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QUALITÉS ET DÉFAUTS DES SYNTHÉTIQUES 1G

d'idées, même mal travaillés, et sans doute surtout ma travaillés, donne l'impression de la puissance, comme la tendance à en dégager les éléments les plus ténus donne l'impression de la finesse ou de la subtilité. Un analyste pur donne rarement l'impression de la vigueur. Les équilibrés y arrivent plus aisément, parce qu'ils emploient davantage la synthèse. Si l'on considère à ce point de vue quelques-uns des esprits que j'ai pris dans cette étude comme représentants des divers types, je pense qu'on n'aura guère de doute sur cette différence.

Souvent la force du synthétique a pour contre-partie un certain manque de discernement qui résulte, en grande partie, de la pauvreté de l'analyse. Il montre une tendance fâcheuse à juxtaposer, pour les unir, des éléments disparates qui ne peuvent s'associer vraiment et ne tiennent ensemble que par artifice. La vigueur de l'esprit n'en paraît que plus grande. C'est là une illusion assez naturelle, qui fait mesurer la force déployée à l'effort apparent. Faire converger vers un même but des paquets d'éléments, d'idées, d'impressions, de sentiments, qui ne paraissent s'unir ainsi que malgré eux, cela peut éblouir l'observateur et lui faire accepter, pour plus grande qu elle n'est en réalité, la puissance synthétique de l'esprit.

A la force viennent se joindre parfois, toujours chez les esprits synthétiques éminents, l'ampleur et la largeur. La force se mesure plutôt et se rapporte à la quantité des matériaux que l'esprit réunit dans ses synthèses, la largeur à leur variété, l'ampleur à l'aisance avec laquelle ils sont assemblés et unifiés. Il ne s'agit ici que de nuances que le langage n'a sans doute pas encore fixées avec une bien grande précision. Mais on peut considérer comme vigoureux l'esprit qui sait synlhétiser beaucoup d'éléments, un peu, au besoin, malgré

eux; comme large, celui qui unit ainsi des éléments de qualités dififérentes empruntés à des ordres de faits assez éloignés, le philosophe, par exemple, qui synthétise des faits empruntés à différentes sciences et forme avec eux un bloc solide; comme ample, l'esprit assez vaste pour loger, sans être gêné, tous ces éléments unis en différentes combinaisons, qui n'est pas encombré par son savoir et par ses pensées, qui les distribue sans peine.

La gaucherie.

11 est assez naturel encore que les synthèses un peu prématurées et brutales restent approximatives et imparfaites, et que l'esprit garde quelque gaucherie en maniant les masses mal dégrossies, et aussi quelque raideur, quelque rudesse. Il y a là tout un ensemble de qualités et de défauts qui se raltacheat étroitement à l'insuffisance de l'analyse, à la fougue et aussi à la puissance de la construction. Les artistes synthétiques (Hugo, Corneille, Delacroix) nous donnent l'impression du sublime ou du beau, plutôt que celle du gracieux, de l'élégant et du joli, qui résultent plutôt du fini des détails, de la minutie de l'observation et du rendu, de la précision du mécanisme (Marivaux, Dickens, Racine à quelques égards), et, pour les mêmes causes, ils donnent aussi plus souvent l'impression de la rudesse et de la gaucherie.

Il ne faut rien exagérer cependant. Certains esprits synthétiques, ceux que caractérise l'ampleur des conceptions, montrent parfois cette grâce qui résulte de

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l'emploi harmonieux de la force, de l'aisance avec laquelle on accomplit des travaux difficiles et pénibles. Mais cela est rare, implique un équilibre naturel dans l'outrance et une harmonie entre l'esprit et les choses qu'on ne peut garder l'espoir de rencontrer souvent. Inversement, l'analyste est souvent gauche. Cela arrive, par exemple, à Stendhal. C'est que la grâce implique naturellement un certain équilibre, une harmonie qui résulte de la bonne disposition des éléments d'un ensemble et qui est, par conséquent, une synthèse. Mais elle s'accommode mieux sans doute d'un excès d'analyse que d'un excès de synthèse. La pureté des idées, au sens psychologique du mot, est naturellement plus grande chez les analystes; de même la précision de l'ajustement. Il y a plus de trouble et de bouillonnement chez les esprits synthétiques, puisque leur mode de penser implique à peu près forcément l'emploi des éléments discordants (et des éléments d'éléments), qu'ils n'ont pas la patience et l'habileté de trier et d'écarter. Il est souvent facile, à l'examen d'une idée, d'une oeuvre quelconque, de reconnaître, à son manque de cohérence interne, la prédominance de l'esprit synthétique et le défaut d'aptitude à l'analyse de l'auteur qu'on étudie.

Chez les esprits inférieurs, les qualités et les défauts propres à l'excès de la synthèse prennent, sans disparaître, et même en un sens sans s'atténuer, une tournure plus mesquine. Il ne faut pas confondre cette modification avec celle que l'on constate, si l'on suit l'afi'aiblissement du type synthétique non parla diminution du pouvoir synthétique, mais par le développement plus grand de la faculté d'analyse. Chez les médiocres et chez les esprits inférieurs, la force fait souvent défaut, mais elle est remplacée par la raideur, une rai-

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deur maladroite qui, empêchant l'esprit d'examiner et de rectifier ses idées, le dispose à un entêtement déraisonnable et l'expose à varier, quand il le fait, d'une manière aussi malheureuse, toujours par synthèse trop brusque et mal faite.

Qualités et défauts du caractère.

La force, l'ampleur, la gaucherie de l'esprit synthétique s'accompagnent volontiers d'une certaine ardeur et d'une vivacité plus ou moins grande. Tandis que la prédominance de l'analyse nous fait pressentir un esprit patient et prudent, la prédominance de la synthèse nous fait plutôt conjecturer de la fougue, de l'impétuosité, de la passion et de l'impatience. En de tels cas, l'intelligence révèle, dans une certaine mesure, le caractère, ou plutôt nous y trouvons une occasion de plus de reconnaître qu'il serait vain de vouloir l'en séparer complètement. Soit que les qualités et les défauts qui caractérisent le fonctionnement des tendances intellectuelles d'un individu se retrouvent également dans le fonctionnement de ses autres tendances, soit qu'ils ne s'y retrouvent pas, ces tendances n'en sont pas moins un élément de la personnalité en qui elles sont plus ou moins étroitement reliées aux autres. Comme telles, elles influencent les autres et sont influencées par elles, et leur mode de fonctionnement à toutes en est au moins quelque peu affecté.

Ainsi une certaine impatience naturelle, et tout ce qui contribue à la développer : l'ardeur des passions, le manque de possession de soi, la faiblesse du contrôle

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