‹ Anatomie comparée du cerveau (volume 2)Chapitre 53 sur 59 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Corollaires physiologiques et pathologiques sur le cervelet, les tubercules quadrij urne aux et les fiêmisp hères cérébraux.

Les fonctions et les maladies du système nerveux sont à la tête de la physiologie et de la pathologie. De là , trente siècles de recherches non interrompues pour en éclairer les routes difficiles ; de là , des hypothèses sans nombre pour en découvrir l'essence. Parmi ces dernières , celle dont l'influence a été la plus pernicieuse, et dont nos explications et notre langage portent encore l'empreinte, est celle des esprits animaux. Imaginés d'abord pour aider à comprendre ce qui dépasse la portée de notre esprit , l'union de Tâme et du corps , on ne tarda pas à les admettre au nombre des principes constitutifs de l'organisation. Une fois admis , il fallut leur trouver une origine ou une source , pour reproduire l'expression dont on se servait au seizième siècle.

Galien les puisa dans l'air, et les fit arriver dans l'encéphale par l'ethmoïde et le poumon, pour les concentrer dans le quatrième ventricule. Riolan , surnommé l'intrépide , à cause de ses attaques vigoureuses contre ceux qui n'adoptaient pas lus vues de Galien , leur assigna pour origine II. . 38

Farachnoïcle; il les fit sécréter par cette membrane , et décrivit leur marche jusqu'au quatrième ventricule, avec la précision tisû^'^ en anatomie pour les organes les plus matériels. Wepfer, qui avait déjà réfuté l'opinion de Galien sur la prétendue noblesse du quatrième ventricule ^ combattit aussi l'opinion de Ptiolan , son dernier défenseur ; et après avoir établi que rarachnoïde ne peut être l'organe sécréteur des esprits animaux , il doua de cette propriété la matière blanche du cerveau , et plus spécialement le demi-centre ovale des hémisphères sur lesquels Vieussens établit presque toute sa doctrine physiologique du système nerveux.

Avant Vieussens , et à -peu- près à Ja même époque que Wepfer , Willis avait jeté les fondemens de cette belle doctrine de la spécialité d'actions des diverses parties de l'axe cérébro-spinal du système nervevix , dont le développement sera l'un des plus beaux titre? de gloire de notre époque. Entraîné par l'exemple, il admit les esprits animaux , et leur donna pour organe la matière grise de l'encéphale, et plus spécialement la substance corticale; opinion que servit admirablement Malpighi en supposant cette substance un composé de glandes. L'hypothèse de Willis se trouvait par là mieux établie encore que celle de Riolan.

Mais par un effort d'intelligence qui ne saurait trop être remarqué pour cette époque, tout en admettant i'homQgénéité des esprits animaux ,

PHYSIOLOGIE ET PATHOLOGIE. SqS

et de la matière du système nerveux , Willis s'éleva à la pensée sublime de la diversité d action de la moelle épinière, du cervelet et du cerveau; et aussitôt , par une extension prématurée, il circonscrivit les diverses fonctions. Il créa un organe pour les mouvemens volontaires , et un autre pour ceux sur lesquels la volonté n'a point d action. Une autre partie lui parut être l'organe de la conservation individuelle; celle-ci, l'organe de la propagation de l'espèce : la mémoire , l'imagination, la parole, furent aussi localisées. Enfin, l'organe de la musique couronna cet arbre des facultés instinctives et intellectuelles. Mais je m'aperçois que je suis conduit à la doctrine psychologique de MM. Gall et Spurzheim , et l'espace me manque pour en juger les bases, établir ses rapports et ses différences avec celle de Willis , et montrer par quel abus de lanalogie , de l'analyse et du raisonnement, ces hommes d'un rare mérite ont rendu invraisemblables les idées fondamentales de la spécialité d'actions du système nerveux (i).

Quoi qu'il en soit, avant d'entrer dans l'examen

(i) Quoique M. le docteur Jourdan me paraisse opposé à cette spécialité d'actions, j'invite les hommes qui s'occupent de cette matière à lire le Discours préliminaire que ce savant a placé en tête de sa traduction de l'ouvrage de Tiedemann. M. le docteur Jourdan a rendu et rend tous les jours à la science les plus grands services, en nous faisant connaître les doctrjnes des sa^ans étrangers ; mais quand on a lu ce dis-

de l'action du cervelet , des tubercules quadrijunieaux et des hémisphères cérébraux, je crois utile de présenter quelques considérations sur les rapports de développement de ces organes avec quelques autres parties. Nous avons déjà dit le rapport que présentaient , Chez les mammifères , le développement du cervelet et celui des membres supérieurs ; nous avons vu que ces organes étaient de la seconde formation , parce que leurs artères apparaissaient en second lieu dans l'embryogénie : il en est de même des membres inférieurs et des organes génitaux externes. L'artère hypogastrique et l'iliaque externe sont de seconde formation , comme l'axillaire et la vertébrale ; la cuisse et les organes génitaux externes paraissent à la même époque que le cervelet et le membre antérieur : de même que le cervelet , les organes génito-urinaires sont rigoureusement soumis aux lois de formation que nous avons établies ; ils se développent de la circonférence au centre ; ils sont d'abord doubles ; leurs canaux ne sont que des canaux de conjugaison. La matrice et la prostate sont primitivement des organes doubles , même chez l'espèce humaine : de la réunion des deux parties qui les constituent primitivement, résultent ces organes tels que nous les offre l'ana-

cours remarquable, on ne peut que regietter qu'un homme qui est si prodigue des idées des autres, se montre si avare daos la publication des siennes propres.

PHYSIOLOGIE ET PATHOLOGIE. Sg'J

toîiiie normale , et tels aussi que nous les présente quelquefois l'aiialomie anormale (i).

Le cervelet formé, nous avons vu avec (|uelle rapidité se développe le lobe médian ; on voit aussi à la même époque les organes génitaux externes se dessiner avec la même promptitude. Les membres sont loin d'offrir la même rapidité dans leurs évolutions : ce n'est que lorque les hémisphères du cervelet deviennent le centre d'activité de cet organe, que les membres prennent un grand accroissement. On serait tenté de conclure, d'après ces faits, qu'il y a un rapport physiologique constant entre le lobe médian du cervelet et les organes génitaux , les membres supérieurs et inférieurs et les hémisphères des mêmes organes. Mais, d'une part, le cervelet termine ses développemens avant la naissance, et de l'autre, les organes génitaux sont très -tardifs à entrer en action ; les membres eux-mêmes ne peuvent soutenir et porter l'animal qu'à une époque plus ou moins reculée après la naissance. Enfin , on trouve dans les hémisphères cérébraux une autre source de rapports qui tendent à restreindre ces corrélations anatomiques. De plus, chez les oiseaux, le lobe médian du cervelet le constitue presque en entier , et les organes génitaux ne font plus saillie à l'ex-

(i) Voyez l'application de ce point d'anatomie transcendante à la pathologie externe, dans l'ouvrage de noire célèbre chirurgien M. Lisfranc. (Des Rétrécissemens de l* urètre. Paris, 1824.)

SgS riiYSiOLOGiE et tathologie.

téricur; les hémisphères du cervelet sont trèsfaibles , quoique chez certaines espèces , les ailes et les pieds acquièrent une force prodigieuse : nous devons remarquer aussi que chez beaucoup de reptiles , Texiguité du cervelet n'est plus en rapport avec le développement considérable des membres ; tandis que chez les poissons , au contraire , Texiguité des nageoires contraste avec le développement du cervelet. Comment a-t-on pu supposer , d'après ces variations continuelles , que la même partie du système nerveux conservait dans toutes les classes la même spécialité d actions? Cela n'est pas, et l'anatomie seule prouve que cela ne pouvait être.

Indépendamment des rapports que les tubercules quadrijumeaux ont avec le volume du globe de l'œil , il en est un autre, moins prononcé peutêtre , mais qui n'en mérite pas moins notre attention : c'est celui du volume de la queue.

Chez l'embryon humain , la queue persiste pendant tout le temps que les tubercules quadrijumeaux sont dominans dans l'encéphale ; elle disparaît lorsque les tubercules s'affaissent. Chez les mammifères il existe un rapport général entre ces deux parties : les cétacées ont des tubercules quadrijumeaux énormes 9 et leur train postérieur n'est en quelque sorte qu'une énorme queue. Chez les oiseaux , ce rapport ne se conserve pas ; quant aux têtards des batraciens , leur longiio q^iciîc coïncide avec le volume de

PHYSIOLOGIE ET rATHOLOGlE. SqQ

teurs lobes optiques, et il est à remarquer qu'à cette époque cet organe est le principal agent de leur locomotion ; ils sont , sous ce rapport , comme les poissons. Or, dans cette classe, la queue est portée au maximum de son développement , et ce développement coincide avec lia prédominance des lobes optiques sur toutes les autres parties de l'encéphale (i) J'ai cru devoir indiquer ces données avant de présenter les corollaires physiologiques et pathologiques qui concernent ces organes.

Les médecins grecs. et arabes avaient placé le siège de la mémoire dans le cervelet : le nombre de feuillets dont il est composé leur semblait correspondre aux nombreux compartimens que paraît supposer l'exercice de cette faculté ; plus tard , cette disposition l'a fait regarder par Malacarne , comme Torgane de rintelligencc ; et de nos Jours encore , le célèbre professeur Rolando a puisé dans cette disposition l'idée que le cervelet est une pile voltaïque en action.

Hoffmann avait porté une attention sérieuse sur la dépendance et l'indépendance des mouvemens de la volonté ; Wiilis assigna des sièges dif-

(i) Ce rapport est d'ensembk. On ne s'attend pas que j'énumère ici les nombreuses exceptions qu'il présente , exceptioiis auxquelles s'attachent toujours les hommes qui ont trop peu tu pour comprendre les principes généraux des sciences.

6oO PHYSIOLOGIE ET PATHOLOGIE.

féreus à ces deux ordres de mouvement ; il regarda les hémisphères cérébraux comme les organes du mouvement volontaire, et le cervelet comme celui des mouvemens involontaires. La circulation, la digestion, la respiration , se trouvaient dès-lors sous sa dépendance immédiate. Il est à remarquer que dans le cervelet , .Willis comprenait la protubérance et la portion de la moelle allongée qu'elle embrasse ; circonstance à laquelle n'ont point eu égard Perrault, Vieussens , Riedley, Chirac , Senac , Kau-Boerrhave , Haller, Zimmermann, Zinn et Lorry, dans les expériences négatives qu'ils ont opposées à Willis.

Les anciens avaient divisé les nerfs en ceux du sentiment et ceux du mouvement; ils avaient placé l'origine des premiers dans les membranes du cerveau , et celle des seconds dans cet organe même. Pourfour-Petit est le premier qui ait considéré le cervelet comme l'organe de la sensibilité. Saucerotte, Sabouraut et Choppart sanctionnèrent , dans un concours mémorable , l'assertion de Pourfour-Petit , qui fit croire, pendant qu'elle fut admise, à l'insensibilité complète des hémisphères cérébraux ; enfin , de nos jours , le retour de cette opinion porte encore à dépouiller ces hémisphères de cette mystérieuse propriété.

En outre de ces facultés dont on a tour-à-tour dépouillé et gratifié le cervelet, Walstorf le considérait comme l'organe actif pendant le sommeil ; mais il est évident que dans ses expériences, il

PHYSIOLOGIE ET PATHOLOGIE. 6oi

agissait médiatement sur la moelle allongée , puisque l'ablation complète du cervelet ne développait pas les mêmes effets que la compression. Le cervelet a donc tour-à-tour été considéré comme l'organe de la mémoire et de Tintelligence, comme le siège et le régulateur des mouvemens de conservation ; Willis en a fait l'organe de la musique; M. Gall , celui de la propagation ; M. Rolando le considère comme générateur des mouvemens volontaires ; M. Flourens , comme leur servant de balancier; enfin, Pourfour-Petit et quelques médecins placent dans le cervelet le siège de la sensibilité. Pour juger ce qui est , nous allons recourir, selon notre méthode, aux faits pathologiques et aux expériences sur les animaux.

De l'action du cervelet sur les organes génitaux.

La nature a confié à chaque espèce le soin d'éterniser sa création. Après le désir de la conservation, il n'en est pas déplus impérieux que celui de la propagation. Willis est encore le premier qui ait cherché à localiser cette faculté : la moelle épinière est, selon lui , Torgane de la propagation. Tout le monde connaît à ce sujet les idées de M. Gall ; mais elles avaient médiocrement frappé les physiologistes avant la publication des faits pathologiques que je vais reproduire en

602 riIYSIÛLOGlE ET PATHOLOGIE.

abrégé , et des expériences qui ont confirmé ce&^ faits.

Un homme de trente deux ans fut frappé d'apoplexie dans lacté du coït , et après avoir bu plus que de coutume. Aux symptômes ordinaires des^ apoplexies violentes, se joignait l'érection du pénis, qui persista jusqu'aux approches de la mort Le cerveau était sain ; mais le lobe médian du cervelet était le siège d'une vive irritation; ïa substance cérébelleuse était brisée en plusieurs endroits; de petits foyers sanguins étaient creusés le long du processus vermiculaire supérieur.

iJn journalier de cinquante-cinq ans, d'un tempérament sanguin, très-adonné aux plaisirs vénériens, après une journée passée au cabaret, fut pris, dans la nuit, d'une attaque d'apoplexie dont l'érection du pénis formait , comme dans l'observation précédente, le symptôme insolite. Il mourut deux jours après, ayant offert à chaque paroxysme la tension de la verge, et dans le dernier, une abondante éjaculation. Comme dans le cas précédent , irritation vive du lobe médian du cervelet avec érosion de sa substance. Foyer sanguin dans le centre de son hémisphère droit , qui s'était fait jour dans le quatrième ventricule.

Un homme de quarante-six ans mourut à la suite d'une apoplexie violente, pendant laquelle le satyriasis et i'éjaculation se manifestèrent, suivis d'un gonflement de toutes les parties ex-

PHYSIOLOGIE ET PATHOLOGIE. 6o3

ternes de la génération. Le lobe médian du cervelet renfermait plusieurs petits foyers sanguins , l'irritation vive qui les environnait se propageait à droite et à gauche vers les hémisphères.

Un cadavre apporté de l'hospice de Bicêtre à l'amphithéâtrecentral deshôpitaux, présentait une tuméfaction considérable de la verge et des bourses; le cervelet était phlogosé dans toute son étendue.

Un écrivain public , de trente-deux ans , avait offert pendant le cours d'une apoplexie, la turgescence du pénis, et, dans certains momens , une érection complète. De petits foyers sanguins étaient situés le long du lobe médian du cervelet ; un autre plus considérable occupait la partie postérieure de l'hémiphèrc droit.

L'observation suivante, recueillie à ma clinique, m'a été communiquée par M. le docteur Falret , connu dans la science par ses belles recherches sur le suicide et l'aliénation mentale.

« Je viens de lire avec le plus grand intérêt votre premier mémoire sur les apoplexies céré-

• belleuses, inséré dans le journal de M. Magendie.

• J'ai beaucoup regretté de ne pas y trouver l'ob-

• servation d'un apoplectique que j'ai eu occasion » d'observerdcUis votre division à l'hôpital delà Pitié.

«En 1820 5 dans un article sur l'Annuaire mé- > dico-cliiiurgical des hôpitaux , qui , par des cir- ^ 'Constances indcpciidai7les de ma volonté, n'a <> pns clô imprime, je rendais hommage à la pré-

6o4 PHYSIOLOGIE ET PATHOLOGIE.

» cision de \olre diagnostic dans les maladies orïganiques de l'encéphale. Je rapportais à cette » occasion Tentrelien que nous eûmes dans une des

• salles de votre division au sujet d'un apoplecti- » que âgé de cinquante ans , entré delà veille dans

• l'hôpital.

» Pourriez- vous déterminer, me dîtes-vous, le » siège positif que doit occuperl'épanchement chez ice malade? Non, répondis-je ; et il y aurait, ce »me semble, de la témérité à prononcer d'une ï manière affirmative. Eh bien ! reprîtes-vous , je » suis ce médecin téméraire. Je pense que l'épan- » chement est dans le cervelet. J'en ai pour gaî"int

• l'érection du pénis, symptôme qui en effet avait » beaucoup fixé votre attention et la mienne. Cette » preuve ne me parut pas d'abord sans réplique;

• mais, comme vous annonçâtes en même temps » que le malade n'avait pas plus de trente-six heu- »res à vivre malgré tous les secours de la méde- »cine, j'attendais l'examen du cadavre avec im- » patience, et, à mon grand étonnement, je vis

• votre diagnostic parfaitement justifié.

• Je ne rapporterai pas ici tous les symptômes

• apoplectiques que présentait ce malade ; ils » étaient les mêmes que ceux des apoplexies céré- » braies, mais de plus le pénis était gonflé, tendu ,

• rouge, en un mot dans l'état d'érection. Voici » en abrégé ce que nous trouvâmes à l'ouverture

• du cadavre.

• Développement considérable des parties géni-

PHYSIOLOGIE ET PATHOLOGIE. 6o5

» taies ; taches brunes sur le gland et sur les bourïses; membres rigides et dans l'extension. Les » tégumens du crâne n'offraient rien de reinar- »quable. Les sinus étaient gorgés de sang; trois nonces environ de ce liquide s'écoulèrent à » l'ouverture de la tête. Les vaisseaux de la pie-^ p mère étaient gonflés ; la substance grise du cer-

• veau était rougeâtre , injectée ; mais on ne t reconnut dans cet organe aucune trace d'épanichement ancien ou récent. Il n'en fut pas de

• même pour le cervelet; indépendamment de » l'injection de cet organe, nous remarquâmes » dans la partie centrale du processus vermiculaire » supérieur , un large foyer s'étendant à droite et à

• gauche vers les hémisphères du cervelet ; un » caillot sanguin le remplissait. Les processus cere-

• belli ad testes étaient très-rouges ; le quatrième

• ventricule contenait du sang. Les poumons » étaient gorgés de sang ; les organes de l'abdomen I n'offraient rien de remarquable. »

Une fille livrée de bonne heure aux plaisirs vénériens, se prostitue pour assouvir ses désirs, et se livre à toutes les manœuvres de la masturbation , pour suppléer à l'insuffisance des cohabitations journalières des hommes. Elle tombe dans la nymphomanie ; honteuse elle-même de son état, elle supporte que l'on brûle le clitoris , ce qui n'a aucun résultat avantageux. Elle meurt , et on trouve une irritation chronique avec induration du lobe médian du cervelet : de petits foyers

6o6 PHYSIOLOGIE ET PATHOLOGIE.

à bords calleux , comme le reste de l'induralioii , indiquent une phlegmasie ancienne de cette partie.

Un de nos élèves, M. le docteur Remet, observe à l'hôpital sainfe- Antoine une femme de soixantedix ans apoplectique; il remarque que l'écoulement des règles , qui avait cessé depuis longues années , se reproduit pendant le cours de la maladie ; il soupçonne une apoplexie cérébelleuse : la femme meurt, et l'ouverture du cadavre offre d'une part un vaste foyer sanguin , ayant brisé tout le lobe médian du cervelet , et de l'autre la matrice remplie par un caillot sanguin; tout le tissu de cet organe était phlogosé , les ligamens larges , les trompes et les ovaires étaient colorés comme si on les eût plongés dans un liquide You^e {Revue médicale , année 1824.)'

Elisabeth Blanchet , âgée de dix ans , d'un caractère sombre , adonnée à la masturbation , se plaignait depuis quatre mois de la tête ; depuis trois semaines ces douleurs lui arrachaient des cris ; alitée depuis douze jours quand on l'amena à l'hôpital des Enfans , elle avait eu des vomissemens bilieux suivis de somnolence ; depuis trois jours elle cessait de parler , ou ne répondait que trèsdifficilement , en portant la main à sa tête qui était renversée en arrière ; ses derniers jours furent marqués par un état comateux , un peu de strabisme convergent, la dilatation des pupilles. L'autopsie cadavérique offrit une inflammation avec infiltra-

tion purulente de l'arachnoïde à la partie supérieure du cervelet , dans lequel existaient sept à huit tubercules autour desquels la substance de cet organe était ramollie et blanche ; les parties moyennes étaient aussi ramollies ; les ventricules contenaient trois onces de sérosité. Cette altération remarquable ne peut être considérée que comme une véritable inflammation de la substance cérébelleuse {Essais sur l* encéphalite ^ par M. le docteur Payen , pag. 2o , 1826. )

Ces faits pathologiques offrent donc de commun l'excitation des organes génitaux , et une coïncidence remarquable de l'irritation du cervelet, et plus particulièrement du lobe médian de cet organe. Ce qui établit, selon nous, que l'action des organes génitaux est dans une corrélation très-étroite avec l'action du cervelet , ainsi que M. Gall l'avait avancé le premier. Ces résultats constatés chez l'homme par la pathologie , il restait à voir si la physiologie expérimentale les confirmerait, (i)

(1) Depuis la publication de ces faits dans le journal de M. Magendie, j'ai eu occasion de voir deux apoplectiques, chez lesquels l'érection se manifestait pendant les paroxysmes. Tous deux sont guéris à la suite de l'application de sangsues à la nuque , et de cataplasmes émolliens sur cette partie. M. le docteur Gensoult, chirurgien de l'Hôtel-Dieu de Lyon , a obtenu un résultat plus remarquable encore. Un homme d'environ trente ans avait trois ou quatre évacuations de sperme chaque nuit, évacuations pour lesquelles M. le

6o8 PHYSIOLOGIE ET PATHOLOGIE.

Sur des bœufs abattus en portant des coups de marteau sur la partie postérieure de l'occipital , j'ai rencontré le cervelet déchiré dans sa partie supérieure, chez ceux chez lesquels la verge avait offert pendant l'expérience un mouvement d'oscillation très-prononcé.

Sur un cheval entier dont la jambe avait été écrasée par une voiture , un couteau à amputation plongé sur le lobe médian du cervelet , d'avant en arrière , jusqu'au haut de la moelle épinière , détermina une érection très-prononcée.

Mais ce résultat a surtout été constaté depuis la publication de ces faits , par un de nos habiles physiologistes, M. le professeur Ségalas.

Si sur un cothon-d'mde mâle dont on a mis le cerveau à nu , dit ce physiologiste, on plonge un stylet dans le cervelet , de manière à arriver à la partie supérieure de la moelle de l'épine , on produit ï érection ; si Ton pousse ensuite le stylet dans la colonne vertébrale jusques dans la région lombaire , Véjaculation a lieu , lundis que la vessie , fût-elle pleine , n'en conserve pas moins son dépôt. Les mêmes phénomènes s'observent dans les cochons-d'inde décapités , quand on agit de même

professeur Lallemand de Montpellier avait tenté en vain la cautérisation des canaux éjaculateurs; M. Gensoult fit appliquer des sangsues et de la glace pilée à la nuque : les pollutions furent arrêtées comme par enchantement [Dissertation inaugurale de M, le docteur Fiai , pag. 24 ^^ ^^O

avec un stylel de haut en bas sur la moellede l'épine.

Cette dernière expérience, que j'ai répétée et dont chacun peut s*assurer par soi-même , prouve deux choses : la première, que l'irritation du cervelet détermine l'érection; la seconde, que la partie inférieure de la moelle épinière produit l'éjaculation . et agit plus spécialement sur les appareils sécréteurs et excréteurs du sperme.

Or nous avons déjà vu dans un des chapitres précédens que les maladies organiques de la partie inférieure de la moelle épinière déterminent des maladies de l'ovaire, suppriment les règles , ou, comme j'en ai maintenant un exemple sous les yeux, s'opposent chez les jeunes filles à leur manifestation. L'action des organes génitaux , chez les mammifères, a donc tout-à-la-fois son principe et dans le cervelet, comme nous le pensons avec M. Gall^ et dans la moelle épinière, comme l'avait cru Willis , qui l'avait considérée comme V'organe de la propagation.

Il est vraisemblable que l'éjaculation est produite dans cette expérience ^ parce que l'irritation de la moelle épinière développe la contractilité des vésicules séminales , soit que l'on admette ou que l'on n'admette pas leur structure musculeuse. La moelle épinière agit sur ces vésicules comme elle le fait sur la matrice. L'intégrité de la partie inférieure de la moelle épinière paraît nécessaire pour que la matrice se débarrasse du produit de la conceplion. Sur deux femmes parapléil. 5o

6lO PHYSIOLOGIE ET PATHOLOGIE.

giques , arrivées au terme de l'accouchement , la matrice resta dans une telle inertie , que chez l'une , le col ne se dilata pas suffisamment pour pouvoir introduire le forceps ; chez l'autre , on fut obligé d'exlraire Teiifant par l'opération césarienne. ]\]. Brachet , de Lyon , cite le cas d'une dame devenue enceinte , quoique affectée de paraplégie. C'était une quatrième grossesse. Dans les trois premières, survenues avant sa maladie, l'accouchement avait été naturel : le forceps devint nécessaire dans celui-ci; il n'y avait point de douleurs expulsives ; la matrice toujours assez ferme ne se coniractail point (i).

Si sur des femelles pleines, de lapin, de cochond'inde ou de chien , etc. , on fait la section de la moelle éninière à la région lombaire , quelque temps avant le terme de la parturition , celle-ci n'a point lieu. Ces animaux meurent sans mettre bas.

Si pendant le travail de la mise bas on fait la même section , les contractions s'arrêtent subitement, et la parturition ne s'effectue pas^

L'irritation de la moelle épinière dans cette même région produit , au contraire , l'avortement. Si après la décapitation des femelles pleines, on introduit un stylet dans la moelle épinière, et qu'on le dirige de haut en bas, arrivé à la régioil

(i) Voyez, si^r ce fait cl le suivant, h dissertation de M. le docteur Brachel, pag. 65.

PHYSIOLOGIE ET PATHOLOCIE. 6il

lombaire , la contraction des cornes utérines se manifeste, et la parturition s'accomplit. Sur d. s femelles de lapin et de cochon-d'inde, l'injection de la teinture de noix vomique dans les veines crurales produit le même effet.

Des indications thérapeutiques importantes dérivent de ces expériences ; dans les cas de grossesse avec paraplégie , on doit se garder de combattre celle-ci par la noix vomique , dans la crainte de provoquer l'avortement. Au contraire , le travail de l'accouchement étant commencé , son ad~ ministration sera utile pour combattre l'inertie de la matrice. I/inertie de la matrice ne pourr;utelle pas être combattue par ce moyen dans les cas si fréquens où on a recours au forceps (i) ?

Si des mammifères nous passons aux trois autres classes , nous voyons que les variétés de volume du cervelet ne peuvent donner une raison suffisante soit de la fécondité dont ils jouissent , soit de la volupté qu'ils paraissent goûter dans

(i) J!ai fait l'application de ce principe au traitement de la colique de plomb. Trois malades affectés de celte colique ont été guéris en quatre, cinq et six jours de traitement. La teinture de noix vomique a été employée en lavemens dans des potions, et en irictions sur la région lombaire et sur l'abdomen. Nul accident ne s'est manifesté, quoique le dernier se soit gorgé d'alimens le quatrième jour du traitement, et ait eu une indigestion , qui a manqué d'avoir les suites les plus graves.

l'acte de îa fécondation. A la vérité , la prédominance du lobe médian du cervelet des oiseaux rend compte jusqu'à un certain point de l'ardeur qu'ils présentent dans la génération ; mais chez les poissons osseux, et surtout chez certains reptiles, i'anatomie repousse cette corrélation jusqu'à ce que la physiologie l'ait établie.

îNous voyons , au contraire, la moelle épinière augmenter de dimension à mesure que l'on s'éloigne des mammifères supérieurs, et que Ton se rapproche des poissons ; en mcme-temps , plus la moelle épinière augmente , plus nous voyons îa fécondité s'accroître , plus nous voyons la volupté liée à cet acte diminuer (autant toutefois que nous pouvons juger des impressions des animaux). On peut donc présumer , et présumer seulement par l'analogie de ce que nous montrent les mammifères que la moelle épinière est le siège ou l'organe delà fécondité , et le cervelet, le siège de îa volupté. 11 est à remarquer sous ce rapport que la volupté de l'acte de la génération est essentiellement liée à la position qu'affectent ses organes ; or chez les mammifères seuls , les organes de la génération sont à l'extérieur. Eêur situation plus ou moins intérieure, dans les autres classes, doit nécessairement amortir l'impression que peuvent éprouver les animaux (i).

(i) Parmi les poissons , on sait que les raies et les squales

PHYSIOLOGIE ET PATHOLOGIE. 6l3

Si , des animaux vertébrés , nous passons aux articulés et aux mollusques , nous trouverons que l'acte de la génération et la fécondation s'opèrent dans toutes ces classes hors de l'influence de la moelle épinière et du cervelet , puisque leur système nerveux ne présente ni cervelet ni moelle épinière.

Action du cervelet sur les mouvemens volontaires.

Depuis trois siècles le principe des mouvemens volontaires a beaucoup occupé les physiologistes et les pathologistes ; après qu'on en eut placé le siège dans les membranes de l'encéphale , comme nous le dirons ailleurs , Willis , qui combattit cette opinion , en doua exclusivement les hémisphères cérébraux. Pourfour-Petit fît pour la sensibilité ce que Willis avait fait pour les mouvemens : rejetant l'idée que les nerfs sensibles puisaient leur origine dans les enveloppes du cerveau , il consacra le premier le cervelet à cette importante propriété. Dans les expériences qu'il tenta pour prouver son opinion , il ne tint qu'un faible compte des effets qu'il produisit sur les mouvemens, regardant, comme Willis, les hémisphères cérébraux comme la source unique des mouvemens

s'accouplent , au contraire de ce qui a lieu dans presque toute cette classe. Or les raies et les squales se rapproch;;nt déjà des oiseaux par leur cervelet. Leur accouplement tiendrait-il à ce développement du cervelet i^

6l4 rUYSlOI.OGlK ET PATHOLOGIE.

volontaires. Aussi , de son propre aveu , ces expériences ne iui laissèrent-elles que des doutes. SauceroUe , Sabouraut etChopart, dans le concours dont nous avons déjà parlé, avaient pour but de constater les résultats du médecin de Naniur. Le premier, seul, fit des expériences, et, tout en admettant que le cervelet était Torgane de la sensibilité , il porta une attention plus sérieuse sur reffet que les lésions du cervelet déterminent sur les mouvemens ; il détermina des convulsions générales, un opisthotonos assez constant sur les animaux dont le cervelet était profondément lésé , et une faiblesse plus grande du côté opposé où la lésion avait eu lieu. Malheureusement ces résultats furent gâtés par des explications^ qui, les faisant méconnaître, les rendirent nuls pour la science. Sabouraut , plus diffus encore que Saucerotte , resta beaucoup au-dessous de lui. Enfin Chopart sanctionna l'ancienne erreur de \Yillis , que le cervelet n'exerçait aucune influence sur les mouvemens volontaires. Zinn , avant tous ces auteurs , avait produit aussi l'opisîhotonos et la paralysie générale par les altérations plus ou moins profondes du cervelet ; il avait même vu sur des pigeons que . malgré l'ablation complète du cerveau , le cervelet restant intact , l'animal continuait à marcher; il mangeait aussi la nourriture qui lui était olTerte. Le résultat de ces expériences confirmait l'influence du cervelet sur îcs mouve-^ Hiefis; maif< Zinn , l'un des plus zrlés disciples d<"

PHYSIOLOGIE ET PATHOLOGIE. 6l5

Hailer, ne cherchait dans ces faits que des preuves à opposer à la doctrine de Willis concernant l'influence de cet organe sur les niouvemens involontaires. x4u milieu de ce vague et de ceite incertitude , le cervelet avait été reconnu comme une des sources du mouvement ; mais son action avait été jngée directe, en sens inverse de ceile des hémisphères cérébraux. Ce fut l'opinion deMorgagni qui exerça sur les esprits celte fâcheuse influence

Après avoir restitué au cervelet son influence sur les mouvemens volontaires , le point le plus important pour 11 pathologie élait de déterminer si cette influence était directe ou croisée ? Cette question a été résolue par les faits et les expériences que j'ai publiés , et dont voici l'exposé succinct.

Un marchand de fer, de soixante-un ans, affecté depuis long-temps d'une paralysie du côté gauche, paralysie dans laquelle le membre inférieur était plus immobile que le supérieur , succomba des suites d'une rétention d'urine. Les hémisphères cérébraux étaient intacts ; la bnse de Thémisphère droit du cervelet contenait un ancien foyer apoplectique dontlespourtours s'étaient ramollis, et le centre occupé par une certaine quantité de pus.

Sur un homme de soixante-huit ans , une hémiplégie du côté gauche coïncidait avec un foyer sanguin creusé dans le noyau médullaire de l'hémisphère droit du cervelet.

Un journalier de soixante-six ans, hémiplégique du côté droit, nous offrit un ramollissement qui

6l6 PHYSIOLOGIE ET PATHOLOGIE.

avait envahi et désorganisé dans presque toute son étendue l'hémisphère gauche du cervelet.

Dans tous ces cas et dans plusieurs autres que je néglige de rapporter, parce qu'ils sont la répétition de ceux-ci en ce qui concerne la perte du mouvement , on observe donc que l'altération de l'un des hémisphères du cervelet , produit l'abolition du mouvement dans les membres du côté opposé. Si l'altération organique est à gauche , la paralysie est à droite , et vice versa. Parmi les faits analogues qui ont été observés depuis la publication de mes mémoires, j'extrais le suivant , rapporté dans une thèse soutenue dans le cours de l'année iSsS^ à la Faculté de Médecine.

Un fabricant d'étoffes de soie , de Lyon , âgé de soixante-treize ans ^ entra à l'Hôtel-Dieu de la même ville , le 18 octobre 1824 , pour une attaque d'hémiplégie qui affectait le côté gauche. I en avait déjà éprouvé deux semblables dans le courant de la même année. Il succomba après le troisième jour de son entrée à l'hôpital. A l'ouverture du cadavre on trouva les trois quarts du lobe droit du cervelet ramollis dans toute son épaisseur; le ramollissement s'étendait jusqu'à la protubérance annulaire. Altération de l'hémisphère droit, paralysie à gauche , résultat de l'action croisée an cervelet sur les mouvemens des membres. Telles sont les données de la pathologie , telles sont aussi ceiJes de la physiologie expérimentale.

Un <îhien de moyenne taille fut trépané à la partie postérieure du pariétal droit; le sang ayant été épongé , je plongeai un bistouri à lame trèsmince dans l'ouverture; je le dirigeai de haut en bas et de gauche à droite, afin de faire la section de l'hémisphère du cerveau du même côté; cela fait , le chien fut dégagé de ses liens; tout le corps de ranimai était courbé du côté droit , la tête surtout était fortement penchée de ce côté. En cherchant à expliquer ce phénomène , nous aperçûmes qu'il était produit par la contraction des muscles de ce côlé^ ceux du côté gauche , qui sont leurs antagonistes, ayant éprouvé une diminution sensible dans leur action. Le chien restait d'abord immobile; excité par mes aides, il fléchit d'abord sur le côté gauche , tomba sur ce côté , et y resta environ trois minutes ; il sereleva ensuite , marcha l'espace de vingt pieds, en décrivant un arc de gauche à droite , ce qui indiquait que les muscles du côté droit étaient beaucoup plus forts que ceux du côté gauche ; il arriva alors contre un mur et appuya contre lui le côté gauche du corps. Lorsqu'on le retirait, et qu'on l'appuyait du côté droit, il se retournait et appuyait le côté gauche; l'animal éprouvait le besoin d'être soutenu de ce côté. Il fit ce manège aussi souvent qu'on le retourna. Un peu plus tard on le plaça au milieu de la cour , et on le contraignit de marcher : il se soutenait à peine sur le côté gauche ; les pattes antérieure et postérieure de ce côté étaient

6l8 PHYSIOLOGIE ET PATHOLOGIE.

légèrement fléchies ; l'animal paraissait pouvoir plus difficilement mouvoir les muscles extenseurs. Il resta jusqu'au soir dans cet état; le lendemain on ouvrit le crâne pour examiner sur quelle partie de l'encéphale avait porté le bistouri.

L'encéphale ayant été retiré du crâne avec beaucoup de soin^ je trouvai que le bistouri avait divisé l'hémisphère droit du cervelet en intéressant légèrement le pédoncule du même côté , et passé à une ligne de la partie externe du corps ciliaire: je n'avais intéressé ni la partie postérieure de l'hémisphère droit du cerveau ^ ni les tubercules quadrijumeaux du même côté , accident qui m'était fréquemment arrivé dans les autres expériences , et qui avait compliqué les effets que j'avais obtenus.

Un autre chien , trépané de la même manière, et aussi du côté droit, offrit les mêmes phénomènes, mais, de plus, il tournait constamment de gauche à droite; placé sur le dos, il roulait sur lui-même, pivotant toujours sur le côté droit; il était plus faible que le précédent du côté gauche , se soutenait moins bien sur ce côté, et se couchait après quelques pas; laissé en repos, il présenta des mouvemens convulsifs des membres gauches, mouvemens plus forîs dans la patte de derrière que dans celle de devant. Il mourut sept heures après l'opération. Sur celuici le cervelet avait été lésé plus profondément ; rhémisphère droit du cervelet avnil éié incisé

dans sa partie moyenne, et presque dans toute sa profondeur.

Un chien trépané du côté gauche , et opéré de la même manière , nous offrit le même ordre de phénomènes, mais en sens inverse : le côté droit était cdui qui fléchissait constamment; l'animal tombait sur ce côté quand il s'élançait pour marcher; il s'appuyait à droite et jamais à gauche ; les membres du côté gauche étaient dans une demi-flexion, ce qui arrive fréquemment dans les hémiplégies, à cause de la prédominance des muscles fléchisseurs sur les extenseurs ; prédominance qui trouve sa cause dans le plus grand nombre de nerfs que reçoivent ces muscles , proportionnellement aux extenseurs. L'hémisphère gaucho et le pédoncule du cervelet du même côté avaient été divisés par l'instrument tranchant ; en arrière , l'hémisphère était coupé dans sa totalité.

A cette époque (1819), je me rendais fréquemment à ia grande voirie de Montfaucon , pour me procurer les embryons des animaux qu'on transporte en cet endroit de Paris et de ses environs : je soumis à cette expérience cinq chevaux destinés à être abattus ; dans un seul je réussis à n'intéresser que l'hémisphère du cervelet.

Le cheval était de moyenne taille ; j'enlevai avec deux couronnes de trépan la partie gauche de l'occipital; j'incisai la dure-mère et j'épongeai le sang résultant de la plaie : je portai ensuite \c bistouri dans l'ouverture; je le portai dans un^

direction d'abord directe, puis un peu oblique de droite à gauche. On détacha l'animai; son corps se courbait en arc comme dans les expériences précédentes : la courbure avait lieu à gauche , par la contraction des muscles de ce côté, et à cause du relâchement de ceux du côté droit. L'animal était couché ; on le releva avec beaucoup de peine; il fléchit aussitôt du côté droit et tomba sur ce côté. On le releva de nouveau , on le soutint du côté droit; il marcha, mais avec tant de difficulté des membres droits , que, sans plusieurs hommes qui le soutenaient , il serait tombé à chaque pas. On l'appuya à droite contre un mur ; il y resta plusieurs minutes dans un équilibre apparent : les muscles du côté droit fléchirent ensuite d'une manière graduelle , et il tomba à droite. Deux heures après cette première tentative , je la fis réitérer ; elle offrit les mêmes résultats. Mais , de plus , ayant voulu voir si l'animal se relèverait seul, je l'excitai vivement : dans les efforts qu'il fît, il se' roulait sur lui-même; la rotation avait lieu de droite à gauche , parce que les muscles du côté gauche étaient évidemment les plus forts ; ceux du côté droit obéissaient à leur action. Il était sensible dans toutes les parties du corps ; la respiration ne paraissait pas gênée. Il aurait sans doute vécu quelques jours; mais il fallut tuer l'animal , les ouvriers attendant après lui pour travailler.

J'enlevai la calotte du crâne avec une scie à

PHYSIOLOGIK ET PATHOLOGIE. 6il l

amputation , et je détachai l'encéphale sans lui faire éprouver aucune déchirure : les hémisphères cérébraux étaient intacts ; je n'avais pas même intéressé la partie postérieure de l'hémisphère gauche , qui, chez le cheval, déborde légèrement la partie supérieure du cervelet; l'instrument avait divisé l'hémisphère gauche de ce dernier en commençant en haut sur les feuillets transversaux du lobe médian antérieur; et intéressant dans la profondeur les faisceaux moyens du processus cerebelli ad testes : rincision divisait ensuite un peu obliquement, de droite à gauche , toute l'étendue de l'hémisphère. Son lobule antérieur était coupé dans la partie moyenne jusqu'au tiers supérieur du pédoncule du cervelet : le lobule moyen était tranché ainsi profondément dans son tiers externe; enfin le petit lobule postérieur n*avait été touché qu'à trois lignes en dehors. La moelle allongée et la moelle épinière n'avaient éprouvé aucune altération.

On voit donc que les résultats de ces expériences coïncident parfaitement avec ceux que m'avaient offerts les malades que j'avais observés. Si j'opérais sur l'hémisphère droit du cervelet , l'animal fléchissait du côté gauche; les jambes de ce côté supportaient difficilement le corps ; en même temps l'animal se courbait en formant une espèce d arc , dont la concavité correspondait à droite , et la convexité à gauche. Cet effet était surtout remarquable au cou. En cherchant à expliquer ce

62 2 PHYSIOLOGIE ET PATHOLOCxIE.

phénomène , on Irouvet a , je pense, que les muscles du côté gauche ayant perdu leur action en totalité ou en partie, les muscles antagonistes du côté droit conservant toute leur énergie, tout le corps se trouvait nécessairement entraîné de ce côté. L'inverse avait lieu sur les animaux dont l'hémisphère gauche du cervelet avait été lésé : la concavité de lare était à gauche, quand l'animal faisait des efforts pour se relever, et la convexité à droite : c'était du côté droit qu'il, fléchissait, qu'il cherchait un appui. Plaçait-on l'animal sur le dos , et le forçait-on à se relever , dans les efforts qu'il faisait , les muscles opposés à la lésion du cervelet entraînaient ceux de l'autre côté; l'animal roulait sur lui-même : cette rotation avait lieu de droite à gauche, ou de gauche à droite , selon qu'on avait blessé l'un ou l'autre des hémisphères. Tout indiquait donc que le côté opposé à l'hémisphère lésé était celui qui était frappé de paralysie (i).

Cette rotation des animaux m'avait beaucoup frappé, parce que j'avais précédemment observé un malade qui , au lieu de voir tourner les objets comme cela arrive dans les prodromes de la plupart des apoplexies , tournait au contraire luimême, et se roulait dans son lit pour peu qu'on

(i) M. Flouiens ayant pailailemeiit établi le croisement d'action du cervelet chez les oiseaux, je m'abstiens de rap- })0iier mes propres expériences.

î'abaDdonnât. Ce fait étant encore unique dans la science , je vais le reproduire avec quelques détails.

Le nommé F. E. Duval , âgé de soixante-huit ans, cordonnier, d'une constitution faible, grand buveur, fut sujet dans sa jeunesse auxsaignemens de nez, plus tard auxhémorrhoïdes , et toute sa vie à une faiblesse d'estomac qui rendait ses digestions pénibles : souvent il était pris de diarrhées, qui duraient huit ou dix jours et cessaient par le régime. A Tâge de cinquante ans il eut dans Tarticulation du genou gauche un gonflement que Ton combattit par les bains , et qui rendit les mouvemens difficiles pendant plusieurs mois; la jambe fut œdémaliée ; un ulcère sitvié à la malléole interne C suite d'un coup) fut très-long-temps à s<' cicatriser. Telles étaient les affections morbides dont le malade et ses amis avaient conservé le souvenir.

Le 5 janvier 1819, le malade ayant diné chez un de ses amis, et bu beaucoup^ comme à son ordinaire , fut néanmoins plus étourdi par le vin qu'il n'avait coutume de l'être. Une circonstance qui l'avait frappé dans cet état , c'est qu'il ne voyait pas tourner les objets comme cela arrive d'ordinaire, mais qu'il lui semblait au contraire quil tournait lui-même ; ce qui porta ses amis à croire qu'il était ivre , et le fit conduire chez lui. A peine y était-il arrivé , qu'il se mit à tourner réellement sur lui-même. Le tounioiement avait

lieu de droite à gauche ; on le coucha : peu de temps après il vomit quelques gorgées de vin. Dans la nuit il eut une attaque d'apoplexie avec hémiplégie du côté gauche ; on la combattit par les saignées , les vomitifs et les purgatifs ; les symptômes apoplectiques se dissipèrent , mais il resta paralysé de la [jambe gauche; le bras avait repris assez de force et assez d'agilité pour que le malade pût travailler sur son lit , ou dans un fauteuil où on le plaçait pendant le jour.

Néanmoins il s'affaiblissait de jour en jour : une diarrhée opiniâtre se manifesta ; la maladie s'augmentait encore par l'usage du vin et de Feau-de-vie. Ce dévoiement l'obligea de garder le lit pendant tout le mois d'avril ; les astringens les plus énergiques avaient été sans effet ; le malade allait involontairement à la selle : ce fut cette dernière circonstance qui détermina ses parens à l'amener à l'hôpital de la Pitié, le 12 mai 1819.

Il était pâle , émacié , les muscles flasques , légèrement infiltrés , surtout ceux de la jambe gauche; la langue était rouge, racornie; l'abdomen douloureux principalement vers les fosses iliaques ; le pouls [était petit , concentré et assez fréquent ; la peau, aride, offrait une desquamation légère et générale ; le dévoiement était continuel.

La jambe gauche était immobile : quelle que fût la volonté du malade , il ne pouvait lui faire exécuter le plus léger mouvement. Le sentiment était conservé; le bras gauche exécutait librement

PhYSÎOLOClK EU rATUOLCwii:. l;.>;-)

1(S îiîGvivcineiis , quoi(|ut; moins bien que le bras <lroit. Interrogé sur la cause de cette immobilité de la jambe, le malade l'attribuait à la tumeur blanche qu'il avait eue au genou gauche plusieurs années auparavant , et à l'habitude qu'il avait de frapper ce genou dans son travail.

On conçoit que dans cet état on ne put rien entreprendre contre cette hémi-paraplégie. Je portai toute mon attention sur la diarrhée chronique, que j'essayai de modérer, mais en vain, par l'usage de l'opium fractionné. Le malade succomba le 24 du même mois , après douze jours de séjour dans ma division.

A l'ouverture du cadavre, nous rencontrâmes des ulcérations chroniques dans tous les gros intestins , mais spécialement au cœcum , à Tare transversai du colon et à VS iliaque du même intestin.

Les hémisphères du cerveau étaient dans leur état ordinaire ; au centre de l'entrée du pédoncule du cervelet dans l'hémisphère droit de cet organe, il existait une excavation de neuf hgnes de long, oblique de dehors en dedans , et large de cinq lignes dans son plus grand diamètre transversal. Au pourtour de ce foyer la substance blanche était devenue jaunâtre , plus consistante que dans l'état naturel. Le foyer était traversé par une bride jaunâtre, et divisé en deux petites loges, une antérieure, l'autre postérieure; la loge posiérieure, qui s'enfonçait le plus profondément

il, '

dans riiéinisphère du cervelet , étiit remplie par une matière de la consistance de la bouillie , d'une couleur brune. La logQ. antérieure était remplie par une substance plus épaisse , d'un jaune brun , entièrement détachée des parois de la caverne ; tout l'hémisphère droit du cervelet était plus consistant que le gauche ; les radiations de la substance blanche avaient une teinte jaunâtre qu'on ne remarquait pas dans les radiations du côté opposé. Le reste de la protubérance annulaire, la moelle allongée et la moelle épinière, ne présentaient rien de particulier.

Dans les expériences sur les animaux , la rotation était l'effet de la section plus ou moins profonde des segmens qui recouvrent le quatrième ventricule; mais, dans ce cas, la tendance presque irrésistible qu'avait le malade à tourner , provenait évidemment de la lésion du pédoncule droit du cervelet. C'est ce qui, peu de temps après, a été mis hors de doute par les expériences de M. Magendie. Ainsi les animaux sur lesquels l'on coupe l'un des pédoncules du cervelet , se roulent sur leur axe et du même côté que la section , avec une vitesse qui va en diminuant à mesure que l'on s'éloigne du pédoncule. Ainsi, une fois encore , la physiologie expérimentale a confirmé une des domiées fournies par la pathologie.

Depuis douze ans j'ai varié de mille manières les expériences que j'ai tentées sur les animaux

pour produire artificiellement ies effets que me dévoilait robservaticn des maladies organiques du système cérébro-spinal de l'homme. Vu fait que j'avais souvent remarque dans les apoplexies cérébelleuses était le renversement et la chute des malades en arrière. Dans ces cas , le cervelet avait été détruit dans la base des hémisphères et des deux côtés ; quelquefois même le quatrième ventricule avait été mis à découvert par l'étendue de la désorganisation.

Si' sur un animal on blesse le cervelet horizontalement et dans toute son étendue, la tète est renversée en arrière; si l'on se rapproche des pédoncules , il y a opislhotonos , le corps est courbé en un arc , dont la concavité est sur le dos et la convexité sur la face abdominale. Si dans cet état on le force à marcher , l'animal s'élance en avant ; mais après quelques pas une force irrésistible l'entraîne , et il recule. Cet effet a été produit avec diverses modifications , par Zinn , Saucerotte , MM. Magendie et Flourens.

La tendance au reculement est alors un effet de la tendance invincible qui porte les animaux <à se maintenir en équilibre ; ils cherchent cet équilibre en reculant: si dans cet état, et lorsque la tête seule est renversée, on coupe les muscles qui la portent en arrière, la tendance au reculement est arrêtée, l'animal marche devant lui aj^ant sa tête entre les jambes de devant.

J'ai bien remarqué cet effet sur une jeune fille

62S PIlYSIOLOGiK ET PÀTilOLOGlL.

(le douze ans , que MM. Magendie et Laurent placèrent dans ma division. Dans de courts accès d'épilepsie, qui se succédaient avec une grande rapidité , cet enfant était irrésistiblement entraîné à reculer. La tète était portée en arrière ; le corps lui-même était légèrement incliné ea ce sens. Si on s'opposait au renversement de la tête , le recul ement s'arrêtait ; lorsqu'on lui laissait parcourir ainsi un certain espace en la tenant par la main , elle décrivait une courbe , qui fut en augmentant à mesure que la malade approcha du terme de la guérison. Elle sortit deux mois après son entrée , très-bien rétablie , et depuis deux ans elle n'a éprouvé aucune rechute. Le renversement et la chute en arrière de certaines apoplexies cérébelleuses, et le reculement de cet enfant me paraissent donc expliqués par les expériences précédentes.

En outre , dans le cervelet réside réellement la force qui coordonne les mouvemens pour le saut. M. Flourens Fa dit ; mais ses expériences ne me paraissent pas aussi décisives que les suivantes.

Si , un animal étant libre , on transperce le cervelet avec un poinçon très-acéré , au niveau de son tiers supérieur . l'animal fait un bond qui peut s'élever à plusieurs pieds de hauteur. Cet effet est si prompt, si instantané chez le lapin, que l'on croirait que le saut est produit par la détente (\ un ressort.

PHYSIOLOGIE ET PAÏQOLOGIE. 0'2CJ

Celte propriété explique ce luic l'on a cru remarquer de contradictoire dans la grenouille : la progression de cet animal est bien difTérente, selon qu'elle s'exécute dans l'eau ou sur le sol. Dans i'eau, elle nage; sur la terre, elle saute. Cette circonstance est donc bien propre à éclairer ce point de la physiologie du cervelet.

Si sur une grenouille ou enlève cet organe , ce \ qui n'est pas très-difficile, et qu'on la plonge/ dans l'eau, elle nage comme avant cette ablation. Si on la met à terre , elle reste immobile : on a, beau l'exciter, elle remue les pattes; mais elle ne\ marche point, parce qu'elle ne peut marcher sans j sauter. En perdant son cervelet , elle a donc perdu cette faculté.

De ce que la grenouille ne peut plus sauter lorsqu'elle a perdu le cervelet, en conclure que ia marche est abolie chez tous les reptiles qui ont subi cette mutilation , ce serait n'avoir pas saisi l'anomalie particulière de ia marche de ce batracien. En effet , de même que la grenouille nage après cette ablation , de même les lézards et les couleuvres continuent de marcher , les oiseaux de voler, mais beaucoup plus faiblement , et seulement pendant quelque temps , après l'ablation du cervelet.

Le cervelet exerce donc une influence très-puissante sur les mouvemens des membres; mais cette influence n'est pas la même sur les membres supérieurs ou antérieurs , et sur les inférieurs ou postés

65o PHYSIOLOGIi: ET P ATHOLOGIE. .

rieurs. Les maladies elles mutilations arlificielleg de cet organe affectent plus les membres iniérieurs que les supérieurs. C'est un résultat que j'ai constaté par la pathologie et la physiologie expérimentale, et dont l'application, comme je l'ai montré dans mes mémoires, est très-importante pour la pathologie (i).

Un homme était paralysé de la jambe gauche , le bras conservait quelques mouvemens , l'hémisphère droit du cervelet était détruit en grande partie.

Chez un maçon qui avait fait une chute sur la partie postérieure de la tête, le bras gauche exécutait quelques mouvemens, tandis que la jambe du même côté était complètement immobile; l'hémisphère droit du cervelet était aussi le siège de l'altération organique.

Sur deux femmes les résultats furent les mêmes, excepté que chez l'une Thémi-paraplégie était à droite, et l'hémisphère gauche du cervelet avait seul été désorganisé. Chez une femme qui est en ce moment dans ma division depuis sept mois, la jambe et la cuisse gauches sont dans l'immobilité la plus complète; le bras gauche exécute tous ses mouvemens aussi bien que le droit , et avec la même force.

Chez les animaux que l'on expérimente, les

(i) Voyez trois Mémoires publiés en 1825, dans le journal de M. Magendie,

PHYSIOLOGIE ET TATHOLOGIE. 63 1

effets sont les mêmes , les membres postérieurs sont toujours plus affectés que les antérieurf;. Nul n'est plus propre à cette expérimentation que le Japin : quand on lui enlève la partie moyenne du cervelet, le train de derrière est presqu'immobile, tandis que celui de devant est dans une agitation continuelle. Dans les efforts que fait l'animal, il se renverse souvent en arrière, en prenant son point d'appui sur le train postérieur r^sté fixe et immobile : d'autres fois l'animal pivote sur ses pattes postérieures , il décrit un cercle dont le centre correspond au train postérieur, qui ne se meut point.

Chez la grenouille , on remarque un effet à peu près semblable quand on la place sur le sol ; souvent elle se renverse en arrière , et souvent aussi elle décrit un arc en s'appuyant sur les pattes de derrière.

Mais c'est surtout chez les oiseaux que cet effet est sensible. Après l'ablation du cervelet les pattes sont immobiles, tandis que les ailes se meuvent encore. Lancez l'oiseau en l'air, il vole; mais tombé à terre, il ne se relève plus , parce que les pattes étant paralysées , il ne peut plus prendre sur elles son point d'appui pour s'élancer de nouveau : dans cet état , im oiseau est comme si on lui avait coupé les pattes ; et pour voir cette similitude dans ces effets , il est curieux de faire iii même temps et comparativement ces deux

63 2 riIVSIOLOGlii KT PATHOLOCli:.

expériences (i). Le canard placé dans leau perd la faculté de nager, comme la grenouille placée sur la terre perd la faculté de sauter ; ces deux effets , en apparence si différens , proviennent donc de la même cause. Si on généralisait ces résuliats , on pourrait donc dire que le cerveau est l'organe du vol, du saut et de la nage; mais ce qui est vrai poiîT la grenouille , le canard et le lapin , ne Test plus pour d'autres animaux. C'est cette généralisation à laquelle nous sommes tous portés d'une manière p^resque involontaire , qui peut être reprochée à MM. Rolando et Flourens , dont l<^-> ouvrages sont d'ailleurs û remarquables.

'^iction et Maladies de la prolubératice annulai

rc

Dans les apoplexies que j'ai désignées sous \< nom àlièmato-encéphalie ^ et de vialaco-encéphalic s les symptômes les plus variés et les plus con?tans se manifestent, selon que la continuité des fibres de Tencéphaîe est interrompue sur tel ou tel point de sa surface. Avant la première pu

(i) D'après cette influence du cervelet sur le.s mcmbre> postérieurs, les cétacées devraient avoir éprouvé wne. diminution notable dans le volume de cet organe, ce qui n'ct^t pas. Bien plus, le cervelet a singulièreuieut accru de voIuuk;. Cette anomalie me; paraît inoxplicaUlc dans l'éfat présent d<la ?cienee.

PHYSIOLOGIE ET PATHOLOGIE. irKr

hlicalion de mes recherches , on négligeait complètement leur étude ; l'hypothèse ih) la compression de rencéphale par les liquides en détournait les esprits. ( i )

On sait aujourd liui que les paralysies afFeclent tantôt la moitié du corps, tantôt une jambe ou un bras, ou qu'enfin tOLis les muscles subjacdis à la te le peuvent être paralysés instantanément. (Quelle est la partie du cerveau qui régit ainsi la presque totalité des mouvemens soumis à la volonté? L'anatomie aurait pu le dire; mais la patho-

(i) Celte hypothèse n'était que la conséquence rigoureusement déduite du système des esprits animaux. Ces esprits étaient si déliés, c'était une vapeur tellement subtile^ que quelques gouttes de liquide suffisaient pour oblitérer les pores d'où ils transsudaient, ou inleiromore la continuité des canaux dans lesquels s'opérait leur circulation; telle était la base sur laquelle était étayée la doctrine des maladies du système nerveux. Cette doctrine était admirablement liée dans toutes ses parties; tout s'expliquait par elle, comme on peut surtout en juger par l'ouvrage de Vieussens ; mais on ne saurait trop le répéter, on n'avait qu'une doctrine de convention ; tout le monde admettait l'existence des esprits animaux, to-ut le monde devait nécessairement admettre les conséquences de ce système. Personne n'y croit plus de nos jours, et cependant la science xa conservé et conserve encore les explications qui sont nées de leur existence. Cette contradiction est choquante ; n'a-t-on pas reproché à M. Flourcns la nullité de la plupart de ses résultats, en se fondant sur ce qu'il incitait ses animaux en apoplexie en laissant du sang épanché dans le crâne ? Pour Juger de cette erreur, voyez mon iravai! =:ur le- Apoplexies,. Annugirc des hôpitaux, 1819..

logie a encore ici devancé l'anatomie et la physiologie. Chez trois hommes dont j'ai rapporté l'histoire dans un autre ouvrage, l'immobilité générale avait été produite par la destruction presque complète de la protubérance annulaire ( iïemato-mésocéphalie ).

Sur deux autres, observés l'un en 1822 , l'autre en 1825 , un phénomène assez remarquable s'était manifesté. Au moment de l'attaque, ils ressentirent une douleur des plus vives , jetèrent des cris et coururent devant eux comme pour éviter un grand danger. Ils tombèrent après environ cent pas. Chez tous les deux , la tendance à se porter en avant avait été spontanée; la protubérance annulaire avait été détruite dans toute sa profondeur , et la paralysie complète.

Chez une femme , dont la moitié postérieure dumésocéphale était squirrheuse,lardacée {scieraméso - cèphalie ) , la marche avait d'abord été chancelante comme dans l'ivresse , puis la mobilité et la sensibilité furent entièrement perdues. On l'excitait , elle ne sentait point ; on la mettait sur un côté , elle y restait jusqu'à ce qu'on la déplaçât de nouveau. Elle perdit la vue complètement sans opacité dans les cornées; elle perdit le goût , l'ouïe et l'odorat ; la vie de relation était tout- à-fait anéantie un mois avant sa mort. Ces phénomènes étaient évidemment le résultat de la désorganisation de la protubérance annulaire , et de l'insertion des nerfs trijumeaux,

PHYSIOLOGIE ET l»ATHOLOGlE. 635

Un homme décédé le :2o novembre 1821 , dans les malles de M. le docteur Montaigu , à THôtel- Dieu j avait offert les mêmes phénomènes : insensibilité , immobilité absolues; perte du goût, perte de la vue , perte de l'ouïe et de l'odorat. La partie inférieure de la protubérance annulaire était ramollie, réduite en bouillie [malaco-mcsocephalie ) le milieu était dur et lardacé (1).

Chez tous ces malades , des douleurs atroces avaient précédé la perte complète de la sensibilité. Cette propriété réside donc spécialement dans la protubérance annulaire et dans la partie de la moelle allongée qu'elle embrasse. Elle est donc aussi le centre du principe des mouvemens volontaires. Que conclure de cette coïncidence de la perte de tous les sens^ par la désorganisation de la protubérance annulaire? Ces faits n'expliquentils pas ceux que nous avons déjà cités à l'occasion de la section et de la désorganisation des nerfs trijumeaux?

Dans ces cas de ramollissement de la partie moyenne du mésocéphaîe , les mouvemens avaient d'abord présenté l'agitation de la danse de saintguy , puis l'incohérence de l'ivresse , puis la paralysie complète.

Sur tous ces malades , les pupilles ont été contractées ou immobiles , selon que les muscles

(1) Cette observation a été parfaitement rédigée par M. le docteur Pariset, interne de la division.

65(3 rUiSlGLOiiiE H PATHOLOGIE.

étaient en agitation ou en repos. Dans ceux où is^, protubérance était plus affectée d'un côté que de l'autre , le nerf facial était paralysé du côte opposé , ia commissure des lèvres déviée 5 la narine immobile ; le bégaiement avait lieu.

Sur la plupart , tous les muscles inspirateurs étaient immobiles , et la respiration était interrompue par la cessation d'action des puissances inspiratrices , effet bien différent de la paralysie des poumons produite par l'altération du corps resîiforme ou de l'olive. J'ai vu souvent alors !e rire sardonique coïncider avec l'agitation générale. Le rire sardonique était évidemment l'effet de la convulsion du nerf facial.

Dans les encéphalites aiguës (fièvres ataxiques) , l'inflammation de la protubérance annulaire produit la rigidité de tous les membres , la contraction permanente des pupilles.

Si la protubérance est plus enflammée à droite qu'à gauche, il y a rigidité plus grande du côté gauche et constriction plus prononcée de l'iris à droite. Si l'inflammation est plus forte à gauche , les symptômes sont inverses ; l'iris gauche est la plus resserrée , et les membres droits les plus contractés. Souvent aussi il y a rigidité des mâchoires. Les phénomènes qui se développent du côté de l'iris sont expliqués par l'action de la cinquième paire , et ceux des mouvemens par celle de la protubéi\'mce.

Dans ces cas , vi surtout lorsque l'irritai ion s/,^

PHYSIOLOGIE ET riTHOLOGH-. 657

propage jusques sur le bulbe rachidieu , on obsei've le vomissement , et les irrégularités de la respiration et de la circvdation qui accompagnent si fréquemment les encéphalites.

Tels sont les phénomènes que développent les maladies organiques de la protubérance annulaire ; la physiologie expérimentale les produit en grande partie sur les animaux. L'irritation artificielle produit îa contraction des pupilles , l'agitation convulsive et générale de tous les muscles, leur paralysie complète, la paralysie des muscles inspirateurs , le vomissement , et sa cessation par l'aplatissement du bulbe rachidieu. L'irritation de ia protubérance du côté droit détermine des convulsions à gauche , et le resserrement de l'iris à droite ; l'inverse a lieu quand on irrite le côté gauche.

Quand on a détruit complètement la protubérance et le bulbe rachidien , l'animal est complètement insensible; il est complètement immobile: on peut l'irriter de toutes les manières , il est insensible à tout; état qui reproduit si exactement ce que nous ont présenté nos malades. La respiration s'arrête , et elle s'arrête par la cessation seule des puissances inspiratrices , tant que les côtés de l'olive et la base du pont ne sont point intéressés dans la section. C'est d'après ces résultats que Lorry décida que la moelle allongée était le seul organe actif du cerveau, et

658 PHYSTOLOGIE ET PATHOLOGIE

qu'elle était le principe et la source du mouvement et du sentiment.

Une de ses plus belles expériences, et que la plupart des physiologistes modernes ont répétée, est celle qui consiste à enlever à un mammifère les lobes cérébraux, les tubercules quadrijumeaux , le cervelet , et de ne laisser de la protubérance que la partie qui correspond au-dessus de Fiosertion de la cinquième paire. Dans cet état , l'animal , réduit au segment basilaire de l'encéphale, a une vie régulière et constante; la respiration et la circulation s'exécutent librement, quoiqu'avec un peu plus de précipitation que dans l'état naturel. La sensibilité est conservée ; l'animal sent quand on le pique; et il a la conscience de cette sensation , et la volonté de s'y soustraire , puisqu'il agite les pattes , le tronc et la queue avec régularité , sans néanmoins pouvoir marcher ; il ouvre la gueule pour crier , sans produire de cris ; il entend , il sent , il paraît même goûter les substances que l'on place dans sa bouche. Mais la vue est perdue ou paraît perdue; sans cette dernière circonstance, cette expérience serait la contre-épreuve rigoureuse des effets obtenus par la section de la cinquième paire. C'est à l'intégrité de l'insertion de ce nerf qu'est due la persistance des sensations , car dans les maladies de la protubérance, tant que l'altération ne s'étend pas sur ces cordons d'inser»

PHYSIOLOGIE ET PATHOLOGIE. 6og

tion, les sens restent intègres; ils sont anéantis quand ils sont atteints. Cet effet est beaucoup plus prompt quand la maladie commence par les cordons supérieurs du quatrième ventricule, que lorsqu'elle débute par la partie antérieure. Aussi, chez les animaux , les faisceaux qui forment le plancher du quatrième ventricule étant enlevés jusqu'à la cinquième paire, on paralyse les sensations de la face, tandis que les faisceaux extérieurs intermédiaires aux deux nerfs laissent persister ces sensations (M. Desmoulins) (i).

Cette influence du segment basilaire de l'encéphale est plus prononcée chez les oiseaux que chez les mammifères ; elle est plus prononcée chez les reptiles que chez les oiseaux , comme l'attestent les expériences de Redi, de Fontana et du professeur Uolando. 11 paraît être le point de

(i) Je n'ai pas réussi à produire ces derniers effets dans mes expériences, quoique j'eusse préparé et fait représenter chez les animaux cette partie, pour montrer qu'elle est la répétition de celle de l'homme. En parcourant sur mes registres les expériences que j'ai tentées sur cette partie, j'en trouve une qui a beaucoup d'intérêt dans le moment présent : elle est de Cockburn. » Si j'enfonce un stylet entre la première vertèbre et l'occipital , je produis des mouvemens convulsifs généraux, et dans les yeux, au bout de trois jours la vue se trouble, parce qu'il survient des ulcères à la cornée, et que tout l'œil se détruit. D'où je conclus que les nerfs optiques ne finissent pas, ou ne commencent pas , comme on le dit . aux couches ctniiques. »

()/j<> PîtVSÎOIOGlK ET PATHOrOGiE.

léuniou des piiiicipaies facultés des poissons, comme î avaient soupçonné Collins et Manget , el comme peut le faire présumer l'anatomie de cett(î partie, si richement organisée dans cette classe, tandis que les hémisphères cérébraux sont si descendus dans leur organisation.

On a dit et on a cru, d'après Hippocrate, que la même lésion du cerveau pouvait produire la paralysie d un côté , et les convulsions de l'autre. La paralysie était croisée et les convulsions étaient (lirectes. Ces deux effets sont contradictoires et inconciliables , car ils se passent tous les deux «lans les muscles; ils sont dépendans delà même ])ropriété. Les convulsions sont l'irritabilité en action; et la paralysie, le repos ou l'antiantissement de l'irritabilité. Cela est si vrai , qu'en irritant le cerveau, par exemple, on détermine d'abord des convulsions dans le côté opposé ; si l'irritation est long- temps continuée, et l'organe détruit, les divers muscles qui étaient en convulsion deviennent immobiles et paralytiques. Les convulsions et les paralysies sont deux états divers , oii deux modifications d'une même propriété. H^ est donc impossible que la même altération produise les convulsions d'un côté et la paralysie de l'autre.

Lorry s'aperçut de cette contradiction : en admettant les faits que l'on rapportait à son appui ^ il essaya d'en rendre raison en cherchant à produire ailificiellement cette alternative de convui-

sions d'un côté et de paralysie de l'autre, il crut que la moelle allongée les lui avait présentés, mais il hésita dans les conclusions. M. Flourens, dégageant ces expériences de la complication qu'elles pouvaient offrir , a conclu rigoureusement que la moelle allongée est directe dans son action , et il pense qu'Hippocrate a voulu parler des lésions complexes d'une partie croisée de l'encéphale avec une lésion coïncidente de la moelle allongée. Mais les faits rapportés dans la science, par Baglivi , Bonnet , Morgagni et quelques modernes, sont tous des lésions simples, et des lésions qui intéressent uniquement les hémisphères cérébraux. En supposant donc que faction de la moelle allongée soit directe, l'explication de notre habile physiologiste ne leur est point applicable.

Mais la moelle allongée a-t-elle une action directe? En bornant, comme je l'ai fail , et comme l'a fait aussi M. Flourens , la moelle allongée à la partie postérieure des tubercules quadri jumeaux , on voit que chez les mammifères et l'homme les deux tiers de la protubérance sont compris dans cette limite. Or, l'altération de toute la protubérance est croisée ; un foyer à gauche produit la paralysie à droite, et vice versa. Et dans les cas où j'ai eu assez tôt les maladies s^ous les yeux, j'ai vu des mouvemens cotivuisifs précéder la perle croisée du mouvement; jamais je n'ai remarqué de convulsion directe. Si on enlève à un animal les hémisphères cérébraux , les tuber- 11. 4i

k)\a physiologie et pathologie.

cilles quadrijumeaiix et le cervelet, de manière à conserver la protubérance, et que l'on irrite celleci , on détermine constamment les convulsions croisées, et aux convulsions succède la paralysie. L'effet n'est direct qu'au delà de la protubérance , au point qui correspond au niveau des olives.

L'effet' est un peu différent chez les oiseaux; l'action croisée de leur moelle allongée (la protubérance n'existant pas ) , ne se manifeste qu au dessus de l'insertion de la cinquième paire. Audessous l'effet est direct; mais alors ce résultat s'étend et aux convulsions et aux paralysies. M. Flourens ayant expérimenté sur les oiseaux , a sans doute été induit en erreur en voulant étendre aux mammifères ce que lui avait offert cette classe. Car, comme je l'ai déjà expliqué, la moelle allongée et tout l'encéphale a une action directe chez les reptiles et les poissons.

Au reste, commençons par savoir s'il y a réellement dans une même affection de l'encéphale convulsion directe d'un côté , et paralysie croisée de l'autre. 11 y a déjà plusieurs années que j'ai mis en doute ceux que l'on a rapportés; je ne sache pas que personne en ait vu depuis. Plus de deux mille paralytiques ont été soumis à mon examen; jamais je ne l'ai remarqué. Avant de vouloir expliquer le fait , il faut le constater.

Action et Maladies des tubercules quadrijumeaux.

La fréquence des maladies des organes est , dans

Téconomie de rhomme, en raison directe de l'importance du rôle qu'ils jouent dans son organisation. Les tubercules quadrijumeaux justifient pleinement cette assertion dans l'encéphale; autant les maladies des lobes cérébraux sont communes, autant celles de ces tubercules sont rares. Les résultats de la physiologie et de la pathologie confirment, en ce point, les données de l'anatomie comparée, mais ne justifient pas sous d'autres toutes ses conséquences.

Ainsi , on aurait dû croire que la vision serait détruite par les altérations de ces tubercules; j'ai vu ces tubercules désorganisés, et je n'ai pas observé^ dans ces cas, la perte de la vue.

A la suite de longs chagrins, un homme fut pris de la danse de St. Guy; cette affection revint d'abord à de très-longs intervalles; en 1811, elle devint continue; en 1812, ne pouvant plus se livrer à ses occupations, il fut reçu à l'Hôpital de la Pitié. Les mouvemens étaient dans un désordre difficile à exprimer; la station était toujours agitée : si on forçait au repos ses membres, la face était agitée convulsivement, les yeux roulaient dans l'orbite avec une rapidité que l'observateur pouvait difficilement suivre. La marche était des plus bizarres : tantôt il levait les pieds plus qu'il n'était nécessaire, tantôt il les traînait et chevauchait par la rencontre de l'obstacle le plus léger. D'autres fois il levait trop une jambe, et pas assez la jambe opposée. Les mouvemens des bras étaient

644 î'HYSiOLOGIE ET PATHOLOGIE.

aussi désordonnés que ceux des jambes. Voulait-iî manger la soupe, il portait la cuillère au front, ou la renversait sur sa poitrine; ce n'était qu'après les efforts les plus pénibles qu'il parvenait à l'introduire dans la bouche. La langue ne partageait point cette irrégularité de mouvement.

Dans la colère, l'équilibre des mouvemens paraissait un instant rétabli; il marchait alors devant lui et ne s arrêtait que quand il rencontrait un arbre ou les murs de la cour ; alors il se retour- / naît tout d'una pièce et revenait sur ses pas : cet état était ordinairement suivi d'une attaque d'épilepsie , dont la durée moyenne était d'une demiheure ou de trois quarts d'heure. INous trouvâmes, à l'ouverture du cadavre, un noyau dur et comme squirrheux dans la partie moyenne des tubercules quadrijumeaux ; au pourtour et surtout en arrière, la substance cérébrale était ramollie et marbrée; le ramollissement s'étendait jusqu'à la partie interne des pi ocessus cerebelli ad testes.

Une femme hystérique et affectée d'un cancer de l'utérus , était venue dans notre hôpital dans l'espérance d'entrer à l'hospice de la Salpétrière ; mais dans une de leurs visites , les membres du bureau central la désignèrent pour être renvoyée : aussitôt elle devint taciturne, ne voulut plus manger ni répondre aux questions qui lui étaient faites , ni même aux assurances qu'on lui donna , qu'elle serait placée selon ses désirs. Elle restait immobile sur son Ut; et quand elle se levait pour satisfaire

Ï'HYSIOLOGIE ET PATHOLOGIE. 645

à ses besoins , sa démarche était eelle d'une personne ivre; cinq jours après elle fut prise de mouveniens spasmodiques , sans attaque d'hystérie ; ses jambes allaient involontairement dans son lit, ses bras étaient dans la même agitation. Ses yeux étaient tantôt fixes ^ tantôt dans la plus grande mobilité. Les pupilles étaient constamment contractées; le délire survint, et au délire succéda un état comateux et apoplectique, état comateux qui avait cela de particulier , que de loin en loin les jambes et les bras étaient pris de mouvemens spasmodiques et en apparence irréfléchis. A Fouverture , nous trouvâmes un foyer sanguin situé au haut des cordons supérieurs du quatrième ventricule , au-dessous , par conséquent , des tubercules quadrijumeaux postérieurs.

Sur une autre femme de soixante-huit ans, qui nous avait offert , au plus haut degré , les mouvemens incohérens de la danse de St. -Guy , auxquels succéda une apoplexie foudroyante , toute îa base des tubercules quadrijumeaux, principalement les tubercules postérieurs , était le centre d'un foyer sanguin, qui, en avant , s'étendait jusqu'au dessous de la glande pinéale , et en arrière jusque dans l'épaisseur de la partie antérieure de la protubérance annulaire.

Une malade affectée de la danse de St. -Guy (i),

(i) Obseryation recaeiliie par MU. Mi'^mîblrier et Martel, internes de ma division.

et décédée dans ma division en iSaS, nous a offert le premier degré de cette dernière altération. Les tubercules quadrijumeaux antérieurs et postérieurs étaient enflammés ; les cordons internes du processus cerebelli ad testes l'étaient également et à un degré d'autant plus grand , qu'ils se rapprochaient davantage des tubercules quadrijumeaux (i).

Dans la danse de St. -Guy, les mouvemens sont involontaires, désoordonnés ; ils pèchent par le défaut d'équilibre entre eux. Si, dans les cas que nous venons de rapporter , les symptômes de la danse de St. -Guy étaient le résultat de l'irritation des tubercules quadrijumeaux et de leurs dépendances , il était à présumer que l'expérience reproduirait ce qu'avait dévoilé l'observation.

Il n'est pas de physiologiste qui, ayant expérimenté sur le cerveau, n'ait remarqué que la lésion la plus légère des tubercules quadrijumeaux est suivie de mouvemens convulsifsles plus énergiques et les phis désordonnés. En découvrant l'encéphale d'un chien et mettant à nu ces tubercules, on les produit et on les fait cesser à volonté. Mais ce n'était pas de cette manière que

(i) Je ne connais dans la science aucune observation de la danse de Saint-Guy, suivie de l'ouverture du cadavre; c'est pourquoi j'ai fait peindre avec le plus grand soin \qs altérations organiques rencontrées sur ces trois derniers maladet.

PHYSIOLOGIE ET PxMUOLOClE . 647

nous pouvions produire les symptômes que nous avions observés ; il fallait que l'animal pût survivre un certain temps à l'expérience, résultat que Ton obtient par la ponction de l'encéphale.

Sur un chevreau on fit traverser un bistouri très-effilé sur la base des tubercules quadrijumeaux : l'animal éprouva une douleur très-vive , suivie de mouvemens convulsifs dans les membres et dans les yeux , qui roulaient dans l'orbite. L'instrument fut laissé en place; l'animal s'apaisa au bout de deux heures; huit heures après l'opération on le fît lever. La démarche était on ne peut plus irrégulière , on eût dit qu'il ne savait plus marcher; souvent il remuait les pattes sans se mouvoir , d'autres fois il traînait celles de devant et levait outre mesure celles de derrière. On retira l'instrument , des mouvemens convulsifs se produisirent; les pupilles étaient contractées. 11 resta dans cet état quatre jours, offrant, lorsqu'il était couché, des mouvemens spasmodiques dans les pattes , et marchant toujours avec la même irrégularité. Quand il voulait boire, il était longtemps avant de pouvoir mettre le museau dans le vase où était l'eau. Il avait également beaucoup de peine à saisir les herbes qu'il choisissait pour se nourrir.

L'instrument avait traversé la base des tubercules quadrijumeaux, et le gros faisceau sur lequel repose le processus cerebeUi ad testes. Sur deux lapins et un chien TefFet fut le même. Le profes-

seur Rolando a obtenu aussi les mêmes résultats. J'ai observé , dit-il , su r quelques-uns des plus gros de ces animaux (chevreaux, agneaux, cochons, daims , chiens , chats ) , qu'après avoir déchiré tantôt les tubercules quadrijumeaux, tantôt une portion des couches optiques, il se manifestait des phénomènes qui démontraient que les muscles de Taninial ne se mouvaient pas dans un sens régulier, mais avec une espèce d'irrégularité tout à lait semblable aux mouvemens d'un homme ivre. C'est pourquoi, quand ils marchaient, tantôt ils élevaient les pieds plus qu'il n'était nécessaire, tantôt ils marchaient en les traînant.

Si on traverse chez les oiseaux les deux lobes optiques par leur base , on produit les mêmes ejffets ; mais comme alors on a compris dans la blessure les pédoncules cérébraux , on conçoit que le résultat est compliqué. Pour apprécier ce qui appartient aux lobes eux-mêmes , il faut les blesser isolément et alternativement. La blessure du lobe droit fait tourner l'animal à gauche , en produisant de ce côfté d«s mouvemens convulsifs ; en blessant le gauche l'animal ne tourne plus , il danse sur ses pattes ; jeté en l'air , son vol est très -irrégulier. La même agitation , le même décousu des mouvemens se remarquent chez les grenouilles. Il est à remarquer que chez les mammifères et les oiseaux la blessure ou l'ablation d'un seul tubercule fait tourner Faniuial sur le coté Oipposé , comme Fa si bien constaté M. lrlo\t-

rens ; taudis qu'il tourne sur le même côté de la blessure chez les reptiles (i) , toujours par la raison que j'ai donnée , du non-croisement des pyramides dans les deux classes inférieures.

Dans les altérations pathologiques des tubercules quadri jumeaux, je n'ai pas remarqué d'altération sensible de la vue ; dans les expériences sur les mammifères , elle m'a parji quelquefois troublée momentanément , mais à un degré si faible que l'on peut douter que ces corps exercent une action directe sur la vision. lî n'en est pas de même chez les oiseaux , les reptiles et les poissons : la vue est constamment affaiblie ou perdue complètement , selon que les lobes optiques sont blessés , détruits ou enlevés en totalité ou en partie.

L'action de ces lobes est croisée , c'est-à-dire que constamment la blessure ou l'extirpation du lobe droit trouble ou anéantit la vision de l'œiî gauche , et celle du lobe gauche la vision de l'œil droit. Dans ces opérations l'iris est sensiblement affectée; et ce qui paraîtra contradictoire à ce que déjà nous avons dil , l'iris du côté droit est affectée par l'excitation ou l'ablation du lobe gauche , et celle du côté gauche par les semblables mutilations du lobe droit ; mais dans ces

(i) Si les tubercules quadrijumeaux sont excitateurs do V équilibration des inouvemens, on voit donc pourquoi \h persistent chez les animaux prives de neri'opliquc.

65o PHYSIOLOtilE ET PATHOLOGIE.

cas l'iris n'est pas affectée directement , elle ne Test que consécutivement au trouble porté dans Faction de la réline et du nerf optique , comme cela arrive tous les jours dans les paralysies de ce nerf (i). C'est donc à la sur- excitation ou au défaut d'excitation de la rétine que sont dus , dans ce cas , la constriction ou le relâchement de l'iris. Voici une expérience directe qui le prouve. Si dans la chambre obscure on fait tomber un pinceau de rayons lumineux sur la rétine , en le dirigeant par l'ouverture pupillaire , l'iris se contracte aussitôt; si on dirige le même pinceau sur l'iris, elle reste immobile; l'iris est donc insensible à l'action de la lumière : elle est insensible aussi aux irritations directes , comme je m'en suis plusieurs fois assuré chez l'homme. Cette propriété lui est commune avec larétine , ainsi que l'a constaté M. Magendie.

L'iris se meut chez tous les animalix vertébrés , excepté chez certains poissons et quelques reptiles , où elle est fixe. Comment se meut-elle ? Cette question tant débattue pour et contre les opinions de Haller , est loin d'offrir encore une solution satisfaisante, Ce grand physiologiste ayant

(i) C'est là ce qui a fait dire à Haller que le nerf optique était le siège de la contraction de l'iris ; en le plaçant, comme on l'a fait dernièrement, dans les tubercules quadrijumeaux, c'était donc reproduire souf d'autres termes l'opinion de H aller.

attribué exclusivement l'irritabilité aux muscles , et tout mouvement devant être produit par eux , on lui opposa cette membrane , qui était , selon Whytt, mobile et sensible en même temps. Haller nia qu'elle fût musculeuse. Il aurait pu conclure de ses travaux et surtout de ceux de Zinn , qu'elle était nerveuse ; mais il se fût mis en contradiction avec lui-même; car une membrane nerveuse eût été sensible et irritable , ce qui répugnait autant à sa doctrine que d'admettre qu'une partie irritable était sensible. Les physiologistes modernes adoptant les vues de ce grand homme sur l'irritabilité , s'obstinèrent à y trouver des muscles , que cela s'accordât ou non avec ses vues sur la sensibilité. Monro en trouva deux , l'un circulaire , l'autre à fibres longitudinales ; -^I. Maunoir les retrouva ; MM. Home et Bauer y ont ajouté le muscle circulaire de la membrane hyaloïde. Les fibres de l'iris existent circulaires et longitudinales , comme l'ont dit les deux premiers auatomistes, quoiqu'ils diffèrent sur la position des premières. Tous les •natomistes les ont vues ou peuvent les voir. Mais ces fibres sont-elles musculeuses? Leur continuité nu médiate avec les nerfs ciliaires détruit cette supposition ; la raison sur laquelle on se fonde, c'est qu'elles sont contractiles , et il répugne à nos doctrines actuelles sur le système nerveux d'admettre la conîractilité au nombre des propriétés physiques des nerfs. Mais si cette propriété existe réellement dans les nerfs ciliaires , la question des

652 rîiYSioLOGiE î:t pathologie.

mouvemens de l'iris me paraît résolue , et résolue sans des suppositions que repoussent son organisation et sa texture.

Ce phénomène de la contractilité des nerfs ciliaires est des plus intéressans. Si , après avoir ouvert l'œil sur un animal , on enlève avec soin un nerf ciliaire , aussitôt qu'on le saisit avec des pinces par Tune de ses extrémités , l'autre s'en rapproche , en formant des spirales si rapprochées et si rapides , que dans moins de deux secondes le nerf est réduit au vingtième de sa longueur ; il se roule sur lui - même , se pelotonne. Si dans cet état on le plonge dans l'eau , il reprend sa longueur primitive , et en le retirant il se roule de nouveau comme la première fois. On peut répéter cent fois ces expériences , cent fois le résultat sera le même. Sur l'homme elle réussit constamment aussi , et absolument de la même manière , un , deux et trois jours après la mort. Chez les oiseaux , les reptiles et les poissons , la rétraction du nerf est aussi instantanée que chez les mammifères. Yoiià sans doute un phénomène inattendu dans la science ; et si maintenant on se rappelle la disposition de ces nerfs dans l'iris, on verra qu'il n'est nullement nécessaire de l'intervention des muscles pour expliquer sa mobilité, (i)

Chez les animaux à pupille fixe , il n'existe

(i) Ces cxporiencc? i^nf [>arHe fl'un travail que je pM-

sans doute pas diinericiîiaire; je lai constaté chez la grenouille ; on sait que chez ce batracien la pupille n'éprouve aucune mobilité , et qu'une disposition particulière garantit la rétine de l'action trop vive de la lumière. Les recherches les plus soignées n'ont pu me faire découvrir les nerfs ciliaires ni dans la texture de l'iris , ni hors du globe de l'œil. En sera-t-il de même chez les poissons à pupille immobile ? si cela est , la molilité ou l'immobilité de celte membrane serait due à la présence ou à l'absence des nerfs ciliaires.

Action et maladies des liémisplihes cérébraux.

En arrivant aux hémisphères cérébraux, nous nous retrouvons en présence des grandes questions dont se sont occupés les physiologistes relativement au siège de la sensibilité et des niouvemens , des sensations et des facultés intellectuelles. Nous retombons, plus que dans toutes les autres parties , dans le cercle des suppositions , des hypothèses et des systèmes.

Quand les fluides jouissaient du privilège exclusif de tout produire dans le système nerveux , ils étaient à-la-fois la cause essentielle du senti-

biierai incessamment sur la conlractilité dn système nerveux et des autres tissus non musculaires.

ment et du mouvement; les nerfs n*en étaient que les dispensateurs. Lorsque les membranes du cerveau dépossédèrent les fluides, on transporta sur celles-ci tout ce que Ton avait attribué à ceuxlà. Ce transport ne se fit pas subitement ; on supposa d'abord que les enveloppes étaient le siège de la sensibilité , que les nerfs sensibles y puisaient leurs racines , et que les nerfs moteurs tiraient les leurs de la masse cérébrale. Riolan spécifia cette idée en concentrant sur l'arachnoïde toutes les propriétés que l'on attribuait aux membranes en général et à la masse nerveuse; il assigna des facultés diverses à l'arachnoïde externe et à celle qui tapisse l'intérieur des ventricules. Baglivi , dont l'esprit ne pouvait s'accommoder de toutes les vues de Riolan , trouva plus facile de faire de la dure-mère l'organe unique du sentiment et du mouvement. Tout cela se passait à une époque où le fluide nerveux avait , par un changement de nom , remplacé les esprits animaux ; on voulut le faire circuler comme le sang auquel on le comparait : il fallut dès-lors lui trouver un cœur; la dure-mère remplit cet office : cette membrane devint le principe de tous les mouvemens; elle agissait sur la substance corticale dont elle exprimait le fluide nerveux , qu'elle transportait ensuite avec la rapidité de la pensée jusqu'aux extrémités les plus éloignées. La sensibilité était étroitement liée à l'exercice des mouvemens : la dure-mère devint le foyer de cette propriété.

comme elle était le principe de tous les mouvemens. On aperçoit dans cette hypothèse un mélange des idées de Kiolan avec l'opinion de Malpighi , qui avait fait un organe sécréteur de la masse des lobes cérébraux , et qui , pour une idée qui aujourd'hui nous parait si peu raisonnable, avait fait rejeter les hautes pensées de WilHs, son antagoniste. Ce fut contre ces idées que combattit avec tant de persévérance toute l'école de Haller.

Ainsi présentées dans toute leur nudité, ces opinions répugnent présentement à notre esprit; mais quand on lit avec attention ce que l'on a écrit depuis quelques années sur Varachnitis, on trouve que nous avons peut-être dépassé Riolan dans les fonctions qu'il attribuait à l'arachnoïde. On ne voit pas en effetce qu'il resterait à faire à l'encéphale, si l'arachnoïde exerçait l'action qu'on lui suppose. Pour rendre cet organe aussi nul qu'il l'était dans les vues de Baglivi et de Pacchioni, il ne nous reste qu'à généraliser quelques idées émises dans ces derniers temps à l'occasion d'un fait dans lequel l'intégrité des mouvemens paraît avoir survécu à la destruction de la partie matérielle de l'axe cérébro-spinal. Ainsi la science se replie sur ellemême de siècle en siècle, et les anciennes erreurs pèsent de tout leur poids sur notre esprit, à mesure que nous faisons un pas.

La pie-mère avait été négligée daîis ces diverses hypothèses ; mais elle eut son tour après les belles

injections de Ruysch. Boerhaave , supposant la matière médullaire de l'encéphale composée de vaisseaux , plaça toute l'action nerveuse au point de contact de ces vaisseaux avec les artères provenant de la pie-mère et de la substance corticale. Les autres membranes étaient étrangères à ces actions. E.eil eût donné à cette idée une grande vogue si ses opinions physiologiques eussent eu le succès de ses recherches anatomiques ; il distingua dans le nerf l'enveloppe et la pulpe : la première était un étui formé par la pie-mère, la seconde était le prolongement de la pulpe cérébrale ; il doua l'enveloppe du privilège de produire les mouvemens , et fit de Ja pulpe l'organe de la sensibilité. Arnemann crut avoir prouvé cette assertion , en établissant qu'après la cicatrisation des nerfs, le mouvement seul se rétablissait , le sentiment étant pour toujours anéanti : à cette supposition , Arnemann en ajouta une autre , en assurant que dans la reproduction des nerfs, l'enveloppe seule se régénérait: il expliquait de cette manière le retour du mouvement et la perte de la sensibilité. Reil n'ayant fait aucuae expérience , Vicq-d'Azyr et Bichat suppléèrent à cette omission : ils isolèrent le prétendu névrilème de la pulpe , l'irritèrent et ne produisirent rien de ce que faisait espérer l'hypothèse de Reil. Ces expériences directes firent oublier cette opinion déjà jugée, avant qu'elle parût, par celles de Haller , de Castell , de Walstorf et de Tosetti.

iPIlYSÏOLOGIE ET PATHOtOGIE. 657

Enfin, les idées de Willis, qui rétablissaient dans son empire l'axe cérébro-spinal, prévalurent; Boerhaave avait déjà préparé ce retour, dont la gloire restera à l'école de Haller. Un philosophe moderne a dit que Thomme était une intelligence servie par des organes : en traduisant cette haute pensée dans le langage anatomique , on peut ajouter que les instrumens de cette intelligence sont les diverses parties du système nerveux. Chercher ailleurs que dans ce système le siège du mouvement, du sentiment, des sensations et de Tintelligence, c'est rentrer dans les routes qui nous ont égarés jusqu'à ce jour.

Mais à peine eut-on entrevu cette grande vérité, qu'aussitôt on imagina de trouver dans l'en-^ cëphale un point qui régît toutes les autres parties. Cette prérogative fut accordée à la glande pinéale par Descartes , Murait , Gaukes ; au corps strié et à la couche optique parWiliis, Pourfour- Petit, Saucerotte et Sabouraut; au septiim lucidum par Digby , Kenalm , Duncan ; au corps calleux par Bontekoë , Lancisi , Lapeyronie ; à la moelle allongée par Hoffmann, Blancard, Schelhamer , Lorry : enfin de nos jours , Sœmmering le père , interprétant une pensée de Boerhaave, a replacé dans les parois du quatrième ventricule le siège du sensorium commune; c'est revenir après de longs détours à l'idée favorite du médecin de Pergame. Une vérité fondamentale ressort cependant de ce déplacement alternatif du sensorium II. 42

commune ; c'est que les fonctions de l'encéphale sont réparties dans toute sa masse et qu'aucune partie ne les régit toutes : et une seconde vérité qu'on aurait pu déduire des recherches précédentes , c'est que chaque partie y concourt à sa façon. Or c'est précisément la part que chacune y prend , que nous cherchons présentement à déterminer.

Cette diversité d'action de l'encéphale avait hypothétiquement été entrevue. Boerhaave rejetant l'idée d'un sensorium commune j, avança que chaque nerf devait avoir une portion de pulpe cérébrale qui lui fut propre ; il regarda cette partie comme la limite fixe des impressions, des sensations et des actes que le nerf reçoit , conserve et exécute. Il y avait dès-lors autant de centres d'action que d'origines distinctes de nerfs. Willis avait encore à ce sujet devancé Boerhaave , comme déjà nous l'avons dit ; son système n'a jamais été bien compris , et peut-être avait-il à craindre, à l'époque où il écrivit , que ses détracteurs ne le comprissent trop bien : considérant que les mammifères étaient seuls pourvus de circonvolutions, et que l'homme était placé à leur tète par la profondeur et l'étendue de ces replis, il fit de ces parties le réservoir des idées ; il doua la substance corticale de la faculté de les reproduire ( organe de la mémoire ) ; le corps calleux , de celle de les féconder ( organe de l'imagination } ; les corps striés et la couche optique placés entre ces deux

principales parties , furent Se sensorkim commune et Torgane des mouveinens volontaires. Les idées furent donc localisées par cet habile médecin , mais les localisations ne furent point spécifiées : MM. Gall et Spurzheim ont entrepris cette dernière tâche, en supposant comme démontré que les saillies extérieures ducrâne répètent exactement les saillies des circonvolutions, et que les goûts, les penchans , l'aptitude de l'esprit et ses diverses applications , se trouvent trahis de cette manière par les enfoncemens ou les saillies des coronaux, des temporaux , des pariétaux et de l'occipital. C'est cependant cette partie, tout-à-fait liypothéthique , de leur beau travail , qui en a précisément fait la fortune.

Les actes de l'encéphale dérivant tous de la sensibilité et des mouvemens volontaires, on devait d'abord s'occuper de localiser ces deux propriétés fondamentales dans la masse de l'encéphale, comme on avait tenté de le faire sur ses enveloppes. Willis ayant fait du cervelet l'organe de la sensibilité, il fut presque reçu par ceux qui adoptèrent ses vues, que les lobes cérébraux étaient complètement insensibles; ils furent réservés par ces divers auteurs aux mouvemens volontaires. Mais Lorry ayant trouvé que lamoelleallongée était la source des mouvemens et le foyer de la sensibilité, les lobes cérébraux et le cervelet se trouvèrent en même temps dépossédés de leurs prérogatives. Puis, plus tard, on a reconnu Tinfluence

66o PHYSIOLOGIE ET PATHOIOGIE.

que le cervelet exerçait sur les mouvemens : on a alors exagéré cette influence , comme Willis avait exagéré celle des lobes cérébraux. Les lobes cérébraux considérés primitivement comme le principe des mouvemens volontaires, sont considérés maintenant comme leur étant tout-à-fait étrangers. On a vu, déplus, que dans les idées de Reil et d'Anermann, ils devaient être le principal foyer de la sensibilité. Ainsi en moins d'un demi-siècle, les lobes cérébraux et le cervelet ont entièrement échangé leur destination.

De plus, dès que Ton s'occupa de la physiologie du cerveau , la différence des deux substances qui le composent frappa tous les esprits : de cette différence, que l'on exagéra beaucoup, on déduisit une diversité d'actions ; on supposa que deux parties , dont l'une était blanche et l'autre grise , ne sauraient concourir à des actions semblables ; on a déjà vu à ce sujet les hypothèses de Willis , de Wepfer, deVieussens et de MAI. Gallet Spurzheim; je passe sous silence celle de Riolan , et j'arrive aux opinions de nos jours. Seionles uns, la matière grise est la partie éminemment active de l'encéphale, c'est l'organe de la sensibilité; et selon les autres, elle est le principe unique des mouvemens: on conçoit que chez ces derniers la matière blanche est la partie sensible de l'encéphale, et que pour les premiers elle est l'organe des mouvemens. Pour juger par un seul fait ces deux opinions, il n'y a qu'à considérer îa moelle épinière , chez

les animaux dans lesquels la matière blanche la constitue uniquement; l'irritation de cette moelle épinière provoque les plus vives douleurs et les convulsions les plus actives. Donc la matière grise n est ni l'organe unique de la sensibilité , ni le principe des mouvemens ; donc aussi la matière blanche excite à-la-fois et les mouvmens et la sensibilité.

En définitive donc , la sensibihté aété attribuée exclusivement au cervelet, aux hémisphères cérébraux et à la moelle allongée ; le principe des mouvemens a tour-à-tour été placé dans les lobes cérébraux, dans la moelle allongée et dans le cervelet; et selon que l'une ou l'autre de ces propriétés a été déplacée, on a changé la destination des parties fondamentales de l'encéphale. A quoi tient cette oscillation? Toujours à cette malheureuse tendance qui nous porte à généraliser des résultats particuliers.

11 est évident , par exemple , que d'après les expériences physiologiques, la moelle allongée est le foyer principal de la sensibilité. Il n'est pas moins certain que les altérations pathologiques du pont de Varole, et de la partie de la moelle allongée qu'il embrasse sont toujours accompagnées de la perte de la sensibilité. Mais s'ensuit-îl que le cervelet et les lobes cérébraux soient insensibles? non, sans doute : rien ne mène à celte induction , ni l'analogie , ni l'expérience. L'analogie la repousse , car elle nous montre partout le sys-

tème nerveux sensible. L'expérience îa rejette également ^ car toutes les fois que l'on plonge un instrument à une certaine profondeur , soit dans les lobes cérébraux , soit dans le cervelet, une douleur vive se manifeste : la sensibilité est mise en jeu. Les maladies donnent le même résultat que les expériences : des douleurs aiguës précèdent et accompagnent les lésions matérielles de ces deux organes (1). Dans les expériences, de même que dans les cas pathologiques , le cervelet paraît plus sensible que les lobes cérébraux, et ce résultat est conforme à la distinction expérimentale des nerfs, en ceux qui sont sensibles et ceux qui sont irritables. La sensibilité est donc répandue dans toute la masse de l'encéphale , quoiqu'il paraisse bien établi que la moelle allongée est le principal siège de cette propriété.

En sera-î-il de même des mouvemens volontaires? Si Ton avait bien réfléchi aux faits d'après lesquels Willis avait fait des lobes cérébraux le centre unique de cet ordre de mouvemens ; si les observations innombrables qui constatent l'existence des paralysies à la suite des lésions maté-

(î) Il est à remarquer que chez les oiseaux, les lobes cérébraux et le cervelet sont beaucoup moins sensibles que chez les mammifères j ce que Vicq-d'Azyr avait déjà observé. Remarquez anssi que c'est toujours chez les oiseaux que l'on a fait les expériences d'après lesquelles on préjuge l'insensibilité du cervelet et des lobes cérébraux.

rielles de ces lobes, avaient été prises en considération, assurément jamais les physiologistes n'eussent conclu de leurs expériences sur certains animaux, que ces parties étaient complètement étrangères aux mouvcmens volontaires. Les résultats de l'expérience pathologique sont ici si tranchés, si multipliés , si décisifs, qu'il faut les taire pour les récuser. Car l'influence des hémisphères cérébraux sur ces mouvemens ressort de toutes parts : cette vérité intéresse de trop près la médecine pour la traiter légèrement.

Et d'abord , nous devons observer combien est compliquée la détermination du siège spécial des mouvemens volontaires dans l'encéphale. Nous avons déjà vu que la protubérance annulaire et la moelle allongée semblent les tenir exclusivement sous leur dépendance; nous avons trouvé aussi que le cervelet exerce sur leur, manifestation une puissante influence ; nous avons remarqué , enfin , leur discordance chez les mammifères à la suite des lésions des tubercules quadrijumeaux. Si nous avions généralisé chacun de ces résultats en particulier 5 nous aurions pu considérer comme l'organe des mouvemens volontaires l'une ou l'autre de ces parties , ou même toutes les trois réunies , et dès-lors les lobes cérébraux se fussent trouvés en dehors de nos explications ; mais en appliquant à ces lobes la méthode qui nous a dirigés dans les autres parties , nous allons déterminer la part

qu'ils prennent dans l'exercice de ces mouvemens.

Observons encore que les altérations de la moelle allongée et de la protubérance annulaire frappent également d'immobilité les extrémités supérieures et inférieures ; que les hémisphères du cervelet paralysent plus spécialement les membres inférieurs que les supérieurs, et disons par anticipation que les lobes cérébraux influencent plus généralement et plus spécialement les membres supérieurs que les inférieurs. C'est ce que nous exposerons après avoir établi que les radiations des corps striés tiennent plus spécialement sous leur dépendance le membre inférieur, et celles de la couche optique le membre supérieur (i).

Le nommé Vandaest, tailleur d'habits^ âgé de vingt-deux ans , était affecté depuis dix-huit mois d'un écoulement purulent de Toreille droite, accompagné d'une dureté de l'ouïe du même côté, et survenu spontanément, sans qu'il se rappelât atoir reçu des coups à la tète, ou fait des chutes sur cette partie. Dans les derniers jours de mars 1811 , ce jeune homme éprouva le soir un violent frisson, suivi la nuit d'une sueur abondante, d'une vive céphalalgie et d'efforts pour vomir, sans vomissement, quoiqu'il n eût pris que de l'eau sucrée

(i) Voyez Annuaire médico-chirurgical des hôpitaux d Paris , année i8ig.

PHTSIOLOGIE ET TATHOLOGIE, 665

dans le cours de la journée. Ces frissons et l'accès fébrile qui les suivait se renouvelèrent tous les soirs , et , soit qu'il eût ou qu'il n'eut pas mangé dans la journée , les envies de vomir se manifestaient pendant la période du frisson et de la chaleur. Dès le sixième ou septième accès, il éprouva, quelques instans avant son invasion , des mouvemens convulsifs dans le bras gauche ; mouvemens convulsifs à la suite desquels le bras était si fatigué , que le malade ne pouvait se livrer à son travail habituel que dans le milieu de la journée.

Le i5 avril de la même année, il fut obligé de le cesser tout-à-fait , le vésicatoire et les linimens avec lesquels il avait frictionné ce membre n'ayant apporté aucun amendement à la faiblesse et à l'engourdissement qui succédaient aux mouvemens convulsifs. Les accès cessèrent alors de se manifester ; mais le malade était faible, abattu, mélancolique; une douleur vive et profonde de la tête ne le quittait jamais , et la suppuration de l'oreille droite coulait toujours avec la même abondance. Ses amis le voyant s'affaiblir de jour en jour, le firent porter à l'Hôtel-Dieu le 24 du même mois. Voici l'état dans lequel il se trouvait le soir de son entrée. Céphalalgie aiguë, paupières fermées, douleur vive des yeux provoquée par la lumière , vue nette, pupille ni dilatée ni contractée ; le malade avait couvert sa tête avec le drap du lit pour garantir sesyeuxdujour, A neuf heures du soir, convulsions violentes du bras gauche, douleur de tête plus

vive, respiration accélérée, pouls fréquent et serré. Le ^5, à la visite du matin, les convulsions du bras avaient cessé : le malade était Irès-afîaissé , taciturne; la langue était jaune, chargée ,1a bouche pâteuse; toute la nuit il avait éprouvé des nausées. On prescrivit un vomitif, des lavemens émolliens et une tisane amère : il vomit abondamment; les vomissemens ou les efForls pour vomir continuèrent toute la journée ; le soir la face était profondément altérée, les yeux ternes; le bras, qui, pendant le vomissement , avait été agité par les convulsions, était dans une roideur tétanique; on ne pouvait le fléchir sans de grands efforts ; le pouls était vif, petit, la respiration gênée; les yeux étaient d'une telle susceptibilité à l'action delà lumière, qu'il avait toujours la figure recouverte du drap du lit. Les facultés intellectuelles étaient parfaitement intègres.

Le 26 et le 27, même état; légères envies de vomir, face terreuse , mouvemens convulsifs légers dans le bras ,et à des intervalles éloignés ; pouls petit, très-fréquent, faiblesse très -grande. ( Lim. végétale, HofFm. trente gouttes , julep centi. sirop d'ipécacuanha une once, lavement de camomille avec un demi-gros de camphre. ) La nuit trèsmauvaise. Céphalalgie continuelle.

Le 28 au malin, face hippocratique, pouls petit , intermittent, respiration très-difficile. Céphalalgie vive , facultés intellectuelles libres. (Même prescription. ) A une heure de l'après-midi , perte de

connaissance ; convulsion du bras gauche , suivie d'une roideur tétanique des plus prononcées ; écoulement par le nez et par la bouche d'une écume blanche mousseuse , comme dans les accès épileptiques : à une heure et demie , le malade présente tous les signes d'une mort prochaine, et la cause de la maladie étant inconnue , on ne change rien au traitement. Uort à deux heures aprèsmidi.

J'ai copié textuellement l'observation ; car les doutes que nou» avait laissés la maladie nous firent apporter une attention particulière à l'autopsie cadavérique. L'abdomen n'offrit rien de particulier , ainsi que les organes thoraciques.

Le crâne ouvert, les membranes nous parurent dans leur état ordinaire. A la base du cerveau, et à la partie du lobe postérieur qui repose sur la face supérieure du rocher et la tente du cerveiet 5 nous trouvâmes , du côté droit, les altérations qui suivent : 1°, extérisurement , dans l'étendue d'un pouce , la couleur du lobe postérieur était d'un noir livide ; cette partie méîanosée était entourée , dans l'étendue de deux pouces environ , d'une aréole de couleur jaune pâle : toute la partie altérée était beaucoup plus moiie que le reste de l'hémisphère. 2*. Le cerveau , incisé transversalement sur cette partie noire livide , nous pénétrâmes dans un foyer d'environ deux pouces et demi de long sur un et demi de large ; ce foyer était rempli par un putrilage verdâtre, d'une odeur

infecte. Ce putrilage enlevé par le moyen de l'eau , les parois internes du foyer étaient tapissées d'aspérités rougeâtres, et à quelques lignes de leur épaisseur, les vaisseaux sanguins étaient singulièrement développés.

Le rapport de cette altération avec le rocher du côté droit nous ayant fait soupçonner que la maladie s'était peut-être propagée de l'intérieur de l'oreille à l'encéphale , nous recherchâmes avec soin leurs connexions, mais nous n'en trouvâmes aucune dlmmédiate. Toutefois les lames supérieures du rocher étaient cariées; les canaux demi -circulaires avaient disparu; la caisse était remplie par une matière purulente jaune , analogue à celle que le malade rendait par le conduit auditif externe ; la membrane du tympan était détruite à sa partie inférieure , et c'est au travers de cette perforation que s'échappait la suppuration de l'oreille interne.

C'était la première fois que j'observais un fait si décisif; il était en effet impossible de ne pas rapporter les convulsions du bras gauche à l'irritation vive et prolongée dont la base du lobe postérieur droit avait été le siège. Ce rapport fut aussitôt saisi par tous les élèves de la clinique, et plus spécialement par ceux qui me secondaient dans mes recherches sur les maladies organiques du cerveau : depuis , l'observation l'a si fréquemment confirmé, qu'il est peu de points delà patho>logie mieux établis que celui-là ; mais avant de

PHYSIOLOGIE ET PATHOIOGIE. 669

passeroutre, je désire montrer, dans l'intérêt de la science et de la vérité , qu'un fait à-peu-près semblable s'était offert à un médecin très -judicieux, et qu'il en avait déduit les mêmes conséquences. J'ai trouvé, il y a quatre ans, ce fait dans les oeuvres de Sandifort.

Un homme d'un tempérament mélancolique avait vécu dans un état de santé permanent jusqu'à sa quarante-deuxième année; à cette époqlie des contrariétés domestiques fréquemment renouvelées le firent devenir tout- à-fait mélancolique. Dans cet état , il eut recours aux soins d'un médecin peu habile, qui lui fit prendre beaucoup de vomitifs et le soumit à un usage abondant d'eau froide; à la suite de ces moyens, et aussi après que le malade se fut plusieurs fois exposé à un air très-froid, il fut pris subitement d'une attaque d'épilepsie. Cette attaque terminée , et le malade revenu à lui-même , il éprouva subitement aussi au bras et à la main gauche ujie telle irritabilité et une si grande sensibilité , que par l'impression de l'air froid sur ces parties il éprouvait des mouvemens convulsifs , et seulement de ce membre supérieur , des muscles de la bouche , des joues et de toute la tête. Dans la suite, chaque fois qu'il y avait de grandes variations atm osphériques , ou seulement les variations provenant des changemens des saisons , et même lorsqu'il éprouvait des affections tristes, aussitôt l'accès épileptique se reproduisait.

670 PHtSibtOGÎE ET PATHOLOGIE.

Le malade vécut ainsi pendant quatre ans sous l'influence de cette affection.

Pendant tout cet espace de temps le malade se plaignit d'une douleur obtuse lui faisant éprouver comme un sentiment de pression dans le côté droit de la tête , qu'il désignait en portant la main vers la région inférieure du pariétal , et au-dessous : cette douleur disparaissait quelquefois complètement 5 d'autres fois la durée était longue ou courte; les paroxysmes étaient plus ou moins éloignés, et plus ou moins douloureux : indépendamment du lieu de la douleur que le malade précisait, comme on l'a vu plus haut , il assurait encore que le volume n'en devait pas dépasser celui d'un œuf de poule. La dernière année de sa vie il eut de temps à autre un flux hémorroïdal , qui ne le soulagea point.

Pendant quatre années que dura cette maladie , le malade eut recours à plusieurs médecins ; plusieurs vésicatoires furent appliqués sur le bras affecté ( le gauche ) ; lesquels étant guéris , on appliquait alternativement un séton à la nuque : la dernière année il conserva un vésicatoire au bras.

Le malade , fatigué de l'inutilité des moyens employés , désireux de recouvrer sa santé première, et ayant trouvé dans des livres de médecine l'indication de médicamens qu'il croyait propres à son état, eut recours aux eaux minérales acidulés, qu'il prit : ces eaux relâchèrent le ventre, firent revenir

PHYSIOLOGIE ET HATHOLOGIE. 67 1

un peuTappétit; mais quelque temps après il survint des vomissemens de matières glaireuses.

Pendant tout ce temps , la douleur de tête que le malade ressentait sous le pariétal droit augmenta; on y appliqua un onguent balsamique dans lequel entrait le castoreum, et dont le malade s'était hien trouvé précédemment ; mais cela ne produisit rien cette fois-ci , la douleur de tête s'accrut continuellement. On appliqua un cataplasme avec de la mie de pain , ce qui parut soulager un peu le malade : enfin le jour suivant il tomba dans la stupeur; on lui donna une potion antispasmodique forte; mais il mourut avant d'avoir fini cette potion.

A l'ouverture du cadavre on trouva :

Que le foie était plus gorgé de sang que de coutume ; il était un peu verdâtre à sa concavité inférieure. Les intestins avoisinant la vésicule du fiel étaient plus verdâtres que de coutume. Les viscères de l'abdomen étaient aussi plus gorgés de sang; du reste, les viscères pectoraux ne présentèrent aucune altération.

Le crâne étant enlevé , on trouva vis-à-vis le lieu vu le malade avait rapporté la douleur pendant la vie^ la substance corticale ainsi que la médullaire vol'sinCy beaucoup plus dures que de coutume et véritablement squirrheuses. Au-dessous de ce lieu induré, lequel le défunt avait souvent désigné avec le doigt ^ on découvrit un abcès qui aurait pu contenir un œuf de poule ; la cavité de cet abcès était remplie par une ma-

itère jaune grumeleuse ^ molle, muqueuse; le fond de t abcès était occupe et environné d' une substance d'un rouge livide „ dans laquelle les petits vaisseaux parurent enflammés.

Si maintenant nous rapprochons les altérations encéphaliques observées sur ce cadavre , des douleurs que le malade a éprouvées, du siège, des symptômes , et si nous les comparons , nous pourrons en déduire trois corollaires très-utiles pour la pratique : i**. que la structure, la fabrique et Faction du cerveau sont décussées ou entrecroisées ; de telle sorte que l'action et le sentiment de Tun des côtés du corps résident dans le côté opposé de l'encéphale; car le malade avait toujours souffert du côté droit , où labcès a été trouvé après la mort , et l'irritabilité , les convulsions , se sont manifestées toujours sur le bras gauche ; 2^ que la cause des spasmes , des convulsions et de l'épilepsie, peut être placée profondément hors de la portée des moyens de l'art ; 5°. que , d'après une multitude d'observations comparées habilement, 071 pourra désigner la partie du cerveau affectée par le membre frappé de paralysie ou de convulsions. Ainsi , si c'est le bras droit , l'altération organique sera dans l'encéphale , dans la portion qui correspond au-dessus du pariétal gauche , et vice versa. Ainsi , dans notre histoire , par exemple , cette douleur et cet abcès étaient dans l'os pariétal droit ; les convulsions et l'irritabilité étaient dans le bras gauche.

PHYSIOLOGIE ET PATHOLOGIE. Qnô

Yoici d'autres faits qui justifient ces prévisions.

Copeau ( François ) , âgé de cinquante-neuf ans , tourneur en ivoire , avait reçu , il y avait trois ans , un coup de marteau au-dessus et en arrière de i'oreiile gauche. Six mois après , il fut pris de convulsions qui dégénérèrent en êpilepsie: ces convulsions débutaient toujours par le bras gauche , où il ressentait une faiblesse très-marquée plusieurs jours après l'attaque. Deux ans après la première invasion de Tépilepsie , les accès se succédaient avec rapidité; à cette époque, le bras gauche restait immobile, même pendant les convulsions ; il était complètement paralysé pendant les temps ordinaires.

Le 20 mars 1818, le malade entra à l'hôpital de la Pitié, affecté d'une pneumonie aiguë, qui résista à tous les moyens qui furent employés. Il mourut le 25 du même mois.

Yoici les symptômes qu'il nous avait présentés : la face était pâle , le regard hébété ; les réponses étaient justes , mais tardives : le bras gauche était complètement paralysé, i'avant-bras était fléchi sur le bras , les doigts fléchis dans la paume de îa main ; le malade paraissait éprouver une grande douleur, quand on voulait les étendre. Le bras gauche était en outre émacié ; le pouls de ce côté était beaucoup moins fort que celui du côté opposé ; les mouvemens étaient libres dans la jambe gauche et dans tout le côté droit.

he poumon droit était hépatisé dans toute son étendue, et adhérent aux côtes dans son tiers inférieur.

La base du lobe postérieur de l'hémisphère droit du cerveau était dans un état d'induration remarquable. Le lobe incisé en cet endroit , nous rencontrâmes dans son centre un abcès qui aurait pu contenir un petit œuf de poule ; la cavité de cet abcès était remplie par une matière jaune verdâtre, entrecoupée par une multitude de petits vaisseaux. Ce foyer correspondait aux radiations postérieures de la couche optique.

Ces faits mettent hors de doute l'influence spéciale que les radiations inférieures de la couche optique exercent sur les mouvemens du bras : les suivaus nous montreront le même effet produit par les radiations moyennes et supérieures.

Berscot ( Pierre-Antoine ) , âgé de soixante-neuf ans, entra à THôtel-Dieu le i" mars 1811, et mourut le 20 du même mois. A son entrée , il était paralysé du bras gauche depuis trois jours. Il fut traité par les purgatifs , les sudorifiques et les vésicatoires ; mais tous ces moyens furent sans aucun effet: le bras gauche resta toujours dans une immobilité parfaite.

L*autopsie montra un épanchement considérable de sang, en caillots consistans et séparés, logé dans la convexité du lobule postérieur de rhémisphère droit du cerveau , à une ligne ou

PHYSIOLOGIE ET PATHOtOGIE. 6^5

deux en dehors et au-dessus de la voûte du ventricule latéral.

Traduisons en un autre langage les faits précis que contient cette observation : paralysie du seul bras gauche ; destruction d'une grande partie des radiations optiques postérieures et moyennes du côté droit.

Genevay, tailleur, âgé de quarante -huit ans, d'un tempérament sanguin-pléthorique, était depuis plus d'un an affecté d'une paralysie du bras gauche (peut-être à la suite d'une attaque d'apoplexie ).

Dans le commencement de pluviôse an XII, il fut pris d'une somnolence assez prononcée; le 8 il fut admis à l'infirmerie de l'hospice de Bicêtre (où il était comme infirme depuis quelques années) , présentant l'état sdivant : face rouge , pommettes violettes 5 somnolence presque continuelle, pendant laquelle la bouche restait ouverte; la respiration se faisait avec br\iit ; et le ronflement survenait aussitôt que Genevay fermait les yeux : dès qu'on l'agitait un peu , il les ouvrait , répondait aux questions qu on lui adressait , mais en témoignant du mécontentement de ce qu'on le dérangeait ; puis il s'endormait de nouveau. Il était constamment en supination , le bras gauche fléchi, immobile et appliqué sur la poitrine; le ventre était souple , les selles nulles depuis deux jours , les urines faciles et fréquentes , le pouls plein et tendu.

Ces symptômes persistèrent, la peau devint chaude , la soif vive ; le râle survint et la mort eut lieu le 1 1 du même mois , trois jours après rentrée du malade.

Les vaisseaux extérieurs du crâne étaient gorgés et distendus par le sang ; ceux des méninges ainsi que le sinus de la dure -mère étaient dans le même état : la substance cérébrale avait sa consistance naturelle; la médullaire offrait un grand nombre de points rouges à l'incision, provenant de la dilatation des vaisseaux qui la traversent : on trouva à la partie postérieure de l'hémisphère droit une caverne pouvant contenir une petite noix , remplie par une sérosité rousse ; cette caverne était logée dans la substance médullaire : au pourtour, et dans l'espace d'un pouce environ, l'encéphale était plus dur que dans le reste de son étendue et d'une couleur jaunâtre. Les quatre ventricules étaient distendus par une sérosité roussâtre; les pkxus choroïdiens offraient uii grand nombre de vésicules pleines d'une sérosité limpide.

Pour ne pas multiplier inutilement les observations relatives à ce point important de la physiologie et de la pathologie du cerveau , je vais en emprunter une à M. de Lassone , consignée dans V Histoire de l'Académie royale des sciences (1).

(1) Plusieurs de mes élèves, mais surtout M. le docteur Lacrampe-Loufetau , dans «on excellent Mémoire, m'ayant fait

PHYSIOLOGIE ET PATHOLOGIE. Q'jn

« Une femme âgée d'environ trente-deux ans, » eut de grands chagrins ; l'évacuation de ses règles » t'ul supprimée, et il lui survint les symptômes or- » dinairesdansce cas , mais sans aucun mai de tête. » M. de Lassone travailla à détruire ces accidens » par les moyens convenables ; les symptômes dis- » parurent et il en espérait une guérison complète, )) lorsqu'à l'occasion d'un nouveau chagrin , la » malade ressentit une grande pesanteur de tête , » accompagnée de douleur; ce qui lui occasiona » quelques jours après une faiblesse dans le genre » nerveux et un tremblement presque universel. » En cet état la malade ne voulut plus prendre » de remèdes : le tremblement parut cependant » diminuer, mais l'abattement augmenta d'autant j) plus ; l'usage des sens et les mouvemens des » parties extérieures furent presque entièrement » abolis ; le pouls et la connaissance se soute- » liaient du reste assez bien , et l'organe de la voix » était libre. Cette espèce de paralysie se dissipa » peu-à-peu avec la grande pesanteur de tête, mais

hommage de cette découverte publiée en i8iq dans YAn-^ nuaire des hôpitaux , page 329, j'aurais pu taire cette observation, ainsi que celle de Sandifort, rapportée plus haut, et réserver pour moi seul l'honneur que les médecins pourront y attacher. Mais l'intérêt de la science devant passer avant tout, j'ai cru utile de faire voir que dans tous les temps et dans tous les lieux, la nature se dévoile d'une manière unil'orme à ceux qui observent avec attention et sans idées préconçues.

» le mai sembla affecter tour-à-toiir différens » points (îu cerveau, et clifTérens organes, qui ap- » paremment lui répondent par le commerce des » nerfs. D'abord la malade ressentit une douleur » profonde au sommet de la tête , et sa vue s'affai- » blit; le point douloureux parut changer de lieu, » sans qu'on pût désigner précisément l'endroit » du crâne où il répondait; la vue se rétablit, » mais les yeux n'eurent plus de mouvemens ; » quelques jours après la vue s'obscurcit de nouî» veau , et toutes les parties de l'œil furent affec- 0 tées; la langue tomba aussi en paralysie, et la sa- » live coulait involontairement de la bouche; ces » accidens disparurent assez vite , mais la malade » se plaignit quelque temps après d'un nouveau » point douloureux a-peu-près vers le centre de » l'os occipital, ce qui augmenta pendant quatre à » cinq jours, et qui fut accompagné de fréquens » maux de cœur et de palpitations ; tous ces ac- » cidens se dissipèrent, et le point douloureux se )) fit ressentir plus haut derrière la tête, vers l'angle » de l'occipital ; alors les bras devinrent paraly- » tiques , la douleur se calma en partie et s'ap- » procha de l'os pariétal du côté droit de la tête; » le bras droit recouvra le mouvement, l'autre » resta paralytique , et la douleur de tête ne se » dissipa point. Quelque temps après il se forma » un autre point douloureux vers le bord anté- )) rieur du même pariétal , avec une espèce d'en- » gourdisseinent le long de l'épine du dos ; la jfambe

PHYSIOLOGIE ET PATHOLOGIE- 67g

^ et le pied gauche perdirent le mouvement et res- • tèrent en cet état conjointement avec l'extrémité » supérieure du même côté. Ces parties , qui » avaient perdu le mouvement, n*en étaient pas y> moins sensibles aux impressions du froid et de » la chaleur, et les corps aigus y causaient par » leurs piqûres des douleurs aussi vives que dans » les parties entièrement saines ; enfin les douleurs » de tête augmentèrent peu-à-peu , devinrent gé- » nérales , le pouls s'affaiblit , et après environ » quinze jours de langueur la malade mourut. » M. de Lassone ayant ouvert la tête du cadavre, » y trouva dans les deux endroits de la partie cor- » ticale du cerveau qui répondaient aux bords an- » térieur et postérieur du pariétal droit, deux tu- » meurs superficielles , inégales , calleuses , d'en- » viron cinq lignes de diamètre, et qui parais- » saient s'enfoncer dans la partie médullaire, que » Ton regarde comme l'origine des nerfs. II y avait » beaucoup d'eau dans les ventricules ; le cerveau » paraissait d'une consistance plus ferme qu'il ne » Test communément. »

Ce fait , d'autant plus curieux qu'il a été receuilli à une époque où l'action spéciale des radiations de la couche optique et du corps strié n'était point connue, nous offre un cas dans lequel leurs effets sont accumulés sur le même sujet, et indiqués pendant la vie par des douleurs aiguës. Ainsi la douleur vive qui se manifesta d'abord vers l'angle supérieur de l'occipital , correspondait manifestement à l'irritation des deux

68o PHYSIOLOGIE ET PATHOLOGIE.

lobes postérieurs des héaiisphères cérébraux; alors les deux bras , et seulement les deux bras , devinrent paralytiques : la douleur s'apaisa en partie , puis elle se rapprocha de 1 angle postérieur du pariétal droit; le bras gauche devint immobile^ le droit recouvra les mouvemens : cette douleur se prolongea jusque vers la partie antérieure du même pariétal , et aussitôt la jambe gauche devint immobile aussi. Ne suit-on pas ici la marche de l'irritation de la partie postérieure à la partie antérieure de l'hémisphère droit , et ne voit-on pas successivement le bras , et puis la jambe du côté opposé, perdre successivement le mouvement?

On jugera mieux encore de toute l'importance de ce fait , quand on aura acquis la conviction par les observations suivantes , que les radiations antérieures et moyennes du corps strié , influencent plus spécialement le membre inférieur que le supérieur.

Lecref ( Louis-Marie ") , âgé de soixante-huit ans , peintre en bâtimens , éprouvait des étourdîssemens qui se renouvelaient aux changemens brusques des saisons : ces étourdissemens s'étaient manifestés à la suite de la suppression des hé^morrhoïdes qu'il avait portées pendant dix-sept ans.

Le 2 février 1817, ce raaîadc étant monté sur une échelle , fut pris d'un tournoiement de tête , et tomba en même temps sur le côté gauche , de la hauteur de cinq pieds : relevé par ses camarades, sa jambe gauche était paralysée ; il ne pou-

PHYSIOLOGIE ET PATHOLOGIE. 68 i

vaît se soutenir, ce qui obligea de le transporter chez lui. Le bras gauche était un peu plus faible que le droit; néanmoins le malade lui fit exécuter divers mouvemens, qu'on lui recommanda de faire pour s'assurer qu'il n'y avait pas de fracture. Il n'en fut pas de même de la jambe ; son immobilité complète fit croire au chirurgien qui le visita, qu'il y avait fracture du col du fémur. On administra au malade deux purgatifs ; on lui fît une saignée du bras droit. Un délire continu se manifesta le 8 février; le 9 au soir, Lecreffut transporté à l'hôpital de la Pitié.

Le 10, il présenta letaî suivant : face rouge et animée, contraction des mâchoires; bouche déviée à droite : langue rouge , ventre tendu , dévoiement, délire , et pendant ce délire, agitation des deux bras et de la jambe droite; immobilité de la jambe gauche.

Le 11 et 12, îe délire diminua, mais la langue devint sèche et noire; le ventre fut de plus en plus météorisé , le dévoiement devint presque continuel; il s'y joignit une paralysie delà vessie.

Le 1 4 et 1 5, il tomba dans une adynamie dont aucun moyen ne put le retirer. Il mourut dans la matinée du 16.

Autopsie, Les intestins, principalement les grêles, étaient phlogosés dans presque toute leur étendue; il y avait deux petites ulcérations dans le cœcum, dont toute la muqueuse était épaissie ; le péritoine était enflammé , et présentait çà

682 RHYSIOIOGIE ET PATHOtOGIE.

et là quelques granulations sur sa superficie. Le crâne ouvert , les vaisseaux de la pie-mère parurent très-injectés ; il s écoula une certaine quantité de sérosité au moment où le cerveau fut retiré de la boîte osseuse du crâne.

Le cerveau considéré par sa base , on aperçut un engorgement des vaisseaux de la pie-mère , correspondant aux racines du nerf olfactif droit. Le cerveau incisé dans cette partie , on pénétra à sept ou huit lignes dans la profondeur du lobe antérieur droit , dans im foyer sanguin , dont l'étendue avait un pouce d'avant en arrière : sa partie postérieure était adossée à la partie antérieure et latérale du corps strié droit; son centre correspondait à la partie antérieure et moyenne de la radiation antérieure du corps strié; sa base reposait sur les faisceaux des pédoncules, qui, après s'être dégagés de dessous le corps strié , vont se rendre dans la base du lobe antérieur. Le demi-centre ovale du même côté était injecté dans toute son étendue ; le reste de l'hémisphère droit était sain , ainsi que le gauche , dont les vaisseaux étaient également injectés ; le cervelet et la protubérance annulaire étaient intacts.

Une femme de soixante-dix-neuf ans ( nommée iMargueriteQuérat), qui séjourna dans ma division du 25 avril 1822 au 20 janvier 1825, était paraplégique. D'abord , la cuisse et la jambe droites avaient perdu le mouvement, puis la jambe gauche avait été affectée de la même manière : la parole était très-

VHYSIOIOGIE ET PATHOLOGIE. 683

difficile et sur- tout extrêmement lente ; l'odorat était tellement obtus , que la malade vivait habituellement dans la malpropreté la plus dégoûtante. La tête était toujours penchée sur la poitrine. Les radiations antérieures et inférieures du corps strié des deux côtés étaient ramollies; la couleur de la partie de l'encéphale altérée était d'un blanc sale : à gauche l'altération était plus étendue qu'à droite ; les pédoncules du nerf olfactif étaient d'un gris et d'une dureté qui les rapprochait de la lame cornée; la commissure antérieure était diminuée de volume.

Il est inutile de rapporter de nouveaux faits à ce sujet 5 car ils se répètent tous les uns les autres ; toujours les paralysies partielles du bras et de la jambe, dépendant d'une lésion des lobes cérébraux 5 coïncident avec des altérations limitées aussi, soit des radiations de la couche optique, dans le premier cas , soit des radiations antérieures du corps strié , dans le second.

11 suit de là , comme conséquence immédiate, que l'altération ou la destruction de la partie moyenne du demi- centre ovale, ou l'entrelacement inférieur des radiations de la couche optique et du corps strié, sont constamment suivis d'une hémiplégie complète. Les faits qui appuient cette proposition sont si nombreux chez les auteurs , que je crois superflu d'en rapporter de nouveaux (i).

(i) Voyez à ce sujet le premier iiiémoirc; de M. le docteur Lacrampe-Louslau ; les cas qu'il rapporte, recueillis à ma

684 PHYSIOLOGIE ET PATHOLOGÎE.

11 suit encore que, dans les hémiplégies, la jambe ou le bras sont plus ou moins affectés, selon que l'altération siège plus particulièrement ou plus profondément sur les unes ou sur les autres de ces radiations.

La femme Tenant, âgée de quarante-sept ans, était hémiplégique par suite d'une attaque d'apoplexie. Le bras avait conservé un reste de mouvement ; la jambe en était totalement privée ; elle était paralysée du côté gauche. Il y avait dans Ihémisphère cérébral droit deux foyers circonscrits : l'un, et c'était le plus grand et le plus profond , dans la partie moyenne du corps strié ; l'autre , plus petit , était creusé dans la partie antérieure de la couche optique.

La femme Lanaise offrit la disposition inverse. L'hémiplégie avait commencé par le bras gauche , qui fut totalement privé de mouvement, différant en cela de la jambe , qui se mouvait encore , quoiqu'imparfaitement ; la presque totalité des radiations de la couche optique étaient altérées , tandis qu'il n'y avait d'affecté que les radiations postérieures du corps strié.

La femme Grand-Pierre ( Louise ) , à la suite d'un étourdissement qui la prit en jouant , a d'abord les doigts de la main gauche engourdis ,

clinique, sont d'autant plusconcluans, que d'après les syoïptomes, le siège de raltération avait été précisé avant l'ouyerture des cadavres.

et ne peut plus se livrer à ses occupations. Bientôt elle devient inquiète , criarde ; elle ne peut plus mouvoir ses bras, qui sont constamment fléchis sur la poitrine; si on les étend, ils cèdent, mais se fléchissent de nouveau, comme entraînés par un mouvement mécanique. Lajainbe gauche est entièrement immobile ; la droite se meut. L'autopsie montre : r. un double ramollissement des lobules postérieurs du cerveau : or, ces lobules sont formés par les radiations postérieures de la couche optique; ce qui explique la double paralysie au bras ; 2°. l'altération du côté droit avait envahi les radiations du corps strié; ce qui explique la paralysie de la jambe gauche ; 5^ les radiations striées de l'hémisphère gauche étaient intactes : de là, la persistance du mouvement de la jambe droite.

Cette action spéciale de ces deux ordres de radiations explique, selon nous, pourquoi, dans les hémiplégies , le bras est souvent plus affecté que la jambe; pourquoi, dans la guérison des paralysies , le mouvement revient plus promptementet plus complètement à la jambe qu'au bras : car les radiations de la couche optique étant plus étendues et plus disséminées que celles du corps strié, on conçoit qu'elles sont phis souvent et plus profondément atteintes que ces dernières.

Cette observation de la persistance de la paralysie des membres supérieurs est , depuis près de deux siècles , dans la science. Les uns l'ont attri-

686 PHtSIOLOGIE ET PATHOLOGIE.

buée à la différence du calibre des artères des membres supérieur et inférieur ; les autres , au nombre des muscles qui les meuvent : quelquesuns à la différence de longueur du col du fémur et de celui de riiumérus ; et d'autres , en plus grand nombre , à finclinaison différente des nerfs de la cuisse et du bras : on conçoit , en effet , que lorsqu'on y faisait circuler un fluide subtil, on pouvait croire que l'angle d'insertion des nerfs brachiaux sur la moelle épinière, devenait un obstacle à son cours ; tandis que la direction presque perpendiculaire des faisceaux de la queue de cheval en favorisait , au, contraire , la marche. Mais personne, que je sache, n'avait encore songé à rechercher celte cause dans les lobes cérébraux.

Quoi qu'il en soit de cette assertion , il reste donc établi par les faits que la moelle allongée et la protubérance annulaire influencent également les mouvemens des deux membres ; que les hémisphères du cervelet influencent plus généralement les membres inférieurs que les supérieurs ; tandis qu'au contraire les lobes cérébraux tiennent plus sous leur dépendance le membre supérieur que l'inférieur.

Getîe différence d'action des radiations de la couche optique et du corps strié ne se borne pas aux mouvemens de la jambe ou du bras ; elle influence encore spécialement d'autres organes, dont le trouble des fonctions intéresse au plus haut degré la pathologie.

Ainsi les altérations des radiations de la couche optique troublent ou gênent beaucoup plus les fonctions du poumon que celles des radiations du corps strié.

De là vient qu'à la suite des hémiplégies , lorsque le mouvement se rétablit à la jambe , et que le bras reste plus ou moins paralysé, la respiration se trouve gênée par le plus petit exercice, soit que cette gêne provienne du poumon lui-même, soit qu'elle soit l'efFet d'une diminution d'action des puissances inspiratrices , et plus spécialement du diaphragme. De là vient encore que chez ces personnes, l'acte du rire, l'éternuement, etc. , sont plus gênés que chez les autres. Le mouvement du diaphragme est ainsi lié à celui du membre supérieur : cela explique , d'une part , l'insertion des nerfs diaphragmatiques ; de l'autre, l'harmonie constante qui existe entre la fréquence de la respiration et la rapidité des mouvemens des membres.

On conçoit en effet, que si les mouvemens du diaphragme n'eussent pas été combinés avec ceux des membres, l'asphyxie ou la suffocation se seraient manifestées dans la course ou dans les grands exercices: c'est ce qui arrive lorsque les deux bras sont paralysés ; c'est ce qui arrive lorsqu'on pratique la section des nerfs diaphragmatiques chez les mammifères : de là vient enfin le long trajet que parcourt le nerf diaphragmatique pour aller rejoindre les nerfs brachiaux, et s'insérer avec eux sur la région cervicale de la moelle épinière.

Les radiations de ia couche optique et du corps strié exercent aussi line action spéciale sur la voix , la parole et la prononciation. M. le professeur Piécamier avait , il y a plusieurs années , placé le siège de la parole dans la partie moyenne du demi-centre ovale, parce qu'il avait observé l'aphonie, à la suite des altérations organiques de cette partie : M. le docteur Bouillaud a attribué exclusivement cette propriété au lobe antérieur, parce que , dans le cas soumis a son examen î c'est à la suite des maladies du lobe antérieur que l'aphonie s'était manifestée : enfin, j'avais conclu de la lésion des radiations de la couche optique , ce que ce dernier médecin a déduit de celle du corps strié. Il résulte ainsi de ces trois ordres de faits que la voix , et sur-tout la parole , sont spécialement influencées par le demi-centre ovale des hémisphères cérébraux. Mais ces fonctions le sont-elles au même degré et de la même manière dans toute l'étendue de ce demi-centre? Je crois pouvoir avancer d'après mes observations, que les radiations du corps strié influencent l'exercice de la parole d'une manière plus directe que celles de la couche optique ; et qu'au contraire celles de la couche optique influencent plus la voix ou la formation des sons que celles du corps strié. D'où il résulte que dans les altérations de ces dernières radiations, l'aphonie est le résultat de la paralysie des mouvemens de la langue , et que dans celles de la couche optique, elle est l'effet

de la paralysie du larynx : on conçoit alors que, lors des lésions du demi-centre ovale, l'aphonie doit être le résultat de cette double action exercée et sur le larynx et sur la langue. On voit donc encore une fois que la même fonction n'est pas exclusivement assignée à tel ou tel point de la masse encéphalique , puisque déjà nous avons vu l'aphonie et le bégaiement se manifester dans les maladies de la moelle allongée et de îa protubérance annulaire.

On doit surtout conclure de tout ce qui précède 5 que les lobes cérébraux exercent ime action très-puissante sur les mouvemens volontaires; que les radiations du corps strié influencent spécialement les jambes , et celles de la couche optique les brasj vérité si importante pour la pratique, que je crois utile de la confirmer par la physiologie expérimentale.

J'incisai le lobe antérieur gauche d'un chien de moyenne taille, quelques lignes au-dessus du niveau de la partie antérieure du ventricule latéral; la patte droite postérieure fléchit seule : je fis la même section sur le lobe droit, et la gauche fut paralysée ; alors je pus remarquer qu'en marchant sur ses pattes de devant , l'animal traînait celles de derrière. Les pattes postérieures étaient paralysées , celles de devant ne l'étaient pas; les radiations antérieures du corps strié étaient seules intéressées dans rexpérience.

J'enlevai sur un jeune chat la partie antérieure

Page 1