A^'ATOMIE COMPARÉE DU CERVEAU
bord antérieur de la protubérance annulaire (i), ce qui paraît devoir être attribué à la contraction qu'a éprouvée l'encéphale ; chez les cétacés (2) elle s'en éloigne , mais moins que chez l'homme , par la même cause ; chez les singes (5) , elle est souvent plus près du pont (4) que chez l'homme (5) ; chez les carnassiers digitigrades (6) , elle conserve souvent le même rapport que chez ce dernier (7). D'autres fois la troisième paire s'écarte du pont^ comme chezlalontre (8) ; chez les plantigrades (9), elle est toujours plus distante du pont (10) que chez les digitigrades (11); enfin chez les ruminans ( 1 2) et les rongeurs ( 1 3) , elle est plus écartée du pont (i4) que chez les mammifères précédens. Les variations du volume du pont de varole influent d'une manière générale sur ce rapport;
(1) PI. IX, fig. 208, P.
(2) Pi. XII, fig. 234, n-SjP.
(5) PI. VIII,fig, i94,n»5, P.
(4) Pl.VIII,fig. 197, n«3,P.
(5) PI. Xm, Cg. 247, nos, P.
(6) PI. XV, fig. 290, n" 5, P.
(7) PI. XIV, fig. 266, n" la, P.
(8) PI. X, fig. 233, n-S, P.
(9) PI. XI , fig. 23i , n" 3.
(10) PI. XI, fig. 23 1, P.
(11) PI. XV, fig. 290, n-'S, P.
(la) PI. XIV, fig. 263, n-g, P.
(i3) PI. XIII, fig. 25i,n°3.
(i4)]Pl. XUI,fig. a5i,P.
NERFS Di: T.A VISION. 7)j9
mais elles ne peuvent en expliquer toutes les modifications.
Le volume relatif de la troisième paire va en augmentant de l'homme aux singtîs (i) , aux carnassiers plantigrades (2) , aux digitigrades (3) , aux ruminans (4) et aux rongeurs (5). Lcdrill (6), le mandrill (7) , parmi les singes ; le cheval (8) , le chameau (9) , le lama (10) et le bouc do la Haute-Egypte (11), parmi les ruminans , sont remarquables particulièrement sous ce rapport.
On a dit que dans toutes les classes , la sixième paire de nerfs prenait son origine sur le sommet des pyramides à leur entrée dans le pont , chez les mammifères et l'homme , et vers le point où il devrait se trouver dans les autres classes. Il est nécessaire de corriger par les faits la généralité do cette assertion.
MM. Gall , Spurzheim et M. le baron Cuvier , ont mieux précisé l'insertion de ce nerf qu'on ne
(OPl.VIII,fig. L94,n"3.
(3) PI. XIV, fig. 266, n»5.
(3) PI. XI, fig. 23 1, n"3.
(4) PI. XV, fig. 275. n»3.
(5) PI. XIV, fig. 258 , n° 5.
(6) PI. VIII, fig. 194, n»3.
(7)P1. VIII, fig. 197, n« 3.
(8) PI. XV, fig, 275, n» 3.
(9)P1. XIII,fig. 849,n-3.
(10) PI. XVI, fig. 295, n»3.
(11) PI. XIV, fig. 262, n" 3
.>-|0 AXATOMIli COMMRÉE DU CERVEAU,
l'avait fait ayant eux. Morgagni, Willis, Sanctorini , Malacarne , Meckel avaient distingué chez l'homme les racines qui s'implantent quelquefois sur le pont, de celles qui joignent les pyramides. Il est même douteux que l'insertion s'arrête aux pyramides ; chez l'homme il n'est pas rare de la suivre sur les côtés , jusques sur les cordons antérieurs de la moelle épinière , au côté interne des olives. Néanmoins le plus souvent , on la rencontre dans l'homme et la plupart des singes , sur la base de la pyramide antérieure ( i ) , au moment où elle s'engage dans le pont. Chez le phoque , elle est, de même que chez l'homme , sur le milieu de la pyramide (2) , à son entrée dans le pont ; mais une partie de ses faisceaux s'insère sur le trapèze de la moelle allongée , en passant dans un écartement des fibres des pyramides. Chez le raton (3) , l'insertion se fait plus bas que chez les mammifères précédens , les fibres du nerf s'implantent au côté externe de la pyramide dans le sillon qui la sépare du trapèze (4) ; les plus inférieures dépassent ce corps , et se portent sur le cordon antérieur de la moelle allongée. Chez la marte, l'implantation a lieu dans le sillon (5) ; le nerf ne descend pas aussi
fi) PI. VIII,fig. 197, n" 6.
(2) PI. IX, fig. 208, n" 6.
(3) PI. VIII, fig. 200, n"6.
(4) PI. VIII, fig. aoo,T.
(5) PI. XV, fig. 990, n* 6,
bas que chez le raton. Chez le lion (i) , le nerf de la sixième paire occupe le milieu de la base de la pyramide. Cette diffërence d'insertion chez les carnassiers est produite en grande partie par le volume de la pyramide : plus la pyramide est large (2) , plus l'insertion du nerf lui correspond . comme cela a lieu chez le lion ; plus elle est étroite (5) , plus le nerf est rejeté sur le côté ; c'est le cas de la marte (4) et du raton (5). Une disposition semblable se remarque chez les singes : chez le drill (6) , la base de la pyramide étant élargie, le nerf en occupe la partie médiane (7). Chez le mandrill (8) , la pyramide étant plus étroite à son entrée dans le pont, les faisceaux externes du nerf sont déjetés sur les côtés (9). Le kanguroogéant fait exception à cette règle ; car le nerf s'implante dans le sillon ( 1 o) qui sépare le trapèze de la pyramide, quoiquecettedernièresoittrès-large(i i). Le pécari est , au contraire , dans le même cas que
(i) PI. XIV, fig. 266, n"(j.
(2) n. XIV, flg. 2G6, A.
(3)Pl XV, fig. ago, A.
(4) Ibidem.
(5) PI. VIII, Cg. 200.
(6) PI. VIII, fig. 197, B.
(7) PI. VIII, fig. 197, n° 6.
(8) PI. VIII, fig. .94, B.
(9)P1. VlII.fig. i9/,,n-6.
(10) PI. XVI, fig. 299, n"6.
(il) PI. XVI, flg. 299, n- 11.
.) ^'2 ANAiOMlE COMPARÉE DL CERVEÂl ,
la marte et le raton : les pyramides sont étroites ( i ) ; le nerf a quitté la pyramide , il s'est porté entièrement sur son côté externe dans le sillon précédemment indiqué (2). Chez le dauphin, la sixième paire de nerfs (3) est restée à la place qu'elle occupe en arrière du pont chez l'homme , la plupart des singes et le phoque ; mais comme la base de la pyramide (4) est séparée du pont (5) par un enfoncement quadrilatère qui correspond au trapèze (6) , le nerf et la pyramide ont perdu leurs rapports ordinaires (7). C'est une disposition que je n'ai observée que chez les cétacés. Chez l'ours brun , la sixième paire (8) est plutôt en rapport avec le trapèze (9) qu'avec la pyramide (10). L'insertion a immédiatement lieu sur le trapèze , chez le bouc de la Haute-Egypte (1 1) : chez les ruminans et les rongeurs , j'ai toujours vu ce nerf s'implanter dans le sillon déjà indiqué , ainsi qu'on le
(i) PI. XVI, fig. 5oo, n"ii.
(2) PI. XVI, fig. 5oo, n» 6, T.
(5) PI. Xîl,fig. 254, n°6
(4) PI. XII, fig. 234, A.
(5) PI. XÎI, fig. 254, P.
(6) PI. XII, fig. 234, T.
(7) PI. XII, fig. 254, n"(>, A.
(8) PI. XI, fig. 23i,n"6.
(9) PU Xîs fig. 25 1 , T.
(10) PI. XI, fig. a3i , A.
(11) PI. XIV, fig. 362, n"6,T
NERFS hV. LA VISTON. 343
remarque chez le cheval (i) . le lama (2) , le chameau (3), le castor (/|) , ie hérisson et le porccpic (5). J'ai insisté sur ces variations pour prouver que les nerfs ne s'insèrent pas coustaniment sur la même partie. Treviranus a fait la même remarque : or , ces faits inconciliables dans l'hypothèse reçue sur l'origine des nerfs, concordent parfaitement avec le principe de leur insertion sur la masse cérébro-spinale du système nerveux.
Lorsque la sixième paire dépasse l'insertion de la pyram-ide ou du trapèze de la moelle allongée, les faisceaux se dirigent vers le cordon antérieur du haut de la moelle épinière , de la manière que je l'ai fait représenter chez le chevreau (6) ; chez l'embryon humain du cinquième au sixième mois, j'ai remarqué que l'un des faisceaux antérieurs de la moelle épinière se portait sur le nerf en même temps que le nerf marchait à sa rencontre.
Chez tous les oiseaux , la sixième paire corres»pond , dans son insertion , au même point que chez l'homme et les singes , ainsi qu'on peut le voir chez l'autruche (7) , la bondrée (8) , la cigo-
(1) PI. XV, fig. 2r5,n°(i,T.
(2) PI. XVI, fig. 295, 11*6, T.
(3) PI. XIII, fig. 249, 11-6, T.
(4) PI. XIV, fig. 258, n'OjT.
(5) PI. XIII, fig. 25i, n'6, T.
(C.) PI. XIII, ûg. 243, n°6.
(7) PI. IV, fig. 98, n- 4.
(8) PI. IV. fig. 88, n- 14.
344 AxNATOMIE COMPARÉE DU CERVEAt ,
gne (i), l'hirondelle (2) , le roitelet (3) et le casoard (4) ; elle s'insère vers la même place chez la grenouille (5), la vipère hajé (6), le caméléon (7), le crocodyle (8) et la tortue franche (9). Chez un grand nombre de poissons , elle abandonne les "ordons pyramidaux , de même que chez certains ynammifères , elle se porte vers les cordons des olives , comme je l'ai montré chez les poissons osseux ( 1 o) et cartilagineux (11). Ainsi, je le répète, l'insertion d'un même nerf ne se fait pas rigoureusement sur la même partie, dans toutes les classes, ni dans les familles de la même classe.
La quatrième paire est néanmoins , comme la troisième, invariable dans son insertion ; elle s'implante constamment sur la lame blanchâtre qui forme la valvule de Yieussens , en arrière des tubercules quadri jumeaux (12) , chez les mammifères , et des lobes optiques, chez les oiseaux ( 1 5) ,
(1) PI. IV,fig. io3, n»4.
(2) PI. IV,fig. 92,n»2.
(5) PI. IV,f,g. 94,n» ,0.
(4) PI. Ill,fig. 79, n»3.
(5) PI. V, fig. 151,0" 17.
(6) PI. \' , fig-. 137, n" 4.
(7) PI. V, fig. 112, n" 8.
(8) PI. V, fig. 117. n° 9.
(9) PI. V,ftg. 122, n» 5.
(10) PI. VII,. 6g. 164, n"5.
(11) PI. VI, fig. 148, n" 16.
(12) Pi. XIII, fig. 245, n° 4.
(i5) PI. III, fig 78, n'6.
NERFS DE I.V VlSfOV. .V|5
es reptiles (i) et les poissons (2). Cette insertion devient pour la détermination des diverses parties de l'enei^phale nn caraetèrc très-important : pour peu qu'on y réflcchis«(;, on verra, en elFet , qu'on ne peut iiiire naître cette paire de nerfs delà partie post<5rieure des tubercules quadrijumeaux, chez les mammifères , des couches optiques chez les oiseaux , et de la partie postérieure des hémisphères cérébraux des poissons, ainsi qu'il faudrait le déduire de^ déterminations reproduites par le célèbre Treviranus.
Chez les carnassiers, j'ai souvent rencontré un faisceau descendant des tubercules quadrijumeaux postérieurs , et se portant vers la quatrième paire ; je l'ai pareillement observé chez le marsouin. Je ne l'ai jamais aperçu ni chez les ruminans , ni chez les rongeurs.
Si les nerfs ne prennent pas leur origine dans la masse encéphalique pour se rendre aux organes; si au contraire, ainsi que je l'ai vu, ils se portent des organes vers les points de l'encéphale , où ils s'implantent, il devient important de déterminer l'époque où se fait cette insertion , et où s'établit cette conmiunication du système nerveux central avec le systèmes nerveux excentrique. Voici les recherches que j'ai faites sur ce sujet tout-à-fait nouveau.
(1) PI. V, fig. 116, rr 5.
(2) PI. VI, 6g:. 159, n* 2 et 6.
Chez le têtard des batraciens (ia grenouille et les crapauds), l'œil est formé et distinct dès les quatrième, cinquième et sixième jours, après la ponte de l'œuf; on trouve le nerf optique ; mais il ne paraît pas dans le crâne membraneux du Jeune batracien ; ce n'est que vers les septième et huitième jours qu'on le rencontre , et vers le neuvième et le dixième , qu'on le voit pour la première fois s'implanter à la base de la vésicule qui doit former les lobes optiques : les nerfs de la troisième et de la quatrième paire sont implantés au neuvième jour; celui de la sixième l'est quelquefois au huitième.
Chez l'embryon des oiseaux , l'œil est très-bien formé dès les deuxième et troisième jours de l'incubation; au fond du globe de l'œil se trouve le nerf optique, d'un volume proportionnel à celui de l'organe de la vision; si à cette époque on coagule par l'alcohol le liquide et les pellicules membraneuses, qui constituent les vésicules de l'encéphale, on n'y trouve aucun vestige du nerf optique ; je n'ai aperçu ce nerf à la base du lobe optique que du quatrième au cinquième jour chez le poulet , le pigeon et le faisan argenté ; aux cincjuième et sixième, chez l'oie, le canard domestique , le canard musqué et le dindon : la troisième paire se rencontre quelquefois plus tôt , quelquefois plus tard que le nerf optique ; la quatrième paire est toujours plus tardive , je ne l'ai rencontrée qu'au sixième jour, chez le poulet, et aux septième et
huitième , clicz le canard et l'oie. J'ai fait la même observation pour la sixième.
Chez des embryons de la fin de la deuxième semaine, d(; l'homme, du cheval, du mouton et du veau , j'ai aperçu le globe; de l'œil formé par un point noir; à la fin du premier mois, il était bien constitué , le nerf optique était au fond , il ne pénétrait pas dans le crâne. Sur cinq embryons de cet âge , et sur quelques autres du milieu du deuxième mois , j'ai trouvé le uerf optique composé de filamens adossés les uns aux autres , comme dans les nerfs qui se distribuent aux muscles; j'ai compté huit, neuf, onze de ces filamens, chez l'honnne, le cheval, le veau et le mouton; j'en ai isolé cinq et six chez des embryons de cochon d'inde et de lapin ; je n'ai réussi dans cette préparation que chez des sujets qui avaient séjourné un temps plus ou moins long dans l'alcohol. Sur la fin du deuxième mois, le nerf optique pénètre dans le crâne ; il s'insère d'abord par les racinos qui s'implantent sur les tubercules quadrijumeaux, qui sont alors jumeaux de même que dans les classes inférieures. Vers le troisième et le quatrième mois , les faisceaux , qui des couches optiques et de la place que doivent occuper les corps géniculés , viennent rejoindre le nerf, commencent à se mettre en relation avec lui ; au sixième mois de l'homme, du veau et du chevid. le faisceau géniculé est très-fort ; les corps génie idés
paraissent eux-mêmes à cette époque : c'est en suivant avec la plus grande attention la marche du nerf optique du fond de l'orbite dans le crâne et vers la base de l'encéphale , que j'ai vu ses fibres internes s'entrecroiser distinctement.
Comment accorder ces faits avec l'origine prétendue des nerfs de l'encéphale ? Pourquoi les racines ne partent-elles pas de l'encéphale , ne vontelles pas Constituer le tronc? Pourquoi le nert est-il d'abord formé au globe de l'œil sans aucune communication avec le cerveau ? On peut , je pense , répondre maintenant à ces diverses questions , et les résoudre par la loi fondamentale de la névrotomie , d'après laquelle les nerfs se rendent des organes à la moelle épinière et à l'encéphale.
De cette loi dérivent les conséquences suivantes.
Si un animal vient au monde sans yeux , il n'aura point de nerf optique ; ce nerf devra manquer aussi à la base de l'encéphale. C'est en effet ce que j'ai vu sur des embryons de lapin et de chat. Les monstres qui n'ont qu'un seul œil , ou deux yeux confondus en un seul , comme l'a constaté M. le professeur Geoffroy-Saint-Hilaire , ne doivent avoir, et n'ont en effet qu'un seul nerf optique, qui, dans ce cas, est beaucoup plus volumineux que dans l'état normal.
Si Tencéphale ne s'est point formé à cause de l'absence ou de la trop grande atrophie d« l'ar-
KERFS DB LA YISION. 349"
1ère carotide interne, le nerf optique n'en existera pas moins dans le cnlnc, puisque sa formation est ind<!'pendante du cerveau ( i ) :1a science est riche de faits de ce genre, restes sans explication jusqu'à ce jour; il en sera de même, si à l'époque où l'encéphale était liquide, une rupture de la duremère, un écartcment sur la ligne médiane donne issue au fluide cérébral : cet accident n'entraîne pas avec lui la perte du nerf optique : si les yeux existent dans ces cas , vous trouvez toujours le nerf de la vision. Ouvrez les livres qui traitent des monstruosités, vous y trouverez des cas semblables en abondance ; celui décrit dans ces derniers temps par l'illustre auteur de la Philowp/ue analomique, est un des mieux constatés , et des plus curieux sous ce rapport.
Retournez la proposition , et cherchez ce qui devra arriver si un monstre présente des tubercules quadrijumeaux doubles , ou deux paires de lobes optiques. D'après l'hypothèse de V origine, il devrait y avoir chez ces êtres , quatre nerfs optiques; mais comme ordinairemen* chez les mons-
(i) Dans les cas de ce genre que j'ai observ«'*s, tantôt la carotide interne était atrophiée après avoir produit l'artère ophthalmique; d'autres fois cette atrophie portait sur le tronc primitif; alors l'artère ophthalmique était la continuation de la carotide interne, comme cela a lieu dans l'état primitif des «mbryons.
ODO ANATOMIE COMî'AP.ÉE DU CERVEAU ,
très qui offrent une seule tête surmontant deux cols adossés , il n'y a que deux yeux , il n'y a aussi que deux nerfs optiques. C'est la disposition que j'ai rencontrée chez les monstres que j'ai nommés monocép haies octo-pedes.
Appliquons maintenant cette loi à l'organisation régulière de certains animaux. Supposez que chez eux le globe de l'œil vienne à manquer , qui ne voit de suite qu'ils tomberont dans les conditions des monstres privés des deux yeux , qu'ils seront conséquemment sans nerfs optiques?
C'est le cas de la taupe ; chez elle , on ne trouve à la base de l'encéphale (i) nul vestige de nerf optique (3) ; on ne trouve également nul vestige du globe de l'œil des autres mammifères. Le point noirâtre qui correspond à cet organe, se rapproche plus de l'œil des crustacés et des insectes que de celui des mammifères.
C'est le^cas du rat-taupe du Cap; Je n'ai trouvé chez cet animal aucune trace de nerf optique à la base du cerveau, pas même les deux filamens blanchâtres que l'on rencontre chez la taupe , et que Carus et Treviranus regardent comme le nerf optique rudimentaire. Néanmoins l'organe qui remplace l'œil , est plus développé chez le rat que chez la taupe.
(1) Pi. XIV, fig. 26o,n°6,E.
(2) PI. XIV, fig. 260, n"6, E.
C'est encore le cas de la chrysochlorc du Cap. Point (l'œil , point de nerf opiiqiic ; la base de l'encéphale est nue au point où devraient se trouver ces nerfs. J'ai en vain cherché les fdamens que l'on rencontre sur quelques taupes.
La musaraigne musette est dans le même cas que la taupe et les animaux précédons ; elle est entièrement privée de nerfs optiques.
Le zocor (înns aspalax), le lemmin de la baie d'Hudson , l'echimis roux , le rat taupe des dunes offrent sans doute une organisation semblable à celle des animaux précédens ; mais n'ayant pu me les procurer , je déduis cette analogie de leurs habitudes et de la similitude de leur œil signalée par les zoologistes.
Le protée (proteu€ anguinus) , parmi les reptiles , offre une disposition analogue ; je pense que les syrènes sont dans le même cas ; la cécilie visqueuse d'Amérique rentre aussi dans cette commune organisation.
Ces faits méritent sans doute l'attention des zootomistes; mais ce qui ne doit guère moins intéresser le physiologiste , c'est que chez la taupe ( i ) , la musaraigne musette, la chrysochlore du Cap et le rat-taupe du Cap, les tubercules quadrijumeaux sont si développés , qu'ils sembleraient même n'avoir rien perdu de leur volume. A quoi servent ces corps chez ces animaux , puisqu'ils sont devenus inutiles
(i) PI. XV, fig. 270, ira.
552 ANATOMIB COMPARÉE DU CER-VEAÙ ,
à la vision? Les tubercules quadri jumeaux antérieurs ne sont donc pas le point d'origine des nerfs optiques , puisque ces nerfs manquent chez des animaux où ces tubercules sont très-bien développés. Les nerfs se rendent donc à l'encéphale , et n'en proviennent pas, ainsi qu'on l'a cru jusqu'à ce jour.
Le corps qui remplace l'œil chez ces derniers animaux , est privé des muscles qui , chez les autres , impriment le mouvement au globe de l'œil. J'ai disséqué cette partie chez la taupe; je l'ai examinée au microscope sans pouvoir les distinguer. Que résulte-t-il de ce fait? je n'ai presque pas besoin de le dire ; on entrevoit de suite que les nerfs oculaires devront manquer aussi. C'est en effet ce qui existe ; on ne trouve chez la taupe ni la troisième paire (i , ni la quatrième (2) , ni la sixième (3). Quoique l'œil du rat-taupe du Cap soit plus parfait que celui de la taupe , il est aussi privé de muscles ; à la base de l'encéphale, on ne rencontre ni la troisième, ni la quatrième , ni la sixième paire de nerfs j il en est de même chez la chrysochlore du Cap , chez la musaraigne musette , chez le protée , chez la cécilie. Cependant les parties de l'encéphale où ces nerfs se rendent, n'ont éprouvé aucune altération , n'ont subi aucun
(1) PI. XIV, âg. 260, n* 2.
(a) Ibid.
(3) Ibid.
changement, preuve évidente, selon nous , que les nerfs vont s'implanter sur ces parties chez les autres vertébrés , et qu'ils n'en émanent point , selon l'opinion commune.
Mais le corps qui remplace l'œil chez ces animaux, reçoit-il un nerf particulier? S'il en reçoit un de l'encéphale , et s'il n'a aucun rapport avec les tubercules quadrijumeaux , où se rend -il? Telle est la question que nous examinerons dans le chapitre suivant , où nous développerons les dernières idées que nous venons d'énoncer dans celui-ci.
Si ces faits sont exacts , il est à peine nécessaire d'en déduire les conséquences qu'ils présentent relativement à l'origine des nerfs. J'ai souvent prouvé, dans le cours de cet ouvrage, que les nerfs se rendent des parties auxquelles ils se distribuent, aux masses centrales des systèmes nerveux ; montrons maintenant qu'ils n'émanent point de ces masses , qu'ils n'y puisent pas leurs racines, ainsi que l'ont dit tous les anatomistes , depuis Vesale jusqu'à MM. Gall et Spurzheim.
Supposons , en effet , que le nerf optique puise ses racines dans la couche optique et dans les tubercules quadrijumeaux des mammifères , supposons qu'il émane des lobes optiques des reptiles et des oiseaux ; que ces parties soient cause , comme on l'a dit , de la formation de ce nerf: une conséquence nécessaire , c'est que l'effet doit suivre la cause , ou disparaître avec elle. Avec l'ab- I. 25
554 ANATOM-IÏ COMPAREE DU CERVEAU,
seiice du nerf optique , nous devons rencontrer chez ces animaux l'absence de la couche optique et des tubercules quadri jumeaux. L'absence de l'une de ces parties doit suivre l'autre dans cette hypothèse. Que disent les faits? Ils apprennent que chez tous les mammifères privés des nerfs optiques , la couche du même nom et les tubercules quadrijumeaux sont restés à leur place; que leur forme, leur volume , leurs rapports , n'ont éprouvé aucun changement , même aucune diminution sensible. Ils apprennent que chez les reptiles dépourvus du nerf ordinaire de la vision , les lobes optiques n'ont subi aucun changement, aucune variation; ils apprennent , par conséquent , que les nerfs optiques n'émanent ni de la couche du même nom , ni des tubercules quadrijumeaux , ni des lobes optiques ; ils apprennent que ce nerf n'a point ses racines dans ces parties , mais bien dans l'organe auquel il se distribue; ils apprennent, enfin, qu'il se rend à l'encéphale , et qu'il n'en provient point.
Appliquez ce raisonnement au> nerf de la troisième paire, à celui de la quatrième , à celui de la sixième : voyez si chez ces animaux , les pédoncules cérébraux ont éprouvé quelque variation que nous puissions rapporter à l'absence du nerf moteur commun des yeux; voyez si les pyramides antérieures , si la valvule de Vieussens , manquent avec les nerfs qui sont censés y puiser leurs racines.
Si, ni les pédoncules cérébraux, ni les pyramides antérieures , ni la lame médullaire de Viens-
NERF6 DE LA VISION. Ollt)
sens et de Reil , n'oiil éprouvé aucune variation par l'absence de ces nerfs , peut-on se refuser à leur appliquer la même conclusion qu'aux couches optiques , aux tubercules quadrijumcaux et aux lobes optiques? peut-on rejeter la loi générale qui en découle, que les nerfs n'émanent pas de l'encéphale, mais qu'ils se mettent en communication avec lui? Les faits que je vais reproduire dans le chapitre suivant, ajouteront une nouvelle force à cette importante vérité.
àNATOMIE COMPAKEE DU CEKYEAU
TABLEAU COMPARATIF Des Dimensions des Nerfs de la Pulsion, chez les Mammifères,
raèlre.
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