CENTRES SPÉCIAUX. — SIÈGE .ET DISTRIBUTION
plus diflicil^, parce que, constitués par les cornes grises antérieures, ils ne sont pas, comme les ganglions, nettement séparés des premiers neurones de relais, pour lesquels nous verrons que Ii distribution est toute dil'térente.
Il y a eu cependant dans ces derniers temps quelques travaux qui permettent de fixer le centre médullaire primitif de certains muscles ou de certains groupes de muscles.
Ainsi, en allant d'arrière en avant dans la moelle (notre homme étant toujours sur ses pieds et ses mains et les membres tournés comme nous avons dit), le cône préside à la motilité de l'anus, delà vessie; la moelle sacrée aux muscles postéroexternes du membre inférieur (rotateurs en dehors, fléchisseurs de la jambe et extenseurs du pied) ; la moelle lombaire à la motilité des régions antérointernes du membre inférieur (adducteurs, rotateurs en dedans, extenseurs gauche, distribude la jambe). De même,, pour tion radiculaire (protoneuroies membres supérieurs. Mari- nés ganglionnaires); adroite, nesco a montré que les noyaux dislribulionsegmentaireipredes muscles extenseurs (anté- miers neurones de relais: marieurs chez notre homme) sont dullaires), d'après Brissaud. situés au-dessus (en avant chez notre homme) des noyaux des muscles fléchisseurs (postérieurs dans la posture indiquée) (I).
2° — Premiers neurones de relais.
Dans les premiers neurones de relais (substance grise bulbomédullaire), les centres correspondent à une distribution
(1) Nous ne parlons que des neurones racbidicns, la disti'ibulion des neurones bulbaires étant toute simple : chaque nerf a son noyau (ou ses noyaux) propre et bien connu.
périphérique Loulcdin'épente. C'est ](idistributions.çQmentaire: chaque centre correspond à un segment de membre (pied, jambe,... avant-bras...) séparé des autres segments par une h'gne perpoicUculaire à Taxe du membre (ligne de désarticulation ou d'amputation), tandis que, dans la distribution radiculaire, les lignes de séparation des zones des divers centres sont parallèles à l'axe du membre (1).
D'abord, chez les hystériques, puis chez les syringomyéliqucs, on a décrit des anesthésies segmentaires (en' brodequins, chaussettes, caleçons, gants, épaulières, etc.). On en trouve également dans la pachymcningile cervicale bypertrophique, les compressions de la moelle (Pott), les myélites (traumatique, transverse) et certains cas de tabès.
Cette distribution segmentaire se retrouve dans les troubles trophiques. Drissaud, qui a créé et fait cette question entière, l'a montrée dans les zonas, la sclérodermie, certaines dermatoses.
Enfin, pour la motilité, j'ai décrit (2) un cas de tremblement segmentaire dans la sclérose en plaques et Crocq a publié un cas d'amyotrophie en gant.
Brissaud a très nettement montré que cette distribution segmentaire correspond toujours à une altération médullaire delà substance grise. Je laisse de côté l'hypothèse ingénieuse de la niétamérie spinale : je l'ai discutée ailleurs et elle n'est pas nécessaire ici. 11 suffit de retenir ce groupe de faits cliniques qui prouvent l'existence, dans la substance grise de la moelle, de centres à distribution segmentaire (sensibilité, motricité, trophicité) (3).
[ Anatomiquement, llammond (atrophie musculaire avec , autopsie), Marinesco (aniyotrophies dans la syringomyélie), Joseph Collins (atrophies musculaires) et Flateau (désarticulation du bras, 16 ans avant la mort) sont arrivés aux
(1) Voy. mes Leçons sur la distribution segmentaire des sympt. en séméiologie médullaire in Nouveau Montpellier médical, 1899, nos 24 et suiv.
(2) Un cas de tremblement segmentaire dans la sclérose en plaques. Congrès des neurolog. Marseille, 1899. [Revue neurolog., 1er mai).
(3) Dans une leçon fait<) le 19 janvier 1896, Gilbert Ballet est arrivé, en même temps que Brissaud, à des conclusions très analogues aux siennes.
CENTRES SPÉCIAUX. - SIÈGE ET DISTRIBUTION. 29 mêmes conclusions. Et enfin tout récemment van Gehuchlcn rtTe Us ont démontré « que les cellules de la corne anter eure de la moelle cervicodorsale et de la moelle loinbosàcTée, qui sont en connexion avec les muscles desmembres, Sut ' o%3ées naturellement en colonnes cellulau^es nettcm I L list nctes et que chacune de ces colonnes represen e le noyau d'origine de toutes les libres destinées aux muscles d'un segment de membre » (1).
30 Centres pontocérébelleux.
Il suffit d'indiquer tout ce groupe considérable qui forme le deuxième neurone de relais et comprend les centres du cervelet, de la protubérance, des couches optiques, des corps
Là se trouvent les centres de réflexes plus compliqués que ceux qui ont leur centre dans la moelle. Ce sont les réflexes de rautomatisme inférieur (équilibre, attitude, démarche, tonus) que nous allons retrouver page 3i.
40 — Centres corticaux.
La zone périrolandique (2) que nous avons indiquée comme contenant les centres sensitivomoteurs supérieurs n'est pas une et homogène; elle peut être subdivisée en un certain nombre de centres spéciaux (Voy. Charcot et Pitres).
(1) Cela ne veut pas dire que toutes les lésions de la substance ^i-ise médullaire entraînent des symptômes à distribution segmentaire- à leur entrée dans la moelle, les racines gardent leur individualité; elles ne sont groupées par , segments que dans des centres plus élevés. De là, la possibilité de troubles a distribution ratliculaire dans certains cas de lésion médullaire (Déjennc, yan Gchuchten). Je crois, qu'en somme, il y a dans les cornes grises antérieures trois modes de groupements de cellules, trois espèces de centres • des centres nerveux ou musculaires (repondant a des muscles ou à des fragments de muscles), des centres radiculaires et des centres segmentaires. ^, . ■ ,
(2) Cette <( sphère tactile» comprendrait, d"aprcs Flcchsig, outre les frontale et pariétale ascendantes et le lobule paracentral, la partie voisine de la circonvolution du corps calleux et la partie postériem-e des trois frontales.
30 ANATOMIE SPÉCIALE DES CENTRES NEllVEUX.
A la partie supérieure de la zone, sont réunis les centres du membre inléricur (lobule paracentral et quart supérieur desirontale eLpariétaleascendantes) ; à la partie moyenne, les centres du membre inférieur (deux quarts moyens des irontale et pariétale ascendantes) ; à la partie inférieure es centres de la langue et de la face (quart inférieur des Irontale et pariétale ascendantes et opercule rolandique) (i).
Dans le centre ovale, les fibres du membre inférieur occupent le faisceau frontal supérieur sur la troisième coupe de^ Pitres (2j et le faisceau pariétal supérieur sur la" quatrième (3) ; les fibres du membre supérieur occupent, sur les mêmes coupes, les faisceaux frontal et pariétal moyens. Le tout forme ensuite le faisceau pyramidal dans les deux tiers antérieurs du bras postérieur de la capsule interne.
Quant aux fibres des centres inférieurs, elles occupent, sur les troisième et quatrième coupes de Pitres, les faisceaux frontal et pariétal inférieurs et forment le faisceau géniculé dont nous connaissons déjà le trajet ultérieur (Vov plus haut p. 15 et 17).
Un mot de plus est nécessaire pour le centre du facial.
Le facial supérieur (front et orbiculaire des paupières) est à certains points de vue un nerf différent du facial inférieur : il appartient d'une part (comme le facial inférieur)à rapj)areil moteur commun de la face et d autre plîrtTl faifpartie dèï'appareîr moteur de -divers sens et surtout de la vision, où nous le retrouverons. Dans la paralysie faciale d'origine centrale (hémisphérique), ce facial supérieur est atteint à un bien moindre degré que le facial inférieur. De cela on peut déduire que le noyau du facial (noyau du facial inférieur de quelques auteurs) contient des neurones d'émission pomjout le facial (supérieur et inférieur) (Marinesco). Seulefîïent, pour le facial inférieur, le centre périrolandique constitue le centre unique, tandis que, pour le facial supérieur, il n'est que le centre partiel ; le facial supérieur a aussi
(1) On voit, par la position respective de ces centres, qu'il y a un entre-croisement vertical, comme il y a un entre-croisement transversal.
(2) Coupe frontale, faite au niveau de la frontale ascendante, parallèlement au sillon de Rolando.
(3) Coupe pariétale, au niveau de la pariétale ascendante (toujours parallèlement au sillon de Rolando).
CENTRES SPÉCIAUX. — SIÈGE ET DISTRIBUTION. 31 une autre source d'innervation que nous étudierons dans
lapparcil de la vision. . . •
On a d'abord cru que ces centres corticaux étaient uniquement moteurs, parce qu'on n'avait vu que la paralysie motrice succéder à leur destruction. Plus tard on a constate et analysé les troubles sensitifs dans les lésions corticales ( I). Et tout le monde s'accorde aujourd'hui pour placer les centres moteurs et les centres sensitifs, sinon dans les mêmes neurones, du moins dans les neurones de la même région
corticale. . -j < i
Ainsi le quart supérieur delà zone rolandique préside a la motilité et à la sensibilité du membre inférieur du côté opposé, les deux quarts moyens président à la motilité et à la sensibilité du membre supérieur du côté opposé et le quart inférieur préside à la motilité et à la sensibilité de la moitié opposée de la tête et de la langue (2).
Ceci indique déjà que la distribution périphérique des centres corticaux est segmentaire comme la distribution des centres médullaires.
Déjà en 1880, à propos des symptômes segmenlaires que j'étudiais (3), je rappelais les observations de Munk et d'autres qui veulent qu'il y ait, dans l'écorce cérébrale, des zones répondant précisément aux grands segments sensitifs que nous avons établis (membres supérieurs, membres inférieurs, etc.). La même année, R. Tripier montrait la superposition de l'anesthésie et de la paralysie dans un membre donné. En 1884, Allen Starr cite des monoanesthésies brachiales ou crurales (avec superposition de paralysies motrices) par lésion corticale du cerveau. En 1883, Charcot donne la disposition par segments géométriques comme représentant
(1) Voy. Raymond Tripier. De l'anesth. prod. parles lésions des. circonv. ccrébr. Revue mens, de méd. et de chir., 1880, t. IV, no» 1 cL2 et l'AddiLion que j'ai envoyée à ce Mémoire. Ibid., p. 161 (reproduit in Localisât, dans les mal, cérébr., 3^ édit., 1880, p. 129 et 228).
(2) On trouvera dans la thèse de Long tous les faits physiologiques et cliniques qui établissent cette superposition dans l'écorce des centres moteurs et des centres sensitifs (p. 107 à 121).
(3) Mém. divers sur les œsthésiogènes, parus, en 1880, dans la Gaz. hebdom. de méd. et de chir., no 1, p. 3, le Journ. de iherap., t. VU, p. 1 et 521) et le Montpellier médical (t. XXV, p. 39).
le type des anesLhésies de cause corticale. Et, en 1893, Déjerine observe et autopsie un cas de monoplégie (motrice et sensitive) d'un membre par lésion corticale.
De tous ces laits, on peut donc conclure que la distribution péripbérique des centres corticaux est segmentaire, comme la distribution périphérique des centres médullaires.