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d’user constamment avec eux de la plus grande sévérité. Comme ils jugent en général assez bien de la mimique de l'homme, s'ils voient que le gardien s'amuse de leurs espiégleries, ils cessent de lui obéir et lui font quelques méchancetés. Il leur est assez ordinaire, par exemple, quand le gardien vient pour nettoyer leur case, d’emporter avec eux leurs excrémens, afin que le gardien ne puisse pas les enlever.
Presque tous les singes sont susceptibles de jalousie : s'ils témoignent de l'amitié à une personne qui leur donne des friandises, et qu'un tiers s’approche d’eux, ils font à ce tiers toutes Les méchancetés dont ils sont capables. Un orangoutang mort il y a deux ans à la ménagerie aimait, quand il était malade, à être sur les genoux de son gardien, il ne souffrait pas alors que personne s’approchèt de lui, et il chassait surtout les. enfans. Quelqu'un ayant embrassé une jeune fille devant un papion, celui-ci, devenu furieux, lui lança un pot d’étain qui le blessa grièvement. Il ne faudrait pas croire cependant, que les singes reconnaissent les femmes habillées, et sachent les distinguer des hommes; ils sont également lubriques en présence des uns ou des autres, principalement s’ils voient que l'on s'amuse de leurs saletés.
C'est une chose assez singulière que la manière dont les nouveau-venus acquièrent le droit de domicile dans la vaste cage où les singes de la ménagerie se réunissent pour jouer. Presque tous cherchent querelle à celui qu’ils voient pour:la première fois; cependant ce n’est pas sans prengre quelque précaution, celle, par exemple, de voir s’il est fort et si ses dents sont longues. Un de leurs premiers mouvemens est d'ouvrir les lèvrès pour montrer leurs dents, et il est arrivé, qu'en présence du gardien, un bonnet chinois est allé lui-même écarter les lèvres d’un arrivant, pOur j juger s’il fallait le respecter oule battre. Cette habitude des singes obli-
ET DES SINGES. 537 gerait à tenir les petits constamment étoignés des autres, si quelques singes des plus forts, les papions et les hamadryas, ne se faisaient les protecteurs des plus faibles. Les cynocéphales, quoique naturellement cruels, aiment beaucoup les petits, et comme ils sont de nature changeante, ils préfèrent les-nouveau-venus à ceux qu’ils connaissent déjà. On-profite de cette disposition, et on place avec eux, pour dormir dans la même case, les Singes auxquels il faut un protecteur. Leur connaissance est bientôt faite, et on peut les laisser aller ensemble, sans rien craindre pour les plus faibles.
Fr. Cuvier a vu une femelle macaque qui ayant eu deux fois un-petit, danstla Ménagerie, n’en a pris aucun soin. C'est là une monstruosité, car les singes ont une tendresse extrême pour leurs petits, et Les femelles qui n’en ont pas sont heureuses de pouvoir en trouver ou en voler pour leur faire des caresses. J’ai vu ensemble deux femelles; l’une de papion, l’autre d'hamadryas; la première avait son petit accroché à sa poitrine, l'autre tournait auprès d'elle, urépiguait, criait et faisait tous ses efforts pour le lui arracher. Elle tirait ce petit par les bras, par les jambes, avec une très grande force, nullement préoccupée de la crainte de lui faire du mal, mais comme uniquement poussée par un instinct violent de le posséder; mais la mère n'avait garde de s’en dessaisir et le défendait à belles dents. Les mères font la toilette de leurs petits : « C’est un spectacle curieux, dit Fr. Cuvier (1), que de voir ces femelles porter leurs enfans à la rivière, Les débarbouiller malgré leurs plaintes, les essuyer, les sécher et donner à leur propreté un temps et des soins que dans bien des cas, nos enfans pourraient envier. » LH Les mâles partagentles soins que les femelles donnent aux
(1) Hist, naturelle des mammifères, etc. Hist. des siamangs.
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petits. Un papion, dont la femelle est morte, est père d’ün petit, âgé de trois ans, né à la Ménagerie. Ce petit est rabougri , rachitique; il dort.toutes les nuits entre.les bras de son père qui le surveille presque constamment. Il est l'objet d’une attention toute particulière de la part dés autres singes desquels il n’a jamais reçu la plus légère égratignure, et qui lui font au contraire toutes sortes de caresses. IL n’a pour mériter cette faveur que les dents de son père, dont la force-est supérieure à celle de tous les autres singes de la Ménagerie.
Une de leurs manières de se faire mutuellement plaisir est de se pouiller; ils le font avec beaucoup d'adresse, relevant les poils avec une de leurs mains, et avec l’autre cherchant, non pas des poux, car ilsn’en ont jamais, mais’ des débris d’épiderme qu’ils portent à leur bouche. S'ils prennent quelqu'un en amitié, ils le pouillent pour le fêter.
Ils ont l'habitude de se sucer les uns les'autres, tantôt. aux oreilles, tantôt sur les flancs. Ceux que l’on suce se laissent faire, quoique leur peau en Soit détruite et usée jusqu’ aux muscles. Ils maigrissent, perdent'connaissance, et périraient si on ne les tenait pas isolés tout le temps nécessaire à la guérison de leurs plaies. ( WE
Les singes vivent surtout.de fruits et de grains; ils aiment le lait et le sucre ; ils né sont pas gloutons, mais.trés friands. Le sucre qu’on leur,donne, ils le savourent avant de l’avaler. Si on leur présente plusieurs alimens, ils goûtent de Chacun, et mangent celui qu'ils ont trouvé le meilleur. À la différence de la plupart des autres animaux, ils n’ont pas de reconnaissance envers les personnes qui. leur ‘ont donné des friandises. La versatilité de leurs sentifnens est °g31e à la mobilité de leurs gestes. Le plus vivace de leurs instincts est celui qui les porte à faire le mal; sur tout le reste, leurs impressions, quoique vives, sont ordinairement très fugaces.
ET DES SINGES. . bo9 Le coaïta, qui appartient à la famille des sapajous, est plus timide que la plupart des autres singes ; ses mouvemens sont doux-et réglés; il est peu intelligent, et si on le gronde, il agitau hasard et comme s’il avait perdu la tête. La mone est aussi assez douce ; on dirait qu’elle a “de la circonspection. Ses desirs.ont de la persévérance et ne la portent jamais à rien de violents: elle ouvré les armoires, défait les nœuds, ouvre les anneaux d’une chaîne, et fouille dans les poches avec délicatesse (1). Le gardien Daboncourt m'a rapporté qu'un sajou de‘la Ménagerie, étant parvenu à sortir de sa cage, avait fermé les véfroux de la porte d’entrée d’un corridor, et s'était blotti dans une armoire après en avoir Ôté la clef. La combinaison d'idées quexige une action de ce genre se retrouve bien souvent dans la vie des singes (2). « Un chacma qui bléssa dangereusement son gardien, parce que celui-ci le menaçait d'un bâton, n ’avaitjamais été frappé. Arrivé très jeune à la Ménagerie, il avait continuellement été enfermé dans Sa cage; tout. châtiment lui était inconnu , et le ton d’un homme qui groñde et qui tient un bâton à la main ne pouvait lui rappeler aucune punition ; “aucune douleur. Sa détermination n “avait donc pas eu pour cause une notion acquisepar sa propre expérience, mais elle était le résultat d'un acte intellectueliparticulier, d’un jugement naturel. » Beaucoup d'autres actions des singes sont également le produit de leur réflexion. Une femelle de papion voyant son petit suspendu à une corde, inquiète sur lui, et ne pouvant arriver jusqu'au bout inférieut. de Ta corde, orimpä contre un poteau voisin, alla saisirda corde par le-bout supérieuf, et, la tirant à elle, amena son enfant qu’elle recueillit dans ses bras. L’un
. “ ‘ LA | | (1) Fr. Cuvier, op. cit. ù (2) Id., 14. , op. cif, art: CYNOGÉPHALES,
des orangs-outangs qui sont morts récemment à la Ménagerie du Musée, quand l'heure du diner était venue, avait l’habitude d'ouvrir la porte de la chambre où il prenait ses repas en compagnie de plusieurs personnes. Comme il n’était pas assez grand pour arriver jusqu'à la clef de la porte ,:il se suspendait à une corde, se balançait, et, après quelques oscillations , il atteignait bien vite la clef. Son gardien, que tant d'exactitude impatientait, prit un jour le parti de faire trois nœuds à la corde, qui, devenue trop courte, ne permettait plus à l’orang-outang de saisir la clef. Celui-ci, après une épreuve infructueuse, s’aperceyvant de la nature de lobstacle qui s’opposait à ses desirs, grimpa sur la corde, se placa au-dessus des nœuds et les défit tous trois, en présence de M. Geoffroy Saint-Hilaire, qui m'a raconté ce fait. Le même singe voulant ouvrir une porte, son gardien lui donna un trousseau de quinze clefs ; le singe les essaya jusqu’à ce qu'il eût trouvé celle dont il avait besoin. Une autre fois, on lui mit dans les mains un morceau de fer dont il se servit comme d’un levier. M. Decaen, capitaine de navire, cité par Fr. Cuvier (1), avait un orang-outang âgé de quinze à seize mois, qui ne marchait jamais sur le pont du vaisseau sans tenir fortement dans ses mains des cordes ou quelque autre chose attachée au vaisseau, el qui refusait toujours de monter aux mâts. Son maître, M. Decaen, lui donna l'exemple : l'orang-outang le suivit, gi depuis il ne craignit.plus d'y aller seul.
Le même animal , quand il était fatigué par la visite des curieux, se cachait sous une couverture, et n’en sortait qu'après s'être assuré de la sortie des peréonnes auxquelles il n'était pas habitué. Quelquefois il témoignait de l impatience
(x) Description d’un orang-outang et observations sur ses facultés intellectuelles, In-8.
DES MAMMITÈRES. 5h
et se frappait la tête par terre, puis regardait s’il avait produit quelque effet, dans le cas contraire, il recommençait comme aurait pu faire un enfant mal élevé et taquin.
RÉSUMÉ
1. Les carnivores sont généralement plus industrieux et plus intelligens que les herbivores.
2, Le renard, le loup, le chacal et Le chien sauvage ont des mœurs analogues ; mais le cheval et surtout le chien sont naturellement portés à s'attacher à l’homme et lui obéir.
8. Ils ont les uns et les autres, mais à un degré différent, de la finesse, de la ruse, de la circonspection; avec l’âge, ils acquièrent de l'expérience. Ils s'entendent et se concertent pour agir.
h. L'éducation ne développe, chez aucun animal, autant d'intelligence ni de meilleurs sentimens que chez le chien.
5. Les chats n’ont pas des dispositions naturelles, ni une intelligence aussi grande que le renard et le chien; ils ne vivent ni en troupe, ni en famille; ils ne s’attachent à l’homme que par égoïsme, et sans avoir jamais rien qui ressemble au dévoüment de chien. Ils chassent en épiant leur proie plutôt qu’en la poursuivant.
6. Les animaux composant les familles des ours, des martes et des civettes, ne se nourrissent pas tous exclusivement de chairs, quelques-uns d’entre eux préfèrent même les végétaux à tout autre aliment. C’est dans le groupe formé par ces trois familles que se trouvent les animaux les plus voraces et les plus destructeurs. En intelligence, les ours, les martes et les civettes sont inférieurs aux chiens, mais supérieurs aux chats.
7" La chauve-souris et la roussette, quoique appartenant
à la même famille, ont des mœurs très différentes, la chauvesouris vit surtout d'insectes, la roussette vit de substances végétales,
8. L’unau et l'aï sont phytivores, leurs habitudes sont douces, ils sont presque dépourvus de toute intelligence.
9. La plupart des rongeurs vivent de végétaux; quelquesuns sont très cruels et préfèrent les chairs aux végétaux; il y en a qui se mangent les uns les autres, plusieurs vivent en société, et ceux qui ne s'endorment pas l'hiver, font des provisions de nourriture. À peu d’exceptions près, ils se construisent des habitations, et les plus remarquables, sous ce rapport, sont le castor, le rat musqué, la marmotte, la taupe, l’écureuil. |
10. Deux rongeurs, le rat-d’eau et le cabiaï ont des instincts et des habitudes très analogues à ceux de la loutre.
11. Les édentés vivent de végétaux et d'insectes; quelquesuns mangent aussi.des oiseaux. [ls n’ont que tout juste le degré d'intelligence nécessaire pour se procurer des alimens.
12. Parmi les marsupiaux, les uns sont très doux, comme le phascolome et le kanguroo, ceux-là vivent de végétaux; d’autres vivent de chairs, tels que le dasyure; d’autres enfin sont omnivores.
13. Les solipèdes et les ruminans se nourrissent exclusivement de végétaux; aucun d'eux ne se construit un domicile. Ils ont plutôt de la brutalité que de la cruauté; les mœurs de la plupart d’entre eux sont douces et pacifiques. Îls ne restent presque jamais solitaires; la plupart se réunissent en troupes et quelques-uns vivent en famille.
44. Le plus intelligent parmi les solipèdes est le cheval, et parmi les ruminans, ce sont le chameau et le chevreuil. Le moins intelligent parmi les uns et les autres, c’est le mou filon et surtout le mouton domestique.
15. Les pachydermes pédinaires se rapprochent beaucoup des herbivores ruminans ou solipèdes; le plus intelligent parmi eux est le pécari, le plus stupide est le cochon domestique. sont plutôt.de la brutalité que de la cruauté.
16. Le phoque et le morse se rapprochent des pachydermes ordinaires les plus élevés, du pécari, par exemple. Ils sont sociables entre eux et vivent en famille; ils se donnent des secours réciproques.
47. Les cétacés sont supérieurs aux précédens; ils vivent en société et en famille, un mâle avec une femelle seulement. Ë ue
18. Aucun animal n’est par sa nature aussi intelligent et aussi bon que l'éléphant : il ne se nourrit que de végélaux. |
19. Les makis sont frugivores, et pour l'intelligence, ils sont fort au-dessous de la plupart des rongeurs.
20. Les singes passent toute leur vie dans un état que l’on peut comparer à celui d’un enfant étourdi, capricieux, espiègle, malin, indocile, et dont les organes génitaux développés avant l’âge, le porteraient sans cesse à Ia lubricité.
91. Tous les jéunes mammifères sont plus doux pendant leur enfance qu'après être parvenus à l’âge adulte.
29, Les femelles de tous les mammifères sont plus douces que les mâles. è
23, La castration donne aux mâles la douceur de caractère des femelles. Ÿ
24. Presque tous les mammifères sont susceptibles d'éducation, l'expérience leur profite : les carnivores emploient mille ruses pour attaquer, etles herbivores pour se défendre; les uns et les autres sont moins habiles quand ils sont jeunes que quand ils sont vieux. *