‹ Anatomie comparée du cerveau, dans les quatre classes des animaux vertébrés (volume 2)Chapitre 93 sur 109 · NERF PNEUMO-GASTRIQUE · texte numérisé non relu

NERF PNEUMO-GASTRIQUE

Je n'ai jamais rencontré chez les mammifères les faisceaux que Sanclorini , Malaearne et Sœmmering faisaient provenir du quatrième ventricule. Haller ne les avait jamais aperçus ; MM. Cuvicr , Gall et Rolando ne les ont également jamais rencontrés.

Chez les oiseaux l'insertion de la huitième paire est déjetée plus en dehors encore que chez les mammifères; ce qui est produit par la persévérance de la même cause , par l'atrophie toujours croissante des olives , par le développement toujours permanent des corps restiformes et le déjettement de tous les nerfs en arrière par la courbure de la moelle allongée. Cela se voit chez la bondrée (i) , l'hirondelle (2) , le roitelet (3) , l'autruche (/j) et la cigogne blanche (5). Cela s'aperçoit surtout si on considère la moelle allongée par la partie latérale (6) , chez la cigogne (7) , l'autruche (8) et la bondrée (9).

Chez les reptiles et les poissons , ces causes cessant d'agir , l'insertion du nerf pneumo-gastri-

(1) PI. IVjfig. 88, n' 10.

(2) PI. IV, fig. 92, n" 2 et 9.

(3) PI. IV, flg. 94, n- a et 9.

(4) PI. IV, fig. 98 , n° i3 bis, n" 5.

(5) PI. IV, Og. 103, n' i5.

(6) PI. IV, fig. 96, 97 et 104.

(7) PI. IV, fig. 104, n" 14.

(8) PI. IV,Og. 97,n°5.

(g) PI. IV, fig. 96, .1" II.

494 ANATOMIE COMrARliE DU ŒRVEAU,

que devient plus antérieure , comme on le remarque chez le caméléon (i) , les crocodiles (2), les vipères (3) , la grenouille (4) , les tortues (5) , la morue (*6) , le congre (n) , le barbeau (8) , le turbot (9), le brochet (10), l'aiguillât (11), l'ange (12), l'esturgeon (i5), le requin (i4), la raie ronce (i5) et la raie bouclée (16).

Quant au volume du nerf pneumo- gastrique et au nombre de faisceaux qui le composent à son insertion, je n'ai rien aperçu de général chez les mammifères ; je n'ai pu rapporter son développement à aucune cause. Chez l'homme , il est composé de sept ou de huit faisceaux (ij); chez le

1) PI. V, fig. lia, n" 1.

2) PI. V, fig. 118, n" I bis.

5) PI. V, fig. i3o, n^S.

4) PI. V,fig. ,3i, n-^.

5) PI. V, fig. 122, n° 2.

6) PI. VII, fig. 164, n«5.

7) PI. VII, fig. 168, n°io.

8) PI. VII, fig. 178, n» 10.

9) PI. VII, fig. 191, n° 11 et 12.

10) PI. X, fig. ai7, n* a.

11) PI. X, fig. a22,n* 8.

12) PI. XII, fig. 237, n* g.

i3)Pl. XII, fig. 335,11° 8.

i4) PI. VI, fig. 142, n» 2.

i5) PI. VI,flg. i38, n" 8 bis.

16) PI. VI, fig. 148, n° 19 et i8.

17) PI. XIII, fig. 247, n' il.

ÎSERF PNELMO-GASTRIQUE. /|95

drill (i) et le mandrill (2) j'en ai compté six; le nerf est développé comme chez l'homme ; chez les carnassiers , le lion (5) , la loutre (/|), la marte (5), l'ours (6) , le raton (7) , il m'a paru plus faible que chez les singes.

Chez les ruminans et les rongeurs , il est au contraire beaucoup plus développé que dans les familles précétlentes , ainsi qu'on le voit chez le cheval (8) , le chameau (9), le lama (loj , le bouc de la Haute-Egypte (ii) , le castor (12) et le porc-épic {i3).

Chez l'agouti (i4)» 1» marmotte (i5) , la taupe (16) , la musaraigne, le rat-taupe du Cap , la chrysochlore , le zemni , il est , toutes choses

(I) PI. VIII, fig. 197, n- 8.

(u) PI. VIII, Cg. 194, n- 8.

(3) PI. XIV, flg. a66, n-8.

(4) PI. X, fig. 2a3, n-B.

(5) PI. XV, Og. 290, n' 8.

(6) PI. XI, fig. a3i,n'8.

(7) PI. VIII, fig. aoo, n-8.

(8) PI. XV. fig. 375, n°8.

(9) PI XlII.fig. a49»n-8.

(10) PI. XVI, fig. 290, n'8.

(II) PI. XIV, fig. aCa, n*8.

(la) PI. XIV, fig. a58, n' 8.

(i3)PI. XIII, Ûg. a5i, n-8.

(i4) PI. IX, fig. ail, n'8.

(i5) PI. IX, fig. ao3, n'8.

(le)Pl. XIV, fig. a6o, n-8.

d'ailleurs égales, moins développé que chez les animaux précédens.

Chez le phoque ( 1 ) et les cétacés (2) , son volume proportionnel dépasse toutes les dimensions que nous lui avons observées chez les mammifères. Ce volume du nerf pneumo-gastrique coïncide , chez ces derniers animaux , avec le développement considérable du nerf acoustique.

Chez les oiseaux , je n'ai pas trouvé qu'il fût développé proportionnellement à l'étendue de leur respiration , ainsi qu'on peut le remarquer chez la bondrée (3) , l'autruche (4) et la cigogne (5). Ce défaut d'harmonie entre la fonction et le nerf tiendrait-il à la différence des puissances mécaniques de la respiration? Tiendrait-il à l'atrophie considérable du diaphragme? à l'anéantissement presque complet de ce muscle (6) ? Chez les

(t) PL rX, fîg. 208, n» 8.

(2) PI. XII, ûg. 254, n°8.

(3) PI. IV, fig. 88, n° 2 et 10.

(4)P1. IV,fig. 98,n" iSbis.

(5) PI. IV, fig. io4,n° 14.

(6) On a dit que le diaphragme manque chez les oiseaux, ce qui n'est pas rigoureusement vrai. Dans toute cette classe . on voit en dedans des dernières côtes, un , deux ou trois petits faisceaux musculaires, se dirigeant obliquement de dehors en dedans. Ces faisceaux sont les premiers rudimens du diaphragme des mammifères. Chez les très-jeunes embryons des mammifères et de l'homme, le diaphragme se foiine de dehors en dedans, conformément à la loi générale

NKRF PNEUMO-GASTRIQLE. ^97

reptiles , l'atrophie de ce nerf coïncide avec la faiblesse des organes respiratoires , comme on l'ol)scrye chez la grenouille (i), le caméléon (2) , les

forme de dehors en dedans , confonnéincnt à la loi générale et primitive de zoogénie. Il est d'abord de même que chez les oiseaux, qui, sous ce rapport, sont des embryons permanens de la classe supérieure. La moitié droite ne communique pas avec la moitié gauche. Il n'y a point de cloison qui sépare le thorax de l'abdomen, ni chez l'homme, ni chez les autres mammifères; les faisceaux musculaires du diaphragme se développent comme les os, comme les nerfs de dehors en dedans; en se joignant sur la ligne médiane, les faisceaux musculaires et aponévrotiqucs de ce muscle enveloppent les canaux qui le traversent; de telle sorte que les trous dont ce muscle est perforé, sont comme dans le système osseux des trous de conjugaison. Si le diaphragme des mammifères s'arrête dans son développement, il tombe plus ou moins dans la condition de celui des oiseaux. Il y a alors hernie , ou transposition des viscères pectoraux et abdominaux.

Chez les oiseaux, le nerf diaphragmatique manque complèterâent , ainsi que l'artère diaphragmatique supérieure. J'ai en vain cherché l'un et l'autre chez la poule, le dindon, l'oie , le pigeon, la cigogne, le héron et l'autruche. Ce fait constant est une des meilleures preuves de notre loi de né- Trogénie, et de la loi d'harmonie du système sanguin et du système nerveux. Le diaphragme rudimentaire des oiseaux reçoit une petite artère qui me paraît correspondre ù la diaphragmatique inférieure des mammifères , et un très-petit nerf qui lui vient de la branche dorsale qui va rejoindre le^ grand sympathique.

(i)Pl. V, fig. i5i, n°7.

(a) PI. V, fig. n^i, n° 1-

49^ AiSATOMlK COMPAREE DO CERVEAU,

crocodiles (i), les vipères (2) elles tortues (3). Chez les poissons , mais notamment chez les cartilagineux , le volume de ce nerf est hors de toute proportion avec celui des autres classes. La carpe chez les poissons osseux, l'aiguillât (4), le requin (5) , l'ange (6), et surtout l'esturgeon (7), chez les cartilagineux, sont particulièrement remarquables par l'étendue de leur nerf pneumogastrique : une de ses branches constitue le long rameau dorsal que l'on remarque sur le flanc des poissons. Cette branche concourt-elle à la respiration? la peau chez les poissons serait-elle un organe supplémentaire de la respiration , comme l'ont établi pour certains reptiles les belles recherches de M. le docteur Edwards? Le milieu dans lequel vivent les poissons, aurait-il exigé un appareil respiratoire plus puissant pour l'otygénation du sang? Le volume du nerf pneumo-gastrique du phoque et des cétacés dépendrait-il de cette cause , de ce rapport qu'ils ont en partie avec les poissons ? Serait-ce la raison pour laquelle les tortues aquatiques ont ce nerf beaucoup plus développé que les tortues terrestres ?

(1) PI. V, fig. ii8, 11° 1 bis.

(2) Pl.V, ng. i5o, n«3.

(3) PI. V, fig. 122, n° 2.

(4) PI. XII,Cg. 236, n«8.

(5) PI. VI, fig. 142, n« 3.

(6) PI. XII, fig. 237, n-g.

(7) PI. XH,fig. 235, n°8.

KERF HYI'O-GLOSSE. 499

Les réflcxiohs que nous venons de présenter sur l'origine du nerf de la huilièine paire, sont applicables à la neuvième , ou au nerf hypoglosse.

Chef les mammifbrcs , la neuvième paire m'a paru développée d'une manière générale, en raison directe du volume de la cinquième, comme on peut l'observer chez le drill (i) , le mandrill (2) , le phoque (3) , le dauphin (/j), la loutre (5) , la marte (G) , le lion (7) , le cheval (8) , le chameau (9), le lama (10), le bouc de la Haute- Egypte (11), le pécari (12), le kanguroo (i5), le castor (i4) et le porc-épic (i5).

Chez les oiseaux , les reptiles et les poissons , ce rapport reste à peu près le même, ainsi qu'on

(1) PI. VIII,fig. 197,0-9.

(2) Pl.VIII,fig. 194, n-9.

(5) PI. IX, fig. 208, n°9.

(4) PI. XII, Cg. 254, n- 9.

(5) PI. X, fig. 220, n° 9.

(6) PI. XV, fig. 290,0-9.

{7) PI. XIV, Cg. 266, n» 9.

(8) PI. XV, fig. 275, n- 9.

(9) PI. XIII, fig. 249» n* 9-

(10) PI. XVI, fig. 295, n- 9.

(11) PI. XIV, fi^. 262,0» 9.

(12) PI. XVI, fig. 3oo,n*9.

(i5) PI. XVI, fig. 299, n- 9.

(14) PI. XIV, Cg. »58, n«9.

(i5) PI. XIII, fig. 25i,n*©.

OOÔ ANATOMIE COMPARÉE Dt CEUVEAU ,

peut le voir chez la bondrée ( i ) , lliirondelle (2) , le roitelet (3) , l'autruche (4) et la cigogne (5) , le caméléon (6) , le crocodile (7) , la tortue (8) , la morue (g) , la raie bouclée ( 1 o) et l'aiguillât (11)

Quoique le nerf accessoire de Willis ifoit un nerf spinal proprement dit à cause de son insertion inférieure sur la moelle épinière , son entrée dans le crâne , avant de descendre dans le canal vertébral, l'a fait considérer par tous les anatomistes comme un nerf intermédiaire entre les nerfs crâniens et les nerfs spinaux.

Sa marche a beaucoup frappe les anatomistes , parce qu'elle est en effet très-singulière. Soit qu'on le considère comme prenant son origine sur la moelle épinière , ou comme venant y prendre son insertion, on ne voit pas trop la raison de son ascension ou de sa descente dans le canal vertébral, pour entrer ou pour sortir par le trou déchiré postérieur.

(i) PI. IVjfig. 88, n" i3.

(2)Pl. IV,fig. 92, n°8.

(5)P1. IV,fig. 94, n"8.

(4)P1. IV,fig. 98,11012.

(5) PI. IV, fig. io3, n» 14.

(6) PI. V, fig. 112, n°9.

(7) PI. V, fig. ii8,n° 10.

(8) PI. V, fig. 122, n" 1.

(9) PI. VII, fig. 164, n« 5.

(jo) PI. VI, fig. 148, n- g.

(u) PL X, fig. 222, n" 9.

NERK ACCESSOlllK Dli WILLIS. 5o 1

Quoi qu'il cil soit, l'insertiou de ce nert est la même chez les mammifères et chez l'homme; chez ce dernier, des cinq faisceaux qui le forment, les trois supérieurs se portent sur les cordons postérieurs de la moelle é})inière ; les deux inférieurs s'insèrent sur les cordons antérieurs : disposition commune, comme on le sait, à tous les nerfs spinaux , et dont les belles expériences de notre illustre physiologiste M. Magendie font pressentir toute l'importance. J'ai suivi cette différence d'insertion des faisceaux supérieurs et inférieurs, chez le chevreau (i) , les singes (2) , les ruminans (3) et les rongeurs (4).

La marche de ce nerf le rend un des plus convenables pour apprécier notre loi de névrogénie ; je ne l'ai pas aperçu dans le canal vertébral sur de très-jeunes embryons d'homme , de veau et de brebis; je dois toutefois avovier que je n'ai pas eu l'occasion de le suivre dans son insertion , comme je l'ai fait pour les nerfs crâniens.

Aucun anatomiste n'a encore trouvé le nerf accessoire de W illis chez les oiseaux ; Collins , Malacarne , Vicq - d'Azyr disent qu'il n'existe pas ; M. Cuvier n'en fait pas mention ; Tiedemann (5)

(1) PI. XIII, ûg. 243, n-a.

(2)P1. VlII,fig. 194. 197.

(3) PI. XVI, fig. 295, 5oo, u" 10.

(4) PI. IX,ng. 211; pi. XIV, fig. a58.

(5) Anatoniie comparatÏT» de» ois^nux.

5oa ANATOilIE COMPAREE DU CERVEAU ,

ne l'a point observé ; j'ai moi-même long-temps douté de son existence dans cette classe , parce que je ne l'avais rencontré, ni chez nos oiseaux domestiques , ni chez les oiseaux de proie , ni chez les oiseaux nocturnes. Je l'ai enfin observé chez le casoar , l'autruche (i) et la cigogne blanche (2). Ses faisceaux tous postérieurs descendaient au niveau des branches postérieures du quatrième nerf spinal , et venaient se réunir au tronc du nerf pneiimo-gastrique. Je n'ai pu suivre sa distribution , n'ayant eu que l'encéphale et une partie de la moelle épinière de ces oiseaux à ma disposition.

Chez les reptiles, je n'ai pu le distinguer; je n'ai trouvé chez les poissons aucune branche qu'on put lui rapporter , à moins que ce ne soit la longue branche dorsale de la huitième paire.

Appliquez ces faits à l'hypothèse de l'origine des nerfs. Pourquoi l'accessoire de A\illis manquet-il chez la plupart des oiseaux , tous les reptiles et les poissons (5) ? La région cervicale de la moelle épinière n'ayant éprouvé aucun changement , qu'est-ce qui s'oppose à sa formation ou à son origine? Rien , absolument rien; il faut donc que

(i)Pl. IV,fig. 97, n-3. .

* (2) PI. IV, ùg. 104, n° i5

(5) Y a-t-il quelque rapport entre rabséncc du néirf accessoire de Willis et celle du nerf diaphragmatique dans les' trois classes inférieures ? Le nerf accessoire serait-il un nerf respirateur? Dans Ce cas comment manquerait-il chez la plupart des oiseaux?

WERF GRAND SYMPATHIQUE. 5o3

la naissance et le développement de ce nerf soient soumis à d'autres conditions organiques qu'à celle de la moelle épinière ; celle-ci ne lui sert donc point de racine.

Yeul-on une nouvelle preuve de la formation primitive des nerfs dans leâ organes auxquels on dit qu'ils se distribuent? que l'on considère le vague et l'hésîfalion des anatomislcs sur l'origine du grand sympathique. Les uns le font provenir du cerveau , les autres de la moClIe épinière ; M. Lobstein, dans son beau travail sur ce nerf, traite de vaine cette question ( i ) . Pourquoi vaine? parce qu'elle est insoluble dans nos hypothèses actuelles. Que de questions seraient vaines à ce prix ! Et comment les sciences avanceraient-elles , si on ne cherchait à surmonter les difficultés qu'elles présentent encore! Étudiez les conditions diverses d'existence du grand sympathique ; voyez ce qu'éprouve ce nerf de l'absence du cerveau et de la moelle épinière, et la question de son origine tant débattue n'en sera plus une.

Qu'arrive-t-il aux anencéphales ? sont-ils privés du grand sympathique? Non; on a observé, au contraire, que ce nerf était plus développé que dans les fœtus biens conformés ; donc l'encéphale est étranger à sa formation.

Qu'arrive-t-il dans les cas d'amyélie et d'até-

(i) De nervi sympathetici humant fabricâ , usu »l morbis , pag. 10.

5o4 ANATOMIE COMPAREE DU CEUVEAU ,

lomyélie ( i ) ? l'absence de la moelle épinière dans les premiers , et son défaut de formation dans les seconds , entraînent-ils l'absence ou l'atropliie du nerf intercostal? Non, sans doute: comme dans les anencéphales , le grand sympathique semble s'accroître en raison de la diminution ou de la privation complète de la moelle épinière ; donc cette dernière est étrangère à sa f(#mation.

Qu'arrive-t-il dans les hypogénies et les liypergénies? Dans -les premières monstruosités, on rencontre toujours ie grand sympathique dans les fragmens des fœtus qui se sont développés. Dans les secondes, aux organes surnuméraires, correspond constammvînt la partie sur-ajoutée du nerf intercostal qui lui correspond. Donc le grand sympathique suit le développement des organes , disparait avec eux dans les monstres par défaut , et croît dans les monstres par excès dans une proportion qui est rigoureusement déterminée par le nombre des parties ajoutées au développement régulier des êtres.

Ainsi, d'une part, le grand sympathique se développe dans les anencéphales , hors de l'influence du cerveau ; de l'autre, l'absence de la moelle épinière n'influe en aucune manière sur sa forma-

(i) Ces deux noms très-heureux sont dus à M. le professeur Béclard ; ils manquaient à la science. Ils expriment trop bien le caractère dislinctifdes êtres monstrueux auxquels ils s'appliqitent, pour qu'on ne s'empresse pas de les adopter.

NEUF (illANJ) SV.Ml'ATIIlQUi:. 5oJ

lion; eu troisième lieu , il suit constaunucut toute»les modifications organiques des parties auxquelles il se distribue. Donc il puise son origine dans les organes ; il se met en relation , comme tous les autres nerfs , avec la moelle épinière et l'encéphale, quoique ces masses nerveuses soient étrangères à sa formation.

Mais d'où vient ce rapport? Quelle est la cause de ce développement proportionnel des organes et du grand sympathique dans les anormogénies? Ouvrez les monstres : étudiez avec soin leur organisation insolite, et vous la trouverez dans la loi d'harmonie du développement du système sanguin et du système nerveux.

Dans un ouvrage où nous avons si souvent invoqué cette loi, qu'il noiis soit permis de -confirmer toutes les applications partielles que nous en avons faites au développement régulier des organes , par une application plus générale à leur développement irrégulier. iNous montrerons de cette manière que les mômes principes président à la formation des êtres et à leur déformation, et que la nature procède d'une manière constante et uniforme dans ses créations (i).

Considérez tous les monstres par défaut , vous

(i) Ces propositions générales sont extraites d'un ouvrage que je publierai sur cette partie sous le titre suivant: Anomogénic comparative , ou Essai sur Canalomie romparadvf. des monstres , appliquée à l'-tufte de leur formatioiu

5o6 ÀNAT03IIE COMPARÉE DD CERVEAU ,

trouverez leur cause dans le développement imparfait du système sanguin.

Considérez tous les monstres par excès : vous trouverez la raison de la surabondance d'organisation qu'ils présentent , dans une surabondance primitive du même système.

Si la tête manque , l'aorte ascendante manque. Le dernier de ces effets est la cause du premier.

Si les extrémités supérieures manquent , vous verrez le fœtus privé des artères axillaires.

Si ce sont les extrémités inférieures , vous n'aurez nul vestige des artères fémorales.

Si ce sont les reins, la vessie , la matrice, Vous ne trouverez ni artères rénales , ni vésicales , ni utérines.

Si vous avez deux têtes adossées , Vous trouverez quatre troncs carotidiens à la bifurcation des carotides primitives.

Si le monstre présente deux cols distincts , vous aurez une double aorte ascendante s'élevant du même cœur.

S'il a quatre extrémités supérieures ou scapulaires, vous rencontrerez quatre artères axillaires.

S'il offre quatre extrémités pelviennes , le monstre vous offrira quatre artères fémorales ou une double aorte abdominale.

S'il a deux corps surmontés par une tête unique , vous lui observerez une double aorte descendante avec une aorte ascendante unique.

Quelles que soient enfin les bizarreries que ce»

NERF GHAND SYMP ATllIQOE. DOJ

êtres vous présentent , vous trouverez toujours la raison de leur formation dans les anomalies dfe leur système sanguin. Vous verrez constamment le système nerveux suivre toutes les variétés du système sanguin , et toutes les modifications organiques qui en dépendent. De là découle la loi d'harmonie de ces deux systèmes fondamentaux de l'organisation dos animaux.

Faisons l'application de cette loi au développement régulier du nerf grand sympathique dans les quatre classes des animaux vertébrés, et chez les invertébrés.

On sait depuis M. Cuvier que le grand sympathique décroit des mammifères aux oiseaux , aux reptiles et aux poissons (i). Ces d<3ux dernières classes ont ce nerf à un état presque rudimentaire.

Or la cause de cetts décroissance réside fondamentalement dans la décroissance du système sanguin , qui s'atrophie de plus en plus à mesure qu'on descend des mammifères et des oiseaux aux reptiles et aux poissons.

Les crustacés qui nous présentent les derniers

(i) W'eber a pcnjé que le grand syinpalhique chez les poissons était remplacé par le nerf pneumo-gastrique, notamment par la grande I>ranche dorsale. Je ne partage pas cet avis, à cause de la liaison indiquée du système sanguin et du grand sympathique. Cette branche est peut-être l'analogue du nerf accessoire de Willis, porté dans celte classe au maximum de son volume , à cause du développement nécessair*» des puissances de la respiration.

5o5 ANAïOxMIE COMPARÉE DO CERVEAU ,

linéamens du système sanguin , nous offrent aussi les derniers vestiges inaperçus jusqu'à ce jour du grand sympathique. On n'en trouve plus de traces chez les insectas et les mollusques , parce que le système sanguin a presque complètement disparu.

De ces rapports généraux dérivent d'une part la loi de décroissement du grand sympathique dans le règne animal ; ils justifient de l'autre les déterminations que nous avons données du système nerveux des invertébrés. Nous avons déjà prouvé que la chaîne des ganglions qui le constitue ne saurait être rapportée ni à la moelle épinière , ni à l'encéphale des classes supérieures ; le rapport que nous venons d'établir enlre le système sanguin et l6 grand sympathique prouve qu'elle ne saurait être assimilée à ce nerf , ainsi que l'ont pensé plusieurs anatomistcs (i).

(i) Voyez à ce sujet le dernier travail de M. le professeur Lobstein, pag. io5 et io4-

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