CHAPITRE III
Du Nerf trijumeau, considéré dans ses rapports avec les organes des sens , chez les vertébrés, et les invertébrés.
L'origine de la cinquième paire a donné nais- . sance à beaucoup de travaux , conséquemment à beaucoup de contestations parmi les anatomistes. Il s'agissait de savoir de quel point fixe émanait ce nerf compliqué : les uns le faisaient dériver uniquement du pont de varole , les autres des pédoncules du cerveau , ceux-ci de la moelle allongée. L'homme étant le sujet constant des recherches sur le système nerveux , on s'arrêta à l'idée qu'il provenait du pont , parce que cette partie est si développée dans l'homme adulte , qu'il semble enchâssé et pour ainsi dire enveloppé dans les fibres qui la composent.
Sanctorini avait néanmoins suivi ses principaux faisceaux jusqu'au bord postérieur du pont , et apparemment jusque sur les fibres du trapèze de la moelle allongée ; mais cette partie si atrophiée chez l'homme n'étant pas connue à l'époque où il écrivait , il désigna la partie supérieure des olives , comme le point où l'abandonnèrent les faisceaux qu'il avait si bien démêlés de l'épaisseur de la protubérance annulaire. Winslow les suivit
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aprts Sanclorini , jusqu'à quelques lignes du bord postérieur du pont. Vrisbcrg fut plus loin que Winslow, par la connaissance qu'il avait de la disposition de ce nerf chez les embryons de l'homme. Gall et Spurzheim , en renouvelant la découverte de Sanctorini , poursuivirent d'une manière constante et sûre, comme l'observe M. le baron Cuvier, cette origine profonde et basse des nevfs trijumeaux. Ils montrèrent on outre que la largeur et la grosseur du pont de varole , chez l'homme , avaient seules empêché de la reconnaître pour telle. M. Cuvier montra qu'elle devenait plus évidente chez les herbivores, à' raison delà diminution du pont. Niemeyer et Treviranus ont confirmé la justesse de l'observation de M. Cuvier. Le professeur Rolando a suivi plus profondément encore l'insertion de ce nerf dans l'épaisseur de la queue de la moelle allongée ; il s'est beaucoup rapproché du point où Soemmering croyait l'avoir rencontrée , pour en faire plonger l'origine dans l'intérieur du quatrième ventricule. Ce fut en cherchant à vérifier moi-même ce fait important , que je confirmai la découverte de la loi générale de la névrogénie.
J'avais reconnu , par l'examen de beaucoup d'embryons des mammifères et de l'homme, que la protubérance annulaire était une des dernières parties de l'encéphale qui se développait. Si l'origine des nerfs trijumeaux devenait déplus en plus évidente , à mesure que le pont diminuait d'étendue , elle devait être â nu et tout-à-fait à décou- 1. 2/,
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vert à Vëpoque où le pont n'existe pas. L'anatomic comparative des embryons nous promettait donc une solution définitive de cette question.
Sur deux embryons de mouton , du milieu du deuxième mois , il n'y avait aucun vestige du pont : je rencontrai les racines antérieures des nerfs trijumeaux sur les côtés des pyramides antérieures ; elles étaient adossées à la partie qui correspond au-dessus de la place des olives; elles adhéraient ensuite à la partie latérale de la moelle allongée; leur direction était d'avant en arrière. Sur un embryon de veau et de cheval , de la fin du deuxième mois , je vérifiai la même observation. Sur un embryon de mouton, du commencement du troisième mois , j'aperçus les faisceaux antérieurs enchâssés dans les fibres du trapèze delà moelle allongée; je remarquai de plus , en haut de cette dernière partie , des faisceaux latéraux qui s'implantaient surles côtés du pédoncule du cervelet; ces secondes racinesconvergeaient vers les premières et s'adossaient ensemble sur la partie latérale et supérieure de la moelle allongée. Je n'avais pas aperçu les faisceaux latéraux sur les deux premiers embryons ; je ne les avais pas également rencontrés sur les embryons du veau et du cheval ; je revins à ces derniers embryons , et je remarquai ces faisceaux de libres en avant de la moelle allongée : plusieurs lignes les séparaient encore du point de leur insertion. Sur des embryons plus âgés, et qui pouvaient correspondre au milieu du
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troisième mois de leur formation , je rencontrai ces faisceaux latéraux implantés, comme surle dernier mouton, sur les parties latérales du pédoncule du cervelet. Voulant vérifier cette implantation successive des deux ordres de racioesdes trijumeaux , je choisis des embryons de lapin dont je possédais une ample collection. Sur ceux du quinzième au vingtième jour de formation , je leur trouvai la mémo disposition que chez le veau et le cheval ; mais en me rapprochant de l'époque de la conception, je ne trouvai plus les nerfs implantés sur la moelle allongée , dès le dixième jour , ni vers le huitième. Sur six embryons de chacune de ces époques , que j'anatomisai avec le plus grand soin, je trouvai les nerfs se dégageant du ganglion qui occupe la fosse sphénoïdale ; ils s'avançaient vers la moelle allongée; mais ils étaient plus ou moins éloignés du point de leur insertion , selon que j'observais ces embryons plus ou moins jeunes. J'ai vérifié depuis ces observations sur des embryons de mouton , du commencement du deuxième mois : sur ceux du veau , du cheval , du cochon ^de la même époque , sur le chat au quinzième jour de formation , sur le chien au vingtième, ainsi que sur trois jeunes embryons de renard , de loup et de lion , dont il m'a été impossible de déterminer l'âge. En 1819, appelé à la campagne démon illustre ami M. Geoffroy Saint-Hilaire, pour donner des soins à un de ses enfans , je montrai e« fait important à ce célèbre anatomiste , sur
quatre jeunes embryons de taupes ; je lui fis remarquer également la disposition des deux ordres de racines sur cet animal adulte , chez lequel elle est très-prononcée.
Chez l'embryon humain du deuxième mois , les nerfs trijumeaux ne sont pas encore implantés sur les parties latérales de la moelle allongée (i) ; ils ne le sont pas encore à un âge plus avancé (2). Je ne les ai rencontrés que vers le milieu du troisième. Gomme chez les embryons précédens , j'ai remarqué que les faisceaux antérieurs s'implantent les premiers au-dessus de la position des olives , sur l'espace qu'occupent les fibres transverses du trapèze, qui paraissent peu de temps après. Les faisceaux latéraux du nerf ne m'ont paru adhérens à la partie latérale du pédoncule du cervelet que sur la fin du troisième mois.
Chez les oiseaux , le nerf est formé longtemps avant son implantation. Je ne l'ai guère aperçu à sa place avant le milieu de l'incubation des différentes espèces dont j'ai suivi la formation. On ne peut mettre en doute , dans cette classe , son insertion sur les parties latérales de la moelle allongée (5). A l'époque où se montrent les fibres transversesde cette paitie (4), que je crois être les
(1) PI. II, flg. 64, n-'S.
(2) PI. II,fîg. 67,n°a.
(3) PI. III , fîg. 78 , n« S.
(4) Page a8.
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premiers rudimcns du trapèze, on voit inaiiifestcmcnt les faisceaux antérieurs s'insérer sur celle partie. Je n'ai pas rencontré chez les oiseaux les faisceaux latéraux. Chez les embryons des reptiles, j'ai longtemps aperçu le nerf sur la base du crâne avant de pouvoir les découvrir sur les parties latérales de la moelle allongée.
Tl résulte donc de ces faits , i\ que les faisceaux composant le nerf de la cinquième paire sont apparens dans l'intérieur du crâne longtemps avant leur implantation sur la moelle allongée; 2°. que celte implantation se fait par deux ordres de faisceaux , de même que les nerfs qui s'implantent le long de la moelle épinièrc , faisceaux que l'on peut distinguer en antérieurs et latéraux.
Les antérieurs sont les analogues de ceux de la moelle épnière , ils sont beaucoup plus forts et beaucoup plus nombreux que les autres; leur implantation a lieu , chez les mammifères et l'homme , sur le trapèze de la moelle allongée (1); chez les oiseaux (2) , les reptiles (3) et les poissons (4) , surla partie nommée queue de la moelle allongée , ou bulbe rachidien , par M. Chaussier.
3°. Les faisceaux latéraux sont les moins nombreux , les moins considérables ; leur arrivée sur
(1) PI. XIII, 6g. 343, n'5.
(a) PI. IV, Og. 104, n«5.
(3) PI. V, fig. 122, n»6.
4) PI. Vljfig. 148, n" i3.