‹ Analyse et appréciation des travaux et titres scientifiques du Dr BenoîtChapitre 4 sur 4 · III · texte numérisé non relu

III

Dans le cours de sa carrière médicale, M. Benoît n’a jamais perdu de vue le premier mobile de ses efforts, le but principal de son ambition : Y Enseignement. Il est entré de bonne heure dans cette carrière si propre à développer les aptitudes naturelles et à soutenir l’émulation. Les connaissances que l’on doit transmettre aux autres ont besoin, en effet, d’être plus précises , plus complètes, plus étendues que celles dont on n’use que pour soi-même. Pour enseigner, il faut posséder doublement; il faut, en outre, s’être livré à cette gymnastique professorale, qui donne à la voix et au geste l’assurance qui persuade , et à l’exposition des idées la méthode qui la rend fructueuse.

Pendant son internat dans les hôpitaux de Nimes , M. Benoît fut heureusement placé pour se livrer à l’enseignement anatomique. C’était en 1835 et 1836; à cette époque, les nombreux sujets morts dans la Maison centrale de Nimes, n’étaient point encore apportés à Montpellier. Us étaient livrés au chef-interne, qui, dans l’amphitéâtre de l’hôpital Saint- Joseph , donnait des leçons publiques et gratuites. Ce cours était annoncé par affiches aux frais de l’administration municipale , et les nombreux

élèves qui allaient dans la ville de Nirnes pour se livrer aux dissections, s’estimaient heureux d’y trouver en même temps un enseignement régulier. Nous reproduisons une phrase d’une attestation officielle eu disant que : «le cours de M. Benoît fut assidûment suivi, qu’il fut très-utile aux » élèves, et qu’il lui mérita de nombreux témoignages de satisfaction.»

Ce que M. Benoît avait commencé pendant son internat dans ces hôpitaux , il le continua à côté de nous et en quelque sorte sous nos yeux , pendant ses cinq années d’internat dans notre ville.

C’est une tradition heureusement conservée dans l’internat de nos hôpitaux, que ce professorat particulier par lequel nous avons presque tous débuté, et dont les élèves retirent le plus grand fruit. L’anatomie fait la principale base de cet enseignement ; la médecine opératoire, les cliniques médicale et chirurgicale, présentées d’une manière élémentaire, y trouvent aussi leur place. VI. Benoît suivit l’exemple de ses prédécesseurs et de ses collègues, et ne cessa d’avoir un succès réel dans ses cours particuliers.

Promu à l’Agrégation , M. Benoît a été associé, en cette qualité, aux travaux de notre École. Je me joindrai au professeur Estor , l’un de ses rapporteurs, pour attester «que, dans les thèses et les examens, il s’est « fait constamment remarquer par la justesse de ses aperçus , par la clarté « et la méthode de son exposition» .

A six reprises differentes, M. Benoît a été appelé à occuper une Chaire et à remplir le rôle de Professeur suppléant. Quatre fois, il a été chargé de l’enseignement de la Clinique chirurgicale et du service de l’hôpital St. Éloi, en remplacement des professeurs Lallemand , Serre et Bouisson. Pendant l’année dernière, il a fait le cours de Physiologie, en remplacement du professeur Lordat ; et enfin , depuis le commencement de la présente année scolaire, il est chargé du cours d’Anatomie.

C’est être strictement historien , comme l’a dit un précédent rapporteur, M. Bouisson, que de déclarer que «dans ces fonctions difficiles ,

«M.,Benoît a su se concilier les sympathies des élèves et les encourage- « ments de la Faculté et de l’Aministration. »

Il ne m’est pas permis de passer sous silence, un fait très-honorable pour notre candidat; je veux parler de la démarche faite en 1849 par les élèves , auprès du Doyen de notre Faculté, pour inviter le docteur Benoit à continuer ses leçons même pendant les vacances. Cette démarche témoigne hautement de l’utilité pratique de ses divers enseignements ; et aujourd’hui même, l’assiduité des élèves aux leçons de M. Benoît est un fait que chacun de nous peut constater, et qui doit peut-être tenir le premier rang parmi les titres à mettre en saillie dans cette circonstance.

Si des suppléances diverses ont permis à M. Benoît de montrer la multiplicité de ses aptitudes, et toujours avec le même succès, nous trouverons encore les motifs d’une appréciation favorable et élogieuse, dans l’enseignement dont il est chargé comme Conservateur du Musée de notre Faculté,

Le texte des règlements laissant tout à fait indéterminé le sujet de ses démonstrations, il est permis au Conservateur d’obéir à ses tendances et de faire part aux élèves du résultat de ses études favorites.

M. Benoît a profité de la liberté dont il pouvait jouir, pour combler une lacune qui se trouve dans notre enseignement. Les nombreuses pièces d'anatomie pathologique que renferme notre Musée, restant stériles pour les élèves, M. Benoît a voulu et a su les rendre profitables. Dans un cours d’anatomie pathologique, il a utilisé ces précieux matériaux. En même temps il a cherché à apprécier la valeur réelle de cette partie des sciences médicales, en lui assignant la place qu’elle doit légitimement occuper dans le cadre de nos connaissances.

Un autre cours fait par le même Conservateur, a eu pour sujet la Médecine opératoire, et l’exposition méthodique et critique des différentes ressources que fournit l’arsenal chirurgical.

Tl est juste, en rappelant tous ces travaux, de' faire observer que

M. Benoît, appelé successivement à plusieurs suppléances ( physiolpgie, clinique externe, anatomie), et chargé d’un enseignement comme Conservateur, n’a pas discontinué, depuis deux ans, de faire des leçons dans l’enceinte de la Faculté. C’est donc pour obéir a un sentiment de rigoureuse justice, que notre collègue chargé du compte-rendu de nos travaux, dans la Séance solennelle de rentrée, crut devoir signaler particulièrement Vactive et multiple coopération du docteur Benoît, qui n’avait pas cessé de faire entendre sa parole aux élèves sur des matières diverses.

Il est d’ailleurs de notoriété publique que M. Benoît s’est toujours montré à la hauteur de la tâche qui lui était confiée.

§ iv.

Les positions honorables prises par M. Benoît au sein de la Faculté, lui ont valu, delà part de ce corps enseignant, quelques-uns de ces témoignages que nous rangeons volontiers parmi nos titres antérieurs , parce qu’ils attestent à la fois , et la confiance que l’on a dans nos lumières, et l’estime que l’on fait de notre caractère. Dans des concours pour l’Agrégation et pour le Professorat, M. Benoît a siégé comme Juge titulaire, sur la désignation de notre École.

Enfin , M. Benoît a ajouté aux titres que j’ai déjà mentionnés, celui d’associé ou de membre correspondant d’un grand nombre d’Académies ou Sociétés de Médecine. Ces nouveaux titres ont tous une valeur réelle, car l’admission de notre confrère a toujours eu pour motifs des Mémoires ou des Travaux qui ont été analysés ou insérés en totalité dans les Bulletins ou Comptes-rendus de ces Compagnies savantes. Nous trouvons, en effet, des travaux de M. Benoît, dans les Annales de la Société de Médecine de Gand, dans celles de la Société de Tours, dans le Journal de la Société de médecine pratique, dans le Bulletin médical d'Indre-et-Loire, dans celui de Bordeaux, dans les Comptes-rendus de la Société de Médecine de Toulouse, etc., etc.

Cette dernière Compagnie a même décerné un prix à un long travail de M. Benoît, sur les Rétrécissements du canal de l’urètre.

Nous terminerons cet article en rappelant que, lorsqu’il fut question d’organiser l’Académie des Sciences de Montpellier, les promoteurs de cette organisation inscrivirent spontanément M. Benoît au nombre des membres fondateurs. Enfin , la section médicale de cette Académie a appelé notre confrère à la présider pendant la dernière session.

De pareilles distinctions accordées par les hommes au milieu desquels nous vivons et qui sont juges compétents de tous nos actes , révèlent les sentiments qui les ont dictées et assignent à celui qui en est l’objet, une place très-honorable dans le corps dont il fait partie.

Nous abordons l’exposé des travaux et ouvrages du docteur Benoît.

En jetant d’abord un coup-d’œil sur ses Thèses de concours, on ne peut s’empêcher de reconnaître avec un de ses précédents rapporteurs, M. Estor, que l’on observe un perfectionnement gradué dans la composition de ces ouvrages, qui annoncent les efforts croissants et les progrès continuels de leur auteur.

1° Le premier de ces travaux a pour sujet : L'influence de l'air et des aliments sur la production et le traitement des maladies chirurgicales.

Après avoir établi un ingénieux parallèle entre l’air et l’aliment, considérés dans leurs rapports avec le corps vivant, l’auteur étudie, dans deux chapitres spéciaux, l’influence de chacun de ces agents sur la production des maladies chirurgicales. L’aliment est suivi dans le tube digestif, et ici se présentent l’influence des digestions imparfaites et Celle des digestions inopportunes. Ensuite, l’aliment est considéré comme corps étranger; et enfin, il est étudié comme matière assimilable. L’examen de l’alimentation, au point de vue des maladies chirurgicales, forme la seconde section de ce chapitre. L’auteur en trace les règles pour les maladies aiguës , pour les maladies chroniques et pour la convalescence. Les

habitudes, les idiosyncrasies sont tenues en compte, et l'alimentation prophylactique est l’objet de réflexions pratiques importantes.

L’agent atmosphérique est la base d’une appréciation parallèle à la précédente. L’air accroît certaines dispositions morbides ; il est cause occasionnelle de maladies ; il devient le véhicule de principes morbifiques. En pénétrant dans nos tissus, il fait naître certaines indications. L’air, suivant ses qualités générales, ses viciations, exerce des influences diverses. Les opérations sous-cutanées sont naturellement appréciées dans ce chapitre, où se trouvent mentionnés les progrès de la chirurgie moderne sur cette partie de l’art de guérir.

2° Un second ouvrage de M. Benoît, qui a servi d’épreuve de concours est intitulé : De l’anatomie pathologique, du diagnostic différentiel et du traitement des tumeurs cancéreuses . Dans ce travail, l’auteur a présenté d’une manière synthétique tous les documents sérieux que possède la science, pour établir les caractères anatomiques et le diagnostic des tumeurs cancéreuses. Il a montré ces produits hétéro-plastiques , prenant dans leur développement les formes les plus multiples et les plus contingentes, tout en conservant une nature identique.

Le cancer est étudié d’abord en lui-même, ensuite dans ses rapports avec les maladies qui lui ressemblent. M. Benoît exclut la mélanose de la classe des cancers, en s’appuyant sur des raisons anatomiques et physiologiques. Les tumeurs squirrheuses et encéphaloïdes, ces deux formes redoutables de la manifestation cancéreuse , sont étudiées avec soin dans leur origine, leur développement et leurs terminaisons.Un parallèle détaillé, établi par l’auteur entre le squirrhe et l’encéphaloïde, met plus clairement en relief les caractères propres à chacun de ces tissus anormaux. La connexion de ces tumeurs avec las organes voisins, leur puissance variable d’assimilation, sont placées en regard des symptômes qui révèlent leur tendance.

La partie thérapeutique de ce travail doit être particulièrement remarquée ; car, sous une forme didactique, sont heureusement présentés les préceptes qui doivent inspirer le traitement des affections cancéreuses ,

lorsque l’on ne se borne pas à la considération de l’état local, et que l’on tient compte principalement de ces modifications dynamiques qui précèdent la plupart des manifestations morbides, et auxquelles notre École attache avec raison une si grande importance.

Quels sont les rapports de la lésion locale avec l’ensemble du système ? Voilà, dit M. Benoît, le nœud du problème. La tumeur doit être respectée si elle est bénigne , si elle ne menace pas, par sa marche envahissante , des organes essentiels à la vie. Elle doit encore être respectée et attaquée seulement par des palliatifs, lorsque le désordre local s’efface en quelque sorte devant la gravité du désordre général.

Le traitement est interne et externe, général et local. L’application de la méthode analytique fait découvrir dans le cancer plusieurs éléments , la fluxion, la douleur, etc., et chacun d’eux est la source d’indications importantes. L’auteur ne néglige aucune des questions qui se rattachent à son sujet. La question des récidives, l’utilité de la réunion immédiate pour les prévenir, l’utilité de l’autoplastie, celle d’une hygiène préventive , etc., reçoivent, dans le cours de cet ouvrage , tous les développements qu’elles comportent.

3° Du lait, de la lactation et des maladies qui s’y rapportent ; tel est le sujet d’une Thèse de concours pour la chaire d’Accouchements.

Des préliminaires aident à comprendre toute l’étendue et l’importance de la question et justifient les divisions admises par l’auteur, dans le but de donner plus de clarté à l’exposition de ses idées. Ensuite, il donne dans tous ses détails une analyse physique, chimique et microscopique du lait, et à côté de cette étude, il déduit d’une observation sagement raisonnée, une analyse physiologique ou, comme aurait dit Bordeu , une analyse médicinale de ce même fluide.

La fonction de la lactation est envisagée dans son produit normal ou anormal, sain ou altéré. Les divers éléments constitutifs du lait, les variations qu’ils subissent suivant les époques, les qualités diverses qu ils révèlent sont successivement exposés ; vient ensuite 1 étude de la lactation au point de vue normal. M. Benoît détermine ses conditions

physiologiques et anatomiques ; les premières se trouvent dans l’état puerpéral, qui commence, à proprement parler, au moment même de la conception et ne finit qu’au sevrage de l’enfant. L’auteur trace les caractères de cet état, et fait connaître les exceptions ou la possibilité de dérogations plus ou moins marquées aux lois ordinaires de la lactation ; telles sont les secrétions laiteuses hors de l’état puerpéral, pendant la vieillesse et même chez les individus du sexe mâle.

M. Benoît continue son étude par l’exposition synthétique des différentes périodes de la lactation, et des influences qui peuvent en modifier la marche et les effets. Enfin, un dernier et important chapitre est consacré aux maladies qui se rapportent à la lactation. Parmi toutes les questions afférentes à ce vaste sujet et que l’auteur a élucidées, une des plus ardues est celle des métastases laiteuses. M. Benoît lui a donné la solution que les progrès de la science et les principes d'une bonne médecine nous semhlent permettre d’accepter comme seule rationnelle.

4° Le sujet de la Thèse de concours pour la chaire de Clinique chirurgicale est T Exposition et l’appréciation des principales découvertes faites en chirurgie clinique, depuis le commencement du dix-neuvième siècle.

Résumer en cent cinquante pages l’ensemble des faits qui se rattachent à cette vaste question , était une œuvre laborieuse qu’il fallait accomplir en huit jours, et que l’auteur a, selon nous, heureusement exécutée.

De grandes divisions se partagent la teneur de ce travail.

Dans une première partie, l’auteur jette un coup-d’œil général sur les caractères de la chirurgie clinique moderne ; il apprécie les tendances de la chirurgie suivant les écoles, et met en saillie le caractère profondément médical qu’elle devait revêtir et qu’elle revêt dans l’École de Montpellier.

Esquissant ensuite les découvertes qui se lient au mouvement général de toutes les parties de la science , M. Benoît signale leur origine et leur influence sur les diverses branches de la chirurgie. Ces découvertes ont plus spécialement exercé leur influence, les unes sur l’étude du fait morbide ou sur la connaissance des maladies , et les autres sur leur traitement.

Dans un long article , l’auteur expose et apprécie les découvertes dont l’apparition et la vulgarisation ont été de véritables événements pour la chirurgie clinique, et ont amené des changements notables dans un certain ordre d’idées ou dans la pratique qui s'y rattache.

L'orthopédie, la méthode sous-cutanée, la réunion immédiate, l’autoplastie, la lilhotritie, la méthode anesthésique; tels sont les principaux sujets dont M. Benoît a fait une exposition synthétique, et une appréciation judicieuse appuyée de tous les raisonnements qui la justifient.

On comprend sans peine le nombre considérable de faits qu’il a fallu passer en revue , pour servir de base à un jugement définitif. L’auteur s’est particulièrement attaché à mettre en relief les services rendus à la chirurgie par l’École de Montpellier ; services oubliés et méconnus, et parfois mis à profit par des auteurs qui n’ont eu d’autre mérite que de s’approprier et de prôner avec bruit des vérités et des faits modestement acquis, et conservés au milieu de nous. —Ces réflexions s’appliquent plus particulièrement aux œuvres de notre illustre maître, le professeur Delpech.

5° De l’emploi thérapeutique du nitrate d'argent, et spécialement de l’emploi de cette substance dans les maladies des membranes muqueuses ; tel est le titre d’une Monographie qui a servi de Thèse inaugurale à M. Benoît, et dont plusieurs parties ont été honorablement citées ou reproduites dans des Traités de thérapeutique et de matière médicale classiques. Le succès de cette œuvre ne saurait nous étonner, car, ainsi que l’a dit le professeur Bouisson dans un précédent rapport : « la Thèse inau- « gurale de M. Benoît est une œuvre sérieuse, une monographie com- « plète sur la malière. Les considérations de l’auteur sont pleines de justesse, et permettront de consulter toujours avec fruit cette thèse, qui « fut un heureux début » .

Ce jugement peut dispenser d’une plus ample analyse. Disons seulement que l’auteur, s’occupant de l’action du nitrate d’argent , a saisi l’occasion favorable d’apprécier certaines pratiques chirurgicales, et en particulier la cautérisation destructive des rétrécissements urétraux. L apparition de

la thèse de M. Benoît raya du cadre d’une thérapeutique rationnelle une semblable opération, bien qu’elle eut presque despotiquement régne pendant plusieurs années dans les hôpitaux et la clinique de Montpellier.

Les services rendus par le nitrate d argent dans des maladies internes, l’épilepsie , des maladies nerveuses, certaines affections cutanées, les lésions des organes de la vue , de l’ouïe et de l’odorat, les altérations du pharynx, du larynx, de la vessie, durectum, etc., etc., sont aussi exposes et sagement appréciés dans cette dissertation.

6° Un Mémoire sur l 'Œdème de la glotte ou angine laryngée œdémateuse, a permis à M. Benoît de baser sur l’élude anatomique et physiologique du larynx, et en particulier de la muqueuse de cet organe, une connaissance plus complète de cette redoutable maladie. L’auteur signale les précieuses données que nous devons à l’anatomie pathologique sur cet état morbide, et après l’exposé critique des principaux travaux publiés sur ce sujet, il établit, comme point de départ de son étude, la triple division suivante :

1° Congestions séreuses , brusques, inattendues , véritables apoplexies séreuses des tissus laryngés ;

2° Congestions séreuses, actives, appelées par l’inflammation, ou hydrophlegmasies ;

3° Congestions séreuses passives, secondaires ou symptomatiques.

Pour justifier ces divisions et tracer nettement le tableau des maladies quelles comprennent, l’auteur expose des faits pratiques qui lui sont personnels ou qu’il emprunte à des autorités médicales ; il s’attache à bien établir le diagnostic propre et différentiel de ces affections, et termine par une appréciation de la trachéotomie appliquée à l’œdème de la glotte. L’exposé des indications de cette opération et quelques conseils sur le mode de l’exécuter, terminent ce travail.

7° Dans un autre Mémoire, M. Benoît a fait aux maladies l’application des Méthodes thérapeutiques. Tout le monde comprend, dans l’École de

Barthez, ce que Ton doit entendre par méthode thérapeutique. Prouver que ces méthodes s’appliquent aux maladies chirurgicales aussi bien qu’aux maladies internes, c’est donner une preuve nouvelle des liens qui existent entre la chirurgie et la médecine, c’est féconder le grand principe physiologique et pathologique de l’unité du système vivant. M. Benoît a montré avec bonheur combien était fructueuse cette nouvelle manière d’entrevoir la thérapeutique chirurgicale.

8° Une brochure in-8° de M. Benoît a pour titre : Consultation sur un cas d’hermaphrodisme. Le fait qui lui a servi de texte est assez remarquable. Une personne, âgée de 25 ans, avait été inscrite comme appartenant au sexe féminin, sur les registres de l’État—civil. A 21 ans, elle subit une opération qui devait, disait-on, lui rendre les attributs de son sexe. Pressée d’accueillir favorablement des propositions de mariage, cette personne se rendit à Montpellier, et demanda au docteur Benoit de lui faire connaître son sexe réel, et de la soumettre à toutes les opérations qu’il jugerait convenable. Par l’analyse anatomique et physiologique à laquelle il se livra, notre confrère parvint à établir que le sujet de son examen était du sexe mâle, et qu’aucune opération ne pouvait le rendre apte aux fonctions sexuelles.M. Benoît présenta cette personne à l’examen des membres de la Société de Médecine pratique de Montpellier, et sa démonstration entraîna un assentiment unanime, ainsi que le constate le procès-verbal de la séance du 29 août 1840.

9° Un travail sur l’ Emploi du coton dans les pansements, résume les idées deM. Benoît sur l’utilité de cette substance. Ce travail a été inséré dans le Bulletin médical de Bordeaux, tom. V, pag. 105. De ces observations et de ces recherches, l’auteur a conclu : 1° que le coton peut remplacer la charpie dans le plus grand nombre de pansements, sans que l’on ait à craindre aucun dangereux effet; 2° que l’on doit cependant préférer cette dernière pour recouvrir des plaies récentes ou très-douloureuses ; 3° qu’il y aura, au contraire, indication spéciale à choisir le coton, toutes les fois qu’il faudra stimuler légèrement la surface de la plaie.

10° Un Mémoire de M. Benoît, sur Y Étranglement herniaire, adressé à la Société de Médecine de Gand, et jugé digne par cette Compagnie de figurer dans ses Annales où il a été imprimé en entier, lui a permis de relater des faits pratiques, tous remarquables par quelques phénomènes exceptionnels, et qui ont amené l’auteur à discuter les points les plus litigieux de l’étranglement herniaire.

Dans un travail plus récent livré en ce moment à l’impression, et dont nous avons la copie entre les mains, M. Benoît continue ses études sur le même sujet, et il arrive à démontrer : 1° la réalité de l’étranglement par l’anneau crural, niée par M. Demeaux et quelques autres; 2° l’influence fâcheuse et peu connue des adhérences intra-abdominales des viscères non-herniés, sur la réduction des viscères herniés. Des faits pratiques propres à l’auteur font la base de ce travail, qui ne figure point dans la Notice imprimée des titres du docteur Benoît , et doit être dès-lors ajouté à la liste de ses ouvrages.

11° et 12° M. Benoît a publié deux travaux spéciaux de médecine opératoire. Le premier a pour objet une Nouvelle méthode opératoire pour la cure des rétrécissements du rectum. Le second est l’histoire raisonnée d’une Ligature de la carotide primitive, pratiquée avec succès par l’auteur pour un anévrysme de la face.

La première de ces publications a été (honorablement citée dans des ouvrages de chirurgie. Elle débute par une analyse anatomique de l’intestin rectum, analyse qui doit aider à comprendre les maladies dont il est le siégé, et à formuler plus nettement les indications thérapeutiques que ces maladies réclament. Le mode opératoire de M. Benoît consiste à agir sur certains rétrécissements du rectum , comme Dupuytren agissait sur l’éperon des anus contre-nature. Des planches, dessinées par l’auteur, viennent, par leur exactitude , ajouter à la clarté de la description , et des faits pratiques servent d’appui aux principes posés, en même temps qu’ils permettent de juger tous les autres procédés opératoires préconisés jusqu’à ce jour.

La seconde publication, relative, comme nous l’avons déjà dit, à la ligature de la carotide primitive, constate un succès rare et complet, obtenu dans les salles de l’hôpital St-Éloi. M. Benoît essaya vainement le galvanisme; il fallut en venir à la ligature du tronc artériel principal de la région. L’auteur expose tous les motifs de sa conduite, et constate des résultats qui prouvent combien elle a été rationnelle. Le sujet présenté à la section médicale de l’Académie a été déclaré parfaitement guéri.

13° Des perforations spontanées du tube digestif; tel est le titie d’un travail destiné à servir à l’histoire de la fièvre typhoïde. L’auteur a cherché avec beaucoup de soin les caractères anatomo-pathologiques de ces perforations, et a insisté plus particulièrement sur leur diagnostic différentiel.

De nombreuses observations donnent une utilité toute pratique à ce Mémoire, que la Gazette médicale de Montpellier a inséré en entier dans ses colonnes.

14° Une publication, qui fait suite à la précédente, a pour sujet la Valeur des caractères anatomiques assignés à la fièvre typhoïde. Elle constitue la première partie d’une publication plus étendue, et a pour but spécial de bien définir, d’abord ce que l’on doit entendre par fièvre essentielle, et de rechercher ensuite à quelle classe de ces fièvres doit être rattachée la fièvre typhoïde ; sa marche, ses symptômes et ses produits anatomo-pathologiques étant une fois bien déterminés et décrits.

15° Sous le titre de Fragments, M. Benoît a publié des observations intéressantes sur la îithotritie, 1 apoplexie cérébrale et méningée; l’emploi du ratanhia dans les blennorrhagies ; celui de 1 iode contre les engorgements scrofuleux, etc.

De nombreux articles insérés dans le Bulletin de Bordeaux, le Journal de Toulouse, V Union médicale, la Revue thérapeutique du Midi, le Journal

de la Société de Médecine pratique de Montpellier, etc., etc , et qui échappent à l’analyse, car ce serait étendre outre mesure ce document, ont pour sujet : 1? le traitement des ophthalmies rebelles avec ulcération ; 2° la réduction d’une luxation iliaque; 3? les injections arsénicales dans les sujets livrés aux dissections ; 4° l’emploi des agents anesthésiques; 5° les analyses des ouvrages de M. Hoëfer sur le platine, de Becquerel sur les urines , de Seux sur les eaux des Pyrénées, de Morand sur différents points de médecine et de chirurgie, deBrodie sur les maladies de l’appareil urinaire, de Lallemand sur des faits de clinique médico-chirurgiçale, etc.

M. Benoît ayant été collaborateur de plusieurs journaux et particulièrement un des rédacteurs principaux du Journal de la Société de Médecine pratique de Montpellier , vous connaissez les articles plus ou moins importants qu’il y a insérés, ce qui nous dispense d’en fairq l’énumération.

16° La publication d’un Discours sur le But et les principes de l’Enseignement clinique, a fait connaître la manière dont M. Benoît envisage ce complément si important de l’enseignement médical et chirurgical. Donner à un fait clinique sa véritable valeur, indiquer les procédés qui servent le plus efficacement à l’élucider et à le féconder, tel est le but da ce discours, où la philosophie de notre École trouve à chaque page de précieuses applications.

17,® La publication précédente a servi d’introduction , en quelque sorte, à celle d’un travail plus important qui, suivant l’expression du professeur Estor, rappelle les leçons orales de Dupuytren et la clinique chirurgicale de Pelletan. Il s’agjt d’une collection de Mémoires de médecine et de chirurgie cliniques, La première partie contient ciuq Mémoires ; ceux qui doivent les suivre sont rédigés et soumis à notre appréciation, et nous signalerons parmi ces derniers : 1° un Mémoire sur une Résection d'une partie de l’omoplate, pratiquée à l’hôpital St-Éloi; 2» un Mémoire, sur l'Éclampsie; 3° un Mémoire sur Certaines maladies des fosses nasales , etc.

Ceux qui ont été déjà publiés èb'fit :

A- — Un Mémoire sur les Effets de l’action musculaire dans les lésions tràumatiques âü Système àsèëux. Dàns ; ce travàil, l’auteur se place tout d’abord à un point dé iué différent de celui qu’ont èiclusHéih'ent envisagé lès ahléhVs de chirùrgiè cldssiqiîè.

là réirâètioü* taùsculaire dans les fractures, a toujours été regardée, eh èfféi, coînme fâcheuse ; et cette opinion, conforme à là généralité dès faits, ne tient pas compte de quelques exceptions auxquelles M. Benoît a cru devoir donner leur véritable place, èn les signalant comme èlles ïé méritent! à l'attention dès homihès de l’art.

Démontrant en premier lieu la réalité dès fâcheux effets des contractions musculaires dans le plus grand nombre des cas, il essaie ènsuite clé fixer le sens que l’on doit attacher à ces mots : Action niüsculairë. Il distingue la contraction du ton musculaire, et met à profil les éâVàhtes anaylses faites par M. Lôidàt de ces différents phénomènes.

Par le raisonnement et l’interprétation logique des faits, il arrivé à Cônclurè que la ^réniièrè sérié de pbériômènfés' observés après Une fracture, c’est-à-diré l’hypertonie momentanée, et les contractions involontaires, sont toujours^ nuisibles et doivent être combattues ; tandis que le ton habituel peut être utile au point de vue de la coaptation et de la consolidation définitive des solutions de continuité des os.

Traiter un pareil sujet serait chose impossible si l’on n’abordait pas une foule de questions qui s’y rattachent intimément ; telles que celle des appareils inamovibles, des effets des diathèses, des complications des fractures, des luxations, etc. Nous ne croyons pas trop nous avancer, en assurant que tous ces points de vue ont été abordés et élucidés avec bonheur.

B. Lé second Méhiôire est un exposé raisonné dé faits pratiques tendant à èclâïrér la Thérapèutiqûè chirurgîcâlé des iiMeûrs enkystées . L'atfteüi 1 exposé comment et pôurqübi il dappliqué 1 extirpation èt 1 incision à des kystes dü ; col, des Bourses, des gaines synoviales, etc. Dés considérations importantes sur le diagnostic dès kystes synoviaux, qui!

distingue avec soin des poches herniaires des membranes synoviales, terminent ce travail.

C. Le troisième Mémoire a pour sujet les Tumeurs stercorales et les divers états morbides qui s’y rapportent. Mettre à profit des observations remarquables pour écarter les incertitudes qui naissent dans l’esprit, en présence de quelques maladies intestinales, tel est le but de cet écrit. Une introduction montre l’importance de cette étude, et permet à l’auteur d’émettre ses idées sur le rôle du tube digestif dans les manifestations morbides de toute nature. Il expose ensuite les faits dont il veut discuter la valeur, et les compare à ceux qui sont déjà consignés dans les annales delà science; il en déduit des conclusions hygiéniques et thérapeutiques du plus haut intérêt. L’histoire de quelques erreurs de diagnostic commises par des hommes éminents , ne sert qu’à confirmer les préceptes posés pour marcher dans une meilleure voie.

D. Le quatrième Mémoire a pour sujet Y Histoire d’une opération de taille recto-prostatique. L’auteur expose longuement les motifs de sa conduite , les résultats obtenus, et fournit un très-bel exemple de diathèse lithique, en nous montrant des concrétions pierreuses chimiquement identiques dans le crâne , l’œil, les voies urinaires et une poche enkystée.

E. Le cinquième Mémoire traite des Hémorrhagies consécutives aux opérations chirurgicales , et passe successivement en revue les circonstances diverses qui peuvent en masquer la véritable nature. Mettant à profit les travaux de Stahl, de M. Lordat et des modernes sur les hémorrhagies , M. Benoît établit, dans ses préliminaires, une classification qui indique la nature variable de ces évacuations morbides. Il démontre ensuite, à l’aide des faits cliniques qu’il a recueillis , comment des hommes, habiles d’ailleurs , ont compromis la vie de leurs opérés , en confondant des hémorrhagies passives avec des hémorrhagies fluxionnaires ou actives. Les caractères communs que présentent l’inflammation et certaines hémorrhagies ont ensuite permis un rapprochement, en vertu duquel on peut appliquer au premier de ces états morbides, les conclusions qui se rapportent plus particulièrement au second.

18° Une publication récente de M. Benoît a pour titre : Des principes qui doivent diriger dans Vétude et renseignement de l'Anatomie humaine. L’auteur commence par faire pressentir l’utilité de l’anatomie, avant d’en donner la preuve irréfragable. Il apprécie les services rendus par l’anatomie comparée à l’étude de l’homme sain et malade. Il assigne aux faits anatomiques le rôle qui leur appartient réellement, et se tient en garde contre ceux qui exagèrent ou qui amoindrissent leur importance. Il expose ensuite la méthode qu’il juge la plus convenable pour l’étude et l’enseignement de l’anatomie , celle qui lui paraît devoir rendre facile et même agréable, une science au premier abord ardue et rebutante.

Après avoir cherché comment l’esprit humain procède dans l’acquisition de ses connaissances, l’auteur pense qu’il est utile de suivre la même marche pour l’acquisition des connaissances anatomiques. Ainsi, vue d’ensemble qui fixe le sujet, ses limites et son but principal, puis analyse ou morcellement, ensuite synthèse ou théorie, et enfin applications pratiques, telles sont les différentes phases qu’envisage l’auteur dans l’exposition de la science anatomique. Des exemples nombreux sont apportés à l’appui des préceptes posés et mettent en évidence leur fécondité.

19° Considérations anatomiques et physiologiques sur une paralysie consécutive à la lésion de quelques nerfs spinaux au niveau de leur passage à travers les trous de conjugaison de la colonne vertébrale.

Dans ce travail, l’auteur aborde un sujet d’autant plus intéressant, que l’impossibilité de faire sur l’homme les nombreuses expériences auxquelles on soumet les animaux , et la réserve qu’impose la différence de nature de ces êtres lorsqu’on arrive aux conclusions, rendent très—précieux les cas morbides dans lesquels la maladie fait en quelque sorte tous les frais de l’expérimentation. La maladie révèle ainsi les fonctions propres à chacune des parties dont l’association intime ne permet de saisir que difficilement à l’état de santé, la spécialisation fonctionnelle qui est dévolue à chacune d'elles. C’est sous l’influence de cette pensée que

M. Benoît a rédigé les considérations dans lesquelles une lésion traumatique rend légitime la distinction entre les racines néi-veuses ifibtricès et sensitives. Ce fait curieux se range tout naturellement par sOù importance à côté de ceux de MM. Flourens, QlliVief, Lôngét et autres, qui bnf si vivement éclairé l’histoire physiologique du système nerveux.

20° Un travail important, dont M. Benoît a soumis le manuscrit à l’appréciation de la Commission, a pour titre : Étude sur les caractères anatomiques des monstres doubles Sycéphaliens, précédée d’tffté appréciation critique des classifications tératologiques, et suivie de la description d’un monstre double du genre Synotè appartenant à l’éspëce Felis ; avec cinq planches dessillées par l’auteur.

Les classifications tératologiques , dit M. Benoît, ri’ont revêtu un caractère vraiment scientifique, que depuis les travaux récents de Geôffroy- St. Hilaire, Meckel, Isidore Géoffroy-St. Hilaire, OTlîvier , Serres, etc. Mais le désir de rendre plus saisissafde et plus attrayante une étude jusque là ! confuse et repoussante, a porté certains auteurs à établir un parallèle qui manque d’exactitude. Pénétré de celte pensée, l’auteur a cru devoir se demander , si les classifications tératologiques étaient rigoureusement exactes au même titre que les classifications zooîogiques , comme le pensent MM. St. Hilaire père et fils. M. Benoît répond par la négative, et puise dans les oeuvres même de ces auteurs, des preuves contre leur manière de voir.

Les espèces zoologiques , dit en effet notre auteur, peuvent être rapprochées lés Unes des autres par des caractères constamment identiques ; et une classification naturelle trouve ici une base solide et invariable, qui*, prenant pour point de départ l'origirte des êtres, la reproduction de leurs formes et de leurs éléments par voie de génération, l’association invariable de leurs organes et leurs manifestâtions identiques d’activité, permet d en présenter le tableau" avec toute la précision que comportent les sciences naturelles. Pour les espèces tératologiques, il n’en saurait être ainsi; car chaque individu appartenant à ce groupe, peut offrir des vices de forme plus ou moins nombreux^, plus ou moins apparents, des

déviations de rapports pu de structure différentes en nombre et en qualité ; mais ces caractères sont essentiellement individuels, et dès qu’ils constituent pne véritable monstruosité, ils ne peuvent plus se perpétuer par voie de génération.

Ces idées servent de texte à des développements critiques qui s’appuient sur des démonstrations directes, ce qui amène Benoit à conclure qu’il n’est pas rigoureusement juste d’appeler espèce, les groupes formés par des coupes plus ou moins arbitraires.

Ce résultat est facile à comprendre , ajoute-t-il, pour celui qui étudie la monstruosité, non pas seulement en naturaliste, mais en médecin, et qui apporte dans cette étude la connaissance des lois générales de l’Anthropologie. De même que, pour établir la théorie d’une maladie , il faut, autant que possible, remonter au phénomène initial, dynamique , en un mot à l'affection qui préside au développement des manifestations morbides, de même, pour embrasser toute l’histoire d’une monstruosité, il faudrait, comme l’a dit M. Lordatpouvoir saisir la cause supérieure, le vice ou Vaffection de la force formatrice, qui n’a pu régulièrement accomplir son opération plastique,, Tant que qette recherche sera négligée ou infructueuse , les bonn.es classifications feront défaut, car celles qu’on édifiera ne pourront avoir pour base que des données anatomiques, c’estàj-dire des effets contingents , variables , exceptionnels.

Ces citations textuelles du travail de M. Benoît étaient indispensables pour vous faire comprendre à quelle hauteur il s’est placé , pour envisager l’histoire des monstruosités. Ajoutons que, daps ses préliminaires, se trouvent des observations importantes sur l’organisation, sur la variabilité ou l’immutabjiité des espèces, spr ln puissance de la domesticité , de la culture, pour donner apx individus des prédispositions aux formes

tératologiques,.

Le second chapitre est consacré à Kétude des caractères anatomiques des monstres, doubles Sycéphaliens. Ce. groupe tératologique établi et représenté par Isidore-Geoffroy Sainl-Hilaire, est ici analysé avec beaucoup de soin.

Parmi les faits nombreux que l’on rencontre dans ce travail, il en est

qui établissent ou confirment des idées complètement neuves ; ainsi, M. Benoît prouve, par l’analyse de quelques monstruosités qu’il a trouvées dans le Musée de la faculté des Sciences de notre ville, que, contrairement aux opinions généralement reçues, tes monstres Synotes ne présentent pas nécessairement l’absence de tous les éléments osseux, charnus, nerveux et vasculaires , qui auraient composé la face avortée.

M. Benoît a fait encore des observations nouvelles sur la fusion des différents vaisseaux veineux et artériels dans les parties qui se confondent. Il prouve, par les faits qui lui sont propres et par ceux qu’il emprunte aux annales de la science , que le système artériel a plus de pouvoir pour conserver son indépendance et résister à la réunion anormale; que le système veineux, au contraire , se fusionne plus rapidement et plus fréquemment. On comprend qu’une pareille observation peut servir à élucider certains points du rôle de chacun des systèmes vasculaires dans l’acte formateur.

Dans plusieurs parties de ce travail, l'auteur rectifie de plus les assertions des tératologistes qui ont théorisé plutôt qu’observé; il examine au point de vue critique l’opinion de M. I. Geoffroy, établissant des différences entre la fusion de la boîte encéphalique et celle des viscères contenus, aussi bien que la loi de connexion , en vertu de laquelle les éléments constituant les monstruosités sycéphaliques, seraient formés pour moitié par chacun des composants , etc., etc.

Après avoir montré que 1 on ne peut ainsi accepter, dans toute sa rigueur, la loi en vertu de laquelle ce sont les parties homologues qui se rapprochent et se confondent, il énumère les exemples et termine par la description du monstre Synote qui a été l’occasion de ce travail.

Cette description embrasse l’étude des éléments anatomiques de toutes les parties du Synote, et est mise en parallèle avec celle donnée par M. Laurent dans les Annales d’histoire naturelle. Des considérations embryogéniques du plus grand intérêt terminent ce travail, que complètent cinq planches représentant des monstruosités.

21° De l état anatomique et de l’état physiologique du globe oculaire et

de ses annexes considérés spécialement dans leurs rapports avec la séméiotique. M. Benoît a donné ce titre à une Dissertation étendue, dans laquelle chacun des éléments de l’appareil visuel est étudié au point de vue des modifications physiologiques, pathologiques, fonctionnelles ou anatomiques qu’ils peuvent subir dans les maladies.

L’organe de la vue est un organe expressif par excellence, et une analyse minutieuse découvre en lui des signes précieux pour le médecin; c’est à ce point de vue que M. Benoît a présenté dans un ordre méthodique, tous les détails qui se rattachent aux variations présentées par les différentes parties de l’appareil oculaire dans leur aspect, leur coloration, leur volume, leurs sécrétions, leur dilatation, leur resserrement, leur consistance, leurs rapports , etc, etc., chacune de ces études étant fécondée par des applications pratiques qui agrandissent le diagnostic et le pronostic.

Nous signalerons particulièrement le chapitre relatif à l’oedème des paupières, où sont exposées des idées nouvelles sur les rapports de cette affection avec certaines opérations pratiquées sur l’œil et en particulier sur l’opération de la cataracte, dont elle a pu compromettre le résultat. Il serait difficile d’analyser plus longuement ce Mémoire où sont groupés une foule de faits et d’observations propres à l’auteur, ou empruntés aux médecins de toutes les époques Ce travail n’a pas été indiqué dans la Notice imprimée des titres antérieurs que ce candidat a remise à chacun de nous, et pour cela, il méritait une mention spéciale.

22° Il en est de même d’un autre Mémoire intitulé : Recherches sur les connexions vasculaires et nerveuses qui unissent le fœtus au placenta et le placenta à la mère.

L’auteur de ce travail apporte son contingent de preuves, a 1 appui des observations qui ont réfuté les théories d’un grand nombre d anatomistes qui, à l’exemple de M. Capuron, ont nié la réalité de ces connexions. Avec David Williams, il a pu les voir et les disséquer. 11 a de plus mis à profit les travaux si remarquables de Fohmann, de Meckel, Ewhard, Needham, Schréger, et les observations de Chaussier,

de Ribes de Paris, de notre collègue le professeur Bouisson et d’autres anatomistes modernes, pour confirmer la réalité des connexions lymphatiques et nerveuses qu’il a pu lui-même constater.

Les recherches auxquelles M. Benoît s'est livré dans cette circonstance , ont été exclusivement anatomiques, et il n’a point voulu aborder les interprétations et les théories dont ces résultats peuvent être le point de départ, au point de vue des communications sensoriales de la mère et de l’enfant. Il exprime cependant sa pensée d’une manière sommaire sur ces influences réciproques, et il n’hésite pas à déclarer, que, quelles que soient les données de l’anatomie , on ne saurait nier qu’il existe entre la mère et son fruit une vie commune, c’est-à-dire un lien fonctionnel dont nous voyons encore un degré dans le lien qui unit la nourrice à son nourrisson. M. Benoît cite d’ailleurs quelques faits intéressants , qui peuvent être utilisés dans l’histoire des influences réciproques qu’exercent l’un sur l’autre, la femme et le produit qu’elle a conçu.

23° De la nutrition considérée au point de vue anatomique et physiologique. Résumé d’un cours complet sur la nutrition , sur les actes qui la préparent ou fonctions préliminaires , telles que l’absorption , les sécrétions, etc. et sur la structure intime des organes qui en sont les instruments.

Tel est le titre d’un travail de longue haleine de M. Benoît, travail qui, aussi bien que le précédent, a été soumis à l’examen de la commission , et dont il serait trop long de vous présenter une analyse complète.

Dans son introduction, l’auteur, jetant un coup-d’œil d’ensemble sur la physiologie , en expose les principes ; il établit ensuite les véritables caractères des faits physiologiques, ou faits de l’ordre vital, qu’il distingue de tous ceux avec lesquels on pourrait les confondre, et dont il indique les divisions.

Il donne ensuite une idée de l’ensemble des actes physiologiques, en montre les liens et les dépendances réciproques, et finit par un exposé critique des différentes classifications admises. Enfin, il concentre son attention sur la nutrition. Cette fonction, la nutrition, est le résultat final

d’un grand nombre d’autres fonctions. C’est un acte moléculaire, s’accomplissant dans la trame de tous les tissus, et que M. Benoit étudie dans une série d’articles distincts : 1° en elle-même ou dans ce qui la constitue; 2° dans sa cause première , essentielle, efficiente , et ses causes secondaires éloignées ; 3° dans ses condit ions , c’est-à-dire dans les éléments sur lesquels elle s’exerce , dans les organes qui en sont les instruments ; 4° dans ses résultats et produits définitifs ; 5° dans ses rapports avec les autres fonctions de l’économie.

Tel est le vaste cadre que M. Benoit s’est efforcé de remplir. On remarque , dans ce travail, que pour reposer l’esprit et lui rendre facile la compréhension et le souvenir des détails, l'auteur a eu soin de faire jaillir quelques idées sommaires qui les résument et les théorisent.

Le champ de ses recherches s’étend d’ailleurs jusqu’à l’histoire des animaux , et il démontre , en s’élevant graduellement dans l’échelle zoologique, les modifications de plus en plus complexes subies par la fonction et par ses instruments.

Une appréciation critique et une application raisonnée de la théorie cellulaire trouvent leur pkce dans cette étude.

Un rapprochement entre la nutrition moléculaire et la formation première d’un tissu organique éclaire les actes mystérieux de la force qui entretient la vie. Les faits pathologiques sont appelés à appuyer ces déductions physiologiques. Des détails nombreux sur le rôle du cystohlastème et du cystoblasle, montrent l’utilité de la micrographie dans l’histoire génésique des tissus. Des recherches du même genre complètent les données de l’analyse physiologique, physique et chimique de toutes les humeurs qui concourent à l’acte moléculaire de la nutrition.

En abordant l’étude des fonctions préparatoires, l’auteur démontre que, plus une fonction est générale , plus les organes qui l’exécutent sont simples , et que la complication de l'appareil est proportionnelle à la spécialisation de la fonction. Des considérations d’anatomie générale se rattachent à ce point de vue, que de nombreux exemples mettent parfaitement en relief.

M. Benoît aborde ensuite l’étude de la digestion. L appareil digestif est

présenté avec les perfectionnements gradués qu’il reçoit, depuis le sac du zoophyte jusqu’à l’appareil digestif des mammifères. L’anatomie descriptive et l’anatomie comparée occupent une large place dans ce travail. Ainsi, pour donner un exemple de la manière dont procède l’auteur , nous dirons qu’il fait l’examen des divers appareils anatomiques qui servent aux fonctions digestives, depuis les actinies, les paludines, les astéries, les mollusques gastéropodes, etc....* jusqu’aux grands quadrupèdes, jusqu’à l’homme lui-même, dont il nous montre les organes admirablement ordonnés suivant leur destination. 11 s’élève ainsi des cils vibratiles, qui servent d’instrument de préhension chez des infusoires, jusqu’à ces appendices puissants et compliqués qui donnent aux espèces animales supérieures, leur force et leur habileté.

Quand il s’agit d’un mouvement nécessaire à l’accomplissement de quelque acte nutritif, M. Benoît analyse avec soin les conditions anatomiques qui le rendent possible , et il recherche la raison d’être de toute modification de structure, en apparence même secondaire.

A l’occasion de la fonction digestive, M. Benoît expose le résultat des découvertes modernes et de ses recherches personnelles sur la structure des villosités intestinales, qu’il considère comme de véritables glandes destinées à séparer de la pâte chymeuse un blastème chyleux, ainsi que l’on voit les glandes ordinaires séparer de la masse sanguine le produit de leur élaboration. Il étudie également et au même point de vue , les glandes intestinales solitaires et agminées, puis les organes annexes, tels que la rate , à laquelle il accorde , entre autres fonctions , celle de modifier les éléments sanguins, le foie ou appareil biliaire, etc., etc.

Une histoire critique et raisonnée des diverses théories émises sur la digestion, précède l’exposition de tous les phénomènes qui la constituent. La digestion est étudiée dans tous ses actes, et la matière assimilable est suivie dans ses transformations, jusqu’à son incorporation avec les tissus.

De nombreux détails sont relatifs au suc gastrique , aux liquides salivaire et pancréatique, aux sucs intestinaux, à la bile, au chyme, au chyle, au cours des liquides sécrétés, absorbés, rejetés. Les théories chimiques modernes sont jugées au point de vue d’une médecine rationnelle

L’auteur étudie certains phénomènes qui se lient normalement ou anormalement à la digestion, tels que ceux de la rumination, du vomissement, etc. A propos de l’absorption , il rejette la théorie des bouches absorbantes , et démontre l’inutilité de leur admission.

, M. Benoît examine l’absorption dans toutes les parties du corps vivant qui peuvent être mises en rapport avec une matière absorbable, dans les cavités et sur la surface extérieure du corps. Il emprunte à la physiologie végétale des faits qui éclairent cette fonction chez les animaux. Il utilise ces données pour établir les lois de l’absorption thérapeutique et médicamenteuse, suivant les surfaces d’application.

La structure de la peau et des muqueuses, celle de leurs appareils de sécrétion, l’analyse de leurs produits et celle des liquides qui les baignent, servent de base à plusieurs chapitres importants.

Cet ouvrage, qui embrasse l’ensemble des faits de toute nature relatifs à la nutrition, offre un tableau complet de l’état le plus avancé de la science sur le sujet. Les autorités les plus recommandables anciennes et modernes y sont invoquées, et les observations des autres judicieusement utilisées et contrôlées par celles de l’auteur.

En résumé , M. Benoît offre à notre appréciation :

1° Huit années de Service dans les hôpitaux ; six années et quatre mois comme Interne.

2° Six Suppléances dans des Chaires de la Faculté ; —- quatre Suppléances de Clinique chirurgicale, et deux Suppléances d’Anatomie et de Physiologie.

3° La Direction supérieure du service chirurgical de l’Hôpital Samt- Éloi , pendant toute la durée des quatre suppléances dans la Chaire de clinique.

4° Neuf Concours, dont deux pour le Professorat, dans lesquels il a obtenu une imposante minorité de suffrages.

5o Plusieurs Missions spéciales, relatives à l’exercice de la médecine.

6° Un Service continu au sein de la Faculté, et un enseignement officiel attaché à sa qualité de Conservateur du Musée anatomique.

7° Dix-neuf Titres et Distinctions académiques.

8° Quatorze années de Doctorat et neuf années d’Agrégation active.

9° Dix-sept années d’Enseignement particulier ou officiel.

10° Collaboration active aux quatorze volumes du Journal de la Société de Médecine pratique.

11° Collaboration au Bulletin médical de Bordeaux.

12° Composition d’un grand nombre d’articles, d'analyses, etc. , insérés dans divers Journaux précédemment nommés, et dans l’Union médicale de Paris , le Bulletin de Toulouse, la Gazette médicale de Montpellier, la Berne thérapeutique du Midi, etc.

13° Composition de trente-un ouvrages ou travaux originaux plus importants, parmi lesquels nous devons signaler comme renfermant des recherches anatomiques, les travaux sur l’œdème de la glotte , le cancer, les rétrécissements du rectum, les perforations du tube digestif, les caractères anatomiques de certaines fièvres, les rétrécissements de l’urètre, l’action musculaire dans les fractures, la taille recto-vésicale, la nutrition, 1 étranglement herniaire, 1 appareil visuel dans ses rapports avec la séméiotique.

Les ouvrages qui se rapportent presque exclusivement à la science anatomique, sont : l’Exposition des principes qui doivent diriger dans 1 étude et l’enseignement de 1 ’Anatomie humaine ; les Considérations sur

la lésion de quelques nerfs spinaux ; les Recherches sur les connexions utéro-fœtales ; l’Étude des caractères anatomiques des monstres Sycéphaliens ; les Recherches sur la structure intime des organes de sécrétion, servant à la nutrition.

14° Préparation et dépôt dans les collections de la Faculté de cent trente-sept pièces d'anatomie normale ou pathologique, ou de produits organiques.

Messieurs ,

Après cet exposé, peut-être un peu long, mais consciencieux des titres de M. Benoît, nous croyons être juste et résumer quelques-unes des impressions qu’ils doivent laisser dans votre esprit, en répétant, avec un de nos collègues, précédemment rapporteur:

« 1 0 Que les écrits de ce candidat se font remarquer par des qualités » propres à l’auteur , et particulièrement par une grande clarté dans » l’exposition, un jugement sain, et une tendance prononcée vers le » côté utile et les applications pratiques de la science.

» 2° Que si vous ajoutez à ces divers titres, des qualités morales éprou- » vées, vous demeurerez convaincus comme nous, Messieurs, que M. Be- » noît a bien mérité de la science en général, et de notre Faculté » en particulier. »

Pour copie conforme au rapport déposé au secrétariat de la Faculté, le 12 mars 1853.

Le Doyen de la Faculté,

Ct. DIJPRÉ, Assesseur.

Vu par le Recteur de l’Académie, pour légalisation, etc.

A. GODROA.

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