IIL. FACULTÉS DES OISEAUX
t£ : 4 Les reptiles couvriraient la terré; des myriades de mollusques, de crustacés et de poissons habiteraient les eaux ; les annelides, les enthelminthes, les infusoires s’agiteraient sur tous les points du globe, que le globe n’en paraîtrait pas moins plongé dans la torpeur ; il serait morne et froid. De temps à autre, un aigre sifflement romprait l'éternelle monotonie des jours; un coassement rauque et dur troublerait çà et là le silence des nuits ; les êtres animés vivant pour se nourrir, se perpétuer; et quelques-uns pour veiller à leur conservation, dssiies à n’exister que comme des ag gglomérations de matière organique, instrumens d’une seule-vie, longue, uniforme, Sans progrès, Sans but, sans avenir. Dans cette matière transformée tour-à-tour.en serpent venimeux, en férocè crocodile, en timide ablette, en moule insensible où réduite à l'état de simple monade, des facultés en pelit nombre et toujours égoïstes. À peine quelques relations entre les individus, pas de secours mutuels, pas de soins des géniteurs aux petits, pas de prévoyance, pas de travail, aucune vertu. À chacun sa vie propre; une vie étroite, solitaire, connaissant à peine celle des äutres et s’ignorant elle-même. Viennent les insectes et la vie se développe, les facultés s'étendent, les individus se rapprochent, se connâissent, travaillent, s’entr'aident, forment une société qui à ses usages, ses lois et.ses mœurs ; les sens sont plus parfaits; on trouve de l'intelligence, et les premiers indices des facultés morales. Mais, pas encore de famille, pas d'amour véritable , pas d’amitié, pas de soins des forts pour les faibles, pas de reconnaissance des enfans aux géniteurs.
: Que les oiseaux paraissent, et la grâce de leur forme, l’éclat de leur plumage, la vivacité de leurs mouvemens, lhar-
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diesse de leur vol, donnent à la nature une richesse inconnue. Leurs voix remplissent l'atmosphère, ils devancent le lever du | soleil, ils. saluent les premiers rayons de cet astre, et semblent puiser dans sa ‘bienfaisane chaleur, des chants nouveaux et de nouvelles amours. L'oiseau n’est pas seul, comme sont les mollusques; il ne fait-pas partie d’une sorte d’existence collective, comme les abeilles et les fourmis, il a une valeur individuelle, une existence à‘part : il est domicilié; le mâle a une femelle qu'il aime, qu’il protège; les petits sont la propriété du père et de la mère qui les nourrissent, font leur éducation et les défendent au péril de leurs jours.
L'oiseau a de l'intelligence, des talens, des passions, des çaprices ; l’âge lui donne de l'expérience;’il est capable de progrès. Quelques espèces vivent de chasse; celles-là savent éviter certains pièges, et il n’est pas facile de s’en emparer; d’autres ont une facilité singulière à imiter tous les sons qu'elles entendent, et à retenir les paroles qu'on prononce devant elles, Beaucoup d'oiseaux connaissent l’homme; les uns s’attachent à lui, d’autres le fuient, et dans leur amitié ou dans leur crainte, ils sont ordinairement dirigés, non par un instinct aveugle et machinal, mais par l'expérience des bons et des mauvais traitemens.
Is ont les sens de la vue, de l'ouie et de l'odorat, doués d’une grande perfection; ceux du goûtet du toucher sont moins actifs que les autres. Le sens de la vue, particulièrement chez les oiseaux dont le vol.est rapide, et qui s'élèvent dans les airs à une très grande hauteur, est d’une acuité dont on ne retrouve d'exemple chez aucun autre animal. Quelques-uns de ces oiseaux , les plus gros surtout, tellement éloignés de la terre, qu’ils sont devenus invisibles pour nous, distinguent une proie à la surface du sol, se précipitent sur elle et la saisissènt, sans qu’elle ait eu le temps de fuir.
La vue de tous les oiseaux n'a pas besoin, pour s’exercer, de la lumière du jour; le crépuscule et l'aurore, le clair: de: lune, suffisent à une classe d'oiseaux appelés nocturnes. Leur pupille, largement ouverte, laisse entrer dans l'œil, pendant: le jour, un si grand nombre de rayons lumineux, que la vision en est rendue impossible. Aussi le soleil équivaut-il pour eux, à la plus profonde obscurité de la nuit. Cuvier a distingué septespèces d'oiseaux nocturnes, savoir : les hiboux, les chouettes, les effraies, Jes chats-huans, les ducs, les chevèches et les scops. Ce sont des oiseaux de proie qui veillent quand les autres dorment, et qui n’ont besoin, pour s’emparer facilement des petits oiseaux.dont ils font leur pâture, que d'attendre le moment du sommeil. Tyrans la nuit, ils deviennent, pendant le jour, l’objet des moqueries et des insultes de tous les oiseaux. S'ils sont rencontrés par des corbeaux, des geais, des pies, des merles, des rouges-gorges, des mésanges, des pinsons, des hirondelles, etc. etc. ils sont entourés, hués, becquetés par.ces oiseaux qui, à force de tourmens, parviennent à les méttre À mort. On a vu une chouette vivante, à laquelle une troupe d’hirondelles avait enlevé presque toutes sés plumes. Chaque hirondelle se précipitait vivement sur la chouette, et, en passant, lui arrachaït une plume : cela se faisait si vite, et la chouette aveuglée par la clarté nu jour, avait si peu de moyens de défense, qu’elle en était réduite à des tâtonnemens et à des contorsions ridicules, plus propre à exciter la mutinerie de ses ennemis, qu’à leur causer de l'effroi. Les oiseleurs qui connaissent cette antipathie, quand ils veulent attirer des petits oiseaux, prennent souvent une chouette qui leur sert d’appelant; ou bien encore, ils imitent une chouette, et pour peu que la ressemblance soit ekacte, les oiseaux accourent sur l'image, comme ils feraient sur la chouette elle-même. |
Les canards, les oies et quelques autres oiseaux :Voient aussi pendant la nuit, car ils choisissent souvent ce. temps pour entreprendre les voyages et les migrations que le retour périodique des saisons les oblige de faire. dé
Les oiseaux crient, gazouillent, ramagent, chantent, parlént, par conséquent ils entendent, et l’ouïe de plusieurs d’entre eux est aussi fine que juste, à en juger par la nature et l'harmonie des sons que forme leur gosier. Plusieurs s’effraient du moindre Druit, et s’envolent avec promptitude à l approche d’un ennemi, carils distinguent souvent si la cause du bruit qu'ils entéñdent est à craindre ou non. (4) d:
Buffon, et avec lui la plupart. des naturalistes, pensent que l'odorat des oiseaux est assez faible, et, par exemple, ils regardent: comme erronée l'opinion qui attribue aux corbeaux la faculté de sentir l’odeur de la poudre. Les oiseaux ont; en effet, moins d’odorat que beaucoup d’autres animaux, cependant quelques-uns d'entre eux; tels qué le vautour et le corbeau noir, devinent facilément une proie qui se, dérobe entièrement à leurs yeux ; semblables en cela à la mouche appelée musca carnaria qui est altirée par, Vodeur des chairs en putréfaction, à travers des cloisons de planches exactement
jeinses les unes aux autres. (2):
tes À PRET EE
(1) L'ouie des gros oiseaux paraît étre plus fine que celle des petits, car ils fuient de plus loin que ces derniers,
(2) M. d’Arcet m'a raconté qu’un rat étant mort derrière le lambris d’une | chambre, la putréfaction de son cadavre donnait lieu à un dégagement de miasmes, qui répandaient, dans cette chambre, une odeur fétide. Comme on ne savait pas précisément dans.quel endroit se trouvait le.cadavre du rat, il s’agissait d'enlever partie par partie le lambris de la chambre, lorsque M. d’Arcet eut l'idée de se servir d'une mouche (carnaria) qui, guidée par sen odorat, fût attirée vers le cadavre. Cette expérience réussit ; la mouche, dès qu’elle eutla liberté de voler, se dirigea vers un point du lambris, que l l'on Foie el derrière lequel on trouva la cause de l'infection,
La langue du plus. grand nombre des oiseaux est de nature cornée, et par conséquent insensible aux saveurs; la membrane interne du bec. est presque dans le même CAS : quelques-uns ont la. langue molle, ceux-là ont le goût assez délicat, et recherchent d'une manière particulière les aiimens sucrés. | +
Les plumes qui garnissent la peau rendent le toucher presque impossible; la peau épaisse et ‘dense qui recouvre les pattes produit le même résultat; aussi le toucher est-il le sens le moins développé de tous; chez les oiseaux. À
La faculté de sentir, faculté pour ainsi dire extérieure, puisqu'elle s'exerce au-dehors pan l'intermédiaire des orgas nes des sens, s'élève donc, chez les oiseaux, à une très grande perfection; il en est de même des facultés intérieures. Parmi ces dernières, celles qui sont le plus généralement départies aux viseaux, se rapportent à l'alimentation, à la conservation de l'individu, ou à la propagation de l'espèce; les autres, plus rares; sont un certain degré de perfectibilité, des talens, des notions et des passions. "1
Quelques oiseaux sont exclusivement carnivores; d’autres piscivores ou reptilivores, le plus grand nombre se nourrit d'insectes et de graines, très peu se contentent d’alimens purement végétaux. Les premiers sont appelés oiseaux de proie, les espèces n’en sont pas très nombreuses. On les divise en diurnes et nocturnes, suivant qu'ils sont éveillés pendant le jour ou qu'ils rôdent la nuit. J'ainommé plus haut les nocturnes, ce sont les plus mal partagés de la classe; les diurnes pour la plupart doués de force.et d’audace, occupent le pre- -mier rang parmi les oiseaux. De cenombre sont les vautours divisés en plusieurs espèces dont la plus grande est celle du condor, animal dont le vol est plus élevé que celui de tousles autres; puis viennent les cathartes, les percnoptères, les grif-
e ds 20
306 FAGULTÉS
fons, les faucons, les aigles, les balbuzards, les circaètes, les harpies ou aigles pêcheurs, les aigles-autours, les autours, les milans, les bondrées, les buses, les busards et le messa= ger. Ils vivent:tous de chairs, mais les üns veulent une proié vivante, les autres se contentent de chairs mortes, et ne sont pas rebutés' par la putréfaction, non qu’ils manquent d’odorat, mais parce que ce 2 les attire vers les chairs pourries. À'ces oiseaux, il faut sonier, les pies-grièches; les Corbeaux et quelques autres qui, paf leurs instincts; sont de véritables oiseaux de proie; quoique en raison de leur éonformation; ils aient été classés au nombre dés passereaux.
+l aigle, le balbuzard , le jean-le-blanc (circaète), lé roi dés vautours; le condor, le milan, l’autour, l'épervyief, lé gerfault ; le faucon et le hobereau, l'émérillon, etc., vivent de proie qui consiste surtout enoiseaux et en mammifères. On a fait jeunér le jéan-le-blanc, pendant plusieurs jours, puis on lui a présenté des fruits , des vers, des poissons ; il les a refusés; dés souris et des poules vivantes, il s’estijeté dessus avec avidité. de roi des vautours vit de rats, fais fl mange aussi des reptiles et même des excrémens. Le condor enlève des agneaux, des chevreaux et des enfans: Le milan ; au contraire, plus faible à la vérité que le condor, ne s’attaque jamais qu’à des animaux beaucoup plus petits que lui ; l'épervier fait la chasse aux caillés, aux perdreaux, aux pi= geons; l’autour ést très sangüinaire; il s'attaque à des oiseaux quisont d’une force supérieuré à la sienne ; il en est dé même du gerfault, du faucon, de l’'émérillon, et surtout de la pie-grièche qui fait la guerre même à de gros oiseaux dé proie, et qui, après les avoir tués, les plument, les dépè= cent et les mangent. Le hobereau n’a pas, il s’en faut bien, autant de courage; c’est un voleur qui attend pour s’emparer des oiséaux qu'ils soient déjà abattus et pris; il s’at-
g DES OISEAUX, #05 tache quelquefois aux pas des Chasseurs pour leur dérober lé produit de leur chasse. (1) "À 7114 à
Le méssager habite les lieux découverts des environs dû Cap, où il l'poursuit les reptiles et surtout lés vipères et les ser pens , ce qui lui à mérité le surnom de serpentarius. La grué, le kamicki , et surtout la cigogné et l'ibis mangent aussi des reptiles. La cigogne est, dans Certaines contrées, l'objet d’une sorte de respeët qui va jusqu’ à la superstition : c’est un oiseau utile êt qu'il faudrait tâcher d’attirer dans les pays où abondent les serpens.
Les oiseaux piscivores setiennent aux environs des. PA des fleuves et aux bords de la mer, pour saisir les poissons qui sautillent au-dessus de l'eau où qui nagent près de là surface de ce liquide. Les oiséaux de proie dont il s’agit sont le balbuzard, l’orfraie, la pigargue et les harpies, auxquels il faut ajouter quelques passereaux tels que le martin-pécheut, et un certain nombre de palmipèdes parmi lesquels jé citerai le pélican, le plongeur, le harle, le cormoran, le grèbe, la frégate et le fou. La pêche que fait le pélican est, assure-t-on, une affaire concertée et exécutée avec intelligence. Plusieurs péli-
(1} quoique autres oiseaux de proie sont dans le même cas. « Dans nulle contrée, peut-être, dit M. Lesson, les oiseaux de proie ne montrent une plus grande et'une plus confiante rapacité que dans les îlés Malouines. On n’eñ compte que quatre espèces; mais les individus en sont excessivement nom: breux. Sans cesse affamés , ces oiseaux suivent avec audace tout être animé, dans l'espérance d’en arracher quelque pâture. Chaque fois que nous allions à la chasse , ils épiaient nos mouvemens, fondaient sur la proie abattue, ne làchaient prise qu’à la dernière extrémité et nous donnaient peut-être l'unique exemple de venir disputer le gibier jusque dans les mains du chasseur, Fréquemment la buse poliosome (falco poliosoma, Quoy et Gaimard) réunie aux Caracaras (/alco novæ Zelandiæ), dévoraient en un clin d’œil le canard ou l’oie que l’homme de l'équipage avait laissé derrière lui, et leur appétit était si grossier et si insatiable, que les pièges les plus simples suffisaient pour en prendre un grand nombre chaque jour. »
Voyage autour du monde, Zoologie. t. 1. p. 206.
cans se réunissent sur l’eau, Se placent en ligne, poussent le poisson devant eux et l'enferment dans une étroite enceinte, afin de le saisir facilement et en grande quantité. Ts ont dans le bec une poche très ample qu'ils emplissent de poissons, et vont ainsi chargés, se placer sur un rocher pour manger et digérer : à leur aise. Un Seul pélican avale, dit-on, autänt de poissons qu’il en faudrait pour nourrir plusieurs hommes. Le harle est aussi très vorace ; on le compare sous ce rapport à la loutre qui, comme on sait, fait de très grands ravages dans les étangs. Le grèbe est celui de tous les oiseaux qui plonge le plus profondément pour pêcher : c’est l'opposé du condor qui s'élève dans les airs à une hauteur que nul oiseau ne peut atteindre. Le cormoran vole, marche, nage et plonge; comme il est susceptible d'une sorte d'éducation, et qu'il n’avale pas le poisson aussitôt qu’il la pris, on s’en sert pour la pêche. On lui entoure le cou avec un anneau qui, sans gêner les mouvemens de cette partie, s'oppose néanmoins à ce que l'œsophage se dilâte assez pour livrer passage à un poisson. Ainsi préparé, on envoie le cormoran chercher le poisson; il en saisit et le rapporte. Quand on juge la pêche assez abondante, ou l'oiseau près d’être fatigué, on Ôôte l'anneau de son cou, et on lui permet de pêcher pour son compte. Avant de le faire ainsi travailler, on attend qu’il ait faim, autrement il ne ferait rien du tout. L'AE 4 Les fous sont aussi utiles à la frégate, que le bétail à l’homme, que les pucerons, les cochenilles et les galles-insectes à la fourmi. Le fou se gorge de poissons qu’il a pêchés lui-même, la frégate arrive, se jette sur lui et lui donne force coups de bec, jusqu’à ce qu’il ait rendu les poissons qu'il a avalés; puis elle s’en nourrit. Au rapport de M. Lesson, le petrel g géant fait de même à l'égard du cormoran, et le stercoraire à l’égard de la mouette, La frégate est très habile à
DÉS OISEAUX. 209 attraper les poissons volans que poursuivent et obligent à sortir de l’eau, les bonites et les dorades. t&ÿ
Les oiseaux qui se nourrissent principalement de .chairs mortes, et dont plusieurs sont même: attirés par l'odeur de la putréfaction , sont le vautour, le percnopière, la buse, le buzard et Le corbeau. Ils font choix de chair morte parce qu'ils n’osent pas toujours chasser une proie vivante. Tandis que l'aigle attaque seul et hardiment l'animal qu'il veut manger, au risque même d’avoir long-temps à combattre, le vautour plus fort que l'aigle, mais sans avoir même le courage que donne ordinairement la faim, se réunit à d’autres vautours pour saisir une proie à laquelle il ne reste aucune possibilité de se défendre. C’est plutôt, dit Buffon, un oiseau de carnage qu'un oiseau de proie, et on peut le regarder comme le chacal des oiseaux. Le percnoptère, se laisse battre et chasser par des oiseaux moins forts que lui, il est toujours affamé , se lamentant sans cesse étcherchant des cadavres. La buse , reste parfois des heures entières perchée au même éndroit, attendant que quelque petit animal vienne à portée de son bec; elle sait manger, mais elle ne sait pas chasser. Le buzard est un peu moins stupide; il s'attaque plus que la buse, à des oiseaux vivans,:et il recherche aussi les poissons. Les goelands et les mouettes ressemblent, pour leur instinct, au vautour; ils sont lches et gourmands, n’attaquent que les faibles, et s'ils se baltent entre eux, ce qui arrive souvent, et que l’un deux succombe, ils se le partagent pour le manger. (1) r
La plupart des oiseaux, dont il vient d’être parlé, mangent exclusivement-des animaux mammifères, OISEAUX, répliles ou poissons, quelques-uns mangent aussi des substances végé-
(1) Les nt et “a canards sont placés dans len méme lieu , au jardin des plantes : dès qu’ un canard est mort, les goclauds| s se mettent à le dévorer, mais tant qu’ils vivent, ils sont'én paix les uns avec “es autres,
tales; les autres Oiseaux se nourrissent en même temps de vers, d'insectes get de végétaux. Plusieurs sont regardés comme exclusivement végétivores, ce sont la gélinotte, le serin, l’oie, l’outarde, le petit tetras, le bouvreuil, les perroquets, les toucans, etc. Mais si quelques-uns d'entre eux préfèrent en effet les végétaux à tout autre nourriture, il n’est pas vrai de dire qu’ils se nourrissent exclusivement de substances végétales, car ils mangent aussi des insectes, des vers, et s'ils n'en font pas journellement usage, quand ils sont parvenus à l’âge adulte, ils en ont tous mangé dans les premiers jours de leur éclosion. FAT
Quelques oiseaux sont regardés comme vivant exelusivement ou de vers, ou d'insectes, et, parmi ces derniers , il en est qui mangent presque exclusivement des insectes d’une même espèce. Le torcol, par exemple, darde sa langue dans les fourmilières et en la retirant, il happe les fourmis qui se sont placées dessus. Le pic frappe de son bec l'écorce des arbres, quelques insectes qui s'étaient nichés dessous cherchent à s'enfuir; au moment où ils sortent, le pic les prend et les mange; il attend aussi les fourmis au passage, met sa langue dans les sentiers qu’elles parcourent, et quand sa langue en est chargée, il la retire. Le peter était au premier rang parmi les oiseaux consultés par les augures, et le torcol était employé dans les enchantemens ; Comme on les voyait HPNORE solitaires (il faut bien qu ils le Soient puisqu'ils ont à peine assez de tout: leur temps pour se procurer de quoi ne pas mourir de faim); on les croyait sages et inspirés des dieux. Les grimpereaux n’ont pas même la faible ressource à laquelle les pics et’les torcols doivent leur subsistance; ils ne vivent que des insectes qu'ils rencontrent, et n’ont pas l'instinct de’les faire sortir de dessons l'écorce, Comme le Lu
L’hirondelle ;happe les "insectes qu’elle saisit au vol; comme elle est très agile et que tous les insectes ou àpeu-près conviennent à son’ goût, elle ne manque jamais de nourriture (1). Le guépiertchasse les guêpes, les abeilles et d’autres mouches qu'il sattrape comme l’hirondelle; l’engoulevent, moins agile et qui se montre seulement au crépuscule, chasse en volant de la même mânière que l’'hirondelle, mais avecmoins d'adresse. L'industrie des hérons, pour se procurer des alimens, n’est pas supérieure à celle de l’engoulevent; il se met en embuscade, immobile pendant des heures entières , atendant qu'une grenouille ou un poisson vienne À portée de son bec : il en est de même du ‘butor qui se nourrit comme le héron, et qui n’est pas moins inactif que cetoiseau. Les toucans, les calaos ont des becs énormes et qui ne semblent pas du tout fait pour eux, ils parviennent cependant à manger; aux premiers il faut des fruits muürs, aux autres des souris. Le bec-eroisé et le bec-en-ciseaux semblent être également maléficiés, et n’avoir ‘de bec que pour être mis dans l'impossibilité de se nourrir. Le premier, comme son nom l'indique, a un bee dont les mandibules chevauchent June sur l’autre : il s'en sert pour enlever les écailles des pommes de. pin et s'emparer des semences qui sont dans l’in- Fr de ce fruit. Le second ne peut ni mordre de côtégni ramasser devant lui, ni becqueter, en raison de la singulière conformation de son bec, dont la mandibule inférieure plus
(1) Swämmerdam donne Ja raison pour laquelle les hirondelles volent bas, lorsque le temps est à là pluiese Les abeilles aussi bien que plusieurs autres insectes, dit cet auteur, servent d’alimens aux hirondellés, qui .ont l'adresse de les prendre en volant. C’est pourquoi, lorsqu'il pleut , et qu'il se trouve fort peu de petits animaux dans Vair , Clles descendent vers là terre pour chercher dans cette chasse, la nourriture qui lui est la plus proprés Et. c'est delà qu'est
venue cette opinion fausse, que les hirondelles peuvent prédire le mauvais temps ou l'orage.
912 FACÇULTÉS
Jougue que là supérieure est disposée. en cuillère, L'animal décrit une courbe, rase la. surface de l'eau et enlève-ce qu'il y rencontre. C'est de, cette manière-qu'ilse procure des alimens.
Les vanneaux, les pluviers, les bécassés, se ‘nourrissent pr'esque exclusivement de vers: on dit qu’ils frappent la terre avec leurs pieds, dans les endroits humides, afin defaire sortir les vers qu'ils saisissent et qu’ils mangent avec avidité.
Il y a des oiseaux qui font des provisions, mais en cela, ils se montrent moins clairvoyans que les fourmis et les abeilles, car s'ils amassent quelquefois des substances qui peuvent les nourrir, ils amassent aussi des objets qui,ne peuvent jamais leur être d'aucune utilité." Le corbeau, la pie, la-pie- ghièche, le geai,etc., sont dans ce cas.
La plupart des oiseaux ont, d’une manière très prononcée, l'instinct de conservation. Cet instinct se manifeste par la Construction d’un domicile; la réunion en société, les voyages, les soins qu’ils prennent de se baigner, et de faire même une sorte de toilette. | té
Le domicile des oiseaux est un nid : presque tous en ont, mais la manière dont'il est construit et le lieu où il se trouve L diffèrent pour ehacun d'eux. L’aigle construit son aire sur la cime des rochers, le condor place la sienne sur de ggndes perches qu'il appuie sur des arbres rapprochés l’un de l’autre; les milans et les buses montent moins haut : on à trouvé ces dernières dans des nids quiavaient été abandonnés par d’autres oiseaux de proie, tant il ést vrai que la paresse est pour elles un défaut qui se manifeste dans toutes leurs actions. Parmi les oiseaux de nuit, le grand-duc est, à ce que l’on croit, le seul qui fasse son nid; les’autres voient elair pendant si peu de temps qu’ils peuvent à peine trouver le moyen de se nourrir et n'auraient pas un moment pour faire leur nid: Les passereaux établissent leur nid
DÉS OISEAUX. 019 sur les arbres, les arbustes, sur l’herbe, sur la terre, et même sous/larterre : on en trouve dans les fentes de rocher, dans
les crévasses de muraille, sous les toits, dans les chieminées, sur les fenêtres, dans les troncs d'arbre. Chaque oiseau se conforme: en cela à ses besoins et aux moyens d'exécution dont il peut disposer. Les palmipèdes se placent aux bords des eaux qu’ils fréquentent, à moins qu’ils n'aient à craindre un débordement ou quelque autre danger résultant d'une trop grande proximité de l’eau. La bergeronnelte place son nid
sur l’eau : ce nid, construit de feuilles dé r'oseau ; est Sus-
pendu à une feuille de la même plante. L'huitrier se. borne à déposer ses œufs sur le sable ; pendant la chaleur du j jour, c’est-à-dire depuis environ dix heures du matin jusqu’à trois heures de l'après-midi , il va chercher sa nourriture, et le reste du temps il le passe à couver. L'autruche se comporte
d'une manière analogue. Les oiseaux domestiques, nos poules
el nos coqs, par exemple, ne font pas de nid non plus; cela dépend de ce que logés convenablement, ils négligent un soin devenu pour eux complètement inutile.
Les nids varient non-seulement par leur position, mais par leur forme, leur structure, et la qualité des matériaux dont ils sont composés. [lentre de l'art dans la construction et un art qui S apprend, car les jeunes oiseaux ne les font pas aussi bien que les vieux. Les vieux né se copient pas servilement les uns les autres, ils sävent accommoder leur t avail aux exigences du lieu qu'ils ont choisi, et il est toujours facile d'apercevoir quelle à été leur intention. dans les modifications, dans l’arrangement qu il ont fait subir aux matériaux dont ils se sont servis.
Le temps où se font les nids est cdi où les oiseaux sont en amour ; le mâle et la femelle travaillent de concert et avec une égale ardeur à à sù constriction. Les oiseaux sédentaires
s14 FACULTÉS
gardent ordinairement le nid qu'ils ont fait pendant toute l’année; les oiseaux voyageurs, soit qu’ils viennent de l'Afrique ou du Groënland, savent le retrouver. On s’en est assuré plusieurs fois, en attachant à la patte de quelques oiseaux, un ruban ou un morceau d’étoffe qui permettait de constater l'identité de ces animaux. On les voyait revenir tousles ans, après une absence de cinq à six mois passés dans des pays éloignés.
Quoique revenant dans les mêmes lieux, il y a des oiseaux qui font chaque année un nid nouveau tout près-ou.au-dessus de l’ancien. L’explication de cette particularité n’est pas encore donnée; on la trouverait peut-être dans quelque cause d'incommodité inhérente au vieux nid, comme seraient la malpropreté, la puanteur ou la présence si à a parasites et nuisibles. |
La construction d'un nid donne à l'oiseau le sentiment de la propriété; l'oiseau sait que ce nid lui appartient, et si un voleur vient s'en emparer, ce n’est pas sans Combat qu’il en reste possesseur. On raconte, mais ce fait est difficile à croire, qu’un moineau s'étant logé dans le nid d’une hirondelle, et ayant refusé d’en sortir malgré de très pressantes injonctions, l’hirondelle spoliée, aidée de ses compagnes, boucha si complètement l'entrée du nid, que le moineau y résta enfermé.
L'homme qui se dit le maître de la terre, possède souvent moins que l'oiseau : s'il est né pauvre, il n’a pas même d’habitation, il ne sait pas où reposer sa tête; le. partage a été fait d'avance, aucune place n’est restée pour lui. Le pauvre a tort de naître, la vieest un fardeau qu’il traîne dans les privations et la douleur : la mort semble être le seul bien que la. nature lui ait mis en réserve, et dont les riches n’aient pu le dépouiller.
Les oiseaux sont des animaux sociables, il faut en eÉcégter cependant quelques. espèces, et notamment les oiseaux de
DES OISEAUX: 915 proie, Jamais il n’y a deux nids d’aigle dans la même contrée. Dans la famille des passereaux, dans celle des grimpeurs, des gallinacés, des échassiers, presque tous sont sociable; chez les palmipèdes on ne cite pas d'exception. Ainsi lautruche, l’outarde, l'étourneau, le moineau, la linotte, le perroquet, l’ami des palétuviers, l’hirondelle, le pluvier, le pélican, l’oie, le canard, le pétrel, le pinguin, etc., etc., recherchent chacun les animaux de leur espèce, et ne sont jamais seuls. Il n’en est pas de même du merle, du coucou, du houton , du pic, du torcol , du martin-pêcheur ou alcyon et du butor. Ce dernier est tellement solitaire, qu’il ne vit pas même en compagnie de sa femelle.
Les oiseaux qui vivent en société sont en même temps des oiseaux voyageurs ; le nombre en est très considérable ; j'en citerai seulement quelques-uns. La caille, le freux , la corneille, la draine, la litorne, le mauvis, l’hirondelle , le martinet , la cigogne, la grue, le vanneau, le pluvier, le cigne, l’oie , le canard, le manchot à lunettes (1), etc. C’est au printemps et à l'automne qu'ont lfèu les arrivées et les départs, quelquefois aussi en hiver et en été. Les oiseaux qui passent l'été dans les pays excessi-
(+) Le manchot à lunettes voyage sur l’eau, Voici ce que dit M. Lesson de cet animal : | Le
« La chasse des manchots ou pinguins se fait à coups de bâton : ils creusent des terriers pour se loger eux et leurs familles ; un îlot des Malouines a reçu le nom de l'ile aux Pinguins, Là leur nombre n’est pas moindre de quelques dizaines de milles. |
« L’importante fonction de la reproduction étant accomplie, et les jeunes étant assez forts pour habiter la mer, les manchots abandonnent leur demeure terrestre, et la république entière va à l’eau pour environ six mois de l’année. |
« Au moment du crépuscule, tous les manchots poussent ensemble des cris sourds et continuels, de manière qu’à une certaine distance du lieu qu'ils habitent, on éprouve une illusion parfaite, en croyant entendre le mélange de
vement froids, descendent en ‘hiver un peu vers le midi; c'est pour cela que nous les voyons arriver dans nos contrées, en même temps que le froid. Les oiseaux qui ont passé l'été chez nous, s’en vont à l'automne dans les pays plus chauds, en Afrique, par exemple, où ils restent tout l'hiver. Ainsi chaque oiseau voyageur conserve, en raison méme de son voyage, l'égalité de température qu'il aime et dont il a besoin. L'époque de l’arrivée et celle du départ différent, suivant l'aptitude des oiseaux, à supporter telle ou telle température : il en est qui s'en vont tard et qui reviennent tôt; il en est d’autres qui restent seulement quelques mois dans notre pays. L’instinct qui porte les oiseaux voyageurs à partir est tellement inné chez eux, que des cailles, par exemple, que l’on enferme toutes jeunes et-auxquelles on donne abondamment à manger, s’agitent et se tourmentent quand l’époque du départ est venue. Ce n’est donc pas le besoin de trouver de Ia nourriture qui est le seul motif déterminant de leurs voyages. La température y est sans dôute pour beaucoup, car les oiseaux tout pénétrés qu’ils sont jusque dans la cavité des os, par l’air atmosphérique, doivent en éprouver des influences qui nous échappent complètement. Quant au transport d’un lieu dans un autre, sous une même latitude et dans un même climat, des oiseaux voyageurs ou des oiseaux sédentaires, il a pour cause:la disette, et par conséquent la recherche des alimens, ou la présence d’un ennemi et surtout celle de l’homme. Tous les voyageurs qui ont Visité des pays rarement traversés par les hommes, ont été frappés de la confiance et de la sécurité des oiseaux qui,
voix etde mouvemens de peuple assemblé pour une fête publique ,. et dont l'atmosphère porte au loin, dans le calme, es sons confus et mélangés. 4,s On peut qi oire que le manchot est Pro ARE ».
Op. cit, Look. t, 1, pans.
en toute autre circonstance, sont le plus empressés defir. Les oiseaux ont appris à leurs dépens que l’homme est à craindre pour eux; aussi le distinguent-ils très bien de tous les animaux. Les chasseurs qui savent cela, se cachent quelquefois dans uneé-espèce de boîte qui a la forme d’un animal paisible, la vache, par exemple, et ils approchent de certains oiseaux que sans ce stratagème, ils ne pourraient jamais atteindre que difficilement. Les canards et les oïes sauvages qui,'dit un aviceptologiste, sont si défians , qu’ils ont peur de leur ombre, sont pris à ce piège; il en est de même dés pluviers, des vanneaux, des étourneaux,; des grives, des alouëttes, etc. Les vanneaux et les pluviers ne séjournent jamais long-temps dans le même lieu; comme ils vont toujours en troupe, ils ont bientôt mangé tous les vers qui se montrent à la surface du sol où ils s’abattent, aussi sont-ils constamment en voyage, et l’on en trouve partout. L'été, les vanneaux sont au Kamtschatka, et l’hiver à l'extrémité orientale de l’Asie.
Les oiseaux se baignent et font une sorte de toilette, et à très peu d’exceptions près, ils néttoyent léur nid dans lequel ils ne déposent presque jamais leurs excrémens. Dès le matin, ils lissent leurs plumes avec le bec, et les palmipèdes, pour empêcher leurs plumes de se mouiller'ou de s’imprégner d’eau, les! enduisent d’une sorte de graisse qui est sécrétée par des glandes placéés près l'orifice du cloaque. Comme ils sont sujets à avoir sur la peau des insectes parasites, ils se pouillent aussi, et quelquefois, ils se rendent mutuellement ce petit service. C’est ce que l’on a eu souvent lieu d'observer sur les paons. Le martin pouille les’chevaux et sé nourrit de la vermine qu'il trouve sur la peau de ces animaux, quand il n'a pas de proie plus substantielle, ce qui lui arrive souvent, parce qu’il est très peureux. quoique naturellement Carnassier,
Les oiseaux sont tous les ahs, à certaines époques, dorhi nés par une passion violente, celle de l'amour. Ordinaire ment au printémps ou en été, quelquefois en automne et plus rarement en hiver, chaque oiseau mâle cherche une femelle à laquelle il réste uni pendant un espace de temps variable, mais qui est ordinairement de plusieurs mois. Les oiseaux qui vivent en troupe et qui voyagent, se divisent ainsi en petit ménage de deux individus; ceux qui restent-or: dinairement solitaires, se rapprocheñt pour s’apparier au moins jusqu’à l’éclosion des petits, Après avoir choisi sa femelle, le mâle nê la possède pas toujours sans de violens coibats contre sés rivaux, et il en à ordinairement plusieurs, car, chez les oiseaux comme chez l’homme, et mêmé à ce qu’il paraît en plus grande proportion qüe chez ce der< nier, il naît un nombre de mâles supérieur à celui des femellés: On né sait pas quel est le sort des mâles qui ne trouvent pas à s'appariér, mais si l’on en juge par cé que déviéninent là plupart de Céux que nous réténons prisonniers , et auxquels on ne fournit pas de femelle à l’époque de la pariade , il est permis de croire qu'il n’en survit qu'un petit nôbre. : | ei il
Lé mâle et la fémelle travaillent à faire leur nid, noni= séulement ils agissent de concert, mais ils sont animés paf uñ sentimént d'amour qu'il est facile de reconnaître à leu rage et à léuts caresses. Le nid fait, la femelle y dé: pôse ses œufs et les couve, tandis que le mâle va cherchér 14 nourriture de tous deux, et le reste du témps se tient fon loin du nid, les yeux vérs la femelle, gazouillant ou chantant ses plus jolis airs. Lorsque la femelle quitte momentanément 1e nid, le mâle la remplace et couve les œufs. Tous deux, quand les petits sont éclos, vont leur chercher la nourriture; aux oiseaux de proie, de la chair, des jeunes animaux; à pres-
DES OISEAUX. 319 que tous les autres, des insectes. Une fois que les pétits soft en état de voler, le père et la mère les essaient à cét éxercice; ils leur apportent la becquée, mais ils se tiennent à dis tance du. nid. On voit alors les petits tendre le cou, s’avance timidement et se retirer dans la crainte de tomber; puis pres: sés par la faim, sollicités pardes agaceries de leurs géniteurs, s’avancer de nouveau, étendre les ailes, essayer de s'en sef: vir, et enfin trouver assez de force pour s ’élevér un moiienñt hors du nid. Ce manège est répété jusqu’à cé que les petits soient assez robustès pour chercher eux-mêmes leur nourriture ; alofs la famille sé dispersé, et chaqué pêtit pourvoit seul à ses besoins, jusqu'à cé qu'il s’apparie, ce qui
æe tarde jamais plus d’un An; car un an suffit Pour qu'un oiseau soit en état dé se reproduire.
Pendant tout le temps dé la pariadé, 1é mâlé ét là femellé restent tendrerent unis, et ni l’un ni l’autre ne Souffrirait l'approche d’un oiseau étranger. Le mâle ne laissérait aucuñ mâle äuüprès de sa femelle, et Iui-mêmé ne va pas chercher de femelle étrangère. Il pourrait le faire cependant, car si on casse des œufs, si on détruit son nid, il fait un nid nouveau et féconde d'autres œufs. Maïs cette puissante dé fécondätion, il n’en fait usage qu'avec sa femelle, et l'amour qu'il ressent pour elle, né laisse dé place à aucun ämour étrangér. € Lés oiseaux nous représentent, dit Buffon (1), tout ce qui se passé dans un ménage honnête, ils observent la chästété conjugalé, ils soignent leurs petits; le mâle ést mari, père dé famille; tous deux, quelque faibles qu'ils soient, déviennent courageux et S’exposént volontairement à la mort, quand il s’agit dé défendre leur famille. » Chez les cäilles, les mâlés sont si afdéns qu’ils viénnent quelquefois chércher leur femelle jusqué
(s) Discours sur la nature des oiseaux. :
dans les mains de l’oiseleur. Les combattans doivent leur nom à la fréquence et à l’acharnement des combatsque les mâles se livrent entre eux, pour la possession des femelles. Chez ‘les corbeaux, le mâle reste avec la femelle pendant plusieurs années de suite; on pense qu'il en est de même de la grive et de la perdrix. Le bouvreuil, dit-on, ne peut vivre séparé de sa femelle ou des camarades qu'il s’est choisis, et que si l’un est pris, l’autre se fait prendre. Les kamichis mâle et femelle ont l’un pour l’autre un attachement si profond et si durable, qu'ils ne se séparent qu’à la mort. Le pétrel est dans le même cas : le mâle et la femelle. ne se quittent.pas, et si l’un des deux vient à mourir, l'autre becquette le corps de son Compagnon, et. donne des signes non équiyoques de douleur,
Un chasseur m'a rapporté qu'ayant tué une hirondelle de fenêtre qui volait au-dessus d’une rivière, une hirondelle voltigea long-temps autour de l’hirondelle tuée et la becqueta à plusieursreprises, comme pour la ranimer. M. Lesson s'exprime ainsi à l’occasion des sternes ou hirondelles de mer :. + |
« Entourées d’ennemis qui cherchent à dévorer leurs œufs, les hirondelles de mer ont reçu en partage un courage qui étonne, d’après leur petite taille. Elles font lâcher prise aux oiseaux. de proie ou aux maraudeurs des rivages, etles assaillent avec une ardeur sans exemple. Ces palmipèdes semblent nés pour la société, car on ne les trouve jamais que réunis par grandes troupes , et leur attachement paraît s’étendre aussi. bien sur tous les membres de la communauté que sur leurs petits. Souvent il arriva aux chasseurs qui tuaient quelques-uns de ces oiseaux, de voir les sternes se précipiter sur celles qui avaient.été frappées, voler au-dessus en tous sens, et remplir l'air de leurs cris perçans. » (1)
(r) Op. cit. t,T, p. 225.
Mais l'amour n'est nt durable ni pur chez tous les OISEAUX. Le torcol reste peu de temps avec sa femelle: le moinéau, quoique très ardent, n'a pour sa femelle ni caresse, ni préludes amoureux, il coche souvent, très souvent, et voilà tout; l'étourneau mâle-n’est pas long-temps avec la femelle; le coq a plusieurs femelles pour lesquelles il a des attentions et des soins et qu’il coche tour-à-tour; iLen est'de méme des autres oiseaux que Buffon nomme oiseaux pesans; on assure que le hibou, le moyen-duc, la hulotte, font leurs œufs dans des nids étrangers; mais ce fait n'est pas généralement admis; quant au COUCOU, personne n ’en doute;'il dépose ses œufs, un seul à-la-fois, dans les nids de fauvettes, de verdiers, de ra-miers et d’alouettes, et les leur donne à couver après avoir cassé. ceux qu’ils avaient pondus. Ce n'est pas par indifférence pour ses œufs que le coucou femelle les porte dans des nidsétrangers, M. Florent Prévost en à acquis la preuve. Si l'on enlève du nid l'œuf qui y a été déposé par la femelle du coucou, celle-ci l'y ‘replace; elle veut donc que’ cet œuf soit couvé; mais comme elle est polygame, elle ne couve pas, ses: maris casseraient les œufs. Le coucou mâle quitte ] a femelle avant l’éclosion et même avant Ia ponte. Ce quel on à dit de la disposition des viscères abdominaux du coucou, disposition qui s’opposerait à la couvaison, n’a, d'après les dissections de M. Florent Prévost, aucun fondement réel. Les viscères abdominaux du coucou ne diffèrent pas de ceux des autres oiseaux appartenant aux espèces voisines et qui couvent leurs œufs. { ( We:
Une aberration amoureuse dont j'ai déjà rapporté un éxemple, en parlant des argules, se rencontre dans quelques familles. d'oiseaux ; on l’a observée chez là perdrix, la caille, le jaseur et le coq. eu
Les oiseaux ont en général un amour extrême pour les
922 FACULTÉS petits qu'ils ont fait éclore : les plus faibles deviennent alors courageux, et plusieurs qui semblaient stupides, deviennent TUSÉS. Leroy dit que, dans les lieux où l'abondance du-gibier rend lenourriture rare, la perdrix poursuit el tué tous 1 peuts qui ne, Hi appartiennent pas, lorsqu'il$ viennent croiser ses recherches (4). Chacun sait que la poule est intrépide quand il $ agit de protéger ses poussins. Les perdrix mâle et femelle ont uñe tendresse égale pour'les petits qu'ils ont du reste couvé presque autant l'un que l’autre. Buffon-dit que si la nichée est abordée par un Chien, le mâle sort, fait le blessé, vole d’une aile etsemble se trainer ‘sur lasterre, afin de se faire suivre du chien, et que, pendant ce temps, la fémelle emmène ses petits et les cache: C’est tout le contraire des cailles qui ne se réunissent que pour s’accoupler, et-dont Ia femelle se débarrasse de ses petits, aussitôt qu’elle le peut. Le loriot cherche à défendre ses petits même eontre l'oiseleur. La femelle du bruant couve avec tantde soin, qu’en plein j jour elle s’est laissée: prendre à la main, quandeelle était agi ses œufs. La fauvette irièle et femelle; les perroquets, les cigones, ainsi ( que la plupart des oiseaux quivivent as el £ sont de beaucoup les’ ‘plus nombreux ; prennent un soin égal. des œufs et des petits: cependant si on Fouche leurs œufs; plüsieurs s'emvont et'ne reviennent plus. On à vu une jéune alouette* qui n’avañt pas encore couv, prendre d'au tres: alouettes plus jeunes qu'elle ; un soin si grand, qu'elle n'aurait pas fait mieux si elle avait été ieur mère ; elle it pu s’enyoler, elle en a rien fait, pe Soin de ses se Voceupait tout entière, élie ne > songe pas à la
mt Héreénn Adhérent ñ | de PA » é se es $ a (x) Lettres philosophiques sur Vintelligence et la perfectibilité des animaux, etc.fin-8°, Paris, 1802? nouvelle édition, p. 83.
Dupont de Nemours Q) raconte le fait suivant, qu’il donne comme un exemple de hote maternelle; chez uné femelle deserin : cet exemple s’il est bien vrai, ce dont je n’oscrai pasme porter garant, parce qu'il est arrivé plusieurs. fois à Dupont de Nemours d’être trop prévenu en faveur dés 2 animaux, .cet'exemple, dis-je, serait encore plus remarquable ‘que Île | précédent: «Dans ge grande volièré peuplée d'oiseaux de diverses espèces qui vivaient! assez Bien ensémble , on, avait placé un nid de rossienols, e et la pâtée mélée de chrysalides , de fourmis et de petits vers de farine, qui fait leur meilleuré nourriture. Le père el là mère ne purent stppôrter Ja prison, ils moururent. Un petiterestait et. mendiait là becquée par ses cris. Une serine avait bbsétye" ce triste et nouveau ménage, elle avait reconnu la différence. des alimens qué les parens, avant leur mort; ‘donnaient au’ jeune rossignol, ét dé ceux dont elle-même faisait usage. Elle fut attendrie par la misère de l'orphelin; mais ces vermisseaux , cette pâturé in-
fecte lui causaient un grand dégoût. Êlle hésita long=temps,
allant du petit au vase qui contenait la pâtée, et du vase à petit. Enfin elle surmonta sa TPE prit une becquetéé et la porta d'un vol précipité à J'indigent , puis alla vite Sé Javer le. bec. Elle donnait ainsi jusqu'à i 'bécquées. > dét- “tant entré. elles uni petit intervalle , ‘et's se laÿant soignetigé=
E ment le bec à chacune: Elle nerecommençait à en donner.
trois autres qu 'après ün temps assez JS toujours : montrant combien l effort lui était pénible , el toujours imutiphéant les
ablutions Le petit fut élevé, il aimait teñdreniént sa | notir-
rice ; maidé mâlé serin) qui sa toléré l'éducation du vos. signol au uaid, à Se e mit à battre le” rossignol, véltigeur, de sorte
À 4e bi # PTE 1 Re A Le 8 ME À, Pr Les NU 1% fe
(x) Quélques m mémoires sur différens Sujcts ; la plupañe d Be naréreile y ét de physique générale et par ticulière 3 à 2° édition in-8°, Paris, 1813, p. "28,
Ce
024 FACULTÉS qu'on fut obligé de retirer celui-ci de la volière, pour lui sauver Ja vie. »
Quelques oiseaux couvent à peine leurs œufs ; ce sont, pour la plupart, des oiseaux de rivage qui placent leurs œufs dans le sable, exposés aux rayons du soleil , et qui viennent les tenir chauds pendant la nuit. La pintade abandonne facile-. ment ses œufs et même ses petits; le coq d'Inde casse souvent.les œufs de sa femelle, afin de l'empêcher de cover et de pouvoir en jouir : c’est ce que font aussi plusieurs autres oiseanx, mais en très petit nombre; car dans cette classe d'animaux, les soins de la famille "sont partagés presque éga- Jement.entre le mâle et la femelle.
Parmi les animaux, les oiseaux seuls savent chantér. et parler; ils ont un chant qui leur est propre, une langue particulière que nous comprenons rarement. Îls-peuvent en outre apprendre et répéter les sons et les paroles qu’ils entendent. Quelques-uns’, par la facilité qu'ils ont à retenir ce que nous disons, semblent prendre part à nos discours et converser avec nous. Il n’est. personne qui ne connaisse et qui n'ait admiré les chants du rossignol, de la fauvette, de l’alouette , du pinson, du serin,, et de tous ces oiseaux qui animent les campagnes ou que nous conservons.dans les volières. Le moqueur est, dit-on, le premier parmi les oiseaux chanteurs ; les sauvages le désignent sous un nom qui signifie quatre cents langues ; et les savans l'appellent polyglotte ; son chant est plein de goût, d'action et bien cadencé; il imite celui des autres oiseaux, et l’on assure qu'il rit aux éclats quand il les voit accourir près de lui, trompés qu'ils sont par d'imitation de leur chant. C’est même ce qui Va fait désigner sous Îe nom de moquêeur. Les oiseaux imitateurs de Ja parole de l homme, et qui Sen font les échos, sont le perroquet, le sansonnet, lé merle, le bouvreuil, Ja pie, la corbine, et même
DES OISEAUX. 929 le verdier , la linotte, le martin, le serin. et le rossignol. Quelques-uns d'entre eux paraissent attacher un sens à nos paroles, et souvent on a vu le perroquet répondre à propos. Entre eux, les oiseaux parlent et se comprennent ; ils ont des tons différens pour exprimer leurs différentes passions. Les hirondelles ne s’assemblent jamais «pour partir, sans parler beaucoup plus qu’elles ne font en tout autre temps. Le cou parle à ses poules, les appelle, les agace, les gronde ; et les poules comprennent ce langage, car elles agissent en conformité des desirs exprimés par le coq. Si on blesse un loriot et qu'on le fasse crier , aussitôt tous les loriots de la forêt accourent près.de lui; ils ont reconnu la plainte d'un de leurs semblables et ils s'empressent afin de le secourir. Les hirondelles se montrent en cela souvent fort empressées et fort ingénieuses. Dupont de Nemours a été témoin du fait suivant. 1l a vu une hirondelle qui s'était pris la patte dans le nœud coulant d’une ficelle attachée à une gouttièré du collège des Quatre-Nations (aujourd’hui l'Institut). Sa force épuisée , elle pendait et criait. Toutes les hirondelles du voisinage se ré- . unirent au nombre de plusieurs milliers, et poussaient des eris d'alarme. Après une assez longue hésitation, l’une commença, et, comme à une course de bague, elle donna, en pas- | sant, un Coup de bec à Ja ficelle ; lés autres fir ent comme elle, la ficelle fut coupée, et dans l’espace d’une demit heure , Jacaptive recouvra Sa liberté ()- J'ai pour garant d un autre
fait de la même. nature et qui s’est passé toùt réc emment, le témoignage d’un observatèur dont là véracité ie faut pour moi l'objet d’ aucun doute. 7 |
La poule d'Inde, quand elle distingue ui enneti, ce qu'elle fait de très loin, car elle à Ja vue excellente, jette un éri
(r} Oo. cit ; p° 189
àa26 FACULTÉS
d’effroi que ses petits compreïnent, car ils se cachent jusqu’; à ce que la poule, par un autre cri différent. du pr emier, les ait prévenus que le danger est passé. L’ortolan, quand il aperçoit un‘chasseur, pousse un cri que les tes animaux Cohprennent également , et qui les fait fuir ou se cacher. Le mytilène de Provence en fait autant dès qu'il apercoittune buse, un. mifan où un épervier. Parmi les oiseaux qui voyagent en woupe, Ja plupart ont des sentinelles : les plus remarquables en ce ? genre sont les grues. Elles font des voyages plus longs que tous les autres oiseaux, et faisant en cela à d-peu-près ce que font les corégones lavarets (1), elles s’avancent en triangle isocèle quand. Ja temps est calme ;+ s’il fait du vent ou si elles sont menacées par un aigle, .çs se HAHent en rond, et pendant la nuit leur chef fait entendre un cri auquel tous les autres répondent. Lorsqu' elles se reposent pour dormir, elles ont des setinelles qui veillent la tête haute, tandis que toutes” * les. EU tres se cachent la tête sous l'aile. Aristote, dans son PE miche d d'observations sur les mœurs des animaux , et sat celles des oiseaux. en particulier; dit que la grue est le plus ingénieux des oiseaux qui th: réunissent et qui voyagent en | troûpe: Ceux qui'en approchent le plus sont les corbeaux } les canards. et es oies. ss ND UP u : Malgré les: preuves s sanÿ nombre aa: faculté ue les 0 oiseaux possèdent'le se communiquer leurs Desoins,* leurs désirs, meurs passions ou même quelques idées, par le moyen ; dulangage, il s’est trouvé des partisans de l’'dutomatisme des . bêtes, ( comme l'on dit ordinairement , “qui ont refusé aux oi seaux toute expréSsion | dans leur langage ettoute transmission d'idées: Ce n est pas Buffon, car en cent endroits de son histoire des oi eaux, il. vante: l'intelligence de ces animaux etla place Je M A AIN a
(1)-Voy. précédemment, p. 212.
au-dessus de celle des mines ; CÉDAAN ainsi l'injustice
qu Ahavaits commise à l'égard des ‘uns'et des autres ;1@nparlat, des abeilles, Ce sont, pour la plupart, des idéologues et des théologiens: qui ont pensé que ce serait avilir l'homme, si des animaux , des bêtes présentaient, sous le rapport intellectuel quelques traits de ressemblance avec lui. Gependant les animaux, et en particuliér les oiseaux, ont des idées; ils comparent, ils jugent, ils réfléchissent. Ils sont loin , àssurément, d’avoir les mêmes aptitudes que l’homme; leurs idées se rapportent presque exclusivement à des choses physiques, «à des besoins matériels; mais ils ont aussi des notions ‘intellectuelles ; ils sont, par leurs seules réssources à capables de faire des progrès , de se perfectionner dans les choses qui sont à leur usage ; ils ont des: npaliés, des défauts, et presque. des vertus et de$ vices. MR LU l est admis par tous les oiseleurs,.que:les nids des j jeunes oiseaux ne sont pas” aussi bien façonnés, ni aussi sûremen placés, que ceux des oiseaux auxquels IE age à donné une certaine expérience. Les oiseaux qui restent long-temps dans leur nid, donnent : à ce.nid plus de solidité et un arrangement plus confortable que les autres Ceux au contraire que l’on a façonnés à la domesticité et qui n’ont pas besoin” de nids, n’en
font pes. C’est le cas du coget de la poule. Quant à l'argu-
ment üré de la ressemblance que tous les nids d'uné même espèce d'oiseaux ont 1 uns avec les QUES ; on peut assurer que cette ressemblance n’est pas aussi grande qu'elle nous le paraîttau premier Coup- -d'œil. Ceux, qui les connaissent bien et surtout ceux qui les ont: faits, y voient: des différences qui neus échappent. Les cobjèts qui sont nouvVEAUX. pour nous et qui ont de l'anélogié entre eux, nous paraïssent, par ‘cela seul et après un examen superficiel, être. tout-à-fait. les mêmes. Lorsqu'en: France, on vit des Baskirs ul la première
328 FACGULIÉS
fois, leur front rétréci, leurs yeux obliques, leur nez épaté-et leur bouche énormément fendue , les rendaient tellement dif- , férens de nous et si semblables les uns aux autres, que chacun s’y trompait. C'était lors de l'occupation, les Baskirs étaient en logement militaire chez les bourgeois; s'il leur prenait fantaisie d'entrer, en grand nombre, dans le logement d’un des leurs et d'exiger qu'ontleur donnât à boire ou à manger, l'hôte était souvent obligé de servir la bande tout entière, dans Vimpossibilité où il se trouvait de distinguer ceux auxquels il devait des alimens, de ceux auxquels il n’en devait pas. J'ai même entendu bien des gens se‘demander. alors, comment les Baskirs pouvaient se reconnaître entre eux ? Nous ne faisons pas autrement, quand nous disons que les nids des oiseaux ne diffèrent en rien lesxuns des autres. :
Il faut bien que ces nids soient dissemblables et que les différences qui s'y trouvent, n’échappent pas aux oiseaux, car ceux-ci ne se trompent jamais de nid; leur mémoire est si bonne que tel oiseau voyageur, absent depuis six mois, passés en Afrique ou dans quelque autre pays éloigné, revient après ce temps, reprendre le nid qu'il avait quitté. « En -général, dit à cette occasion Georges Leroy, dans tous ces ouvrages, qui Ont un objet commun, et qui nous sont aussi peu familiers, nous ne pouvons être frappés que d’une ressemblance grossière, qui nous fait conclure à l’uniformité a1bsolue. Il est vraisemblable, ajoute-il avec raison , que les bêtes n’apercoivent non plus aucune différence entre nos palais et nos chaumières que l'aigle ne:distingue pas, dans les mouvemens des différens peuples sur lesquels élle plane, les degrés de police auxquels iis peuvent être parvenus. Une horde de Sauvages, errant autour de ses cabanes et ‘unie troupe de savans dans une ville bien bâtie, doivent également lui pa-
DES OISEAUX. 029 raître des êtres qui marchent sur leurs pieds et qui s'agitent à-peu-près de la même manière. » (1) :
Il en est de même pour nous, à l'égard des. nids et même à l'égard de beaucoup d'oiseaux, parce que nous n’avons pas observé les uns et les autres avec assez d'attention.
Dupont de Nemours (2}dit avoir étudié Je langage des corbeaux et le chant du rossignol. Le langage du corbeau, pour nous si monotone et si uniforme, lui a paru composé de vingt-cinq mots, très rapprochés les uns des autres, mais non pas semblables. H a consacré à cette étude deux hivers; les corbeaux se laissaient approcher de lui, parce qu il n’avait pas de fusil, mais seulement un petit livre blanc sur lequel il notäit les mots qu'il entendait.
Comment s’y prendre pour connaître la signification de ces mots? comment croire seulement qu'ils aient une signification? « En observant soigneusement les animaux, répond l'observateur que je viens de citer, en remarquant que ceux qui proférent des sons, y attachent eux-mêmes et entre eux, une signification, et qué des cris originairement arrachés par des passions, puis recommencés en pareille cireonstance, sont, par un mélange de la nature et de l'habitude, devenue l'expression constante des passions qui les ont fait naître: » | à
La langue des oiseaux une fois admise, comment, sans diclionnaire, pouvons-nous l’apprendre? Dupont de Nemours en indique le moyen, qui est lemême que celui dont nous nous servons, dit-il, pour apprendre la langue des peuples sauvages. «C’est en écoutant le son, nousle gravant dans la mémoire, le reconnaissant lorsqu'il est répété, le discernant de’ceux qui
{ru} Oputit., p.,61.
(2) Op. eit, p. 177.
330 js | FACULTÉS ont avec lui c PES rapportsans € être exactement les mêmes, l'écrivant quand'äal est constaté , et,,à l'occasion de chaque son, observant la chose avec Haquelle. il coïncide et le geste dont il est accompagné. »» un suivant cette voie, la seule, .en effet, qui puissé “servir de guidegen pareil cas, Dupont de Nemours dit avoir. compris la signification -du chant: du rossignol mâle perch é auprès de sa OURS pendant qu elle couve sës œufs ; ila donnéce chant en français : hais, malgré tout ce qu ilya derfondé et de juste dans le raisonnement du traducteur, J+ avoue qué je ne crois PAR du tout à La fidélité de sa traduction. |
Les jeunesoiseaux sontmoins drudens quedes vieux; les oiseaux qui ne connaissent pas |’ homme se laissent) tous approcher de lui sans aucune crainte : des qu'ils le connaissent, les habilesis’en vont,les stupides restent, et tant qu'il y en a de ces derniers, on peut les tuer à coup de bâton. IL existe, sous çe rapport, un grand contraste entre les perroquets et les pinguins. D'abord , l’homme a pu s'approcher des uns et des autres; mais l'expérience a profité aux perroquets y qui ont appris à connaître l’homme ; les pinguüins n ’ont rien appris; on peut les abattre, et ils ne. bougént pas F quoiqu ils voient POUS pareils tomber à lié. d'eux: Quelques passereaux qui viennent de la campagne à la. ville, se ‘comportent de manière à nous.faire voir'que l'expérience leur a servi. Dans les champs, ils ne se laissent pas approcher; à Ia ville, ils-restent non-seulement à portée de fusil, mais presque à portée du bâton. Le CO DEAN, si craintif, si défiant, et qui se sauve de si loin, quand il voit un chasseur armé de son fusil et qu il se trouve dans les champs, né craint plusai le fusil, ni la poudre quand il est à la ville. Pourquoi cela ? C'est parce que dans la ville les fusils n ont jamais. fait de malà aucun des siens, et que dans la campagne il.a eu souventà s’en garantir.
Les LP far par ce qui les entoure, par les pièges qu'on leurténd , et acquièrent, avec l’âge, un certain | degré de prudençe Mais , sous ce rapport, il y à encore. une grande différence entre les és pèces et même entre les individus. Généralement, les oiseaux qui se nourrissent de proie, sont plus cauteleux, plus réservés que les autÿes. Vivant euxmêmes de chasse, ils connaissent assez bien les ruses des chasseurs etsavent s'en garantir. Pourtant, la buse} qui est un © oiseau de proie a été donnée comnie le type de la Stupidité ; elle est en effet, inférieure, en intelligence à la plupart des oiseaux | et principalement quand il fait froid, elle reste des heures entières dans la même attitude, sans paraître animée par aueun instinct. Mais ibfant remarquer que la buse se nourrit de chair morte, etde petits oiseaux sans défense qu'elle va prendre dans les nids, de telle façon qu’elle n ’est pas réellement un oiseau de chasse. Les oiseaux nocturnes sont aussi très stupides, et je tlens de M: Florent Prévost, très habile ornithologiste, que-ces oiseaux adroits et rusés quand il s’agit de s'emparér de leur proie, ne savent pas échapper aux pièges qu'on leur tend; ils sont si stupides. que s'ils voient venir quelqu'un à eux, ils cachent leur tête derrière.une branche d'arbre, croyant que cela suffit pour ne pas être vu. Buffon cite le sagupède comme un oiseau qui serait encore plus stupide que les précédens; il suffit pour prendre un sagopède de lui présenter du. “pain, ou même de faire tourner un chapeau dev ant Jui : on Varrête avec une simple rangée de pierres alliœnées qu’il n'ose franchir, et on le dirige ainsi vers les pièges a ’on lui a préparés. Parmi les oiseaux insectivores et grani- | vores, il en est d'assez intelligens et qui pourtant donnent dans tous les pièges. M. Louis Séhéchal conservait dans un laboratoire du jardin des plantes, des rouges-gors esiet des mésanges, il les Tchat et les reprenait au mêtne piège, Sans que l’expé-
rience du passé leur servit de rien; il a fait la même épreuve avec des moineaux, mais avec un résultat tout opposé; les moineaux ne s'exposaient pas à être pris une seconde fois de la même manière.
Les oiseaux, eten particulier les oiseaux chanteurs, écoutent tous les bruits qui sont à Leur portée. Les palmipèdes eux-mêmes qui, auldieu de chant, n’ont jamais que des cris plus ou moin$ rauques, fontentendre un cri de frayeur dès qu'ils sont surpris par quelque chose d’insolite; aussi regarde-t-on quelquesuns d'entre eux, les oies, par exemple, comme des gardiens ou plutôt comme des sentinelles préférables à des chiens, parce que, éveillés les uns ou les autres par le moindre bruit, on peut quelquefois empêcher les chiens de japper, en leur donnant à manger, tandis que les oies n’en crient que plus fort. Les oiseaux chanteurs imitent le chant les uns des autres, quelquefois servilement, le plus souvent en y mêlant des phrases improvisées et transmettent quelquefois, par l’éducation , à toute leur famille, ces chants qu'ils ont appris.
C'est surtout dans leurs rapports avec l’homme, que les oiseaux se montrent attentifs et capables de progrès ; ils regardent, écoutent, observent, répètent(1), obéissent ou refusent et partagent ou contrarient nos passions et nos idées, toutefois dans ces limites assez bornées au-delà desquelles ils ne peuvent plus nous suivre. Les premiers sous ce rapport, ceux qui ont le plus de ressemblance avec l'homme, sont sañs contredit les perroquets. Ce sont, de tous les oiseaux, ceux qui apprennent le plus facilement à parler, qui retiennent le mieux ce qu'ils ont appris, qui paraissent attacher quelque sens aux mots qu'ils disent, et qui ont le plus de sentimens
(rt) Rhodiginus cité par Buffon, parle d’un perroquet ceudré qui récitait correctement le Symbole des «nôtres.
DES OISEAUX. d04
ou de passions analogues aux nôtres. Entre l’état physique d’un perroquet et celui d’un enfant capricieux et taquin, il y a une très grande analogie. Je prends pour exemple un fait quele révérend père Bougot, gardien des capucins de Sémur, et qui a fait pendant long-temps son plaisir del’éducation des perroquets, rapportait à Buffon (1). «Le crik à tête et à gorge jaunes, se montre très capable d’attaéhement pour son maître il l'aime, mais à condition d’en être souvent caressé. Il semble être fâché si on le néglige, et vindicatif si on le chagrine ; il à des accès de désobéissance ; il mord dans ses caprices ét rit avec éclat après avoir mordu, comme pour s’applaudir de sa méchanceté. Les éhâtimens ou [à rigueur des traitemens ne font que le révolter , l’'endurcir etle rendre plus opiniâtre ; on ne le ramène que par la douceur. L’envie de dépécer , le besoin de ronger, en font un oiseau destructeur de tout ce qui l’environne ; il coupe les éioffes des meubles, entame le bois des chaises, déchire le papier et les plumes, etc. Si on l’ôte d’un endroit, l'instinct de contradiction l'instant d’après l'y ramène. Ïl rachète ces défauts pades agrémens ; il retient aisément tout ce qu'on veut lui faire dire; mais la cage l'aturiste et le rend muet, il ne parle bien qu’en liberté.
« Dans ses jours de gaîté, , il est affectueux, reçoit et rend des caresses, écoute et-obéit; mais un caprice interrompt souvent cette belle humeur. Il aime les enfans, et en cela, il diffère du naturel des autres perroquets ; il en affectionne quelques-uns de préférence, ceux-là ont le droit de le prendre et de le transporter impunément , il les caresse et si quelque grande personne le touche, en ce moment, il la mord très serré. Lorsque les enfans qu'il aime le quittent, il s’afflige , les suit et les rappelle à haute voix.»
(1) Op. cit Grik à tête et À gorge jaunes.
33 " FACUUTÉS
L’'añtipathié qué les” perroquets ont pour les enfans paraît avoir pour cause la jousie. Les perroquets aiment à être car'essés- et ils ne VEUENL pas que les personnes pour lesquéllés ils ont de l'affectiôn , fassent des câresses/ à à qui que ce soit. C'est là un fait trop connupour qu Al soit nécessaire d’en citer des exemples. 3: is 44 dis k
L'antipathie de ces oiseaux pour d’autres nes n’ést pas également hbtyée" : ‘il feur: arrive de prendre en haine golf un dont ils n’ont jamais-eu à se plaindre; qu ilsn ‘ont même jamais vu, êt lui foht, avec#opiniatreté , tout le mal qu'ils | peuvent. Un perroquet avait dé l'aversion pour uñ jéune garçon qui n'avait eu que. de bons! procédés envers lui; il lait, si le jeune garçon était absent, l’attendre à:sa porté quelqueois ‘pendant des Hèures entièrés, pour lui niordre les jambes uand il. rentrerait. On éntoura un jour es jambes dé l’enfan ‘aveé du carton. Le pérroqueti s'approcha , tourha tout autour, chercha à mordre, etvoyant q ii w y pouvait pas réussir, il tourna le dos et s’en alt comme: eût faitun enfant boudeur. Le jac@ où perroquet cendré est si attentif, qu'il retient des paroles sans apr : ait pris la peine de les lui apprendre. Où cité un perroquét de HénriW III qui, étant tombé dans l'eau, aurait appelétdes batéliérs à SON SECOUTS, de là méme manière qu'il les avait. éntenqus appéler du rivage par les passagers. Ainsi que” plusieurs autres ‘ati maux;.les pérroquets paraissent avoir des rêves, "car où à eïlténdu ces derniers parler en dormant. 71 dur” 1 Dy
Après le perroquet, les oise | qui sympathisent le. plüs avec l'homme et qui vivent avec lui dans une sôrté de familiarité, sont quelques autres oiseaux pärlcurs, comme pie, le merle, le sansonnét, lé bouvreuil , le sérin, etc. et. d’aures qui né parlent pas, comme le moineau, da potle, le dindon, l’oie, le canard, et même dés oiseauxde proie,
tels que le fauconet la buse, la crécerelle et le hobereaü. + Les oiseaux ont-ils quelque connaissance des saisons et des climats? La di LE avec laquelle ceux*qui. Voyagent serétnissent à à à des « époques mariées, et.se Qraent, après avoir atténdu un vent propice, Vers les pays où ils. doivent se retirer, si e est pas un motif de résoudre cette question par l'affirmative, suggère au Moins quelque doute à ce sujet. Connaissent-ils les heures’ du jour? on peut le penser car plusieurs d’entre eux se trouvent , chaque jour, à des heures AACAPEE SE dans un même lieu, soit ‘pour se reposer et gazouiller ensemble, soit pour $e rafraîchir, et, les, chasseurs, ‘qui n'ignorent, pas ce Fburà des. “heures fixdh, se trouvent à XL espèce de rendez-vous ; 8 ils veulent faire boriné chasse. D ANNE” 4 |
On prétend que a pie: ‘sait compter jusqu'à | 4 Buffon ne le nie pas ; Georges Leroy et Düpont de Nemours ajoutent foi à ce que. les chasseurs racontent à ce sujet. & Si la pie vor entrer un homme dans une.hutte grues au pied de arbre où est sonnid, elle n'entre pas dans son nid qu’ ’elle n'ait vu sottir l'homme de la hutte ; sion à vai la tromper es entrant deux et n’en sortant qu'un ; elle s’en aperçoit et ne entre pas qu’elle n’ait vu sortir le second ; il en est de même bourirofs, pour quatre et même. pour cinq; mais s'il en est éntré Six, ds sixième peut rester sans qu’elle $ en doute: : elle nesait pas comptér jusqu'à six. » Q} 7” +
Ïly à des oiseaux faisant habituellement provision d’aliiñens, et Cachant üne foule d'objets qui ne peuvent leur être d'aucune utilité. Quelques-uns ne réputés curieux, parcé qu'ils x dbamanN nuitois :où st réflète leur image; cétte représentation leur donne, l'idée de la présénce
te (x): Buffon, note ajoutée à sort article Pie, ’
d'un autre individu de leur espèce, et c'est cet- individu qu'ils cherchent en s'approchant du miroir, On en cite plusieurs qui ont une véritable amitié les uns pour les autres : les chardonnerets se “battent, rarement entre eux'et. se font de fréquentes caresses ; leserin, enfermé dans une volière avec d’autres oiseaux, a toujours un ai auquel il donne la becquée, soit parmi les oiseaux de son espèce, soit parmi ceux des espèces voisines ; 1e bouvreuil aime tellement son maître qu il meurt ordinairement s’il le perd; l’agami s’attache à celui qui prend soin de lui; il est jaloux de ses caresses et s’il n’a pas de maitre, il se donne.aux personnes qu'il rencontre: c’est, dit-on , le chien des oiseaux .
Les perroquets ont pour certaines personnes) une très vive amitié; les exemples en sonttellement connus de tout le monde, que je m'abstiendrai d'en rapporter aucun; mais cette amitié n’est pas désintéressée: pour l’entretenir, il faut des soins, des alimens et des friandises. Les oies+sont susceptibles d’un attachement durable : un jars était journellement en lutte avec une autre jars pour la possession de trois femelles , etilétait presque toujours le plus faible; le garcon de basse-cour l'ayant aidé à triompher deson rival, il en conçut une si vive reconnaissance, qu'il suivait partout ce domestique, et que quand il fallut les séparer, le jars en devint tout maigre et mourut de chagrin.
Une amitié réciproque paraît réunir tous les pétrels d’une même troupe, et quand l’un de ces oiseaux vient à mourir, tous les autres donnent, dit-on, des marques non équivoques de regret. Les chasseurs profitent de la connaissance qu’ils ont de l’attachèment que les corbines ou corneilles noires ont les unes pour les autres : on fixe un de ces animaux de manière à ce qu'il ait les pattes en l’air ; il crie, les autres corbines viennent pour la secourir.et cherchent à
DES OISEAUX. 397 la délier ; la prisonnière saisit, av ec ses pattes, la A qui s’est le plus approchée d'elle et ne la lâche plus: c’est une prise pour le chasseur : on en fait autantavec la pie et le geûi. Enfin, il n’est pas , jusqu’à la buse, | qui n'ait témoigné de la reconnaissance et de l'amitié À en échange des soins qu’un homme avait pris d'elle. (1) R 7
L'éducation que l’homme donne au* oiseaux développe donc chez quelques-uns d’entre eux, des qualités qui, sans cela, resteraient ignorées ou n’existeraient pas ; mais la manière dont nous en élevons plusieurs , fait naître en eux des vices étrangers à leur nature : ces vices sont ce que dans l'homme nous appellerions paresse, gourmandise, libertinage ; ils sont le propre des oiseaux de loisir; de la volaille de basse-cour, cette haute classe des oiseaux qui ne fait pas de nid, qui regorge d’alimens sans avoir la peine de les chercher, et qui, au lieu de vivre en pariade , un mâle avec.une femelle, comme vivent les autres oiseaux et comme ils vivraient eux-mêmes à l’état de liberté , Sont bien logés , sont grassement nourris et s’accouplent sans Choix, plusieurs femelles pour un seul mâle. à
Les actions des oiseaux sont donc aussi nombreuses qu'étendues; elles impliquent l'existence des facultés regardées comme primordiales de l'entendement, savoir : la sensation, l'attention, lamémoire, l’imagination, le jugement et jusqu’à un certain point, la volonté qui suppose la liberté. ! ;
La sensation, ou faculté de sentir, est très vive chez les oiseaux ; il est'inutile que je mw’arrête à démontrer cette Yérité, qui ne fait l’objet d’aucun doute. %
L’attention existe aussi, mais à des degrés très différens ;
) 1 : # (rx) Voyez Buffon, art. Les PERROQUETS : (ans cet article on trouve une note fort intéressante rela!ive à une buse que l’on a rendue f:militre,
faible chez les oiseaux stupides, qui ne s’apercoivent pas du danger qui les menace et dont les relations sont très bornées, elle est très vive chez d'autres qui; comme le perroquet, la pie, le sansonnet, etc., etc., écoutent, observent, étudient plusieurs des choses qui se passent autour d'eux.
La mémotre est presque aussi développée chez certains oiseaux que la sensation ; faible chez la mésange, par exemple , qui se laisse souvent prendre au même piège, elle est active chez les oiseaux voyageurs qui se reconnaissent entre eux, qui savent retrouver leur ancien domicile, ete. Mais elle atteint un très haut degré chez les oiseaux chanteurs, et plus encore chez les oiseaux parleurs, en tête desquels se placent la pie et le perroquet.
L'imagination est moins active que les facultés précédentes , chez les oiseaux; il est même un grand nombre de ces animaux qui n’en laissent pas apercevoir de traces, soit qu’elle manque, soit que nous-soyons dépourvus des moyens d’ investigation convenables pour la reconnaître. Elle se montre dans la construction des nids, dans les perfectionnemens que les oiseaux y apportent, dans les ruses auxquelles ils ontrecours pour se procurer de la nourriture et se soustraire à quelques-uns des pièges qu’on leur tend. :
Le jugement dans des choses très simples, et que j'appellerai sensuelles, ne saurait être refusé aux oiseaux, surtout à ceux qui sont éducables, ‘Un gros oiseau ne ya pas se percher. sur une petite branche, la branche casserait, et d'ailleurs l'oiseau n’y reposerait pas convenablement; le canard, Je pinguin aiment mieux vivre: sur l’eau que. rester sur la terre; sans se rendre compte de la raison dynamique, du pourquoi, ils préfèrent l’eau à la terre et‘ la recherchent : la cause de cette préférence est une sorte de jugement. Une buse élevée en domesticité avait fui dans les bois; d’autres
buses l'ayant rencontrée, lui donnèrent la chasse ; elle revint chercher un refuge chez Sôn maitre, que depuis elle n’a plus quitté! Êlle avait jugé quela vie lui serait, Ià, plus douce qu'avec ses pareilles. Le perroquet est jaloux des caresses: de son maître; il ne souffre pas que l'ons embrasse la personne qu'il aimes; il apprécie donc l’action d’embrasser ; il la distingue très bien de celle de frapper : il la juge donc. La volonté, chez les oiseaux , se laisse apercevoir entre la sensation et l’action, et même entre la pensée et l’action. Deux oiseaux voient un aliment’ qui leur convient, et se dirigent vers l'endroit où l'aliment se trouve, pour s en emparer; mais l'un y va directement, brusquement, sans être retenu par aucune considération, et comme en vertu d’une attraction magnétique ; l'autre, cauteleux et rusé, observe, examine , cherche à découvrir si, auprès de l’aliment*qu'il convoite , il ne se trouve pas un piège qui peut le surprendre , et ce n’est qu’ FR avoir tout observé autour de lui, qu'il S’'approche dé l'aliment desiré : le premier à senti, et il a obéi à sa sensation ; le second a senti, jugé et voulu : il a fait ce qu’il a jugé bon, il a exercé un acte de volonté (1). Dans la réserve qu'ils mettent. à cocher, certains oiseaux mâles montrent aussi qu'ils peuvent vouloir s'abstenir et vouloir faire. Tant que. Ja femelle couve , cils restent près d'elle attentifs, empressés, aimans, mais $ 'abstenant de cocher la couveuse et ne cherchant pas une autre femelle; que l'on enlève les œufs ces. mâles recomiméncent à cocher pour réparer Ia HN qu Wils ont faite. Dans le ETES cas , S'ils: se sont Labs-
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(1) Le geail et Ja'pie, d'après une obéervation faite par M. le docteur Desportes, présentent un exemple du contraste dont je parle i icis le geai est glouton ;' ‘qüand il s’agit d’un plaisir sunsuel, il obéit aussitôt; la pie, plus réservée nes ‘approche qu'à “bonnes enseignes, en tournoyant et après avoir fait ses ob servations. |
340 FACULTÉS | Lens x c'est qu'ils ont voulu s'abstenir ; c’est qu'ils ont prèféré un amour moral à une jouissance physique.
Le germe des facultés de l’entendement se rencontre, donc chez les oiseaux, mais le germe seulement, el chose fort importante à à noter ici, parmi ces facultés , celles qui dépendent deYaction des nerfs Sont les plus actives, tandis que les autres, les facultés de réflexion , sont les moins développées. Nous aurons à chercher, plus tard, avec «quelle différence dans le développement comparatif du cerveau et des nerfs, Coincide cette différence dans l'intensité des facultés sensilives et des facultés réflectives.…
Il serait tout-à-fait impossible de rien comprendre à la vie des oiseaux, Si l'on refusait d'admettre en eux l'existénce des facultés intellectuelles dont ils présentent de si incontestables phénomènes. La haine des petits oiseaux et leurs attaques eontre la éhouette péndant le jour, sont si parfaitement motivées, qu'il est superflu d'en rapporter des preuves :Vart de la chasse, l'adresse à saisir une proie dans le moment convenable, cette ruse de voleur qui consiste à attendre qu’ un Oiseau se SOIL gorgéide poisson pour le lui faire rendre et s'en emparer, afin: .de ; S épargner ainsi la’ fatigue de la pêche; : la perfection | apportée dans la construction du domicile; la faculté de reconnaître les autres oiseaux , les hommes es lieux, de savoir les saisons et les heures ; ; les qualités nécessaires pour vivre en société ; conduire , commander, obéir, placér des sentinelles , prévenir d'un danger qui menace, donner des signaux; savoir aimer d'amour ; ressentir la tendresse. d’an pr NS enir au SeCOurs d'un semblable qui est pris. dans un piège et l'en délivrer ; témoigner des regrets, sur un Mort ; entrer en Communauté avec l’homme, “vivre dans sa familiarité, comprendre quelques-unes de ses passions etles partager; tout cela indique, à ne pouvoir s’y méprendre, une
DES OISEAUX. oÛ1 intelligence qui, pour êtré infiniment inférieure à l'intelligence humaine, est cependant de PSE nature que cette: intelligence, dont elle diffère seulement par le degré.
Cependant une barrière ifranchissable retient les Oiseaux dans d’étroités limites, la même qui empêche les abeilles de perfectionner leur race, et qui rend chaque espèce de mammifères, même les plus intelligens , égaux entre eux depuis le commencement des âges historiques (1). L'homme seul, dans Ia création, a dépassé cette barrière, et-rien ne fait pressentir qu'il puisse s'arrêter dans la Voie du progr ès. Ce qu'il observe, il le transmet; et ce que l’ün a découvert devient, pour ceux qui suivent, l’objet de nouvelles découver- Les. Trouve-til au dehors ou puise-t-il en lui-même l'élément qui le, perfectionne ? Habitañt d'un monde: que tant d'êtres vivans, restés stationnaires, habitent avec lui, d'où vient qu'il ne grandit pas seulement ‘comme. individu, mais qu'il oran dit aussi comme nation? La vicudes peuples, comme la vie de l'homme, a son enfance, sa jeunesse et sa virilité ; elle a aussi sa décrépitude; et si elle ne finit pas, C "est qu elle porte avec elle un principe conservateur qui wrionrphe dé la mort. Ce principe , quel est-il? La raison. du progrès de l'homme, celle du progrès social, où Ia chercher ? Cette question est posée FE QU dre léwde du système nerveux doit en
préparer Ja soiulion. » u" n ’ dE, 1
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RÉSUMÉ
Les
1. Les sens de Lay vue et de l’ouie sont tres développés chez les OISEAUX ; l’odorat et le goùt le sont peu; Je toûcher J OsL
moins que,tous les autres. Rue UE er LAN MORE x Ÿ né % 0 Lé % 1 4 à
(x) I n’y a d'exception que pétir les animaux dont Lhorume à mi sin-çl
qu'il a PER EE par l'éducation. és - ut
2. Les habitudes nocturnes de certains oiseaux dépendent de la manière dont ils ont l'organe de la vue conformé.
3. Quelques oiseaux se nourrissent exclusivement de mammifères et d'oiseaux VIVANS ; LR
D'autres, dé poissons et de reptiles également vivans.
Beaucoup mangent des chairs mortes ;
Le plus grand nombre vit d'insectes et de végétaux.
h. Beaucoup d'oiseaux font des voyages périodiques, dans le double but dé changer de climat et de se procurer la nourriture qui leur ést nécessaire.
9. “Les oiseaux sont domiciliés; ils. vivent en famille ; 5 quelques-uns se réunissent en ut et voyagent de concert; ils ont une sorte de discipline, un ‘chef, des sentinelles.
6. nil y a très peu d'oiseaux muets ; ; les autres ont un langage à l'aide duquel ils se > communiquent leurs Pen et leurs idées. , ‘le