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VOIES MOTRICES

Les voies motrices de l'appareil visuel comprennent trois grands groupes de nerfs ; les nerfs directeurs du regard (sensoriomoleurs et sensitivomoteurs) (i) les nerfs protecteurs de l'œil et les nerfs de l'accommodation (2).

10 Nerfs omECTEURS, du regard (sensoriomoïeurs).

Ils comprennent les nerfs directeurs à droite et à gauche et les nerfs directeurs en haut et en bas.

1° Les nerfs directeurs à droite et à gauche comprennent les directeurs du globe oculaire et les rotateurs de la tête.

L'anatomie descriptive assigne aux nerfs moteurs du globe oculaire trois sources d'innervation : l'oculomoteur commun (troisième paire) qui innerve les droits supérieur, inférieur et interne et le petit oblique, le pathétique (quatrième paire) qui innerve le grand oblique, et l'oculomoteur externe (sixième paire) qui innerve le droit externe. Mais ce ne sont pas là des nerfs pour le physiologiste et le clinicien qui doivent substituer la notion du nerf cortical à la notion du nerf périphérique.

Rien ne prouve en effet l'existence d'un centre cortical pour chacun de ces nerfs. Nous contractons au contraire toujours ensemble le droit interne d'un œil et le droit

une lésion qui ne siège nullement sur le trajet des voies visuelles; c'est indirectement par l'action anestliésique générale et l'action vasomotrice que se produit cette amblyopie, symptôme d'une lésion extravisuelle, de l'appareil de sensibilité générale. » {Loc. cit., p. 492.)

(1) Les mouvements du globe oculaire et des paupières répondent, suivant les cas, à des excitations sensorielles ou à des excitations sensitives générales; il y a par suite deux centres distincts d'innervation, les centres sensorio-moteurs et les centres sensitivomoteurs. Cette 'idée, très clinique, qui est de nature à concilier des oj^inions d'apparence contradictoire, a été très utilement développée par JoANNY Roux (Double centre d'innervation corticale oculomotrice, in Arch. de neurol., 1899, sept., p. 177.)

(2) .Je ne parle pas des fibres centrifuges du nerf optique, dont le rôle est insuflîsamraent élucidé. Voy. plus haut (p. 5 en note) rhypothôse des nerlii nervorum développée par Mathias Duval.

externe de l'autre, ou simultanément les deux droits supérieurs ou les deux droits inférieurs... 11 faut donc chercher un autre classement des voies motrices du globe oculaire.

L'étude clinique de la déviation conjuguée de la tête et des yeux prouve qu'il y a un nerf rotateur des deux yeux à droite (dextrogyre) et un nerf rotateur des deux yeux ù gauche (Icvogyi'e). Chacun de ces nerfs hémioculomoteurs a un centre cortical bien défini et par conséquent une individualité physiologique et clinique certaine (1).

En 1879, nous avons essayé, Landouzy et moi (indépendamment l'un de l'autre), d'établir que le centre delà déviation conjuguée (2) est dans le lobule pariétal inférieur (fig. 2) . Je disais : « Quand la déviation conjuguée doit être attribuée à une lésion corticale, l'altération siège le plus souvent dans les circonvolutions qui coiffent le fond de la scissure de Sylvius et le pli courbe » ; et Landouzy : « sur le pied du lobule pariétal inférieur, droit et gauche, sur cette partie qui amorce le lobule pariétal au pied de la circonvolution pariétale ascendante (région du lobule pariétal inférieur, intermédiaire aux scissures parallèle et sylvienne). »

Charcot et Pitres ne considèrent pas ces conclusions comme « suffisamment justifiées ». Mais Picot, qui a .soumis la question cà une consciencieuse révision, admet « que, le plus souvent, quand ces lésions existent, elles siègent au niveau du pli courbe ou dans son voisinage, sur le lobe pariétal inférieur, sur la partie postérieure des première et deuxième circonvolutions temporales ».

Henschen pense que « le centre de la déviation conjuguée des yeux se trouve en réahté dans le lobule pariétal inférieur, tout près du lobule du pli courbe ».

Wernicke rapporte une observation intéressante, quoique un peu complexe, et développe les raisons pour lesquelles

(1) Le chiasma oculomoteur (scmidccussation de roculomoteur comimin); Revue neurol., mi, l. V, p. 321 et Lcç.. de Clin.médic, t. in, 18'J8, p. 502.

(2) Vulpian et Prévost avaient montré, en 1868, que la lésion d'un hémisphère peut entraîner la déviation conjuguée des yeux; ot en 1876, Landouzy avait introduit la distinction féconde entre l'effet des lésions irritatives ot l'effet des lésions destructives dans la pathogénie de ce symptôme.

VOIES MOTRICES DE LA VISION. 43 il a pu à cause de la déviation conjuguée, diagnostiquer une lésion du lobe pariétal que Tautopsie a conOrmee. 11 rapproche de notre Mémoire et de celui de Landouzy les expériences de Ferrier et de Munk.

Pour Ferrier, le pli courbe est une des deux régions dont l'excitation entraine la déviation des yeux du côté opposé (nous retrouverons plus loin, dans les nerfs sensitivomoteurs, l'autre centre, placé par Ferrier au pied de la deuxième frontale).

Munk extirpe le lobule pariétal inférieur et voit survenir une altération de la motilité oculaire et en partie aussi de la sensibilité de l'œil : dès lors, il place en cette région un centre (sensitivomoteur) pour la protection et les mouvements de l'œil. ^ , .

Wernicke conclut enfin de son Mémoire : « 1° La déviation conjuguée des yeux, survenant comme symptôme direct d'une lésion en foyer, est toujours en rapport avec une lésion du lobule pariétal inférieur ou des faisceaux de fibres émanant de ce lobule; 2° réciproquement les lésions du lobule pariétal inférieur entraînent toujours la déviation conjuguée des yeux, au moins d'une façon transitoire; 3° les lésions bilatérales symétriques des lobules pariétaux inférieurs paraissent engendrer une forme d'ophlalmoplégie totale qui mériterait le nom d'ophlalmoplégie pseudonucléaire,

Enfin, récemment, Personali a observé un malade atteint de crises jacksoniennes de la tête et des yeux. Il localise la lésion « à l'écorce ou près de fécorce du lobule pariétal inférieur droit avec noyau principal dans le pli courbe, possibilité d'une extension à la zone psychomotrice ». Trois interventions chirurgicales, guidées par ce diagnostic, améliorent très considérablement la situation. L'auteur conclut que « la partie déclive du pli courbe représente un prolongement do la zone visuelle; la partie haute, arquée, est un centre oculomoteur ».

Il me semble donc qu'on peut conclure (1) encore que

(I) Ceilains physiolugisLcs (Schœfer, UnvorricliL, Danillo, Munk. 1888-181)0) ont bien montré que l'excitation électrique du lobe occipital lui-même entraîne la déviation des yeux du côté opposé. Mais il faut se rappeler que l'écorce occipitale est reliée à la fois

le centre do la déviation conjuguée est dans l'étage inférieur du lobe pariétal : lobule pariétal intérieur et pli courbe (1) (fig. 2).

En tous cas, alors môme que le siège de ce centre cortical serait ulléiieurement modilié, une cbose est absolument et définitivement démontrée : c'est qu'il y a dans l'écorce une zone dont la destruction fait la déviation conjuguée des yeux du côté opposé; donc il y a dans l'écorce un centre qui innerve le droit interne du même côté et le droit externe du côté opposé (2). Donc, si nous admettons que c'est le centre courcal qui fait l'unité d'un nerf, il faut admettre un nerf hémioculomoteur ou rotateur du globe oculaire (dextrogyre ou lévogyre) qui aboutit à la périphérie au droit externe d'un côté et au droit interne de l'autre (fig. 10).

La lésion de ce nerf entraîne la déviation conjuguée comme la lésion du nerf hémioptique entraîne l'hémianopsie. Les centres sensoriomoteurs corticaux de l'œil ont une distribution segmentaire, pour la motilité comme pour la vision : segment droit des deux yeux ou segment gauche des deux yeux (3).

aux noyaux ftris do la base ot aux cenlrcs corticaux paviélaux: on comprend dès lors très bien la propagation possible de l'excitation (lu lobe occipital au lobe pariétal ou à ses libres. — Joanny Roux fait un raisonnement analogue, mais avec des conclusions inverses, quand il place le centre oculomoteur (sensoriomoteur) à la face interne et inférieure du lobe occipital (comme le centre sensoriel) : les lésions du pli courbe agiraient par l'intermédiaire des fibres sous-jacentes provenant de la face interne du lobe occipital.

(1) C'est là qu'il est figuré sur les planches murales classiques de Strilmpell et de Jakob.

(2) C'est bien le nerf du droit externe (et non celui du droit interne) qui est croisé, puisque, dans les lésions des hémisphères, le malade regarde riiémisphèrc lésé quand il y a paralysie et ses membres convulsés quand il y a irritation.

(3) Les hémioculomoteurs forment les rênes dont parlait Foville, réunies dans la main du cocher pour diriger deux chevaux. Seulement nous plaçons le cocher dans l'écorce au lieu de le mettre dans le bulbe, ce qui supprime bien des objections faites à la conception do Fovillc. Du reste, le nerf périphérique qu'on appelle l'oculomoteur commun a d'autres sdUrcCa d'iiinorvation que Ib

VOIES MOTRICES DE LA VISION

La conception de ce nerf hémioculomoteur oblige d'admettre qu'il subit une semidécussation comme le ne^^ hémioptique. Comme chaque nerf venu d un seu em sphère envoie des rameaux aux deux globes oculaires, il laut

cenbvs nioleurs corltcaiLx

Fis;. 10.

Trajet des nerfs liémioculomoteurs (lévogyrc et dcxtrogyre) et de l'élévateur de la paupière.

que labranche destinée au droit externe s'entre-croise, tandis que la branche destinée au droit interne ne s'entre-croise pas ffig. 10).

Tout ce que nous venons de dire des nerfs hémioculo-

centre des hémioculomoteurs. La chose est prouvée, même pour le filet particulier du droit interne, notamment par les faits dans lesquels un droit interne est paralysé pour les mouvements conjugués de droite et de gauche et reste actif pour les mouvements de convergence (fait de Sauvineau, serv. deDieulafoy; cit. Pierre Bonnier). Voy. aussi ce que nous disons plus loin du centre cortical de la pupille.

moteurs (dextrogyre et lévogyre) peut se dire des nerfa rotateurs cU la tête.

11 y a deux ordres de muscles susceptibles de faire tourner a tête : 1'^ un groupe (splénius, grand et petit droits postérieurs, grand oblique) qui la fait tourner de son côté ; 2" un groupe (sternocléidomastoïdien et trapèze) qui la fait tourner du côté opposé.

Ces muscles ont une double source d'innervation : le spinal et les nerfs cervicaux.

Tous les neurones inférieurs de ces nerfs sont dans les cornes antérieures de la substance grise de la moelle (1).

Pour le spinal, les prolongements cylindraxiles de ces neurones sortent des cordons latéraux, un peu en avant des racines postérieures des 3 ou 4 premières paii es cervicales, pénètrent dans le crâne en contournant le bord latéral du trou occipital, en ressortent par le trou déchiré postérieur et se terminent (branche externe) dans le sternocléidomastoïdien et le trapèze.

Pour les nerfs cervicaux, il faut considérer les branches postérieures sous-occipitales (des deux premiers nerfs cervicaux) et les branches profondes du plexus cervical (branches antérieures des quatre premiers nerfs cervicaux). Ces nerfs vont aux grand et petit droits antérieur et postérieur delà tète, grand et petit obliques, grand et petit complexus, splenius, droit latéral, sternocléidomastoïdien et trapèze.

En se basant sur les mouvements normaux de rotation de la tête à droite et à gauche et sur la déviation de la tête observée (comme la déviation des yeux) dans certains cas de lésion corticale, il faut admettre un nerf rotateur de la tète (dextrogyre et lévogyre) qui a son centre dans l'écorce (lobule pariétal inférieur) et envoie son innervation aux muscles par des fibres croisées des nerfs cervicaux et par' des fibres directes du spinal.

Donc ce nerf rotateur de la tête subit une semidécussation comme le nerf hémioptique et le nerf hémioculomoteur. Le spinal, ayant également des fibres croisées, subit donc aussi une semidécussation.

(1) Le noyau ambigu, que nous verrons être aussi un noyau du spinal, paraît envoyer pkitôt ses prolongements à la branche interne (larynx, cœur).

VOIES MOTRICES DE LA VISION. 4-

Celle semidécussaUon du spinal est encore démonlrée par los faits de tic ou de convulsion clonique portant simulan ment su e slernocléidomasloïdien d'un coté et sur le rapSe de l'autre côté (1). J'en ai publié une observation curieuse (2) et en ai rapproché une autre de Charcot.

En réalité, les choses sont plus compliquées.

La chnique démontre que la déviation conjuguée change de sens par Rapport à la lésion, quand cette lésion siège dans e mésocéphale, au lieu de siéger dans un hémisphère. 1 aul donc 'admettre que chaque nerf hémioculorao leur et chaque nerf rotateur de la tète traverse en entier la ligne médiane (fig. il) et ne se divise qu'ensmte vers les divers muscles de son domaine.

Cela suppose évidemment un trajet assez complique (3) pour certaines fibres nerveuses. Mais c'est moins diiticile a admettre quand on se rappelle que ce n'est pas le même neurone qui s'entre-croise plusieurs fois : le neurone cortical enverrait toutes ses fibres au neurone mésocéphalique croise, et c'est du neurone mésocéphalique que partiraient les libres, les unes directes, les autres croisées, qui vont aux muscles.

A un certain point de vue même, on peut dire que toutes les fibres de ce dernier neurone sont directes; il sutht de prendre pour axe, non l'axe du corps, mais l'axe de chaque globe oculaire : chaque noyau bulbaire de l'hémioculomoteur correspond à la moitié homonyme des deux globes

oculaires. , , . , t

Cette conception fait rentrer les nerfs hemioculomoteurs et rotateurs de la tête dans la règle générale des nerfs moteurs : pour chacun d'eux, le centre cortical a une action croisée et le centre bulbaire a une action directe sur une moitié des deux globes oculaires (hg. 11).

2° Nous serons brefs sur les nerfs directeurs du regard ^ en haut et en bas. On ne les connaît guère que par leur action

(1) C'est du reste là un gTOupciucnt musculahc que l'on met facileraenten action physiologiquemcnt (pour soulever et regarder sou épaule).

(2) Tic du colporteur (spasme polygonal post-prufessionnel), m Lcç. de CUn. nukl., t. III, 1898, p. 387 et Nouv. Iconogr. de la Salpêtr., 1897, t. X, p. 217.

(3) C'est lïncursion, en boucle, dans le côté opposé, que Landouzy avait déjà admise pour le spinal en 1878.

physiologique cL, pour leurs voies anatomiques, on ne peut guère raisonner que par analogieavec les hémioculomoleurs, dont nous venons de parler.

Il y a un nerf élévateur (n. suspiciens) et un nerf abaisseur (/). despiciens) des deux globes oculaires. Les voies motrices aboutissent au droit supérieur et au petit oblique (rameaux

y pca-ali^sie pêripliéiig^iie G de ioculojnoleur exleme

nem-oizc mézocêphaliquc ; C .

(orijvréelle) de roadojmxf->-^ 0

neurojic méaocéphaUque de^-jT" \ □ l/ie:7Uoculomo?et,ir Idvoffyj-Q centre suprouiucléafre Paj'iKcuid.

d paralysia rmclécczrc de ■~ l'ocuToir.oîc- ur exïerne

.para/^àie nucléaire coit/ajaée.

^^?<C de'vialion cojt/u^uso par

- lésion mesocèjhali^ae .

dJvialion coiy'izg^uée par tspliéf^ue

O neurone jcprHcalde I ThémiocalomoV lévocfi^jV,

Fig. 11. — Sclicma des paralysies oculaires.

de la troisième paire) pour le premier, au droit inférieur (troisième paire) et au grand oblique (quatrième paire) pour le second.

Il doit exister dans le lobe pariétal inférieur (?) un centre bilatéral pour chacun de ces nerfs : chaque centre agissant soit sur le segment supérieur, soit sur le segment inférieur des deux globes oculaires.

2° — Nerfs directeurs du regard (sensitivomoteurs).

Tout ce que nous venons de dire s'applique à ce que l'on peut appeler les mouvements par provocation sensorielle.

VOIES MOTRICES DE LA VISION

On conçoit que ces mômes mouvements puissent être provoqués par des excitations sensitives générales (trijumeau) et alors on peut prévoir que, si le centre moteur visuel est rapproché du centre visuel sensoriel (lobe pariétal inférieur et région calcarine),le centre sensitivomoteur sera rapproché du centre sensitif général (région périrolandique).

Et, on efTet, il y a tout un groupe de faits, soit expérimentaux, soit cliniques, dans lesquels le centre de la déviation conjuguée de la tète et des yeux paraît avoir été sur le pied de la deuxième frontale (fig. 12) (1).

De ce centre, les fibres motrices vont aux noyaux bulbaires des nerfs hémioculomoLeurs et des nerfs rotateurs de la tète, qui reçoivent ainsi leur innervation d'une double source corticaJe.

3° — Nerfs protecteurs de l'oeil.

Nous diviserons les nerfsprotecteurs de l'œil en trois groupes : nerfs sensoriomoteurs et nerfs sensitivomoteurs des paupières, nerfs de la pupille.

Nerfs sensoriomoteurs des paupières. — Nous distinguons deux grands nerfs sensoriomrAeurs des paupières : un nerf d'ouverture (élévateur de la paupière supérieure : iîlet de l'oculomoteur commun) et un nerf de fermeture (orbiculaire des paupières : facial supérieur).

1° Nerf d'ouverture [élévateur de la paupière supérieure). — En 1876, j'ai publié (2) la première observation qui tend à placer dans le pli courbe le centre du releveur de la paupière supérieure. Peu après (1877), Landouzy publie (3) un important travail qui met hors de doute l'existence dans l'écorce d'un centre spécial pour le releveur de la paupière et le place aussi dans le lobule pariétal inférieur. En 1881, Chauffard donne (4) un cas qui est une confirmation remarquable de la localisation de ce centre au pli courbe. Surmont, en 1886, consacre sa thèse à cette question du centre cérébral

(1) Voy. Joanny Roux, loc. cit.

(2) Méning. Parai, limitée à la paupière supérieure gauche : lésoin à l'extrémité de la scissure paraît, droite. Observ. et réil. in Progrès Médical, avril 1876.

(3) Landouzy. Archives générales de Médecine.

(4) Revue de Médecine.

Grasset. — Centres nerveux. 4

de la blépharopLose et rapporte des faits, dont un affirmatif très net observé chez Wannebroucq. Lemoine, en 1887, donne encore (1) une nouvelle observation confirmativc.

11 faut reconnaître qu'en face de ces cinq faits concordants et démonstratifs, il y en a d'autres qui sont, sinon contradictoires, au moins négatifs. Cependant, Pitres est moins éloigné d'admettre cette localisation dans son dernier livre, publié après la mort de Charcot en i 895, que dans son Mémoire (avec Charcot) de la Revue mensuelle de 1877 à 1879. « Il faut reconnaître, dit-il, que les observations confirmatives que nous venons de rapporter donnent une certaine vraisemblance à l'opinion de Grasset et Landouzy. A notre avis, la localisation dans le pli courbe d'un centre cortical du rameau palpébral de la troisième paire ne doit pas être repoussée comme hypothèse inacceptable, mais elle n'est pas encore assez bien démontrée pour qu'on puisse l'admettre sans conteste (2). »

En tout cas, sans insister sur le siège de ce centre son existence est indiscutable. 11 est certain que le nerf de l'élévateur de la paupière supérieure a quelque part sur l'écorce de l'hémisphère opposé un centre spécial (fig. 9).

Donc voilà un filet de l'oculomoteur commun (élévateur de la paupière supérieure) qui est croisé et nous avons vu plus haut qu'un autre filet de la même paire (celui du droit interne) est direct. Si donc on veut admettre un centre cortical à l'oculomoteur commun, il faut admettre que ce nert subit quelque part, comme le nerf optique, une semidecussation, certaines de ses fibres ayant une distribution croisée et certaines autres une distribution directe.

J'ai donné ailleurs (3) les arguments physiologiques cliniques et anatomiques qui militent en faveur de 1 existence de ce chiasma (4) oculomoteur et de sa locahsation dans le mésocéphale.

Revue de Médecine, 2 C'est au pli courbe, ou au lobule du pli courbe, que Hedon • (Précis de Phis iologie, p. 533) place le centre des paupières sui son chéma le la situation probable des centres n.oteurs et sensor.e s (sÏLe chiasma oculomoteur (semidécussation de 1 oculomoteur commun), in Revue neurolog., 1897, t. V, p. 321 et Leç. de dm. mért.,

("^L^sen^décussation, qui était considérée comme une excep-

VOIES MOTRICES DE LA VISION

Voici donc, en somme, ce que serait le parcours de la troisième paire : l'oculomoleur commun part de Fécorce cérébrale (probablement du lobule pariétal inférieur) ; ses fibres vont aux noyaux (1) (origine réelle) situés « dans l'étage supérieur du pédoncule cérébral, au-dessous des tubercules quadrijumeaux ». Là est le chiasma. De certains noyaux, notamment deceluide 1 élévateur de iapaupière supérieure, et, nous verrons aussi plus loin, de celui de l'iris, partent des fibres radiculaires qui s'entre-croisent; et de certains autres noyaux, notamment de celui du droit interne, partent des fibres radiculaires qui ne s'entre-croisent pas et restent directes.

2° Nerf de fermeture {orbiculaire des paupières). — Les premiers expérimentateurs (Ferrier notamment) plaçaient le centre cortical du facial supérieur dans la zone périrolandique : c'est le centre sensitivomoteur que nous retrouverons. Mais ce n'est pas la seule source d'innervation du facial supérieur et le centre spécial visuel du muscle protecteur de l'œil parait être dans le pli courbe (Voy. Picot).

Mendel confondait le centre cortical du facial supérieur avec celui de l'oculomoleur commun. Exner et Paneth, par l'excitation expérimentale du pli courbe, ont déterminé la contraction de l'orbiculaire des paupières du côté opposé. Charcot et Pitres trouvent cette localisation encore douteuse ou insuffisamment démontrée, bien que vraisemblable. Cependant ils placeraient le centre de l'orbiculaire avec les centres des mouvements oculaires et le lobe pariétal inférieur serait la grande réunion des centres moteurs de déplacement et de protection du globe oculaire.

De ce centre cortical, les fibres du facial supérieur descendenl, passent à la partie externe de la couche optique, contribuent à former là le « champ triangulaire de Wernicke », qui représente comme une corne d'abondance, se moule sur la couche optique et embrasse en bas le corps genouillé externe dans son embouchure.

tion réalisée par le seul nerl optique, devient ainsi une règle applicable à bien d'autres nerfs (oculomoteur commun et hémioculomoteur, spinal et rotateur de la tête).

(1) Ces noyaux, bien décrits partout aujourd'hui, sont peut-être aussi nombreux que les nerfs terminaux de la troisième paire.

52 ANATOMIE SPÉCIALE DES CENTRES NERVEUX. i

De Jà ces fibres arrivent au noyau du facial supérieur (Voy. Marinesco). Certains anatomisles (Duval, Testut) ] admettaient un noyau commun pour le facial et l'oculomoteur externe. A cette opinion combattue par d'autres anatomistes (Gudden, Cajal , van Gehuchten), Mendel a substitué l'opinion d'un noyau commun au facial supérieur et à l'oculomoteur commun, tandis que Gowers et Bruce | rapprochaient ce noyau du facial supérieur de celui de ; l'hypoglosse. Marinesco fait aboutir les fibres du facial supérieur dans le noyau commun du facial.

On voit donc que le noyau commun du facial reçoit ainsi son innervation d'une double source : partie inférieure de la zone rolandique pour le facial nerf général (Voy. plus haut, p. 30) ; lobule pariétal inférieur pour le facial nerf j de l'œil. i

C'est ce qui explique que, dans l'hémiplégie cérébrale, quand le facial est atteint, le facial supérieur le soit à un moindre degré que le facial inférieur [V^oy. Mirallié (1)].

De ce noyau, les fibres du facial vont à l'orbiculaire du côté opposé à l'hémisphère centre. • .

3° Ainsi innervées par les deux nerfs antagonistes que

nous venons de décrire, les paupières sont le siège de , diverses espèces de moummenls que nous pouvons classer sous trois chefs : réflexes, automatiques et volontaires, et

qui ont des centres différents. '

Les mouvements réflexes sont ceux que les paupières |

exécutent sous l'influence de la lumière ou de l'approche \

d'un corps étranger (clignotement, clignement, réflexe d'é- '

blouissemcnt). L'arc réflexe est constitué par le nerf optique |

comme voie sensitive, les nerfs protecteurs de l'œil -

comme voie motrice; quant aux centres de réflexion, ils \

(l)Dans son travail, d'ailleurs fort intéressant, Mirallié attribue l'intégrité relative du facial supérieur à ce fait que les deux nerfs j facial supérieur sont synergiques ; c'est la loi de Broadbent et .] Gharcot : dans l'hémiplégie, les muscles des mouvements associés : sont affectés à un degré beaucoup moindre que les muscles à i mouvements asynergiques. Mais le facial" inférieur ne préside-t-il pas, lui aussi, à des mouvements bilatéralement synergiques? — Voy. sur le môme sujet, la thèse de mon chef de clinique, le Dr Calmette (Montpellier, 1901). j

VOIES MOTRICES DE LA VISION. 53

siègent (fig. 8) au niveau des centres primaires optiques, dans les noyaux gris de la base du cerveau, spécialement dans les tubercules quadrijumeaux.

En effet, von Monakow a vu les tubercules quadrijumeaux antérieurs dégénérés en partie avec le pulvinar et le corps genouillé externe après destruction expérimentale ou clinique des voies visuelles. 11 a vu, d'autre part, la lésion d'un des tubercules quadrijumeaux antérieurs évoluer sans altération essentielle de la vision, mais avec des troubles des mouvements des yeux et de l'innervation des pupilles. De plus, les anatomistes admettent dans les tubercules quadrijumeaux, outre les fibres optiques arrivant de la rétine et les fibres optiques allant à l'écorce, des ^ fibres descendantes qui « se dirigent vers la protubérance et le bulbe, se mêlent aux fibres de la bandelette longitudinale postérieure... et se terminent toujours par des arborisations libres, dans les noyaux moteurs des nerfs bulboprotubérantiels... Les tubercules quadrijumeaux antérieurs deviennent ainsi le centre ganglionnaire de la voie optique réflexe » (Testut).

J'appelle mouvements automatiques des paupières focclusion des yeux pendant le sommeil.

Ces mouvements sont bien distincts des mouvements volontaires. J'ai en effet publié (1) l'observation curieuse d'un homme qui avait ses réflexes de clignement, qui dormait les yeux fermés et ne pouvait absolument pas fermer ses yeux volontairement. C'était un cas de paralysie pseudobulbaire.

Dans cette maladie (2), le facial supérieur ne s'est trouvé atteint que dans 4 cas sur 37 observations ; dans ces 4 cas, la lésion siégeait à la partie externe du noyau lenticulaire du corps strié. Mais nous n'avons trouvé que 2 cas (avec autopsie) dans lesquels le facial supérieur fut jpris pour les ^mouvements volontaires et pas pour les réflexes et le sommeil.

Dans le premier (Magnus), kyste hémorragique ayant détruit deux circonvolutions dans l'hémisphère droit, au bord

(1) Leç. de Clin, médic, t. III, 1898, p. 494.

(2) Voy. la thèse de mon collègue Galavielle. Des parai, pseudobulb. d'orig. cérébr. Thèse de Montpellier, 31 juillet 1893.

5i ANÂTOMIE SPÉCIALE DES CENTRES NERVEUX.

externe, là où le lobe antérieur et le lobe moyen se confondent. Dans le second (Tiling), foyer de ramollissement bilatéral, cortical et un peu souscortical occupant les deux circonvolutions centrales, le lobule pariétal inférieur.

Plus récemment Tournier a publié un nouveau fait plus complexe d'ophtalmoplégie ne portant que sur les mouvements volontaires (paupières et globe oculaire) avec conservation des mouvements réflexes. Ramollissement, à droite dans la capsule externe et le segment externe du noyau lenticulaire; à gauche, région analogue et tumeur sur le pli de passage du lobule pariétal supérieur avec la pariétale ascendante.

Ces faits, quoique en nombre encore bien réduit, semblent bien indiquer que le centre de ces mouvements automatiques est quelque part au-dessous des centres corticaux volontaires.

Quant au centre des mouvements volontaires spontanés, il est au-dessus de cette région d'association automatique supérieure, dans notre centre 0 (région préfrontale ?).

Nerfs sensitivomoteurs des paupières. — Le centre pariétal que nous venons de décrire aux nerfs d'abaissement et de relèvement des paupières est le centre sensoriomoteur. Un assez grand nombre de faits prouve qu'il y a dans la zone périrolandique un autre centre (sensitivomoteur) pour les mêmes nerfs.

Pour l'orbiculaire, nous avons déjà décrit plus haut le centre périrolandique du facial (à la partie inférieure de la région sensitivomotrice générale).

Pour l'élévateur de la paupière supérieure, il y a aussi des faits montrant que le ptosis peut accompagner la paralysie du facial dans l'hémiplégie vulgaire (Voy. Mirallié) et que par suite le nerf qui ouvre l'œil a, comme le nerf qui le ferme, un centre sensitivomoteur dans la région périrolandique.

Les nerfs de protection palpébrale de l'œil auraient donc, comme les nerfs de direction de l'œil, une double source d'innervation ; antérieure (1) (sensitivomotrice) et postérieure (sensoriomotrice).

(1) A ces nerfs sensitivomoteurs appartiennent les réflexes d'origine non visuelle, comme les mouvements des paupières pour faire cheminer les larmes.

VOIES MOTRICES DE LA VISION. 53

Nerfs de la pupille. - Us sont de deux ordres : nerf de fermeture (resserrement) et nerf d'ouverture (dilatation).

Le resserrement est produit par la contraction du sphincter pupillaire. Quant à la dilatation, son mecamsme est beaucoup plus discuté. . , ^ .

Avec Renie, KôUiker et d'autres, on avait admis d abord un muscle dilatateur de la pupille ; puis, avec Grunhagen, on l'a nié : la dilatation était due alors au relâchement du constricteur. Aujourd'hui, avec Gabrielides et Vialleton, on admet de nouveau l'existence du muscle dilatateur (1).

En tout cas, l'oculomoteur commun est le nerf de la constriction et le grand sympathique le nerf de la dilatation

de la pupille. «. ,

Le grand sympathique cervical contient en etlet des libres iridodilatatrices : la section donne du myosis et l'excitation du bout périphérique fait de la mydriase.

Le centre inférieur en a été placé (Voy. Seehgmuller) dans la moelle par Budge (1885), entre la quatrième racine cervicale et la deuxième dorsale (centre ciliospinal) ; Grunhagen (1884) le place plus haut dans la moelle allongée ; Kocher (1896) fait parcourir toute la moelle cervicale, du haut en bas, par les fibres oculopupillaires.

En tout cas, M""^ Déjerine-Klumpke a établi que ces fibres passent par le rameau communiquant de la première dorsale (2) (avec le grand sympathique). François Franck a montré qu'à la base du crâne ces fibres iridodilatatrices abandonnent le grand sympathique et se joignent au trijumeau dans le ganglion de Gasser; de là, elles vont par l'ophtalmique et les filets cihaires au globe oculaire et au plexus ciliaire.

Quant à l'oculomoteur commun, dont nous connaissons déjà le trajet intracérébral, il envoie à l'iris un filet croisé.

La motilité de l'iris paraît aussi avoir un centre supérieur cortical. Ferrier avait déjà obtenu des modifications dans le diamètre de la pupille par l'excitation de la surface du cerveau

(1) Voy., pour toute celle question, l'important travail fait dans le laboratoire de Viallelon : Edouard Guynfeltt, Le muscle dilatateur de la pupille chez les mammifères. Thèse de Montpellier, 1899, n" 40.

(2) Voy. : Raymond. Parai, radicul. du plexus brach. Clin, des mal. du sysl. nerv., t. I, 1896, p. 225.

b6 ANATOMIE SPÉCIALE DES CENTRES NERVEUX. Chez le singe le chien, le chat et le lapin. Piltz vient de confirmer la chose et de préciser ce centre, en en fixant le siège chez le lapin) à la jonction du lobe pariétal et du lobe occipital, près de la ligne médiane.

Ainsi innervé, l'iris est surtout le siège de divers mouvements réflexes, mais il y a aussi des mouvements qui dépendent, dans une certaine limite', des impulsions volontaires

11 y a deux ordres de centres réflexes : les centres médull laires et les centres cérébraux.

Des centres médullaires, dont nous venons d'indiquer le siège, partent spécialement les mouvements pupillaires provoques par la douleur ou une action centripète intense action transmise alors par les voies sensitives générales' comme le clignotement par contact du globe oculaire. Ce sont des réflexes non visuels.

Les réflexes iridiens, vraiment visuels, ont leur centre à la base du cerveau (fîg. 8), vers les tubercules quadrijumeaux. Nous avons déjà parlé, à propos des réflexes palpébraux, des connexions de ces centres primaires optiques.

Wernicke a posé cette loi clinique M ° si la voie nerveuse des fibres pupillaires du nerf optique est interrompue derrière les tubercules quadrijumeaux, l'arc réflexe allant de la rétine à ces ganglions demeure intact et les pupilles réagissent comme d'ordinaire à l'excitation lumineuse ; 2° si la voie nerveuse est intéressée en avant des tubercules quadrijumeaux, le réflexe lumineux pupiliaire fera défaut (1).

^ Mendel a montré, chez le chien, le chat et le lapin, que l'ablation de l'iris laisse intacts le nerf optique, le tubercule quadrijumeau antérieur et le corps genouillé externe, mais entraîne constamment l'atrophie de la masse et dos cellules constituantes du ganglion de l'habénule (3). C'est le ganglion

(1) Lcydcn a publié, en 1892, la première observation, avec autopsie, conllrniant cette règle. Voy. aussi les observ. LXIX LXXI, LXÎÇV et LXVII de Vialet.

(2) L'étage supérieur de la couche optique comprend trois noyaux d'avant en arrière : le troisième, le plus petit, en forme de massue, a une extrémité antérieure effilée qui est l'habénule ou rêne ou frein de la glande pinéale, et une extrémité postérieure, plus grosse, arrondie, qui est le ganglion de l'habénule. Ce ganglion de l'habénule se confond en dedans avec la glande

VOIES MOTRICES DE LA VISION

de l'habénule qui serait le centre du réflexe oculopupillaire.

Restent enfin les réflexes iridiens à l'accommodation. Ce ne sont pas des réflexes à proprement parler, mais des mouvements automatiquement réalisés sous l'influence d'une innervation corticale. Quand nous fixons un objet plus ou moins éloigné, si même, par la pensée et dans l'obscurité, nous regardons uli objet éloigné ou rapproché, il se produit des mouvements dans l'iris : ces mouvements ont l'écorce pariétooccipitale pour centre et l'oculomoteur commun pour voie centrifuge (1).

Nerfs de raccommodation. — Les mouvements d'accommodation se passent dans le cristallin et ont pour agent le muscle ciliaire. Ce muscle est formé de fibres radiées ou méridiennes et de fibres annulaires ou équatoriales (muscle de Rouget).

Ces deux ordres de fibres auraient une action analogue (2) : dans le relâchement du muscle, « le cristallin est déprimé et aplati au maximum, d'une façon purement mécanique par la tension des fibres de la zonule de Zinn » ; l'œil est alors accommodé pour l'infini ou plutôt pour le punctum remotum. Le muscle ciliaire, par ses deux ordres de fibres, relâcherait la zonule et alors le cristallin augmente mécaniquement la convexité de ses courbures, et l'œil est ainsi accommodé pour des objets plus rapprochés.

La contraction de ce muscle ciliaire est actionnée en sens inverse par le moteur oculaire commun et par le sympathique : le premier entraine la contraction du muscle et fait bomber le cristallin; le second « produit le relâchement du muscle ciliaire, sans doute en développant une action inhibitoiredans les ceUules ganglionnaires du plexus ciliaire, comme l'ont avancé Morat et Doyon ».

pincalc qui est siUii'o au inllleu. Gctho glande pinéale est eJlein»;mc coucliée sur le tubercule quadrijumeau antérieur, immédiatcnient au-dessous du bourrelet ou splénium (extrémité postérieure) du corps calleux.

(1) On sait que, dans certains états pathologiques, les réllexcs iridiens à la lumière et à raccommodation peuvent être dissociés et inégalement atteints (signe d'Argvll-Robertson dans le tabès)

(2) Voir I-IÉDON. Précis de physiol. 2^ édit. 1899, p. S91

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