‹ Anatomie comparée du système nerveux considéré dans ses rapports avec l'intelligenceChapitre 43 sur 144 · HE. FACULTÉS DES REPTILES · texte numérisé non relu

HE. FACULTÉS DES REPTILES

L'analogie qui existe entre certaines actions des animaux et les nôtres est une des voies qui nous sont ouvertes pour découvrir quelles sont leurs passions, et pour pénétrer les motifs de leurs déterminations. Cette voie est insuffisante pour nous initier complètement à leur état psychique. Si l’homme résumait en lui toutes les manières de sentir dont

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les animaux sont pourvus, S'il n’y avait dans les phénomènes de la vie que des degrés d’une même échelle, l’homme, placé le premier dans la série animale , n'aurait qu'à regarder audéssous de lui, et se dépouillant d’abord de ses plus nobles attributs, puis suecessivément de tous les autres, il descendrait jusqu’à la dégradation la plus infime de l'organisation, jusqu’à ces amas de matière qu’un reste de mouvement spontané distingue ? à peine de la nature inorganique , et se décomposant ainsi lui-même, il passerait par une suite de transitions qui lui représenteraient successivement les différentes classes d'animaux: Mais quoique au-dessus de tous les êtres vivans , l’homme ne possede pas tout ce que ces êtres possèdent. Certains sens sont très développés chez plusieurs animaux, qui, chez l’homme, le sont beaucoup moins : or, un sens peu développé fournit, peu de sensations, et partant peu d'idées dépendantés de ces sénsations. Aj joutons que les sensations fournies par un même organe ne diffèrent pas seulement en intensité; elles varient souvent à tel point que, provenant d’une même source, les unes ne donnent pas du tout la connaissance des autres. Nous pouvons présumer ce qu'il en est, à cet égard, chez les animaux , en comparant ce qui se passe relativement aux qualités de l’organe de l'ouie considéré chez plusieurs hommes. La finesse de l’ouie est'loin d’être la même pour chacun de nous; l’un entend à peine des sons que l’autre distingue très nettement. Mais celuï qui entend le mieux n’est pas nécessairement celui qui apprécie le plus justement quelle.est la nature des sons ; qui sent le plus vivement ce qu'ils ont de suave ou d’aigre, qui juge le mieux deleur harmonie. La perfection d’un sens ne consiste donc pas seulement à donner une sensation déterminée avectfacilité et précision, mais aussi à donner une grande variété de ‘sensations.

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Ce que je dis pour l'ouie de Thomme, doitss’appliquer à l’odorat dessanimaux : d'après le volume et l'organisation du nerf affecté à ce sens, chez les animaux, nous avons tout lieu de penser qu'il leur fournit des sensations qui nous sont inconnues, e{ nous jugeons, en effet, par les actes auxquels ils se livrent en conséquence de la mise en jeu de cet organe, qu’ils sont sollicités et entraînés par des influences extérieure ; dontnos sens ne nous transmettent souvent aucune perception.

De 1à, pour nous, une cause d’ignorance dé ce qui se passe dans les animaux, quant à leurs phénomènes psychiques.

Une autre cause d’ignorance non. moins puissante que celle-ci, c’est la difficulté d'interpréter les actions des animaux, de comprendre la valeur des manifestations de leurs instincts et de leur volonté. Ils ont un langage mimique, nous n’en pouvons douter; beaucoup d’entre eux ont de la voix; quelques-uns même, c'est au moins l’opinion de plusieurs naturalistes, opinion que je partage et dont j'exposerai les preuves en parlant des oiseaux, quelques-uns, dis-je, ont un langage articulé. Mais de ces manifestations, nous ne comprenons que celles qui sont analogues aux nôtres, le reste nous échappe; nous y apercevons quel souv ent, rien. " É

Cette difficulté que nous trouvons à étudier les actions des

quefois une hpentions

animaux et par leur interprétation, à remonter aux causes dont elles émanent, nous empêchera toujours d'obtenir une solation du problème qui nous 0CCupe : heureusement que, pour nous guider, nous avons un moyen qui peut servir utilement à contrôler les données féisiiies par le précédent, c’est l’analogie des besoins. Les besoins indiquent les facultés d’une manière tout aussi certaine que les actions. Otez à l’homme le besoin de se vêtir, en couvrant sa peau d’écailles ou dé poils

nombreux, et vous supprimez, en même temps, tous les arts qui ont pour objet l'habillement et la parure. Otez-lui la délicatesse de son goût, vous supprimez tous les arts culinaires; et de même pour les autres besoins : or, entre les besoins et les actions se trouvent les facultés. Ces trois faits sont dépendans les uns des autres; ils doivent être et ils sont, en effet, dans une complète harmonie.

.. Les besoins se reconnaissent, au moins ; les besoins matériéls, par l'organisation. L'estomac a bésoin d’alimens, le poumon à besoin d'air, l'œil a besoin de lumière, l'oreille a besoin de vibrations sonores; € enlevez un de ces organes, ses besoins disparaissent, eteninême temps ses facultés et ses actions. Les animaux dont les organes sont le moins multipliés sont done ceux qui ont aussi le moins de besoins, qui exécutent le moins d'actions, qui. jouissent de moins de facultés. Ainsi, l'espèce de. mystère qui enveloppe les opérations psychiques, des 2 animaux, n’est pas aussi impénétrable qu'il le paraît au premier abord; sur ce sujet nous nous regarderons comme prévenus que nous ne saurons jamais le dernier mot, mais ce qu’une complète analogie: nous aura servi à établir, nous serons autorisés à le regarder. comme suffisamment démontré. Nous avons donc eu raison d'élever les insectes au-dessus des mollusques et des poissons : les reptiles euxmêmes, quoique supérieurs à. ces derniers, n’égalent mi les abeilles, ni les araignées, ni les fourmis, car leurs besoins sont en plus petit nombre que ceux de ces insectes, leurs actions sont peu variées, et il ne se manifeste, chez la plupart d’entre eux, que des facultés d'un ordre inférieur.

Les sens desreptiles sonttrès inégalement développés. Leur toucher est obtus, l’odorat faible, le goût presque nul; leur oreille, dépourvue de conque, n’admet qu'unipetit nombre de rayons sonores ; en revanche, ils ont la vue perçante et l’or-

gane affecté à celte sensation, généralement très gros, est muni, dans plusieurs espèces, d’une sorte de voileou membrane clignotante, qui le protège contre l'éclat d’une lumière trop vive. vè,

Les plus stupides,’ parmi lès reptiles, sont les crapauds , les grenouilles et les salamandres, au-dessus viennent es tortues, puis les lézards et enfin les serpens.

Les crapauds, les grenouilles et Les salamandres vivent sur la terre ou dans l’eau, il est même des grenouilles; la raine verte, par exemple, quise tiennent ordinairement sur lés arbres. Ces animaux restent engourdis pendant la saison du froid, cachés sous la vase, et sans prendre aucune nourriture. On a dit que les crapauds peuvent se passer d'air pendant des années entières, parcequ’on en a quelquefois découverts dans des troncs d'arbre, dans des murailles où ils s'étaient trouvés enfermés: depuis un long espace de temps. On s’est assuré par des expériences directes que les crapauds ont besoin d'air, mais qu'il ne leur*en faut qu'une très petite quantité, eLonne doute pas, que dans les cas allégués, cette petite quantité n’ait pénétré jusqu’à l'animal par des poresou des fissures-qu’on n’a pas su découvrir. J'ai, moi-même, enfermé des crapauds dans des boules deplâtre gàché qui s’est solidifié autour deces animaux, etje lesai conservés vivans pendant plusiéürs mois. À travers les pores de la couche calcairequi les enveloppait de tous côtés ,* ilpénétrait sans doute un peu d'air, car maintenus sous l’eau; de manière à ne pouvoir venir respirer à la surface de ce liquide, ils périssent en quelques heures", « ÿ x |

‘Les crapauds, les grenouilles et les salamandressont besoin d’eau, d'air et'd’un-pewde chaleur, ils ont peu d'efforts à. fairetpouns’en procurer. Ils ont.besoin de nourriture, mais ce besoin-n’est jamais chez eux très pressant. leur fautune

DES REPTILES. 258 proie vivante; ainsi, les grenouilles, par exemple, qui vivent d'insectes, devers, et même de souris et d’oiseaux, ne s’empareraientjamais d’aucun de ces animaux sans l'avoir vu remuer. Les serpens-sont dans le même cas, et comme il en est qui se nourrissent de crapauds, ceux-ci quand ils se voient attaqués, restent souvent immobiles et comme morts, afin sans doute, que les croyant réellement morts, leur agresseur les abandonne. Nons devons donc admettre chez ces animaux un sentiment de conservation assez prononcé. C'est à ce même sentiment qu il faut attribuer leur fuite dès qu'ils entendent quelque bruit. |

Un besoin qui paraît être, chez eux, plus i impérieux qu’aucun autre, est celui de faire l'amour. Au printemps, lorsque le soleilles a réchauffés, les mâles s’emparentchacun d’une femelle ét la tiennent étroitement embrassée pendant un nombre de jours , qui varie de. éinq à vingt. On les harcelle, onles blesse, et cependant ils ne quittent pas leur femelle; on peut même les décapiter sans qu'ils s’en détachent.

L’accouplement, chez les salamandres, est souvent précédé de jeux et d’agaceries ; la femelle ne cède-pas tout de suite ; quelque temps elle a l'air de se défendre et de fuir, comme pour exciter les desirs du mâle. Les crapauds et les grenouilles n’ont pas de ces préludes amoureux ; is font entendre un coassement un peu modifié, par lequd on suppose qu'ils expriment leurs desirs. On croit qu'ils éprouvent une sorte de jalousie , mais de mâle contre mâle seulement, et que, sans se disputer la possession d’une femelle, celui qui est accouplé ne voit pas sans colère qu’un tutre mâle s'en approche. Ce qui est plus certain, c’est que nâle et femelle s’occupent des œufs, le mâle en favorisant leu expulsion, la femelle en ayant soin de les déposer däns un leu convenable pour qu'ils éclosent. Lacépède cite un cas de domesticité

d’un crapaud qui à vécu 36 ans : ce crapaud se tenait ordi nairement' sous un escalier ; il se laissait prendre , et paraissait même attendre qu’ on le prît pour 1 le placer sur une table où l’on avait soin d'apporter des peut animaux dont il faisait sa nourriture. :

Quoiqu’ils habitent ensemble, les animaux ddûe il vient d’être question ne sauraient être regardés comme vivant en Société : excepté à l'époque de leurs amours, ils n’ont aucune relation entre eux. Jamais ils ne se rendent aucun service et ne se concertent pas pour agir. ls n'ont aucun besoin les uns des autres; leurs facultés sont des facultés égoistes, celles. de l'alimentation, de la conservation et de la reproduction. Le coassement des crapauds et des grenouilles indiquerait une sorte de relation entre chacune de ces espèces, mais non entre les individus qui les composent.

Les tortues, très semblables les unes aux autres sous une foule de rapports, diffèrent cependant en plusieurs points essentiels. On en trouve dans la mer, dans les eaux douces et sur des monlagnes élevées; la plupart se nourrissent de végétaux, tan 1 qu'il en est qui vivent presque exclusivement de poissons , de lézards et de jeunes crocodiles. Nous aurons à établir, et eci est un point de phrénologie fort essentiel à examiner , sila différence dans le choix de leur habitation coïncide M à forme particulière de leur cerveau. En attendant, disons que celles qui vivent dans l’eau ont des membranes interdivitales analogues à celles des grenouilles et des canards, tandi; que celles qui vivent sur la terre et qui grimpent sur les montagnes, ont des doigts séparés. La tortue de mer ou tortue franche se nourrit d'algues et d’autres plantes marines ; [a totue bourbeuse, de poissons et d'insectes ; la tortue GaOUAN« ; de poissons, de buccins et même de crocodiles, La torte commune tient le milieu entre les unes et

les autres : habitante des bois, elle mange des herbes, des fruits, des insectes et des vers. Plusieurs d’entre elles peuvent rester très long-temps sans manger; ainsi le besoin de prendre de Ia nourriture est loin d’être très impérieux chez elles. On les trouve réunies , surtout les tortues de mer, en nombre parfois très considérable. Mais elles ne püraissent pas se rendre des secours mutuels; elles ont le sentiment du danger; elles ge montrent aitentives, à l'éviter, soit y Ja fuite, soit en se retirant sous leur carapace. La caouane , celle qui mange des crocodiles , n’est dépourvue ni de ruse ni de courage. Quelquefois elle se jette sur ces animaux et les mutile, avant de les manger. D’autres fois, elle attend au fond d'un trou les j jeunes crocodiles et les prend à reculons, par Ja queue, sans qu’ils puissent pouvoir ni se retourner ni se défendre. La tortue bourbeuse passe l'hiver dans un trou qu’elle se creuse elle-même et que, vu salenteur à tout faire, elle met plus d’un mois à achever.

L'amour est la seule passion qu’elles paraissent vivement ressentir; la tortue jaune, muette en tout autre temps comme sont les tortues, jette avant de s’accoupler un petit cri d'amour; la tortue commune, ‘ordinairement si douce, change d'humeur et devient belliqueuse ; les mâles de cette espèce se battent entre eux pour la possession d’une femelle. Elles ne connaissent etne voient même pas leurs petits; mais elles ont grand soin de leurs œufs, qu’elles déposent dans le sable et que le soleil fait éclore. Les tortues de mer parcourent quelquefois un espace de deux cents lieues, pour trouver un rivage favorable à la ponte.

De Ia ruse, à un faible degré, est donc ce qui distingue les tortues.et les’place au-dessus des grenouilles, sl crapauds et des salamandres.

Les instincts sont plus variés et plus nombreux chez les

lézards que chez les reptiles précédens ; ily à même dans quelques-uns d’entre eux quelque chose qui les attire vers homme. L’iguane, le basilic, le porte-crète , le caméléon, le roquet, le goitreux, et surtout Le lézard gris et le lézard vert, sont dBux et familiers ;' ils se laissent toucher volontiers et les enfans jouent avec eux. On peut leur mettre le doigt dans la

bouche, sans qu'ils essaient de mordre. Ils vivent d'insectes et de vers de terre. Leur adresse à attraper. des mouches est

très grande : quand ils ontaperçu un-de ces insectes, ils s’en approchent doucement ; puis, quand ils sont à portée de s'emparer de lui,.ils s'élancent dessus et le saisissent. Entre eux, les lézards semblent jouer : quelquefois ils se-battent, et la cause, de la guerre qu'ils se font est la possession d’une proie. Ils sont très ardens en amour; mais chez eux, l'amour n'a pas uniquement l’accouplement pour objet. Ainsi, l’iguane mâle est le protecteur de sa femelle; il la défend avec une sorte de rage, et, différant en cela ‘de, presque tous les animaux, il ne l’abandonne pas tout de suite après la jouissance. Les femelles vont déposer leurs œufs dans un endroit propre à en favoriser l'éclosion : elles ne prennent aucun soin de leurs petits. | ü Les crocodiles sont aussi des lézards, mais bien différens de tous les autres : ils ont toujours faim d'animaux, et la force dont ils sont doués ,-lés ruses auxquelles, ils ont recours, les rendent extrêmement dangereux, même à leur propre espèce, car s'ils ne trouvent pas de proie, ils s ’attaquent les.uns les autres, se tuent et se mangent: ils mangent aussi leurs petits. Vivans sur la terre et dans l’eau, ils se tiennent le plus souvent le long des rivages des grands fleuves, se cachant sous l'eau , ou élevant seulement la tête un peu au-dessus de la surface de ce liquide, pour guetter et saisir les animaux qui viennent s’y abreuver ou s’y baigner. Si l’un d’eux aperçoit

un bœuf, il s'enfonce dans l'eau, va le saisir.par une jambe , l'attire au milieu-de l'eau et le noie pour le manger ensuite. Ils ne craignent pas non plus d'attaquer les hommes, de grimper dans. des barques de pêcheurs, ou de poursuivre, à terre de malheureux feras, qui, s'ils n'ont pas l'art de retarder la marche de leur énnemi, en faisant de nombreux détours, sont bientôt saisis et dévorés. La raideur du corps des crocodiles les oblige à marcher droit devant eux, et le seul moyen d'éviter leur poursuite, c'est de prendre, quand on les fuit, une course tortueuse.

Les ‘crocodiles ont pour ennemis le tigre, l’hippopotame, le poisson scie, plusieurs cétacés. Maintenant, partout où ils existent, les hommes leur font la guerre; autrefois, en Égypte, on leur élevait des temples, on les adoräait, et c’est à eux que la ville d'Arsinoé était consacrée. |

Ils sont susceptibles, dit- on, d’être apprivoisés; je croirais plutôt qu'ils sont seulement susceptibles d'être rassasiés; car c’est en les nourrissant beaucoup et en ne les laissant jamais avoir faim, qu'on est parvenu à les empêcher de se montrer féroces. [ls vivent ensemble, parce que leur nature les porte à habiter les mêmes lieux, mais ils ne sont nullement sociables. Leur accouplement dure moins que celui des autres reptiles ovipares ; il a lieu la femelle étant sur le dos. Les" soins du mâle se bornent, après l'accouplement, à aider Ja femelle à se remettre sur les pattes. Celle-ci fait quelquefois, avec desdébris de plantes, un nid dans léquel elle dépose ses œufs, qui servent alors de nourriture à beaucoup d'animaux.

Parmi les reptiles, les crocodiles sont ceux dont la voix est la plus retentissanté ; ils poussent des mugissemens qui glacent d’effroi ceux qui les entendent:

Appétit presque insatiable, ruse et cruauté, ces caractères

appartiennent essentiellement au crocodile, É 1, 17

Le serpent est le symbole de la prudence; c'est à ce titre et non pas à d’autres. qu’il a été regardé comme le dieu des médecins, La prudence. est, en effet, une de ses qualités , car il craint le bruit, il fuit.le danger, et.ne s’avance que lors: qu il est à-peu-près sûr de faire duÿmal sans avoir aucun risque à courir. Cette prudence:là n’est pas de mon goût, et le serpent ‘de la Genèse est, à mon avis, beaucoup mieux dans son rôle que le serpent d’Esculape.

Parmi les animaux qui vivent de chair, souvent nous appelons doux ceux qui ne s’attaquent pas à à l'homme ou aux grands animaux, et nous appelons féroces ceux qui sont dans le cas contraire : notre jugement n’est pas alors: sans partialité, Dans la classe des serpens, par exemple, nous ayons plusieurs serpens proprement dits, et toutes les couleuvres qui n’ont aucun venin et qui ne cherchent même pas à mordre. Ceux-là ne nous inspirent aucun effroi, nous disons qu’ils sont doux ; les autres, nous les redoutons, nous disons qu'ils sont cruels et féroces. Des voyageurs racontent qu'ils ont vu un énorme serpent lutter ayec un tigre qui a fini par Succomber, malgré la plus vigoureuse résistance;.ce serpent est mis au rang des animaux féroces: la couleuvre. qui vit de grenouilles, le lézard qui chasse aux insectes, sont réputés très doux. Pour les grenouilles , si elles. pensaient, les reptiles féroces seraient les couleuvres , pour les mouches ce seraient, les lézards : à l'égard des grenouilles et des mouches, les boas, Les serpens à sonnelles séraient, au Contraire, des animaux justes , laissant dans le repos les ani- Maux inoffensifs, et faisant la guerre seen en à ceux qui peuvent leur nuire. Il arrive souvent à l'homme de ne pas raisonner autrement que ne feraient, dans ce cas, les grenouilles etles mouches. | e

Se nourrir de chair, c'est être carnassier,; prendre: une

proie yivante, c'est être “cruel; choisir pour victime un animal égal ou supérieur à à soi, c'est être féroce; vivre d'herbes, ou de petits, animaux. qui ne se. défendent pas, où .de.grands animaux que lon he tue pas soi-même ; c'est être doux et paisible : voilà une des vérités humaines. contre lesquelles il ne s’est'élevé que de rares et inutiles protestations.

À ce compte, les espèces dont l'humeur est paisible sont en assez grand nombre :; la couleuvre commune est timide, presque docile, etjusqu'à un certain point, susceptible d’être apprivoisée ; la couleuvre à collier est dans le. même cas; on la trouve quelquefois dans les étables, attachée-au pis des vaches dont elle tette le lait; la lisse, le serpent d'Esculape, la couleuvre des dames, ET bande noire, l'agile , la rhomboïdale, la daboie que l'on a divinisée dans le royaume de Juida, sur la côte occidentale d'Afrique, et plusieurs autres, toutes

‘également dépourvues de venin, n'attaquent que les petits animaux tels que les grenouilles, les lézards , les petites souris, les jeunes oiseaux et les insectes. Elles s'adressent ra: rement à des animaux d’une force égale ou supérieure à Ja IQuE : aussi ne luttent-elles RIESaNE jai que HoUF se dér à jrascibles , C’est l’ époques de Loi amours : nes elles ne PRBAFIER pas la contrariété et se montrent très disposées à à mordre. La faim n’a pas sur elles äutant d'empire que l'amour, et comme elles trouvent presque toujours en abondance des anim qui ne savent pas se défendre et dont elles font leur nour riture, elles ont besoin ni de ruse ni de force pour s'en! procurer. ; J'ai conservé pendant” quelque temps une couleuvre à à collier, dans une boîte percée de trous : elle y. restait ordinairement fort tranquille, et de loin à loin, j je lui donnais une grenouille à \ manger, IL lui arrivait parfois de faire. de violens efforts poux sartiride sa prison , et TE

si elle y parvenait, elle allait déposer ses excrémens dans un lieu retiré dont elle s’éloignait aussitôt; si après des efforts redoublés, elle trouvait une Dr A qu'elle ne pouvait vaincre, elle rendait ses excrémens dans sa boîte, mais il était évident que c'était faute d’avoir pu faire autrement : c'est là un instinct de propreté qu'il ne faut pas passer sous silence.

La proportion des serpens venimeux est aux autres serpens à-peu-près, dans la proportion d’un tiers. Les serpens venimeux n'ont pas tous un instinct de cruauté en rapport avec l'intensité d'action du poison que contiennent leurs vésicules dentaires ; ; quelques- uns peuvent même s'apprivoiser après. qu’on leur à arraché les dents canines ou crochets. Toutes les vipères sont venimeuses , et il paraît qu'elles le savent, car souvent elles se cachent pour épier une proie qu’elles mordent à improvisé, ét se retirent aussitôt, comme pour attendre l’effet de la morsure qu’elles ont faite. Parmi elles , on cite le naja ou serpent à lunettes , qui, malgré sa férocité et son audace, obéit à la voix ou au geste dé certains jongleurs indiens. Plusieurs autres sont dans 1e même Cas ; mais aucune de ces vipères, quoique privées de leur venin, ne devient timide et douce avec l’homme, autant que les couleuvres. Les serpens à à sonnettes sont tous très vénimeux, rusés, et rien n’a pu encore adoucir leur naturel féroce. Toute proie leur est bonne, car il suffit qu ils mordent pour tuer, tant leur poison est subtil. On dit même du boïquira qué son

égard stupéfie les animat , au point qu'ils viennent d’eux de se jee dans sa bouche. Toutefois leur extrême 2loutonnerie leur ‘est souvent fatale : comme ils'ne peuvent pas toujours, engloutir leur victime en une seule fois, il n’est pas rare que l'on en rencontré ayant dans la bouche un animal qui n’a pu y entrer qu'en partie. Engourdis par l'acte de la

digestion, embarrassés par le reste de proie dont leur bouche est remplie, on s'en empare alors et on les tue. Certains cochons en sont friands ; de grosses couleuvres s’en nourrissent; les nègres eux-mêmes ne dédaignent pas d'en manger. Les serpens à sonnettes voguent sur l'eau avec facilité, poursuivent les barques des pêcheurs, et une espèce de ces serpens nommés piscivores, se cachent dans les arbres qui pendent aux bords des fleuves, pour guetter et saisir au passage les poissons, les oiseaux et même les hommes.

Les plus grands et les plus forts des serpens, sont les boas. Ils ont vingt, trente, et jusqu’à cinquante pieds de longueur. Pline parle d’un de ces animaux qui se présenta dévant l’armée romaine, sur les côtes septentrionales de l’Afrique, et l’empêcha d'avancer. Quoique non venimeux, ils n’en sont pas moins redoutables; ils: avalent des animaux d’un grand volume, et du temps de l'empereur Claude, on,en tua un à Rome, qui avait dans le ventreun enfant tout entier. [ls ne craignent pas d'attaquer les quadrupèdes les plus féroces, ils les enroulent autour de leur corps et les écrasent; s'ils sont près d’un arbre, ils y attirent leur Victime qu'ils broient contre cet arbre, en les comprenant l’un et l’autre dans une même étreinte. Ils joignent la ruse à la force; ils savent attendre un ennemi, le menacer, le fuir, et saisir le moment favorable pour s'emparer de lui: L'un de ces serpens, le devin, plus redoutable que ‘tous ceux du genre auquel il appartient, a eu de nombreux adorateurs : : on lui à élevé des temples; des prétres ont sacrifié des victimes sur ses autels. Long-temps, et dans plusieurs pays, dés hommes lui ont immolé des hommes !

Une passion est, chez les serpens, plus forte que la faim, plus forte que le sentiment de leur. conservation; cette passion est celle de l'amour. S'ils sont surpris au moment de leur union, le màle défend sa femelle, il s'expose à toutes sortes

de périls pour la conserver, il se laisse mutiler plutôt que de fuir. Cette union dure un jour tout entier} et même plusieurs jours : puis quand elle est consommée , les deux individus se séparent l’un de l'autre et neuse reconnaissent plus. Ceux des serpens qui sont ovipares vont déposer leurs œufs tantôt dans le sable où la. chaleur du soleil lés fait éclore, tantôt dans un fumier: qui, en$ ’échauffant ] par la fermentation, produit le même résultat. Ceux qui Sont viviparesi( lés Noyri v8s ne prennent aucunsoin de leurs petits:

Les grands serpens vivent seuls; les Vipères et les co vres sont souvent réunies dans un mémelieu, plusieurs de la même espèce : on en trouve quelquefois entrelacées les unes dans les autres, ét elles passent ainsi la saison froidé pendant laquelle elles restent engourdies:

IL est des circonstances dans lesquelles les serpens font entendre un cri ou plutôt un sifflement qui varie suivant les espèces et suivant les émotions qu'ils éprouvent. La menace, la frayeur où l'amour 5 expriment par des modes différens.

Malgré tous les moyens de nuire que la naturé a donnés aux serpéns , ces animaux sont eux-mênies victimes d’un grand nombre d'ennemis qui leur font une chasse continuelle. Dans nos contrées , le blaireau, le hérisson, ‘la belette, la martre, le putois, les “détruisent. Ailleurs. , ce sont les civeles , , les miangoustes , le messager du Cap, le faucon, la cigogne, le milan, le corbeau, la buse, le crocodile. Ils se dévorent aussi entree eux. (1) Ki |

(x) re WT Essai sur la physionomie des séhber, Là Haye, 1837.

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1. Parmi les reptiles, il est seulement quelques espèces de tortues qui se noürrissent de végétaux, les autres mangent des. animaux vivans.

. Les crapauds, lés grenouilles, les salamatres, sont ER 7

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