CHAPITRE V
^application des principes de la névrogènie aux nerfs pjiewno ' gastrique , accessoire de Willis ^ grand sympathique ; et aux anormo-génies,
iLserait trop long de déduire présentement toutes les conséquences qui dérivent de cette manière nouvelle d'envisager la névrogénie dans ses rapports avec l'angiogénie et l'hématogénie. Ce que j ai dit du système nerveux est applicable a tous îe»3 autres systèmes de l'organisation. Les mêmes lois, les mêmes principes président à leur formation et à leur développement ; leurs rapports sont soumis aux mênies règles. Mais ce n'est pas ici le lieu de présenter l'ensemble des lois générales de la zoogénie.
Toutefois une loi générale doit embrasser tous les faits qui sont sous sa dépendance , soit que le développement de ces faits s'opère d'une manière régulière , soit qu'il s'effectue d'une manière insolite ou irrégulière. Dans les chapitres précédens, j'ai puisé le& preuves de la névrogénie , spécialement dans les formations régulières des animaux ; je vais les emprunter, dans celui-ci, aux formations anomales , dont les produits ont été jusqu'à ce moment vcjetés hors du domaine du règne animal , à cause
(le rimperfection de nos connaissances et de l'ensemble bizarre des systèmes imaginés pour expliquer la génération des monstres.
Primitivement on ne trouve ni le nerf pneumogastrique , ni le glosso-pharyngîen , ni l'accessoire de Willis , ni le grand hypoglosse , sur les parties latérales du bulbe rachidien. Si on examine cette partie sur les jeunes embryons des mammifères , des oiseaux et des reptiles , on voit que ces nerfs ne pénètrent pas dans la cavité du crâne; on ne peut couséquemment les rencontrer sur les points où plus lard ils viennent s'insérer. Leur arrivée sur la moelle allongée s'effectue en général à la même époque que celle du nerf auditif et du facial ; quelquefois leur insertion est plus précoce , jamais elle n'est plus tardive. L'époque de l'insertion de la septième paire nous donne donc d'une manière assez précise ceux de ces différeiis nerfs. J'ai rencontré la huitième paire a la huitième semaine de l'embryon humain , à la septième de l'embryon du mouton , aux huitième et neuvième de ceux du cheval et du veau.
La conclusion générale de ces faits , c'est que ces nerfs ne proviennent pas de la moelle allongée , que cette partien'est ni leur point d'origine, ni mênie leur point de départ. Ils indiquent au contraire que leur formation a lieu dans les organes auxquels ils se distribuent , pour me servir encore du langage ordinaire; que ces organes sont kurs véritables r^icines , d'où, ils se portent ensuite à la moelle
47<J Ai\.\T0311i: COxMPAREE DU CERVEAU ,
allongée, qui est leur point de terminaison. Or cette proposition va recevoir le dernier sceau de l'évidence par la considération des êtres anomaux. INous allons voir ces nerfs tout-à-fait indépendans de la masse encéphalique ; nous allons les observer, lorsqu'il n'y a encore aucune trace de cet organe , lors même qu'il n'existera aucun vestige de la tête et de toute la région cervicale. On jugera ensuite s'il y a en anatomie une proposition mieux fondée que la loi générale de névrogénie que j'ai déduite de l'ensemble de tous ces faits.
Soit un fœtus anencéphale : si vous disséquez le cœur , le.poumon , le larynx , Testomac , vous rencontrez sur toutes ces parties le nerf jDneumogaslrique ; si vous disséquez le pharynx etla langue, vous rencontrez le nerf hypoglosse , et le giossopharyngien ; vous rencontrez également Faccessoire de Willis dans les muscles où il pénètre ordinairement. L'encéphale manque complètement: donc cet organe est étranger à la production de tous ces nerfs.
Mais on pourrait objecter que dans ces cas le cerveau a existé primitivement , et qu*une maladie en a produit la destruction à une époque postérieure à la formation de ces nerfs. Adoptons cette supposition , quoiqu'elle soit entièrement dénuée de fondement , et choisissons des fœtus complètement acéphales. Dans ceux-ci , la tête manquant complètement , on ne pourra supposer, je pense, que l'encéphale ait existé. Dans
^ERF PiNEUMO-GASTRlQUE. 4? 1
quelle condition se trouveront les nerfs qui nous occupent chez ces monstres? Si ces nerfs se forment dans les organes, nous devons les rencontrer toutes les fois que ces organes se seront développés ; s'ils se forment au contraire dans la masse encéphalique, le cerveau et la tête manquant, nous ne devrons en rencontrer aucun vestige. Sur un fœtus humain du cinquième au sixième mois de la vie utérine , la tête manquait ; audessus de la poitrine , il y avait un renflement recourbé , formé par cinq vertèbres cervicales imparfaitement développées. En examinant les viscères renfermés dans l'abdomen et le thorax , je rencontrai la portion du nerf pneumo-gastrique , qui se contourne autour de la partie antérieure de l'œsophage ; je rencontrai la partie qui se dis tribue dans les poumons ; le cœur , qui ne formait qu'vm large vaisseau transversal , m'offrit également les nerfs cardiaques ; je trouvai le nerf récurrent et le laryngé supérieur très-grêles , le larynx étant très-imparfaitement développé. Sur un embryon monstrueux de chat , je fis la même observation ; je la réitérai sur des embryons de lapin , de brebis , et sur un oiseau , avec des modifications qu'il est hors de mon sujet de relater.
Sur un embryon himiain sans tête , sans région cervicale , réduit à la poitrine et à l'abdomen avec les membres supérieurs et inférieurs ( i ) ,
(i) Ce fœtus est dépose dans le cabinet d'anatoniic coni-
L\^j2 ANATOMIE COMPAREE DU CERVEAU,
le cœur formait un bulbe imparfait comme chez le précédent , les poumons étaient moins parfaitement développés , l'estomac et le canal intestinal différaient peu de leur état ordinaire. Je trouvai chez cet acéphale les nerfs pneumo-gastriques autour de l'œsophage, et sur l'extrémité supérieure de l'estomac , je trouvai les branches qui se distri* buent aux poumons ; quelques rameaux se portaient sur le bulbe qui remplaçait le cœur , et accompagnaient les artères axillaires.
Dans ce dernier cas , nous trouvons la partie inférieure des nerfs pneumo-gastriques fournée sans l'intervention de l'encépîiaîe , qui n'existait pas et ne pouvait exister , le fœtus étant dépourvu de la tête et de toute la région cervicale. Dans les premiers acéphales , indépendamment de cette partie du nerf, nous trouvons , en outre , les nerfs laryngés, c'est-à-dire , que nous trouvons le nerf développé toutes les fois que les organes où il se forme existent. Gomment concevoir l'existence de ces nerfs , si on suppose que ses racines sont dans l'encéphale?
Tous les faits normaux et anormaux sont inconciliables avec cette dernière hypothèse. Voilà des nerfs pneumo-gastriques formés sans cerveau chez les acéphales ; qu'arrivera-t-il dans les monstres
parée da Jardin du Roi ; j'en dois la communication à la Menveillance de M.'le baron Guvier, dont la libéralité est connue de tous les anatomistes de l'Europe.
NERF PNEUMO-GÂSTRIQLE. ^jÔ
bicéphales à un seul tronc , et dans les monstres monocéphales à deux troncs ?
Sur un monstre humain bicéphale, dont les têtes étaient unies latéralement par la jonction des deuxièmes vertèbres cervicales , il n'y avait qu'un larynx et qu'un col : les viscères thoraciques n'offraient rien de particulier. Il existait deux encéphales distincts parfaitement réguliers. Je m'attendais à rencontrer quatre nerfs pneumo -gastriques , deux pour chaque encéphale ; ainsi le disaient les opinions reçues. Il n'y en avait que deux , un pour chaque cerveau. Chacun de ces nerfs partait de la partie latérale externe de chaque moelle allongée , et suivait sa direction et sa distribution habituelles. Du côté interne , par lequel les têtes étaient adossées , il n'existait aucun vestige du nerf. Ce fait est d'autant plus remarquable, que je reconnus dans chaque encéphale le glossopharyngien et l'hypoglosse sur la même face où manquait le nerf pneumo-gastrique.
Sur un fœtus bicéphale de mouton, les deux têtes se séparaient au niveau de la sixième vertèbre cervicale; avec les deux têtes tout-à-fait isolées , coïncidaient deux larynx parfaitement développés, réunis en bas à une trachée-artère unique, qui se divisait dans la poitrine à sa maiiirre accoutumée. Dans la poitrine , îc nerf pneumo-gastrique était unique; mais à sa sortie on trouvait quatre nerfs récurrens , quatre nerfs laryngés supérieurs , deux pour chaque lètc , et quatre ncrls pneumo-gas*
triques, deux de chaque côté, à partir du niveau de la sixième vertèbre cervicale. Les deux nerfs^*' allaient s'insérer sur chaque encéphale à leur manière accoutumée. Chose remarquable ! ify avait deux cols , deux larynx et deux nerfs pneumogastriques dans la région cervicale seulement ; mais un fait plus remarquable encore, c'est que tous les nerfs cervicaux manquaient dans chaque moelle épinière , du oôté par lequel les cols étaient en rapport. Il serait inutile de faire observer que les extrémités supérieures n'étant pas doublées , les nerfs ne devaient pas l'être également , si ce fait n'était un des plus concluans pour notre loi générale de névrogénie. Il n'y avait qu'un diaphragme entre la poitrine et l'abdomen ; il n'y avait aussi qu'un nerf diaphragmatique à chaque col, situé à son côté externe. Du côté interne, il n'existait nul vestige de ce nerf, ce qui coïncidait avec l'absence des nerfs cervicaux et des doubles membres supérieurs. ''^
Un foetus humain , faisant partie de la collection du Muséum d'histoire naturelle au Jardin du Roi, m'offrit une semblable disposition , à l'exception des nerfs récurrens, les deux larynx étant réunis. Du reste , absence des nerfs cervicaux du côté interne ; absence des nerfs diaphragmatiques du même côté. Chez un monstre bicéphale de chevreau , les deux têtes étaient séparées , les cols étaient réunis par la septième vertèbre cervicale ; il y avait doux larynx , deux trachées artères pé-
NERF PNEIMO-GASTRIQUK. 4^^
nétrant toutes lesdeux, sans se réunir, dans chaque côté de la poitrine. La cavité pectorale était unique, mais beaucoup plus large que de coutume ; dans chaque côté , on trouvait un poumon très-volumineux, formé de cinq lobes de chaque côté; à la racine de ces poumons , chaque trachée-artère se divisait en deux branches principales , puis en deux autres branches secondaires , ce qui indiquait l'existence de deux poumons réunis de chaque côté de la poitrine ; il y avait un cœur unique offrant dans les vaisseaux qui en sortaient des dispositions si remarquables et si inattendues dans l'état actuel de nos connaissances, que je crois important de les faire connaître succinctement , afin que l'on puisse concevoir les principes généraux de zoogénie , dont cet ouvrage est une continuelle application. Je vais exposer auparavant ce qui a rapport à la partie du système nerveux qui nous occupe.
Il existait deux larynx , deux trachées-artères non réunies , et deux poumons réunis dans chaque côté de la poitrine ; il devait donc y avoir quatre nerfs pneumo-gastriques, deux pour chaque col et pour chaque paire de poumons logés des deux côtés du thorax.
Les quatre nerfs pneumo-gastriques existaient en effet : leur insertion sur les parties latérales de chaque moelle allongée , et leur position sur la partie antérieure de chaque col, étaient les mêmes que dajns l'état ordinaire : le nerf externe du col
droit, placé à côté de la carotide primitive, cor^ respondait à la base du col , au côté externe du tronc carotidien, passait ensuite derrière l'artère axillaire, et s'enfonçait sous les poumons du même côté. Le nerf interne de la tête droite , côtoyant la trachée-artère , était situé d'abord sous la veine jugulaire gauche, puis derrière une portion du poumon droit qui débordait la poitrine ; il s'enfonçait ensuite dans le thorax en passant au-dessous de l'oreillette droite du cœur , à laquelle il envoyait un rameau assez considérable.
Le nerf pneumo-gastrique externe du col gauche descendait au côté externe de la trachée-artère ; parvenu au haut de la poitrine, il se plaçait en avant de l'artère-axillaire^ dont il croisait la direction ; et arrivé auprès d'un tronc veineux insolite que je décrirai plus bas , il s'enfonçait dans la cavité pectorale.
Le nerf pneumo-gastrique interne de la tête gauche , situé plus profondément que l'externe , se plaçait derrière le tronc carotidien , et à côté de l'œsophage , avec lequel il pénétrait dans la cavité pectorale. Ces nerfs se distribuaient ensuite dans les poumons ; les internes fournissaient seuls les branches qui allaient former les nerfs et les plexus cardiaques. Voici la manière dont ces nerfs se terminaient en pénétrant dans l'abdomen. Les deuxpneumo-gastriques du côté droit, convergeant l'un vers l'autre, environnaient l'œsophage droit , formaient sur sa partie antérieure vm angle très-
NERF PNEUMO-GASTKIQLE. 4;?
ouvert, s'adossaient l'un à lautre , et pénétraient avec lui dans l'abdomen: des deux gauches l'interne était caché par l'œsophage gauche ; l'externe / d Sabord recouvert par un canal veineux insolite , se plaçait ensuite entre l'aorte pectorale et l'œsophage , et pénétrait avec lui dans la cavité abdominale.
Il y avait donc chez ce bicéphale deux trachées artères , quatre poumons , deux œsophages qui se rendaient dans le premier estomac du chevreau (rumen) , en passant par la même ouverture dia^ phragmatique; il y avait et il devait y avoir quatre nerfs pneumo-gastriques complets, à l'exception des nerfs cardiaques. Pourquoi cette exception? ai-je besoin de le dire? puisque le cœur était unique, il ne devait et ne pouvait y avoir qu'un nerf cardiaque de chaque côté. Ainsi aux organes doubles correspondaient des doubles nerfs , et aux organes simples , des nerfs qui ne différaient pas. de l'état normal. De ce nombre étaient aussi les nerfs diaphragmatiques. Il n'existait qu'un diaphragme , dont l'ouverture postérieure était plus dilatée qu'à l'ordinaire pour laisser passer les deux œsophages. Il n'y avait , comme chez les monstres précédens, qu'un nerf diaphragmatique de chaque côté , situés à la partie externe de chaque col. Ils manquaient complètement du côté interne. Chaque tête envoyait ainsi à ce muscle la moitié de ses nerfs. Tous les nerfs cervicaux de la moelle épinière manquaient également du côté interne ,
ce qui coïncidait avec l'absence des membres supérieurs de ce même côté.
Je laisse les anatomistes tïxev les conclusions de ces faits pour apprécier la certitude de ma loi générale de névrogénie , et l'incertitude de l'ancienne hypothèse , qui faisait naître les nerfs de l'encéphale. Je vais exposer l'état du système sanguin , pour montrer , d'une part , ses rapports avec le système nerveux , et de l'autre, pour faire apprécier son influence sur la génération des monstres, influence tout-à-fait méconnue, parce que jusqu'à ce jour leur système sanguin a été complètement négligé.
Ouvrez les livres qui traitent des monstruosités animales : que de systèmes , que d'hypothèses , que d'efforts d'imagination pour remplacer une erreur par une erreur souvent plus grossière ( j ) 1 Avec toutes les suppositions que l'on s'est permises, cette partie de la science est devenue plus monstrueuse que les monstres qu'elle s'efforce en vain d'expliquer. Ouvrez au contraire ces êtres anomaux , étudiez leur organisation , et surtout leur système sanguin : vous y trouverez la cause des effets qui ne nous surprennent que parce que
(ij Je n'ai pas besoin d'excepter de cette catégorie le deuxième volume de la Philosophie nnatomiqae , appliquée à l'étude des monstres. C'est le premier ouvrage où l'on ait présenté des idées positives sur ces êtres, en cherchant à les ramener à la formation régulière de leurs espèces.
NERF PNELMO-GASTRIQUE. 479
nous ignorons les lois générales de la zoogénie. J'ai déjà fait dans un autre ouvrage l'application de ce principe aux hypogénésies (i) ou aux monstres par défaut. J'ai montré que l'atrophie ou l'absence des organes qui leur manquent, avait sa cause dans l'atrophie ou l'absence des artères qui leur sont destinées dans l'état normal. On n'a pu rejeter ces faits, parce que des faits ne peuvent être récusés ; mais on a dit que le principe que j'établissais ne saurait expliquer les monstres par excès, ou les hypergénésies. Je vais répondre par les faits à cette allégation, choisissant de préférence l'espèce de monstre la plus compliquée , afin d'embrasser les monstruosités les plus simples et les plus composées dans la même loi de formation , et d'établir la généralité des principes de cet ouvrage.
A l'aspect d'un monstre aussi compliqué que le bicéphale dont je viens de faire connaître en partie le système nerveux, l'imagination la plus riche ne saurait lui adapter l'un des nombreux systèmes que l'on a tour-à-tour adoptés et rejetés. Ces deux têtes , ces deux cols , ces quatre poumons appartenaient à un être qui était simple dans tout le reste de son organisation. Cet être n'avait qu'un
(i) Bulletin de la Société médicale d' émulation , septembre 1821. M. le professeur GeolTroy-Saint-Hilaire a fait l'application de ce principe aux monstres podencépliales; M. le professeur Rolando en a fait de son côté une très-heureuse application à la tliéorio du crétinisme.
48o ANATOMIE COMPARÉE DU CERVEAU ,
seul cœur. Comment ce cœur avait-il pu suffire au double développement de sa partie supérieure? Comment se faisait la circulation des deux têtes et des deux cols? Quels étaient les organes nouveaux que la nature avait créés pour ses nouveaux besoins ? Telles sont les questions physiologiques que nous allons chercher à résoudre.
L'examen du cœur et des vaisseaux qui en provenaient ou qui s'y rendaient va en donner la solution. Le cœur était unique , ainsi que je l'ai établi pour tous les bicéphales mono-sternes ; il était grand proportioAnellement â la partie inférieure du corps , suspendu par ses vaisseaux au milieu de la poiti^ine. Sa pointe reposait sur le diaphragme , comme cela a lieu chez la plupart des mammifères ; sa structure propre n'offrait rien de particulier , quoique les vaisseaux qui en sortaient offrissent des singularités très-remarquables.
L'artère aorte , naissant du ventricule gauche du cœur , s'élevait du milieu de sa base ; bientôt elle s'infléchissait à gauche , passant au-devant de la trachée-artère et de l'œsophage de ce côté , et au côté du sinus veineux; elle correspondait ensuite aux vertèbres cervicales inférieures du côté gauche; et placée ensuite à leur côté externe , elle s'enfonçait derrière le poumon.
Les principales artères étaient aussi singulières qu'admirables par leur distribution , si essentiellement adaptée aux particularités de cet
NERF PNEUMO-GASTRIQLE. 4°*
animal , qu'elle excitait une véritable admiration.
Le grand arc aortique que nous avons précédemment décrit produisait deux troncs : l'un, l'artère carotide gauche ; l'autre , qu'on peut nommer l'artère axillalre gauche , recevant entre eux et à leur partie antérieure l'insertion du canal artériel.
Le tronc carotidien né de la partie supérieure de l'arc de l'aorte , s'élevant sur le côté gauche de la trachée-artère à laquelle il correspondait , gagnait peu-à-peu sa partie antérieure , et , parvenu à-peu-près au milieu de sa hauteur , il se divisait en deux branches, l'une droite, l'autre gauche, qui représentaient les carotides primitives , se portaient de l'un et de l'autre côté de la trachée artère vers la tête > et ^ parvenues au niveau de la partie supérieure du larynx , se divisaient en carotides interne et externe ; cette division ressemblait à celle des veines jugulaires que nous verrons plus bas. L'artère axillaire gauche se détachait de l'arc de l'aorte après l'insertion du canal artériel , et se portait comme de coutume vers la patte antérieure , où elle se distribuait comme à l'ordinaire.
L'origine des artères de l'autre col et de l'autre tète était plus singulière encore ; car au moment où la trachée-artère avait pénétré dans'îla cavité de la poitrine , on voyait un tronc artériel très-volumineux, se dégageant de derrièrepe pou» L 3i
mon ; ce tronc , très-volumineux , naissait de l'aorte, comme nous le verrons bientôt, se portait V€rs la première côte , où elle formait un petit anneau ; de cet arc naissait V artère axillaire droite, qui se dirigeait avec la veine correspondante vers la patte antérieure de ce côté.
De la partie moyenne et supérieure du tronc artériel s'élevait un^ branche considérable , se dirigeant vers la partie latérale de la branche artérielle , et ayant quatre lignes environ de longueur ; cette branche donnait naissance au tronc carotidien droit , qui , parvenu à la partie moyenne de la hauteur de la trachée-artère, se divisait, comme celui de l'autre côté , en deux branches , qui représentaient les carotides primitives. Ces carotides primitives , parvenues au niveau de la partie supérieure du larynx , se subdivisaient , comme celles du côté gauche , en carotides interne et externe : nous verrons ailleurs comment ce tronc communiquait avec l'aorte.
Entre le tronc principal et la partie inférieure de la trachée-artère , on voyait un arc artériel se prolongeant dans l'intérieur de la poitrine , convexe en haut , concave en bas ; cet arc était l'artère pulmonaire du côté droit ; la branche interne de cette artère se distribuait dans la partie supérieure du poumon , qui débordait en haut la poitrine ; la branche externe allongée s'enfonçait dans la poitrine, et se portait dans la partie inférieure des poumons contenus dans le thorax.
Entre le tronc carotidien et l'artère pulmonaire droite , il existait une artère qui de l'un se portait à l'autre , et servait de moyen de communication ; cette artère communicante me paraît être le canal artériel du côté droit , qui faisait communiquer l'artère pulmonaire avec le tronc carotidien , et ensuite avec le tronc même de l'aorte.
Du ventricule droit et de son lieu accoutumé s'élevait l'artère pulmonaire, située entre l'oreillette droite et l'oreillette gauche , se dirigeant obliquement à gauche , et après environ six lignes de marche , diminuant de calibre , formant le canal artériel , qui allait déboucher dans l'aorte , im peu au-dessus de l'origine de l'artère axillaire gauche.
L'artère pulmonaire se divisait ensuite en deux troncs ; l'un d'eux se plongeait au-dessus de la veine , et se distribuait à la partie inférieure du poumon gauche , c'est l'artère pulmonaire propre à ce poumon ; le second me paraît être la branche pulmonaire destinée au poumon droit dans l'état normal , mais qui , au lieu de suivre sa destination accoutumée , se portait à la partie supérieure du poumon gauche, en passant sous l'arc aortique.
Ainsi dans le poumon gauche , la circulation pouvait s'opérer comme elle a lieu dans l'état naturel ; mais dans le poumon droit , qui n'avait aucune communication avec l'artère pulmonaire du cœur , on voit que le sang avait du suivre
un cours inaccoutumé , et que l'artère pulmonaire qui lui était propre , isolée du centre de la circulation , ne lui était unie que par l'intermède du petit canal artériel , par la communication de ce canal avec le tronc carotidien , et par la jonction de celui-ci avec l'aorte même. Ceux qui connaissent la circulation chez les fœtus , jugeront de la complication de ce circuit. Ce petit canal artériel qui avait suffi au développement du fœtus, aurait-il été suffisant pour l'entretien de la vie extérieure? Se serait-il suffisamment dilaté, ainsi que l'analogue de l'aorte pulmonaire du côté droit , pour l'oxigénation du sang?
Le sinus veineux droit du cœur recevait le sang des parties supérieures par la veine cave ascendante supérieure , cette veine ample s'enfonçait sous l'oreillette droite et l'aorte , et par sa longueur occupait inférieu rement l'espace qui séparait les deux cols : après s'être élevée l'espace d'environ un pouce , elle se divisait en deux troncs principaux , que l'on peut considérer comme les veines jugulaires. Chacune de ces veines divergeait en dehors et se portait sur la partie interne et antérieure de chaque col. Pendant ce trajet , elles fournissaient une branche considérable de leur partie interne ; cette branche, après avoir décrit un arc dont la convexité était tournée en haut, et la concavité en bas, s'enfonçait dans deux corps glanduleux , situés au-
NERF PNEUMO-GASTRIQUE l\SS
dessus de la yeine cave supérieure, dans l'intervalle des deux cols.
Après avoir fourni cette branche , les troncs des veines jugulaires se portaient au côté interne de la trachée-artère , vis-à-vis de la bifurcation des deux carotides primitives ; parvenues en cet endroit , elles se bifurquaient comme ces artères en deux branches : l'interne s'élevait verticalement vers la tête ; l'externe traversait obliquement la partie antérieure du col , et gagnait la base du crâne : ces deux branches , situées entre les muscles au-devant et plus superficiellement que les artères , suivaient le même trajet que les jugulaires , et pénétraient dans le crâne de la même manière. Cette disposition du système veineux et du système artériel qui lui correspondait , était tellement adaptée à l'organisation insolite de ce fœtus , qu'on ne pourra sans doute pas admettre que deux têtes se soient greffées sur un fœtus ordinaire. On ne peut cependant trop faire remarquer avec quelle simplicité admirable la nature a mis en œuvre les nouveaux moyens que nécessitait ime tête surnuméraire. La veine axillaire droite allait se dégorger également dans le même sinus veineux droit, après avoir accompagné dans la patte supérieure les divisions de l'artère axillaire du même côté.
La veine axillaire gauche , après s'être distribuée comme l'artère du même côté, se dégorgeait dans
4iS6 ANATOMIE COMPARÉE DU CliRTEAU ,
la veine cave supérieure. Le sinus veineux avait les rapports accoutumés avec la veine cave inférieure , ainsi que nous le ferons remarquer plus bas.
En outre de ces veines dont nous trouverons les analogues dans l'état naturel , le sinus veineux produisait du côté gauche un tronc veineux particulier et très - remarquable. Ce tronc , que nous examinerons en détail , sortait de la partie postérieure de l'oreillette , se plaçait au-dessous de la division de l'artère pulmonaire , au-dessus de la partie supérieure du poumon gauche , et s'enfonçait ensuite dans la cavité gauche de la poitrine.
Les veines pulmonaires ne présentaient aucune particularité digne de remarque ; nées dans la profondeur des poumons , et réunies en branches , comme cela a lieu dans l'état normal , elles s'ouvraient dans le sinus veineux gauche. La veine axillaire droite, partant du sinus veineux , se portait au-devant du poumon droit , et allait gagner la partie supérieure de l'animal.
La veine cave inférieure se dégorgeait dans le même sinus veineux ; elle était plus longue que chez l'homme , à cause de la situation moins oblique du cœur, chez les mammifères; après avoir dépassé le diaphragme , elle s'élevait verticalement vers le sinus veineux , en croisant la direction du canal artériel insolite, et ne présentait rien de particulier dans tout son trajet.
On pouvait distinguer ensuite la veine particulière; ce tronc veineux que nous avons vu prendre son origine à la partie postérieure de l'oreillette droite, et que le poumon gauche couvrait dans cette situation , se portait au côté interne de l'aorte, couvrait d'abord l'œsophage, puis s'inclinait à gauche en se portant vers les côtés , où elle perçait le diaphragme , pour aller s'insérer dans la veine cave inférieure immédiatement après son entrée dans l'abdomen.
Ce tronc veineux , très - large dans tout son trajet , établissait une communication insolite de la veine cave inférieure au sinus droit du cœur.
Cette veine , qui n'a pas d'analogue dans l'état normal , correspondait à un canal artériel que nous avons trouvé être également sans analogue dans l'organisation ordinaire.
L'artère aorte , dont nous avons déjà exposé l'origine et la courbure, parvenue à la hauteur delà première côte du côté gauche, se portait dans la poitrine , et se plaçait sur la partie latérale des vertèbres dorsales ; elle était légèrement déprimée au point où elle était entre-croisée par le canal veineux extraordinaire; après cette dépression, elle se trouvait située entre l'œsophage gauche et ce même canal, jusqu'à ce qu'en pénétrant dans l'abdomen par l'ouverture diaphragmatique , qui lui est destinée , elle fournissait les intercostales comme à l'ordinaire.
Mais ce que cet animal oiTrait de plus remarquable me paraît être le canal artériel transverse , qui traversait la poitrine. Le diamètre du canal dépassait la moitié de celui de l'artère aorte pectorale; son point de jonction avec l'aorte avait lieu derrière l'œsophage , et s'abouchait immédiatement dans cette artère , dont elle paraissait une principale division ; née de ce point, cette artère traversait obliquement la poitrine de gauche à droite , en passant derrière la veine cave inférieure, derrière l'œsophage droit , derrière l'extrémité supérieure du poumon du même côté ; arrivée vis-à-vis la première côte du côté droit, elle sortait de la poitrine , fournissait l'artère axillaire droite , puis formait une espèce d'arc d'où naissait le tronc carotidien , et où venait s'insérer le canal artériel.
Ceux qui connaissent le cercle compliqué de la circulation du fœtus , jugeront , d'après cette description , combien la marche du sang devait être plus compliquée dans celui-ci. îl est toutefois très^ facile de la suivre d'après la disposition admirable des artères et des veines insolites que présentait cet animal.
Si on suppose la colonne de sang sortant d'abord du ventricule gauche , nous la voyons entrer dans l'aorte, pénétrer dans le tronc carotidien qui se distribuait ensuite dans la tête gauche , en suivant le cours des carotides primitives de ce côté. Il passait ensuite dans î'arc de l'aorte^ rencontrait
le canal artériel insolite, qui de ce tronc se portait vers la première côte du côté droit , et là produisait les deux carotides et Faxillaire de ce côté , artères destinées à la tête et à l'extrémité supérieure droites. Ainsi les deux têtes recevaient le sang du ventricule gauche. Son retour au ventricule droit s'opérait de la manière que nous l'avons exposé en décrivant l'appareil veineux de ce ventricule.
L'anatomie comparative des monstres est une science toute nouvelle; j'ai dû en présenter ici un fragment , pour faire apprécier les rapports du système sanguin et du système nerveux chez ces êtres , et pour montrer en même temps le lien qui les unit aux êtres réguliers des familles auxquelles ils appartiennent.
On voit chez cet animal un double poumon, une double trachée artère , deux larynx , deux oesophages ; il fallait bien que les nerfs pneumogastriques fussent doubles. Il n'y a qu'un cœur , qu'un diaphragme ; les nerfs cardiaques et diaphragmatiques sont simples. Cet animal n'a que deux extrémités supérieures ; chaque tête n'a qu'un membre qui lui correspond ; chaque région cervicale ne produit qu'une série de nerfs cervicaux correspondant au côté où se trouve le membre. Quoique la moelle épinière du côté interne de chaque col soit régulièrement conformée, on ne , trouve aucun vestige des nerfs cervicaux , parce que le membre qui leur correspond ne s'est dé-
veloppé ni de l'un ni de l'autre côté. Si les nerfs prenaient leur origine sur la moelle épinière , pourquoi ne se seraient-ils pas développés? rien ne s'opposait à leur formation ; rien ne s'opposait à leur distribution entre les^ deux têtes. Cette absence tient donc à une loi primordiale de l'organisation ; et cette loi ^ c'est celle que je déduis de^ faits. Les nerfs ne naissent point de i*axe cérébro^ spinal du système nerveux ; ils ont leur origine dans les organes; ils se mettent ensuite en communication avec la moelle épinière et Cencépkale, J'ai vérifié ces faits sur deux monstres bicéphales humains , sur des oiseaux et des reptiles; car dans toutes les classes , ces êtres sont la répétition les uns des autres, avec les seules différences organiques qui appartiennent à chaque classe.
Suivons cette proposition sur des monstres d'un autre genre. Appliquons-la aux mono - céphales octo-pèdes , c'est-à-dire aux êtres qui ont deux corps surmontés par une tète unique. Nous trouvons chez ces monstres quatre nerfs pneumo-gastriques dans le thorax, allant s'insérer à la moelle allongée par un cordon unique de chaque côté , comme cela a lieu dans les êtres réguliers. Nous trouvons une région cervicale de la moelle épinière unique donnant naissance à des doubles cordons cervic?iux, destinés à la double paire de membres supérieurs. Nous trouvons des nerfs laryngés imiques de chaque côté , parce qu'il n'existe qu'un larynx . et de doubles nerfs diaphragmatiques ,
parce que chaque tronc a son diaphragme distinct.
Généralisons ces faits : dans toutes les hypergénésies on trouvera des nerfs surnuméraires , correspondans aux organes surajoutés à l'organisation régulière, et des nerfs simples en rapport avec les parties qui n'auront éprouvé aucun changement.
La conclusion de ces faits , relativement au nerf pneumo - gastrique , est je pense , que ce nerf a son origine dans les organes auxquels on dit qu'il se distribue , et sa terminaison à la moelle allongée , d'où on le faisait provenir jusqu*à ce jour.
On a fait naître ce nerf du sillon qui sépare l'olive du corps restiforme. Cela est exact chez l'homme , et inexact chez les autres mammifères.
Chez ces derniers , l'insertion de ce nerf se ^orte de plus en plus en dehors , à mesure qu'on descend des familles supérieures aux inférieures. Il abandonne ainsi la place qu'il occupe chez l'homme pour se porter sur le corps restiforme.
Quelle est la cause de cette transposition? on la trouve dans le balancement comparatif du développement des olives et des pédoncules inférieurs du cervelet. Chez l'homme , le volume considérable des olives coïncide avec l'atrophie du corps restiforme ; les faisceaux du nerf pneumogastrique se rapprochent des premières. Chez les mammifères , l'inverse a lieu ; le corps restiforme
se développe à mesure que les olives s'afFaissenî. Le nerf s'insère de plus en plus sur le pédoncule inférieur du cervelet en s 'éloignant des corps olivaires.
Cette transposition , et la cause dont elle dépend , est très-curieuse à suivre chez le drill (i), le mandrill (2) , le phoque (3) , le dauphin (4) , le lion (5), la loutre (6) , la marte (7), l'ours (8) , le raton (9) , le cheval (10), le pécari ( 1 1 ) , le chameau (12), le lama ( 1 3) , le bouc de la Haute- Egypte (i4) ? le castor (i5), le porc-épic (16), le kanguroo (17) , l'agouti (18) et la marmotte (19)-
(i)PLVIII,fîg. ,9;,n°8.
(2) PI. VIII, %. 194, n° 8.
(5) PI. IX, fig. 208, n«8.
(4) PI. XII, fig. 234, n" 9.
(5) PI. XIV, fig. 266, n^S.
(6) PI. X, fig. 253, n-'S.
(7) PI. XV, fig. 290, q- 8.
(8) PI. XI, fig. 23i, n°8.
(9) PI. VIII, fig. 200, n° 8 et 8 bis. *(io) PI. XV, fig. 2;5, n°8.
(11) PI. XVI, fig. 5oo, n°8.
(12) PI. XIII, fig. 249, n° 8.
(i3)Pl. XVI, fig. 295, n^8.
(14) PI. XIV, fig. 262, n''8.
(i5) PI. XIV, fig. 258, ir 8.
(16) PI. XIII, fig. 25 1, n^Sbis.
(17) PI. XVI, fig. 299, n°8etio.
(18) PI. IX, fig. 211, n''8.
(19) PI. IX, fig 2o3, n''8.
Je n'ai jamais rencontré chez les mammifères les faisceaux que Sanctorini , Malacarne et Sœmmering faisaient provenir du quatrième ventricule. Haller ne les avait jamais aperçus ; MM. Cuvier , Gall et Rolando ne les ont également jamais rencontrés.
Chez les oiseaux l'insertion de la huitième paire est déjetée plus en dehors encore que chez les mammifères; ce qui est produit par la persévérance de la même cause , par l'atrophie toujours croissante des olives , par le développement toujours permanent des corps restiformes et le déjettement de tous les nerfs en arrière par la courbure de la moelle allongée. Cela se voit chez la bondrée (i) , l'hirondelle (2) , le roitelet (5) , l'autruche (4) et la cigogne blanche (5). Cela s'aperçoit surtout si on considère la moelle allongée par la partie latérale (6) , chez la cigogne (7) , l'autruche (6) et la bondrée (9).
Chez les reptiles et les poissons , ces causes cessant d'agir , l'insertion du nerf pneumo - gastri-
(1) PI. IV,fîg. 88, n- 10.
(2) PI. IV, fig. 92, n° 2 et 9.
(3) PI. IV, fig. 94, n° 2 et 9.
(4) PI. IV, fig. 98 , n° i3 bis, n» 5.
(5) PI. IV, fig. 102, n' i5.
(6) PI. IV, fig. 96, 97 et 104.
(7) PI. IV, ùg. 104, n'' 14.
(8) PI. IV, fig. 97, ,103.
(9) PI. IV, fig. 96, irii.
que devient plus antérieure , comme on le remarque chez le caméléon (i) , les crocodiles (2), les vipères (5) , la grenouille (4) , les tortues (5) , la morue (6), le congre (']) , le barbeau (8) , le turbot (9), le brochet (10), laiguillat (11)5 lange (12), l'esturgeon (i.3), le requin (i4)> 1^^ raie ronce (i5) et la raie bouclée (16).
Quant au volume du nerf pneumo - gastrique et au nombre de faisceaux qui le composent à son insertion, je n'ai rien aperçu de général chez les mammifères; je n'ai pu rapporter son développement à aucune cause. Chez l'homme , il est composé de sept ou de huit faisceaux (17); chez le
(1) PI. V, fig. 112, n° 1.
(2) PL V, fig. 118, n" 1 bis.
(5) PI. V,fig. i3o, n'^d.
(4) PI. V, fig. i5i, 007.
(5) PI. V, fig. 122, n° 2.
(6) PI. Vil, fig. 164, n-5.
(/) PI. VII, fig. 168, n°io.
1^8) PI. VII, fig. 178, n° 10.
(9) PI. VII, fig. 191, n" 11 et 12.
(10) PI. X, fig. 217, n" 8.
(11) PI. X, fig. 322, n' 8.
(12) PI. XII, fig. 237, n*9.
(i3)Pl. XII, fig. 235, n° 8.
(i4) PI. VI, fig. 142, n-* 2.
(i5) PI. VI, flg. i38, n« 8 bis.
(16) PI. VI, fig. 148, n" 19 et 18.
{17) PI. XIII, fig. 247, n» II.
drill (i) et le mandrill (2) j'en ai compté six; le nerf est développé comme chez l'homme ; chez les carnassiers , le lion (3) , la loutre (4), la marte (5), l'ours (6) , le raton (7) , il m'a paru plus faible que chez les singes.
Chez les ruminans et les rongeurs , il est au contraire beaucoup plus développé que dans les familles précédentes , ainsi qu'on le voit chez le cheval (8) , le chameau (9) , le lama (loj , le bouc de la Haute-Egypte (11) , le castor (12) et le porc-épic (i3).
Chez l'agouti (14)9 la marmotte ( i5) , la taupe (16) , la musaraigne, le rat-taupe du Cap, la chrysochlore , le zemni , il est , toutes choses
(1) PL Vm,% 197, n" 8.
(2) PI. Vm,fig^ 194, n° 8.
(5) PI. XIV, fig. 266, n°8.
(4) PI. X, Gg. 223, n°8.
(5) PI. XY,fig. 290, n-S.
(6) PI. XI, fig. 25i,n°8.
(7) PI. VIII, fig. 200, n*8.
(8) PI. XV, fig. 275, n"8.
(9)P1. XIII,fig. 249,n'>8.
(10) PI. XVI, fig. 295, n»8
(11) PI. XIV, fig. 262, n°8.
(12) PI. XIV, fig. 258, n-S.
(i3)Pl. XIII, fig. 25i, n'8.
(i4) PI. IX, fig. 211, n-S.
(i5) PI. IX,fig. 2o3, n°8.
(it^)Pl. XÏV, fig. 260, n» 8.
d'ailleurs égales, moins dévelopj)é que chez les animaux précédens.
Chez le phoque (i) et les cétacés (2), son volume proportionnel dépasse toutes les dimensions que nous lui avons observées chez les mammifères. Ce volume du nerf pneumo-gastrique coïncide , chez ces derniers animaux , avec le développement considérable du nerf acoustique.
Chez les oiseaux , je n'ai pas trouvé qu'il fût développé proportionnellement à l'étendue de leur respiration , ainsi qu'on peut le remarquer chez la bondrée (5) , l'autruche (4) et la cigogne (5). Ce défaut d'harmonie entre la fonction et le nerf tiendrait-il à la différence des puissances mécaniques de la respiration? Tiendrait-il à l'atrophie considérable du diaphragme ? à l'anéantissement presque complet de ce mus;cle (6) ? Chez les
(t) pi. IX, %. 208, n" 8.
(2) PI. XIÏ, fig. 234, n°8.
p) FI. IV, fig. 88, n°2 et 10.
(4)Pl. IV,fig. 98,n° i5bis.
(5) PI. IV, fig. 104, n" 14.
(6) On a dit que le diaphragme manque chez les oiseaux, ce qui n'est pas rigoureusement vrai. Dans toute cette classe . on voit en dedans des dernières côtes, un, deux ou trois petits faisceaux musculaires, se dirigeant obliquement de dehors en dedans. Ces faisceaux sont les premiers rudimens du diaphragme des mammifères. Chez les très-jeunes embryons des mammifères et de l'homme, le diaphragme se forme de dehors en dedans, conformément à la loi générale
NERÏ" PNEUMO-GASTRIQUE. ij97
reptiles , l'atrophie de ce nerf coïncide avec la faiblesse des organes respiratoires , comme on l'observe chez la grenouille (i) , le caméléon (2) , les
forme de dehors en dedans , conformément à la loi générale et primitive de zoogénie. Il est d'abord de môme que chez les oiseaux, qui, sous ce rapport, sont des embryons permanens de la classe supérieure. La moitié droite ne communique pas avec la moitié gauche. II n'y a point de cloison qui sépare le thorax de l'abdomen, ni chez l'homme, ni chez les autres mammifères; les faisceaux musculaires du diaphragme se développent comme les os, comme les nerfs de dehors en dedans; en se joignant sur la ligne médiane, les faisceaux musculaires et aponévrotiques de ce musde enveloppent les canaux qui le traversent ; de telle sorte que les trous dont Ce muscle est perforé, sont comme dans le système osseux des trous de conjugaison. Si le diaphragme des mammifères s'arrête dans son développement, il tombe plus ou moins dans la condition de celui des oiseaux. Il y a alors hernie , ou transposition des viscères pectoraux et abdominaux.
Chez les oiseaux, le nerf diaphragmatique manque complètement, ainsi que l'artère diaphragmatique supérieure. J'ai en vain cherché l'un et l'autre chez la poule, le dindon, l'oie , le pigeon, la cigogne, le héron et l'autruche. Ce fait constant est une des meilleures preuves de notre loi de névrogénie , et de la loi d'harmonie du système sanguin et du système nerveux. Le diaphragme rudimentaire des oiseaux reçoit une petite artère qui me paraît correspondre à la diaphragmatique inférieure des mammifères , et un très-petit nerf qui lui vient de la branche dorsale qui va rejoindre le grand sympathique.
(i)Pl. V,fig. i5i, n';.
(2) PI. V, fig. 112, n- 1.
/f95 ANATOMIE COMPAREE DU CERVEAU ^
crocodiles (i), les vipères (2) elles tortues (3). Chez les poissons , mais notamment chez les cartilagineux , le volume de ce nerf est hors de toute proportion avec celui des autres classes. La carpe chez les poissons osseux, l'aiguillât (Zj), le requin (5) , l'ange (6), et surtout l'esturgeon (7), chez les cartilagineux, sont particulièrement remarquables par l'étendue de leur nerf pneumogastrique : une de ses branches constitue le long rameau dorsal que l'on remarque sur le flanc des poissons. Cette branche concourt-elle à la respiration? la peau chez les poissons serait-elle un organe supplémentaire de la respiration , comme l'ont établi pour certains reptiles les belles recherches de M. le docteur Edwards? Le milieu dans lequel vivent les poissons, aurait-il exigé un appareil respiratoire plus puissant pour l'oxygénation du sang? Le volume du nerf pneumo-gastrique du phoque et des cétacés dépendrait-il de cette cause , de ce rapport qu'ils ont en partie avec les poissons ? Serait-ce la raison pour laquelle les tortues aquatiques ont ce nerf beaucoup plus développé que les tortues terrestres ?
(1) PI. V, fig. 118, u" 1 bis.
(•2) PI.V, fîg. i3o, n»3.
(5) PI. V, fig. 122, fl" 2.
(4) PL XII, fîg. 256, n- 8.
(5) PI. VI, fîg. 142, n» 2.
(6) PI. XII,fig. 237, n°9.
(7) PI. XII, fîg. 235, n"8.
NERF HYPO-GLOSSE. 499
Les réflexions que nous venons de présenter sur Torigine du nerf de la huitième paire , sont applicables à la neuvième , ou au nerf hypoglosse.
Chez les mammifères , la neuvième paire m'a paru développée d'une manière générale, en raison directe du volume de la cinquième , comme on peut l'observer chez le drill (i) , le mandrill (2) , le phoque (5) , le dauphin (4), la loutre (5) , la marte (6) , le lion (7) , le cheval (8) , le chameau (9), le lama (10) , le bouc de la Haute- Egypte (11)5 le pécari (12), le kanguroo (i3), le castor (i4) et le porc-épic (i5).
Chez les oiseaux , les reptiles et les poissons , ce rapport reste à peu près le même, ainsi qu'on
(1) Pl.VIII,fig. 197, n' 9.
(2) Pl.VIII,fig. 194, no 9,
(3) PI. IX, fig. 208, n° 9.
(4) PI. XII, fig. 234, n« 9.
(5) PI. X, fig. 223, n°9.
(6) Pl.XV, fig. 290,0-9.
(7) PI. XIV, fig. 266, n» 9.
(8) PL XV, fig. 275, n- 9.
(9) PI. XIII, fig. 249, n- 9.
(10) PI. XVI, fig. 295, n* 9.
(11) PI. XIV, fig. 262, n- 9.
(12) PI. XVI, fig. 3oo,n'9.
(i5) PL XVI, fig. 299, n» 9.
(14) PL XIV,fig. 258, n-9.
(i5) PL Xni,fig. 25i,n*9.
5oO ÀNATOMIE CÔMrARl^E DU CÈRVEAtl ,
peut le voir chez la bondrée (i) , l'hirondelle (2) , le roitelet (5) , l'autruche (4) et la cigogne (5) , le caméléon (6) , le crocodile (7) , la tortue (8) , la morue (g) , la raie bouclée ( 1 o) et Taiguillat (11)
Quoique le nerf accessoire de Willis soit un nerf spinal proprement dit à cause de son insertion inférieure sur la moelle épinière , son entrée dans le crâne , avant de descendre dans le canal vertébral, Fa fait considérer par tous les anatomistes comme un nerf intermédiaire entre les nerfs crâniens et les nerfs spinaux.
Sa marche a beaucoup frappé les anatomistes , parce qu'elle est en effet très-singulière. Soit qu'on le considère comme prenant son origine sur la moelle épinière , ou comme venant y prendre &on insertion, on ne voit pas trop la raison de son ascension ou de sa descente dans le canal vertébral , pour entrer ou pour sortir par le trou déchiré postérieur.
(i) PI. IV, fig. 88, n" i3.
(2)Pl. IV,fig. 92,n'>8.
(5)P1. IV,fig. 94, n»8.
(4)PÎ. IV,fig. 98, iri2.
(5) PI. IV, fig. io3, n° 14.
(6) PI. V, fig. 112, n° 9.
(7) PL V, fig. 118, ir 10.
(8) PI. V, fig. 122, n" 1.
(9) PI. VII, fig. 164, n» 5.
(10) PI. VI, fig. 148, n- 9.
(u)PI. X,fig. 223, n-g.
NERE ACCESSOIRE DK WILLIS. DO t
Quoi qu'il en soit , l'insertion de ee nerf est 1 a même chez les mammifères et chez l'homme ; chez ce dernier, des cinq faisceaux qui le forment , les trois supérieurs se portent sur les cordons postérieurs de la moelle épinière ; les deux inférieurs s'insèrent sur les cordons antérieurs : disposition commune , comme on le sait , à tous les nerfs spinaux , et dont les belles expériences de notre illustre physiologiste M. Magendie font prèssentir toute l'importance. J'ai suivi cette différence d'insertion des faisceaux supérieurs et inférieurs , chez le chevreau (i) , les singes (2) , les ruminans (3) et les rongeurs (4).
La marche de ce nerf le rend un des plus convenables pour apprécier notre loi de névrogénie ; je ne l'ai pas aperçu dans le canal vertébral sur de très-jeimes embryons d'homme , de veau et de brebis; je dois toutefois avouer que je n'ai pas eu l'occasion de le suivre dans son insertion , comme je l'ai fait pour les nerfs crâniens.
Aucun anatomiste n'a encore trouvé le nerf accessoire de Willis chez les oiseaux ; Collins , Malacarne , Yicq - d'Azyr disent qu'il n'existe pas ; M. Cuvier n'en fait pas mention ; Tiedemann (5)
(i)Pl. XIII, fig. 243, n»2.
(2) PI. VIÏI,fig. 194, 197- (5) PI. XVI, û^. 295, 3oo, n" 10.
(4) PI. IX,ûg. 211; pi. XIV, fig. 258.
(5) Anatomie comparative des oiseaux.
5oa INATOMIE COMPAREE DU CERVEAC ,
ne l'a point observé ; j'ai moi-même long-temps douté de son existence dans cette classe , parce que je ne l'avais rencontré, ni chez nos oiseaux domestiques , ni chez les oiseaux de proie , ni chez les oiseaux nocturnes. Je l'ai enfin observé chez le casoar , l'autruche (i) et la cigogne blanche (2). Ses faisceaux tous postérieurs descendaient au niveau des branches postérieures du quatrième nerf spinal , et venaient se réunir au tronc du nerf pneumo-gastrique. Je n'ai pu suivre sa distribution , n'ayant eu que l'encéphale et une partie de la moelle épinière de ces oiseaux à ma disposition.
Chez les reptiles , je n'ai pu le distinguer; je n'ai trouvé chez les poissons aucune branche qu'on pût lui rapporter , à moins que ce ne soit la longue branche dorsale de la huitième paire.
Appliquez ces faits à l'hypothèse de l'origine des nerfs. Pourquoi l'accessoire de Wiliis manquet-il chez la plupart des oiseaux, tous les reptiles et les poissons (5) ? La région cervicale de la moelle épinière n'ayant éprouvé aucun changement , qu'est-ce qui s'oppose à sa formation ou à son origine? Rien , absolument rien ; il faut donc que
(i)Pl. IV,fig. 97, n°5.
(2) PL IV, fig. 104, n° i5
(5) Y a-t-il quelque rapport entre l'absence du nerf accessoire de Wiliis et celle du nerf diaphragmatique dans les trois classes inférieures ? Le nerf accessoire serait-il un nerf respirateur? Dans ce cas comment manquerait-il chez la plupart des oiseaux ?
NERF GRAND SYMPATHIQUE. 5o3
la naissance et le développement de ce nerf soient soumis à d'autres conditions organiques qu'à celle de la moelle épinière ; celle-ci ne lui sert donc point de racine.
Veut-on une nouvelle preuve de la formation primitive des nerfs dans les organes auxquels on dit qu'ils se distribuent? que l'on considère le vague et l'hésitation des anatomistes sur l'origine du grand sympathique. Les uns le font provenir du cerveau , les autres de la moelle épinière ; M. Lobstein, dans son beau travail sur ce nerf, traite de vaine cette question (i). Pourquoi vaine? parce qu'elle est insoluble dans nos hypothèses actuelles. Que de questions seraient vaines à ce prix ! Et comment les sciences avanceraient-elles , si on ne cherchait à surmonter les difficultés qu'elles présentent encore ! Etudiez les conditions diverses d'existence du grand sympathique ; voyez ce qu'éprouve ce nerf de l'absence du cerveau et de la moelle épinière , et la question de son origine tant débattue n'en sera plus une.
Qu'arrive-t-il aux anencéphales ? sont-ils privés du grand sympathique? Non; on a observé, au contraire, que ce nerf était plus développé que dans les fœtus biens conformés ; donc l'encéphale est étranger à sa formation.
Qu'arrive-t-il dans les cas d'amyélie et d'até-
(i) De nervi sympatheticl humant fabricâ , usa etmorbiSf pag. 10.
5o4 ANATOMIE COMPAREE DU CERVEAU ,
lomyélie (i) ? l'absence de la moelle épinière dans les premiers , et son défaut de formation dans les seconds j entraînent-ils labsence ou l'atrophie du nerf intercostal? IN on, sans doute : comme dans les anencéphales, le grand sympathique semble s'accroître en raison de la diminution ou de la privation complète de la moelle épinière ; donc cette dernière est étrangère à sa formation.
Qu'arrive-t-il dans les hypogénies et les hypersgénies? Dans les premières monstruosités, on rencontre toujours le grand sympathique dans les fragmens des foetus qui se sont développés. Dans les secondes, aux organes surnuméraires, correspond constammont la partie sur-ajoutée du nerf intercostal qui lui correspond. Donc le grand sympathique suit le développement des organes , disparaît avec eux dans les monsti'es par défaut , et croît dans les monstres par excès dans une proportion qui est rigoureusement déterminée par le nombre des parties ajoutées au développement régulier des êtres.
Ainsi , d'une part , le grand sympathique se développe dans les anencéphales^ hors de l'influence du cerveau ; de l'autre, l'absence de la moelle épinière n'influe en aucune manière sur sa forma-
(i) Ces deux noms très-heureux sont dus à M. le professeur Béciard ; ils manquaient à la science. Ils expriment trop bien le caractère distinctifdes êtres monstrueux auxquels ils s'appliquent, p'our qu'on ne s'empresse pas de les adopter.
NERF GRAND SYMPATHIQUE. 5o5
tion ; en troisième lieu , il suit constamment toutes les modifications organiques des . parties auxquelles il se distribue. Donc il puise son origine dans les organes ; il se met en relation , comme tous les autres nerfs , avec la moelle épinière et l'encéphale, quoique ces masses nerveuses soient étrangères à sa formation.
Mais d'où vient ce rapport? Quelle est la cause de ce développement proportionnel des organes et du grand sympathique dans les anormogénies? Ouvrez les monstres : étudiez avec soin leur organisation insolite , et vous la trouverez dans la loi d'harmonie du développement du système sanguin et du système nerveux.
Dans un ouvrage où nous avons si souvent invoqué cette loi, qu'il nous soit permis de confirmer toutes les applications partielles que nous en avons faites au développement régulier des organes , par une application plus générale à leur développement irrégulier. Nous montrerons de cette manière que les mêmes principes président à la formation des êtres et à leur déformation, et que la nature procède d'une manière constante et uniforme dans ses créations (i).
Considérez tous les monstres par défaut , vous
(i) Ces propositions générales sont extraites d'un ouvrage que je publierai sur cette partie sous le titre suivant :
Anomogénic comparative ., ou Essai sur Canaiomie com par otir filles monstres f appliquée a l'étude de leur formation.
5o6 ÀNATOMIE COMPARÉE DU CERVEAU ,
trouverez leur cause dans le développement imparfait du système sanguin.
Considérez tous les monstres par excès : vous trouverez la raison de la surabondance d'organisation qu'ils présentent , dans une surabondance primitive du même système.
Si la tète manque , l'aorte ascendante manque. Le dernier de ces effets est la cause du premier.
Si les extrémités supérieures manquent , vous verrez le fœtus privé des artères axillaires.
Si ce sont les extrémités inférieures , vous n'aurez nul vestige des artères fémorales.
Si ce sont les reins, la vessie , la matrice, vous ne trouverez ni artères rénales , ni vésicales , ni utérines.
Si vous avez deux têtes adossées , vous trouverez quatre troncs carotidiens à la bifiucation des carotides primitives.
Si le monstre présente deux cols distincts , vous aurez une double aorte ascendante s'élevant du même cœur.
S'il a quatre extrémités supérieures ou scapulaires, vous rencontrerez quatre artères axillaires.
S'il offre quatre extrémités pelviennes , le monstre vous offrira quatre artères fémorales ou une double aorte abdominale.
S'il a deux corps surmontés par une tête unique , vous lui observerez une double aorte descendante avec une aorte ascendante unique.
Quelles que soient enfin les bizarreries que ce*
NERF GRAND SYMPATHIQUE. Soj
êtres vous présentent , vous trouverez toujours la raison de leur formation dans les anomalies de leur système sanguin. Vous verrez constamment le système nerveux suivre toutes les variétés du système sanguin , et toutes les rnodifications orga^ niques qui en dépendent. De là découle la loi d'harmonie de ces deux systèmes fondamentaux de l'organisation des animaux.
Faisons l'application de cette loi au développement régulier du nerf grand sympathique dans les quatre classes des animaux vertébrés , et chez les invertébrés.
On sait depuis M. Cuvîer que le grand sympathique décroit des mammifères aux oiseaux , aux reptiles et aux poissons (i). Ces deux dernières classes ont ce nerf à un état presque rudimentaire.
Or la cause de cette décroissance réside fondamentalement dans la décro'ssance du système sanguin , qui s'atrophie de plus en plus à mesure qu'on descend des mammifères et des oiseaux aux reptiles et aux poissons.
Les crustacés qui nous présentent les derniers
(i) Weber a pensé que le grand sympathique chez le» poissons était remplacé par le nerf pneumo-gastrique, notamment par la grande branche dorsale. Je ne partage pas cet avis, à cause de la liaison indiquée du système sanguin et du grand sympathique. Cette branche est peut-être l'analogue du nerf accessoire deWillis, porté dans cette classe au maximum de son volume, à cause du développement nécessaire des puissances de la respiration.
5o8 ANATOMIE- COMPARÉE DU CERVEAU,-
linéainens du système sanguin , nous offrent aussi les derniers vestiges inaperçus jusqu'à ce jour du grand sympathique. On n'en trouve plus de traces chez les insectes et les mollusques , parce que le système sanguin a presque complètement disparu.
De ces rapports généraux dérivent d'une part la loi de décroissement . du grand sympathique dans le règne animal ; ils justifient de l'autre les déterminations que nous avons données du système nerveux des invertébrés. iNous avons déjà prouvé que la chaîne des ganglions qui le constitue ne saurait être rapportée ni à la moelle épinière , ni à l'encéphale des classes supérieures ; le rapport que nous venons d'établir entre le système sanguin et le grand sympathique prouve qu'elle ne saurait être assimilée à ce nerf, ainsi que l'ont pensé plusieurs anatomistcs (i).
(i) Voyez à ce sujet le dernier travail de M. le professeur Lobstein, pag. io5 et 104.