‹ Anatomie des vers intestinaux, ascaride, lombrïcoide et échinorhynoue géant. Memoire couronné par l'Academie royale des sciences qui en avait mis le sujet au concours pour l'année 1818Chapitre 5 sur 61 · CONSIDÉRATIONS GENERALES · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS GENERALES

Linnæus (1) a établi parmi les vers intestinaux, sous le nom (V ascaris (2), un genre adopté depuis par le plus grand nombre des naturalistes. M. A. Rudolphi (3) en a fait le septième genre

(1) Caroli a Linncei Systema natures, t. I, p. 11, p. 1075-1078. Ed. xii; Holm. , 1767.

(2) Le nom d’ascaride (àoxap'tç), dérivé du verbe grec à<ncapt'Ç«v, sauter, a été donné à ce genre de vers à cause de la vivacité avec laquelle se meuvent plusieurs de ses espèces.

(3) M. Rudolphi a donné aux vers intestinaux le nom d’entozoa, formé des mots grecs biroç, en dedans, et Çéoov, animal. Il les divise en cinq ordres naturels, qui sont : 1° les E. nemalo'idea, 20 E. acanthocephala, 3° E. trematoda , 4° E. ces-

de l’ordre premier de ses cntozoaires. M. Cuvier (i) l’a rangé parmi les vers intestinaux cavitaires, qui forment, dans sa classification , le premier ordre de la deuxième classe des zoophytes. M. de Lamarck a placé le genre ascaride dans le deuxième ordre des vers intestinaux (les rigickiles ) (2). M. Duméril l’a rapporté à la seconde section de la famille des helminthes , ou vers intestinaux (3). Les caractères de ce genre sont, d’avoir un corps alongé , arrondi , élastique , atténué à ses deux extrémités , d’une couleur plus ou moins blanche ; une bouche terminale munie de trois lèvres ou tubercules, un supérieur et deux inférieurs; un anus fendu transversalement et situé près de la queue; des organes sexuels distincts pour le male et la femelle.

Parmi les nombreuses espèces de ce genre (4), une des plus

toidea, 5° E. cystica. ( Entozoorum sive vermium intestinalium Historia naturalis. 1809, t- I> P- 197; *• II, p. 124. )

(1) M. Cuvier partage les vers intestinaux en deux ordres : i° les cavitaires ( E. nematoidea de Rudolphi ), qui ont un canal intestinal flottant dans une cavité abdominale distincte, une bouche et un anus; 20 les parenchymateux , dont le corps renferme dans son parenchyme des viscères mal terminés, et ressemblant le plus souvent à des ramifications vasculaires, ne s’apercevant même quelquefois point du tout. Ils comprennent les quatre derniers ordres de M. Rudolphi. ( Le Règne animal distribué d’après son organisation. 1 8 1 7 , t. IV , p. 26 et suiv. )

(2) Animaux sans vertèbres. 1816, t. III, p. 147 et 206.

(3) Traité élémentaire d’histoire naturelle. 1807, t. II, p. i5.

M. Duméril donne au genre ascaride les caractères suivants: corps rond, égal; bouche distincte, à triple orifice. ( Zoologie analytique. Paris, 1806, p. 5o3. )

M. Bosc a placé le genre ascaride parmi les vers intestins, lesquels appartiennent à la seconde division des vers. (Voy. Hist. nat. des vers , t. I, p. i3 et 3i ; t. II, p. 27. )

(4) M. Rudolphi compte soixante-dix-sept espèces d’ascarides, parmi lesquelles il y en a une assez grande quantité de nouvelles. Il ne faut pas s’éton-

DE L’ASCARIDE LOMBRICOÏDE:

communes el des plus anciennement connues (t) est l’ ascaride lombrical ou lombricoïde , ascaris lombricoides de Linnæus et de la plupart des auteurs (2). On trouve ce vers dans les intestins de l’homme, du cochon, de l’âne, du bœuf (3), où il se multiplie quelquefois à l’excès.

ner si ce nombre est inférieur à ceux établis par Gmelin (soixante-dix-huit), par Zèder (quatre-vingt-dix), etc.; car beaucoup d’espèces admises par ces auteurs, ont été rapportées par M. Rudolphi aux genres filaire , strongle , ophiostome. ( Entoz ., t. II, p. 204.)

La plupart des espèces appartenantes au genre ascaride ont été trouvées dans le canal intestinal des animaux vertébrés, et surtout des poissons; on en a aussi rencontré dans les voies aériennes, dans les intestins de la grenouille [asc. acuminata , asc. nigrivenosa ).

(1) Hippocrate a connu l’ascaride lombricoïde; il le nomme e^cvdaç crTpoyyvXaç, tandis qu’il appelle l’ascaride vermiculaire, àsxup'Ac;. [Aplior. III, XXVI, sect. vu; Magni Hippocratis opéra, ed. Foesii, Francof., i5g5.) Il donne le nom d’àaxapiow&eî aux personnes attaquées de vers. [Coic. preenot. , lib. II, sect. V, p. 12g.)

(2) Ascaris lurnbricoides de Muller, Rauh, Pallas, Bloch, Werner, Gmelin, Schrank, Jordens, Brera, Rudolphi, etc.

Lumbricus teres hominis , de Tyson, de Redi, de Vallisnieri.

Ascaris gigas hominis , de Goëze.

Fusaria lurnbricoides , de Zèder.

L’ascaride lombricoïde a été appelé par les Français, lombric, strongle ; par les Allemands, spulwurm, nmdwurm ; par les Hollandais, ronde worm, menschenworm , kinderenworm ; par les Danois, menneshe-orm, spolorm, skolorm ; par les Suédois, mennisko-mask , spolmask ; par les Anglais, the round worm , round gut-worm ; par les Italiens, verme tondo , lombrico ; par les Espagnols, lombriz ; par les Portugais, lombriga.

(3) Les ascarides lombricoides du bœuf paraissentêtre fort rares en Allemagne, et n’ont jamais été rencontrés par Goëze ni par Zèder. Ceux que M. Rudolphi a examinés avaient été pris sur une vache de l’école vétérinaire d’Alfort. Les lombrics du bœuf qui sont déposés dans le cabinet de cette même école, sont tellement altérés et décomposés, que je n’ai pu les comparer avec ceux des autres animaux. Je n’ai vu qu’un seul individu femelle, trouvé par M. Bremser

Les ascarides lombricoïdes sont bien plus fréquents chez les enfants que chez les adultes, et surtout que chez les vieillards, où ils sont rares (i). Ils se développent spécialement chez les personnes douées d’un tempérament lymphatique; chez celles qui se nourrissent d’aliments grossiers et indigestes, ou qui habitent des lieux bas et humides. Ils déterminent des accidents très variés et plus ou moins graves , quelquefois même la mort.

On les trouve ordinairement dans les intestins grêles , cependant ils peuvent se rencontrer dans d’autres organes (2).

dans les intestins grêles d’un taureau, et qui est déposé sous le n" 1 55 de la belle collection d’helminthes que le muséum de Vienne envoya à celui de Paris (1816). Je n’ai trouvé aucune différence entre l’ascaride lombricoïde du bœuf et ceux du cochon et de l’homme : quant à celui du cheval , il présente des caractères assez différents pour former une espèce distincte , comme je l’établirai à la fin de ce mémoire.

(1) Je me suis assuré de la vérité de ce fait, en comparant le nombre des lombrics que j’ai obtenus des ouvertures de cadavres d’individus de différents âges. J’ai retiré à peine quelques uns de cés vers sur beaucoup de corps ouverts à l’hospice de la Salpêtrière, où l’on ne reçoit que des personnes âgées: l 'hôpital des enfants, au contraire, m’en a fourni en abondance; j’en ai recueilli quarantedeux sur un seul sujet.

(2) Les lombrics ne descendent que rarement dans les gros intestins, et M. Rudolphi pense qu’ils sont toujours chassés au dehors quand ils viennent à passer dans le cæcum. (Ouv. cit., t. I, p. 434- ) Quelquefois ils remontent dans l’estomac et jusque dans le pharynx, où ils produisent une titillation incommode, accompagnée d’une petite toux qui facilite leur sortie par la bouche. Ils peuvent, dit-on, s’introduire dans le larynx et les voies aériennes, et déterminer des accidents plus ou moins graves. Il n’est pas très rare de les voir pénétrer dans les fosses nasales et ressortir par les narines; j’ai observé un fait de cette nature sur un enfant. Martin Slabber a vu un homme rendre un lombric par les narines en éternuant. [Haarlem , Verhand., t. X, sect. n, p. 465*470.)

Les lombrics peuvent passer dans les conduits biliaires et dans la vésicule du fiel. M. Laënnec a trouvé dans le cadavre d’un enfant, dont l’estomac renfer-

DE L’ASCARIDE LOMBRICOIDE.

Le nombre des lombrics, chez un même individu , est extrêmement variable ; souvent on n’en trouve qu’un ou deux, d’autres fois ils sont très multipliés et agglomérés en pelotons (i). En général,

mait une grande quantité d’ascarides lombricoïdes , les pores biliaires distendus et le tissu du foie rongé par des vers de la même espèce. [Bull, de la Faculté de méd. de Paris, an XIII, n° v.) Philipp.-Fréd. Gmelin a trouvé un lombric long de trois pouces dans le milieu du canal pancréatique. [Dissert. lumb. teret. in duct. pancreat. Tubing., 1758, p. l\. )

On a vu des lombrics être expulsés dans des cas de hernies avec gangrène, après l’ouverture d’abcès formés dans les parois abdominales. (Voy. les Observations rapportées par Shellhammer, Ephem. nat. curios., dec. II, ann. v, p. 19- 22; par L. Heister, Act. nat. curios. , t. I, p. 391 ; par Fréd. Garmann, Ephem. nat. curios., dec. I, ann. 1, p. 283; par Haenel, Commère, litt. , Norimb., « 74 1 , p. 112; par Godot, Journ. de méd., t. XL, p. 1 45 ; par Baldinger, Neuern Magazin, t. VI, p. 54-57 ; etc. )

Les auteurs citent encore un grand nombre de cas dans lesquels ces mêmes vers ont été trouvés dans la cavité du péritoine, dans les reins, la vessie, les sinus frontaux, etc.; mais beaucoup de ces observations sont inexactes: elles prouvent qu’on a souvent pris pour des ascarides lombricoïdes des vers appartenants à des genres très différents, ou même des parties inorganiques, comme des caillots de fibrine. Cependant on possède des faits dont on ne saurait mettre en doute l’exactitude. M. Duméril m’a dit avoir vu un malade rendre par l’urètre un ascaride lombricoïde. On trouve une observation semblable de Stromaïer. [Greg. Horstii opp.,i. II, Norimb., 1660, p. 558.) On peut également consulter le Journal de médecine, t. IX, p. 244-260, Observation de M. Moublet ; le même ouvrage, t. XX, p. 458, Observation de M. Raisin; la Dissert, inaug. de Christ. Ruhn., De ascarid. per urin. emiss. Jen., 1798.

En 1808, j’ai rencontré sur le cadavre d’un enfant de cinq à six ans trois lombrics volumineux, qui s’étaient logés sur la face antérieure du sacrum, dans l’écartement des deux feuillets séreux du méso-rectum, et n’avaient déterminé aucune inflammation dans cet endroit; ils étaient sortis de l’intestin par une perforation ulcéreuse du commencement du rectum.

(1) Voy. Journal de médecine, t. XXXIV, p. 1 5 1 , Observation de Daquin. M. Chabert dit avoir trouvé dans les intestins grêles d’un cheval un paquet de

leur volume est en raison inverse de leur nombre ; ils sont toujours libres dans le canal intestinal, ils n’adhèrent jamais à ses parois (i).

ces vers du poids de quatorze livres. ( Encyclop . mëthod. , Hist. nat. des vers, t. IV, î” part., p. i35. )

(1) Excepté toutefois dans certains cas de perforations accidentelles ou maladives du canal intestinal. J’ai rencontré plusieurs ascarides lombricoïdes dans la cavité du péritoine d’une jeune fille âgée de dix ans, qui mourut à l’hôpital des enfants , vers la fin de i8i3, à la suite d’une fièvre muqueuse. La membrane interne des intestins était couverte d’ulcérations arrondies, grisâtres, qui avaient, dans quelques endroits, détruit toutes les tuniques. Un lombric fort volumineux était engagé et comme retenu par le milieu du corps dans une des perforations de l’iléon.

DE L’ASCARIDE LOMBRICOIDE.

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