie d'expliquer Vn de la seconde personne du pluriel comme une corruption d'un t primitif (2). A cette fin il cite le nom de nombre neuf qui, dans le lithuanien, se dit dewyni, dans le slave devantj. Un exemple ana-

(1) Hahn, p. 80 et suiv.

9) Bopp, p. 11.

logue, emprunté à Talbanais même, est cité par Caraarda (1). Le tosque v<΀<7£ ou Sé^t ou ^eVc j'allume, fait v/C dans le dialecte de Scodra. Puis Bopp propose une autre conjecture. La première forme de la seconde personne du pluriel aurait été tani, teni, puis Uni ; elle aurait été mutilée et, après la suppression de la première syllabe, ni seul serait resté. Le dialecte védique présente, en efifet, à la place des désinences tha et ta, les formes allongées de IhanUy tana (même thanâ, tanâ). Tha ou ta étant tombé, na se serait afifaibli en ni, comme ma en mi. Des suppressions de syllabes entières n'ont rien qui doive nous étonner dans un idiome comme l'albanais. Un même de la seconde personne du pluriel disparaît quelquefois comme dans doi, vous voulez, pour dont; Ooc vous parlez, pour 0ov£ ; dans kjaji pleurez, pour kjani (2). D'après Hahn, la deuxième personne du pluriel au présent du passif se formerait même toujours en ii pour ini, avec suppression de Yn intermédiaire, peut-être par analogie avec la seconde personne singulier qui n'a pas d'n et se forme en ie (3)? L'élimination du t, qui constitue un changement bien plus violent, se rencontre aujourd'hui dans plusieurs dialectes italiens. Ainsi, le peuple dit à Florence fahe et dihe pour fate et dite, remplaçant le t par une simple aspiration, tandis que le Bolonais dit m^tta pour mettete (4).

On pourrait admettre l'une ou l'autre des explications de Bopp s'il y avait un seul, un unique exemple d'un t

(1) Camarda, p. 258.

(2) Id., ibid.

(3) Hahn, p. 65.

(4) Camarda, p. 302.

conservé à la seconde personne du pluriel présent, comme il s'est réellement conservé dans les deux prétérits de la langue. Or, cet exemple n'existe pas, et c'est ainsi que croule tout l'échafaudage de preuves péniblement accumulées par le célèbre indianiste pour établir l'origine indoeuropéenne de la conjugaison albanaise. En effet, cette origine, comme nous venons de voir, ne saurait être prouvée pour les trois personnes du singulier ni pour la troisième du pluriel. Quant à la désinence de la seconde personne du même nombre, elle appartient à l'albanais seul. Reste la première du pluriel en -mi que cet idiome a en commun non seulement avec les langues de souche sanscritique, mais encore avec celles de nombre de peuples de race finnoise.

Ce n'est pas tout. Les désinences pronominales ne s'accordent nullement en albanais avec les formes primitives des pronoms personnels. A l'exception de quelques verbes qui forment la première personne singulier en -m et la troisième en te, ni le j de la première dans les thèmes vocaliques, ni l'apophonie qui se fait jour dans la deuxième et la troisième personne de quelques verbes qui du reste sont réguliers, ne rappellent les formes des pronoms indépendants au singulier : ou ou oune, H ou tij, ai ou atij. De même les désinences plurielles mi m, ni i, ne n, n'ont guère de rapport avec les na, les yu ou yoii, les atà et les chetà des pronoms indépendants ou, ti, ai au pluriel. H est inutile d'ajouter que la concordance n'est pas non plus absolue dans les langues indo-européennes. Rappelons seulement que des différences considérables se remarquent aussi entre les formes des pronoms et les désinences de la conjugaison dans les idiomes finnois. Que l'on compare :

PRONOMS PERSONNELS AU 8ING. DÉSINENCES DU VERBE AU 81NG. PRiS.

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