PRÉFACE
Le projet et le plan de Fouvrage Analyse grammaticale raisonnée de diff'érens textes anciens égyptiens y en trois volumes in-4^, datent de l'année 1 83 2.^ Je l'annonçais au public par un prospectus qui parut dans la même année , en tête d'un écrit (*) que j'avais rédigé dans le but d'offrir un essai de la méthode que je devais suivre dans \ Analyse grammaticale annoncée. Mon intention était d'offrir aux savans une espèce de bibliothèque égyptienne , en même tems qu'un véritable commentaire svr la langue et les écritures hiéroglyphiques. J'étais parvenu, dans ce dessein, à réunir un - choix de textes hiéroglyphiques variés parmi les plus intéressans que Ton connaît aujourd'hui. Une circonstance paraissait encore favoriser la réussite de mon projet : c'est que ces textes égyptiens, qui existent en grand nombre dans les musées d'Europe , se réduisant presque tous à une certaine série de
^ Des principales expressions qui sentent à la notation des dates sur les monumens de l'ancienne Egypte, diaprés l'inscription de Rosette, Lettres à M. l'abbé Gazzera, secré^ taire de l'Acadénûe royale des sciences à Turin. Paris, 1832 et 1833.
compositions dictées d'après des formulaires, il devenait réellement possible de réunir une bibliothèque égyptienne , telle que je l'avais imaginée. Le texte que nous voyons tracé sur cette foule de manuscrits qu'on a découverts dans les tombeaux ne nous offre ordinairement qu'un rituel funéraire , dans lequel nous lisons , sous la forme de prières adressées aux différens dieux, ou génies censés présider à la migration des âmes, l'histoire entière de cette migration, selon les croyances égyptiennes. Quelques parties de ce rituel m'ayant paru renfermer des notices du plus haut intérêt, concernant les doctrines psychologiques professées dans les sanctuaires de l'i'lgypte, j'avais extrait ces parties pour en faire le sujet des traductions et des explications grammaticales que contiendrait un des trois A'olumes de mon ouvrage.
Je voulais consacrer le second de ces volumes à l'analyse des différens textes auxquels se réduisent les inscriptions qu'on lit sur les monumens le plus ordinairement sculptés, tels que, par exemple, les obélisques et les stèles, soit d'adoration, soît funéraires, etc. Un texte d'une bien plus grande étendue, choisi parmi les inscriptions historiques qu'on a sculptées sur les grandes murailles des palais et des temples , aurait complété la matière de ce volume. Un des buts que je me proposais, en analysant ces différens textes, était celui de faire ressortir les nuances diverses de ce qu'on pourrait appeler le style employé pour les différens sijijets de la littérature égyptienne. U y a, selon moi, un style qu'on peut appeler style épistolaire, auquel appartiennent, par exemple , les différentes pétitions adressées ordinairement par de simples particuliers à divers Pharaons antérieurs à la vingtième dynastie , et dont les musées de Leyde et de Turin possèdent le texte original. Il y a un style hiératique, celui dans lequel sont tracés les textes roulant sur une matière reli-
gieuse. Je reconnais surtout nn style historique ^ auquel appartient une grande partie de textes qui ne se trouvent guère sculptes que sur les parois des palais ou des temples.
D'après les indications du plan que je viens d'esquisser, il est facile de s'apercevoir que l'ouvrage que je me proposais de publier dès l'année i832 se réduit à un travail essentiellement granunatical. Les principes adoptés pour la méthode que j'allais suivre dans mes interprétations étaient les mêmes dont feu GhampoUion avait publié la découverte bien des années auparavant. Ces principes, je le savais, n'avaient pas cessé d'être un sujet de contestations de la part des savans de l'Europe ; des opinions défavorables avaient couru relativement à la réalité et à l'étendue des découvertes de mon illustre maître. Je ne me dissimulais pas l'importance qu'il y aurait eu à justifier complètement et une fois pour toutes ses principes ; je sentis qu'il fallait pour cela reprendre, pour ainsi dire, en sous-œuvre son système d'interprétation. Les deux volumes ^Analyse grammaticale dont j'ai déjà parlé, pour l'interprétation de quelques parties du Rituel funéraire et des diverses inscriptions qui nous restent sur les monumens sculptés, auraient pu suffire pour atteindre un pareil but. Cependant, l'existence en Europe de la célèbre pierre de Rosette , véritable pierre de touche pour la question que je me proposais de résoudre , me détermina à commencer mon travail par l'interprétation des deux textes égyptiens qu'elle renferme. C'est ainsi que cet ouvrage fut porté à trois volumes y dont le premier, celui que je publie aujourd'hui, renfermera les premiers essais de l'application du système d'interprétation de feu Champollion aux textes hiéroglyphique et démotique de la pierre de Rosette .
Les publications connues relatives à ce monument important me dispensent de répéter ici l'histoire de sa découverte à