LOCALISATIONS CÉRÉBRALES
renferment de la moelle, au moins la plupart d'entre elles ; ce n'est •que dans le voisinage des masses grises des ganglions cérébraux et
plus bas, le centre pour le mouvement des lèvres (5) ; enfin tout à Tait en bas (en 1) le centre des mouvements de la langue (c'est le lieu où siège la faculté du langage : partie postérieure de la troisième circonvolution frontale).
On sait qu'il est de règle en physiologie expérimentale, pour étudier les fonctions •d'une partie, d'observer non-seulement les résultats de son excitation, mais encore ceux de sa destruction. Garville et Duret ont entrepris, pour les centres désignés par Fritsch, Hitzig et Ferrier, ce second ordre de recherches; ils ont enlevé, -à l'aide d'une curette, la substance grise dans les lieux désignés (chez le chien ou le chat) comme centres, et, à la suite de ces ablations, ils ont observé des paralysies limitées à des groupes de muscles particuliers.
Nous avons vu que les expériences sur le singe permettaient jusqu'à un certain point de déterminer la situation probable chez l'homme des centres appelés moteurs (psycho-moteurs) par Fritsch, Hitzig et Ferrier. C'est ainsi que les pathologistes ont été amenés à rechercher si, dans les cas de convulsions partielles avec lésions localisées des hémisphères, il n'y aurait pas concordance entre le siège de ces lésions et le lieu indiqué par les expériences précédentes comme centre moteur correspondant aux troubles de mouvement observés. Gharcot, qui a poussé activement les recherches dans cette voie, a reconnu que dans ces cas les lésions siégeaient toujours dans les parties antérieures du cerveau; que les convulsions débutant par le membre supérieur se rapportaient à des lésions de l'extrémité supérieure et postérieure de la première circonvolution frontale, au voisinage de la frontale ascendante ; que dans plusieurs cas d'épilepsie partielle débutant par la face, la lésion cérébrale occupait la partie moyenne de la circonvolution frontale ascendante; qu'en un mot, la pathologie, sans autoriser encore des localisations «précises et détaillées, permet de cantonner dans le voisinage du sillon de Rolando les circonscriptions corticales dont les lésions produisent les convulsions partielles ou générales du corps et des membres. Tout récemment, Landouzy, frappé des •convulsions partielles, des contractures localisées qui accompagnent les méningoencéphalites fronto-pariétales, a cherché à établir, par nombre d'observations cliniques et de nécropsies, que ces phénomènes seraient dus à l'excitation des centres corticaux du cerveau. Cette excitation serait produite par des modifications de la <;irculation. Si les paralysies, dit-il, présentent une physionomie analogue, c'est- À-dire une localisation dans tel ou tel membre, dans le domaine de tel ou tel nerf moteur, c'est que le maximum des altérations anatomiques de la méningite tuberculeuse siège dans la circonscription de l'artère sylvienne, au niveau du lobe fronto-pariétal, c'est-à-dire intéresse les centres moteurs groupés dans cette région.
Tels sont les faits cliniques et expérimentaux invoqués en faveur de localisations autres que celle, aujourd'hui si bien établie, de la faculté du langage articulé (Broca). Mais il s'en faut de beaucoup que tous les physiologistes et tous les ■cliniciens considèrent ces faits comme démonstratifs ; nous allons donc passer rapidement en revue les objections faites à la théorie des localisations.
Brown-Séquard est un de ceux qui se sont montrés les plus hostiles à cette théorie. Il s'est principalement appliqué à opposer aux faits cliniques sus-énoncés des faits cliniques qui parlent en sens inverse. Dans une série de communications à la Société de biolpgie (1876), il a développé, avec de nombreux exemples à l'appui, cette thèse que, quand il s'agit d'une lésion du cerveau, il n'y a pas de symptôme qui ne puisse être observé, en quelque endroit du cerveau que siège la lésion ; que les lésions les plus considérables peuvent ne donner lieu qu'à des phénomènes à peine appréciables. Brown-Séquard a communiqué, en effet, l'observation d'un cas où il avait trouvé à l'autopsie tout un lobe cérébral entièrement détruit, et n'avait cependant pas constaté pendant la vie d'autres manifestations qu'une amaurose et quelques douleurs de tête. Toutes les fonctions dépendant du cerveau pourraient donc persister, dit Brown-Séquard, malgré la destruction complète d'un lobe cérébral entier; il serait donc impossible d'admettre des centres parfaitement localisés, c'est-à-dire répartis dans une portion bien limitée de l'encéphale; au con-
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de récorce grise que Ton rencontre quelques fibres dépourvues de raoelle. On ne voit ni disposition en réseau, ni division des fibres;
traire, Brown-Séquard pense que les cellules cérébrales servant à une môme fonction sont disséminées dans les diverses parties de l'encéphale et reliées entre elles par un enchaînement insaisissable (Société de biologie, 27 novembre 1875). On trouvera les idées de Brown-Séquard exposées avec tous leurs développements dans la thèse de son élève E. Dupuy (Paris, 1873). — Nous croyons que l'opinion du célèbre physiologiste a quelque chose d'exagéré : les parties que la physiologie expérimentale et l'observation clinique font désigner aujourd'hui sous le nom de zones motrices sont très-peu étendues; elles ne comprennent guère que la substance grise immédiatement voisine du sillon de Rolande ; partout ailleurs des lésions trèsétendues des circonvolutions des hémisphères peuvent, on le sait depuis longtemps, ne s'accompagner d'aucun symptôme du côté de la motricité {voy, le mémoire de Charcot et Pitres.— Revue mensuelle de médecine et de chirurgie, 1877).
Les objections de Brown-Séquard visent surtout les faits cliniques ; les faits expérimentaux ne sont pas moins susceptibles de diverses interprétations. C'est Texcitation électrique qui donne des résultats dans les expériences instituées selon le procédé de Fritsch, Hitzig et Ferrier. Or, on sait combien il est difQcile de hmiter l'action des courants électriques aux parties sur lesquelles sont appliqués les électrodes ; ne peut-il pas se faire que dans ces expériences, par le fait de courants dérivés, l'excitation électrique n'exerce pas réellement son action sur la substance grise cérébrale, mais aille, à travers cette substance grise, exciter les fibres blanches sous-jacentes?Il nous paraît certain qu'en réalité les choses se passent ainsi. En effet, si l'on détruit par le fer rouge une partie de l'écorce grise désignée comme centre de certains mouvements, on obtient ces mêmes mouvements en appliquant les électrodes sur l'eschare ainsi produite, c'est-à-dire en excitant les fibres blanches sous-jacentes. Cette expérience, due à Carville et Duret, démontre que l'intégrité de la substance grise corticale n'est pas la condition nécessaire de la production expérimentale des mouvements localisés ; elle permet de croire que, dans les expériences par excitation électrique, ce sont les fibres blanches sous-jacentes aux prétendus centres corticaux qui sont excitées, mais elle ne renverse pas la doctrine des localisations motrices ; à la formule d'abord adoptée elle substitue celle-ci : au-dessous de certaines parties de l'écorce cérébrale se trouvent des faisceaux blancs assez nettement circonscrits, dont l'excitation provoque des mouvements localisés dans telle partie du corps, dans tel groupe de muscles.
Ramenée à cette formule, la théorie des localisations nous paraît parfaitement établie. Mais du moment qu'on admet des faisceaux blancs sous-jacents à la substance grise et formant les conducteurs spéciaux de certains mouvements, on peut se croire autorisé à considérer comme origines, comme centres de ces faisceaux, la partie de substance grise immédiatement superposée. Cette induction, qui ramène aux localisations corticales, n'est pas légitime, ainsi que le démontre l'étude des effets immédiats et ultérieurs produits par l'ablation d'un de ces prétendus centres corticaux moteurs. En efl'et, si, après avoir déterminé, au moyen de l'électricité, chez un chien, le centre des mouvements de la patte antérieure, on enlève^ comme l'ont fait Carville et Duret, ce centre cortical avec une curette, on observe une paralysie des mouvements volontaires dans les muscles dont la contraction était précédemment produite par l'excitation électrique appliquée sur la région en question ; mais cette paralysie guérit au bout de peu de jours. En présence de ce fait, nous ne voyons que deux interprétations possibles : ou bien la lésion produite par l'ablation de la substance gHse a compromis momentanément le lonctionnement du faisceau blanc sous-jacent, qui est un conducteur dans lequel se localisent spécialement certains actes moteurs ; ou bien l'ablation de substance grise a réellement détruit un centre cortical moteur, dont la fonction a été suppléée par le fonctionnement plus énergique du centre correspondant dans l'hémisphère opposé; il y a eu suppléance. Or cette dernière interprétation n'est pas admissible, en présence des résultats suivants : si, après guérison de la paralysie produite par l'ablation d'un centre cortical du côté droit, on enlève le centre cortical homologue du côté gauche, la paralysie se produit de nouveau, mais elle guérit aussi dans un
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nous avons dit précédemment quelle était la direction de ces fibres. Jusque dans ces derniers temps on n'en avait pas reconnu Tagen-
temps relativement court; si alors les mouvements reparaissent malgré l'ablation bilatérale de leurs prétendus centres corticaux, il n*y a plus lieu d'admettre l'existence réelle de ces centres. Les vivisections de Garville et Duret nous paraissent très-explicites à ce sujet; d'autres physiologistes en ont publié de non moins probantes. Ainsi Rouget a publié le fait suivant : sur un chat qui avait subi la destruction du centre des pattes antérieures, suivie de paralysie partielle de la patte du côté opposé, après le retour complet de ce membre à l'état normal, l'extirpation du centre des pattes antérieures du côté sain ne fut suivie que de troubles trèslégers et peu persistants dans les mouvements des membres antérieurs, bien que les deux centres mot&urs des pattes antérieures fussent alors détruits dans l'écorce cérébrale, des deux côtés à la fois.
Si dans ce cas on admet que les centres détruits bilatéralement ont été suppléés par des parties voisines de Técorce grise des hémisphères, c'est-à-dire qu'un centre peut être remplacé, dans sa fonction, par une autre partie de l'écorce du môme hémisphère, on émet une hypothèse qui n'est autre chose que la négation môme des localisations corticales.
Nous arrivons donc, en définitive, à ne pas trouver dans les faits expérimentaux et cliniques des preuves suffisantes de localisations motrices dans la substance grise corticale: ce résultat n'est nullement en contradiction avec le fait qu'une localisation corticale très-précise, celle de la faculté du langage, est aujourd'hui parfaitement établie et admise par tous : dans le cas du langage,il s'agit de la localisation d'une faculté intellectuelle complexe, d'un centre coordinateur ; dans les cas de localisations motrices corticales, il s'agirait purement et simplement de centres moteurs. Or les mouvements du membre antérieur ou postérieur, ceux de la face, des yeux, ont pour origine des phénomènes psychiques complexes, ayant eux-mêmes leur point de départ dans les impressions apportées par les divers organes des sens ; les sources de ces mouvements doivent donc être multiples. On comprend bien que leurs conducteurs, provenant des parties corticales multiples, se groupent en faisceaux particuliers, pour venir ensuite prendre part à la constitution delà capsule in terne, lieu de passage de tous les conducteurs des mouvements volontaires, mais on ne voit pas à priori la nécessité de centres moteurs corticaux distincts.
A part la question des localisations corticales, les expériences de Fritsch, Hitzig, Ferrier, etc., ont également soulevé la question plus générale de l'excitabilité directe de la substance grise cérébrale. Ce que nous avons dit précédemment montre que cette excitabilité n'est nullement démontrée, puisque dans ces expériences l'électricité agirait sur les faisceaux blancs sous-jacents à la substance grise. Tout récemment Bochefontaine a communiqué à l'Académie des sciences une série de recherches qui montrent combien il s'en faut que l'excitabilité de la substance grise soit mise en jeu dans les vivisections de Hitzig, Ferrier, etc. Il faut en effet, dit Bochefontaine, il faut, pour obtenir dans ces expériences les mouvements des membres, faire usage d'excitations électriques assez intenses ; or ce fort courant faradique, qui fait mouvoir les membres (et contracter la rate) quand il est appliqué sur la circonvolution du gyrus, ce môme courant est capable d'exciter le nerf radial à travers les tissus qui le recouvrent au niveau du tiers inférieur du bras. Il est indubitable que le courant faradique diffuse à travers l'écorce grise du cerveau, et va exciter la substance blanche sous-jacente, dans laquelle se trouvent des fibres dont les extrémités profondes sont en rapport avec les centres d'excitation directe des muscles striés et lisses et des glandes. Or, si l'excitabilité de la substance grise corticale n'est pas démontrée, l'existence de centres moteurs des membres, localisés dans des points spéciaux de cette substance, n'est pas prouvée non plus. Ce ne sont pas là les seules causes d'interprétations erronées signalées par Bochefontaine ; ce physiologiste a de plus observé des phénomènes qui sont de nature à nous donner quelques indications sur le mécanisme des faits pathologiques invoqués à l'appui de la thèse des localisations corticales {voy, ci- dessus : Convulsions partielles dans les méningites fronto-pariétales) ; c'est que les méninges, par le fait de leur sensibilité propre, peuvent être le point
cément en petits faisceaux. Kôlliker dit même qu'une pareille disposition n'existe pas. Cependant la chose est prouvée par les re-
de départ de mouvements réflexes particuliers, a L'excitation mécanique de la duremère, dit Bochefonlaine (Académie des sciences, août 1876), Texcitation mécanique de la dure-mère peut déterminer les contractions d'un ou de quelques muscles de ia face, seulement du côté correspondant si l'excitation est faible. Si on augmente l'intensité de l'irritation, on voit se produire des mouvements des membres du côté correspondant, et enfin des mouvements dans les quatre membres ; ces résultats s'observent môme en excitant la dure-mère sectionnée et rabattue en lambeaux, ce qui prouve que l'excitation de la substance grise corticale n'entre pour rien dans la production de ces phénomènes, d'autant plus que cette substance est reconnue absolument insensible aux excitations mécaniques. Du reste les mêmes résultats sont obtenus après ablation de la substance blanche et de la substance grise de la calotte des hémisphères. » Ces faits sont de la plus haute importance pour l'appréciation des expériences sur lesquelles on s'est appuyé pour admettre l'existence de centres psycho-moteurs dans l'écorce grise du cerveau. Ils sont, de plus, nous l'avons dit, de nature à jeter un certain jour sur la pathogénie des mouvements convulsifs, généraux ou partiels, qui accompagnent l'inflammation de la dure-mère crânienne et les irritations méningitiques en général. A consulter :
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