BES OISEAUX. S
rattredes êtres qui marchent sur leurs pieds et qui s'agitent à-peu-près de la même manière. » (i)
Il en est de même pour nous , à l'égard des nids et même à l'égard de beaucoup d'oiseaux, parce que nous n'avons pas observé les uns et les autres avec assez d'attention.
Dupont de Nemours (i) dit avoir étudié le langage des corbeaux et le chant du rossignol. Le langage du corbeau, pour nous si monotone et si uniforme , lui a paru composé de vingt-cinq mots, très rapprochés les uns des autres, mais non pas semblables. Il a consacré à celte élude deux hivers; les corbeaux se laissaient approcher de lui , parce qu'il n'avait pas de ftasil , mais seulement un petit livre blanc sur lequel il notait. les mots qu'il entendait.
Comment s'y prendre pour connaître la signification de ces mots? comment croire seulement qu'ils aient une signification? a £n observant soigneusement les animaux, répond l'observateur que je viens de citer, en remarquant que ceux qui profèrent des sons, y attachent eux-mêmes et entre eux , une signification , et que des cris originairement arrachés par des passions, puis recommencés en pareille circonstance, sont, par un mélange de la nature et de l'habitude , devenue l'expression constante des passions qui les ont fait nattre. »
La langue des oiseaux une fois admise, comment, sans die* lionnaire, pouvonsHaous l'apprendre? Dupont de Nemours eu indique le moyen, qui e^t le même que celui dont nous nous servons, dit-il, pour apprendre la langue des peuples sauvages. « C'est en écoutant le son, nous le gravant dans la mémoire, le reconnaissant lorsqu'il est répété , le discernant de ceux qui
(i) Op,cU,, p. tu.
(a) Op. cit,i ji. 177.
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ont avec lui quelque rapport sans être exactement les mêmes, récrivant quand il est constaté, et, àToccasion de chaque son, observant la chose avec laquelle il coïncide et le geste dont il est accompagné. » En suivant cette voie, la seule, en effet, qui puisse servir de guide en pareil cas, Dupont de Nemours dit avoir compris la signification du chant du rossignol mâle perché auprès de sa femelle , pendant qu'elle couve ses œufs ; il a donné ce chant en français ; mais, malgré tout ce qu'il y a de fondé et de juste dans le raisonnement du traducteur, j'avoue que je ne crois pas du tout à la fidélité de sa traduction.
Les jeunes oiseaux sontmoins prudens que les vieux; les oiseaux qui ne connaissent pas l'homme se laissent tous approcher de lui sans aucune crainte : dès qu'ils le connaissent, les habiles s'en vont, les stupides restent, et tant qu'il y en a de ces derniers, on peut les tuer à coup de bâton. Il existe, sous ce rapport, un grand contraste entre les perroquets et les pinguins. D'abord , l'homme a pu s'approcher des uns et des autres; mais l'expérience a profité aux perroquets, qui ont appris à connaître l'homme \ les pinguins n'ont rien appris; on peut les abattre, et ils ne bougent pas, quoiqu'ils voient leurs pareils tomber à côté d'eux. Quelques passe^ reaux qui viennent de la campagne à la ville, se comportent de manière à nous faire voir que l'expérience leur a servi. Dans les champs , ils ne se laissent pas approcher ; à la yllie, ils restent non «seulement à portée de fusil, mais presque à portée du bâton. Le corbeau, si craintif, si défiant, et qui se sauve de si loin, quand il voit un chassemr armé de son fusil et qu'il se trouve dans les champs, ne craint plus ni le fusil, ni la poudre quand il est à la ville. Pourquoi cela? C'est parce que dans la ville les fusils n'ont jamais fait de mal à aucun des siens, et que dans la campagne il a eu souvent à s*en garantir.
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Les oiseaux sont instruits par ce qui les entoure, par les pièges qu'on leur tend, et acquièrent, avec Tàge, un certain degré de prudence. Mais y sous ce rapport , il y a encore une grande différence entre les espèces et même entre les individus. Généralement, les oiseaux qui se nourrissent de proie, sont plus cauteleux, plus réservés que les autres. Vivant euxmêmes de chasse, ils connaissent assez bien les ruses des chasseurs et savent s'en garantir. Pourtant, la buse, qui est un oiseau de proie a été donnée comme le type de la stupidité ; elle est en effet, inférieure en intelligence à la plupart des oiseaux et, principalement quand il fait froid, elle reste des heures entières dans la même attitude ^ sans paraître animée par aucun instinct. Mais il faut remarquer que la buse se nourrit de chair morte^ et de petits oiseaux sans défense qu'elle va prendre dans les nids » de telle façon qu'elle n'est pas réellement un oiseau de chasse. Les oiseaux nocturnes sont aussi très stupides, et je tiens de M. Florent Prévost | très habile ornithologiste, que ces oiseaux adroits et rusés quand il s'agit de s'emparer de leur proie, ne savent pas échapper aux pièges qu'on leur tend s ils sont si stupides que s'ils voient venir quelqu'un à eux , ils cachent leur tête derrière une branche d'arbre , croyant que cela suffit pour ne pas être vu. Buffon cite le sagopède comme un oiseau qui serait encore plus stopide que les précédens; il suffit pour prendre un sagopède de lui présenter du pain , ou même de faire tourner un chapeau devant lui : on l'arrête avec une simple rangée de pierres allignées qu'il n'ose franchir , et on le dirige ainsi vers les pièges qu'on lui a préparés. Parmi les oiseaux insectivores et granivores, il en est d'assez intetligens et qui pourtant donnent dans tous les pièges. M . Louis Sénéchal conservait dans un laboratoire du jardin des plantes, des rougesrgorges et des mésanges, il les lâchait et les reprenait au même piège, sans que l'expé-
rience du passé leur servit de rien ; il a fait la même épreuve avec des moineaux , mais avec un résultat tout opposé ; les moineaux ne s'exposaient pas à être pris une seconde fois de la même manière.
Les oiseaux, et en particulier les oiseaux chanteurs, écoutent tous les bruits qui sont à leur portée. Les palmipèdes eux-mêmes qui, au lieu de chant, n*ont jamais que des cris plus ou moins rauques, fontentendre un cri de frayeur dès qu'ils sont surpris par quelque chose M'insolile ; aussi regarde-t-on quelquesuns d*entre eux , les oies , par exemple , comme des gardiens ou plutôt comme des sentinelles préférables à des chiens*, parce que, éveillés les uns ou les autres par le moindre bruit, on peut quelquefois empêcher les chiens de japper, en leur donnant à manger, tandis que les oies n'en crient que pins fort. Les oiseaux chanteurs imitent le chant les uns des autres , quelquefois servilement , le plus souvent en y mêlant des phrases improvisées et transmettent quelquefois, par rééducation , à toute leur famille , ces chants qu'ils ont appris.
Cest surtout dans leurs rapports avec l'homme , que les oiseaux se montrent attentifs et capables de progrès ; ils regardent, écoutent, observent, répètent (i), obéissent ou refusent et partagent ou contrarient nos passions et nos idées, toutefois dans ces limites assez bornées au-delà desquelles ils ne peuvent plus nous suivre. Les premiers sous ce rapport , ceux qui ont le plus de ressemblance avec l'homme, sont sans contredit les perroquets. Ce sont, de tous les oiseaux, ceux qui apprennent le plus facilement à parler , qui retiennent le mieux ce qu'ils ont appris, qui pai*aissent attacher quelque sens aux mots qu'ils disent, et qui ont le plus de senti meus
(i) Rbodiginua cité par BuffoD, parle d'un perro<{uel ceadré qui récitait correctement le Symboie dts aftétres,
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OU de passions analogues aux nôtres. Enlre Téiat physique d'un perroquet et celui dW enfant capricieux et taquin j il y a une très grande analogie* Je prends pour exemple un fait que le révérend père Bougot, gardien des capucins de Sémur, et qui a fait pendant long-temps son plaisir de Téducation des perroquets , rapportait à Buffon (1). a Le crik à téie et à gorge jannesy se montre très capable d'attachement pour son maître ; il Taime , mais à condition d'en être souvent caressé. II semble étre>iâchési on le néglige, et vindicatif si on le chagrine; il a des accès de désobéissance ; il mord dans ses caprices et rit avec éclat après avoir mordu , comme pour s'applaudir de sa méchanceté. Les chàtimens ou la rigueur des traitemens ne font que le révolter , l'endurcir et le rendre plus opiniâtre ; on ne le ramène que par. la douceur. L'envie de dépecer , le besoin de ronger , en font un oiseau destructeur de tout ce qui l'environne; il coupe les étoffes des meubles, entame le bois des chaises, déchire le papier et les plumes, etc. Si on l'Ate d'un endroit , l'instinct de contradiction l'instant d'après l'y ramène. Il rachète ces défauts par des agrémens ; il retient aisément tout ce qu'on veut lui faire dire ;^mais la cage Tat* triste et le rend muet, il ne parle bien qu'en liberté.
CL Dans ses jours de gatté, il est affectueux, reçoit et rend des caresses, écoute et obéit; mais un caprice interrompt souvent cette belle humeur. Il aime les enfans , et en cela , il diffère du naturel des autres perroquets ; il en affectionne quelques-uns de préférence , ceux-là ont le droit de le prendre et de le transporter impunément , il les caresse et si quelque grande personne le touche , en ce moment , il la mord très serré. Lorsque les enfans qu'il aime le quittent, il s'afflige, les suit et les rappelle à haute voix.D
(f) op. cit., Crik à tè(e et à gorge jaunes.
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L'antipathie que les perroquets ont pour les eftlkne parait avoir peur cause la jaloasie. Les perroquets aiment à être caressés et ils ne veulent pas que les personnes pour lesquelles ils ont de Taffection , fassent des caresses à qui que ce soit. C'est là un fait trop connu pour qu'il soit nécessaire d'en citer des exemples.
L'antipathie de ces oiseaux pour d'autres personnes n^est pas également motivée : Il leur arrive de prendre en haine quelqu'un dont ils n'ont Jamais eu à se plaindre, qu'ils n'ont même jamais vu , et lui font, avec opiniâtreté , tout le mal qu'ils peuvent. Un perroquet avait de l'aversion pour un jeune garçon qui n'avait eu que de bons procédés envers laî$ il atlaft, si le jeune garçon était absent, l'attendre à sa poitê quelquefois pendant des heures entières, pour lui mordre les jambes quand il rentrerait. On entoura mi jour les jambes de l'enfant avec du carton. Le perroquet s'approcha, lotirna tout autour, chercha à mordre, et voyant qu'il n'y pouvait pas réussir, il tonma le dos et s'en alla comme eût feit un enfant boudeur. Le jaco ou perroquet cendré est si attentif^ qu'il retient des paroles sans qu'on ait pris la peine de les lui apprendre. On cite un perroquet de Henri ¥111 qui, étant tombé dans l'eau, aurait appelé des bateliers à son secours, de la même manière qu'il les avait entendus appeler ihi rivage par les passagers. Ainsi que plusieurs antres allf«* maux, les perroquets paraissent avoir des rêves, car on II entendu ces derniers parler en dormant.
Après le perroquet , les oiseaux qui sympathisent le phis avec l'homme et qui vivent avec lui dans une sorte de tuai*lîarîté, sont quelques autres oiseaux parleurs, comme la pie, le merle, le sansonnet, le bouvreuil , le serin, etc. , et d'av^ très qui ne parlent pas, comme le moineau, la poule, le dindon, l'oie, le canard , et même des oiseaux de proie ,
BIS oniAVx. tu
tels que le fantcn et la buse, la créeetelk elle hobereau.
Les oisea«x ont-ils quelque couMissance des saisons f t des oliniats? La régularité avec laquelle ceux qui voyageai se réunissent à des époques marquées, et se dirigent, après avoii* attendu un vent (Propice, vers les pays où ils doivent se retirer, si elle n'est pas un motif de résoudre cette que&-^ lion par raffirmative , suggère au moins quelque doute k ee sujet. Connaissent-ils les heures du jour? on peut le penser car plusieurs d'entre eux se trouvent , chaque jour , à des heures déterminées, dans un même lieu, soit pour se reposer et gazouiller ensemble, soit pouF se rafraîchir, et les Gha&» seurs, qui n'ignorent pas ce retour à des heures fixes m trouvent à cette espèce de rendesHTons , s'ils veulent faire bonne chasse.
On prétend que la pie sait compter jusqu'à cinq ; Buffon sa le nie pas ; Georges Leroy et Dupont de Nemours i^outeAI foi à ce que les chasseurs racontent à ce sujet. <t Si la pie voit entrer un homme dans une butte construite au pied de l'arbre où est son nid, elle n'entre pas dans son nid qu'elle n'ait vu sortir l'homme de la hutte ; si on a voulu la trompet en y ^trant deux et n'en sortant qu'un ^ elle s'en aperçoit et n'entre pas qu'elle n'ait vu sortir le second j il en est de mérat pour trois, pour quatre et mémo pour cinq ; mais s'il en oft entré six, le sixième peut rester sans qu'elle s'e» doute t elle ne sait pas compter jusqu'à six. n (1) * Il y a des oiseaux faisant habituellement provision d'ali«< mens, eteaehant une foule d'ob}els qui ne peuvent leur étra d'aucune utilité. Qnelques^ns sont réputés curieux, parce qu'Us viennent s'abattre sur un mirofar où se reflète lent image; cette représentatti» leur donne Tidée de la présenon
(t> nuftoQ, DMe ivfttté* À s«i| «nide PU.
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d'un autre individu de leur espèce, et c'est cet individu qu'ils cherchent en s'approchant du miroir. On en cite plusieurs qui ont une véritable amitié les uns pour les autres : les chardonnerets se battent rarement entre eux et se font de fréquentes caresses; le serin, enfeirmé dans une volière avec d'autres oiseaux, a toigours un ami auquel il donne la becquée, soit parmi les oiseaux de son espèce , soit parmi ceux des espèces voisines $ le bouvreuil aime tellement son mattre qu'il meurt ordinairement s'il le perd ; l'agami s'attache à celui qui prend soin de lui ; il est jaloux de ses cares** ses et s'il n'a pas de mattre , il se donne aux personnes qu'il rencontre : c'est , dit-on , le chien des oiseaux.
Les perroquets ont pour certaines personnes une très vive amitié; lesexemplesen sont tellement connus de tout lemonde, que je m'abstiendrai d'en rapporter aucun; mais cette amitié n'est pas désintéressée: pour l'entretenir, il faut des soins, de& alimens et des friandises. Les oies sont susceptibles d'un attachement durable : un jars était journellement en lutte avec une autre jars pour la possession de trois femelles , ei il émit presque toujours le plus faible; le garçon de basse-cour l'ayant aidé à triompher de son rival, il en conçut une si vive reconnaissance, qu'il suivait partout ce domestique, et que quand il fallut les séparer, le jars en devint tout maigre et mourut de chagrin.
Une amitié réciproque parait réimir tous les pétrels d'une même troupe, et quand l'un de ces oiseaux vient à mourir , tous les autres donnent , dit-on , des marques non équivoques de regret. Les chasseurs profitent de la cou-' naissance qu'ils ont de l'attachement que les corbines ou corneilles noires ont les unes pour les autres : on fixe un de ces animaux de manière à ce qu'il ait les pattes en l'air ; il crie , les autres corbines viennent pour la secourir et ch^x^hent à
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la délier ; la prisonnière saisit, avec ses pâlies, la corbine qui s'est le plus approchée d'elle et ne la lâche plus: c'est une prise pour le chasseur : on en fait autantavec la pie et le geai. £n6n , il n'est pas , jusqu'à la buse, qui n'ait témoigné de la reconnaissance et de Tamilié , en échange des soins qu'un homme avait pris d'elle. (1)
L'éducation que l'homme donne aux oiseaux développe donc chez quelques-uns d'entre eux, des qualités qui, sans cela, resteraient ignorées ou n'existeraient pas ; mais la manière dont nous en élevons plusieurs , fait naître en eux des vices étrangers à leur nature : ces vices sont ce que dans l'homme nous appellerions paresse, gourmandise, libertinage ; ils sont le propre des oiseaux de loisir ; de la volaille de basse-cour, cette haute classe des oiseaux qui ne fait pas de nid, qui regorge d'alimens sans avoir la peine de les cher* cher, et qui, au lieu de vivre en pariade, un mâle avec une femelle , comme vivent les autres oiseaux et comme ils vivraient eux-mêmes à l'état de liberté, sont bien logés , sont grassement nourris et s'accouplent sans choix, plusieurs femelles pour un seul m&Ie.
Les actions des oiseaux sont donc aussi nombreuses qu'étendues ; elles Impliquent l'existence des facultés regardées comme primordiales de l'entendement, savoir : la sensation , l'attention, la mémoire, l'imagination, le jugement et jusqu'à un certain point, la volonté qui suppose la liberté.
La sensaHon , ou faculté de sentir , est très vive chez les oiseaux ; il est inutile que je m'arrête à démontrer cette vé-> rite, qui ne fait l'objet d'aucun doute .
Vaiieniion existe aussi , mais à des degrés très différens ;
(i) Voyez Biiffon , art. Lis Pkiboqvkts : dan» cet article on trouve une note fort intéressunte relative à une buse que Ton a rendue familière.
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taAble chez les oiseau stupides, qui ne s'apérçoiTent pas da danger qui les menace et dont les relations sont très bornées, elle est très vive chez d'antres qui , comme le perroquet , la pie, le sanâonnet, etc., etc. , écoutent, observent, étudient plusieurs des choses qui se passent autour d'eux.
La mémoire est presque aussi développée c&ez certains oiseaux qtie la sensation ; faible chez la mésange , par exempie , qui se laisse souvent prendre au même piège , elle est active chez les oiseaux voyageurs qui se reconnaissent entre èui , qiii savent retrouver leur ancien domicile , etc. Mais elle atteint un très haut degré chez les oiseaux chanteurs, et plus encore chez les oiseaux parleurs , en tête desquels se pTacent la pie et le perroquet.
Vimagtnatton est moins active que les facultés précédentes , chez les oiseaux; il est même un grand nombre de des animaux qui n'en laissent pas apercevoir de traces, soit qu^elïe manque, soit que nous soyons dépourvus des moyens d^nvestigation convenables pour la reconnaître. Elle se montre dans la construction des nids , dans les perfectionnemens que les oiseaux y apportent, dans les ruses auxquelles ils ont recours pour se procurer de la nourriture et se soustraire à quelques-uns des pièges qu'on Teur tend.
Le jugement dans des choses très simples, et que j'appellerai sensuelles, ne saurait être refusé aux oiseaux, surtout i ceux qui sont éducables. Un gros oiseau ne va pas se percher sur une petite branche , la branche casserait, et d'ailleurs l'oiseau n'y reposerait pas convenablement; le canard, le pinguin aiment mieux vivrej sur l'eau que rester sur la terre; sans se rendre compte de la raison dynamique, du pourquoi , ils préfèrent l'eau à la terre et la recherchent : la cMse de cette préférence est une sorte de jugement. Uie buse élevée en domesticité avait fui dans les bois; d'autres
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buses rayant rencontrée, lui donnèrent la diasse ; elle retint chercher on refkige chez son maître , que depuis elle n^a plnft quitté. Elle avait jugé que la vie lui serait, là, plus douce qu'avec ses pareilles. Le perroquet est jaloux des caressés de son maître; il ne souffre pas que Ton embrasse la per>^ sonne qu'il aime*, il apprécie donc l'action d'embrasser; tl la distingue très bien de celle de frapper : il la juge donc.
La volonté, chez les oiseaux , se laisse apercevoir entre Ta sensation et l'action, et même entre la pensée et l'action. Deut oiseaux voient un aliment qui leur convient, et se dirigent vers l'endroit où l'aliment se trouve, pour s'en emparer; ntafs l'un y va directement , brusquement , sans être retenu par aucune considération, et comme en vertu dtine attraction magnétique; l'auure , cauteleux et rusé , observe, examine, cherche à découvrir si , auprès de l'aliment qu'il convoite ) il ae se nrouve pas un piège qui peut le surprendre , et ce n'est qu'après avoir tout observé autour ^ lui , qu'il s'ap-<proche de l'aliment désiré : le premier a sentf , et il a obéi à sa sensation ; le second a senti , jugé et voulu : il a fait ce qu'il a jugé bon ^ il a exercé un acte de volonté (1). Dans la réserve qu'ils mettent à cocher, certains oiseaux mâles montrent aussi qu*ils peuvent vouloir s'abstenir et voidoir ftiire. Tant que la femelle couve , ils restent près d'elle attentih , empressés, aimans, mais s'abstenant de cocher la convetfse 6t ne cherchant pas une autre femelle; que Voh enlève lies eeufs , ces mâles recommencent à cocher pour réparer la perte qu'ils ont Akite-. Dans le premier cas , s'ils se sont aba^
^i) le geài| et la pîè, é^après une observation fUte par Bt. le doeleur De»-' pwteBy ptcM&leiit un exemple ^lueontnulB dont je parie ici :4e geelelt^M^ ton; quand il s'agit d'un plaisir sensuel, il obéit anasit^; h pie, pins réseniNl. ne s'approche qu*à bonnes enseignes, en tournoyant et après avoir hii ses ob*
servations.
ZUO FACULTÉS
tenus, c^est qu'ils ont voulu s'absipnir ; cVst qu'ik oBt pitV féré un amour moral à une jouissance physique.
Le germe des facultés de Tentendement se rencontre donc chez les oiseaux , mais le germe seulement , et chose fort importante à noter ici, parmi ces facultés y celles qui dépendent de Taction des nerfs sont les plus actives , tandis que les au* très , les facultés de réflexion , sont les moins développées. Nous aurons à chercher, plus tard, avec quelle différence dans le développement comparatif du cerveau et des nerfs, coïncide cette différence dans Tintensité des facultés sensiiives et des facultés réflectives.
Il serait tout-à-fait impossible de rien comprendre à ta vie des oiseaux, si Ton refusait d'admcure en eux Fexistence des facultés intellectuelles dont ils présentent de si incontestables phénomènes. La haine des petits oiseaux et leurs attaques contre la chouette pendant le jour, sont si parfaitement motivées, qu*il est sij^erflu d*en rapporter des preuves : l'art de la chasse, l'adresse à saisir une proie dans le moment convenable, cette ruse de voleur qui consiste à attendre qu'un oiseau se soit gorgé de poisson pour le lui faire rendre et s'en emparer, alin de s'épargner ainsi la fatigue de la pèche; la perfection apportée dans la construction du domicile ; la faculté de reconnaître les autres oiseaux, les hommes, les lieux, de savoir les saisons et les heures ; les qualités nécessaires pour vivre en société , conduire , commander , obéir ,' placer des sentinelles , prévenir d'un danger qui menace , donner des signaux ; savoir aimer d'amour , ressentir la tendresse d'un ami; venir au secours d'im semblable qui est pris dans un piège et l'en délivrer; témoigner des regrets sur un mort; entrer en communauté avec l'homme , vivre dans sa familiarité, comprendre quelques-unes de ses passions et les partager; tout cela indique, à ne pouvoir s'y méprendre, une
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intelligence qui , pour être infiniment inférieure à l'inteUigence humaine y est cependant de même nature que cette intelligence, dont elle diffère seulement par le degré.
Cependant une barrière infranchissable retient les oiseaux dans d'étroites limites , la même qui empêche les abeilles de perfectionner leur race y et qui rend chaque espèce de mammifères, même les plus inielligens, égaux entre eux depuis le commencement des âges historiques (i). L'homme seul, dans la création, a dépassé cette bamère, et rien ne fait pressentir qu'il puisse s'arrêter dans la voie du progrès. Ce qu'il observe, il le transmet; et ce que l'un a découvert devient , pour ceux qui suivent, l'objet de nouvelles découvertes. Trouve-t-il au dehors ou puise-t-il en lui-même l'élément qui le perfectionne? Habitant d'un monde que tant d'êtres vivans, restés stationnaires, habitent avec lui, d'où vient qu'il ne grandit pas seulement comme individu, mais qu'il grandit aussi comme nation ? La vie des peuples, comme la vie de l'homme, a son enfance, sa jeunesse et sa virilité ; elle a aussi sa décrépitude; et si elle ne finit pas, c'est qu'elle porte avec elle un principe conservateur qui triomphe de la mort. Ce principe, quel est-il? La raison du progrès de l'homme, celle du progrès social , cil la chercher? Cette question est posée depuis long-temps : l'élude du système nerveux doit eu préparer la solution.
RÉSUMÉ
1. Les sens de la vue et de l'ouïe sout très dcveioppés chez les oiseaux ; l'odorat et le goût le sont peu ; le toucher lest moins que tous les autres.
(r) ft n'y a d*extX!|)tion ({iie |)Oiii* \vs uuiiiiaux duul i'boiume a [uis sojii et <|u'il a |K!rfectionaés par réducattoo.
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2. Les habitude» nocturnes de certains oiseaux dépendent de la manière dont ils ont l'organe de la vue conformé.
3. Quelques oiseaux se nourrissent exclusivement de mammifères et d'oiseaux vivans j
D'autres, de poissons et de reptiles également viyans.
Beaucoup mangent des cbairs mortes i
Le plus grand nombre vit d'insectes et de végétaux.
&. beaucoup d'oiseaux font des voyages périodiques, da^s le double but de changer de climat et de se procurer la nourriture qui leur est nécessaire.
$. Les oiseaux sont domiciliés; ils vivent en famille } quelques-uns se réunissent ea troupe et voyagent de concert; ils ont une sorte de discipline, un chef, des sentinelles.
6. U y a très peu d'oiseaux muets i les autres ont un langage à l'aide duquel ils se communiquent leurs sentimens et leurs idées.