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DES ENVELOPPES CÉRÉBRALES ET DE LEUR COLORATION

La dure-mère est une membrane fibreuse d’un blanc argentin, adhérant fortement à la face interne du cartilage qui forme la cavité crânienne. Dans la partie supérieure de la voûte, cette membrane est fortement parsemée de points de pimens colorés d’une teinte généralement foncée. La masse graisseuse qui remplit une partie de la cavité cérébrale, est assez étroitement liée à la dure-mère. Les accumulations solides de cette masse du moins, adhèrent à la dure-mère au-dessus des corps quadrijumeaux , mais leur tissu est plus lâche au contact avec le cerveau. Les masses solides passent même insensiblement à une graisse complètement liquide, qui est beaucoup plus abondante chez les Corégones que chez les véritables Truites. Chez la Palée on observe même, en arriére du cervelet, une masse considérable de graisse reposant sur la moëlle alongée , qui n’existe pas dans la Truite.

Pour séparer plus facilement les membranes qui entourent le cerveau, il faut les soumettre pendant quelque temps à l’action de l'esprit de vin. Par ce procédé, on peut facilement s’assurer qu’indépendemment des coussinets de graisse compacte qui reposent sur le cerveau, et de la masse plus ou moins considérable de graisse liquide qui l’'enloure , il existe autour de l’encéphale une membrane formée de grosses cellules qui repose immédiatement sur le réseau vasculaire. Cette membrane correspond sans doute à l’arachnoïde. Enfin le réseau vasculaire lui-mème est réuni en une membrane trèsdélicate, la pie-mère, qui entoure immédiatement la substance nerveuse.

Au-dessus des corps restiformes , entre eux et le cervelet, les vaisseaux forment une véritable houpe qui ferme de ce côté la cavité du quatrième ventricule.

On remarque également une grande accumulation de vaisseaux autour de la glande pinéale, dans l'intervalle compris entre les lobes optiques et les lobes olfactifs. Ces vaisseaux forment aussi une sorte de houpe qui se prolonge fortement dans un cul de-sac du cartilage crânien.

Une troisième accumulation de vaisseaux , plus nettement circonscrite, mais néanmoins d’une nature analogue , forme le singulier organe que nous avons décrit sous le nom de sac vasculaire , d’après Gottsche.

On voit par ces détails qu’il serait peu conforme à la nature des faits que nous venons de signaler , de rechercher dans le cerveau des poissons un arrangement de ses membranes exactement conforme à celui des enveloppes qui recouvrent l’encéphaie des vertébrés supérieurs et qui pénètrent dans ses cavités.

Toute la partie de la cavité cérébrale qui n’est pas occupée par le cerveau est remplie, comme nous venons de le voir, de grosses cellules graisseuses d’un jaune doré plus ou moins entremêlé de piment noir. Ces masses sont surtout accumulées sur les corps quadrijumeaux, où elles forment de véritables coussinets reposant immédiatement sur e mésencéphale.

Les coussinets qui reposent sur les corps quadrijumeaux ne protègent pas seulement leur face supérieure mais encore les côtés. Cependant la ligne médiane n’en est pas également garnie et un espace assez considérable entre les deux lobes optiques est immédiatement recouvert par le cartilage crânien. En avant, ces deux coussinets convergent de manière à reposer de nouveau sur les lobes olfactifs et à les recouvrir entièrement ; là se confondant sur la ligne médiane, ils se prolongent entre les yeux jusqu’à la hauteur des fosses nasales, remplissant ici la partie antérieure de la cavité cérébrale toute entière. Les tubercules et les nerfs olfactifs disputent seuls une petite portion de l’espace à la masse graisseuse qui dépasse en avant les fosses nasales. Cette masse est fortement comprimée par les muscles obliques supérieurs de l'œil et se rattache par un mince pédoncule à celle qui repose sur les tubercues et sur les lobes olfactifs.

En arrière, les coussinets qui recouvrent les tubercules quadrijumeaux se réunissent sur la partie médiane et antérieure du cervelet qu’ils recouvrent dans le voisinage des corps quadrijumeaux seulement. Lorsqu'on enlève cette couche graisseuse , qui est souvent d’une teinte dorée très-brillante et que l’on remarque même à travers l’enveloppe osseuse du cerveau: lors, dis-je, qu’on enlève cette masse graisseuse , on aperçoit le cerveau proprement dit, enveloppé de la pie-mère et du fin réseau vasculaire qu’elle renferme, et qui donne au cerveau une teinte couleur de chair très-délicate qui s'étend surtout au cervelet et aux lobes optiques. Le cervelet est cependant un peu plus rouge que les lobes optiques. Les lobes olfactifs sont plutôt d’un blanc de lait légèrement rosé. Les tubercules olfactifs sont encore plus blancs. Entre les lobes optiques et les lobes olfactifs, l’on remarque un réseau vasculaire qui se prolonge en haut jusque dans le cartilage du crâne, c’est la houpe de la glande pinéale.

Les pédoncules vasculaires de la glande pinéale se prolongent très en avant dans le cartilage crânien, dans lequel ils occupent un cul-de-sac arrondi. il suffit même d’enlever la couche extérieure extrème du cartilage crânien pour transformer ce cul-desac en un canal circulaire qui traverse tout le cartilage qui forme la voûte du crâne.

A la face inférieure du cerveau, la moëlle alongée parait rosée; à sa partie antérieure se voit le sac vasculaire qui s'étend entre les lobes inférieurs et qui se fait surtout re-

marquer par sa teinte rouge foncé. Les lobes inférieurs sont d’un blanc laiteux semblable à la teinte des lobes olfactifs et qui contraste avec le blanc de neige des nerfs optiques qui se dessinent d’une manière très-distincte sur les parties rosées des lobes optiques et des lobes olfactifs qu’on aperçoit d’en bas. La glande pinéale est couleur de chair.

Dans la Palée, les masses cérébrales ont la même teinte à l’ouverture du cerveau que dans la Truite. La moëlle alongée est également blanche et prend une teinte plus rosée, à mesure qu’elle s’approche du cerveau. Les nerfs, dès leur origine , contrastent tous par leur blancheur avec l’encéphale. Comme chez les Truites, le cervelet est plus rouge que les corps quadrijumeaux .

L’incertitude qui règne à l'égard de la nomenclature des parties du cerveau chez les poissons , provient principalement de ce que dans l’étude qu’on en a faite, on s’est plutôt attaché à décrire les formes extérieures des masses cérébrales qu’à rechercher leurs rapports avec les formes embryoniques, ou à poursuivre la liaison de leurs fibres, en s’aidant de coupes longitudinales et transversales et en analysant la disposition et les combinaisons des masses intérieures. En cherchant à combler cette lacune pour la Traite, les comparaisons auxquelles nous avons été conduits , nous ont fait acquérir la certitude que les différentes familles de poissons ont chacune un type particulier de cerveau , dont les formes sont tellement persistantes qu’elles peuvent être considérées comme exprimant les affinités réelles des poissons entre eux bien plutôt que leurs instincts prédominans. Ces formes présentent des différences très-sensibles d’une famille à l’autre, ensorte qu'il est quelquefois fort difficile de saisir le plan primitif de l’organisation du cerveau et les rapports naturels de ses parties au milieu de cette diversilé excessive; mais ce qui a lieu de surprendre, c’est qu'en même temps, l’on observe la plus grande analogie dans ies formes et la structure du cerveau des différens genres de la même famille, qu’elles que soient les mœurs et le naturel de leurs espèces (*). On peut dès-lors en conclure que les formes du cerveau sont bien plutôt l'expression d’un mode particulier d'organisation qu’un indice des penchans naturels des poissons. Cette conclusion est pleinement justifiée par le fait que les Salmones les plus voraces et les Corégones les plus inoffensifs ont le cerveau conformé exactement de la

(®) Les faits sur lesquels ces conclusions s’appuient ont été exposés par l’un de nous lors de la réunion de la société helvétique des Sciences naturelles à Genève en 1845.

même manière, tandis qu'il n’y a aucune ressemblance extérieure entre celui des Perches et celui des Lottes , et encore moins entre celui des Squales et celui des Brochets, bien que tous ces poissons soient très-voraces, pas plus qu'entre les Esturgeons et les Cyprins, ou les Cyclostomes, bien que ces genres soient essentiellement suceurs et ne rappellent en rien les habitudes rapaces des poissons carnivores.

Pour résoudre les difficultés que présente l’étude du système nerveux des poissons, il faudrait commencer par ramener à un type commun toutes les modifications de l’'encéphale que l’on rencontre chez ces animaux, avant de chercher à établir la correspondance de ses parties avec celles des autres vertébrés , puis ensuite ramener ce type fondamental aux formes primitives des centres du système nerveux dans l'embryon. Dans son anatomie des Myxinoïdes, M. J. Müller a résumé d’une manière très-lucide les différentes opinions qui ont été émises jusqu’à ce jour sur la signification des différentes parties du cerveau des poissons. La manière de voir qu’il a adoptée lui-même ne diffère que par quelques détails de celle à laquelle nous nous sommes arrêtés.

Les poissons osseux offrent entre eux assez d’analogie pour qu’une réduction de leur cerveau à un type commun présente moins de difficultés que lorsqu'il s’agit d’y faire rentrer également les poissons cartilagineux. Chez tous les poissons osseux on retrouve en effet un cervelet impair, des lobes optiques pairs, et des lobes olfactifs pairs; les différences entre eux portent sur le développement plus ou moins considérable de ces renflemens, sur leur aspect particulier et sur la présence ou l’absence de tubercules olfactifs distincts et de lobes accessoires sur les côtés des pédoncules du cervelet et à la naissance des cinquième et dixième paires de nerfs cérébraux ou dans le fond du quatrième ventricule. Ces lobes surnuméraires, dont il est facile de faire abstraction, ne modifient donc pas essentiellement le plan de l’encéphale des poissons osseux. Le renflement que M. Valentin a appelé lobe électrique dans le Gymnote, et qu’il ne faut point confondre avec les lobes électriques des Rayes, n’est autre chose qu’un cervelet, analogue, par son développement, à celui des Silures, des Scombres et des Echeneis. L’arrangement des parties de la face inférieure du cerveau chez les différens poissons osseux, diffère encore moins que l'aspect de sa face supérieure.

Chez les Cyclostomes et chez les Plagiostomes, les masses principales du cerveau diffèrent de la manière suivante : le cervelet est réduit à une simple commissure des corps restiformes , ou manque même complètement chez les Myxinoïdes et chez les Pétromyzontes ; en avant du quatrième ventricule les masses cérébrales forment deux groupes de renflemens, séparés par la glande pinéale ; ceux qui sont en arrière de cet organe, au nombre de trois ou de quatre tubercules, appartiennent au mésencéphale

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et représentent les lobes optiques; ceux qui sont en avant, ou nombre de quatre, constituent le prosencéphale, et correspondent aux lobes et aux tubercules olfactifs. Chez les Plagiostomes, le prosencéphale ne forme qu’une large masse plus ou moins arrondie , avec des appendices latéraux en avant; le mésencéphale est représenté par deux renflemens symétriques, plus ou moins développés, sur lesquels s’avance l’épencéphale, avec les circonvolutions d’où naît la cinquième paire ; derrière l’épencéphale se trouvent des lobes accessoires que l’on a appelés lobes électriques dans les Rayes, où ils sont très-volumineux, mais qui n'existent pas moins à l’état rudimentaire chez les Squales et chez les Rayes non électriques. Le cerveau des Chimères est organisé d’après le même plan que celui des Plagiostomes avec lesquels il faut nécessairement les réunir dans une classification naturelle.

Le cerveau des Esturgeons se rapproche évidemment de celui des Batraciens par la petitesse du cervelet, le développement transversal du mésencéphale ou des lobes optiques, et l’alongement de la région du prosencéphale , bien que ses renflemens soient à peine sensibles.

D’après ce qui précède, nous pourrions établir de la manière suivante le tableau de la correspondance des organes cérébraux des poissons avec la synonymie des auteurs.

ÉPENCÉPHALE.

Moëlle alongée; corps restiformes.

Lobes postérieurs : Lobes des corps restiformes. Lobi ventriculi quarti Valentin (Chimæra).

Lobi medullæ oblongatæ Müller (Myxine).

Cerebellum Weber.

Lobes de Ja huitième ou de la dixième paire.

Lobi vagi Carus, Gottsche, Valentin.

Tubercule du nerf branchial Leuret (Trigla).

Lobes de la cinquième paire.

Hintere Buckel des Mesencephalum Valentin (Gymnotus). Lappige Mittelmasse Valentin (Torpedo).

Cerebellum Valentin (Chimæra).

Tubercule du nerf trifacial Leuret (Trigla).

Lobes du fond du quatrième ventricule.

Glandula pinealis posterior Haller. — Ganglion impar minus Weber. Hinterer unpaarer Hügel des kleinen Gehirns Weber. Eminentia quadrigemina Ebel (Cyprinus). — Cerebellum £bel (Silurus). Lobus electricus Valentin (Torpedo).

Cervelet proprement dit : Cerebellum. La plupart des anatomistes. Lobus electricus Valentin (Gymnotus).

Hintere Abtheilung des Mesencephalon Valentin (Anguilla, Conger, Muræna). Cerebellum Valentin (Echeneis, Torpedo).

Lobus ventriculi terui Valentin (Chimæra).

Corpus quadrigeminum Weber.

MÉSENCÉPHALE.

Lobes optiques : Thalamus opticus Haller. — Lobi optici, Gottsche, Valentin, Stannius. Lobes optiques , Serres DesMoulins. — Tubercule optique Leurer. Lobes creux Currer.

Corpora quadrigemina Arsaky, Müller.

Mittelhirn v. Baer. —Mittlere Hirnmasse Carus. —Mittellappen R. Wagner. Eminentia bigemina Müller (Petromyzon).

Vordere Lappen des Mesencephalon Valentin.

Hemisphærium Camper. —Lobi hemisphærici Valentin (Chimæra). Troisième ventricule : Lobus ventriculi tertii Müller (Petromyzon). Zwischengehirn von Baer.

Hypophyse et Infundibulum.

Lobes inférieurs : Eminentia mammilaris Camper, Arsaky, Treviranus, Tiedemann. Lobules mammillaires DesMoulins.

Lobules optiques Serres.

PROSENCÉPHALE.

Hemisphères. Tubercules olfactifs.

Tubereula olfactoria Haller. Lobes surnuméraires Cuvier. Lobes olfactifs Cuvier. Lobi olfactorii Arsaky, Müller (Petromyzon). Lobi olfactorii Gottsche, Stannius. Prohæmisphærium Valentin. Lobi hemisphærici Müller, Valentin. Tubercula olfactoria Gottsche, Stannrus.

Hemisphæria Arsaky.

Lobes cérébraux Serres et Des Moulins.

Vorderhirn von Baer.

Erste Hirnmasse Carus.

Les recherches de M. de Baer sur l’embryologie, nous ont appris que le cerveau des vertébrés se forme d’une série de vessies ou plutôt de lobes creux communiquant les uns avec les autres, qui dessinent dès l’origine les trois principales régions de l’encéphale, et correspondent aux organes supérieurs des sens qui s’en détachent. Mais avec l’accroissement des parties centrales de l’encéphale, ces lobes peuvent se multiplier par suite d’étranglemens plus ou moins marqués, et les trois vessies fondamentales que nous avons désignées d’après M. de Baer, sous les noms de Prosencéphale, de Mésencéphale et d’Epencéphale, se divisent de manière à présenter encore deux compartimens, plus ou moins distincts, l’un en avant du mésencéphale, correspondant à la région de la glande pinéale et du troisième ventricule, que nous nommerons Enencéphale; et l’autre en arrière de l’Epencéphale, où se développent les lobes accessoires, que nous appellerons Catencéphale. On pourrait dès-lors en conclure que rien ne doit être plus facile que de ramener toutes les formes du cerveau des poissons à leur véritable type, cependant rien n’est plus difficile, car ces divisions ne se développent pas toujours d’une manière uniforme et constante ; loin de-là elles s'étendent souvent au détriment l’une de l’autre : tantôt elles sont réduites au nombre primitif, et tantôt l’une et tantôt l’autre des accessoires prennent le dessus, tantôt enfin elles présentent un développement plus ou moins uniforme et complet. C’est dans ces modifications qu’il faut chercher la cause des difficultés que présente l’étude comparative du cerveau des poissons en particulier et celle des vertébrés en général.

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