DE L’AORTE ET DE SES RAMIFICATIONS
Tab. K, fig. 1 et 2. (colorée en carmin).
Le tronc de l'aorte, formé de la réunion des veines branchiales, conserve dans toute sa longueur la même position médiane. On le trouve depuis la tête jusqu’à la dernière vertèbre , constamment collé à la face inférieure des vertèbres , et enfermé entre les
apophyses inférieures qui forment un canal autour de lui, comme les apophyses supérieures en forment un pour la moëlle épinière. Les différentes branches qui se détachent de ce tronc, sont de deux espèces : les artères intestinales destinées à la masse des viscères , logées dans la cavité abdominale , et les artères du corps nourrissant les masses charnues et principalement celles qui recouvrent les flancs du squelette.
Le sang se rend aux viscères par une seule artère, l'artère abdominale (6) (Tab. K, fig. 2), qui prend naissance dans le haut de la cavité abdominale , à la face inférieure de l’aorte. Elle traverse la masse des reins au-dessous de l'aorte, et parait dans la cavité abdominale tout au haut, dans l’angle où les organes de la génération et la vessie natatoire adhèrent à l’ésophage. Arrivée là, elle se divise en plusieurs branches dont les ramifications sont très-variées. Il n’est pas rare de voir toutes ces artères se séparer en cet endroit, et rayonner isolément jusque vers le tronc ; souvent il n’y a que deux ou trois branches primitives, qui se subdivisent ultérieurement. Le fait est néanmoins , qu'il y a toujours quatre artères principales destinées à des groupes d’organes particuliers, deux pour les organes de la génération, une pour la vessie natatoire et une pour l'intestin et ses annexes. Les reins, comme nous allons le voir, reçoivent leurs artères directement de l'aorte ou par l'intermédiaire des artères du corps.
Les artères des ovaires ou des testicules, les artères spermatiques (18), entrent dans le sillon qui existe à la face intérieure de ces organes , là où s’attachent les feuillets du péritoine ; elles suivent ce sillon dans toute sa longueur. Dans le mâle , elles se continuent jusque sur le conduit séminaire , et leurs dernières ramifications se voient sur le cloaque, Il est assez curieux , que chez la femelle, où il n’existe pas de semblable conduit excrétoire , l'artère , quoique réduite à un très-petit filet, se prolonge néanmoins dans la même direction, étant située dans le pli du péritoine, qui est le reste de l’oviducte avorté. La distribution de ces artères dans l’organe, rappelle la disposition des barbes d’une plume, c’est-à-dire que les vaisseaux partent du tronc sous des angles plus ou moins aigus, pour longer la base des feuillets dont l'ovaire est composé et qui alors sont recouverts d’une masse de réseaux capillaires , dont le développement est surtout grand dans les capsules qui entourent les œufs. Dans le testicule , cette distribution des branches est moins régulière ; cependant on en trouve des traces distinctes.
L’artère de la vessie natatoire (19) est une branche bien petite et bien mince, qui longe la face inférieure de cet organe.
L’artère intestinale (20) se divise en quatre rameaux. Le premier longe la grande courbure de l'estomac, en donnant des filets considérables à cet organe; il quitte
ensuite l'estomac au fond du cul-de-sac, pour aller finir dans la rate ; le second longe le bord supérieur ; le troisième le bord inférieur de lintestin, dans toute sa longueur, depuis le haut de sa courbe ; le quatrième enfin , le plus considérable , passe sur le côté droit de l'estomac, entre celui-ci, les appendices pyloriques et le foie, et longeant la petite courbure de l'estomac, fournit des rameaux aux organes mentionnés ; il va finir, comme l'artère de la grande courbure , dans la rate.
Les artères du corps, à l’exception de la première, sont arrangées d’après un même type uniforme , de telle manière, qu’en connaissant le trajet d’une seule, on peut indiquer celui de toutes les autres. Les artères scapulaires (21) font exception à cette règle. Elles naissent de l’aorte avant l'artère abdominale , et se portent, chacune de son côté, en arrière, pour suivre la ceinture thoracique, le long de son bord antérieur. Elles accompagnent constamment les nerfs de la nageoire , et se divisent par conséquent en trois branches , dont l’une suit le nerf hypoglosse , pour se ramifier dans les parois du péricarde , tandis que les deux autres sont destinées aux deux faces des muscles de la nageoire (Tab. K, fig. 1).
Les autres artères sont toutes des artères intervertébrales. Mais on se tromperait fort en admettant que ces artères conservent chez le poisson adulte le même caractère qu’elles ont chez l'embryon, où il existe pour chaque vertébre une artère et une veine intervertébrale, qui fournissent fous les organes situés dans l’espace entre deux vertèbres. Chez la Truite, il y a beaucoup moins d’artères intervertébrales qu'il n’y a de vertèbres, et une artère suffit pour deux ou trois espaces intervertébraux. Aussi les artères ne suivent-elles pas la courbure des côtes ou des apophyses épineuses , mais elles en croisent quelquefois deux , trois ou quatre, pour arriver à l’un des interstices intervertébraux qui est destiné à leur ramification. La fig. 1 de la planche K, copiée exactement d’après nature, fera mieux ressortir cette disposition, que ne pourrait le faire une description détaillée.
Ces artères intervertébrales , soit qu’elles montent en faisant d’abord le tour du corps de la vertèbre, au-dessous de laquelle elles prennent naissance, ou qu’elles descendent, sont toujours appliquées contre la membrane fibreuse qui est tendue aussi bien entre les apophyses supérieures et inférieures qu'entre les côtes, et qui sépare les masses musculaires en deux parties latérales. C’est principalement aux angles des zigzags que nous avons décrits dans la myologie, que les artères détachent les branches destinées à nourrir les muscles et la peau. Les artères qui fournissent les nagcoires verticales et la ventrale , ne se distinguent des autres que par leur volume, mais pas
du tout par un arrangement différent.
Les artères ne contribuent pas autant que la membrane fibreuse médiane à séparer les masses musculaires. Il est vrai qu’en général l'artère se ramifie du côté où elle a pris naissance , mais très-souvent aussi elle perce la membrane médiane , pour passer de l’autre côté et se ramifier dans les muscles opposés. On peut considérer comme appartenant à ces artères, les artères rénales et celles de la moëlle, qui ne sont en réalité que des rameaux , les premières des artères intervertébrales descendantes , les autres des branches qui remontent le long des apophyses.
Les dernières branches de l’aorte sont deux filets assez considérables , qui embrassent le cœur caudal des deux côtés, et font le tour de la caudale en se ramifiant dans les muscles et les rayons de la nageoire.