BOULEVARD SA1NT-GEKM\IN
Tous droits de trnduclion, de reproduclion et d'adaptation réserves.
ET
INTRODUGTfON
La vie de l'esprit comporte deux grands mouvements, l'un de décomposition et d'analyse, l'autre d'assimilation et de synthèse. Toutes les impressions qui arrivent par les sens à l'esprit, toutes les idées qui s'éveillent en nous, suggérées par la conversation ou par la lecture, produites par une des formes si variées du fonctionnement de notre intelligence, tous les sentiments, toutes les impressions que peuvent faire naître et conduire à notre connaissance nos relations avec le monde extérieur et nos rapports avec les autres hommes, tous les phénomènes psychiques, en un mot, subissent plus ou moins ces deux opérations inverses. Ils en sont, à quelques égards, les produits, ils en sont l'occasion, ils en seront aussi les facteurs. Plus ou moins finement, plus ou moins minutieusement, ils sont décomposés en des éléments qu'emploient des synthèses nouvelles dirigées Paulhaî»; — Analystes, {
par les idées organisées déjà, par les habitudes intellectuelles déjà prises, par les sentiments qui dominent
en nous.
Une vie intellectuelle vraiment normale, parfaitement systématisée, exigerait l'équilibre complet de ces deux grands procédés, qui sont d'ailleurs inséparables l'un de l'autre. L'esprit n'analyserait que pour recomposer, et ne synthétiserait que des éléments convenablement isolés par l'analyse. Il ne faudrait ni analyse inutile que ne suivrait aucune synthèse, ni synthèse hâtive que n'aurait point préparée une assez minutieuse analyse. Ainsi, pour bâtir un palais, il ne faut ni couper et scier des arbres, ni extraire, dégrossir et ciseler des pierres au hasard, ni, d'autre part, employer des troncs bruts et rugueux ou des pierres mal équarries et telles que les donnerait un coup de raine ou le premier travail de l'ouvrier.
Mais cet équilibre n'existe guère dans l'âme humaine, et le rapport des opérations varie très sensiblement d'un esprit à l'autre. Les uns analysent trop, ils taillent bien les pierres, les sculptent même patiemment, et restent impuissants à construire. D'autres synthétisent trop vite, et les matériaux mal dégrossis qu'ils emploient s'adaptent mal ensemble et rendent leurs constructions ruineuses. D'autres, enfin, se rapprochent plus ou moins de l'harmonie. Voilà déjà plusieurs types distincts que nous donne la considération des procédés employés par l'esprit. Pour les bien comprendre, il ne faut pas remarquer seulement les différences des natures psychologiques, mais aussi leur manière de s'accorder avec les exigences de la vie sociale. C'est parfois le défaut d'harmonie, dans un esprit, qui l'adapte à sa fonction. La voûte et l'arc-boutant des églises gothiques font un équilibre avec des forces opposées dont