‹ Anatomie comparée du cerveauChapitre 44 sur 63 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Du Nerf trijumeau y considéré dans ses rapports avec les organes des sens , chez les vertébrés et les invertébrés.

L'origine de la cinquième paire a donné naissance à beaucoup de travaux , conséquemment à beaucoup de contestations parmi les anatomistes. 11 s'agissait de savoir de quel point fixe émanait ce nerf compliqué : les uns le faisaient dériver uniquement du pont de varole , les autres des pédoncules du cerveau , ceux-ci de la moelle allongée. L'homme étant le sujet constant des recherches sur le système nerveux , on s'arrêta à l'idée qu'il provenait du pont , parce que cette partie est si développée dans l'homme adulte , qu'il semble enchâssé et pour ainsi dire enveloppé dans les fibres qui la composent.

Sanctorini avait néanmoins suivi ses principaux faisceaux jusqu'au bord postérieur du pont , et apparemment jusque sur les fibres du trapèze de la moelle allongée ; mais cette partie si atrophiée chez l'homme n'étant pas connue à l'époque où il écrivait , il désigna la partie supérieure des olives , comme le point où l'abandonnèrent les faisceaux qu'il avait si bien démêlés de l'épaisseur de la protubérance annulaire. Winslow les suivit

après Sanctorini , jusqu'à quelques ligues du bord postérieur du pont. Vrisberg fut plus loin que Winslow , par la connaissance qu'il avait de la disposition de ce nerf chez les embryons de l'homme. Gall et Spurzheim , en renouvelant la découverte de Sanctorini , poursuivireiii d'une manière constante et sûre , comme l'observe M. le baron Cuvier, cette origine profonde et basse des nerfs trijumeaux. Ils montrèrent en outre que la largeur et la grosseur du pont de varole , «chez l'homme , avaient seules empêché de la reconnaître pour telle. M. Cuvier montra qu'elle devenait plus évidente chez les herbivores , à raison de la diminution du pont. Niemeyer et Treviranus ont confirmé la justesse de l'observation de M. Cuvier. Le professeur Rolando a suivi plus profondément encore l'insertion de ce nerf dans l'épaisseur de la queue de la moelle allongée ; il s'est beaucoup rapproché du point où Soemmering croyait l'avoir rencontrée , pour en faire plonger l'origine dans l'intérieur du quatrième ventricule. Ce fut en cherchant à vérifier moi-même ce fait importaiit , que je confirmai la découverte de la loi générale de la névrogénie.

J'avais reconnu , par l'examen de beaucoup d'embryons des mammifères et de l'homme, que la protubérance annulaire était une des dernières parties de l'encéphale qui se développait. Si l'origine des nerfs trijumeaux devenait déplus en plus évidente , à mesure que le pont diminuait d'étendue , elle devait être à nu et tout-à-fait à décou-

vert à l'époque où le pont n'existe pas. L'anatomié comparative des embryons nous promettait donc une solution définitive de cette question.

Sur deux embryons de mouton , du milieu du deuxième mois , il n'v avait aucun vestige du pont i je rencontrai les racines antéiieures des nerfs trijumeaux sur les côtés des pyramides anté-»rieures ; elles étaient adossées à la partie qui correspond au-dessus de la place des olives; elles adhéraient ensuite à la partie latérale de la moelle allongée ; leur direction était d'avant en arrière. Sur un embryon de veau et de cheval , de la fin du djeuxième mois , je vérifiai la même observation. Sur un embryon de mouton, du commencement du troisième mois , j'aperçus les faisceaux antérieurs enchâssés dans les fibres du trapèze delà moelle allongée; je remarquai de plus , en haut de cette dernière partie , des faisceaux latéraux qui s'implantaient sur les côtés du pédoncule du cervelet; ces secondes racines convergeaient vers les premières et s'adossaient ensemble sur la partie latérale et supérieure de la moelle allongée. Je n'avais pas aperçu les faisceaux latéraux sur les deux premiers embryons ; je ne les avais pas également rencontrés sur les embryons du veau et du cheval ; je revins à ces derniers embryons , et je remarquai ces faisceaux de fibres en avant de la moelle allongée : plusieurs lignes les séparaient encore du point de leur insertion. Sur des embryons plus âgés, et qui pouvaient correspondre au milieu du

troisième mois de leur formation , je rencontrai ces faisceaux latéraux implantés, comme sur le dernier mouton , sur les parties latérales du pédoncule du cervelet. Voulant vérifier cette implantation successive des deux ordres de raciaes des trijumeaux , je choisis des embryons de lapin dont je possédais une ample collection. Sur ceux du quinzième au vingtième jour de formation , je leur trouvai la même disposition que chez le veau et le cheval ; mais en me rapprochant de l'époque de la conception, je ne trouvai plus les nerfs implantés sur la moelle allongée , dès le dixième jour , ni vers le huitième. Sur six embryons de chacune de ces époques , que j anatomisai avec le plus grand soin, je trouvai les nerfs se dégageant du ganglion qui occupe la fosse sphénoïdale : ils s'avançaient vers la moelle allongée; mais ils étaient plus ou moins éloignés du point de leur insertion , selon que j'observais ces embryons plus ou moins jeunes. J'ai vérifié depuis ces observations sur des embryons de mouton , du commencement du deuxième mois : sur ceux du veau , du cheval , du cochoTi^de la même époque , sur le chat au quinzième jour de formation , sur le chien au vingtième, ainsi que sur trois jeunes embryons de renard , de loup et de lion , dont il m'a été impossible de déterminer l'âge. En 1819, appelé à la campagne démon illustre ami M. Geo (FroySaint-Hil aire, pour donner des soins à un de ses enfans , je montrai ce fait important à ce célèbre anatomiste , sur

5i2 ANATOMIE COMPAREE Di' CERVEAU ,

quatre jeunes embryons de taupes ; je lui fis remarquer également la disposition des deux ordres de racines sur cet animal adulte , chez lequel elle est très-prononcée. ^

Chez l'embryon humain du deuxième mois , les nerfs trijumeaux ne sont pas encore implantés sur les parties latérales de la moelle allongée (i) ; ils ne le sont pas encore à un âge plus avancé (2). Je ne les ai rencontrés que vers le milieu du troisième. Comme chez les embryons précédens , j'ai remarqué que les faisceaux antérieurs s'implantent les premiers au-dessus de la position des olives, sur l'espace qu'occupent les fibres transverses du trapèze , qui paraissent peu de temps après. Les faisceaux latéraux du nerf ne m'ont paru adhérens à la partie latérale du pédoncule du cervelet que sur la fin du troisième mois.

Chez les oiseaux , le nerf est formé longtemps avant son implantation. Je ne l'ai guère aperçu à sa place avant le milieu de l'incubation des différentes espèces dont J'ai suivi la formation. On ne peut mettre en doute , dans cette classe , son insertion sur les parties latérales de la moelle allongée (5). A l'époque où se montrent les fibres transversesde cette partie (4), que je crois être les

(1) PI. II, ûg. 64, 11° 3.

(2) PI. n,fig. 67,n°2.

(3) PI. III,fig. 78,n'5.

(4) Page 28.

premiers rudimens du trapèze , on voit manifestement les faisceaux antérieurs s'insérer sur cette partie. Je n'ai pas rencontré chez les oiseaux les faisceaux latéraux. Chez les embryons des reptiles, j'ai longtemps aperçu le nerf sur la base du crâne avant de pouvoir les découvrir sur les parties latérales de la moelle allongée.

Il résulte donc de ces faits , r. que les faisceaux composant le nerf de la cinquième paire sont apparens dans l'intérieur du crâne longtemps avant leur implantation sur la moelle allongée ; 2°. que cette implantation se fait par deux ordres de faisceaux , de même que les nerfs qui s'implantent le long de la moelle épinière , faisceaux que l'on peut dist inguer en antérieurs et latéraux.

Les antérieurs sont les analogues de ceux de la moelle épnière , ils sont beaucoup plus forts et beaucoup plus nombreux que les autres; leur implantation a lieu , chez les mammifères et l'homme , sur le trapèze de la moelle allongée (1); chez les oiseaux (2) , les reptiles (3) et les poissons (4) , surla partie nommée queue de la moelle allongée , ou bulbe rachidien , par M. C haussier.

3". Les faisceaux latéraux sont les moins nombreux , les moins considérables ; leur arrivée sur

(1) PI. XIII, fig. 243,11'' 5.

(2) PI. IV, fig. 104, n»5.

(3) PI. V, fig. 122, n'6.

4) PI. VI, fig. 148, n- i5.

la moelle allongée est plus tardive que les précédens , leur implantation a lieu sur les parties latérales du pédoncule du cervelet ( 1 ) ; ils me paraiss ent correspondre aux faisceaux postérieurs des. nerfs rachidiens. Ce sont eux que Yicq-d'Azir et Hal- 1er ont principalement suivis.

Cette double insertion des nerfs trijumeaux est d'autant plus facile à suivre chez les mammifères , qu'on s'éloigne davantage de l'homme et des singes, et qu'on se rapproche plus des rongeurs.

Le chameau , le lama , le kanguroo - géant , le tatou , la taupe , le rat-taupe du Cap , la chrysochlore du Cap, les musaraignes et les chauvesouris , sont les animaux chez lesquels on peut suivre le plus facilement l'insertion des bron^ ches antérieures sur le trapèze de la moelle allongée.

Quoique le pont de varole et le trapèze de la moelle allongée n'existent pas chez les oiseaux adultes , l'insertion des trijumeaux se fait sur le point correspondant à celle des mammifères (2) , ainsi qu'on peut le voir chez la bondrée (5) , l'hirondelle (4) , le roitelet (5j , l'autruche (6) , la

(1) PI. XIII, fig. 245, n" 5 bis.

(^2) PI. ïlï, fig. 78, n; 5.

(5) PI. IV, fig. 88, n° 12.

(^4)P1. IV,fig. 92,n°ii.

p) PI. IV, fig. 94, n" 11.

(6) PI. IV, fig. 98, n-'G.

Cigogne (i) et le casoar (2). Leurs faisceaux se prolongent de même plus loin que le lieu d'où nous les voyons sortir; les antérieurs se portent en bas jusqu'au niveau de l'insertion de la sixième paire (3) ; de même que chez les mammifères , ils sont plus forts et plus nombreux que les faisceaux latéraux : ceux-ci vont se rendre sur le pédoncule du cervelet (4J- J'ai suivi ce double mode d'insertion chez la poule , l'oie , le canard, le dindon, la bernache , les oiseaux de proie , l'aigle , le perroquet , l'autruche et le casoar. Nulle part je ne l'ai mieux aperçu que chez la cigogne blanche et la cigogne noire.

Chez les reptiles , les faisceaux latéraux man-^ quent: je n'ai pu les distinguer sur aucun de ceux que j'ai disséqués avec soin. Cette absence tiendraitelle à la faiblesse du pédoncule du cervelet ? L'insertion du nerf se fait, du reste, de même que chez les oiseaux, sur la partie latérale de la moelle allongée , entre la sixième et la troisième paire , comme on le remarque chez le crocodile (5) , la

(1) PI. IV,fig. io3, n°5.

(2) PL III, fig. 78,n°5.

(3)Pl.III,fig.79,n^5.

(4) PI. m, fig. 78, n- 5.

(5) PI. V,fig. 118, n'^.

tortue franche (1) le caméléon (2) , le caïman (5) et la grenouille (4).

On a dit que chez les poissons la cinquième paire était toujours réunie à la septième. Cette assertion, est vraie pour tous les poissons osseux (5) , pour la plupart des cartilagineux (6) ; mais chez quelques-uns de ces derniers , l'insertion des nerfs trijumeaux se fait d'une manière isolée (7). Quoique réunie à son insertion , la cinquième paire est néanmoins distincte des autres chez la morue (8) : les quatre faisceaux qui composent le trijumeau (9) , le facial (10) , l'auditif (1 1) et l'hypoglosse (12), s'insèrent en commun sur les parties latérales de la moelle allongée. Chez le brochet la cinquième ( 1 5) s'unit àla septième ( 1 4) avant son

(1) PI. V, fig-. 122, n";.

(2) PI. V, fig. 112, n° 11.

(5) PI. V, fig. i5o, n" 5.

(4) PI. V, fig. i5i,n" 14.

(5) PI. VII, fig. 1G2, ir 12, i3, 14 et i5.

(6) PI. YI, fig. 142, n°8, 9 et 10.

(7) PI. VI, fig. 148, n-i5.

(8) PI. VII, fig. 162, 11° 5.

(9) PI. Vïl, fig. 162, n° 14.

(11) PI. VII, fig. 162, n" i5.

(12) PI. VII, fig. 162, n" i5.

(i3) PI. X, fig. 217, n" 5.

(14) PI. X/fig. 217, ir8et Sbie.

implantation : chez l'aiguillât (i) , on trouve une ligne d'intervalle entre l'insertion du trijumeau (a) et celle du facial (5) et de l'auditif (4). Chez la plupart des rayes (5) , de même que chez le requin (6) , la cinquième paire et la septième sont confondues avant leur insertion. Mais chez la raye bouclée , la cinquième paire est aussi isolée que chez quelque mammifère que ce soit (•}); chez la plupart des poissons (8) , il existe un renflement très-prononcé sur les parties latérales de la moelle allongée (9) dans le lieu d'insertion de tous ces nerfs (10). Ce renflement est d'un volume considérable chez l'anguille ^ le silure et le tétrodon électriques.

Le nerf de la cinquième paire prend son origine dans les muscles de la face , des paupières , de la bouche , dans les organes de tous les sens dont il peut être regardé comme une des parties intégrantes ; les nerfs étant toujours proportionnés au volume des organes d'où ils proviennent, l'étendue

(1) PI. X, fig. 222, n" 5, 7 et 7 hh.

(2) PI. X, fig. 222, n° 5.

(5) PI. X, fig. 222, n" 7.

(4) PI. X, ûg. 225, n° 7 bis.

(5) PL VI, fig. i58, n° 5.

(6) PI. VI, fig. 142, n" 8, 9 cl 10.

(7) PI. VI, fig. i48,n''i5.

(8) PI. VII, fig. 142; pi. VII, fig. i6Li,n\ij,

(9) PI. VI, fig. ,48, no 16.

(10) PI. X, fig 219,11" 5 et 4.

5'jS ANATOMIÊ COMPAKÉE DU CERVEAU ,

de la face et des organes des sens pris en masse donne le volume de ce nerf dans les différentes classes de vertébrés.

Chez les mammifères, l'étendue de la face et des organes des sens va en augmentant progressivement de l'homme aux singes , aux carnassiers , aux ruminans et aux rongeurs ; le volume des nerfs trijumeaux suit d'une manière générale cette progression , ainsi qu'on l'observe chez l'homme , le drill ( i ) , le mandrill (2) , le phoque (5), la marte (4), Tours (5), le raton (6), la loutre (7) , le lion (8) , le kanguroo géant (9) , le cheval (10), le pécari (11), le bouc (12), le lama ( i 3) , le chameau ( 1 4) ; ces deux derniers ont le nerf trijumeau d'un volume énorme. Le tatou est dans le même cas , ce nerf dépassa tous

(I) PL VIII, fîg. 197, n'^.

{2) PI. VIII, fig. 194, n° 5.

(5) PL IX, fig. 208 , 11° 5.

(4) PL XV,fig. 290, n" 5.

(5) PL XI, fîg. 25i, n'^S.

(6) PL X, fig. 223, n-'S.

(7) PL VIII, fig. 200, n° 5.

(8j PL XIV, fig. 266, n" 5.

(9) Ibid.

(10) PL XV, fig. 275, n^S.

(II) PL XVI, fig. 3oo, n'5 (13) PL XIV, fig. 263, a* 5.

(i5) PL XVI, fig. 295, 11-5.

(u|) PL XIII, fig. 249, u' 5.

NERF TRIJUMEAU. ÔJ^

les autres par son prodigieux développement (i); les chauve -souris l'ont aussi très-dé vélo ppé (2), comme on le voit chez les vespertilions (5) (vesp. murinus) et les rhinolophes (4) {rhinolophus unihastatus) ; le nerf trijumeau est au contraire peu volumineux chez la mangouste du Cap (5) , ainsi que chez le hérisson (6) ; chez le porc-épic , il a deux faisceaux d'insertion très-forts (7) ; chez le castor , son volume dépasse toutes les proportions que nous lui avons déjà assignées (8).

Chez les taupes (9) , le rat-teiupe du Cap , la chrysochlore du Cap , le zemni (10), ce nerf conserve un grand volume : chez les trois premiers , on observe , à son insertion sur la moelle allongée, un renflement très - prononcé (u). Les cétacés ont la cinquième paire (12) très - développée , et divisée dans toute son étendue en deux faisceaux isolés (i3).

(1) PI. XIII, fig. 246, n°5.

(2) PL XIII, fig. 204, 214.

(5) PL XIII, fig. 214, n» 5.

(4) PL XIIL, fig. 204, n° 5.

(5) PL XIII, fig. 25i, n°5.

(6) PL XVI, fig. 297, n° 5.

(V) PL XIII, fig. 25i , n°5.

(8) PL XIII, fig. 258, ir 5.

(9) PL XIV, fig. 260 , n" 5.

(10) PL XV, fig. 272, n* 5.

(11) PL XIV, fig. 2Go,n"5.

(12) PL XII, fig. 354, n* 5.

(i5) PL XII, fig, 234, n" 5.

38o ANATOMIE COMPAREE DU CERVEA-U.

Tous les oiseaux sont remarquables par l'atrophie des muscles de la face et de plusieurs des organes des sens; leur nerf trijumeau est loin d'offrir le développement que nous lui remarquons chez les mammifères inférieurs , ainsi qu'on peut l'observer chez la bondrée (i), l'hirondelle (2), le roitelet (3), l'autruche (4), le casoar (5); la cigogne blanche est de tous les oiseaux que j'ai anatomisés , celui sur lequel ce nerf est le plus volumineux (6). Engénéral, la branche ophthalmique conserve dans cette classe ses dimensions relatives avec celle des mammifères; l'atrophie porte plus spécialement sur les branches du maxillaire supérieur et inférieur.

Les reptiles sont plus descendus encore que les oiseaux sous le rapport des dimensions des nerfs de la cinquième paire; ce nerf est très-faible chez le caméléon (7) , le crocodile (8) , les vipères, les lézards, les grenouilles (9), les crapauds, le caïman (10) et la tortue franche (11); ce qui est en

(1) PI. IV, fig. 88, n" 12.

(2) PI. IV, Cg. 92, nM2.

(5j PI. IV, fig. 94, nMi.

(4) PI. IV, fig. 97,11° 5.

(5) PI. III, fig. 78, n° 5.

(6) PI. IV, fig. io5, n- 5; fig. 104, n" 5.

(8) PI. V,fig. 118, n" 8.

(9) PI. V,fig. i5i,nM4.

(10) PI V,fig. i5o, ir5.

(n) PI. V,fi§. 122, iV 7.

rapport avec le peu d'étendue des organes de la face et des principaux organes des sens.

Le nerf de la cinquième paire reprend tout à coup un volume considérable chez les poissons osseux, comme on l'observe chez la morue (i) et le brochet (2) ; chez certains poissons cartilagineux, il dépasse toutes les proportions connues chez les vertébrés, ainsi que l'observe le célèbre Treviranus (3).

Chez l'esturgeon (4) , elle n'est pas plus prononcée que chez les poissons osseux ; chez les rayes , son volume est énorme , soit qu'il s'insère isolément (5) , soit qu'il le fasse en commun avec la septième paire (6) , comme chez le requin (7) , l'ange (8) et l'aiguillât (9) ; ses dimensions sont également considérables.

Avec ce prodigieux développement des nerfs trijumeaux coïncide , chez les rayes , la manifestation d'un organe particulier que Jacobson considère comme un nouvel organe des sens, et dans

(1) PI. VII, fig. 162, n* 14.

(2) PI. X, fig. 217, n» 5.

(5) Journal complémentaire du Dictionnaire des Sciences médicales f tom. XV, pag. 212.

(4) PI. XII, fig. 235,0" 5.

(5) PI. VI, fig. 148, n»i5.

(6) PI. VI, fig. i38, n^S.

(7) PI. VI, fig. 142, n° 9 et 10.

(8) PI. XII, fig. 257, 1^7 et 8.

(9) PI. XII, fig. 236, n- 5 et 7.

582 ANATOMIK COMPAnÉE DU CERVEAU.

lequel se ramifient des faisceaux nombreux de la cinquième paire. Treviranus a décrit cet organe chez plusieurs espèces de squales , ainsi que la distribution des nerfs trijumeaux dans son intérieur.

Chez les mammifères , les oiseaux et les reptiles, le développement des nerfs trijumeaux est particulièrement en rapport avec le développement de Fartère maxillaire interne et de ses nombreuses divisiorts ; le calibre de cette artère suit la même progression croissante que le nerf, de l'homme , des singes et des carnassiers , aux ruminans et aux rongeurs. Le castor a cette artère d'un volume énorme , de même que les nerfs trijumeaux.

Ces nerfs sont le siège spécial du sens du goût. Ce sens est lié , de même que celui de l'odorat , à la conservation des espèces ; ils sont l'un et l'autre les sentinelles de la nutrition , ainsi que l'ont dit les physiologistes ; de là leurs rapports.

La chambre olfactive et celle du goût sont tellement liées l'une à l'autre par les pièces osseuses et les parties molles qui les composent , que l'une ne peut accroître ou diminuer sans que l'autre partage cette modification. Leurs connexions sont si intimes , que le nerf trijumeau se distribue par l'un de ses faisceaux à la chambre olfactive , et devient , ainsi que nous l'avons dit , l'accessoire de ce sens. De ce rapport dérive celui qu'on remarque entre le nerf de l'odorat <et celui de la cinquième paire. Epi général . ces deux nerfs sont

NIRF TRTJUMEAt. 385

xléveloppés dans toutes les classes en raison directe l'un de l'autre , les cétacés toujours exceptés , parmi les mammifères.

L'étendue de ces deux sens augmente avec le développement de la face dont ils forment en quelque sorte la charpente ; la cavité du crâne diminue dans la même proportion : de ce rapport inverse dérive celui des nerfs de l'odorat et du goût avec la masse encéphalique prise en totalité. Si , d'après ce que nous venons d'établir, les nerfs olfactifs et celui de la cinquième paire suivent l'accroissement de la face , s'ils augmentent de volume À mesure que l'encéphale s'atrophie , on voit de suite que le volume total de l'encéphale devra être en raison inverse du volume de ces deux nerfs. C'est ce qui est. Cette proposition, entrevue par Soemmering , confirmée et généralisée par M. le baron Cuvier, est expliquée, ce me semble, par toutes les données anatomiques qui précèdent. Elle est inexplicable , au contraire, dans l'hypothèse qui fait procéder les nerfs de l'encéphale.

Dans l'état présent de la science , une des questions les plus importantes de l'anatomie comparative et de la psychologie me paraît être celle qui concerne l'appareil visuel de la taupe , du rattaupe du Cap , de la musaraigne musette , de la chrysochlore du Cap, du rat zemni, parmi les mammifères ; du protée et de la cécilie, parmi les reptiles. ^

En considérant ces animaux , nous voyons l'œil

devenir de plus en plus rudimentaire , et se cachet de plus en plus sous la peau , jusqu'à ce qu'enfin il y soit tout-à-fait emprisonné. Nous voyons le nerf optique disparaître de la base de lencéphale , quoique néanmoins les parties qui étaient présumées lui donner origine restent dans leur intégrité parfaite. Avec cette atrophie extrême de l'œil coïncide l'absence de lappareil musculaire destiné à le mouvoir. Or si notre principe général de névrogénie est exact , les muscles de l'œil n'existant pas , les nerfs ne sauraient s'y former; conséquemment avec l'absence des muscles de l'œil doit coïncider l'absence des nerfs oculo-moteurs commvms, de la quatrième et de la sixième paires.

Il y a cependant chez ces animaux un œil rudimentaire , dont l'organisation se rapproche quelquefois de cet organe , chez les insectes ; cet œil a un nerf. Qu'est-ce que ce nerf, si le nerf optique n'existe pas ? Ce nerf oculaire est une des branches supérieures du nerf trijumeau; il remplit à l'égard de cet œil les mêmes fonctions que le nerf optique remplit chez les autres animaux.

Mais ces animaux jouissent-ils de la vision , ou sont-ils aveugles ? S'ils jouissent de la vision , ce sens peut donc être transporté d'une partie de l'encéphale sur une autre? M. le professeur Duméril a émis cette opinion à l'occasion du sens de l'odorat des poissons; Gall l'a combattue par des assertions qui restent sans effet sur les hommes qui se livrent sans partialité à la recherche de la vérité.

Si ces animaux jouissaient de la vision, ce serait une preuve sans réplique de la loi générale de l'action du système nerveux, émise par M. le baron Cuvier; savoir : que la différence des fonctions des nerfs dépend plutôt de l'organisation différente des parties auxquelles ils se distribuent ( \)^que de leur essence propre, La solution de cette question est donc du plus grand intérêt pour 1 anatomie et la physiologie du système nerveux en générai.

Nous aJUons l'examiner avec d'autant plus de soin , que son application aux animaux invertébrés peut éclairer leur système nerveux sur lequel nos connaissances sont loin d'être positives.

L'existence de l'œil, chez la taupe, a donné naissance à quelques controverses. Arisîote avait dit que tous les animaux vivipares étaient pourvus de deux yeux, la taupe seule exceptée. Pline, Opien, Albert , répétèrent cette assertion ; Galien , Scaliger et Aldrovande rendirent à la taupe les yeux dont lavait dépouillée Aristote; les zoologistes modernes se sont assurés de l'existence constante des yeux chez ce singulier animal (2). Cet organe est si petit , qu'on l'a comparé à un grain de millet. n est situé sur les parties latérales de la tète (5) , caché dans un petit repli de la peau; sa couleur est d'un noir d'ébène , il est dur au toucher ; on

(1) Et selon moi dans lesquelles ils se forment. (*i) Cuvier, Règne animai , lom. I, pag. 15^. (5)Pl. XIV,fig. a57,n'4.

le déprime avec peine en le pressant entre les doigts. Galien (i) leur attribue la sclérotique, l'humeur vitrée , le cristallin et la rétine : je me suis assuré plusieurs fois du contraire; en le disséquant au microscope , je ii ai trouvé qu'une membrane extérieure , mince , épidermoïde , trèsrésistante, assez analogue à la sclérotique; cette membrane était tapissée en dedans par une seconde , noire , vasculeuse , ressemblant à la choroïde, au fond de laquelle on rencontrait un trèspetit bulbe qui semblait un renflement produit par le nerf : cette organisation est plus distincte chez les embryons que chez l'animal adulte. b Chez la chrysochlore du Cap (2) , l'œil occupe la même place que chez la taupe commune ; il est situé derrière la peau , qui devient transparente en passant par dessus ; il e&^ d'une telle petitesse , que plusieurs zoologistes ne l'ont point rencontré. Il est noir : vu au microscope , il paraît formé par deux cônes adossés par leur base ; il se rapproche de l'œil composé des insectes. La sclérotique est plus épaisse que chez la taupe ; la membrane noirâtre est surtout distincte au milieu : il n'y a point de cristallin ; le bulbe nerveux est si petit , qu'on le distingue à peine au microscope : la membrane noirâtre forme une espèce de diaphragme au milieu de

(1) De Usa pariiam, lib. 4« (2 PI. XIV, fig. 269, n'4.

l'œil. Chez la musaraigne musette ( soî^ex araneus), l'œil est un cône simple, dégagé de la peau et présentant la même organisation que celui de la chrysochlore. Le zocor ( mus aspalax ) est dans la même condition que la musaraigne.

Le Zemni (^mus typ/ilus) est comme la chryso-* chlore : l'œil n'est pas visible au dehors (i), la peau le recouvre sans s'ouvrir ni s'amincir au^ devant de lui. L'œil est encore plus petit que chez la taupe; il est formé par la sclérotique et la choroïde.

Chez le rat-taupe du Cap (mu&Capensis), l'œil est àdécouvert; il est beaucoup plus volumineux que chez les animaux précédons ; sa forme est ovoïde : son plus grand diamètre est d'avant en arrière; il est en quelque sorte enchâssé dans une glande très-volumineuse, située derrière lui, et qui l'environne de toute part. Toute la membrane externe est transparente comme la cornée des mammifères ; derrière elle on trouve un cristallin tout- à -fait rond. Il y a une petite chambre entre ce dernier corps et la partie antérieure de la cornée. La choroïde est beaucoup plus épaisse que chez la taupe vulgaire ; elle est enduite d'une humeur noirâtre semblable à l'uvée. Il n'y a pi^s de rétine, mais le nerf présente cinq ou six petiis faisceaux mous au fond et au dedans de la choroïde.

Les muscles de l'œil manquent chez tous ces

(1) Cuvier, Règne animal, tom. I > pag. 01.

mammifères; cet organe ne reçoit son impulsion que de la peau qui l'environne et le recouvre dans certains cas. J'ai cru nécessaire de présenter ces détails sur ces derniers animaux , la taupe ayant seule occupé les zootomistes sous ce rapport.

De Texistencede l'œil chez la taupe commune, Galien, Scaliger, Aldrovande , et en 1822 M. Durondeau (1) , ont conclu à l'existence du nerf optique ; mais cette conclusion est analogique. L'anatomie permet seule de décider cette question. Voici le résultat de mes recherches : En cherchant â vérifier la loi générale de névrogénie , pour m'assurer si les nerfs se rendent des organes aux masses centrales du système nerveux, je portai mon attention sur des embryons de taupes trèsjeunes; l'ceil était d'autant plus visible chez eux , que les poils n'étant pas formés, il n'était pas caché comme chez ces animaux adultes. Je trouvai le nerf au fond du globe de l'œil; je cherchai le nerf optique à la base de l'encéphale , je ne le trouvai point : ce fait était décisif pour la question qui me préoccupait; mais, en suivant avec attention ce nerf oculaire sur d'autres embryons, je m'aperçus qu'il était formé par un rameau supérieur de la cinquième paire (2); celui que Ton peut regarder comme l'analogue de la branche ophthalmique de Willis ; j'examinai le sphénoïde

[\) Mémoires de l' AcadcmlcRoyale de Bruxelles^^xxïitt 1832. (a) PI. XIV, 6g. 257, n« 3.

de ces embryons, je trouvai que Tingrassial du professeur Geoffroy- Saint -Hilaire manquait ; je trouvai que le trou optique formé par la conjugaison de ses deux pièces manquait également ; je voulus vérifier ces résultats chez les taupes adultes ; je n'aperçus aucun vestige du nerf optique à la base de l'encéphale (i) ; je n'aperçus aucun vestige du trou optique ; je constatai , de même que chez les embryons , l'absence de l'ingrassial ; je m'attachai à suivre la distribution de la cinquième paire; je remarquai au point de son insertion un renflement très-prononcé (2) ; je suivis sa division en trois branches ; la moyenne était la plus forte ; dès sa sortie du crâne (3), elle envoyait directement un rameau (4), qui, se dirigeant obliquement en haut , se portait à la partie postérieure du petit globe de l'œil, dans lequel elle pénétrait et où elle formait le petit renflement dont nous avons déjà parlé. Le nerf oculaire de la taupe était donc formé par la branche supérieure du nerf trijumeau. Zinn avait déjà entrevu ce fait; Carus , en le vérifiant , crut trouver un nerf optique rudimentaire, qui, se joignant à la branche du nerf trijumeau , concourait à former le nerf oculaire et la rétine de l'iieil de la taupe. Treviranus dit avoir

(1) PI. XIV, fig. 260, n- •!.

(2) PI. XIV, fig. 260, ri» 5.

(3J PI. XIV ,fi- 260, n'2.

(4) PI. XIY,fig. a6o,n-5.

confirmé cette observation de Carus, d'après la^ quelle le nerf oculaire de ces animaux serait le résultat de l'union de la branche ophthalmique du nerf trijumeau ^t d'un nerf optique rudimentaire ; j'ai cherché ce nerf optique avec le plus grand soin sur trente ou quarante taupes , je puis assurer ne l'avoir jamais rencontré. Mes recherches ont eu le même résultat sur les animaux suivans.

Chez la chrysochlore du Cap (1), la cinquième paire se comporte dans le crâne de même que chez la taupe ; de ses trois branches , la moyenne , qui se dirige vers le museau (2), envoie une branche mince (3) , qui se rend en droite ligne à la partie postérieure du globe de l'œil (4) j dans lequel elle pénètre sans s'épanouir , de même que chez la taupe : la base de l'encéphale est remarquable , comme chez ce dernier animal , par l'absence du nerf optique ; il n'en existe pas un vestige qu'on puisse regarder comme l'état rudimentaire de ce nerf.

Chez la musaraigne musette , le nerf oculaire est un peu plus volumineux que chez la chrysochlore ; il provient de même de la cinquième paire , se comporte de la même manière à l'égard de son petit œil ; la base de son encéphale est éga-

(1) PI. XIV, fig. 259, n' 1 et 2.

(2) PI. XIV , fîg. 269 , n* 1 , 2 et 5. (5) PI. XIV, fig. 259, n»5.

(4) PI. XiY,%. 259,n°4-

NERF TRIJUMEAU. Sg «

lement dépourvue de nerf optique. Le zemni , dont la tête est si singulièrement conformée , ainsi que Fa fait remarquer M. le baron Cuvier , est remarquable , comme les animaux précédent , par l'absence complète du nerf optique ( i ) , par son nerf oculaire , qui provient du nerf trijumeau et se porte dans son petit œil, de même que chez la chrvsochlore.

Le rat -taupe du Gap est Fânimal chez lequel cette organisation singulière est le plus prononcée-, la cinquième j>aire a dans le crâne un volume considérable (2) ; à la sortie de cette cavité , la branche moyenne se divise en deux faisceaux (3) ; l'inférieur suit la direction du tronc et se porte sur les parties latérales du museau (4) ; le supérieur se dirige obliquement en haut (5) : il se subdivise en deux faisceaux avant de parvenir à l'œil ; l'un se consume dans la grande glande qui environne cet organe (6) ; l'autre se rend directement à la partie postérieure de l'œil , où il se partage en plusieurs petits filamens. Le nerf oculaire du rat taupe a un volume très-considérable (7)'; il est proportionné à l'étendue du globe de l'œil chez cet

(i) PI. XV,fig. 279, n»o.

(2) PI. XIY,fig. 268, n'i.

(3) PL XIV, fig. 268, n- 5.

(4) PI. XIV, fig. 268, n-^O.

(5) PI. XIV, fig. 268, n'3.

(6) PI. XIV, fig. 268, n°7.

(7) PI. XIV, fig. 268, u"5.

animal (i) , et il est uniquement formé par la cinquième paire. Avec quelque soin que j'aie cherché le nerf optique sur la base de Tencéphale, je n'ai pu en apercevoir aucune trace.

La base du crâne de la chrysochlore du Cap , de la musaraigne musette, du zemni, du rat-taupe du Cap , est remarquable , de même que celle de la taupe , par l'absence du trou optique ou du trou s phéno-orbitaire qui le remplace. L'absence du trou optique est l'efFet de l'absence de l'ingrassial, dont les pièces concourent à sa formation.

Le globe de l'œil de tous ces animaux est remarquable également par la privation des muscles qui 5 chez les autres mammifères , lui font exécuter ses divers mouvcmens : cette privation des muscles coïncide avec la disparition de l'ingrassial et du trou optique , au pourtour duquel chacun sait que ces muscles prennent leur insertion. Ce triple rapport de l'absence du nerf optique des muscles de l'oeil el du trou optique est un fait constant chez ces animaux. Je les ai anatomisés sous ce point de vue avec la plus grande attention. Si les muscles de l'œil manquent chez la taupe , la chrysochlore du Cap , la musaraigne , le zemni , le rat-taupe du Cap , la conséquence nécessaire de ce fait doit être , d'après la loi générale de la névrogénie , l'absence des nerfs qui s'y distribuent chez les mammifères ordinaires. On ne trouve .

(i)Pl. XIV,fig. 268, îi''^.

NEUF TRIJUxMEAi: ^^5

soit à la base de l'encéphale de ces animaux , soit dans le crâne, soit dans les environs du globe de l'œil, ni la troisième paire de nerf, ni la quatrième , ni la sixième , comme on peut le voir en considérant l'encéphale de la taupe ( i ) et celui du lemni [2).

Tous ces faits coïncident donc les uns avec les autres ; ils sont eux-mêmes le résultat d'une disposition anatomicjue des plus curieuses. J'ai constaté chez les mammifères que le volume de l'artère ophthalmique est toujours rigoureusement proportionnel au volume du globe de l'œil. Chez les embryons monstrueux, j'ai constaté que, selon que cette artère est plus ou moins développée, l'œil est plus ou moins volumineux ; si elle est atrophiée, l'œil est atrophié : si elle manque, ce qui est trèsrare , l'œil manque. On présume d'avance de quel intérêt était l'application de ce principe aux animaux qui nous occupent.

Après avoir injecté le système artériel de plusieurs taupes, j'ai en vain cherche l'artère ophthalmique ; elle n'existe pas : je l'ai en vain cherchée chez la chrysoehlore du Cap, chez la musaraigne, chez le rat-taupe d u Cap , quoique , chez ces derniers animaux, qui avaient été conservés dans l'alkohol, j'aie pu suivre dans ses divisions et subdivisions l'artère carotide interne ; j'ai trouvé chez

(1) PI. XIV, fig. 260.

WPi. XV, fig. 272.

la taupe que Tarière qui se rend à son petit œil , est une branche de la maxillaire interne , celle qui me paraît correspondre à la branche sous-orbitaire de cette artère : j'ai vérifié le fait chez le rattaupe ; chez la chrysochlore et la musaraigne , ce rameau était trop petit pour pouvoir être suivi jusqu'à l'œil.

Je ne sache pas que chez les oiseaux et les poissons on ait observé une seule espèce qui soit dans les conditions visuelles des mammifères qui précèdent ; les reptiles nous en offrent quelques exemples d'autant plus remarquables , qu'ils offrent le même mode d'organisation , l'absence du nerf optique, et un nerf oculaire , formé par un rameau de la cinquième paire : ces reptiles sont le protée [proteus anguinas) , et la cécilie [cœciiia).

L'œil du protée est caché derrière la peau , qui devient transparente au-devant de lui , circonstance qui n'a point lieu chez la chrysochlore du Cap et le zemni. L'œil est formé par une membrane externe très-dense , tapissée en arrière et en dedans par une membrane noire ; le nerf qui s'en détache en arrière, est une division de la branche moyenne du maxillaire supérieur , de même que chez nos mammifères ; en disséquant ce nerf avec soin, j'ai suivi trois ou quatre petits filamens, qui s'épanouissent sur la partie postérieure de la membrane noire de l'œil.

La syrène [fiyrcn lacertina) me parait être dans le même cas que le protée . si j'en juge par la

NERF TRIJUMEAU. 5q5

configuration interne et externe de son crâne. La cécilie visqueuse a l'œil très- petit, comme le protée ; la peau m'a paru percée au-devant de cet organe , sur un sujet que j'ai disséqué à Londres en i8i4o La membrane externe était moins épaisse que celle du protée; la choroïde était plus étendue ; le nerf oculaire provenait de la branche moyenne du maxillaire supérieur de la cinquième paire. Chez le protée et la cécilie, je n'ai aperçu aucun vestige des muscles moteurs de l'œil , aucune trace du nerf optique, ni hors du crâne , ni dans sa cavité , ni à la base de l'encéphale ; chez l'un et l'autre reptile , les nerfs de la troisième , de la quatrième et de la sixième paires ^ manquaient bien évidemment. Le tronc de la cinquième paire était très-volumineux, et au point de son insertion la moelle allongée était soulevée par un petit amas de matière grise. On sait que chez le blanchet , espèce d'amphisbène , l'œil est caché par une plaque arrondie, assez épaisse, qui intercepte le passage des rayons lumineux. Je ne doute pas que l'appareil visuel de ce reptile ne soit dans les mêmes conditions anatomiques que les précédens. Chez tous ces animaux le nerf optique est donc remplacé par une branche du nerf trijumeau. Mais ce nerf oculaire jouit-il des mêmes fonctions que le nerf optique? ou en d'autres termes les animaux privés d'un nerf optique et doués d'un nerf oculaire provenant de la cinquième paire , jouissent-ils de la vision , ou sont-ils aveugles?

On peut présumer , je pense, que le zemni est aveugle ; la chrysochlore du Cap paraît l'être presque complclement, d'après les observations que m'a communiquées M. Delalande , enlevé si prématurément aux sciences , et au Muséum d'histoire naturelle , dont il a enrichi les collections. Le blanchet paraît dans une cécité complète : on conçoit , en effet , que tout se réunit chez ces animaux pour intercepter l'action de la lumière sur l'encéphale.

Il n'en est pas de même chez la taupe. M. le profeS' seur Geoffroy-Saint-Hilaire en a soumis un grand nombre à diverses expériences dans une chambre disposée à cet effet , et sa conclusion a été constamment que les taupes jouissaient de la vue et se détournaient pour éviter les obstacles que l'on plaçait sur leur route. M. Durondeau ( 1 ) , sans connaître les essais du zoologiste français , les a variés de beaucoup de manières , et il a toujours vu cet animal se comporter comme s'il voyait. Ce n'est même qu'après s'être assuré du fait , qu'il a avancé que les taupes avaient un nerf optique semblable à celui des autres mammifères. C 'est peut-être pour expliquer la vision chez la taupe, que les célèbres physiologistes Carus etTreviranus ont cru lui reconnaître un nerf optique rudimenlaire. Toutes les expériences s'accordent donc à faire croire que la taupe n'est point aveugle. Pour les musaraignes , on n'a pas mis la question en doute. J'ai eu si souvent occasion de m'assurer

(1) Mcmoires de l'AcadcmU voyais de Bruxelles ^ ana, 182a.

NEUF TRIJUMEAU. Sq-J

par moi-même qu'elles jouissent de la vision, que j'ai r,éitéré à diverses fois la dissection de leur œil et de leur nerf oculaire , pour bien me convaincre de l'absence du nerf optique. Le naturaliste que j'ai déjà cité, M. Delalande, qui possédait sur les mœurs des animaux de si ingénieuses observations, m'a répété plusieurs fois que le rat-taupe du Cap voyait très -distinctement ; il me fit même pbserver , à l'occasion de celui que je disséquais avec lui ^ qu'il l'avait tué par derrière , et qu'il 'avait passé une demi-journée avec les nègres qui le secondaient, pour le surprendre au moment où il quittait sa tannière pour aller chercher sa nourriture. Je fis avec lui beaucoup d'essais pour m'assurer si un protée vivant , que M. le baron Cuvier conservait dans ses laboratoires , jouissait de la vue, et toutes nos expériences nous confirmèrent dans cette opinion.

Je n'ignore pas combien ces faits sont difficiles à expliquer d'après nos théories. Comment concevoir la vision sans nerf optique? Comment attribuer cette fonction à une branche de la cinquième paire? Que l'œil de ces animaux reçoive l'impression de la lumière; que cette impression soit transmît le long de la branche oculaire , cela se conçoit ; mais que le point de la moelle allongée où s'insère ce nerf, convertisse celte impression en sensation de la vue , ce sera , dans nos idées reçues , un grand sujet de contestation.

Je dis dans nos idées reçues; car si on adopte

3gS ÀNATOMIE COMPARÉE DU CERVEAU ,

la loi générale d'action du système nerveux de M. Cuvier , ces faits n'ont rien d'extraordinaire ( i ) , puisque la fonction propre d'un nerf dépend moins du lieu de son insertion dans les masses centrales du système nerveux , que de son mode de distribution ou d'origine dans les organes.

Or les faits que nous venons de rapporter concordent admirablement bien avec cette loi. L'œil se trouve transposé chez ces animaux; il quitte l'extrémité du nerf optique pour se placer à la terminaison de l'une des branches de la cinquième paire; il faut donc que la fonction qui lui est propre suive ce déplacement, qu'elle soit transportée d'un nerf sur un autre : vérité émise depuis plusieurs années par M. le professeur Duméril.

Le sens de la vue n'est pas le seul dont la transposition puisse avoir lieu; les cétacés sont privés

(i) Un physiologiste distingué, M. Fodera, Tient de combattre cette loi d'action du système nerveux. (Journal com.' plémentaire du Dictionnaire des Sciences médicales, tom. XYI, pag. 29a et ^oî5.)(^ Je ne crois pas, dit-il, qu'un physiologiste » admît facilement la proposition i^uivante : Que si au bout » d'un doigt on plaçait un œil ou une oreille , on pourrait voir » et entendre parle nerf de ce doigt. » Je sui^ surpris qu'un aussi bon esprit que M. Fodera emploie de semblables suppositions pour renverser une opinion physiologique. Il eût mieux servi la science, s'il eût pu prouver que les nerfs des seng sont doués d'une sensibilité particulière , qui les rend propres exclusivement à la perception de telle ou» telle sensation.

NERF TRIJUMEAU^ v>99

du nerf de lolfaction , sont-ils pour cela privés de l'odorat ? je ne le pense pas ; je crois que la sensalion des odeurs leur est transmise par la cinquième paire , et je fonde cette assertion sur le volume du ganglion sphéno-palatin de ces animaux.

Chez la plupart des poissons, le nerf de la cinquième paire ne devient-il pas le nerf de l'audition? Casserius ) Scarpa, M. le professeur Duméril, Treviranus, Weber ont mis ce fait hors de doute. Or si le sens de l'audition peut être transporté du nerf acoustique sur le nerf trijumeau , pourquoi la même transposition n'aurait-elle pas lieu du nerf olfactif et du nerf optique sur l'une des branches de la cinquième paire ?

Plus ces idées s'écartent de nos théories, plus il est nécessaire de grouper les faits qui en établissent l'existence. La loi de M. Cuvier me parait seule propre à faire concevoir les phénomènes des poissons électriques. C'est en effet dans la disposition particulière dea parties qui composent l'organe- électrique des rayes, des silures, du gymnote et du tétrodon électriques , que M. Geoffroy- Saint-Hilaire a cru entrevoir la cause de cet étonnant phénomène ; les trava^ux postérieurs, de Jacobspn et, de TrçTiranus ^ en faisant connaître les organes analogues chez les poissqna non électriques de$ mêmes familles, n'infirment en rien ropinion de M. Geoffroy. Certainement, ce n'est ni dans la structure du nerf qui se distribue dans

4ôO ANATOMIE COx^PARÉE DU CERYEAÎJ ,

l'organe électrique , ni dans le renflement qui existé chez tous ces poissons à l'insertion de ce nerf, qu'on peut supposer que réside la cause ou l'essence de cette fonction. On peut l'expliquer par la formule usitée, en disant quelle dépend de la sensibilité propre du nerf; mais ces différences de sensibilité, dont on doue gratuitement les nerfs , sont des mots vides de sens, et ces suppositions, loin de servir la science , ne sont propres qu'à voiler momentanément notre ignorance.

De la loi que j'ai établie, que les nerfs prennent leur origine dans les organes ou ils se distribuent , et se mettent ensuite en communication avec les masses centrales du système neryeux.

De la loi de M. Cuvier, que la différence des fonctions des nerfs , dépend plutôt de leur mode de distribution dans les organes que de leur essence propre.

De la loi de transposition des sens d'un nerf sur un autre nerf, due à M. le professeur Duméril , dérive Texplication des ganglions encéphaliques des crustacés, des insectes et des invertébrés en général.

De quelque manière que l'on considère le système nerveuxMes invertébrés , on trouve un hiatus insurmontable , si l'on cherche à le mettre en rapport avec le système cérébro-spinal des vertébrés. Tout est changé , formes , rapports , structure ; les'^noms de moelle épinière et de ganglions cérébraux , donnés^aux parties centrales de ce système chez les animaux articulés, ne sont propres qua

faire naître de fausses analogies , et à nous maintenir dans une iausse route d'investigation.

Les hypothèses qu'on avait imaginées sur la zoogënie étaient encore un obstacle «à leur véritable détermination; on avait supposé que les animaux se formaient du centre à la circonférence : dans cette idée, il fallait que les ganglions centraux des larves , des insêctes et des crustacés préexistassent au développement des nerfs excentriques. Or l'inverse a lieu chez les invertébrés de même que chez les vertébrés.

Si les déterminations que nous avons données des ganglions , qui forment la prétendue moelle épinière des invertébrés , sont exactes ; si ces ganglions n'ont aucune analogie avec l'axe cérébrospinal des vertébrés , on conçoit que les ganglions, contenus dans la tête et situés en général au-devant de l'œsophage, ne sauraient être l'encéphale rudimentaire des animaux vertébrés. L'état primitif de ce dernier exclut d'abord toute analogie ; car nous avons remarqué que chez les jeunes embryons de toutes les classes , le cerveau était d'abord liquide. Or un liquide demande à être contenu , sans cela il s*epanche ; de là , la nécessité des enveloppes membraneuses de Tencéphale , et plus tard , la nécessité d'une enveloppe osseuse ou cartilagineuse plus solide. Or rien de semblable ne se remarque autour des ganglions encéphaliques des animaux articulés. Ils ne sont jamais à l'état liquide chez les larves et les jeunes chenilles ; ils , L 26

402 ANATOMIE CaMPAKÉE DU CERVEAU,

apparaissent d'abord sous la forme solide qu'ils présentent chez les insectes parfaits et chez les crustacés. D'une autre part , dans les métamorphoses que présente l'encéphale dans toutes les classes , jamais il ne se rapproche, par sa forme ou sa structure , de l'état ganglionnaire des animaux articulés ; jamais l'encéphale des embryons monstrueux des vertébrés ne rappelle, dans ses déformations , les ganglions pro-œsophagiens des invertébrés.

Si les ganglions encéphaliques des animaux articulés ne sont point les rudimens primitifs de l'encéphale des vertébrés, à quelle partie du système nerveux de ces derniers peut-on les rapporter ? On trouvera, je pense, qu'ils correspondent aux ganglions encéphaliques des nerfs trijumeaux (i).

Chez les insectes parfaits , le ganglion pro-œsophagien est divisé en deux par un sillon médian plus ou moins profond ; les nerfs des yeux et des autres sens se rendent aux divers points de sa circonférence ; les nerfs oculaires sont toujours les plus prononcés ; leurs rapports avec les autres nerfs n'offrent rien de constant.

Chez les crustacés , ce ganglion n'est pas divisé ;

(i) Les ganglions ophthalmiques et sphéno-palatins des animaux vertébrés me paraissent des traces de l'organisation du système nerveux des invertébrés. Je ne fais qu'indiquer cette id'ée; je serais entraîné trop loin, et je sortirais de moa su-jet, si je vcalais la développer.

P^ERF TRIJUMEAU. 4^3

îi forme une masse unique , plus ou moins volumineuse , des parties latérales de laquelle se détachent les nerfs qui vont se distribuer aux divers organes de la tête.

Parmi les mollusques , les doris se rapprochent beaucoup des crustacés et des insectes 5 mais les tritons de Linnée servent d'intermédiaire entre ces deux classes des animaux articulés, ainsi que l'a si bien observé M. le baron Cuvier.

Dans tous ces animaux , les nerfs des organes des sens paraissent donc être les analogues des rameaux des nerfs trijumeaux chez les animaux vertébrés. Une observation très-importante vient à lappui de cette détermination : c'est que chez les mollusques, les insectes et les crustacés , chaque sens ne reçoit qu'un seul nerf. Or nous avons fait remarquer que chez les vertébrés deux ordres de nerfs se distribuent dans chaque appareil sensitif ; d'une part , chaque organe des sens a un nerf propre, qui le met directement en communia cation avec l'encéphale ; de l'autre , un nerf accessoire qui lui provient de la cinquième paire. Si donc, ainsi que nous le pensons, l'encéphale manque chez les animaux articulés , on voit de suite qu'il ne doit leur rester que le nerf accessoire des vertébrés , c'est-à-dire le rameau provenant de la cinquième paire. Privés de l'encéphale , ils doivent nécessairement être privés aussi des nerfs propres de l'olfaction , de la vision et de l'audition ,

4o I AXATOMIE ' COMPAREE OU CKRVrT.AU .

qui chez le plus grand nombre des vertébrés , se mettent en rapport avec le cerveau.

D'un autre côté , nous voyons que lorsque le nerf propre à un sens vient à disparaître chez les animaux vertébrés , il est aussitôt remplacé par le rameau de la cinquième paire , qui , de nerf accessoire, devient alors nerf principal et unique du sens auquel il se rend , et qu'il constitue. Dans ce cas , les animaux vertébrés sont pour ce sens dans les mêmes conditions que les invertébrés; ils ont un nerf unique pour un de leurs sens. C'est le cas du sens de l'olfaction pour les cétacés , et du sens de la vision pour la taupe , la chrysochlore du Cap , la musaraigne , le rat-taupe du Cap , le zemni , le protée et la cécilie. Chez les premiers de ces animaux, l'absence du nerf olfactif réduit leur odorat à l'action seule de l'une des branches des nerfs trijumeaux. Chez les seconds , le nerf de la vision , unique aussi , est produit par une branche du même nerf. C'est ici l'occasion de relever l'erreur de Carus et de Treviranus , qui ont cru que chez la taupe il existait nn nerf optique très-petit, qui allait s'unir au rameau de la cinquième paire , pour constituer la rétine de l'œil de cet animal. L'organisation normale des autres vertébrés les a , je pense , induits dans cette fausse analogie.

Zinn , Carus 5 Jacobson, Weberg, Treviranus ont émis une opinion peu différente de la mienne ,

NERF TRIJUMEAU. ^oS

en ce qui concerne les nerfs de la tête des insectes et des crustacés ; leurs belles recherches leur ont fait entrevoir que ces nerfs pourraient être les analogues des branches des nerfs trijumeaux. Mais il ne leur est pas venu à l'esprit que le ganglion pro-œsophagien de ces animaux était lanalogue des ganglions réunis des deux nerfs trijumeaux des animaux vertébrés.

Cependant cette analogie se déduit rigoureusement de celle des nerfs ; il semble que rien n'était si naturel que d'être conduit de l'une à l'autre. Mais les anatomistes célèbres que je viens de nommer ne l'ont pas conclue , et ne pouvaient pas la conclure , par la raison que voici : Ils pensaient avec tous les anatomistes , que les nerfs des sens proviennent du cerveau ; il leur était donc impossible de concevoir l'existence des nerfs de la tête des invertébrés , sans l'existence de cet organe ; si ridée inverse leur fût venue , ils auraient découvert la loi générale de névrogénie que j'ai développée, et qui seule pouvait conduire à ce résultat important. De là , l'incohérence de leur opinion ; de là , l'incertitude de leur détermination ; de là, l'idée de Treviranus, qui regarde les cordons œsophagiens des animaux articulés , comme l'hyatus du quatrième ventricule des vertébrés , ou comme les cordons non réunis de la moelle allongée , qui forment les parois de ce ventricule Si cela était, le ganglion pro-œsophagien serait le cerveau rudimentaire des vertébrés , et les gaiî-=

4o6 ANATOMIE COMPARÉE DU CERVEAU,

glions méta-œsophagiens , les analogues de leur moelle épinière : conclusion bien différente des vues de cet illustre anatomiste.

D après ces rapports anatomiques , l'encéphale des animaux invertébrés serait l'analogue des ganglions du nerf trijumeau des vertébrés; supposez que Tencéphale manque complètement chez un embryon des vertébrés monstrueux ; supposez que les os de la base du crâne se soient développés imparfaitement, que le corps du sphénoïde , qui est le dernier terme de l'ossification de cet os , manque ^ les masses latérales du sphénoïde se joignent alors sur la ligne médiane. Les deux ganglions des nerfs trijumeaux se touchent , se confondent en une masse unique ; sur cette masse nerveuse viennent aboutir le nerf de la vision , le nerf olfactif, s'ils existent , les nerfs de la troisième , de la quatrième et même de la sixième paire (i). Dans ce cas, que j'ai rencontré deux fois chez l'embryon humain, une troisième fois sur un embryon de chat , déposé dans le Cabinet d'Anatomie comparée de M. le baron

(i) Une remarque digne de l'attention des anatomistes, o^est que la troisième, la quatrième et la sixième paires sont dépourvues de ganglions chez tous les animaux vertébrés.. Cela indiquerait-il que ces nerfs sont des rameaux isolés de la cinquième paire, qui dans ces classes ont perdu leurs connexions avec le tronc principal , à cause de l'interposition de l'encéphalç ?

Cuvier ; une quatrième fois , sur un mouton monstrueux , qui fut remis à M. le professeur Geoffroy-Saint-Hilaire ; dans ce cas , dis-je , l'encéphale des vertébrés est tombé dans la condition de celui des invertébrés. Plusieurs anatomistes ont fait des observations analogues; mais tous ont rapporté à lencéphale le renflement résultant de l'adossement des deux ganglions trijumeaux. I/absence complète de la carotide interne , chez ceux surtout qui sont privés de l'œil et de ses nerfs , détruit, je crois, sans réplique cette dernière analogie.

Mais comment accorder cette analogie , si elle est fondée , avec les idées que nous nous sommes faites de l'action du système nerveux? Comment concevoir que les fonctions de l'encéphale des derniers vertébrés , tels que les lamproies , parmi les poissons , et les protées, parmi les reptiles, sont dévolues aux ganglions des nerfs trijumeaux , che2 les invertébrés? Comment des organes si dissimilaires pourraient-ils exécuter une même fonction , ou un ordre à peu près semblable de phénomènes? L'objection est grave , et sa solution me parait l'une des plus difficiles de la philosophie naturelle. Mais est-elle tout-à-fait insoluble? je ne le pense pas.

Une des lois physiques de la nature organisée , c'est que des organes dissimilaires peuvent remplir une même fonction. Ainsi la peau et les poumons peuvent concourir à la respiration ; cette

4o8 ANATOMIE COMPARÉE DU CERVEAU,

fonction peut être exécutée par des branchies , chez les poissons, et des trachées, chez les insectes , organes éminemment différens des poumons des mammifères et des oiseaux. La peau et les organes urinaires peuvent se suppléer en certaines circonstances. La locomotion peut être transportée des membres qui l'exécutent chez les mammifères et les oiseaux , sur l'appareil coccygien : ce qui se voit effectivement chez ks poissons , ainsi que l'a si heureusement observé l'auteur de la P/iilosopliie anatomique. Le sens de l'odorat peut être transpox^té d'un nerf sur un autre, selon l'ingénieuse remarque de M. le professeur Duméril. D'après les observations de Scarpa , de Carus , de Jacobson et de Treviranus, le sens de l'ouïe peut être confié en partie à la cinquième paire : d'après mes recherches sur la taupe , la chrysochlore , le rat-tciupe j le zemni, le protée, etc. , ces animaux peuvent voir par l'intermède d'un autre nerf que le nerf optique. Pourquoi le ganglion de la cinquième paire ne pourrait-il pas devenir chez les invertébrés le siège et le point de réunion de leurs diverses sensations? N'est-ce pas des faits semblables qu'avait en vue M. le baron Cuvier, lorsqu'il a émis sa loi générale d'action du système nerveux? N'est-ce pas d'après de semblables observations que M. le professeur Geoffroy-Saint-Hilaire a descendu la fonction du rang éminent où l'avaient placée avant lui tous les autres physiologistes ?

TABLEAU COMPARATIF Des Dimensions du nerf trijumeau, chez les Mammifères,

Homine

MESURE DU NERF

mètre.

o,oo5a5

NOMS DES ANIMAUX

MESURES DU NERF

Patas (Simia rubrd)

mètre.

0,00 i5o 0,00 i5o 0,00200 o,ooi5o

0,00600 o,oo45o o,oo5oo o,oo5oo 0,00253 o,oo3oo o,oo3oo 0,00253 o,oo5oo 0,00260 0,00200 0,00475 0,00200 0,00600 o,oo55o o,oo5o(»

MaîTot (S. sylvcnins^

Macaque {S. cynocephalus)

Papioû (S' sphyux)

Mandrill (^. maimon)

Drill {S. leucophea. Fr. C.)

Sajou (S. apella)

Maki [Lemur macaco)

Rhinolophe uni-fer (Rhinolophus ani-

hastatus. G. S. H.)

Vespertilion [Vespertilio marinas). .

Hérisson {Erinaceas earopœas). . . .

Taupe [Talpa europœa)

Chrvsochlore du Cao.

Ours brun [Ursas arctos)

Ours noir d'Amérique {V . americanas).

Raton ((7. iotor)

Blaireau ((/. mêles) .

CodiX-ihYMn [Viverr a narica)

Coati roux {V. nasua)

Fouine (Mastela folna)

Loutre (M. lutra)

Chien {Ccnils famUla7Hs)

Loup, jeune (C lapas)

Renard (C valpcs)

Hyène rayée {C. hyœna)

Mangouste du Cap ( Viverra cafra) . . Lion ( Felis Ico )

i Tigre royal {F. tigris). . ,

Jaguar (F. oiica)

Panthère {F. pardas).

/ilO

Suite du Tableau comparatif Hes Dimensions du nerf trijumeau , chez les Mammifères.

NOMS DES ANIMAUX

MESURES DU NERF

Couguar (F. discoior)

Lynx (F. lynx)

mètre.

o,oo4a5 o,oo4oo 0,00700

OjOoSaS 0,00226 0,00600 0,001 5o o,oo3oo 0,00400 o,oo3oo 0,00200 o,oo3oo 0,00400 0,00200 0,01000 o,oo65o 0,00900 0, 00600 0,00453 0,00676 OyOo3oo 0,00276 0,00760 0,00660 0,00626 0,00400

Phoque commun {Phoca vitaiina) . .

Kanguroo géant (Macropus major.

Phascolome [Pliascolomys. G. S. H.)

Castor {Castor fiber)

Zemni [M. Typhlus)

Marmotte {M. alpinus)

?OTC-é^\c (Hystrlx crlstata)

Ecureuil [Sclurus vulgaris )

Agouti (Cavia acuti)

Tatou ( Dasypus sexcinctus )

Pécari {Sus tajassu)

Daman [Hyrax capensls)

Cheval [Equus caballus)

x\ne {E. asiîius)

ChëimesiU {Camel us dromedarlus). . .

Lama [C. Uaana)

Cerf [Cervus elaplius). ,

Chevreul (C. capreolus). ......

Bouc commun {Copra kircus). . . .

Bouc de la Haute-Egypte

Taureau {Bos taurus)

Mouton ordinaire

Dauphin {Delplùnus delpkis)

Marsouin (/). plwcœna)

TABLEAU COMPARATIF

Desr Dimensions du nerf trijumeau , chez les Oiseaux.

NOMS DES ANIMAUX

Aigle r03^al [Falco chrysaêtos). . .

Pygargue (F. ossifragus)

Bondrée commune [F. apivorus). .

^use commune {F. batco). . .

iloitelet [MotacHla régulas). . . .

Hirondelle [Hiriuido arbica). . . .

\Iouetle [Aiauda arvensis)

.Moineau [Fringilla domestica). . .

Pinçon {F. cœlebs)

Linotte (F. llnarla)

Serin {F. canaria)

Chardonneret (F. carduells)

Verdier ( Loxia clitoris ]

Corbeau [Corvus corax)

Pie (C. plca)

Perroquet amazone

Perroquet d'Afrique

Poule (P/iasianus galtus)

Faisan argenté (P. wjcM^m^ra^). . .

Faisan doré {P. plctus)

Pigeon [Coiumba paUimbiis)

Perdrix [Tetrao cinercas)

A-Utruche du continent (Siruthio ca-

mclus.)

Casoar [S. casuarius)

Cigogne blanche [Ardca ciconia). . .

Cigogne noire (J.nigra)

Fou de Bassan [Pelecanus bassanas.)

Gravant [A. bernicla)

Canard musqué {A. moschata). . . .

MESTJRtS DU NERF.

mètre.

o,ooi55 0,00075

o,ooi5o

o,oo5oo o,oo5oo 0,00275 0,00233 0,00175 0,00200

TABLEAU COMPARATIF

Des Dim&nsions du nerf trijumeau , chez les Reptiles,

NOMS DES ANIMAUX

Tortue grecque {Testudo grœca). . .

Tortue couî (T. radiât a)

Tortue ïramche {T. mydas)

Crocodile vulgaire {Crocodilus nilo-

tlcus. G. S. H.)

Crocodile à deux arêtes (C. biporcatus).

Caïman

Monitor à taches vertes {Tupinambis

maculatus)

Lézard vert [Lacertaviridis)

Lézard gris (Z,. agUis)

Caméléon vulgaire {L. africana), . .

Orvet (Jnguis fragilis)

Couleuvre à collier [Coluber natrix).

Vipère hajé [C. haje)

Vipère à raies parallèles

Grenouille commune {Rana escalenta.)

MESUBES DU FERF.

mètre.

O5OOO75 0,00200

0,00067 0,00067 0,00067 0,00067 o,ooo5o 0,00075 0,00075 0,00067

NEBF TBIJUMEAU.

Ai5

TABLEAU COMPARATIF

Des Dimensions du nerf trijumeau » chez tes Poissons.

NOMS DES ANIMAUX

MESrr.ES DU NERF.

Lamproie de rivière {Petromyson fluvialis)

mètre.

0,00075 0,0o4oo 0,00200 0,001 5o o,oo4oo o,oo3oo 0,00275 0,00175 0,00267

0,00200 0,001 33 0,00100 o,ooo5o 0,00075 0,00200 0,00200 0,00*33

Requin (SquaUis carcharias)

Aiguillât {S. acant filas)

Ange (S. squatina)

Vtdixe houdde [Raya cl avaU)

Raie ronce {R. rubus)

Raie (R. bâtis.)

^stur^eon (À cipen^er sturlo)

Brochet (Èsox lucias)

Carpe [Cyprinus carplo), .:....

Tanche {G. tinca)

Morue [Gadas morrhua)

Egrefin [G. eglefinus)

Merlan [G. mertangas)

Turhoi [Pleuronectes maxlmus). , , ,

Anguille (Murœna anguilla)

Congre (M. conger)

Gronau (Trigla tyra)

Baudroyc [Lophius piseatorlus). . , .

ANATOMIE COMPiEÉE DC CERVEAU ,

fa

ÛH <1 C5

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NOMS DES AN1MA13X

Patas {Simia rubra) . .

Magot ( S. sylvanus ) . .

IM acaque(iÇ. cynocephalus) Tapion ( S. Spbyyix ). .

^!andrilI ( S. maimon) .

Drili(5. Icucophea F r. C.) Sajou ( S. apclla ). . . .

Maki ( Lcmur macaco ).

Rhinolopbe uni-fer (Rhino

top. uni-hastaiusG.S.il.

Vespertilion murin ( Fes

pertilio murinus) . . .

Hérisson ( Erinaceus Eu

ropœus.)

Taupe ( Talpa europœas.

Ours brun ( Ursus arcios ) Ours noir d'Amérique ( V

americanus )

Raton ( U. lotor ). . . .

Blaireau ( U. mêles ). . .

Coatihiun [Fiverranarica]

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NKRP TRIJCMtAU.

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