‹ Anatomie descriptive et comparative du chat, type des mammifères en général et des carnivores en particulier (volume 2)Chapitre 19 sur 30 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

De la structure et du développement des os.

La structure des os des Mammifères quadrupèdes est partout la même, et par conséquent semblable à celle de l'espèce humaine , avec cette différence que le tissu est simplement un peu plus ou un peu moins serré.

Chez les Felis , et en général chez toutes les espèces agiles , où les os ont dû être grêles, pour faciliter les mouvements, le tissu est plus compacte? que dans \ Homme , ce qui leur donne plus de dureté et plus de solidité sous le même volume , ou, ce qui revient au même , ils présentent une égale force sous un moindre volume..

Les os des Vertébrés , et spécialement ceux des Mammifér&s , présentent partout un tissu spongieux , formé principalement de petites colonnes irrégulières, s'unissant de mille manières dans tous les sens, absolument comme les fibres de l'éponge du commerce , mais dont les mailles qu'elles interceptent varient considérablement, tant pour la grandeur que pour la forme et la direction , suivant l'espèce de l'Animal, l'os qu'elles constituent, et même l'âge du sujet. Ces petites colonnes s'élargissent souvent et sie réunissent pour former des lamelles

qui donnent au réseau une apparence celluleuse, mais plutôt caverneuse , où les petites cavités communiquent de tout côté entre elles. Dans les os courts, les mailles, quoique fort irrégulières, ont à peu près les mêmes dimensions dans toutes les directions ; clans les os longs , ou simplement dans les apophyses, et déjà vers la base de ces dernières , ces mailles s allongent dans leur direction ; et enfin dans les os plats , elles sont généralement allongées en rayonnant autour du centre d'ossification ; de manière qu'en thèse générale , on peut se faire une idée schématique de la disposition de ces mailles et des colonnes qui les forment dans tous les os, en supposant avoir un amas d'un tissu spongieux extensible, dont on modifie les dimensions, soit en comprimant cette masse , soit en l'étirant dans diverses directions. En la pressant légèrement, les colonnes de la surface se trouveront rapprochées et constitueront un tissu plus compacte qu'au centre, où elles n'ont pas changé , et c'est en effet ce qu'on remarque dans les os courts , formés à la surface d'une lame de substance osseuse , à tissu serré, quoique toujours aréolaire et spongieux au centre , absolument comme si cette lame superficielle avait été produite par la compression exercée par les oi^anes environnants. Si l'on tire la masse en longueur, en même temps qu'on la comprime par les côtés, les mailles s'allongeront d'autant plus , que la pièce sera plus tirée , les colonnes deviendront de plus en plus parallèles entre elles , en même temps qu'elles se rapprocheront ; et comprimées vers la surface , elles formeront un tissu en apparence fibreux , suivant la longueur, et d'autant plus serré , qu'il sera plus à l'extérieur, et c'est précisément ce qu'on remarque dans les os longs. En comprimant au contraire la masse dans un seul sens pour l'aplatir, et en l'étirant en même temps pour l'étendre dans toutes les directions transversales , les colonnes formeront aux deux surfaces des tables à tissu serré , et se disposeront du reste en rayons autour du centre , ainsi que cela a lieu dans les os laides. Enfin , si l'on tire simplement une ou plusieurs parties de la masse dans diverses directions, pour lui former des prolongements plus ou moins longs , les colonnes de ces parties et les mailles qu'elles interceptent prendront la direction dans laquelle on les tire , et s'allongeront en de-

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veuant de pltis en pins parallèles, selon que la traction aura été plus forte , et c'est encore ce qu'on voit dans les apophyses.

Les mailles des os , fort rares au centre de ces derniers, se resserrent , ainsi que je viens de le dire, vers la surface, de manière à y former un tissu plus ou moins compacte, dans lequel on a souvent la plus grande peine à distinguer la direction des colonnes, et cette partie de Tos, prenant de là un aspect qui la fait ressembler à de Tivoire , on lui a donné le nom de substance éburnée , quoiqu'elle soit au fond absolument -de la même matière et de la même structure que la partie centrale restée spongieuse.

Dans les os courts, les mailles de la substance osseuse sont peu allongées et rayonnent plus ou moins autour du centre où l'ossification a commencé. Dans les os larges et plats , elles rayonnent également vers la périphérie, et sont d'autant plus allongées, qu'elles s'éloignent davantage du centre; et dans les longs, ces mailles étant plus allongées encore dans le sens de la longueur de l'os , celui-ci prend de là une apparence fibreuse , quoique les véritables fibres simples soi^it , à ce qu'il paraît, disposées dans la direction de chaque petite colonne en particulier, qui compose la masse de l'os.

Cette substance éburnée forme généralement à la surface une couche d'autant plus épaisse , que les os ont des efforts plus considérables à supporter, et cela est surtout remarquable dans ceux qui, vu leur fonction , ne peuvent avoir qu'un faible diamètre , tandis que là oii les os n'ont besoin que de peu de force, la couche éburnée est faible , et souvent très-mince. Ainsi , dans le milieu ou la diaphyse des os longs qui ont des efforts à faire, il n'y a presque pas de substance spongieuse , tandis qu'à leurs extrémités , oii ils se renflent d'ordinaire pour offrir une plus grande surface aux insertions des muscles , et former ^en m^e temps des bras de leviers plus longs à ces derniers organes , les mêmes os n'offrent qu'une couche peu épaisse de substance éburnée , et la spongieuse forme presque tonte la masse de ces renflements. Dans les os longs, qui n'ont au contraire pas besoin d'une grande force, tels que les côtes, la CQucbeéburnée'estiiniace lorsque ces os sont larges, et elle est épaisse

quand ils sont grêles; enfin, d'après le principe de physique qua masses égales les cylindres creux sont plus forts que ceux qui sont pleins, les os longs, qui doivent agir avec grande force comme leviers , ont généralement une forme tabuleuse, et sont formés de matière éburnée d autant plus compacte, que cette force est plus grande , tandis qu'aux extrémités renflées, où cette dernière est plus mince, la cavité se remplit de substance spongieuse.

Les cavités des os , ainsi que les interstices de leur spongiosité , sont remplis chez les Mammifères d'une matière grasse, généralement connue sous le nom de moelle , qui paraît servir à maintenir un certain degré d'élasticité dans ces organes pour les rendre moins fragiles.

Chez les Oiseaux , au contraire , tous les os supérieurs du corps ont leurs cavités vides et en communication avec l'air extérieur, ce qui rend ces os spécifiquement plus légers , tandis qu'on trouve de la moelle dans les os des membres postérieurs placés sous le centre de gravité.

Les vaisseaux et les nerfe qui traversent les os passent d abord simplement à travers le tissu spongieux des os qui se forment ; mais agi^nt comme corps étrangers à l'égard de ces derniers , il se forme autour d'eux une lame de substance éburnée semblable à celle de la surface extérieure, où les os sont en contact avec les autres organes, d'où résulte que ces vaisseaux et nerfs se trouvent d'ordinaire renfermés plus tard dans des canaux osseux d'un tissu serré , plongés dans de la substance spongieuse , qui , peu à peu , se remplit également plus ou moins.

Quoique les cartilages appartiennent bien évidemment au système osseux, ils différent cependant plus ou moins des véritables os, soit par leur structure, soit par leur mode de développement, soit par leur composition chimique. On en distingue trois espèces : les cartilages ordinaires , les cartilages élastiques ou jaunes , et les cartilages dincrustxxtion ou orthrodiaux.

Les os existent d'abord dans le fœtus à Tétat entièrement gélatineux , et contenant probablement , outre la gélatine qui en fait la base , encore quelques sels non calcaires qui leur donnent la consistance de cartilages très-mous , plus ou moins transpareuts , mais offrant déjà à peu près la

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forme que chaque os doit avoir, moins quelques parties qui s y développeut successivement par la suite. Ces cartilages sont massifs , ne renfer* mant aucune cavité ni spongiosité , mais à certaines époques déterminées, suivant l'espèce de l'Animal et chaque os en particulier, époques de l'âge foetal pour la plupart des grands os , et qui n'arrive d'ordinaire qu'après la naissance pour les petits et les épiphyses , il se forme dans chacune de ces pièces cartilagineuses des points ou centres dossificoUan , rigoureusement déterminés quant au nombre et la disposition, où commencent à se déposer les matières terreuses , comme par une espèce de cristallisation, en prenant la forme de petites colonnes ou de lamelles qui s'anastomosent de toutes les manières pour constituer le réseau décrit précédemment. Les mailles de la substance osseuse ne sont en conséquence pas réellement vides , ainsi qu elles le paraissent sur les préparats faits soit au moyen de la macération, soit par l'ébullition, où la matière gélatineuse est détruite ; mais les insterstices sont remplis par cette dernière , non entièrement ossifiée, ou bien par la moelle.

Au commencement de l'ossification , la partie cartilagineuse est , ainsi que je viens de le dire , entièrement pleine , même dans les os tubuleux ; mais les matières calcaires ne s'y déposent pas partout , et seulement vers la circonférence , dans les os creux , et jusqu'à un certain degré seulement dans les parties qui restent spongieuses, où la substance gé-^ latineuse est progressivement résorbée , et laisse des vides remplis plus tard de moelle ou de gaz.

Les premières particules calcaires qui se déposent dans les os se réunissent sur les centres d'ossificâtion en rayonnant autour, et d'autres venant successivement se placer soit entre , soit à leur suite , forment peu à peu ce réseau à mailles irrégulières , décrit plus haut , qui se propage de plus en plus dans la masse gélatineuse servant de gangue à cette espèce de cristallisation. En formant ainsi des noyaux osseux , qui vont à la rencontre des autres productions semblables , qui se forment autour des points d'ossification voisins , ces parties , composant ainsi les os, finissent par se joindre et se moulent les unes sur les autres, en s'engrenant de différentes manières , ce qui constitue les diverse»

sutures, où le reste du cartilage primitif non ossifié unit les pièces, et celles-ci se soudent à la fin entièrement pour ne former qu un seul os. Cette union définitive a souvent lieu chez le fœtus , mais le plus ordinairement aptes la naissance, et pour les os principaux , seulement à 1 époque ôii rittdividu cesse ée croître; et c'est principalement dans les intervalles des divers noyaux que le développement en grandeur des os a lieu , et paraît très'-faible , mais non entièrement nul dans les os déjà ossifiés.

Tant qtie les divers noyaux osseux n'ont pas atteint leurs limites, les bords sont indéterminés, et ne prennent une forme constante pour chaque os que lorsqu'ils amvent au terme de leur croissance , on bien en rencontrant lès autres noyaux avec lesquels il doivent plus tard se sotrde(r, quoique rien n'indique dans la masse de gélatine la forme que ces diverses pièces doivent prendre.

Les os courts , ainsi que les larges et plats, ne commencent généralement que par un seul point d'ossification , tant qu'ils -ne présentent aucun prolongement apophysiforme considérable, ou bien de fortes tubérosités , qui dans ce cas offrent souvent chacune un noyau osseuK particulier ou épiphyse, mais il n'y a à cet égard aucune règle générale , et même pas toujours une rigoureuse analogie entre les diverses espèces de MAMMrFÈEES , et moins encore entre les Animaux de classes différentes, trouvant dans certaines espèces un plus grand nombre de points d'ossification que dans une autre , quoique ces espèces soient assez rappro* chées ; d'où résulte qu'on tomberait dans de grandes erreurs si Ton voulait considérer le nombre des noyaux osseux primitifs, comme un caractère essentiel de l'individualité des os , ainsi que plusieurs anatomistes ont cru pouvoir l'admettre.

Dans les os longs , toutefois , il n'y a jamab plus d'un seul point d'ossification pour la partie moyenne allongée ou diaphyse, mais un nombre variable pour les extrémités renflées, où chaque tubérosité forme souvent une épiphyse à part , et d'autres fois il n'y en a pas du tout , lorsque Tos n'y forme point de renflement. ïl y a enfin des os qui restent toujours parfaitement distincts dans tel Animal , et sont même arthrodiés entre

eux , tandis que chez d'autres ils se confondent en une seule pièce , dont les sutures disparaissent mênie complètement. Tels sont, par exemple , le scaphoïde et le semi-lunaire du carpe de ï Homme qui , dans le Chat, ne constituent qu'un seul os après Fâge de six mois , et à Tétat adulte on n'aperçoit même plus aucune trace de leur séparation primitive. Chez beaucoup de Reptiles et de Poissons, plusieurs points d'ossification de la tête produisent ainsi des pièces qui restent isolées pendant toute la vie de l'Animal, ou du moins jusqu'à son entier développement, d'oii vient que la tête se trouve composée d'un plus grand nombre de pièces que chez les Mammifères où ces noyaux osseux se réunissent ; tandis qu'au fond la tète de tous les Vertébrés se compose des mêmes parties se rapportant à cinq vertèbres céphaliques avec leurs appendices , ainsi que je l'ai exposé , d'après M. Oken , dans mon Traité d'anatomie comparative , objet sur lequel je reviendrai plus bas.

Quoique les os soient lesofganes les plus durs du corps, ils cèdent le plus facilement à tous les autres , lorsque l'action est lente. C'est ainsi que même les veines, dont les parois sont si peu résistantes, ont à la surface des os des gouttières qui se moulent sur elles , et même jusque sur leurs plus petites ramifications , et là oii quelques-uns de ces vaisseaux traversent les os, ceux-ci leur forment des canaux éburnés qui s'élargissent à mesure que les veines augmentent de calibre , et il en est de même pour tous les autres organes.

Les cartilages ordinaires , tels que les côtes sternales des Mammifères, ne sont en quelque sorte que des os dont l'ossification n'est pas complète , mais en différent cependant par leur mode de développement ; la matière calcaire qui les pénètre ne s'y dépose pas suivant certains centres, d'où elle s'étend graduellement , en envahissant de plus en plus le cartilage primitif formant la base de l'organe ; mais s'y trouve répandue d'une manière confuse , partout à peu près également , et s'y fixe en outre beaucoup plus lentement que dans les os; d'où résulte que les cartilages n'atteignent que fort tard , et même jamais, la consistance des os. Leur structure n'est de là pas non plus la même, ne présentent pas cette contexture fibreuse à fibres ramifiées qu'on remarque dans les os,

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mais offre un grain plus égal, plus fin. Les cartilages sont du reste éga* lement revêtus d'un périoste fibreux tout à fait semblable à celui des os, mais recevant, vu sa disposition, plus particulièrement le nom de Périchondre.

Quant à la composition chimique, on a vu plus haut qu'elle ne diffère de celle des os du même Animal , que par les proportions des matières terreuses qui s'y trouvent en moins grande quantité.

Ce sont , en général , des corps blancs grisâtres , moins durs que les os , plus flexibles et plus élastiques , et servant du reste aux mêmes fonctions que ces derniers.

Les cartilages élastiques diffèrent bien plus encore des os , d'une part , par l'absence presque complète de la gélatine , qui s'y trouve remplacée par une substance particulière qui paraît avoir de l'analogie avec celle formant la base principale des ligaments jaunes, et en outre, par une plus petite quantité encore de matières terreuses qui s'y dépose confusément comme dans les cartilages ordinaires, et ne leur donne qu'une faible consistance, en leur laissant une plus grande élasticité ; mais personne, que je sache , n'en a encore fait l'analyse. Tels sont les cartilages des oreilles des Mammifères , ceux du nez , des paupières , de la trachée-artère et des bronches.

Ce sont des organes fibreux , à fibres enlacées , mais disposées cependant en plus grande quantité , suivant la longueur des pièces qu'ils forment, et non tout à fait irrégulièrement comme dans le derme; mais du reste , on n'y aperçoit rien qui indique comment ils se développent.

Quant aux cartilages arthrodiaux , ils offrent des caractères plus tranchés encore : ils ne se trouvent jamais que sur les surfaces arthrodiales qu'ils revêtent , en y formant une croûte lisse , d'un blanc pur et brillant, ressemblant beaucoup à du blanc d'œuf cuit. Ils ne sont aucunement fibreux , du moins pas dans le sens de leur grande dimension \ mais paraissent l'être un peu dans la direction de leur épaisseur. Us remplacent le périoste qui manque dans ces parties, et servent , par l'effet de leur surface polie , à faciliter le mouvement de frottement des os , afin qu'ils éprouvent le moins possible de résistance, et se trouvent eux-

SYSTEME OSSEUX. gg

mêmes recouverts d'une membrane séreuse faisant partie de la bourse synoviale de rarliculation. Il paraît que ces cartilages sont formés d une base albumineusecontenant quelques substances terreuses, telles que des sels calcaires et autres; mais je ne crois pasqu on ait encore fait lanalyse de ces corps.

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