RÉSUMÉ GÉNÉRAL
Si le corps de l'homme se divise naturellement en deux ordres de parties principales , le tronc et les extrémités , ces parties se subdivisent naturellement aussi en plusieurs régions , en plusieurs surfaces et en plusieurs formes, qui se subdivisent encore en des régions, en des surfaces, et en des formes plus petites. Parmi ces formes, les unes sont nettement circonscrites, les autres, au contraire, sont si peu limitées dans certains sens , qu'on est obligé de leur donner des limites arbitraires ; les unes varient peu chez les différons hommes , les autres, au contraire, sont sujettes à tant de différences , que l'on a souvent de la peine à en donner une description exacte et une explication parfaite; toutes ont, les unes avec les autres , des rapports de situation plus €u moins rapprochés : toutes , en effet , s'observent sur les mêmes lignes horizontales et verticales que d'autres formes, et ces rapports ont quelquefois une telle importance qu'il n'est pas permis de les omettre. Nos planches en offrent à la vue des exemples évidens : toutes présentent des modifications plus ou moins délicates , et souvent si peu apparentes qu'elles échappent h des yeux inattentifs. Mais, quelque délicates qu'elle soient , il n'en est presque aucune dont l'anatomie ne puisse donner l'explication, et qu'elle ne puisse graver, par lîi , d'une manière durable, dans notre mémoire. Et, chose remarquable, la disposition des formes se Heà des loix'générales d'organisation. Ainsi , presque partout, les saillies de la surface du corps répondent à des fibres charnues, et les dépressions à des parties fibreuses ou osseuses; partout les formes les plus sujettes à des variations al-
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lernatives répondent aux points où abonde le tissu graisseux, comme on le voit aux tempes , aux orbites , h la joue; partout les muscles tendent h arrondir les formes , soit en s'agglomérant et en dissimulant les angles et les bords des os, soit en se courbant , comme les muscles du ventre , soit en se roulantsur eux-mêmes et en se contournantcn spire, ainsique le font le trapèze en dehors du cou; le grand pectoral , le grand dorsal et le grand rond aux bords de l'aisselle; \è long supinateur et le radial externe sur le côté radiaire du coude ; partout , enfui , les causes qui apportent le plus de va^ Tiétés chez les divers individus sont les muscles, la graisse et les veines sous -cutanées, par les diverses proportions de leur développement. y ^
Mais , si ces parties apportent beaucoup de variétés indivî^. duelles dans les formes , il n'en est pas de même de la peau. Elle leur donne de la ressemblance, en répandant, si je puis parler ainsi , de l'uniformité sur leur surface. Cependant la surface de la peau n'est point partout semblable à ellemême; elle présente, au contraire, des différences assea nombreuses dans les plis, les rides, les sillons et les diverses éminences peu étudiées et peu connues que nous y avon* décrites : mais ces formes y sont peu apparentes.
Les proportions des différentes parties du corps ne sont guère moins variables que les formes; et, s'il est vraî qu'il est des degrés que ces variétés ne dépassent pomt , chez un homme bien conformé, il est vrai aussi que ces variétés s'exercent dans une amplitude assez considérable, et , d'ailleurs peu connue et peu appréciable aux yeux.
De toutes les parties du corps, il en est peu qui aient Hé -traitéesplus conventionnelîement parles statuaires de 1 antiquité , que la face , la poitrine, ses'côtés , le ventre et les; tancs. La face y a beaucoup gagné en beauté , et peu perdu .
exactitude; mais la poitrine, le ventre et leurs côtés y ont , ,
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je crois, trop perdu pour ce qu'ils y ont gagné. On y voit, ea effet , des fautes d'anatomie , c'est-à-dire des fautes contre la nature que rien ne peut légitimer. J'ai signalé les plus grprves en parlant des côtés de la poitrine (p. 121), de la région sous-mammaire ( p. 86 ) et de l'échaucrure antérieure de la poitrine (p. i44) . Pour le dos et les reins, ils sont plus négligés sur les statues antiques , et, par suite , dépouillés des formes adoptives que les statuaires de la Grèce et de Rome ont répandues , h profusion , sur les parties antérieures du corps , probablement parce que ce sont les plus exposées k nos regards.
Quant aujc membres, ils présentent peu de formes conventionnelles et beaucoup plus de vérité. En effet, en exceptant langle tronqué que les artistes anciens ont donné au deïtoïde, et le pli susrotulaire qu'ils ont prodigué, on n*en trouve presque plus. Mais alors ils sont tombés dans d'autres erreurs, par suite du défaut de connaissances anatomiques. Ils se sont égarés dans les formes du dos de l'avant-bras, dans celles de la main, surtout dans celles de la surface externe de k jambe et dans celles de l'articulation du coude-pied.
Autant qu'il est permis d'en juger par la galerie du Louvre» assurément trop incomplète pour porter un jugement inattaquable dans ce qu'il a de général , les écoles d'Italie se soiit ÎDcaucoup plus rapprochées de la nature; mais, aussi, |eur dessin me paraît beaucoup moins beau , beaucoup moiiis large et beaucoup moins élégant que celui des écoles de l'antiquité. Quant aux écoles flamande et allemande , elles lî^ont rien de plus exact que celles d'Italie, et elles leursoiit tien inférieures encore dans le choix des formes.
Pour l'école française, elle me paraît se partager en demfi écoles différentes , l'ancienne et la moderne. L'ancienne m manque pas tant d'exactitude que de choix , de sévérité et dQ .noblesse dardes formes, J'cflç^çeplc le Ponssio, qu'on «q
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peut guère y rattacher, et h cause «le la pureté même de son dessin, et parce qu'il n'a presque jamais travaillé qu'à Rome.
La nouvelle, dont David est le chef, possède les qualités qui manquent h l'ancienne; et, en la jugeant par David et par ceux de ses élèves qui ont hérité de sa gloire et de son talent, j'ose dire que son dessin a plus d'exactitude et de vérité qu'il n'y en a dans tous les chefsd'œuvre des arts que j*ai pu voir jusqu'ici; et ce que je dis s'appUque également îi notre sculpture moderne. Les statuaires les plus distingués de l'ancienne Grèce peuvent rester encore au-dessus de nos plus célèbres artistes, par l'éîégance , le grandiose des formes , la grâce des poses, mais ils ne l'emportent point par l'exactitude et par la vérité. Peut-être même, d'ailleurs, ont-ils trouvé, de nos jours, dans Girodet , un rival dans le genre de mérite qu'ils possèdent. • Mais , h dire vrai , Girodet peut être regardé comme leur élève, car son génie , Lieu fait pour s'élever de lui-même, s'est autant inspiré à leur école qu'h celle de la nature.
Nous ne finirons pas ce résumé sans nous adresser aussi aux chirurgiens, et sans leur rappeler l'importance de l'anatomie des formes pour la chirurgie, dont elle peut éclairer le diagnostic et diriger assurer les opérations. Qu'il ïious suffise de rappeler, en preuves , la multitude de rapports que nous avons signalés entre des parties profondes et les formes de la sur^ice du corps , et, particulièrement, entre les dents et les nerfs sus-orbitaire , sous -orbitaire et mentonnier; entre le tubercule articulaire de l'arcade zygomatique , l'angle orbitaire externe du frontal , et l'angle temporal du pariétal; entre le nerf facial, la jugulaire interne, et l'apophyse mastoïde; entre les artères carotides,, la thyroïdienne supérieure , la linguale, et la fossette hyoïdaire; entre la fossette des muscles sterno-mastoïdiens , et;
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la plus grande partie des gros nerfs et des gros vaisseaux qui passent par l'ouverlure supérieure de la poitrine; entre les saillies costo-arliculaires du côté gauche, et le médiaslin; entre la fosse sous-clavière , et l'artère axillaire; entre le creux de l'estomac, et les deux ouvertures latérales et antérieures du diaphragme; entre le sillon latéral du dos, et le point le plus déclive des plèvres h sa partie inférieure . en sorte qu'il serolt avantageux d'y pratiquer l'empyème; entre l'angle sternaire, le mamelon et les côtes, ce qui permet de" déterminer l'ordre des côtes avec facilité ; entre les digitations du grand dentelé, les côtes, et le point le plus déclive de la cavité des plèvres sur les côtés de la poitrine , de manière que l'on peut pratiquer l'empyème au-devant du grand muscle dorsal; eyttfe le sillon latéral du ventre, et les points les i>lus minces des parois de cette cavité; entre le méplat sus-inguinaire et l'artère épigastrique; entre le sillon latéral des lombes , les angles latéraux de la même région , et les reins , ce qui permet;de pratiquer, aisément et sans danger, la section des lombes, et par suite la néphrotomie , la ligature de l'aorte et d'autres opérations, toutes regardées comme inexécutables , surtout parce que l'on ne connaît pas de voie commode pour leur exécution. Qu'il me suffise enfin de rappeler que la plupart des muscles sous-cutanés dessinant leurs plans h l'extérieur, il est aisé d'ouvrir les gaîues dans lesquelles ils sept, presque tous, renfermés, chacun en particulier, ainsi que je l'ai démontré , en donnant , dans cet ouvrage , une description abrégée de chacune de celles qui appartiennent aux muscles des membres. Quiconque voudra vérifier mes observations le pourra faire aisément. Qu'il découvre l'aponévrose d'enveloppe d'un mcnjbre , du dos de l'avant-bras, par exemple; qu'il l'incise ensuite le long d'un muscle , qu'il enlève avec un peu de précaution toutes les fibres charnues de celui-çi ,
et il videra, peu à pou, sans découvrir les muscles voisins, l'ëtui fibreux qui le contenait; èt, en même temps qu'il vérifiera l'existence des gaines ligamenteuses des muscles, il pourra s'assurer que les tendons supérieurs de beaucoup de muscles ne sept autre chose que des gaînes apouévrotiques.
FIN DE hK PREMl^RB PABTIE.