Anarchie morale et crise sociale
A vrai dire, chaque âge de V histoire a eu sa souffrance, et jamais Vhomme n'a connu le repos dans V apaisement de tous ses désirs. Mais aujourd'hui le rnal est plus intime. Ce n'est pas sous la pression des guerres, des famines, des pestes ou de la servitude que gémit l'humanité. La cilivisation est brillante et peut-être jamais la somme de bien-être n'a été si grande. Ce sont les âmes qui souffrent, et elles souffrent de leur vide. Notion de leur origine et notion de leur destinée, notion du bien et notion du devoir, elles ont perdu tout cela, et cependant — là est la marque de notre grandeur — de rien de cela elles ne peuvent se passer.
Ce vide des âmes a, par un effet naturel, comme miné les fondements de Vétat social. Et l'ébranlement de la société s'est traduit par des mouvements de doctrines, de revendications, d'appétits qui jamais ne s étaient produits avec tant d'intensité et d'ampleur. C'est que la vie de la société est avant tout la vie des
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âmes ; et /'anarchie morale éclate fatalement en crise sociale.
Nous avons naguère, dans les Études, suivi ce double mal en ses diverses phases et son logique progrès. Chemin faisant, nous nous sommes demandé oh chercher l'allégement et le remède. Ce chemin parcouru, nous voudrions le refaire d'une traite, d'une marche plus continue et plus méthodique.
Plaise à Dieu qu'il conduise ceux qui nous suivront à découvrir efficacement où se trouve la santé pour eux-mêmes, où se trouve la santé pour la société !
Paris, !•' juin 1902.
ET