CHAPITRE VI
Des Lois du systètne nerveux^ appliquées à sa formation , à sa structure , à sa détermination et à ses rapports.
Dans les scieûces qui ont pour base l'observation , les faits se multipliant à l'infini , l'esprit a besoin de les coordonner , de les rattacher les uns aux autres pour saisir leur ensemble et leur liaison ; la comparaison est le procédé qu'il emploie pour saisir leurs rapports.
Lorsqu'un rapport général et constant a été observé entre plusieurs faits de même ordre , ce rapport devient ce que l'on nomme principe , ou loi de manifestation des faits qui ont servi à le former. Ces principes et ces lois ne sont donc que des formules abrégées des faits.
Un fait est expliqué dans ces sciences , quand on a ramené sa manifestation à la manifestation générale du principe dont il dépend, comme une proposition est démontrée en mathématique lorsque l'œil de l'esprit voit cette trace de lumière qui joint le principe aux conséquences.
La science de l'organogénie avait été aban-
ilonnée, parce que l'on avait cru qu'il était impossible de découvrir ses lois. La difficulté d observer les êtres à leur sortie du néant, la multitude des procédés que cette observation exige , les entraves multipliées que l'observateur rencontre à chaque pas, tout s'était réuni pour décourager les anatomistes et leur faire délaisser une partie dont ils pressentaient néanmoins toute l'importance.
D'une autre part . les conséquences prématurées que les Harvey , les Malpighi et les Haller avaient déduites de leurs travaux , en érigeant en principe le développement central des animaux, avaient élevé un obstacle insurmontable aux progrès de cette partie fondamentale de la science de l'organisation.
Il fallait donc un ordre de faits nouveaux pour saisir leurs véritables rapports et établir leurs lois ou leurs principes.
J'ai présenté cet ordre de faits pour le système osseux , et j'en al déduit ses principes de formation, ouïes lois de l'ostéogénie (i). Je viens d'exposer dans cet ouvrage les faits particuliers sur les(juels repose l'anatomie comparative du système ner^^eux ; je vais présentement , en procédant comme je l'ai fait pour le système osseux , extraire les rapports constans de ces faits , pour
(i) Des Lois de l'Ostéogénie y i vol. avec i4o figures, couronné en 1819 par î'Acad. Roy. des Seienc^s.
532 ÀKATOMIE eOMPARÉE DU CIRTEAU ,
en composer les principes généraux et les lois.
Nous venons de présenter dans tous ses détails la loi fondamentale du développement du système nerveux. Nous avons vu toutes les parties de ce système se formant de dehors en dedans , marchant de la circonférence au centre de Tanimal , pour se réunir et se confondre sur la ligne médiane.
De cette loi première dérivent les lois secondaires de formation de cet miportant système. Ces lois sont au nombre de deux : la loi de symétrie , et la loi de conjugaison.
D'après la loi de symétrie toutes les parties du système nerveux doivent être doubles ; d'après la loi de conjugaison , elles doivent toutes se réunir, s'engrener et se confondre sur Taxe central de ce système , pour donner naissance aux parties unique^^que l'on y rencontre chez les animaux vertébrés. Nous allons rattacher à ces deux principes généraux tous les faits particuliers contenus dans ce volume ; ces faits confirmeront l'exactitude de ces lois ; ces4ois donneront la raison ou l'explication de tous ces faits. Nous aurons de cette manière la preuve et la contre-preuve de tout ce que nous avons avancé jusqu'à présent.
Je ne reviendrai pas sur l'explication du système
nerveux des invertébrés, elle découle de la loi
du développement excentrique de ce système : j'ai
consacré plusieurs passages de la seconde partie
à cette importante détermination; je ne la rap-
porte en ce moment que pour la rattacher à son principe.
Pareillement je ne m'arrêterai pas long-temps à établir que les nerfs proprement «lits sont symétriques et doubles chez les vertébrés et les invertébrés. Qui ne sait que tous les animaux, sans exception, ont un double appareil nerveux , l'un droit, l'autre gauche? Qui ne sait que tous les nerfs du côté droit sont la répétition de ceux du côté gauche ; que les nerfs des membres- sont toujours doubles; qu'il y a de doubles nerfs des sens , des nerfs symétriques pour tous les organes de la tête , de même que pour ceux des extrémités et du tronc? La loi de symétrie ne trouve donc aucune exception dans la névrologie , et pour en reconnaître la généralité, il suffisait seulement de l'indiquer.
Il n'en est pas de même pour les parties centrales du système nerveux , surtout lorsqu'on le considère chez les animaux vertébrés.
La moelle épinière et diverses parties de l'encéphale formant des parties uniques , il était in?: dispensable d'établir leur double développement pour les ramener à la loi de symétrie.
Si, conformément à la loi primitive du développement excentrique dés organes , la moelle épinière se forme de la circonférence au centre , elle doit donc être double primitivement; il doit y avoir d'abord une demi-moelle épinièrf à droite , et une demi-modle épinière a gauche.
Or c'est ce que nous avons vu exister chez les oiseaux , chez les reptiles et chez les mammifères , aux époques primitives de leur formation.
Il en est de même de la moelle allongée , des lobes optiques et des tubercules quadrijumeaux : un double cordon latéral les forme et doit les former primitivement. C'est ce que nous avons constamment observé chez Jes Jeunes embryons des oiseaux, des reptiles et des mammifères.
Le cervelet est un organe impair chez les mammifères , les oiseaux , les reptiles et beaucoup de poissons. Comment sera-t-il ramené à la loi du double développement des organes ? Chez certains poissons cartilagineux, il est double : deux feuillets roulés latéralement le constituent. Chez tous les embryons sans exception , il commence à se développer par deux lames latérales , une à droite, l'autre à gauche. Le cervelet se forme donc, comme la moelle épinière , comme la moelle allongée , de même que les tubercules quadrijumeaux ou les lobes optiques.
, Les pédoncules cérébraux sont doubles ; les épiphyses qui les surmontent supérieurement sont pareillement symétriques. En arrière , ce sont les couches optiques ; en avant, ce sont les corps striés; les renflemens de l'un des côtés sont exactement la répétition de ceux du côté opposé.
La glande pinéale, organe unique et central chez les animaux parfaits, est divisée, chez les trèsjeunes embryons, en deux parties : l'une apparte-
LOIS DU SYSTÈME NERVEUX. 53b
nant au demi-cerveau de droite ; l'autre au demiperveau de gauche ; chacune de ses moitiés est le point de convergence de ses doubles pédoncules.
Certaines, tortues de terre ont ce corps constamment divisé par un raphé médian , comme eela existe à un certain âge chez tous les embryons des mammifères , des reptiles et des oiseaux.
Les lobules olfactifs sont toujours doubles dans toutes les classes, toujours isolés l'un de l'autre , quelle que soit leur petitesse ou leur volume.
Il y a constamment aussi deux hémisphères cérébraux : ces hémisphères sont isolés chez les poissons osseux , réunis chez les cartilagineux , mais divisés sur la ligne médiane par une scissure profonde. Chez les reptiles , les oiseaux et les mammifères , ils sont liés l'un à l'autre par des faisceaux transverses que l'on a désignés généralement sous le nom de commissures.
Toutes ces commissures , organes uniques chez les animaux parfaits , sont primitivement doubles chez les jeunes embryons.
Ainsi la commissure des lobes optiques ou tubercules quadrijumeaux, si développée chez les oiseaux , est double dans son état primitif, et isolée de sa congénère ; il y a une demi -commissure d'un côté , une demi-commissure de l'autre.
La commissure des épipliyses postérieures des pédoncules est double en premier lieu , de même que la précédente.
La commissure antérieure est aussi divisée chez
les jeunes embryons ; il y a une demi-commissure à d^oit^e, une demi-commissure à gauche.
La commissure moyenne des couches optiques est constamment dans le même cas que les deux précédentes.
Le trapèze de la moelle allongée , qui , chez les mammifères, sert de commissure à une partie du cervelet , est d abord double , de même que les autres commissures.
Constamment aussi on observe chez les embryons de cette classe un double pont de varole. Le corps calleux, qui est la plus grande de toutes les commissures , rentre dans cette loi commune de développement ; chez tous les embryons de mammifères , chaque hémisphère a d'abord son demi-corps calleux isolé du demi-corps calleux de l'hémisphère opposé.
La voûte , dont le développement est si compliqué , est rigoureusement assujétie à ce principe général de formation. II y a constamment une demi-votite de chaque côté chez tous les embryons de la classe supérieure.
Il en est de même de la cloison désignée sous le nom de septum lucldum. Quelque mince que soit cet organe , il est toujours formé en deux lames , l'une droite , l'autre gauche.
Cette cloison est au système nerveux ce que le vomer, ce que la lame perpendiculaire de Fethmoïde sont au système osseux ; et comme je l'ai démontré pour ces os dans les lois de l'ostéogénie ,
elle est et doit être formée de deux lames primitives , pour être en harmonie avec la loi de symétrie du système nerveux.
Toutes les parties de ce dernier système se développent donc de la circonférence au centre.
Toutes sont primitivement doubles et assujéties au principe général de formation, que j'ai nommé loi de symétrie.
La loi du développement excentrique des organes et la loi de symétrie viennent de nous donner l'explication de l'état primitif du système nerveux des vertèbres et des invertébrés ; la loi de conjugaison va nous montrer la marche constante que suivent toutes les parties pour parvenir à leur complète formation.
De même que la loi de symétrie , la loi de conjugaison est une conséquence du principe du développement excentrique des organes.
En marchant de la circonférence au centre , les organes sont d'abord binaires ; mais en continuant ce mouvement , les parties symétriques se portent à la rencontre l'une de l'autre , s'envoyent i^éciproquement des prolongemens qui se rencontpent sur la ligne médiane , s'engrènent et s'unissent. Un organe double devient unique à la suite de ce mécanisme. C'est ce rapport général de formation que j'ai nommé loi de conjugaison.
Chez les larves des insectes, les ganglions, d'abord isolés les uns des autres sur la ligne médiane , se rapprochent en se concentrant , se touchent et
quelquefois s'unissent si intiniement , que ie double ganglion résultant de leur jonction paraît unique. Le plus souvent , néanmoins , ou bien ils restent distincts après s'être adossés , ou bien un raphé médian rappelle leur isolement primitif.
Chez les animaux vertébrés , les deux lames de la moelle épinière se rapprochent d'abord en avant , en s'engrenant par des prolongemens transverses réciproques , qui, observés au microscope , rappellent les engrenures de certains os du crâne.
Après s'être réunies en avant , ces lames convergent Tune vers l'autre en arrière ; parvenues au point de contact , leurs petits prolongemens chevauchent les uns sur les autres et finissent par se confondre , en formant une espèce de suture.
Chez tous les embryons des mammifères , des oiseaux et des reptiles , la moelle épinière offre deux sutures , l'une antérieure , l'autre postérieure.
Elle présente aussi un canal au milieu : canal résultant de la conjugaison des deux lames primitives, comme cela arrive dans la formation de tous les oanaux osseux, du canal intestinal , du canal aortique , et en général de tous les canaux que nous présente l'organisation des animaux.
La moelle allongée se réunit en avant comme la moelle épinière ; en arrière ses lamoG de réunion sont représentées par le cervelet.
LOIS DU SYSTÈME NERVEUX. SSq
Les lames du cervelet restent disjointes chez la plupart des poissons cartilagineux , et, dans une petite partie de leur étendue , chez les tortues terrestres.
Chez tous les auti*es animaux , les lames primitives du cervelet se réunissent de manière à former l'organe impair qui le constitue chez les poissons osseux j les reptiles , les oiseaux et les mammifères.
Eu se réunissant , ces lames s'engrène^# les unes dans les autres, comme les lames postérieures de la moelle épinière , mais de manière à former néanmoins des mailles croisées que l'on ne remarque pas dans ces dernières.
Les tubercules quadri jumeaux: , ou lobes optiques j suivent le même mode de conjugaison que la moelle épinière , dont ils sont la terminaison. Leurs feuillets postén urs , en convergeant l'un vers l'autre , présentent des dentelures à leur bord libre ; ces dentelures s'enchâssent les unes dans les autres de manière à former une lame unique , qui joint les deux lobes.
Une cavité assez vaste occupe leur intérieur chez les mammifères , les oiseaux , les reptiles et les poissons; c'est une cavité de conjugaison, comme le quatrième ventricule , comme le canal qui occupe l'axe de la moelle épinière. Sa formation est due au même mécanisme ; son développement est, comme toutes les cavités, le résultat de la loi de conjugaison.
Les pédoncules cérébraux ne restent pas tou-
54o ÀNATOMIE CaMPAREE DU CERVEAU ,
jours parallèles comme les cordons de la moelle ëpinière.
Chez les poissons et les reptiles , leur divergence est à peine sensible, leur parallélisme n est pas interrompu; ils conservent la même disposition que les cordons épiniens.
Chez les oiseaux leur divergence est trèsmarquée.
CH^z les mammifères inférieurs leur degré d'écartement se rapproche de celui qu on leur observe chez les oiseaux. A mesure que l'on s'élève des rongeurs aux ruminans , aux carnassiers, aux cétacés , au phoque , aux singes et à l'homme , l'angle de leur écartement devient de plus en plus ouvert.
A mesure que les pédoncules s'écartent l'un de l'autre , il se forme entre eux supérieurement un vide ; ce vide est le fond du troisième ventricule.
D'après ce que nous venons de dire sur les pédoncules, on voit que cette cavité sera d'autant plus grande , que les pédoncules seront plus divergens , et qu'elle se rétrécira à mesure que ceux-ci se rapprocheront du parallélisme.
Chez les poissons , cette cavité n'existe pas; chez les reptiles , elle est à peine prononcée ; chez les oiseaux , elle est déjà très-manifeste.
Chez les mammifères , elle va en augmentant des rongeurs aux ruminans , aux carnassiers digitigrades et plantigrades , aux phoques , aux cétacés , aux singes et à l'homme.
D'après ce mécanisme , on voit que la formation de cette cavité est la même que celle du plancher du quatrième ventricule et du plancher des tubercules quadrijumeaux , connu sous le nom do scissure de Sylvius. C'est une cavité de conjugaison.
La conjugaison des pédoncules nous offre des particularités très-remarquables. En avant , leur réunion s'opère dans toutes les classes de la même manière que les lames antérieures de la moelle allongée et de la moelle épinière.
Au milieu , leur réunion s'effectue par une commissure composée de matière grise. Cette commissure est d'abord double ; c'est un trèspetit tubercule faisant une saillie légère sur la face interne de chaque pédoncule; en s'allongeant , ce tubercule rencontre son congénère 9 s'unit à lui et forme la lame unique qui constitue la commissure grise.
Cette commissure ne se trouve pas chez les poissons 5 on en voit la raison ; elle n'existe que dans les trois classes supérieures.
Dans le quatrième ventricule de certains poissons , on rencontre de semblables commissures grises.
Les épîphyses postérieures des pédoncules , ou les couches optiques , se conjuguent entre elles par un ou deux faisceaux médullaires, connus sous le nom de commissure postérieure.
Cette commissure n'existe que chez les oiseaux et les mammifères ; sa formation est analogue à
la commissure molle ; un petit faisceau blanchâtre se détache primitivement de la partie interne de chaque couche optique , marche transversalement à la rencontre de celui du côté opposé , et s'unit avec lui en croisant ses fibres , de manière à ne former qu'une bandelette unique.
Lorsque la commissure postérieure est double, on observe de doubles faisceaux , dont la réunion s'opère comme nous venons de l'indiquer. J'ai ^ particulièrement suivi cette double formation chez les oiseaux , chez certains rongeurs et chez les ruminans.
La formation de la commissure antérieure s'opère constamment de la même manière que celle de la postérieure : ses doubles faisceaux marchent de la circonférence au centre , se rencontrent sur la ligne médiane , et s'unissent en s'engrenant comme toutes les commissures de conjugaison.
En se dirigeant ainsi transversalement, ces commissures donnent naissance , chez les mammifères , à deux petites ouvertures que l'on a si improprem^t nommées a7ius et vulve,
^ue sont ces ouvertures? on le voit; ce sont des trous de conjugaison , dont le mécanisme de formation est analogue aux trous de conjugaison de la colonne vertébrale , aux trous de conjugaison de la base du crâne , à toutes les ouvertures du système osseux , à toutes les ouvertures que nous offrent les différens organes, à quelque système
qu'ils appartiennent , quels que soient les tissus qui les forment.
Plus antérieurement encore les pédoncules sont unis par un plateau de matière grise , postérieur à la jonction des nerfs optiques. Ce corps est d'abord double comme la commissure molle des couches optiques ; il y a un demi-tubercule gris «ur chaque pédoncule.
Du milieu de ce tubercule part , chez les trèsjeunes embryons , une lame grisâtre , qui se dirige sur le corps sus-sphénoïdal (glande pituitaire ou hypophyse cérébrale. )
L'hypophyse cérébrale est primitivement double comme toutes les autres parties de l'axe cérébrospinal du système nerveux.
Chaque moitié de l'hypophyse est en rapport supérieurement avec la petite lame qui le joint au demi-tubercide gris , postérieur au nerf optique.
En se rapprochant , les deux parties de l'hypophyse forment l'organe unique que nous connaissons.
En se rapprochant j les deux moitiés de la tige de l'hypophyse forment un petit canal , qui s'étend du fond du troisième ventricide dans l'intérieur de l'hypophyse , qui * souvent est creusée d'une petite cavité au milieu. Chez les embryons hydrocéphales 5 cette cavité est plus prononcée , le canal de la tige est plus développé. Le troisième ventricule communique par son intermède avec le ventricule de l'hypophyse.
Le canal de la tige de l'hypophyse est donc aussi un canal de conjugaison , de même que le canal de la moelle épinière , de même que le canal du pédicule du nerf olfactif de certains mammifères , de même que le canal de l'urètre , que les uretères , que les canaux biliaires. C'est toujours le même mécanisme , c'est toujours le même rapport de formation. Ces faits rentrent tous dans le principe général de la loi de conjugaison.
Les commissures du cervelet, les grandes commissures des hémisphères suivent invariablement la même marche. Leur développement a lieu de la circonférence au centre, de dehors en dedans.
Le trapèze delà moelle allongée, d'abord visible sur les côtés de cet organe, s'avance graduellement vers son centre , et se joint, sur la ligne médiane , à celui du côté opposé.
Les fibres qui composent le pont suivent la même direction ; elles viennent des parties latérales , et se réunissent , au centre , aux fibres du côté opposé , par une espèce de suture croisée ; les fibres de droite passent à gauche , celles de gauche à droite ; disposition aperçue et très-bien représentée par Ruysch , reproduite par Sanctorini, et qui n'est jamais aussi distincte que chez les embryons.
Les faisceaux qui composent le corps calleux partent, comme les commissures de la partie interne , des hémisphères , se dirigent transversalemept les uns vers les autres, se rencontrent sui»
ia ligne médiane , et s'unissent en croisant leurs fibres , de même que les faisceaux médullaires du pont de Varole.
Enfin , après que les piliers antérieurs et postérieurs de la voûte se sont confondus sur la partie supérieure des épiphyses des pédoncules , on aperçoit des fibres transversales se dirigeant de dehors en dedans, se réunissant sur la ligne médiane , de manière à former le plafond qui complète le troisième ventricule chez les mammifères.
Les piliers postérieurs étant beaucoup plus écartés que les antérieurs, les fibres transverses sont beaucoup plus apparentes en arrière que partout ailleurs.
Les deux lames du septum lucidum, que déjà Galien avait nommé le diaphragme du cerveau , en se dirigeant de haut en bas et de bas en haut, circonscrivent une petite cavité, cavité de conjugaison , comme tous les ventricules de l'encéphale.
Chez les oiseaux, la commissure si développée des lobes optiques se développe aussi de dehors en dedans, et forme une espèce de voûte striée sur l'aqueduc de Syivius.
La lame rayonnante des hémisphères , qui caractérise ces organes dans cette classe , se développe comme la voûte des mammifères.
Ses faisceaux antérieurs viennent du devant des hémisphères ; les postérieurs partent de leur partie postérieure ; ils convergent tous vers le pédoncule auquel ils se réunissent.
Chez plusieurs oiseaux on rencontre quelques faisceaux transverses qui unissent une lame rayonnante à l'autre. C'est le premier rudiment des faisceaux transverses de la voûte des mammifères.
Certaines maladies rendent très - évident ce rapport général de formation.
Si un liquide s'épanche dans le canal de la moelle épinière , ce canal est dilaté outre mesure : les sutures antérieures et postérieures sont beaucoup plus apparentes que dans l'état normal.
Si l'accumulation du liquide a lieu avant la jonction postérieure des lames de la moelle épinière , leur réunion n'a point lieu, les lames se déjettent à droite et à gauche, la moelle épinière représente une longue gouttière, ouverte en arrière dans to]ute son étendue; il est rare que cet effet soit partiel.
Chez les oiseaux, les lames postérieures ne se réunissent pas dans l'étendue de leur renflement inférieur. Cette disposition devient jle caractère classique de leur moelle épinière.
Chez les poissons et les reptiles, la réunion en arrière ne s'effectue pas dans le haut de leur région dorsale. La terminaison du quatrième ventricule se prolonge plus inférieurement que dans les deux classes supérieures. Le calamtis scripîorius descend beaucoup plus bas que chez les mammifères et les oiseaux.
Si l'accumulation du liquide se prolonge jusque dans le quatrième ventricule , les lames cérébel-
leuses, qui représentent les lames postérieures de la moelle épinière , se trouvent écartées comme celles-ci. Leur réunion ne s'effectue pas, le cervelet reste divisé sur la ligne médiane , comme chez certains poissons cartilagineux. Stenon a observé cet effet chez un veau ; je l'ai trouvé , comme cet anatomiste, sur deux embryons de l'homme.
Par la même cause et parla même raison, le liquide s'accumulant dans le ventricule des tubercules quadrijumeaux , ce ventricule ne s'oblitère pas chez les mammifères ; leurs tubercules restent globuleux comme dans les trois classes inférieures. Les deux embryons précédens, dont l'un était à terme , me présentèrent cette 'disposition. Chez un embryon d'oiseau, leur commissure ne s'était pas formée; les lames de leurs lobes optiques ( tubercules quadrijumeaux ) étaient renversées sur les côtés , comme celles de la moelle épinière dans les cas d'hydro-myeîitis.
L'hydropisie du troisième ventricule écarte les unes des autres les épiphyses des pédoncules ; les demi-commissures restent alors flottantes sur le liquide ; elles n'arrivent pas au point de contact et ne se réunissent pas.
Il en est de même de la voûte chez les mammifères : ses parties latérales se forment comme à l'ordinaire ; mais les faisceaux transverses ne peuvent se joindre. On aperçoit leurs fibres surnageant sur le liquide,
bL\S A NATO Mit COMPARÉE DU CERVEAU ,
Il en est de même du corps calleux : l'accumulation du liquide disjoint toutes ces commissures , ou plutôt les empêche de se réunir ; ces embryons nous offrent dans ce cas la preuve manifeste de la marche excentrique de tous ces faisceaux , et la confirmation de leur développement de la circonférence au centre.
Dans ce dernier cas , toute la partie interne des hémisphères est tapissée par une lame médullaire , formée pir la demi-voùte , le demiseptum et le demi-corps calleux qui se sont confondus; cette disposition m a rappelé celle de la lame rayonnante des hémisphères des oiseaux.
N'oublions pas de faire remarquer que le système sanguin joue un rôle important dans la manifestation de la loi de conjugaison.
Les engrenures de la moelle épinière sont précédées par celles du réseau vasculaire qui pénètre de chaque côté de ses lames.
La réunion du cervelet n'a lieu qu'aprçs la jonction de ses vaisseaux en arrière.
La voûte se forme transversalement le long des mailles que présente le plexus choroïde des grands ventriiiules.
g. n. Structure i>u système nerveux , appliqué a
SA I>ÉTïLRMINATION.
L axe éérébrô-spinial du système nerveux des vertébrés est composé de deux substances, Tune
grise , l'autre blanche. Aussi long-temps que cette observation est restée purement anatomique , on s'est borné à considérer leur position , leurs rapports et leurs connexions respectives.
Plus tard on admit des esprits animaux intermédiaires entre l'âme et la matière, et à l'aide desquels on expliquait toutes les fonctions du système nerveux.
Personne ne doutait , il y a un demi-siècle , de l'existence de ces esprits. Personne n'y croit plus de nos jours. 11 serait donc inutile dç rappeler cette erreur tombée dans l'oubli , si son histoire ne se rattachait aux principales découvertes qui ont été faites dans la structure de l'encéphale.
On s'occupa d'abord de loger ces esprits , et de leur trouver dans l'encéphale un réservoir commun , d'où l'âme pût les diriger à volonté. Galien plaça ce réservoir dans le quatrième ventricule; Wepfer et Riolan , dans les hémisphères ; Willis , dans les corps striés ; Yieussens , dans le demicentre ovale ; Lancisi , dans le corps calleux ; quelque autre dans le troisième ventricule. Descartes partagea cette dernière opinion, et trouva dans la glande pinéale le point central que l'âme lui parut devoir occuper dans lencéphale.
Quoique les esprits animaux ne fussent doués par leurs inventeurs d'aucune des qualités de la matière; qu'ils fussent invisibles , inodores, sans <|ouleiu', sans consistance, néanmoins on voulut
les faire provenir de quelque source que Ton rechercha dans l'encéphale.
La matière grise parut très-propre à cet effet ; Willis la trouva en abondance dans les corps striés ; Malpighi pensa que la substance corticale était un composé de petites glandes ; il fondait cette opinion sur ce que, lorsqu'on fait macérer un cerveau , sa substance s'élève en molécules d'apparence glanduleuse; il retrouvait ces molécules en examinant cette substance au microscope. Wepfer et Manget donnèrent une grande consistance â cette opinion , en remarquant que chez un hydrocéphale ils avaient observé l'un et l'autre la substance corticale , formée par de petits follicules creux, du centre desquels se détachait un faisceau de matière blanche.
Gomme Malpighi ne retrouvait plus cette disposition dans la matière grise des corps striés, il s'éleva avec force contre la découverte de Willis, qui fut aussi vigoureusement combattue par Stenon. Aussi les anatomistes ne furent pas peu surpris , lorsque Yieussens vint leur annoncer que la découverte de Willis était inattaquable , et qu'il y avait, de plus , dans la masse de l'encéphale, plusieurs autres processus de matière grise , analogues aux corps striés. Il distingua la couche optique , les corps géniculés , les tubercules quadrijumeaux, le corps rliomboïdal, la matière grise du pont de Varole, le corps frangé des olives et plusieurs autres amas isolés, moins distincts. C'était
Lois BU SYSTEME NERVEUX. 55 1
autant de sources différentes des esprits animaux , qui toutes versaient ce fluide dans le demi-centre ovale.
Ces opinions , surtout celle de Malpighi , furent combattues par le célèbre Ruisch , qui , par Tari étonnant de ses injections', était parvenu à ne trouver dans tous les organes que des vaisseaux ramifiés à l'infini , dont l'extrême division fatiguait l'esprit sans 1 éclairer. 11 crut que toutes les masses grises que le crâne renferme, n'étaient qu'une continuation des artères , dont les extrémités , dépourvues de sang , versaient les esprits animaux invisibles dans les cordons médullaires , qui les transportaient dans toutes les parties du corps. 11 s'éleva contre l'opinion de Leuvenhoek , qui avait reconnu au microscope que la substance grise et la substance blanche étaient formées des mêmes globules différemment disposés dans l'une et dans l'autre : de telle sorte que leur coloration n'était , selon lui , qu'un efiet de la réfraction de la lumière. Rien ne prouvant ni que la substance grise fût un amas de petites glandes, ni qu'elle fût un composé de petits vaisseaux, Fouquet et Bordeu l'assimilèrent au tissu muqueux de la peau , tissu muqueux auquel l'ont comparée denos joursMM. Gall etSpurzheim, sans connaître vraisemblablement les idées des médecins de Montpellier.
On ne vit nulle part les esprits animaux; on ne crut pas moins à leur existence; ; mais si ces recherches furent vaines sous ce rapport , elks dé-
t)J'J ANATOMIE COMPARÉE DU CEKVEAU ,
voilèrent des vérités très-importantes relatives aux rapports de la substance grise et de la substance blanche de l'encéphale. Cet organe parut à Willis et à Yieussens un composé de plusieurs organes , concourant tous au même but et aux mêmes actions.
La substance blanche fut elle-même mieux connue : puisqu'on faisait sécréter des esprits , puisqu'on leur supposait un réservoir commun, puisqu'on les faisait circuler ensuite dans toutes les parties du corps, il fallait nécessairement qu'ils fussent renfermés quelque jDart , soit pour les contenir , soit pour éviter leur épanchement. La substance blanche remplit cette seconde fonction.
Willis la supposa creuse, de-là le nom de corps cannelés qu'il donna aux corps striés. Malpighi la compara aux tuyaux qui composent une orgue. Yieussens découvrit tout exprès des vaisseaux particuliers , qu'il nomma névro-lympkatiques ; vaisseaux tout aussi invisibles que les esprits qu'ils devaient renfermer , puisque depuis lui nul anatomiste ne les a aperçus.
Ces suppositions admises, la disposition fibreuse de la matière blanche fut dévoilée avec un art étonnant. Willis montra des faisceaux descendans du corps strié et de la couche optique aux pédoncules cérébraux; il suivit la liaison de ces faisceaux , des corps striés dont il faisait le sensorium commune , avec les différentes parties des hémis-
LOIS DU SYSTIiME NERVEUX. 555
phères cérébraux : il les fit recourber ensuite pour former la voûte et le corps calleux.
Yieussens fit pour le demi -centre ovale des hémisphères , ce que Willis avait tenté pour les corps striés ; il y fit rendre , ou en fit partir les différentes stries médullaires , pour se porter , soit dans les pédoncules , la couche optique et les tubercules quadrijumeaux , soit pour aller , en se réfléchissant , former la corne d'Ammon , les piUers de la voûte , le septum et le corps calleux.
L'homme, les mammifères et les oiseaux avaient servi de base aux observations de Willis et de Vieussens , pour montrer la disposition fibreuse de la matière blanche. Malpighi puisa les siennes dans l'encéphale des poissons. Regardant leurs lobes optiques comme les analogues des hémisphères cérébraux , et partant de son idée favorite, que la moelle épinière était le centre de toutes les radiations du système nerveux, il la suivit jusque dans ces lobes , montra d'abord la divergence de ses rayons dans leur périphérie , qu'il compara tantôt aux divisions d'un éventail , tantôt, aux tuyaux des orgues des églises ; d autres fois , enfin , aux dentelures d'un peigne. Parvenus à la périphérie de ces lobes , il dit que les faisceaux divergeus devenaient convcrgens , pour se porter transversalement les uns à la rencontre des autres , et former leur commissure , qu'il croyait être le corps calleux. On ne pouvait mieux choisir son exemple
554 AINAIOMIE COMFAl'.EK DU CEUYËAU ,
pour montrer la disposition fibreuse de ia matière blanche.
Enfin Lancisi fit pour le corps calleux ce que Willis avait fait pour le corps strié , Yieussens pour le demi-centre ovale , Maipighi pour les lobes optiques des poissons ; il montra leur relation avec toutes les parties des hémisphères , et avec les pédoncules cérébraux , par deux faisceaux particuliers , dont personne n'a parlé depuis, et que j'ai moi-même cherché en vain chez l'homme et les mammifères. Sanctorini , Valsalva , Mistichelli , Pourfour-Petit , Duverney, Saucerotte , Sabouraut , marchèrent d après l'h} pothèse de Willis et de Vieussens , et ajoutèrent à leurs travaux une découverte importante , celle de Tentre-craisement des faisceaux pyramidaux.
Un fait occupait les pathologis tes depuis Arétée. Une altération de l'un des hémisphères du cerveau produit la perte des mouvemens dans la partie du corps qui lui est opposée. Une lésion de l'hémisphère droit produit la paralysie à gauche , et vice versa. La circulation des esprits animaux ne pouvgit en rendre compte; la découverte de l'entre-croisement des pyramides , que Mistichelli et Pourfour-Petit annoncèrent en même temps , fit cesser cette incertitude. On vit par l'efFet de cet entre-croisement la liaison de Fliémisphère droit avec la partie gauche de la moelle épinière , et le rapport de l'hémisphère gauche avec la moitié droite de cette moelle.
Le cervelet, dans toutes ces recherches, était considéré comme un organe à part. Depuis Wihis , on le regardait comme le foyer des esprits qui présidaient aux fonctions vitales, telles que la circulation et la nutrition.
Les immortels travaux do Haîler et de son école, sur l'irritabilité, anéantirent pour jamais les esprits vitaux et les esprits animaux , et donnèrent à Fétude des fonctions du système nerveux une nouvelle direction. Il n'est pas de mon sujet de la suivre; qu'il nous suffise de dire que de cette mémorable époque datent les notions positives sur la physiologie de ce système.
Un fait que nous ne saurions trop faire remarquer, c'est que la chute des esprits animaux entraîna l'oubli des découvertes anatomiques qui avaient été faites sous leur influence. On parut croire que les découvertes sur la disposition fibreuse de la matière blanche et sur la direction de ses faisceaux , n'étaient , comme cette hypothèse célèbre , que le fruit de l'imagination. \)n se borna à considérer l'encéphale comme une masse demisolide , dont une partie était blanche, l'autre grise ; et par une inconséquence que rien ne peut expliquer, on continua d'admettre que les nerfs étaient creux.
La science avait donc rétrogradé sur ce point , lorsque MM. Gall et Spurzheim , animés de tout le zèle qu'inspire un nouveau système à faire prévaloir , nous ramenèrent aux faits anciennement
OOO ANATOMIE COMPARiîE DU CERVEAU.
connus , et nous y ramenèrent par des hypothèses tout aussi peu vraisemblables que celle des esprits animaux.
Je ne considère ici que la partie anatomique ; je remarque d abord que dans le système des physiologistes allemands , la matière grise est supposée la matrice , ou la matière nutritive de la matière blanche , ce qui revient à l'hypothèse de la sécrétion des esprits , par la substance grise , dont la matière fibreuse n'était que les conduits excréteurs.
Ces deux hypothèses supposent une communication directe entre ces deux substances , ce qui se rencontre bien aux hémisphères cérébraux et au cervelet des animaux adultes , mais nullement à la moelle épinière et aux corps striés ; car chez les mammifères et les oiseaux , on peut enlever toute la couche de la matière grise de la moelle épinière sans intéresser en aucune manière la substance blanche. Chez les mammifères, on enlève également les amas de matière grise des corps striés , sans que la matière fibreuse offre ni déchirure, ni altération.
Dans l'état primitif des jeunes embryons , la lame qui forme la substance corticale des hémisphères cérébraux, n'est que juxta-posée sur les lames de la matière blanche ; ces deux parties ne sont même pas adhérentes. Ruisch a enlevé chez un enfant toute la lame corticale des hémisphères sans intéresser leur substance blanche. Si on sup-
pose une nutrition , comment s'opère- 1- elle? Y a-t-il des canaux de communication de l'une à l'autre substance , comme l'admettait l'hypothèse des esprits animaux? quel est le fluide nutritif, et comment circule-t-il ? quelle *est la matière de renforcement ? on ne l'explique pas.
En second lieu , une conséquence de cette hypothèse , c'est que la matière grise doit toujours être proportionnée à la matière blanche. Or , dans la moelle épinière , ce rapport, loin d'être constant , est au contraire dans une raison inverse. Ainsi à mesure que Ton descend chez les mammifères, des singes aux rongeurs , et de ceux-ci aux oiseaux , la matière blanche va 'en augmentant , et la grise en diminuant.
Chez tous les poissons, la prédominance de la matière blanche est plus prononcée encore , et sur plusieurs à peine trouve-t-on dans la moelle épinière les vestiges de la matière grise. Cette hypothèse, en opposition manifeste avec les faits, n'est donc pas admissible.
La moelle épinière ofFre-t-elle un renflement formé par la matière grise à l'insertion des nerfs spinaux? MM. Gall et Spurzheim ont été conduits à cette conséquence par leurs idées sur les fonctions de la matière grise , et par une fausse application de ce que l'on observe chez les insectes parfaits. Chez ces derniers , les nerfs latéraux du tronc naissent en effet d'un renflement très-distinct, dont l'ensemble constitue leur chaîne
558 A N A TOM I îl c: 031 V A UÉ E D U CKR VE AU ,
ganglionaire qui occupe le centre de ranimaL Mais cette chaîne de ganglions est-elle l'analogue de la moelle épinière? nous avons prouvé le contraire. Cette comparaison est donc erronée.
La disposition que l'on suppose le long de la moelle épinière des Vertébrés n'est pas plus exacte. Dans aucune classe, on ne voit uue série de renflemens correspondre à la série d'insertion des nerfs spinaux ; la moelle épinière des poissons est surtout remarquable à considérer sous ce rapport. On n'y remarque aucun renflement , quoique les nerfs spinaux soient très-dé veloppés , notamment chez les poissons cartilagineux.
La question n'est plus aussi tranchée dans la masse nerveuse que renferme le crâne. Il est certain que la moelle allongée et sa gouttière , le plancher du quatrième ventricule, offrent , comme nous l'avons déjà vu , et comme nous le verrons plus bas encore , des renflemens de matière grise en rapport avec l'insertion de certains nerfs.
Il est certain que la matière grise du pont est proportionnelle dans sa quantité au nombre et au volume des faisceaux médullaires qui le constituent. Il est également certain que la matière grise qui forme la couche optique , et celle qui donne naissance au corps strié , sont en rapport, dans les différentes classes , avec le volume et le nombre des faisceaux médullaires qui les traversent.
Me^is cela prouve-t-il , comme le pensait Ruysch , que les vaisseaux nui sillonnent de toutes parts la
matière grise, donnent naissance à la matière blanche? Cela prouve-t-il , comme Font avance^ Willis , Gall et Spiirzheim , que la matière blanche y puise ses racines ?
L'anatomie résout négativement ces questions ; car, d'une part^ Ruysch n'a jamais pu rougir la matière blanche dans ses injections; ce qui lui fit dire que les artères se transformaient en vaisseaux blancs. De l'autre, Willis n'a jamais pu montrer les fibrilles sortant de la matière grise pour aller former les faisceaux. Malpighi a échoué dans ses tentatives pour faire sortir les faisceaux blancs des follicules glanduleux dont il formait la matière grise. MM. Gall et Spurzheim ont-ils été plus heureux? Je n'en trouve aucune preuve dans leurs ouvrages. Les fonctions qu'ils attribuent à la matière grise, d'être la matrice de la matière blanche, de lui servir d'organe de nutrition ou de matière de renforcement , ce qui revient toujours à la même idéje , sont avancées partout , et ne se trouvent prouvées nulle part. Aussi tous les anatomistes modernes ont-ils sanctionné sous ce rapport l'opinion de M. le baron Guvier. Les célèbres Rolando, Tiedemann ^ Treviranus , se sont tous accordés à ranger l'opinion de Gall au nombre des hypothèses dont nul système ne peut se passer.
L'anatomie démontre un rapport de proportion de ces deux substances , dans les diverses parties que nous avons mentionnées. En quoi consiste ce
56o ANATOMIE COMPAREE DU CERVEAU ,
rapport? Nous l'ignorons encore , et pour servir utilement les sciences , il faut savoir faire ces aveux.
Ce rapport de proportion varie beaucoup , commenous l'avons vu, dans les différentes classes; mais les lobes cérébraux étant pris en masse , le rapport devrait être toujours proportionnel entre la substance grise et la substance blanche. Or l'anatomie comparative des quatre classes est loin d'offrir ce résultat.
A la moelle épinière , la substance blanche l'emporte tellement sur la grise , qu'on ne peut raisonnablement supposer que la première soit l'origine de la seconde. L'inverse se remarque dans les lobes cérébraux , considérés dans les trois classes inférieures.
Chez les oiseaux , la masse entière des hémisphères est formée par un bloc de matière grise que sillonnent çà et là quelques faisceaux à peine visibles de matière blanche.
Chez les ophidiens, la masse des hémisphères est entièrement composée par la matière grise ; chez les sauriens , un seul faisceau de matière blanche se remarque dans ces parties ; chez les tortues de mer , reptiles chez lesquels les hémisphères sont les plus développés , la pyramide ne produit dans Thémisphère qu'un petit faisceau rayonnant de matière blanche; les dix-neuf vingttièmes de l hémisphère sont formés par la matière grise.
Enfin , chez les poissons , à peine peut-on apercevoir le petit faisceau de matière blanche qui entre dans la structure de ces lobes ; toute leur masse est formée par la matière grise , chez les poissons osseux et cartilaginevix.
Si on ne peut admettre que dans la moelle épinière la petite quantité de matière grise serve de matrice à la matière blanche ; si chez certains poissons l'absence de la première n'en permet pas même la supposition, vous trouverez une difficulté d'un autre genre dans les lobes cérébraux des trois classes inférieures. Comment supposer ici qu'une si grande quantité de matière grise donne naissance à de si petits faisceaux de matière blanche? Quel rapport y aurait-il entre l'organe nutritif et l'organe nourri? entre la matière de renforcement et l'organe renforcé? entre les follicules sécrétans et lai partie sécrétée ? entre les innombrables vaisseaux répandus dans la masse grise des hémisphères et leur petit faisceau de terminaison, selon Ruysch? Toutes ces opinions sont donc encore contradictoires avec les faits.
Appliquées aux animaux invertébrés , ces hypothèses sont encore moins vraisemblables ; car chez le plus grand nombre il n'existe pas de matière grise , la matière blanche forme seule leur système nerveux ; et chez ceux où l'on rencontre la matière grise , elle est hors de toute proportion avec la matière blanche ou fibreuse.
A quoi tient cette persévérance continue des 1. 56
56^ iNATOMIE COMPARÉE DU CERVEAU ,
anatomistes à faire naître la matière blanche de la matière grise? à une erreur fondamentale érigée en principe; à l'idée préconçue que le système nerveux se développe du centre à la circonférence, et que la matière grise est formée avant la blanche.
En conséquence , Willis et Yieussens supposent que la substance corticale des hémisphères cérébraux et du cervelet , et la matière grise des corps striés et des couches optiques donnent naissance à toute la matière blanche de ces parties , qui se réunit au tronc commun , la moelle épinière , d'où partent des nerfs en rameaux et ramuscules. Willis ajoute que sur leur trajet les nerfs sont renforcés par les amas grisâtres des ganglions.
Malpighi, qui se montre si souvent opposé à Willis , regarde la moelle épinière comme le contre du rayonnement de toute la matière blanche et des nerfs.
MM. Gall et Spurzheim adoptent l'opinion de Malpighi , et font toujours développer le système nerveux du centre à la circonférence.
Les nerfs n'étaient alors qu'une émanation de la substance de l'axe cérébro-spinal du système nerveux. On les supposa creux quand les esprits animaux devaient y circuler. Diemerbroek , comparant cette circulation à celle du sang , dit qu'un ordre de nerfs doit avoir des valvules dans Tintélieur de la cavité , comme les veines , et qu'un autre doit en être dépourvu comme les artères.
' tOlS DU SYSTÈME NKRVEÙt. 563
Les premiers devaient transmettre les impressions de la circonférence au centre , et les seconds , les transporter du centre à la circonférence.
Plus tard , on remplit cette cavité de la substance blanche et de la substance grise du cerveau ; depuis Reil et Bichat , on n'y suppose plus queda matière blanche. Je suis étonné que depuis M. Gall on n'ait pas rempli cette cavité imaginaire par la substance grise seulement.
La loi du développement excentrique du système nerveux renverse toutes ces suppositions ; elle nous montre , chez les vertébrés et les invertébrés , les nerfs latéraux du tronc et de la tête formés avant leurs ganglions ; donc ceux-ci ne peuvent leur donner naissance , ni 'leur servir de matrice , ni devenir leur organe nutritif.
M. Cuvier a constaté le premier que dans le genre astérie le système nerveux est composé de matière blanche sans matière grise. Où trouver chez ces animaux la matrice de leur système nerveux ou leurs follicules sécréteurs ?
Le système nerveux marchant de la circonférence au centre , quelle sera la première partie formée? On voit que ce ne peut être que la matière blanche , qui forme les couches excentriques de cet organe.
Chez tous les embryons, sans exception , la matière blanche se forme avant la grise dans la moelle épinière.
Dans les olives , la matière blanche est déve-
loppée avant la grise : souvent même celle-ci ne se forme pas , comme chez les oiseaux , les poissons et les reptiles.
Les faisceaux blancs , qui constituent le trapèze, sont développés avant le renflement grisâtre des frères Wenzel , que l'on regarde comme leur ganglion. *i
Les faisceaux médullaires du pont de Varole apparaissent avant la matière, grise qui les entrecoupe.
Les faisceaux blancs des nerfs optiques , qui se dirigent sur les corps géniculés ^ existent longtemps avant la matière grise , qui constitue ces derniers.
Les pédoncules de la glande pinéale sont formés avant ce corps : donc ce corps n'est pas leur ganglion ou leur matrice.
Toutes les hypothèses qui supposent la formation de la matière grise avant la blanche sont donc renversées par cette loi générale de formation du système nerveux (i).
L'anatomie pathologique confirme cette assertion. Avant mes travaux , on regardait comme
(i) D'après cette loi, je crois inutile de faire remarquer combien est vicieuse l'idée qui assimile les ganglions nerveux, 0^ le? ganglions que l'on observe chez les invertébrés, à la matière grise de l'axe cérébro-spinal des vertébrés. Les ganglions sont des organes durs; la substance grise est molle, pulpeuse, et comme gélatineuse, chez certains poissons. Cette différence suffit pour apprécier ceUe analogie.
incurables toutes les paralysies dépendantes d'une altération organique de l'encéphale. J'ai le premier constaté leur guérison, et j'ai établi , d'après un grand nombre de faits, qu'elle s'opérait par. la formation d'une cicatrice, qui réunissait la solution de continuité qu'avait éprouvé cet organe (i).
J'ai remarqué que la formation de la cicatrice est d'autant plus prompte , qu'elle est plus rapprochée du demi-centre ovale des hémisphères , ou des principaux amas de matière blanche de l'encéphale.
J'ai observé , au contraire , que la cicatrisation est plus lente lorsqu'elle ge forme aux environs de la matière grise.
J'ai observé, enfin , que la cicatrisation na point lieu lorsque la solution de continuité n'intéresse que la matière grise dans le corps strié, la couche optique , ou la substance corticale du cervelet ou du cerveau.
La cicatrice se forme dans le demi-centre ovale des hémisphères par le développement de faisceaux blancs , qui des parois de la déchirure se portent vers le centre , où ils s'engrènent et se
(i) Anatomie pathologique de M. le docteur Cruveilhier, 1816. Journal général de Médecine ^ de M. le docteur Regnault, i8i8. Ces faits ont si souvent été constatés depuis, que la cicatrisation du cerveau est devenue, en peu d'années, un des principes généraux les mieux établis de l'anatomie pathologique.
confondent. Or cette partie est dépourvue de ma^ tière grise : donc ceîle-ci est étrangère à leur for-, mation.
Si la matière grise était ia racine de la matière blanche , les cicatrices devraient s'y former plus promptement et plus complètement que dans la matière blanche. Non-seulement l'inverse a lieu , mais le plus souvent même les solutions de continuité de la matière grise ne se cicatrisent pas.
L'anatomie comparative et l'anatomie pathologique prouvent donc que la matière grise n'est ni la matrice ni l'organe de nutrition de la matière blan-? che. Tous les faits établissent que chez les vertébrés et les invertébrés la matière blanche se forme la première ; dans les formations accidentelles des cica-r triées, la matière blanche qui les forme se déve-^ loppe seule. Si on voulait exprimer cette succession dans l'apparition des deux substances , il serait plus juste de dire que la matière blanche est la matrice de la grise ; mais cette manière d'interpréter les faits est trop vicieuse pour que nous nous servions de ce langage. Je me borne à exposer un fait général d'encephalogénie ; celui de la formation de la matière blanche avant la matière grise, fait sans lequel il m'eût été impossible d'expliquer la cicatrisation du cerveau (i).
(i) Je dois faire remarquer que j'ai été conduit à la découverte de ce fait anatomique par l'étude de la formation des cicatrices de l'encéphale, en 1813 , i8i3 et 1814.
L'axe cérébro-spinal forme un organe unique ; les deux substances qui le composent se continuent de la colonne vertébrale dans le crâne , chez tous les anrmaux vertébrés. Cette continuation n'est pas un simple rapport de continuité. Les faisceaux médullaires qui composent l'une et l'autre partie, se correspondent de l'encéphale à la partie supérieure de la moelle épinière , ou de celle-ci à l'encéphale d'une manière admirable.
Cette correspondance va compléter toutes les preuves que nous avons données de l'identité des principaux élémens de .l'encéphale dans les quatre classes.
Si vous considérez les pyramides , vous les voyez se mettre en rapport dans toutes les classes avec les hémisphères cérébraux. Quelle que soit la différence de forme et de volume de ces derniers , ils sont toujours en connexion avec le faisceau antérieur de la moelle épinière, ainsi que l'on peut le voir chez les poissons (i) , les reptiles (2) > les oiseaux (3) et les mammifères (4).
Si vous considérez le cervelet , vous observerez constamment ses rapports avec le cordon postérieur de la moelle épinière , chez les mammi-
(1) PI.YII, fig. 166, n» 1, 7, 5 et 4; pL VI,fig. 147, ir 7, 5 et 5.
(2) PI. XIV, fig. 288, n» 7, 9 et 10.
(3) PI. III, Og. 82, n« 8 et 6.
(4) PI. XIV, fij. 289, n" 1, 11, i5 cl 19.
fères (i) , les oiseaux (^a) , les reptiles [5) et les poissons (4).
Si vous examinez enfin les tubercules quadrijumeaux ou les lobes optiques , vous suivez constamment leurs connexions avec les faisceaux moyens de la moelle épinière , ou les corps olivaires. Ce dernier rapport est très-important à considérer chez les poissons (5) , les reptiles (6), les mammifères (7) et les oiseaux (8) , parce qu'il complète tout ce que nous avons dit sur les analogies de ces parties fondamentales de l'encéphale dans toutes les classes des vertébrés.
§. III. De l'influence du système sanguin sur le
DÉVELOPPEMENT DiU SYSTÈME NERVEUX.
Mais ce rapport prouve-t-il que la moelle épinière naisse de l'encéphale , ou ce dernier de la moelle épinière? Celte question a été décidée en sens inverse, selon le point de vue sous lequel on a envisagé le système nerveux.
(1) PI, XIV, fig. 289, n^ÔetS.
(2) PI. III, fig. 86, n° 1 et 2; fig. 87, n° 3. (5)PLXIV,fig. 288, n'» 1, 3 et 5.
(4) PI. YII, %. 174, n" 7, 4 et 5; pi. VI, fig. 147, n° 10 et 1.
(5) PL VII, fig. i56, n" 9, 2 et 5; fig. 172, n- 2 et 4; pi. VI, fig. 147, n« 8 et 9.
(6) PI. XIV, fig. 288, n° 2 et 6.
(7) PI. XIV, fig. 289, n" 5 et 14.
(8) PI. m, fig. 82, n" a et 3.
Les anciens philosophes faisaient provenir lencéphale de la moelle épinière , sans que l'on puisse entrevoir les raisons qui les portaient à cette idée. Les physiologistes et les médecins , considérant au contraire que le centre d'action du système nerveux résidait dans l'encéphale, firent dériver la moelle épinière de celui-ci. Enfin Malpighi, partant toujours de l'idée que les animaux se développent du centre à la circonférence , fit dériver l'encéphale et tous les nerfs de la moelle épinière. MM. Gall et Spurzheim ont fait prévaloir cette dernière opinion dans ces derniers temps. Je n'entrerai pas pd^ur le moment dans la discussion des raisons qu'ils en apportent ; je vais m'attacher à prouver que ni l'une ni l'autre de ces opinions ne sont exactes.
Je remarque d'abord que dans l'examen de cette haute question , on a toujours considéré l'axe cérébro-spinal comme générateur de luimême; le système sanguin , système producteur des organes, en a toujours été écarté depuis E.uysch , parce que cet anatomiste en avait véritablement défiguré la valeur.
Pour décider une question d'organogénie , il est donc indispensable d'y faire entrer le point fondamental de cette partie de la science. C'est ce que nous allons essayer de tenter.
La moelle épinière se développe sur l'influence des artères intercostales ; le cervelet , par l'intermède des vertébrales, et le cerveau, par les caro-
lides. Pour que Taxe cérébro-spinal fût formé d'un seul jet, comme on le suppose, il faudrait nécessairement que toutes ces artères fussent réunies en un seul tronc , et que ce tronc projetât ses branches du point central , par lequel on ferait commencer le développement de l'axe cérébro-r spinal du système nerveux.
Mais il n'en est pas ainsi. Ces artères ont chacune des conditions d'existence distinctes; elles ont des origines différentes et trèsréloignées , et des distributions limitées ; or , si nous admettons que le système sanguin est pour quelque chose dans la formation des organes , il faudra nécessairement admettre aussi des origines distinctes pour chacune des parties auxquelles ces artères se distribuent principalement.
Gela posé , la question de préexistence des diverses parties du système nerveux est renfermée dans celle delà préexistence de ses diverses artères. L'ordre de leur formation nous mettra sur la voie de la marche du développement de l'encéphale et de la moelle épinière.
Des trois ordres d'artères qui environnent la moelle épinière et l'encéphale , quel est le premier apparent chez les embryons? C'est toujours celui des artères de la moelle épinière. Les linéamens de cet organe sont aussi les premiers formés.
En second lieu , on voit apparaître les carotides primitives , et la carotide interne , qui projette d'abord l'artère de l'œil , dont le développement e^t si
LOIS DU SYSTÈME NERVEUX. Sj l
précoce chez tous les embryons , et qui se recourbe ensuite pour aller se répandre sur les pédoncules cérébraux et les tubercules quadrijumeaux.
Les pédoncules et les tubercules suivent aussi la formation de la moelle épinière , dont la région cervicale est primitivement formée par la branche de l'intercostale supérieure , qui pénètre dans le canal vertébral.
Enfin , la vertébrale arrive la dernière dans le crâne ; le cervelet est aussi le dernier organe apparent dans Fencéphalogénie de tovites les classes.
Voilà donc trois foyers distincts de formation ; trois sources différentes de développement de la partie centrale du système nerveux.
Si on adopte l'idée de Willis , on fait marcher successivement le système nerveux de la périphérie des hémisphères cérébraux et du cervelet vers la moelle épinière.
Si Ton suit celle de Malpighi et de Gall, on fait rayonner l'encéphale de la moelle épinière , comme les branches d'un arbre rayonnent de son tronc.
Mais est-ce ainsi que se forme cet organe ? Non sans doute ; on a vu dans le cours de cet ouvrage que les principales parties avaient des directions très-différentes , des directions même opposées. On a vu que le cervelet se formait d'arrière en avant , et les hémisphères cérébraux , au contraire , d'avant en arrière.
A quoi tient cette direction opposée? Pourquoi je cervelet et le cerveau marchent-ils en sens in^
verse ? Pourquoi ne se développent-ils pas dans le même sens? On n'en trouve la raison, ni dans la disposition des faisceaux fibreux de la matière blanche , ni dans celle des amas de la matière grise , ni dans les explications ordinaires sur l'encéphalogénie. Peut-on en entrevoir la cause dans la formation et dans la distribution du système sanguin ?
Quand on considère l'ensemble des artères qui embrassent l'encéphale et concourent à son développement , on voit que l'artère vertébrale pénètre par la partie postérieure , et se dirige d'arrière en avant , selon le mode de formation du cervelet.
Si on suit, au contraire , la direction de la carotide interne, on remarque qu'après avoir fait ses doubles contours le long des sinus caverneux , elle vient rejoindre l'encéphale par sa partie antérieure , et qu'elle se dirige ensuite en sens inverse de l'artère vertébrale , puisqu'elle marche d'avant en arrière, selon le mode constant du développement des hémisphères cérébraux.
Ainsi , le développement du cervelet suit la direction de l'artère vertébrale , et celui du cerveau la marche de la carotide interne.
De là vient que le corps calleux se développe d'arrière en avant, selon l'apparition graduelle de l'artère calleuse.
De là vient que la partie antérieure de la voûte suit la même direction , tandis que la partie postérieure , qui se développe dans l'influence de la
cérébrale postérieure qui provient de la vertébrale, se dirige au contraire , dans sa formation , d'arrière en avant.
De cette union de l'artère vertébrale et de la carotide , résulte le rapport général que l'on observe chez les vertébrés , entre le développement du cervelet et celui des hémisphères cérébraux.
Un des faits généraux les plus importans de l'anatomie comparative du système nerveux , c'est l'antagonisme que l'on remarque entre le développement de ses diverses parties.
La moelle épinière et l'encéphale considéré en masse , suivent un rapport inverse de développement , ainsi que l'avaient entrevu Haller , Sœmmering, et que l'a établi M. Cuvier.
Quelle est la cause de cet antagonisme? on ne peut la chercher dans la proportion des substances qui composent l'axe cérébro-spinal du système nerveux , puisque la matière grise de la moelle épinière décroît en raison directe de son développement.
Il y a donc une autre raison de ce développement opposé? Je l'ai aperçue dans le balancement respectif du calibre des artères qui forment l'une et l'autre partie.
Plus les artères spinales , provenant des intercostales, sont volumineuses, plus la moelle épinière est développée, plus le tronc lui-même est volumineux.
Plus ces artères sont considérables , plus les vertébrales , plus les carotides internes sont
atrophiées , plus , par conséquent , le cervelet et le cerveau sont réduits dans leur développement?
Au contraire , plus les vertébrales , plus la carotide interne s'accroissent en volume, plus les artères spinales sont réduites dans le leur, plus^ par conséquent, l'encéphale accroît , tandis que le volume de la moelle épinière diminue.
Ce principe général d'organogénie est applicable à toutes les parties du système nerveux , conséquemment à toutes les parties de l'animal.
Nous avons déjà vu le grand sympathique décroître en raison directe de la décroissance du système sanguin.
Nous avons vu le prolongement caudal des animaux , être rigoureusement assujéti, dans son volume , au volume du calibre de l'artère sacrée moyenne.
Nous avons vu l'embryon humain perdre sa queue ^ à mesure que l'artère sacrée moyenne s'atrophie.
Nous avons vu dans la métamorphose du tétard des batraciens , et chez les embryons des chauve- souris sans queue, qu'ils perdaient leur longue queue avec leur artère sacrée moyenne.
Pareillement , nous avons observé que l'apparition des membres et de leur nerf coïncidait avec l'apparition de leurs artères , et que le volume de celle-ci donnait rigoureusement le volume des nerfs et des membres.
Nous avons observé que les reptiles bimanes ,
lois DU SYSTÈME NERVEUX. ^jS
et les cétacés qui sont les bimanes chez les mammifères , n'avaient que des artères axillaires , et point de fémorales.
Lorsque les monstres tombent dans leurs conditions , nous avons remarqué que cela dépendait de la non-formation de l'artère fémorale ^ qui, chez eux, manquait accidentellement.
Les reptilesbipèdes sont, sous ce rapport, l'inverse des bimanes ; et chez ' les monstres très-rares qui répètent leur organisation , on trouve , comme chez eux , l'absence de l'artère axillaire ; tandis que la fémorale n'a point souffert dans son développement.
Dans l'application de ce principe à la tête ^ nous avons trouvé que l'artère carotide externe et la carotide interne sont développées dans des proportions inverses. Nous avons déduit de là les causes de l'antagonisme que présentent le développement de la face et celui de l'encéphale.
Nous avons remarqué que plus l'artère carotide externe est volumineuse , plus la charpente de la face est prononcée^ plus les nerfs des sens sont volumineux ; plus la carotide interne est faible ^ plus l'encéphale est réduit dans ses dimensions.
Nous avons remarqué que le développement de la carotide externe est proportionnel à celui des intercostales et des spinales , ce qui explique chez les animaux le développement proportionnel du tronc , de la moelle épinière , de la face et des nerfs des cens.
57G ANATOMIE COMPARÉE DU CERVEAU, etC.
Nous avons observé , au contraire , que plus la carotide interne s'accroît en volume , plus la carotide externe diminue, plus la face, plus les nerfs des sens s'atrophient , plus le cerveau se développe.
L'artère ophthalmique ne suit cependant pas ce rapport; elle est toujours en harmonie avec le développement de la carotide externe; de là vient que le volume de l'œil est toujours proportionné au volume de la face et à l'étendue des organes de l'odorat et du goût.
Enfin, nous avons établi que la formation des monstres était soumise aux mêmes principes que le développement des êtres réguliers , et que , quelles que fussent les anomalies qu'ils nous offrent, on en trouvait toujours la cause dans les anomalies de leur système sanguin.
Tels sont les principes fondamentaux du développement du système nerveux ; leur application à ses différentes parties dans toutes les classes explique leur mode de formation , l'ordre successif de leur apparition , leurs rapports réciproques et leurs principales connexions avec les diverses parties de l'organisation des animaux.