‹ Analyse des eaux minérales de Spa, avec des observations sur leurs propriétés médicinales; précédée de quelques notices topographiquesChapitre 32 sur 38 · V. OBSERVATIONS SUR LES FONTAINES DTJ TONNELET · texte numérisé non relu

V. OBSERVATIONS SUR LES FONTAINES DTJ TONNELET

D’après ces analyses , les eaux des deux fontaines du Tonnelet diffèrent entre elles par la quantité totale et les proportions de leurs principes; ce qui doit paraître assez extraordinaire puisqu’on, les voit

sourdre du même sol, et seulement à quelques pieds de distance l’une de l’autre. On peut, il est vrai, rendre raison en partie de cette différence , en l’attribuant aux divers états de l’atmosphère où les analyses en ont été entreprises ; puisque celles de la première fontaine ont été faites au milieu du mois d’août par un temps fort sec , et celles de la seconde au milieu du mois de septembre après des pluies presque continuelles; or, nous avons vu que des circonstances pareilles ont influé sur la composition du Pouhon. Mon départ de Spa ne me permit point de recommencer des analyses complètes sur des portions de ces deux eaux puisées dans les mêmes circonstances. Je suis cependant fondé à croire, d’après des comparaisons répétées de leurs propriétés physiques communes et des phénomènes semblables qu’elles présentent étant traitées simultanément par les réactifs , qu’il existe toujours entre elles, comme entre la Sauvenière et le Groesbeeck, des différences dans la quantité tt les proportions de leurs principes respectifs.

Ces fontaines sont remarquables par la grande quantité de gaz acide carbonique qu’elles fournissent. Le volume de ce gaz excède tellement celui que les eaux peuvent retenir à la seule pression de l’atmosphère, qu’il échappe avec une violence qui fait paraître bouillonner ces eaux aussitôt qu’elles se font jour. L’acide carbonique , formé dans les profondeurs qui avoisinent ces sources, est si abon-

dant, qu’il n’en sort pas seulement avec les eaux, mais encore par les lentes des roches , dont ces fontaines sont entourées. Le respectable Mr. Briart qui , à l’époque de la visite du docteur Asti à Spa, résidait comme aujourd’hui , dans le lieu où sont situés les Tonnelets dont il est propriétaire , m’a assuré de l’exactitude d’un fait , dont le docteur Ash , qui l’avait reçu de lui , fait mention dans son livre , savoir : que dans certains états de l’atmosphère et notamment lorsque le vent change au nord , l’abondance de gaz acide carbonique augmente considérablement dans les eaux de ces fontaines , et qu’au même temps , les caves de sa maison et celles du village voisin de Ni verset, en deviennent si remplies que nul animal ne peut y entrer sans être asphyxié ; il ajouta que les habitans de ce village prétendent prédire un changement de temps, lorsque les chats et les autres animaux domestiques montrent beaucoup d’aversion pour y descendre. Ces caves sont pratiquées dans la roche schisteuse à travers les fentes de laquelle le gaz se fraie un passage.

Les eaux des Tonnelets sont très-remarquables aussi par leur grande pureté ; les substances salines et terreuses qui s’y trouvent , sont en si petite quantité, sur-tout dans celle du second Tonnelet, qu’il est fort difficile d’en déterminer les proportions.

A l’époque où le docteur Ash écrivait , Mr. Briart avait déjà fait construire des bains à l’usage desquels

devait servir le superflu des eaux de ces deux fontaines. Ces bains, de deux sortes y chauds et froids , sont aujourd’hui assez fréquentés. Il y a deux bains froids , dont le premier est renfermé dans un édifice , et comme il y est abrité contre l’influence du soleil et de l’atmosphère, sa température ordinaire ne diffère guères de celle des fontaines dont il reçoit continuellement un petit courant d’eau. Le second est en plein air, exposé à toutes les vicissitudes de l’atmosphère , dont l’action fait varier journellement la température. On avait pensé qu’une eau si chargée d’acide car» bonique , employée comme bain , serait d’une efficacité puissante dans le traitement des maladies ; mais je ne crois pas que l’on ait encore déterminé par des observations assez exactes et nombreuses , les effets que peuvent produire sur le corps humain l’usage externe d’une pareille eau. Cette question , il est vrai, n’est pas ici d’une grande importance , car presque tout le gaz doit être chassé par la chaleur à laquelle on soumet cette eau pour l’usage des bains chauds , et les bassins des bains froids ont une étendue de surface si grande que le gaz s’échappe de l’eau à mesure qu’elle y arrive , de sorte que les effets de ces bains se réduisent à ceux de la température , comme si on n’y employait de l’eau ordinaire. Mais ces bains , par là même , sont d’une grande utilité à Spa , puisque l’usage en peut coïncider admirablement dans beaucoup de maladies , avec celui des eaux minérales.

Quoique les eaux de ces fontaines sont , par les principes qu'elles contiennent , exactement de même nature que toutes les eaux minérales de Spa , on a voulu leur prêter des qualités particulières , et différentes de celles des autres. La déclaration du collège des médecins de Liege en 1711 (qui se 'trouvera dans la Section VIII , II de cet ouvrage) , affirme que ces eaux contiennent un sel âcre vitriolique et fixe « qu’elles sont extrêmement vitriolées « et piquantes même au-delà de toute autre à nous « connues , — qu’elles ne se prennent pas impuné- « ment par les personnes incommodées de maladies « de poitrine, de catarrhes et autres accidens où un « acide mordicant peut être nuisible, — que toutes « les personnes, qui en ont fait usage, ont été obli- « gées de désister. « Pour ces raisons, la déclaration défend l’usage des eaux du Tonnelet, mais elle assure que l’eau de la Géronstère au contraire , « ayant un vitriol de mars volatil et abondant en « soufre de ce minéral, se prend avec un succès « surprenant dans les catarrhes les plus violons y et « dans quantité d’incommodités de poitrine. »

La proscription que ce corps savant lança ainsi contre les eaux du Tonnelet, eut l’effet de les faire presque abandonner , et du temps du docteur Mathieu Nessel , on en faisait très-rarement usage. Le docteur Ledrou , qui écrivit en 1762, dit que « cette eau 11’a ni vitriol de mars , ni esprit vitrio- « lique martial ; mais un esprit sulfureux commun , »

qu'elle « ne contient point d’alun , mais une terre salpétreuse, » qu’il « faut que la personne qui en « veut faire usage ait Festomac et les poumons « bons , les parties solides plutôt tendues que re- « lâchées. » — « Cette source a ses mérites, mais « elle n’est pas beaucoup fréquentée , elle demande « de la précaution, etc. » Le docteur Lucas, médecin anglais, vint à Spa en 1767, et y ayant analysé toutes les eaux minérales par les meilleurs moyens que pouvait lui fournir la chimie à cette époque , il se déclara en faveur de celles du Tonnelet, et en prescrivait l’usage aux malades qui le consultaient. Ces eaux acquirent par-là beaucoup de réputation au détriment des autres , et il paraît que vers 1766 , elles furent presque exclusivement en vogue. Les opinions de Lucas sur ces eaux , ainsi que sur celles de la G ér on stère , fournirent le sujet de beaucoup de querelles et de disputes entre lui et le docteur Limbourg, Tissot qui vint à Spa , pour y retrouver la santé , et ht lui-même usage des eaux du Tonnelet, s’en trouva bien , et en ht de grands éloges dans son Traité sur la santé des gens de lettres. Williams et Ash donnent aussi leur témoignage en faveur de leurs qualités salutaires. Mais la déclaration du collège des médecins dç Liege , a toujours eu assez de crédit pour rendre l’usage de ces eaux suspect , et pour les empêcher de jouir, pendant long-temps de suite, de la faveur du public ; la crainte de çe vitriol âcre , si destruc-

leur clés poumons, et d’autres notions non moins absurdes , ont eu l’effet même de nos jours , de faire presque abandonner ces eaux excellentes, si ce n’est en forme de bain. Il serait inutile de m’étendre sur l’absurdité de ces opinions. J’ai souvent conseillé l’usage de ces eaux aux malades qui m’ont consulté, et qui en ont éprouvé de très-bons effets ; elles peuvent être substituées très-avantageusement à l’eau du Pouhon, dans des circonstances où celle-ci, par lapins grande quantité de fer qu’elle contient, serait trop stimulante et échauffante.

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