DE
chez les animaux pourvus d’un névro - squelette; mais la trace de la séparation s'y voit encore, elle est dans le sillon du quatrième ventricule. La place qu'occupent les organes de la vie de relation et ceux de la vie nutritive est changée des invertébrés aux vertébrés; chez les premiers, le cœur, les gros vaisseaux , le tube digestif, sont au-dessus de la moelle dont la partie antérieure se bifurque pour laisser passer l’œsophage ; chez les seconds, la moelle s’est élevée au-dessus des organes de la vie nutritive, l’œsophage dont la position se trouve changée, n'ayant plus besoin de traverser la moelle pour arriver à la partie antérieure du corps , les deux côtés de cette moelle se rapprochent, mais conservent encore la trace de leur séparation. Tréviranus a donné cette interprétation au sillon médian qui se trouve dans la partie moyenne duquatrième ventricule, et je Suis pleinement de son avis, Les mollusques eux-mêmes se trouvent, sous ce rapport, dans le même cas que les articulés. En effet, rapprochez les cordons qui entourent l’œsophage des mollusques, de manière à ce que ces cordons soient en contact l’un avec l’autre, vous aurez deux colonnes continues à elles-mêmes, et qui iront se rendre à l'encéphale; ouvrez au contrairelesillon du quatrième ventricule des vertébrés, et faites-y passer l’œsophage, vous aurez l'anneau des insectes et des mollusques. La position respective des nerfs encéphaliques s'accorde parfaitement avec ces changemens. Chez la seiche, le nautile, le poulpe, les nerfs auditifs naissent des parties latérales de l'anneau; si le quatrième ventricule des vertébrés s'ouvre comme je l’ai dit, les nerfs auditifs se trouvent précisément comme dans Îes mollusques que je viens de nommer; il en est de même des nerfs de la huitième paire. Quant aux nerfs optiques, ils restent, dans les deux cas, au ganglion céphalique.
Plusieurs anatomistes parmi lesquels je citerai Cuviér,
Gall et Spurzheim, MM. Strauss-Durckeim et Léon Dufour, n'hésitent pas à regarder la chaîne ganglionaire des articulés comme l’analogue du centre nerveux céphalo-rachidien des vertébrés. |
M. Léon Dufour (1) s'exprime ainsi à cette occasion : « La nature ne s’est pas écartée, pour l’organisation du système nerveux des hémiptères, du plan généralement adopté, car les insectes ont un cerveau, un prolongement rachidien, des ganglions et des nerfs; et les diverses parties paraissent avoir les mêmes attributions physiologiques que dans les êtres les mieux organisés. » En partie d'accord sur les choses avec M. Léon Dufour, je ne le serai pas sur les noms qu’il emploie. Ce n’est pas le cerveau que représente le ganglion céphalique des invertébrés , c’est l’encéphale ; lamoelle ou chaîne ganglionaire ne saurait être un prolongement rachidien chez les animaux dépourvus de rachis. Jetez un coup-d’œil sur la figure (pl. 1°) qui représente la partie supérieure du système nerveux, du lombric de terre, et vous trouverez qu’elle a avec les organes encéphalo-rachidiens, une incontestable analogie; ce sont les mêmes organes, mais chez le lombric de terre, ces organes sont réduits à leur plus grande simplicité.
Gall qui a soutenu cette opinion, que j'adopte entièrement, n’a pas réussi à la faire prévaloir, parce qu’il avait mal choisi les preuves dont il s’étayait. La chaîne ganglionaire des articulés représentait, pour lui, la moelle rachidienne; mais il prétendait retrouver chez l’homme, à la naissance de chacune des paires de nerfs rachidieunes , un renflement qui constituait une espèce de ganglion (2). Comme
(x) Recherches anatom. et phys. sur les hémiptères, ete. pag. 250. (2) Gallet Spurzheim: Anat. et physiol. du système nerveux en général et du cerveau en particulier, Paris, 1810, 4 Vol. it-4°, tom, 1° pages, 55 et 54,
ce renflement n'existe pas, il n’était pas difficile de rejeter ce genre de preuve, et cette preuve une fois rejetée, la conclusion l'était également. On eût peut-être mieux compris que Gall avait raison, s'il s'était moins attaché à la forme et plus à la structure. La forme des ganglions est très variable ,+«chez la sangsue ils sont lenticulaires, quadrilatères chez l'abeille, triangulaires chez le grillon domestique, etc. ; ils diffèrent pour un même animal, dans le thorax et dans l'abdomen, quelquefois ils se confondent au point de présenter à peine des renflemens. Quand ce dernier cas se présente, la matière globuleuse qui forme la substance caractéristique des ganglions, au lieu d’être agglomérée , se répand plus ou moins uniformément le long des cordons fibreux : c'est ce qui a lieu déjà chez le lombric de terre et à un degré plus marqué chez les vertébrés.
L'analogie qui existe entre la chaîne médullaire des insectes et la moelle épinière des vertébrés est tellement grande, que M. Serres, après l'avoir niée dans maint endroit de son Anûtomie comparée du cerveau, fournit lui-même des faits qui concourent à l’établir. On sait que, chez les Yertébrés , la moelle épinière se termine par des filets en nombre. plus ou moins considérable, et que la réunion de ces filets constitue la queue de cheval. Chez les jeunes embryons des vertébrés, la queue de cheval n’existe pas encore, parce que la moelle descend très bas dans le canal rachidien : mais plus tard, les rapports de la moelle avec le canal sont changés , l'extrémité caudale de la moelle est placée plus haut qu'auparavant, soit, comme on l'a dit, parce qu’elle a éprouvé un mouvenient ascensionnel, soit, comme je le pense avec M. Tiedémann (1),
(x) Tiedemann : Anatdu cerveau contenant l'histoire de son développement dans le fœtus, avec une exposition comparative de sa structuré dans les ani. maux, traduite par M, Jourdan, Paris, 1823, p, 159.
parce que les vertébres lombaires et sacrées s'étant développées plus et plus tard que la moelle, les nerfs qui terminent cette moelle, ont subi une élongation proportionnelle à l’élongation du canal dans lequelelles sont contenues. Chez quelques invertébrés, il se produit un phénomène i inverse, la queue de cheval se rencontré dahs certaines larves pour disparaître dans l'insecte parfait. M. Serres expose delamanière suivante cette dernière transformation (1) : « La jeune larve de là moucheasile a un axe nerveux (chaîne ganglionaire), beaucoup plus court que la longueur totale de l'animal ; Les filets qui viennent aboutir à sa terminaison divergent Fou tous les sens, pour s’y rendre des parties moyennes et inférieures de la larve ; &s forment, de cette manière, /a plus belle queué de cheval qu'el soit possible de voir. Mais à mesure que là larve se développe, à l’époque où elle se change en nymphe, l'axe nerveux descend le long de la partie inférieure de l'animal; à mesure que cette descente a lieu, l’angle d'insertion des filets nerveux se redresse, les filets obliques deviennent horizontaux; les filets parallèles deviennent d’abord obliques, : puis ils s’insèreñt horizontalement comme les var vé lorsque la terminaison de l’axe re est descendu j jusqu’à leur niveau, le bel éventail que formait la divergence des: filets disparaît insensiblement, et, à l'examen de la fin de l'axe nerveux des insectes parfaits, on ne se douteraitj jamais ML il ait pu exister. » J enaepie ces faits tels que les expose M. Serres, j'accepte aussi l'interprétation qu ’il leur donne, mais je lui dirai :"si les filets terminaux de l’axe'nerveux, de la mouche- -asile, FN une queue de cheval, a plus belle’ qu’il soit possible dejvoir, l'axe nerveux. des invertébrés ne représente donc pas la réunion des ganglions spinaux des vertébrés, car chez les'vertébrés ; la queue de cheval est
1 inhétcomp) durcerveantt äivside s
Sn FACULTÉS
entre la moelle et les ganglions, et non en dehors de ces ganglions. Pour être conséquentavec l'interprétation que vous avez donnée ailleurs de la chaîne ganglionaire des articulés, si cette chaîne représente comme vous le dites, les ganglions spinaux des vertébrés, les nerfs terminaux dé l’axe nerveux de la mouche-asile, ne représentent pas la queue de cheval, mais les nerfs lombaires, sacrés et coccygiens, après leur sortie du rachis; par conséquent, la mouche asile n’a pas de queue de cheval. Si elle a une queue de cheval comme vous l’établissez, et comme je nm’ empresse de le reconnaître avec vous, il en résulte que l’axe nerveux ou chaîne ganglionaire des invertébrés, est l’analogue de la moelle rachidienne des vertébrés.
Mais, en parlant de la signification du système nerveux des mollusques, j'ai déjà réfuté l'opinion des anatomistes qui rejettent toute analogie entre le système ganglionaire des invertébrés et le système nerveux cérébro-spinal des vertébrés ; je ne crois pas qu’il soit nécessaire d'y revenir maintenant. Quand j'aurai parlé de la structure microscopique de la moelle rachidienne, de la manière dont se comportent dans cette moelle, les doubles racines de sés nerfs, j'établirai de nouveaux points de comparaison qui serviront de contrôle à tout ce que j'ai dit sur ce sujet.
f RÉSUMÉ.
1. Le ganglion céphalique des animaux articulés ,représente, pour ces animaux, l'encéphale des vertébrés.
2. Leur chaîne ganglionaire représente Ia moelle Lx. ls dienne. à
3. Les cordons formant l’anneau œsophagien, et qui s’éten: dent du ganglion céphalique à la chaîne ganglionairé, représentent les pédoncuüles cérébraux.
h. Les nerfs de la chaîne Singlionaire ont une double origine qui rappelle. Ja double origine des nerfs rachidiens.
Les facultés dont sont doués les animaux et surtout les insectes , si elles ont excité l'admiration des naturalistes, ont souvent mis en défaut le raisonnement des métaphysiciens. Les questions auxquelles elles ont donné lieu, négligées maintenant ‘plutôt que résolues, intéressent à-la-fois la psychologie, “la morale et les croyances religieuses. Peut-on dire des animaux qu’ils sentent, qu’ils comprennent, qu'ils combinent, qu'ils réfléchissent? S'ils sentent, ils sont sujets à la douleur. Pourquoi de la douleur aux animaux? Qu’ont-ils fait pour mériter de souffrir Quel dédommagement aurontils? Et s’ils n’ont pas de dédommagement que sera pour eux la justice? S'ils comprennent, s’ils combinent, s'ils réfléchissent, que faisons-nous de plus ? La forme... est-ce par là seulement que l’homme diffère de l’animal? A ces difficultés, les uns ont répondu avec Montaigne : Que sais-je ? les autres ont opposé des croyances qui ne permeltent ni l’examen, ni le doute. Il en Ést qui, après avoir examiné, ont donné leur solution ; de ces. derniers, je citerai les principaux, mais je ne les imiteraïi pas.
Le révérend père J. B. de la Can prêtre de l’Oratoire, disait : « Je serais tropi long si je voulais rapporter toutes les marques évidéntes ‘que nous avons que les bêtes pensent, qu ’ellés nt des passions. et de l'imagination. Îl faut . les Cartistés (les PS de Descartes) avouent.où que’ les bêtes ont un âme, comme. nous le soutenons, ou bien. qu'elles sont possédées par quelqu ange ou quélquê démon qui leur fait faire les actions qu'elles feraient sielles av aient une àme» (1).
(x) Les principes de la philosophie contre Ke ni philosophes Descartes, Rohaut; Regius, Gassendi, le P, Maignan, etc. In-8. Paris, 1675, p. 348.
86 "al » FACULTÉS
Et pour appuyer sa thèse, il citait le passage suivant , tiré des proverbes de Salomon (1), passage dans lequel il est question de l'âme des bêtes : « Vovit justus anse
rum, viscera autem impiorum crudelia. » Rorarius 2}; nonce du pape Clément VIL, à la cour de Ferdinand, roi de Hongrie, allait encore plus loin que de la Grange, car il a
sJumentorum suo-
fait un livre tout exprès pour démontrer, non-seulement que les bêtes sont des animaux raisonnables, mais qu’elles se servent de la raison , beaucoup mieux que l’homme. Philon, que l’historien Eusèbe appelle (3) « ir in dicendo copiosus, in sententiis locuples, in divinæ scripturæ intelligentia sublimis atque excelsus, » a composé un ouvrage qui a pour titre : Alexander sive ‘de eo quod bruta animalia ratione sint prædita. Lactance (4) et Arnobe (5) disent qu’à l’exception de la religion, il n’y à rien en quoi les bêtes n’imitent l’homme. Pline 6) va plus loin encore, car il met la religion au nombre des vertus des éléphans. L'âme des bêtes est regardée comme raisonnable, par Straton , Enésidème, Parménide, Empédocle, Démocrite et Anaxagore. Plutarque a fait un traité tout exprès pour DrOt que les animaux raison- . nent 4 MC i Pereira (D), Desçartes (8), sous Egg et pari les anciens un grand nombre de philosophes ont professé une doctrine entièrement opposée. Les animaux Sont pour eux de simples automates, des machines agissant sans conscience comme
# é "" LD 2 U t LA CA Ë
(1) Proverbes, ch, xt, 10. . + TR (2) Quod añimalia bruta ratione utantur melius homine. Amst, 66e
(3) Hist, eceles. Lib. rr, cap. XVIIT. ? :
(4) De ira Dei da d.
(5) Adversus gentes. lib. 11. : : M pu
(6) Sec. Plini hist. nat. Nb. vx, cap." x.
(7) Antoniana margarita.:
(8) Traité de la méthode.
sans volonté. Ces philosophes étaient pourtant bien forcés d'admettre les phénomènes intellectuels, au moins en apparence, que présentent les animaux, mais ils les interprétaient à leur manière. Voici, par exemple, comment Gassendi expliquait lantipathie que l'on dit exister entre le loup et la brebis, et entre le lion et le coq. « La brebis fuit naturellement le loup, dit Gassendi, quoiqu'elle n’ait jamais expérimenté le mal que cetanimal peut lui faire, parce qu'il sort du loup des corpuscules qui sont propres à déchirer la brebis, et ne peuvent point frapper ses yeux sans les blesser et sans les diviser cruellement. La figure des corpuscules qui composent la voix du coq est si différente de la texture de l’ouie du lion, que ces corpuscules ne sauraient pénétrer dans loreille du lion sans les déchirer ». (1) Régius qui’ se disputait comme on dit que font les théologiens quand ils n’ont pas raison, soutenait que les partisans de Pâme des bêtes ne peuvent pas se défendre d’être eux-mêmes des bêtes ou des athées. | Ce sont là les opinions extrêmes , il y en a eu d'intérme diairés. La plus généralement adoptée parmi ces dernières, donnait à l’âme des bêtes une essence matérielle , on l'appelait sensitive par opposition avec l’âme de l’homme, regardée comme une-substance incorporelle (2). La dignité de l’homme pouvait se montrer satisfaite de cette distinction, mais son es-* prit ne l'était pas. L’âme des bêtes a-t-elle été créée en même temps que la bête ? Quand la bête meurt, son âme meurt-elle aussi ? Leiïbnitz n’énvisagea pas sans effroi ces deux questions; (D Voyez Gassendi, P: 354, et Bayle, Dict. hist. art. Pereira. © (2) La plupart des thé giène regardaient.l’âme des bêtes comme inférieure à celle de Thomme; de la Grange lui-même lappelle sensitive; mais dans
l'ädmiration où il est de ses facultés, il la place, en réalité, au-dessus de l’âme de l’homme, puisqu'il la compare à celle d’un ange ou d’un démon.
le nombre prodigieux de créations et d’annihilations d’âmes qui devaient s’opérer chaque jour, le troubla, il ne put l'admettre et il conçut alors cette hypothèse, faite pour tout concilier. Avant sa naissance apparente , l'animal existait en germe depuis la création du monde, après sa mort apparente, il redevient ce qu'il était avant ce que nous appelons la vie, il se réduit à un degré de petitesse qui échappe à nos sens ,
jusqu’à ce que ses organes se pliant différemment ou se dé-
veloppant plus ou moins, donnent lieu à une ressuscitation ou à une transformation. « Au commencement du monde, dit Leibnitz, Dieu a créé la forme, de tous* les corps et par conséquent toutes les âmes des bêtes ; ces âmes subsistent toujours depuis ce temps-là, unies inséparablement au premier Corps organisé dans lequel Dieu les a logées. » Le savant et malicieux Bayle (1) qui expose cette doctrine, a l'air de se féliciter de l’heureuse solution trouvée par Leibnitz : « Sans elle ; ajoute-t-il, il n’y avait d'asile pour les âmes pes bêtes, que dans la métempsycose ». |
Entre des opinionssidiverses, quel parti prendrai-je? Celui de passer outre, car, fort heureusement pour moi, je n’ai pas entrepris de composer un livre sur là métaphysique ; si j ai parlé de l'âme des bêtes, ce n’est pas avec l'intention d'en discuter la présence ou l’essence; j'ai voulu seulement que le lecteur ne füt pas effrayé quand il rencontrerait les mots énéelligence, passion, volonté, appliqués par moi à ce qui concerneles animaux articulés et particulièrementles arachnides et les insecies, L’araignée , La fourmi , l’abeïlle, se montrent si ingénieusés que le mot instinct dont on est convenu de se servir pour désigner le mobile qui fait agir les animauxne saurait leur être appliqué, à moins qu'on ne le donne également au mobile de la plupart des actions des hommes. |
(x) Dict. historique ; art. Rorarrus.
« L'ensemble de la vie des animaux, dit Aristôte a, présente plusieurs actions qui- sont des imitations de la vie humaine; cette exactitude qui est le fruit de la réflexion, est encore plus sensible dans les petits animaux que dans les grands. Dans la classe des insectes, on peut regarder comme les plus industrieux pour le travail, même comparaison faite avec tous les autres animaux, les fourmis et les abeilles. » (2)
Faisons donc l’histoire intellectuelle de ces insectes; mais auparavant, afin de procéder du simple au composé, parlons d'abord des animaux articulés inférieurs, c’est-à-dire des annelides et des crustacés.
La plupart des annelides vivent dans l’eau ; ils y trouvent leur nourriture presque sans avoir besoin de la chercher; d’autres vivent dans la terre etils s’en nourrissent. Il en est qui ont un tube calcaire, produit d’une sorte d'exsudation et dans lequel ils demeurent ; d’autres qui réunissent, comme la fripière don#il a été parlé dans le chapitre précédent, des fragmens de coquille des grains de sable, des morceaux de bois qu'ils agglutinent de manière à en former un tube. Quel- | ques-uns ont le corps garni de soies ; plusieurs ont des tentacules, et même des yeux, d’autres en sont tout-à-fait dépourvus. La sangsue se montre très sensible. au contact des acides , des sels ; elle cherche le point de la peau qu'elle veut piquer , elle est sensible à la lumière , car elle s’agite quand on approche une chandelle allumée du vase où elle se trouve; elle paraît manquer entièrement de louïe, de l’édorat dt de la vue { (3). Parmi les annelides, plusieurs on! les sexes séparés , comme le lombric de terre; Rires ti sont hermaplirodites, la sangsue est dans ce cas.
| (x) Hist, des animaux, b. 1X, Ch. vir.
(2) Zd., id, ch.xxxvirr. » jy (3) Moquin-Tandon, op. cit..
La simplicité de l’organisation des. annelides doit faire présumer que si l’on ne sait pas tout ce qui peut avoir quelque rapport avec leurs facultés céphaliques ou instinctives , il ne reste pourtant pas beaucoup à découvrir sur ce point; partout, en effet , le nombre et la perfection des organes sont en rapport avec les besoins ; et les besoins sont eux-mêmes en rapport avec les facultés destinées à les satisfaire. Or , chez les annelides, il existe à peine quelques organes des sens, Ce qui rend presque nuls tous les rapports de ces animaux avec les choses qui leur sont extérieures.
Les crustacés sont, pour la plupart, au-dessus des annelides; ils savent se.défendre et surtout attaquer , chercher et saisir une proie ; ils se cachent quand ils sont-poursuivis : leurs principales fonctions sont bien encore de manger et d'engendrer , mais ils ont pour la nutrition surtout des organes et des fonctions accessoires. [ls voient, ils entendent, ils odorent, ils touchent; peut-être ont-ils un sens Particulier qui les met» en rapport direct avec, l'é état de l'atmosphère. Ils vivent dans l’eau et sont presque tous carnassiers. Ils sont armés de pinces qui. k Srendent redoutables à beaucoup d’animaux. « On à vi, dit Latreille (1), des langoustes qui ayant saisi une chèvre lui faisaient perdre la terre, » elles avaient
près d’un mètre de long. Les corophies, nommées aussi pernys, font une guérre continuelle aux néréides , ‘aux amphinomes , aux arénicoles. Suivant M. d'Orbigny père, qui les a.observées, il n’ést rien de plus curieux que de voir des myriades de ces’ + Papier en tous sens ,« battre la vase de leurs gränds bras dé délayer pour tàcher d’y découvrir leur æ roie. S'ils ont trouvé un annélide, quelque gros qu il soit , ils s'unissent pour l'attaquer et le dévorer. Ils ne cessent leur
NT sé. 2 (1) Règne anim, de Cüvier, t. 4, p. 80.
5 DES ANIMAUX ARTICULÉS. y 91 carnage qu 'après avoir fouillé partout ; ils se rejet tent sur les mollusques, les poissons et les cadavres restés à sec. On prétend même, ajoute M. d'Orbigny; qu’ils coupent lessoies des clayons renfermant des moules, afin de faire tomber ces mollusques et de les ianger. » Îl y aides crevêttes qui vivent dans le corps des méduses et de plusieurs à autres zoophytes. Certains crabes appelés éourlouroux vivent ja, les cimetières ei se nourrissent de cadavres. L
Leur penchant à la copulation n’est pas moindre que leur voracité. Aucun d'eux n’est hermaphrodite ; ils ont, surtout : les mâles des organes sexuêls doubles. Les argules mâles ont tellement d’ardeur, qu’ils prennent souvent un sexe pour l'autre ou qu’ils s'adressent à des femelles mortes. Les iones,
‘qui se tiennent sous le test de la calljanasse souterraine, sont toujours unies deux à deux, un mâle” tu une femelle : il en est de même de quelques autres crustacés ‘amphipodes.
Plusieurs crustacés ont soin deleurs petits , les œufs des. écrevisses sont comme collés aux pattes de ces animaux ét au moment où elles viennent d’éclore, les petites écrevisses restent sous le ventre de leur mère jura à ce que l'envéloppe de leur corps aitacquis-un certain ‘degré de solidité. La fertilité des crustacés est très grande ; celles des cyclopes est telle, que dans l'espace de trois mois’, la même femelle peut avoir donné lieu à quatre milliards et demi de naissances.
Quelques crustacés, dont le corps n est pas entièrement r'e-
“couvert.d’une enveloppe Solide, prennent ‘domicile dans des éponges, des serpules , des alcyons , les autres’ dans des coquilles univales. L'hermite-bernard, pagurus streblonyæ, se Joge dans des coquilles tournées en‘Spiralés, comme sont les buceines , les turbines les natices. IL, se retire si avant dans sa coquille qu’on ne peut pas même “l'aperéevoir ;. mais sil avance, au lieu d'un innocent mollusque, on voit sortir de
dd. jf 92 4 |: FACUTÉS grosses pinces comme celles de l'écrevisse, (1). Les autres crustacés vivent généralement: au fond dé l'eau, sous les pierres et n’en sortent que le soir, ou pendant Ja nuit.
AP l'exception des licrmites, qui vivent isolés, chacun dans la coquille dont il s'est emparé, les Crustacés vivent ensemble, ce qui ne veut pas dire qu’ils vivent en société , parce qu'il est au moins fort douteux qu'ils aient entre eux des rapports comme en ont , parmi les insectes, les abeilles ou les fourmis, ; ; parmi les oiseaux , les corbeaux ou les oies ; ‘parmi
- les mammifères, les moutons ou les chevaux. On 1es voit en
bandes nombreuses alièr ensemble dans les lieux où ils doivent pondre , se sauver quand ils entendent du bruit, et se précipiter ensemble sur leur proie; mais rien n'indique qu’ils agissent de concert ; leurs actions instinctives pour tous paraissent isolées, individuelles ou imitatives.
Les anciens (2) ont dit que certains crustacés vivaient en
société avec dés mollusques, et des auteurs presque moder-
nes , Hasselquist et de Bomare, l'ont répété. Lorsque la pinne ouvre ses valves, plusieurs cancres se tiendraient auprès d'elle el l'avertiraient, par un petit cri, de ‘Yapproche de quelque ennemi : cés cancres seraient alors reçus dans la coquille de la pinne qui se renfermeräit aussitôt avec ses gardiens. Enfin le maïa ou araignée de mer figuré par les Grecs sur quelques médailles ; serait doué d’une grande sagesse. De tels contes peuvent être cités, mais non‘ pas réfutés:
Sous le rapport des instincts, lestannelides peuvent être as-
(1) V. Du bernard- l'hermite, par Réaumur, Coll, acad.t. 3,p.345, Le 2. Voyez aussi Aristote, Swammerdam, Cuvier, etc, Swammerdam était porté à croire que Ja coquille du bernard-l’hermite était propre à cet animal, mais en cela ils'est trompé. Lu.
(2) Ve Aristote, Hist. des anim. , arl.spinne et pinnotère; voyez aussi les notes
de Camus, ajoutées à l'ouvrage cité d’Aristote;et le Dict. d’hist. nat, de Bomare.
sihilés aux mollusques infé@hrs et les crustacés aux céphalopodes ; chez tousÿ la nutrition et: la génération sontles fonctions DrDMbiles les plus infimes vivent pour ainsi dire dans la matière qui doit leur servir de nourriture ;‘ils n’ont rien ou presque rien à faire pour la trouver. Les autres vivent de proie, ils tuent afin de Se nourrir, et leurschasse n’est pas toujours exempte de danger : on pourrait dire des premiers qu’ils sont de simples estomacs , des seconds qu’ils sont des estomacs armés de bras ou de pinces.
Au-dessus des uns et des autres se trouvent les arachnides, animaux qui possèdent des facultés supérieures à celles dont il a été question jusqu'ici. Outre le sentiment du besoin de prendre la nourriture nécessaire à l'entretien de‘ leur vie, outre la force suffisante pour s’en procurer, les arachnides ont de l'adresse et de la ruse, elles font la chasse aux insectes, dont elles s'emparent avec une grande habileté ; elles ont une demeure qui les met souvent à l'abri de leurs ennemis ; elles prennent soin de leurs œufs, et même de leurs * petits, jusqu’à ce que ceux-ci soient en état de se procurer des alimens.
Cuvier a divisé les arachnides en deux ordres: l’ordre des pulmonaires, et celui des trachéennes. Dans ce dernier sont rangés plusieurs animaux microscopiques dont jusqu’à présent la vie est fort peu connue : quant aux arachnides pulmonaires, elles offrent. pour. la plupart des habitudes et: des mœurs dont l'étude a toujours excité de la part des naturalistes, le plus vif intérêt. |
Les arachnides pulmonaires sont des animaux domiciliés , et lux domicile diffère suivant leurs besoins. Les Iycoses vivent dans la terre où elles se creusent des terriers : les mygales se tiennent dans des galéries souterraines, longues et tortueuses qu'elles garhissent de soie, et dont elles ferment
l'entrée à l’aide d’un opercul@Mhobile que l'on a peine à distinguer de la terre environnante : elles mettent tout à: -la-fois dans la construction. de ces galeries, de l'industrie et de la prévoyance : ‘elles y sont logées commodément, et s'y trouvént à l'abri .de la poursuite de leurs ennemis. ” L'épéire à cicatrice se construit un nid de soie blanche dans lequel elle se tient à portée de sa toile. L’épéiré fasciée file une toile sur le bord des ruisseaux et sy établit'au-dessus de l'eau. Il y a une espèce d’argyronète qui vit dans les eaux: dormantes ; on la voit s’y mouvoir avec vitesse, l'abdomen soutenu par une bulle d'air qui l’environne; elle s’y forme une. coqué qu’elle remplit d'air et.qu ‘elle tapisse de soie : c'est là qu’elle passe l'hiver. Le théridion que l’on nomme bienfaisant, parce que, dit-on, il préserve le raisin de la morsure dés insectes, se place dans les grappes qu’il environne quélquefois entièrement de ses toiles. Parmi les arachnides pulmonaires, les scorpions sont à-peu-près les seuls qui nése construisent pas uné demeure ou un nid; ils vivent à terre; se tiennént dans des lieux frais et cachés sous dés pierres. - Q Il est beaucoup d’arachnides qui sont parasites : les pycnogonons se fixent sur les cétacés ; les ixodes surles chiens, les boœufs, les chevaux qu'ils tourm entent quelquefois au point de les faire mourir ; l’acarus dans les boutons dela gale, etc., tous les autres vivent de chasse. Les Scorpions recherclient avidement les œufs des aranéides et des, insectes ; ils mangent les cloportes, les charançons,. etc. Une femelle de Scorpion que MESURES avait renfermée dans une bouteillé, dévorait ses petits au-fur et à mesure qu ’il-naissaient. Pline connaissait déjà celte férocité des mères à l'égard de leurs pets il raconte que d'ordinaire , un seul de ces petits évite la mort en se tenant'sur le dos de sa mère qu'iltue dès qu'il le peut. Enire eux ; les scorpions se tuent pour $e manger les à
uns les autres : Maupertuis en avaitréunis une centaine. qui se mangèrent presque tous , en peu de jours il n’en resta que quatorze qui avaient dévoré tous lés autres. (1) wi
Les araignées vagabondes , que l’on a aussi appelées araignées-loups, ne restent pas dans un même lieu, attendant leur proie, comme font les araignées sédentaires; elles vont à la recherché de quelque insecte dont elles croient pouvoir s’emparer, le guettent'et le saisissent. Les philadromes guettent aussi leur proie; mais quand elles l’ont vue, elles tâchent de l'embarrasser-dans des filets qu'elles tendent exprès pour la retenir, Les araignées saltigrades chassent d’une manière assez analogue à celle des araignées-loups ; quand elles ont aperçu une ouche , elle ancent doucement, et sautent dessus avec une grande promptitude. Ce qui les distingue des araignées-loups, c’est qu’elles se suspendent à un fil à l'aide duquel elles retournent où elles étaient, pour se mettre de nouveau en embuscade. La. plupart des autres arachnides font des toiles et attendent, cachées dans. ‘un coin, qu un animal vienne s’y embarrasser ; il en est dont les toiles sont si fortes qu’elles arrêtent les petits oiseaux et embarrassent même la marche del’homme. Quand une mouche est venue se prendre dans la toile de quelques-unes d'entre elles, si cette mouche est petite, l'araignée s’en saisit et l'emporte; si la mouche est grosse et que l’araignée craigne de la laisser échapper, elle la garrotte sur sa toile; si elle croitne pouvoir pas l'emporter, elle déchire l'endroit de sa toile où la mouche est fixée et s’en débarrasse ; alors elle raccommode l’endroit déchiré, ou fait une toile neuve. (2)
: Outre leurs soies qui les rendent ne si redoutables aux in>
,.. Fin (x 1) Eapér. sur les Scorpions, pat Mätpertuis, Mér. de PAcad, des Sciences, Rs Fit. 7. p. 260:
(2) Homberg, Obs, sur les araignéesÿ Coll acad, P.E, t. 2, p. 552.
sectes, beaucoup d’arachnides ont un poison qui fait promptement périr leur victime. M. Latreille s’est assuré qu’une seule piqüre d’araignée de moyenne taille, faît périr notre mouche domestique en quelques minutes. Quant aux grandes arachnides, celle de l'Amérique méridionale, par exemple, qué l’on a nommée araignée crabe, leur poison peut donner la mort à des oiseaux, et faire du mal à l’homme. Qui n’a entendu parler des éffets attribués à Ja morsure de la tarentule? Des populations entières ont perdu la tête, seulement pour y avoir pensé. Des auteurs très dignes de foi racontent les accidens qu’ils ont vus survenir à la suite de la morsure de la tarentule : de ce nombre sont Perotti, Alexander ab Alexandro, Matthioli (1), Baglivi (2), etc. D M. Salvatore de Renzi (3) a été témoin de fait$"analogues à ceux qui ont été rapportés par ces observateurs. On a contesté et même nié qu'aucune maladie grave ait jamais été produite par la piqûre de la tarentule; les phénomènesbizarres, les convulsions dansantes des tarañtati, comme on dit en Italie, ont été attribués uniquement à l'imagination. En lisant les relations des historiens qui ont écrit sur le tarentisme, en considérant que l'époque à laquelle cette maladie à parusest précisément celle où des convulsionnaires de toute sorte, se montraient dans les différentes contrées de l’Europe, et pour des causes étrangères à la piqûre d’aucun insecte, on ne pourra s'empêcher d'admettre l'influence d’une prédisposition générale qui a contribué à l'apparition et au développement du tarentisme; toutefois la piqüre de la tarentule n’y était pas aussi étrangère qu'on l’a prétendu, car les convulsions se* sont développées chez de jeunes enfans sur lesquéls l'imagination ne pouvait
: u + (x) Comm. sur Dioscoride, Liv. 11, ch, vtr. k (2) Op. omnia ; dissertatio de tarentuld.
(3) Ar Gaz, méd, de Paris, Ann. 1833, No du 19 septembre, P. 634.
avoir été mise en jeu (1). Les scorpions sont réputés aussi venimeux que la tarentule, et les piqüres faites par ces animaux paraissent aussi avoir été suivies d’accidens très graves.” Les scorpions $e servent de leur venin pour tuer les insectes dont ils font leur nourriture. F Les araignées sont très voraces; elles tournent les unes contre les autres leur instinct destructeur. Un. président de la chambre des comptes de Montpellier, nommé Bon, ayant présenté à l'Académie des sciences,.en 1710, des bas et des mitaines faits de soie d’araignée, Réaumur voulut savoir comment on pourrait s’y prendre pour conserver des araignées et les faire filer. En conséquence, il en prit quatre à cinq mille, qu'il plaça, au nombre de cinquante à trois cents, dans des boîtes, où il leur donnait pour nourriture du sang extrait des plumes de volaille : « D'abord, dit Réaumur (2), les araignées cherchèrent cette nourriture avec empressement; mais bientôt les plus grosses-et les plus fortes prirent goût à manger les plus petites, et, au bout de quelque temps, à peine en reslatilune ou deux dans chaque boîte. » 6,998 Les-amours des araignées conservent quelque chose de Ja cruauté qui est naturelle à ces animaux; ee n’esl pas sans crainte que. le mâle. s approche de la femelle, il la féconde en l’effleurant à peine, et se sauve loin d’elle pour n’en être pas dévoré. La femelle prend ordinairement soin de ses œufs et de.ses petits ; si elle est poursuivie, elle les emporte et ne s’en sépare que quand ils peuvent se défendre ou pourvoir à leur nourriture. Les araignées-loups femelles ont-elles été (x) Le docteur Hecker a publié un excellent mémoire sur la chorée épidémique, mémoire dans lequel il trace d'un point de vue élevé et tout-à-fait phi-
losophique l’histoire du tarentisme. Voyez ce mémoire traduit. de l'allemand
par le docteur Ferdinand Dubois, de Berli} dansiles Annales d ‘hygiène et de médecine légale, Paris, 1834, t. xxx »P- . 312.
(2) Examen de la soie des araignées, Coll, acad, P. E, t. 5, P. 303, x. fl
obligées d'abandonner leur cocon pour se soustraire à un danger, on les voit revenir chercher ce cocon quand elles “vont plus rien à craindre. Swammerdam, qui conservait dans son Cabinet des araignées dont il prenait un soin tout particulier, dit que pour bien couver ses œufs, une de ces araignées les portait avec elles comme dans une petite corbeille, et que si On les lui Otait, elle courait après, à la manière d’une poule à laquelle on a ravi ses poussins. V\ On:est parvenu à apprivoiser des araignées ; M. Léon Dufour avait une tarentule qui venait prendre une mouche vivante qu il lui présentait ; chacun connaît l’histoire de Pélisson qui, dans son cachot, avait accoutumé une araignée à venir près de lui et jusque sur ses genoux. M. Walkenaer raporte le fait suivant : « Une dame, occupée à pincer de la harpe dans une chambre située au milieu d’un jardin, aperçut une araignée fixée au plafond, au-dessus d'elle. Aussitôt elle se transporte à l’autre extrémité de ‘la chambre ; ; mais à peine a-t-elle fait retentir l'air de son instrument, que l’araignée comménce à se mouvoir et s'arrête encore pue ‘2 de la dame et y reste sans mouvement comme attachée au plafond. La dame,.dont la curiosité est excitée par ce phénomène, change de place une seconde fois, et reste quelques momens sans jouer ; l’araignée ne la suit pas et reste immobile , mais à peine.les sons harmonieux ont-ils recommencé, que l’araignée court de nouveau se placer au-dessus de l’instrument qui les proûuit. » (1) les araignées ont été consultées par les hommes qui semélaient de faire des prédictions. « Muliæ araneæ, dit-Pline, imbrium signa sunt. » Ft RU i : «SunÉ EX e0 auguria;
quippe incrémento amnium future, telas suas altius tot se À Pa “ LA » “4 (x) Hist, des aranéides.
lunt (1). » Ce dernier passage s'applique aux araignées qui établissent leur demeure au-dessus des ruisseaux; il paraît que prévoyant la crue des eaux, elles élèvent, leur demeure pour n'être pas de: Suivant Pline (2), les araignées sentiraient les premières! et les plus faibles secousses des tremblemens de terre, aussi bien que les souris. « Ruinis' imminentibus, assure-t-il, musculi præmigrant, aranci cum telis primi cadunt. » $ L’ existence de plusieurs organes des sens, chez ke aranéides , ne saurait faire l’objet d'aucun doute, ces, animaux sentent, ils entendent et ils voient; on ne sait pas s’ils odorent ou s’il leur serait départi quelque manière de sentir étrangère à la nature de l’homme. | ù | Quelque élevées que soient les facultés départies aux aranéïides, ces animaux n’ônt cependant qu'üne vie solitaire ; ils mañquent de la force que donne la réunion de plusieurs individus, des secours que la société peut seule procurer. Il n’y a entre eux de véritable relation que de la mère aux petits ) encore est-ce pour un temps très court: Quant à l'union sexuelle, elle semble être plutôt un piège destiné à la destruction dumâle par la femelle, qu'un raprochement ayant pour but une véritable jouissance. Tels sont la plupart des animaux destructeurs ou qui vivent de proie; leur vie se PAiseS à tendre des pièges, à épier quelque animal, à manger et à à digérer. Quelques-uns, il est vrai, se réunissent et forment entre eux une véritable Société ; mais ce sont les plus doux , ce sont ceux dont Ia faim s’apaise vite ; les autres, S'ils S ‘assemblent, c'est pour, atteindre OU. déchirer une proie qu ils se disputent
ensuite avec acharnement. ‘ KE, , 2H de.
MS (x) Lib. xt, cap, 24.
(2) Hist, b, vrrr, cap. 28. Pronostica animalium.
Plusieurs insectes se placent, sous ce rapport, fort au-dessus des arachnides ; ils se réunissent, vivent et travaillent en commun, font des provisions por l'époque où la terre ne fournit rien dont ils puissent se NE et, s'ils sont attaqués, ils sayent. se prêter mutuellement secours. Dans:la série des ‘invertébrés, ces insectes sont les premiers; et dans la série des vertébrés, y.compris le singe et même l'éléphant, aucun animal n’est au-dessus d’eux. Toutefois, il est des insectes moins intelligens que les arachnides, et les plus élevés parmi les insectes ne: sont pas semblables à eux-mêmes Aané les différentes époques de leur vie. La plupart ont trois périodes fort distinctes; d'abord'iis sont chenilles, restentsous cet état pendant un temps plus ou moins long, et ressemblent aux annelides autant par la forme du corps que par leurs facultés instinctives. Ces chenilles se dessèchent, ou..plutôt elles paraissent se dessécher, et dans leur etat de mort apparente » elles sont ce qu'on nomme chrysalides. Puis l’enveloppe de la chrysalide se fendille, s’entrouvre; il en sort un papillon. Je’ | n’éntreprendrai pas l'histoire complète des facultés des insec- tes,'de nombreux volumes n’y suffiraient pas; je renvoie pour cela aux ouvrages d’Aristote, de Pline, de Harvée,‘de Swammerdan , de Réaumur, de-Redi, de Ch. Bonnet, etc., etc. Je m l'attacherai seulement à exposer ce qui concerne les foufrnis et les abeilles , considérées sous le point de vue: de leur instinct, de leurs habitudes, de leurs mœurs et de leur intelli- .gence. Je vais d’abord FRRASQE les faits, je les discuterai ensuite y Car les conséquences qui en dérivent tout évidentes qu’elles Soient, on les a nids afin de donner à Ehgrene une CA prééminence dont rien de ce qui vit sur le glôbe t terrestre ne TT .
Les fourmis vivent en société, elles sé "construisent des ha-
bitations, prennent soin de leurs petits, se rendent*des se-
püt même approcher.
di
cours mutuels et travaillent de concert pour atteindre un but déterminé; elles ont un langage particulier, se livrent de fourmilière à fourmilière, j'allais dire de peuplade à peuplade, des guerres acharnées, savent faire servir à la satis-. faction de leurs besoins d’autres insectes, tels que des pucerons'et des galle-insectes qui sont pour eux une espèce de bétail; enfin il enest certaines espèces qui, supérieures aux autres par la force et par le courage, soumettent les espèces les plus faibles et se font servir par elles. L'histoire des fourmis est en partie l’histoire de l’homme. Suivant de graves métaphysiciens, qui vivaient. au xvi° siècle (D), l’homme est supérieur aux animaux, principalement en ce qu’il a inventé
Ja magie ; rien ne prouve, en effet, que les animaux les plus
intelligens, comme 6 les fourmis et les abeilles, aient jamais cultivé les sciétices occultes, ni même qu’ils aient la moindre moon de métaphysique, mais ce n'est pas seulement pour “cela que nous mettons l'homme au-dessus d'eux, nous avons. heureusement d’autres raisons pour le faire, raisons que nous dÉYelnphE ns en lieu convenable. Qu'ici il SOiL question seulement.des fourmis. L'habitation des four-
mis éSt toujours. construite par elles et adaptée à leur genre
dé vie. Les fourmis fauyes logent sous des monticules qu'el-
les forment. age dés à débris de chanvre, de morceau de bois,
de feuilles, de’ LS de blé, d'avoine ou d'orge, de pierres et d autres bjets. qu cHes wouvent à leur portée. Dans différens points de ce dôme Sont des avenues ménagées avec soin que les fourmis fauves tiennent ouvertes. pendant le jour et dont elles {gardent l'entrée, et qu’elles ferment pendant la nuit. Au:dessous sont des salles spacieuses dans lesquelles iogent les fourmis et où ellestdéposent Jes larves et les nymphes dont
(1} W. le Diet. de Bayle, art, Rorarivs.
elles prennent soin. Les fourmis brunes, appartenant à l’espèce des fourmis maçonnes, sont logées sous un monticule qu’elles forment elles-mêmes; elles ont plusieurs étages «élevés au-dessus du sol, un rez-de-chaussée, et des étages souterrains ; quelquefois il ÿ à jusqu’à neufétages à la partie supérieure et autant à la partie inférieure. Ces étages’ sont cloisonnés, voûtés, et communiquent tous les uns avec les autres ; suivant qu'il fait chaud ou froid, les fourmis brunes se tiennent dans l’un ou dans l’autre de ces étages et y transportent leurs larves. à
“P. Huber (1) auquel j'emprunte la plupart de ces détails, parce qu'il à vu plus et mieux qu'aucun autre observateur qui se soit occupé d’un pareil sujet; décrit ainsi les manœuvres de plusieurs fourmis noir-cendré êt dont il a suivi le travail. +.
« Un jour de pluie, dit cet auteur, je \ Vis une ouvriére creuser le sol auprès d’un trou qui servait de porte.à Ja fourmilière; elle accumulait les brins qu’elle avait - détachés et en faisait de petites pelotes qu elle portait çà etlà sur le nid; elle revenait constamment à là même place et paraissaitavoir un dessein marqué, car elle travaillait Se ee el persévérance. Jedécouvris, d'abord en ceteñdroit, un léger sillon tracé dans l'épaisseur du. «terrain ; l'était. enli pouvait représenter l'ébauche d’un sentier ou | l'ouvrière dont tous les mouvemens se faisaient sous mes yeux, lui donna plus de profondeur, V'élargit, neuoya ses bol rds et je vis, sans pouvoir en douter, qu'elle avait eu l'intention d'é-
tablir une avenue, conduisant d’une certaine case à l’ouverture du souterrain. Ce sémié, long de deux à 7 pouces,
oi
(x) Recherches sur les fourmis indigènes. Paris et Genève, 1810, in-8. avec planches,
DES ANIMAUX ARTICULÉS. 105 formé par une File ouyrière, était ouvert au-dessus et bordé des deux côtés d’une butte de. terre; 1a concavité, en forme de gouttière, se trouva d’une régularité parfaite, car l’architecte n ’avaitipas laissé, dans cette partie, un atome de trop, Lé travail de cette fourmi était si suivi et si bien entendu que je devinais presque toujours d'avance ce qu'elle voulait faire et le fragment qu elle allait enlever.
« Les fourmis qui. tracent Le plan d'un mur, d’une case, d’une galerie, travaillant chacune de leur côté, il leur arrive quelquefois de ne pas faire coïncider exactement les parties . d'unmême objet: ces cas ne:sont pas rares, mais ils ne les
embarrassent point : en voici un où l’on verra que l'ouvrière découvrit l'erreur et sut la réparer.
« Un mur d'attente était élevé et semblait placé de manière à deg soutenir une voüte encore incomplète jetée depuis le bord opposé d’uné grande case; mais. l’ouvrière qui l'avait commencée lui avait donné trop peu d’élévation pour le mur sur lequel ellé devait reposer. Si la vote eût été continuée sur le’ même plan, elle aurait infailliblement rencontré cette cloison à la moitié de sa hauteur, et c'était ce qu’il fallait éviter. Cette remarque critique m'occupait, lorsqu'une fourmi arrivée: sur la place, après avoir visité ces ouvrages, parut être frappée de la même difficulté, car elle commença aussitôt. à détruire la voûte ébauchée, releva lé mur sur lequel elle reposait; et fit, sous mes si une nouvelle voüte avec les débris'de lañcienne.
" «Je mesuis assuré, pit Huber:, que chaque fourmi agit indépendamment de ses compagnes. La première quisconçoit un plan d'une exécution facile, en trace aussitôt l’esquissé; les autres n ont plus qu'à continuer ce qu’elle a commencé. Celles- -Cci jugent, par l'inspection des premiers travaux, de ceux qu’elles doivent entreprendre; ellessavent toutes ébau-
cher, continuer, polir ou retoucher leur ouvrage selon l’occasion; l’eau leur fournit le ciment dont elles: ont besoin, le soleil et l'air durcissent la matière de leurs édifices; elles n'ont d’autres ciseaux que leurs dents, d’autrefcompas que leurs antennes, et de truelles que leurs pattes de devant,dont elles se servent pour appuyer et consolider leur terre mouillée. » (1) .
Il est d’autres fourmis qui se logent dans des troncs d’arbres où elles se creusent des cases ou chambrettes qui communiquent dans des vestibules communs , et dont les cloisons sont aussi minces que des feuilles de papier ; d’autres enfin qui construisent leurs habitations avee de la sciure de bois ou quelque matière pulvérulente qu’elles mouillent pour les solidifier par la dessiccation.
Les fourmis se nourrissent de substances végétales et de substances animales; elles sont très friandes de sucre etr de miel; elles recherchent aussi avec avidité une matière qui s'échappe par gouttelettes, de l'anus des galle-insectes ét des pucerons; elles savent même, lorsque ces gouttelettes né sortent pas aussitôt qu’elles le desirent, en provoquer l'excrétion, en flattant avec leurs antennes la partie postérieure du corps des pucerons. On a cru que les fourmis mangeaïient des graines céréales, parce que l’on a souvent trouvé de ces graines sur le dôme du nid de quelques espèces de ces animaux; on s’est trompé , les fourmis ne mangent pas ces sortes de graines, elles les réunissent afin de s’en servir comme matériaux propres à bâtir. Les fourmis nefont pas provision de nourriture, maisde bétail; elles entraînent les pucerons dans leur fourmilière, les placent sur Les. racines qui S'y trouvent et les laissent s’y fixer. Les pucerons “extraient de la
(1) Op.cit. p. 45 et suiv.
racine un suc qui les nourrit, et l’excédant de leur nourri ture ils le donnent aux fourmis qui en En la sortie avec leurs antennes. Les galle-insectes et les cochenilles donnent aux fourmis un aliment semblable à celui qui sort de l'orifice postérieur des pucerons ; mais on n’a pas encore vu que les fourmis les aient mis en réserve pOur s" en servir au besoin.
Toutes les fourmis sont ou mâles ou femelles ; cependant,
il yen. a, etc est le plus g orand nombre, qui ne prennent aucune part à l'acte de la génération. Les femelles qui doivent produire et les mâles sont’ pourvus d'ailes. À une certaine époque, ils s'élèvent dans l'air pour s’accoupler; cela fait, la femelle descend sur la terres’arrache les ailes, et se fait un nid où elle pond ses œufs et nourrit ses larves; quant au mâle, on ne le revoit plus; on suppose qu'il meurt peu de temps après l’'accouplement. Toutes les autres fourmis, celles qui n’ont pas d'ailes , sont les ouvrières ; c’est à elles que sont dévolus tous les travaux intérieurs , ceux de construction , d'éducation des petits, la recherche des alimens , et la défense contre les ennemis du dehors, AIS prennent un soin extrême des, œufs et des larves. sil” fait du soleil, elles les po tent au-dehors de la fourmilière, pour les échauffer ; s’il pleut, elles les rentrentbien vite; leliquide nutritif qu’elles ont recueilli dans leurs Use elles le partagentsavec leurs compagnes, avec les remet ailées et les mâles, mais c’est aux larves qu’elles en ‘donnent la meilleure part. Très souvent les nymphes sont .enfermées däns un tissu qu’elles ont filé lorsqu'elles étaient à l’état de larves. Quand l'époque dé leur sortie de Cette coque est arrivée, les oùvrièrés en ar= rachent, pincent et tordent les fils, jusqu’à ce qu’elles aient fait un‘trou suffisant pour que, la nouvelle fourmi puisse
st w
passer.
Dés fourmis ouvrières sont toijours placées en sentinelles à l'entrée de la fourmilière ; si le soleil paraît, ces sentinelles vont trouver Fleurs compagnes qu'elles touchent d’une certaine fdçon avec leurs antennes , et aussitôt.celles-ci vont au soleil, puis elles vont en chercher d'autres, et ainsi de suite jusqu'à ce que toute Ja fourmilière,soit dehors. Elles ,;se préviennent également quand quelque danger les menace ou quand un ennemi s’approche. Quelquefois elles fuient, le plus ‘souvent elles s'avancent pour combattre. On ne Sait pas si les fourmis d’une même fourmilière. se font jamais le moïndre mal, mais de fourmilière à fourmilière elles se livrent souvent des Combats à outrance. On.les voit s’accrocher, lune à l’autre et né cher prise que lorsque l’une d'elles a arraché la tête ou un membre de son-ennemi, Ordinairement les fourmis d’une "même espèce se prêtent mutuellement secours; tantôt elles s’accrochent l’une à l’autre pour tirer dans lemêmesensetentrainer leur ennemi ; tantôt elles le, tirent chacune "dans un sens différent pour l’écarteler. La cause de leur guerre est d'abord la différence. d'espèce, car rarement;les espèces, différentes peuvent se supporter ; puis ,un-Voisinage trop immédiat et la possession d'une f fourmilière. J’ ai vu des petites fourmis brunes attaquer des fourmis à ventre fauve, chaque fois ‘elles en trouvaient l'occasion, et ne les quitter qu'après. fes avoir tuées ; les, fourmis à ventre fauve se. saüvaient toujours à moins qu’elles ne fussent en,.grand nombre et près de leur fourmilière, Dansice dernier,cas malgré son énergie et sa rage , la fourmi brune était prise,par tant de fourmis. à-lafois ,. Aus malgré ses: efforts elle. succombait déchirée en lambeaux. Dn'est pastrare que toute une fourmilière (à l'exception toutefois des femelles ailées on des.màles destinés seulement À procréer et jamais à combattre) se dirige vers une fourmilière: voisine, PO en expulser Les habi-
tans. Dans ce Cas üne guerre acharnée se livre, les vainqueurs entraînent lés vaincus et pendant ce temps un certain nom bre d’individus®de la RAS menacée court s'emparer des petits pour les soustraire aux vainqueurs. Les fourmis, sous ce porn comrie sous Res autres , font exactement'ce que nous faisons. Il y à chez elles des fourmis qui ne vivent que par la guerre, Huber les appelle firpi amazones ; celles-là ne prennent aucun soin de leurs petits, ne construisent rien #et ne vont jamais chercher leur nourriture au dehors ; leur métier est la guerre, elles ne sortent que pour voler aux fourmilières. voisines , des larves et des nymphes , qu'elles emportent chez elles et dont plus tard elles font leurs esclaves. Voici comment-Huber de à de léurs ex-
cursions. | d se « Vèrs cinq heures de l'après-midi j je ois,des fourmis amazones sortir de leur retraite, elles s 'agitent, s’avancent au dehors de la fourmilière, leur nombre augmente demoment.en moment, un geste se répète constämment entre elles, Toutes ces fourmis vont. de l’une à bAgres en touchant de leurs enténnes et.de-leur front le corselét de leurs compagness cellesci, à leur tour , s’approchent de celles qu’elles voient venir et leur communiquent le. même signal, c’est pen du départ. L'effet de-ce signal n'est pas équivoque, car on voit celles qui , lontr reçu se mettre en D asicho et se joindre à a troupe. La colonne $’ organise, elle avance en ligne droite et bientôt on ne voit plus‘aucune fourmi amazone sur la pourinilgre. ‘4
. « La tête de légion semble holdferois attendre que l’'arrière-garde laitrejoiuté; elle se répand à droite et à gauche, sans avancer, l'armée se,rassemblé* de nouveau en uñ seul corps, et repañt avec rapidité, On n'y remarque, aucun chef; toutes les fourmis'se trouvent tour-à-tour les premières; elles semblént chercher à se devancer. Cependant, ns
unes d’entre elles vont dans un sens opposé, elles redescendent de la tête” à à la queue, puis reviennent sur leurs pas, set suivent le ôuvement général. | du :
« Arrivées à plus de trente pieds de leur-habitation, elles s'arrêtent, se dispersent et tâtent lé terrain avéc leurs. in tennes, ‘comme les chiens flairent les trait gibier ; elles découvrent bientôt une fourmilière souterraine occupée par des fourmis noir-cendré, et dont les habitantes sont retirées au fond de leur demeure. Les fourmis lécionnaires, ne trouvantaucune opposition , pénètrent dans une galerie ouverte à s'emparent des nymphes qu ‘elles rencontrent, sortent par plusieurs issues et retournent chez elles. Là elles déposent "leur fardéan qui est reçu par. des fourmis rousseâtres, et retournent jusqu’à trois fois prendre demouveau butin. a,
« Les fourmis. auxquelles on enlève leurs larves et leurs nymphes, cherchent à les défendre; mais elles sont vaincues par l’ardeur et l'impétuosité des fourmis amazones. »
Le but des fourmis amazones n’est pas de détruire des fourmis, mais de s'emparer des nym phes et deslarves des autres fourmis, pour en faire des serviteurs; elles” n'empient jamais que des. larves et des nyÿmphes d'ouvrières, parce quéles autres ne leur seraient ‘bonnes à rien Une fois leur. ‘excursion finie, elles se reposent,it tandis que Iés fourmis ouvrières soignent les petits et vont Ehévhes la nourriture dont elles leur: apportent une partie. Les fourmis Amazones: ne savent ni construire, ni trouver à manger, ni élever leurs larves. Huber en enferma treigea avec des nymphes et des larves de leur espèce et une vingtaine de nymphes noir-cendré, dans une boîte vitrée dont le fond était, couvert d’une épaisse couche deterre , etil versa un peu de miel dans un coin de leur pri- . SON. Seules, sans serviteurs, la plupart moururent de faim en moins de-deux jours, sans même avoir cherché à se construire
une loge dans la terre; les autres étaient languistantes et sans force. Hüber donna à celles-ci une fourmi noir-cendré, qui seule rétablit l’ordre, fit une case dans la terre, y rassembla les larves, développa plusieurs jeunes fourmis des deux espèces, et conserva la vie aux amazones qui subsistaient” encore: x de
On connaît, un seul exemple de cruauté exercé par une fourmi sur” un puceron ; il a eu pour témoin oculaire M. Auguste Duveau, quile raconte presque en pleurant (2). « Je voyais, dit M. Duveau, un puceron se cramponner Comme pour mettre bas un petit; une fourmi se mit à le palper, etse retira à plusieurs reprises: Enfin, impatientée, je suppose, de ne point ( obtenir Ja gouttelette qu’elle attendait, elle saisit'le puceroh par le ventre, l'entraîna à un demi-pouce du lieu où il était, le suça fortement, de manière à l’aplatir, et le laissa comme mort sur la place. Cest.la seule brutalité, ajoute M. Duveau, que j'aie vu exercer par {es fourmis sur:leurs amis. » Les exemples du contraire sont beaucoup plus fréquens. C’est encore M. Duveau qui parle : « Je terminerai, dit-il, par un trait dont je fus fort édifié et presque attendri. Une fourmi avait saisi une,gouttelette qu'elle tenait en l'air avec ses déux pattes antérieures et sapprétait à la sucer. Une autre fotrmi vint à passer, elles se reconnurent, se convinrent apparemment, et pieRu, les deux nouvelles amies, dressées comme deux écureuil$, l'une en face de Vautre, sucèrent ensemble la gouitelette (3). » M. Latreille raconte: que des fourmis voyant souffrir leurs compagnes auxquelles il avait coupé-les antennes, faisaient+sorür de leur bouche une liqueur qu'elles versaient sur la partie biessée. à d
(x) Op.c cils p. 340% æ À à $
(2) do ble rech, sur l’hist, nat, des pucér ons, Mami du Muséuni d’histe
nat.t. 13, 1825. | (3) Loc, cit, ù
Les fourmis vivent en république : il n’y a parmi elles ni première, ni dernière, elles se prêtent un appui mutuel, vont au secours l’une de l’autre au moment du danger , s’entr aident, dans tous leurs travaux. Elles n'ont pas de reines corime en ont les abeilles ; les femelles pleines sont, il est vrai à ‘objet d'une attention particulière, on va au-devant de leurs besoins , “on les escorte, mais c'est afin de les garder, parce que ce sont elles qui sont chargées de perpétuer la fourmilière. Les femelles qui restent, ou plutôt que
l’on force à à rester, Ont été fécondées au moment où toutes les fourmis ailées $ ’apprêtent*à sortir : aussitôt après la fécondation es femelles sont retenues prisonnières dans l'intérieur du nid jusqu'à ce que leur véntre ait grossi : dès ce moment , comme elles n’ont plus envie de sortir, on les laisse libres, et elles deviennent l’objet,.des soins et des caresses des fourmis ouvrières. Les fourmis amazones. font exception , leur gouvernement est une véritable aristocratie qui exploite les fourmis ouvrières, comme dans beaucoup de pays les blancs exploitent les nègres, comme chez les blancs, les classes supérieures , quand on les laisse faire, exploitent le peuple. . # |
Passons à la monarchie des âbéilles. LERCHAE"
Il y a peu de ressemblance entre la monarchie des abeilles etes monarchies humaines, ily en à pourtant, et les voici : l'œuf qui doit fournir une reine est placé par sa mère dans ‘une alvéole quatre ou cinq fois plus grande que celle des autres abeilles ; il entre souvent dans [a construction de cette alvéole plus de cire qu'il n’en faudrait pour loger cinquante abeillés ouvrières. Sa larve est alimentée avec profusion d’une gelée particulière, destinée à.elle seulé. DéVenue abeille , elle est dispensée de tout travail, d'autres abeilles la suivent constamment et font cercle autour d'elle quand il lui plaît de
DES ANIMAUX ARTICULÉS. ant
s'arrêter. La manière dont la reine se repose est.commuélà toutes les abeilles ; elle entre la tête la première dans les grandes cellules à mâles et y reste très long- temps immobile. L'attitude qu’elle y prend ne permet pas aux abeilles delui rendre alors des hommages; cependant, même dans ces circonstances, les ouvrières ne-laissent pas de faire le cercle autour d’elle et de lui brosser la partie postérieure du ventre quireste à découvert. » Huber, fidèle historien des abeilles (1) a été plusieurs fois témoin de ce fait qui représente assez bien , Quoique au figuré, lesrapports établis parmi les hommes,entreles cour-s. tisans et les souverains. Enfin, jamaisilne peut exister qu’une seule reine dans la même ruche, Ici commencent les oppositions. Si une seconde reine s’est glissée dans une ruche, ou si à pour faire une expérience, on l'y a introduite, deux groupes d’abéilles toujours très nombreux, se forment. aussitôt, et chacun d’eux entoure une reine qu’elles étreignent de toutes parts, mais sans lui faire de piqûre. Quand, au travers du tourbillon d’abeilles qui les pressent, les reines se reconnaissent et tentent de se diriger l’une contre l’autre ÿ à l'in tant un passage leur est ouvert qui leur permet de se. saisir et de se battre, Il faut que dans ce combat, l’une des deux soit mise à mort, car sielles se quittent vivantes, elles sont de nouveau entourées, comprimées ‘et n’ont de chances de vie que dans un combat nouveau. Quant aux ouvrières, elles ne.se font jamais la plus petite égratigaure pour soutenir les prétendantés : : elles laissént aux reines Je soin de s'entretuër. Est-ce prudence, est-ce respect? Voici une autre circonstance de la vie des reinés qui soulève la même question.
La reine est, sauf quelques exceptions rares , la seule 4, LA:
G:) Nouvelles pen à sur les abeilles, 2° édit Paris et Génève, 1814, 2 vol, in-8. avec planches, vol. tps 210,
abeille quiponde des œufs, ses premiers œufs sont déposés dans de petites alvéoles , il en naïîtra des ouvrières; les seconds sont des œufs de faux-bourdons, leurs alvéoles sont plus grandes que celles des ouvrières; enfin les derniers doivent donner naissance à des reines , ils sont dans des ruches royales, et comme je l'ai dit, une gelée royale que Huber a trouvé d’un goût aigrelet et relevé, est placée près d'eux. Ces derniers œufs peuvent éclore et leurs larves se nourrir comme tous les autres, sans que la reine s’en * occupe; changés en nymphes, ils deviennéht, dans certains cas, l’objet d’une attention particulière. L'entrée de toutes les alvéoles contenant une nymphe est fermée par une pellicule de cire, et cette pellicule est graduellement amassée par les ouyrières qui l'ont placée de telle manière que la mouche une fois formée, n’a pas de peine à la briser età sortir. Ë Tin'en est pas ainsi pour les reines. En temps ordinaire, lareine ‘ne laisse sortir vivante de son alvéole, aucune reine nouvelle ; ( élleles tue à l'état de nymphe et les autres abeilles, spectatrices ‘de cette destruction, viennent enlever les nymphes tuées, ellés- prennent la bouillie restant au fond.des cellules, sucent le fluide que les nymphes ont dans l'abdomen et. détruisent leurs cellules (1). Si plusieurs reines dbiveñt sortir de leurs alvéoles, et que la ruche manque de reine, la première formée s'échappe, et ce qu’elle fait d’abord, c’est d’aller attaquer et détruire dans leurs alvéoles , toutes les autres reines. Mais quand le temps d’essaimer est venu , quand le nombre des abeilles est trop considérable pour une seule ruche, Ja reine doit quitter le domicile commun avec une partie des ouvrières. Alors, il faut de nouvelles reines : les ouvrières veillent à ce qu'il en naisse. AYant de quitter la ruche, la Ë : ,
453 à (x) Op. cit. t. I, P. 179. ar ?
reine essaie de s'approcher des alvéoles contenant des nymphes royales, mais les ouvrières font bonne garde et la repoussent. La reine partie, s’il ne faut pas un nouvel essaim, la mouche royale qui est la première formée peut sortir librement et détruire ses rivales; mais s’il y a un nombre suffisant d’abeilles, pour l’organisation de plusieurs essaims, des reines sont conservées autant qu’il en est besoin. Je ne puis résister au desir de transcrire ici la narration que fait Huber de la manière dont se forment les essaims, et du soin que ies ouvrières prennent de conserver les reines qui doivent les conduire. Cet auteur parle d’une ruche vitrée qu'il observait au temps où se forment les essaims.
«Le 30 mai, la reine avait pondu beaucoup; le 2 juin à onze heures du matin, tout était parfaitement tranquille dans la ruche ; mais à midi, la reine passa tout-à-coup de l’état le plus calme à une agitation très marquée qui gagna insensiblement les ouvrières, dans toutes les parties de leur domicile. Quelques minutes après, elles se précipitèrent en foule versles portes et sortirent avec leurreine; elles se fixèrent sur une branche d'arbre du voisinage. J’y fis chercher et enlever la reine , afin que les abeilles en étant privées, rentrassent dans la ruche; et effectivement, elles ne tardèrent pas à s’y replacer. Leur premier soin, parut être de chercher leur femelle ; elles étaient encore fort agitées, mais peu-à-peu elles se calmèrent et, à trois heures, tout était tranquille et bien ordonné.
«Le7, nous nous attendions à voir sortir une reine de la cellulle royale qui avait été formée le 30 mai. Dèsla veille, cette reine était arrivée à son terme, ses sept jours étaient accomplis. Le guillochis de sa cellule était si approfondi que nous apercevions un peu ce quise passait dans l’intérieur, nous pouvions distinguer que la soie de la coque était coupée circulairement à une ligne et demie au dessus de la pointe ; mais
comme les abeilles n'avaient pas voulu encore que la reine sortit, elles avaient soudé le couvercle contre la cellule, avéc quelques particules de cire. Ce qui nous parüt alors fort singulier, c'est que cette femelle rendait, dans sa prison, une espèce de son, uñ claquement fort distinct. Le soir, ce chant était composé de plusieurs notes qui se suivaient rapidement. ;
«lie 8, nous entendimes le même chant dans la seconde célluge. Plusieurs abeilles faisaient la garde autour de la cellule royale,
«Le 9, la première cellule s'ouvrit, La jeune-rèine qui en sortit était vive, sa taille effilée, sa couleur rembrunie. Nous comprîimes alors la raison pour laquelle les abeilles retiennent captives, au-delà de leur terme, les jeunes femelles dans leurs alvéoles ; C'est afin qu'ellessoient en état de voler dès l'instant où elles sortent, La nouvelle reine devint l’objet de toute notre attention : dès qu'elle passait près des cellules royales, les abeilles qui gardaient ces cellules, la tiraillaient, la mordaient et la chassaient, paraissant fort acharnées contre elle, etne lui laissaient de tranquillité que lorsqu’elles’était
fort éloignée de toute cellule, Ce manège se répéta très fréquemment dans la journée. La nouvelle reine chanta deux fois, et lorsqu’ellé chantait, elle était arrêtée, Son corselet appuyâit contre le gàtéau, ses ailes étaient croisées sur son dos, elle des agitait sans les décroiser et sans les ouvrir davantage; Quelle que soit la cause qui lui ait fait choisir cette attitude, les abeilles en paraïissaient affectées, toutes baissaient alors la tête et restaient immobiles.
«Le lendemäin, la ruche présentait Les mêmes apparences, ily restait encoré vingt-trois cellules royales qui étaient toutes assidument gardées par un grand nombre d'abeilles. Dès que la reine s’en approchait, toutes les gardes s’agitaient,
l'environnaient, la mordaient, la. houspiliaient de toutes les manières el finissaient ordinairement par la chasser, Quelquefois elle chantait, en reprenant l'attitude que j'ai décrite tout-
à-l’heure, et dès ce moment, les abeilles devenaientimmobiles, . «la reine emprisonnée dans une seconde cellule, quoique formée, n'était pas encore sortie ; nous l’ entendîmes chanter à différentes reprises. Nous vimes aussi la manière dont les abeilles la nourrissaient. En l’examinant attentivement, nous remarquâmes une petite ouverture dans la partie du bout de la coque que cette reine avait coupée au moment où elle était déjà en état de sortir et que ses gardes avaient recouvert de cire, pour la retenir prisonnière. Par cette fente, elle faisait sortir etrentrer alternativement sa wompe. Les abeilles ne virent pas d'abord ce mouvement, mais enfin l’une d'elles l'aperçut et vint appliquer sa bouche sur là trompe dela reine captive, puis fit place à. d’autres qui vinrent également s’en approcher, pour lui donner du miel. Quand elle fut bien rassasiée 1 elle retira sa trompe, et les abeilles rébouchèrent avec'de la cire, l'ouver ture par laquelle elle l'avait fait sortir.
«Entre midi et une heure; ce même jour, la reine devint fort agitée. Les cellules royales de sa ruche étaient très multipliées, elle ne pouvait aller nulle part sans en rencontrer quelqu'une et, dès qu’elle s’en approchait, elle était fort maltraitée, frappait ailleurs et ne trouvait nulle part un meilleur accueil. Ses courses agitèrent enfin les abeillés qui restèrent pendant long-temps dans la plus grande confusion, puis se précipitèrent vers la porte dela ruche, sortirent et ailèrent se placer Sur un arbre du jardin: Ce ih il yeut. de singulier, c'esl que la reine ne put pas les suivre, ni conduire elle-même l’essaim. Elle avait voulu passer “entre deux cellules royales avant que les abeilles en eussent abandonné [a garde, et elle enavait été tellement serrée et wordue, que elle ne pouvait plus
se mouvoir. Nous l’enlevâmes et nous la plaçâmes dans une ruche séparée ; les abeilles qui étaient formées en essaim, et qui s'étaient accumulées en grappe sur une branche d'arbre, reconnurent bientôt que leur reine ne les avait pas suivies et elles rentrèrent elles-mêmes dans leur habitation.
«Nous étions très curieux de savoir ce que deviendraient les autres cellules royales; outre celles qui étaient fermées, il y en avait quatre qui contenaient des reines parfaitement développées, et qui auraient pu sortir si les abeilles ne les en avaient empêchées. Elles ne furent point ouvertes pendant le temps qui précéda l'agitation de l’essaim, ni dans l'instant du jet.
«Le 11, aucune des reines n’était encore libérée; l’une d'elles avait dû subir sa transformation le 8 ; elle était donc prisonnière depuis trois jours. Enfin le 12, elle sortit et fut traitée exactement comme sa devancière ; Les abeilles la laissaient tranquille lorsqu'elle était loin de toute cellule royale , et la tourmentaient cruellement lorsqu'elle en approchaït. Le même jour deux reines étaient sorties avec leur essaim » (1), Huber décrit avec le même soin la conduite des abeilles restées dans la ruche et les luttes que se sont livrées les reines, sorties de leurs alvéoles ; c’est à son ouvrage que je renvoie le lecteur desireux d'en connaître toutes les particularités.
Lorsque la reine vient à manquer, les abeilles paraissent fort tourmentées de cet évènement, pendant vingt-quatre heures environ; s'il y a des nymphes royales dans les alvéoles, on en attend la sortie et on les laisse se disputer la royauté comme je l’ai dit tout-à-l'heuré; s’iln’y a pas de nymphe royale, on élargit l'alvéole d'un œuf d'ouvrière, on lui apporte la gelée aigrelette préparée pour les reines, et le temps an, on
E (r) Op. cit. 1, 1,p. 255 et suiv.
l'enferme pour la laisser sortir pourvue des attributs de la royauté. Cette nourriture suffit pour opérer la transformation d’une ouvrière et développe en elle les organes générateurs femelles, au point où ils doivent être pour engendrer; car les ouvrières sont aussi des femelles, mais dont les parties sexuelles sont atrophiées. Dans aucun cas, les ouvrières ne vont chercher une reine ou une nymphe de reine dans une ruche étrangère; il ne leur faut, pour en faire une, qu’un peu de gelée aigrelette. donnée à une de leurs larves, et une grande alvéole dans laquelle cette larve puisse se développer complètement.
La reine des abeilles'a une cour; elle est entourée, de ce que ‘parmi les hommes, nous appelons des respects et des hommages ; elle a-une nourriture à part et, comme on l’a vu plus haut, sa loge coûte cinquante fois autant de cire qu’une loge ordinaire : ces privilèges auxquels il faut joindre celui de la fécondation qui lui est exclusivement réservé, et celui de se mettre à la tête d’un essaim, sont les seuls dont elle jouisse, aussi est-il vrai de dire que ce sont des fonctions maternelles qu’elle exerce dans la ruche, plutôt qu'une véritable royauté. Les ouvrières sont, les unes chargées de construire la ruche, lestautres de récolter le miel. Les premières travaillent x non pas isolément, mais successivement; on voit celle-ci poser les fondemens de l’alvéole, être remplacée par une seconde, puis par une troisième et par d’autres qui continuent et achèvent son œuvre; tandis que certaines ouvrières avancent le perfectionnement d’une pièce, d’autres com- , mencent à dégrossir les cellules adjacentes; s’il faut une reine, elles élargissent plusiéurs loges contenant des œufs d’ouvrières, destinées à donner des reines. Pour les mâles et pour elles-mêmes, elles construisent des logés différentes. Si l’on oppose des obstacles à ce qu’elles construisent comme
ellesont l'habitude de le faire, elles s'accommodent aux circonstances, modifient leur plan et viennent à bout de leur entreprise. Capables de remplir à-la- fois. les fonctions de maçons et celles d'ingénieurs, élles sont chargées de la sureté de la place. Les abeilles ont à se “défendre. contre les guêpes, les frelons, les teignes, les souris et les reines étrangères ; pour empêcher ces animaux d’ entrer dans la ruche, des abeilles font toujours bonne garde, Mais cela ne suffit pas toujours, surtout quand elles ont à redouter un nouvel ennemi qui profite de la nuit pour pénétrer chez elles ; cet ennemi est le sphinx atropos, ou téte de mort. Quand les abeilles craignent ses attaques, elles munissent leurs portes comme nous faisons pour nos places de guerre, Tantôt elles y bâtissent un mur dont les ouvertures sont en arcade et trop petites pour permetre au sphinx de s'y introduire; tantôt elles élèvent plusieurs cloisons les unes derrière les autres, ou masquent leurs portes par des murs placés dE 0 d'elles. Contie: l'invasion des abeilles appartenant à d'autres ruches et que le desir du pillage pourrait attirer, elles se défendent par des portes étroites qui ne laissent de Dre que pour une seule abeille à-la-fois.
Leur prévoyance ne se borne pas là ; "elles Secondent les abeilles mellifères et préparent des alvéoles destinées à garder la provision de miel. En temps de disette, les alvéoles ordinaires suffisent et au-delà, mais quand la récolte de miel est très considérable, non-seulement -les abeilles cirièrés construisent des cellules très grandes, mais elles les multiplient beaucoup et les placent partout où l'espace le permet. On voit, dans le temps de grande abondance, des gâteaux irréguliers dont les cellules ont quinze et même dix-huit lignes de profondeur. (4)
(x) Op. cét.t, 2,p. 227.
Quant aux abeilles qui ont pour destination de récolter le miel, elles nourrissent toute la ruche et font des provisions pendant la saison des fleurs, pour tout le reste de l’année; si les ruches sont remplies de gäteaux, les cirières vont aussi à la récolte du miel et le rapportent dans les magasins de la ruche. Tout le miel emmagasiné est enfermé soigneusement : les cellules où il est déposé son{ garnies d’un couvercle de cire, qu'on n’enlève que dans les cas de besoin extrême et lorsqu'il n’y à aucun moyen de s’en procurer ailleurs. On n’ouvre jamais ces magasins pendant la belle saison; d’autres réservoirs, toujours ouverts, fournissent aux besoins journaliers de la peuplade, mais chaque abeille n’y prend que ce qui lui est absolument nécessaire pour satisfaire au besoin présent. (1) Ë
Jusqu'à présent je n'ai parlé que des femelles ; c’est qu’elles jouent le principal rôle dans la monarchie des abeilles, les mâles y sont comparativement en très petit nombre et n'y servent qu'à l’accouplement. La reine abeille, quand elle est en état d’être fécondée, S'avance vers la porte de la ruche, et s'envole en la regardant, sans doute afin de la reconnaître, et revient environ un quart d'heure après. Une seconde fois, elle sort, mais pour plus long-temps et sans qu'on puisse la suivre des yeux. Aïnsi que les fourmis et beaucoup d'insectes, elle est fécondée dans les airs où elle rencontre des faux-bourdons, revient dans sa ruche, et commence à pondre au bout de quarante-six heures: Le mâle qui l'a fécondée meurt bientôt, mutilé par l'acte même de la fécondation; les autres mâles continuent de vivre jusqu'au mois d'août. Vers cette époque, parfois même. plus tôt, comme ils ne sônt plus nécessaires et qu'il faudrait Îles
(x) Op. cit, t. 2, p. 68.
nourrir sans enretirer aucun avantage, on les mettous à mort, et on détruit les nymphes qui pourraient en produire. L'heure de leur massacre arrivée, ils sont saisis par les ouvrières qui les tiraillent, les écartellent, les déchirent et les percent de leuraiguillon. Ceux qui ont échappé à la fureur des ouvrières, et qui ont cherché un refuge dans d’autres ruches, n’ont retardé leur mort que de peu d’instans, car partout on les détruit. Il y a pourtant une exception, c'est quand, dans une ruche, il ny à pas de reine; on les laisse vivre pour féconder la reine qui viendra. Voilà quel est le rôle des mâles, et quelle part la nature leur a départie chez les abeilles. + Pour accomplir toutes les actions dont je viens de parler, il faut que les abeilles aient des organes d’une grande perfection, et des sens délicats, aussi sont-elles douées de la vue, du toucher, de l’odorat, du goût, peut-être même de l’ouïe. Auraient-elles quelque autre manière de sentir? nous ne pouvons que le supposer. Et au-delà des sens, au-delà des sensations qu'ils procurent, qu'y a-t-il? Un centre nerveux et des facultés : une âme encore, ont dit un grand nombre des théologiens et de métaphysiciens; mais pour mon propre compte , je n’oserais pas l’assurer. ,
Les facultés des insectes ont fourni matière à beaucoup de controverses , Comme on à pu le voir en lisant le commencement de cet article; les uns ont donné à ces animaux une véritable intelligence , les autres la leur ont refusée. Buffon s’est rangé au nombre de ces derniers. Je vais rapporter textuellement les argumens dont il s’est servi, et j'y répondrai. Dans son Discours sur la nature des animaux , Buffon s’exprime ainsi :
« Y a-t-il rien de plus gratuit que cette admiration pour les mouches, et que ces vues morales qu’on voudrait leur préter; que cet amour du bien commun qu’on leur suppose, que
DES ANIMAUX ARTICULÉS. 121 cet instinct singulier qui équivaut à la géométrie la plus su: blime, instinct qu'on leur a nouvellement accordé, par lequel les abeilles résolvent le problème de bâtir le plus solidement qu’il soit possible , dans le moindre espace possible, avec Ia plus grande économie possible. Que penser de l'excès auquel on a porté le détail de ces éloges? Car enfin , une mouche ne doit pas tenir dans la tête d’un naturaliste , plus d'espace qu’elle n’en tient dans la nature ; et cette république merveilleuse ne sera jamais aux yeux de la raison, qu’une foule de. petites bêtes, qui n’ont d'autre rapport avec nous que celui de nous fournir de la cire et du miel.
« Ce n’est point Ja curiosité que je blâme ici, ce sont les raisonnemens'et les déclamations. Qu’on ait observé avec attention leurs manœuvres, qu’on ait suivi avec soin leurs procédés et leur travail, qu’on ait écrit exactement leur génération, leur multiplication, leurs métamorphoses , tous ces objets peuvent.occuper le loisir d’un naturaliste : mais c’est la morale, c’est la théologie des insectes que je ne puis entendre précher ; ce sont les merveilles que les observateurs y mettent, et sur lesquelles ensuite ils se récrient, comme si elles y étaient en effet, qu’il faut examiner: c’est cette intelligence, cette prévoyance, cette connaissance même de l’avenir qu'on leur accorde avec tant de complaisance, et que cependant il faut leur refuser ppurdsnenr que je-vais Fes de réduire à sa juste valeur.
« Les mouches solitaires n’ont de l’aveu de ces observateurs, aucun esprit, en comparaison des mouches qui vivent ensemble: celles qui ne forment que de petites troupes, en ontmoins que celles qui sont en grand nombre, etles abeilles qui, de toutes, sont peut-être celles qui forment la société la plus nombreuse, sont aussi celles qui ont le plus de génie. Cela seul ne suffit-il pas pour faire penser que cette apparence d’es-
422 FACULTÉS prit où de génie, n'est qu'un résultat mécanique, une combinaison de mouvement propôrtionnel au nombre, un rapport qui n’est compliqué que parce qu’il dépend de plusieurs mildiers d'individus ? Ne sait-on pas que tout rapport, tout désordre même, pourvu qu'il soit constant, nous paraît une harmonie dès que nous en ignorons les causes, et que de la supposition de cette apparence d'ordre à celui de l'intelligence, n'ya qu'un pas, les hommes aimant mieux admirer qu’approfondir ? s
«On conviendra donc"d'abord, qu’à prendre les "EM une à une, elles ont moins de génie que le chien, le singe et la plupart des animaux ; on conviendra qu’elles ont moins de docilité, moins d'attachement, moins de sentiment, mains, en un mot, de qualités relatives aux nôtres : dès-lors, on doit convenir que leur intelligence apparente ne vient que de leur multitude réunie. Cependant cette réunion même ne sup pose aucune intelligence ; car ce n’est point par des vues morales qu’elles se réunissent, c’est sans leur consentement qu’elles se trouvent ensemble. Cette société n’est donc qu'un assemblage physique ordonné par la nature , et indépendant de toute vue, de toute connaissance, de tout raisonnement. La mère abeille produit dix mille individus tout à-la-fois, et dans un même lieu; ces dix mille individus, fussent-ils encore mille fois plus stupides que je ne les suppose, seront obligés, pour continuer seulement d'exister, de s'arranger de quelque façon : comme ils agissent tous les uns comme les autres, avec des forces égales, eussent-ils commencé par se nuire, ils arriveront bientôt à se nuire le moins qu'il sera possible , c’est-à-dire à s’aider, ils auront donc l'air de s’entendre‘et de concourir au même but. L’observateur lèur prêtera bientôt des vues et tout l'esprit qui leur manque : il voudra rendre raison de chaque action, chaque mouvement
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aura bientôt son motif, et de là sortiront des merveilles et des raisonnemens sans nombre; car ces dix mille individus qui “ont été tous produits à-la-fois, qui ont habité ensemble, qui se sont tous métamorphosés à-peu-près en même témps, ne peuvent manquer de faire tous la même chose, et pour peu qu’ils aient du sentiment, de prendre des habitudes communes, de s'arranger, de se trouver bien ensemble, de s'occuper de leur demeure, d’y revenir après s’en être éloignés , et de là l'architecture, la géométrie, l’ordre, la prévoyance, l'amour de la patrie, de la république , en un mot ; le tout fondé, comme on le voit, sur l'admiration de l'obserteur,
« On donne plus d'esprit aux mouches dont les ouvrages sont les plus réguliers; les abeilles sont, dit-on, plus ingénieuses qne les guêpes, que les frelons qui savent aussi l'architecture, mais dont les constructions sont plus grossières et plus irrégulières que celles des abeilles. On ne veut pas voir où l’on ne se doute pas que cette régularité plus ou moins grande, dépend uniquement du nombre et de la figure, etnullementde l'intelligence de ces petites bêtes : plus elles sont nombreuses, plus il ya de forces qui agissent également et qui s'opposent de même, plus il y a par conséquent dé contrainte mécanique, de régularité forcée, et de perfection apparente, dans leur production.
« C'est par sentiment et non par raisonnement qu'agissent les abeilles : elles ramassent beaucoup plus le cire et de miel qu'il ne leur en faut, ce n’est donc point du produit de leur | intelligence, c’est des effets de leur stupidité que nous profitons, car l’intelligence les porterait nécessairement à ne ramasser qu'à-peu-près autant qu’elles ont besoin et à s’'épargner la peine de tout le reste, surtout après la triste expérience que ce travail est en pure perte, qu'on leur enlève tout ce
qu’elles ont de:trop, qu’enfin cette abondance est la seule cause de la guerre qu’on leur fait, et la source de la désolation et du trouble de leur société. » î On:nesaurait prendre au sérieux'plusiéurs de ces allégations. Dire « qu’une mouche ne doit pas tenir, dans la tête d’un naturaliste, plus d'espace qu’elle n'en tient de la nature, » c’est juger de la valeur des animaux d’après leur volume relatif; or, à ce compte, la fourmi serait au-dessous du hanneton, l'hirondelle au-dessous de la buse, le chien au-dessous du bœuf, et l'homme, combien n’aurait-il pas d'animaux supérieurs à lui? Buffon consent à ce que l’on examine les manœuvres des insectes, leur génération, leur multiplication, leur métamorphose, et puis il veut que l’on en reste là : les abeilles n’ont ni intelligence , ni prévoyance , ni Connaissance de l'avenir ; ce sont «de petites bêtes qui n’ont d’autre rapport avec nous que celui de nous fournir de la cire et du miel. » Que les abeilles n’aient pas la connaissance de l'avenir, je l'accorde sans peine; mais sous ce rapport, l’homme a-t-il plus d'avantages que les abeilles? Non, assurément. Quant à ce qui. regarde la prévoyance et l'intelligence, discutons : « Les abeilles recueillent plus de cire et de miel qu ilne leur en faut; elles pourraient s’épargnér la peine de tout le reste, nous. profitons, en leur prenant ce qu’elles ont de trop, des effets de leur stupidité. ».Mettons, pour un moment, l'homme riche.ou économe à la place de l’abeille; un voleur vient, qui lui prend seulement ce qu'il a de trop, disonsnous que le voleur profite des effets de la stupidité de celui qu'il vole? Et l’avare qui, pour amasser, se prive des choses nécessaires à la vie, n’est-il pas plus stupide sous ce rapport que l'abeille. L’abeille économise, mais elle jouit ; l’avare économise et ne jouit jamais.
« La mère abeille produit dix mille LE tout à-la-fois
et dans un même lieu; pour continuer d'exister, ces dix mille individus sont obligés de s'arranger de quelque façon de se nuire le moins possible , puis de s’aider , de s’entendre, de concourir au même but, de prendre des habitudes communes, de se trouver bien ensemble, de s'occuper de leur demeure, d'y revenir après s’en être éloignés, etc. » Que les abeilles soient obligées de s'arranger de quelque façon, je ne le conteste pas, mais que cette obligation provienne de ce qu'elles naissent toutes à-la-fois et dans un même lieu, je ne l’accorderai jamais. Pourquoi tant d’autres animaux qui naïissent aussi à-la-fois et dans un même lieu,-n’ont-ils pas des habitudes semblables à celles des abeilles? Et d’ailleurs, comment concevoir que toutes les actions des abeilles soient dues à cette cause ? Tantôt, on les voit agir individuellement, tantôt agir de concert; les unes travaillent, les autres restent dans l’oisiveté. Dans la même ruche, on ne souffre pas deux reines, et si par hasard, il s’en rencontre deux, elles sont obligées de se battre jusqu’à ce qu’une d'elles périsse. N'est-ce pas là une grande preuve de sagesse, et, dans nos monarchies, quand deux prétendans se disputent un trône ; le peuple qui prend part à ces luttes , ne ferait-il pas mieux d’imiter les abeilles, plutôt que de s’entre-égorger ? Le premier soin de la reine qui sort de son alvéole est d'aller tuer les reines non encore sorties de la leur, et si les ouvrières n’ont pas besoin de plusieurs reines, elles la laissent agir, sinon elles font bonne garde pour conserver des reines précisément autant qu'il leur en faut. Le massacre de tous les mâles, lorsque l’on n’a plus besoin d'eux, leur-conservation dans les ruches où il n’y a pas de reine féconde, peuvent-ils être regardés comme les effets d’une force aveugle? La plupart des actions des abeilles sont de même nature , et l'interprétation que leur donne Buffon, doit être considérée comme n'ayant
126 FAÇULTÉS
pas la moindre valeur, Je 1e demande, si nous ne connais sions pas lés abeilles et qu'un observateur qui en aurait découvert l'existencé et les mœurs, vint aujourd’hui nous révéler tout ce que l’on en a appris depuis Aristote jusqu’à Huber, et si, pour éprouver notre sagacité, cet observateur né nous décrivait pas la forme des abeïlles et nous taïsait également certaines particularités relatives à leur fécondation, est-il beaucoup d'hommes qui n’en ternient pas des êtres très approchant de l'espèce humaine ?
« Les abeilles ont moins de docilité, moins d’attachement, moins de sentiment, en uñ mot moins de qualités relatives aux nôtres, que le Chien, le singe et la plupart des animaux. » Cela est vrai, l’homme ne peut pas se mettre en rapport avec une abeille commèé avec un chien ou un singe, mais est-ce la faute de l'abeille ou la faute de l’homme? Est-ce parce que les organes de l'abeille sont trop petits, ou parce que ceux de l’'honime sont trop volumineux , que les rapports entre eux sont impossibles ? Cette circonstance ioute matérielle, füt-elte seulé, mettrait nécessairément entre l’homme et l'abeille une barrière infranchissable. |
Condillac qui, le premier, a réfuté plusieurs des argumens de Buffon, admet que les bêtes sont capables de quelques connaissances. « Cé sentiment, dit-il (1), qui est celui du vulgaire, n’est combattu que par les Phémopies, c’est-à-dire par des hommes qui d'ordinaire aiment mieux une absurdité qu'ils imaginent, qu'une vérité que tout le monde adopte. » Il admet qu'entre lès bêtes et l'homme, la différencé, pour ce qui concerne la pensée, n’est que du plus au moins ; le moins dont Sont pourvus les animaux, il s'appelle instinct ; le plus qui appartient à l’homme, il l'appelle raison. « Ce qui man-
noir th | | Le
{x) Traité des animaux, à° partie : Des facultés des animaux.
DES ANIMAUX ARTICULÉS. 127 que surtout aux bêtes, ajoute-t-il, c’est un foyen de se come muniquer leurs idées, c’est le langage : privées de cetté res: source, chacune d’ellé n’a guère pour s’instruire que sa seule expérience, tandis que l’homme accumule sur lés connais sances de ceux qui l'ont précédé, les résultats de son expés rience particulière. » Le langage ne manque pas aussi entiès rement aux animaux que le croyait Condillac, nous avons vu que Îles fourmis sont loin d’en être dépourvues, et nous ne pouvons guèré le refuser aux abeilles, quand nous considé2 rons l'accord qui règne dans leurs actions. Les unes et les autres, de même que tous les animaux, ont sans doute lé lan+ gage qui convient à leur nature et à l'étendue de leurs idées 3; Car on ne concoit pas qu’elles puissent avoir des idées de re lation, par exemple, sans posséder aucun des moyens nécess saires pour les exprimer,
Le meilleur historien des abeilles, Huber, dans une lettre qu'il écrivait à Charles Bonnet (1), à laissé échapper: cette phrase : « Les abeilles n’ont que des idées purement sensis bles et pas de prévoyance, pas de combinaison, elles agissent entraînées par le plaisir ou la crainte de la douleur. » Quel plaisir, demanderai-je à Huber, peuvent prendre les abeilles à renfermer les nymphes royales, à retenir les reines calfeu= trées dans leurs alvéoles, et à les y nourrir en attendant qu'elles én aient besoin pour conduire un ‘essaim ? Pourquoi mettent-elles des couvercles différens aux différentes sortes d’abeilles ? Pourquoi portént-eiles la bouillie royale aux ar: ves des reines? Pourquoi dire que lés‘reines ont'une cour et sont éntourées de respectueuses ouvrières? De pareilles ac tions, chez les hommes, n’indiquent-elles que des idées sen< siblés, où n’exigéent-clies pas au ‘contraire de la prévoyance
(1) Op. cit, Le 1, pe 373.
et dela réflexion? Au reste, c’est dans un seul endroit qu'Huber donne aux abeilles des idées purement sensibles, souvent il est comme ravi d’admiration devant les marques nombreuses d'intelligence qu’il découvre en elles, et il exprime cette admiration d’une manière tellement positive, qu’il va presque jusqu’à l’égaler à celle de l'homme.
Les psychologistes qui refusent toute intelligence aux animaux, allèguent que chaque animal agit comme tous ceux de son espèce, Sans y rien ajouter, sans y rien retrancher, sans avoir eu besoin d'apprentissage, et sans pouvoir lui-même rien transmettre à ses semblables; ils comparent à cette uniformité d'actions presque toujours restreintes dans d’étroites limites, l'immense variété des actions de l’homme, l'étendue et l'élévation de ses idées, et surtout ils font valoir la perfectibilité de l’espèce humaine dontles générations s’enrichissent successivement de toutes les connaissances acquises avant elles : la brute, comme ils disent, tient au monde physique seulement, tandis que l’homme s'élève au monde intellectuel et moral. Les conséquences qu'ils tirent de ces faits, c’est que l’homme seul à conscience de ses actions, que seul il est libre, tandis que les animaux ne savent en aucune manière comment ou pourquoi ils agissent, ou qu’ils le savent tout au plus comme nous le saurions dans un rêve.
Pour ce qui concerne les animaux, on ne saurait disconvenir que leurs actes ne soient infiniment moins variés que ceux de l’homme, cependant ces actes ne sont pas tellement réglés à l'avance qu'ils ne puissent être modifiés suivant une foule de circonstances imprévues. Les animaux attaquent et se défendent, ceux qui chassent emploient mille ruses pour réussir; ceux qui construisent varient souvent leur travail suivant les localités; s'ils se sont trompés, ils détruisent ce qu'ils ont fait et recommencent une nouvelle construction. Ce
b DES ANIMAUX ARTICULÉS. 129 ne sont pas là des actes purement physiques ét placé dans les mêmes conditions, poussé par les mêmes besoins, l'homme faisant usage de son intelligence n’agirait pas autrement que les animaux. | | L'éducation n’est pas nécessaire aux animaux, qui en naissant, sont propres à toutes les actions qu’on leur voit exécuter et qu'ils-exécutent en effet, sans jamais les avoir apprises; l’homme au contraire apprend une partie de ce qu'il doit savoir ou faire par la suite, il est éducable. Sous ce rapport, l'avantage serait aux animaux, puisque avec moins de peine, ils font dès le commencement de leur vie, plus que ne fait l’homme au commencement de la sienne : toutefois, je dois faire observer que cela n’est pas aussi généralement vrai qu’on le dit, car plusieurs animaux ont besoin d'éducation, et la différence qui existe entre eux, àcet égard, tient à des conditions qu'il.est facile d'apprécier : elle dépend du développement de leurs organes, aumoment de lanaissance. Les uns, en entrant dans la vie, sont déjà parfaits, les autres n'arrivent à ce point que peu-à-peu et par degrés. Le poulet va chercher le grain, le canard se dirige vers l’eau plus vite et plus sûrement que l'enfant ne dirige les bras etla bouche vers le sein de sa nourrice : comparez l’état de leur développement, et vous y trouverez la raison de cette différence. Si l'homme naissait avec des organes capables d'agir, il n'aurait assurément pas besoin d'éducation pour un grand nombre des actes qu'ilexécute. Je ne veux aucunement soutenir le paradoxe de ceux qui estiment l'intelligence des animaux à l’égal de celle de lhomme; je ne puis cependant m'empêcher de faire remarquer combien l’on a exagéré l’infériorité des animaux et la prééminence de notre espèce. Que l’on considère l’homme sous le point de vue moral, ou sous le point de vue intellectuel, on verra qu'il est soumis à certaines lois desquelles ils’écarte peu. À 9
Pour en avoir un exemple, jetez les yeuxsur les Comptes-ren-
dus de la justice criminelle en France, ou mieux encore sur
les ouvrages dans lesquels MM. Guerry (1) et Quételet (2)
ont établi, d’après ces comptes-rendus, quel est le nombre
proportionnel des crimes et des délits suivant les âges, les
sexes, les saisons, les heures du jour, vous serez surpris et
même effrayé de la régularité qui s’y trouve. Chaque année,
dans le même département, un même nombre de crimes exé-
cutés par des hommes du même âge et de la même condition
sociale que les années précédentes. C’est, dit l’un des auteurs
que je viens de citer, M. Quételet, une’sorte de budget dont
on peut, à l'avance, établir la quotité. Pour agir d’une ma-
nière aussi constante, il faut que les causes de cette répéti-
ion aient bien de la force; pour n'y pas résister plus effica-
cement, il faut quel’homme ait bien de la faiblesse! etsil’homme
est tellement faible que, dans certaines conditions, il cède toujours à une impulsion capable de lui faire commettre des ” crimes, où est sa liberté? L'homme est libre, pourtant, j'ai hâte de lereconnaître, mais troprarement, mais quand ses passions ne l’aveuglent pas, quand, par une bonne éducation, il s’est exercé à faire prédominer le sens moral qui est en lui. Autrement il obéit, moins fatalement, sans doute que les animaux, mais il obéit, et s’il ne s’agitait pas dans une sphère plus grande que ceux-ci, on serait tenté de dire aussi de lui qu'il est une machine.
Quant aux produits de l’intelligence humaine, si on les analyse avec soin et que l’on remonte à leur source immédiate, on ne tarde pas à se convaincre qu'ils sont une manifestation de l’homme interne, aussi souvent qu’un résultat de l'éduca-
(x) Essai sur la statistique morale de la France, Paris, 1833, in-4°, avec
planches.
(2) Essai de physique sociale, Paris, 1835, 2 vol, int8.
tion..Dans tout ce que fait l'homme, ily a des choses, qui tien; nent à sa nature, d’autres qui dépendent, des. circonstances au milieu desquelles il se trouve, mais le ombre, des premières estau moins AUSSI considérable que celui des: secondes:, M. Henri Ritter a parfaitement exposésce, fait, Jorsqu iLa dit à l'occasion.de. la marche et;des progrès/de la civilisation : « La raison pour laquelle-on,a voulu faire. découler de l'Inde, la civilisation de presque tous, les peuples. del’Asie, de l’'Afrique et de l'Europe; à sa source dans l'opinion très accréditée maintenant; mais fausse cependant, qui.s’efforce de substituer un ordre externe à l’ordre interne, dans/l’histoire de l'humanité. Si dans l'Inde, en Egypte, en Phénicie, en,Chine,:en Grèce, nous trouvons les niêmes vices et les mêmes erreurs; ce n’est pa une preuve ‘que lun de ces peuples les tienne de l’autre par la tradition : : pas:plus.que les mêmes vertus et les mêmes vices, chez différens peuples, ne sont une preuve des : rapports historiques de ces’ peuples entre eux, Les élémens de la pensée | humaine sont partout Les mêmes etl’unité interne de l’espèce humaine lie plus étroitement, les peuples entre eux, que leur yoisinagé et tous les autres rapports/extérieurs. On me peut! présumer + rapport,historique entre plusieurs peuples, ‘d'après la similitude des opinions; des: croyances, que lorsqu'il pe s 'agit: pas seulement de quelques élémens de là pensée où de leur union ñaturelle et simples. mais lorsqu'on retrouve des séries entières: de: ces liaisons'de. aie d'ir dées et totjôurs dans un or re arbitraire »s «ay :
L'é étude de la folie (2) m avait conduit à a une pr tout+ defait analogue à celle de M. Ritter. On sait quelle a'été autrefois pen prophètes, 5) RApIRE mg vision
& “Hénri Ritter Bisjire de la sante a pe Tissot Pas, 1835, tome, p, 0p + 4 à à . 6 a (2) Paso psychologiques sur La Folie, pris » 1834, in:8; S.
näirés Sur l'esprit des peuplés : presque tout ce qui était annoncé par ces malades, on le regardait ordinairement comme certain,"el l’on agissait en conséquence de cette persuasion. Or, les visions, les inspirations, les prophéties étaient revelées par des hommes hallucinés, c’est-à-dire par des hommes di, âtteirits de sensations délirantes, racontaient de bonne foi et avec une entière conviction, ce qu'ils avaient senti, vu, entendu, flairé ou goûté. Les hallucinations adoptées comme faits positifs, ont eu des résultats qui, partout se sont repro= duits presque identiques, ellés ont fait naître la croyance aux äpparitions; aux incubes, aux légions de diables, aux possédés. Cette croyance a été établie chez tous les peuples, elle fait partie de toutes les religions: on n’a pas découvert un coin de terre habitée quelque isolé qu'il fût resté jusqu'alors du reste du monde, sans que l’on y ait trouvé ré- - pandu l'intime conviction qu’il existe des êtres surnaturels dont le corps a été vu ou [a voix entendue par quelqu'un du pays. Et chez nous, à chaque instant, nous trouvons des individus qui, frappés dé la même maladie, ont des sensations et par suite des convictions semblables à celles de nos anciens visionnaires, sans que la plupart d’entre. eux aient pu connaître, par la tradition où autrément, que de telles sensations aient jamais été éprouvées. Si nos visionnaires rencon— traient un assez grand nombre d'hommes ignorans et crédules, vul: doute qu’ils ne devinssent chefs de sectes, et nous verrions se reproduire des erreurs semblables à celles dont l'histoire fait mention, erreurs qui ont long-temps servi de règle à la conduite des hommes et de base à leurs institutions sociales. Beaucoup d'idées absurdes et de superstitions n'ont donc pas eu besoin d'être transmises pour se propager de nation à nation; elles ont pu naître dans chaque pays, comme dans un même pays, elles se reproduisent accidentellement
de temps à autre. L'éducation les transmet, cela est vrai, mais si elles sont acquises pour un certain nombre d'hommes, elles sont spontanées pour ceux qui les ont proclamées; ces derniers ne les doivent qu'à eux-mêmes ou plutôt qu'à une aberration de leur entendement. Ainsi, là encore, c’est l’homme interne, et non pas les influences extérieures, qu'il faut placer en première ligne.
Quelques philosophes ont dit que les facultés innées constituent l'instinct, et les facultés de réflexion, l'intelligence; mais la faculté de réfléchir est innée chez l’homme, car l’homme réfléchit sans qu il soit besoin de le lui enseigner, et d'autre part, comment nier que parfois certains animaux, les abeilles par exemple, ne réfléchissent aussi ? La différence intellectuelle entre l'homme et les animaux n’est donc pas là; elle existe, sans aucun-doute, elle est immense; mais comme l'ont avancé plusieurs théologiens, elle porte plutôt sur la quantié, que sur la qualite.
Cependant les animaux ne perfectionnent pas leurs œuvres; ils agissent maintenant comme on les à toujours vus agir;yles abeilles, du temps d’Aristote, faisaient ce que font les nôtres, rien de plus, rien de moins; l’espèce humaine, au contraire, amasse toujours, elle perd quelquefois, mais en somme ses richesses intellectuelles vont croissant sans cesse et duns une progression indéfinie : c’est là un des caractères propres à l'intelligence de l’homme : cette intelligence n’est pas bornée à l'individu, comme dans l’huître, elle ne reste pas stationnaire dans l'espèce, comme dans l'abeille, elle s'accroît au contraire avec les générations ; aussi l’homme a-t-il une vie passée et une’ vie à vénir, tandis que les animaux les plus parfaits n’ont qu'une vie présente, et les animaux inférieurs , qu'un moment.
154 OO RACULTÉS FAP Am AE RÉSUMÉ, | Mn | cel
4, Lés annelides ont le sens du touéhér, péut-être celui dW goût: ils ont la ‘faculté de rechercher, leur nourriture , mais pour là ‘trouver, il faut que cette nourriture soit près d'eux.
2, Les crustacés ont plusieurs organes des sens généralemént bien développés; ils attaquent, se ‘défendent, se cachent, vivent ensemble; ils sont carnassiers et voraces. 148 ardeur pour la génération est extrême. È
#. Les arachnides sont des anima Carnassiers, cruels, astucieux; ils sont domiciliés, les uns dans des terriers qu’ils construisent, les autres sur des toiles qu ils tissent; ils vivent de chasse, élèvent leurs petits et les mangent souvent : ils se mangent aussi entre eux. Dans leurs à amours, le mâle est fréquemment victime de la femelle. Beaucoup d'araignées empoisonnent leur proie. On en à vu qui aimaient là musique. Léur ie est solitaire. Ils ont des $ organes des sens, celui de la vue én particulier, très développés.
h. Les fourmis vivent en société, elles travaillent en commun ét dans le même but, elles Sont domiciliées dans des terriers où dans des loges de bois qu ‘elles ont elles-mêmes formées; elles s'éntr’aident, se font comprendre les unes des autres à l’aide de langage antennal; elles ont une espèce de bétail qui leur fournit une grande partie de la nourriture dont elles ont besoin. On trouve dans une même fourmilière des mâlés, des femelles et des ouvrières : les ouvrières sont des femelles qui n’ont aucune part à la génération, elles sont chargées de là construction des habitations, de l'éducation des petits, et de l'alimentation de toute la république: Les femelles font des œufs; les mâles servent à la fécondation seu-
lement. Les fourmis se livrent, de fourmilière à fourmilière, des guerres très acharnées; il est une espèce de fourmis qui, impropre austravail, possède.des esclaves.
5. Les abeilles vivent aussi en société, qui se compose de reines, de mâles ou faux bourdons et d’ouvrières. Les reines occupent des alvéoles très spacieuses; elles ont une nourriture choisie; elles ne travaillént jamais, les ouvrières les entourent de respect. Leurs fonctions sont de faire des œufs, et de conduire les essaims. Les mâles sont uniquement destinés à la fécondation dés femelles ; céux qui ont servi à cet acte pérdent leurs organes génitaux, et meurent; les autres on les tue comme inutiles. Les: ouvrières, qui sont des femelles non destinées à la génération, sont divisées en deux séries, les unes chargées de la construction des alvéoles, lés autres de l'approvisionnement de la ruche. Dañs le gouvernement des abeilles, tout concourt à l'avantage de la société commune : logement, provisions, défense de la place, éducation dés petits, formation des essaims, naissance et détermination du nombre des réines; chicune de ces choses ést si bien établie, qu’il est impossible de n° y ÿ.pae voir la preuvé d'uné véritablé intelligence.
6. Dans la sérié des änimaux articulés, les facultés se développent en suivant lä progression suivante :
a) Quelques sensations et des instincts bornés à Ia recherche de la nourritnré et'à la génération ;
b) Sensations plus éténdues et plus nombreuses, ardeur extrême pour la génération, voracité, cruauté aveugle ;
e) Sensations encore plus étendues, construction d’un domicile, voracité, cruauté, ruse, astuce;
d) Sensations très étendues, construction d'un domicile, vie de relation; services mütuels, approvisionnement, guerre et défense communes, en un mot sociabilité.
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