GROUPEMENT DES NEURONES EN SYSTÈMES
Les neurones des centres nerveux sont groupés (au point de vue physiologique) en trois systèmes : le système inférieur ou péripJiérique, le système intermédiaire ou de relais et le système supérieur ou cortical.
i'^ Au bas de cette échelle physiologique, le système inférieur ou périphérique {neurones de réception ou d'émission) comprend deux groupes de neurones : ceux des nerfs moteurs et ceux des nerfs sensitifs.
Les neurones des nerfs moteurs (neurones d'émission) ont leurs corps cellulaires groupés : pour les nerfs rachidiens, dans les cornes antérieures et latérales de la substance grise de la moelle ; pour les nerfs crâniens, dans les noyaux gris bulboprotubérantiels, que l'on appelait autrefois leur origine réelle.
(1) Mathias Duval est revenu sur cette question (L'amœboïsmc du syst. ncrv., Revue scienlif., mars 1898; Revue neuroL, 1899, p. 55). Il admet l'iiypotlièse des nervi nervorum « fibi'es centrifuges commandant l'activité amiboïdc des éléments nerveux cl agissant sur l'articulation de deux neurones sensitifs selon l'étal d'attention commandé par le cerveau ».
Les neurones des nerfs sensitifs (neurones de réception) ont leurs corps cellulaires groupés ; pour les nerfs rachidiens, dans les ganglions spinaux des racines postérieures ; pour les nerfs crâniens, dans les ganglions deJSasser, géniculé, rétinien, etc.
""^Ue système intermédiaire, {neurones d'association, de relais ou de renforcement) est formé par plusieurs groupes de neurones ; nous citerons : les noyaux gris de la base du cer- A/1 veau (couches optiques, corps striés, tubercules quadriju- V| meaux, corps genouillés), l'écorce grise du cervelet et d'autres masses ou colonnes grises médullaires (cornes postérieures) et bulboprotubérantielles dont nous reparlerons.
3° Enfin, à l'autre extrémité de l'échelle physiologique, est le système supérieur ou cortical {neurones de perception). Les corps cellulaires de ces neurones (sensoriels, moteurs et sensitivomoteurs) forment la substance grise des circonvolutions cérébrales.
En physiologie et en clinique, on est obligé de dédoubler ce dernier système de neurones supérieurs en deux groupes : le groupe des neurones de l'autonia^Usme psychologique et le groupe des neurones de la''*ceî^ébralité supérieure, volontaire et libre. f""* '
J'ai étudié ailleurs (1), après Pierre Janet et d'après lui, cette fonction psychique inférieure', qui n'est pas l'arc réflexe ordinaire, puisqu'elle aboutit à des actes coordonnés, intelligents, conscients même à un certain point de vue, et qui doit être aussi « soigneusement distinguée de la fonction psychique supérieure, siège de l'intelleclualité supérieure, de la personnalité pleine et vraie, de la conscience entière et morale, de la liberté et de la responsabilité ». f L'activité de ces neurones (psychiques inférieurs) apparaît :
' 1° chez les individus tout à fait sains, dans le sommeil ( naturel, les rêves et une série d'actes de distraction ; 2° chez les nerveux, dans les cauchemars, les rêves parlés et actifs, > les tables tournantes, le cumberlandisme, la lecture de la pensée, la baguette divinatoire, l'écriture automatique de \ certains médiums, le spiritisme ; 3° chez les malades, dans
(1) De l'automatisme psychologique (psychisme inférieur; polygone cortical) à l'état physiologique et pathologique m Leçons de clinique médicale, 3e série, p. 122.
GROUPEMENT DES NEURONES EN SYSTÈMES. 7 le somnambulisme, la catalepsie, les paralysies, anesthésies el autres symptômes de l'hystérie, certains symptômes de lepilepsie, riiypnotisme et l'état de suggestibi ite, les dédoublements de la personnalité, certains cas d aphasie et d'autres troubles comme l'astasie-abasie (1).
Toutes les manifestations de ce psychisme inférieur sont spontanées (ce qui les distingue des actes réflexes) et ne sont pas libres (ce qui les distinguedes actes psychiques supérieurs).
Les nombreux neurones qui président à ce psychisme inférieur sont dans l'écorce cérébrale et y forment ce que j'ai appelé le polygone cortical (fig. 1). Au-dessus (physiologiquement) sont réunis les neurones du psychisme supérieur, dans ce que j'ai appelé le centre 0.
La conception de ce centre physiologique supérieur 0 est indépendante des théories métaphysiques et religieuses de chacun. Je n'ai aucune tendance à chercher, comme on me l'a reproché, le siège anatomique de l'âme, et à imiter Descartes quand il la plaçait, je crois, dans la glande pinéale.
Je dis simplement que, pour le physiologiste et pour le clinicien, il y a, dans le psychisme humain, des fonctions supérieures et des fonctions inférieures : à ces fonctions diverses doivent correspondre des neurones divers (ou des fonctions drvefseTcIës mêmes neurones). Je désigne par 0 l'ensemble des neurones qui président au psychisme supérieur et j'appelle polygone cortical l'ensemble des neurones qui président au psychisme inférieur ou automatique. Voilà tout.
Je reconnais que cette conception est purement physiologique, qu'elle est basée sur l'observation de l'homme sain et^malade, mais qu'elle n'a pas une base précise en anatomie topographique. Cependant, il est intéressant d'en rapprocher, à ce dernier point de vue, les publications de Flechsig sur les centres de projection et cV association.
Appliquant sa méthode de l'étude des myélinisations contemporaines dans les diverses parties des centres nerveux, Flechsig pense qu'une partie seulement de l'écorce
(1) Voir aussi ce que nous disons plus loin des parakinésies que de Biick rapproche des paraphasies et la réponse que j'ai essayé de faire aux diverses objections formulées, in Maladies de rorientation et de l'équilibre, p. 78.
envoie des libres, diles de projection, aux masses grises situées plus bas (centres de projection) ; les autres parties de Fécorce envoient seulement des fibres aux centres corticaux (centres d'association).
Les centres de projection (tiers de l'écorce) comprennent
Fig. 1. — Schéma général des centres autoniatiques supérieurs (centres psychiques inférieurs et centre psychique supérieur 0).
0, centre psychique supérieur de la personnalité consciente, de la volonté libre et du moi responsable. — Polygone A, V, T, E, M, K des centres automatiques (centres psycliiques inférieurs) ou de l'automatisme psycholo^ic^ue. — A, centre auditif. — V, centre visuel:" — Tr centre "tactile (sensibilité générale). — K, centre kinétique (mouvements générau.x). — M, centre de la parole. — E, contre de l'écriture. ' '
quatre sphères sensitivomotrices (tactile, visuelle, auditive et olfactive.) La sphère tactile (sensibilité générale et goût) comprend (fig. 2 et 3) : les circonvolutions frontale et pariétale ascendantes avec le lobule paracentral, plus le pied des trois frontales et, à la face interne, une partie de la frontale interne et de la circonvolution du corps calleux. La sphère olfactive comprend le tubercule olfactif et le
GROUPEMEiNT DES NEURONES EN SYSTÈMES.
crochet de riiippocampe; la sphère visuelle : la zone péricalcarine (cuncus, lobule lingual, pôle occipital); la sphère auditive : la partie moyenne de la première temporale. Les centres d'association occupent tout le reste du cerveau.
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