ARTICLE PREMIER
Développement des dents en général.
La connaissance parfaite du développement des dents, quelles qu'elles soient, supposedes notions sur le développement du follicule et de la partie ossiforme, sur l'accroissement et sur l'issue de cette dent hors de son alvéole.
§ I. Formation du follicule dentaire.
Dès les premiers temps de la yie intra-utérine, au second mois, si Ton examine avec soin les ar-
cades alvéolaires, on y trouve un grand nombre de follicules dentaires logés dans Pépaisseur des replis membraneux que forme la gencive. Ces follicules sont très petits, placés dans la gouttière qui représente les alvéoles à cet âge et recouverts par la lame la plus profonde du tissu gengival. Leur forme est globuleuse; supérieurement et inférieurement ils tiennent à la gencive dune part , et de l'autre à la gouttière alvéolaire et aux troncs des vaisseaux et nerfs qui parcourent celleci ; latéraletnent ils sont contigus aux follicules voisins; en avant et en arrière ils correspondent à la gencive.
À partir du quatrième mois, d'après M. Serres, des cloisons fibreuses se développent entre les follicules, cloisons qui s'ossifient plus tard et changent ainsi les rapports des germes entre eux.
A l'époque delà naissance, les follicules sont déjà parfaitement isoles les uns des autres et des vaisseaux et nerfs dentaires ; le canal de ceux-ci, confondu d'abord avec la gouttière alvéolaire, s'est déjà complété de ce côté.
Quand on ouvre le follicule dentaire sur un jeune embryon on le trouve rempli par une liqueur jaunâtre, visqueuse comme la synovie", acide suivant quelques personnes, alcaline suivant d'autres, présentant quelquefois aussi une apparence graisseuse qui a trompé Ungebaur. Ce liquide va en diminuant, sous le rapport de la quantité, depuis le moment de la première apparition jusqu'à l'é-
poque de la sortie de la dent au dehors, époque à laquelle il disparaît.
Lt fond du follicule dentaire de l'embryon est occupé par une papille très grosse, et dont la forme varie comme la dent à la sécrétion de laquelle elle doit concourir. L'extrémité opposée est continue avec la gencive au moyen d'un prolongement qui constitue Viter dentis , ^uheniaoulum dentis.
Legubernaculum dentis est le goulot du follicule dentaire; il est contracté sur lui-même au point de ne présenter qu'une cavité possible dans les premiers temps, cavité qui doit se dilater par la suite pour laisser passer la dent. Tous les anatomistes ne sont pas d'accord sur la perméabilité de cette partie. Fallope , qui me paraît l'avoir le premier décrite, la représente comme un cordon plein. Hérissant assure que ce prolongement est creux, qu'il est bouché par ce qu'il appelle la seconde gencive, la gencive temporaire, mais qu'il s'ouvre à la surface de la gencive permanente. M. Serres et M. Delabarre soutiennent qu'il est réellement creux, opinion qui n'est pas partagée toutefois par M. Rousseau etM. Cruveilhier. M. Rousseau avoue bien l'avoir injecté comme M'. Delabarre ; mais il croit que la cavité qu'il a obtenue ainsi était le résultat du procédé qu'il avait mis en usage. Enfin Hérissan assure que le gouvernail de la dent se rencontre dans tous les follicules, comme on paraît commencer assez généralement à l'admettre j tandis que
Fallope et M, Serres l'attribuent exclusivement aux dents delà seconde dentition.
Quoi qu'il en soit, la structure du follicule de la dent du foetus doit être étudiée avec un soin d'autant plus grand, que la connaissance approfondie de ce point de fine anatomie est absolument nécessaire pour comprendre le développement de la partie ossiforme de la dent. Or, voici ce qu'on sait de plus positif à cet égard.
Il y a deux points de l'histoire de cette structure qui ne souffrent aucune contestation et sur lesquels s'accordent tous les anatomistes, savoir : la formation de la papille qui occupe le fond du follicule aux dépens des extrémités des vaisseaux et des nerfs qui y arrivent par son pédicule , et la constitution des parois de ce follicule au moyen d'une membrane unie à la gencive. Les seules choses qui restent à déterminer par conséquent sont la disposition et la structure de cette membrane.
Jourdain, Hérissant, Desmoulins, M. Serres et M. le professeur Gruveilhier pensent que la paroi du follicule est formée par une membrane unique, qui tapisserait l'alvéole jusqu'au pédicule de la papille, au niveau duquel elle se terminerait, suivantlesdeux premiers ; tandis que d'après les autres elle se réfléchirait vers la papille sans qu'on puisse la suivrebien clairement jusque sur son sommet. Hérissant ajoute que cette membrane est froncée dans sa partie moyenne , et qu'elle adhère intimement au collet de Ja dent.
Hunter et Blake considèrent la paroi folliculaire comme formée par la juxta-position de deux feuillets qui viendraient se terminer sur le pédicule de la papille sans se réfléchir sur lui.
Bichat et Cuvier admettent également la disposition bilaminaire de la paroi du follicule de la dent. Ils affirment que la membrane externe se termine sur le pédicule de la papille, tandis que l'interne , semblable sous ce rapport à une membrane séreuse, se réfléchit vers Ja papille et en recouvre toute la surface.
Enfin , M. Delabarre décrit aussi un double feuillet dans la paroi du follicule : l'externe procède, suivant lui, du tissu fibro-cartilagtneux qui recouvre les alvéoles et qui concourt à former la gencive, et descend, sans rien présenter de particulier, jusqu'au pédicule delà papille près duquel il se termine; l'interne, au contraire, continue immédiatement avec Ja membrane muqueuse buccale, se porte en bas, se dirige vers la partie latérale de la papille et se termine dans le point où devra correspondre par la suite le collet de la dent. Ainsi , le follicule dentaire, d'après M. Delabarre, présente réellement deux ca^ ités , une qui embrasse le sommet de la pupille, i'iutre qui correspond au pédicule de cette partie ; 1 1 première dans laquelle doit paraître la couronne, la seconde qui est réservée à la racine de la dent.
Quelque différentes que paraissent au premier abord les descriptions du follicule dentaire qui
9° précèdent, en y réfléchissant un peu, on ne tarde pas à reconnaître qu'elles se ressemblent au contraire beaucoup quant au fond. 11 est facile de voir, en effet, que l'opinion qui représente la paroi de ce sac comme formée d'une seule membrane, n'est pas essentiellement différente de celledans laquelle on admet deux membranes distinctes; cet apparent désaccord dépend, en effet, souvent de ce que ceux-ci ont compté le périoste alvéolaire comme appartenant au follicule , tandis que ceux-là l'en ont soigneusement distingué.
On peut par conséquent rapporter à trois les opinions des principaux auteurs touchant l'organisation de la paroi du follicule dentaire, la première dans laquelle les membranes qui constituent ce sac sont représentées comme se terminant sur le pédicule de la papille et se réfléchissant plus ou moins sur lui; la seconde, dans laquelle on montrela papille recouverte par le feuillet membraneux le plus interne; la troisième, enfin, qui est fondée sur l'insertion de ce feuillet interne sur la partie latérale de la papille.
Cette dernière manière de voir réunit en sa faveur moins de probabilités que les deux premières qui se ressemblent beaucoup, comme je l'ai déjà fait remarquer. D'abord, l'analogie des follicules, des ongles et des poils ne lui est point favorable; et en second lieu, ce qui paraît beaucoup plus décisif, je ne sache pas que beaucoup de personnes lui aient fait subir l'épreuve de la dissection. Pour ce
9* qui me concerne, au moins, je me hâte de déclarer que je l'ai toujours fait en vain.
Hunter considère la membrane interne du follicule comme essentiellement vasculaire, et la membrane externe comme fibreuse: Blake est d'un sentiment opposé. Fox assure, au contraire, que toute l'épaisseur de la paroi du follicule est abondamment pourvue de vaisseaux.
Enfin, Hérissant a reconnu sur la membrane interne du follicule une disposition fort curieuse et fort importante : si Ton détache avec précaution, dit-il , cette membrane de dessus la couronne, et qu'on examine au même instant sa surface intérieure avec une loupe de trois à quatre lignes de foyer, on est sur-le-champ frappé d'admiration à l'aspect d'une multitude infinie de très petites vésicules, qui, par leur transparence, sont assez semblables à celles dont la plante appelée glaciale est couverte; elles sont disposées avec beaucoup d'ordre par rangées qui posent les unes sur les autres par étage, et qui sont, pour la plupart, presque parallèles à la base de la dent. Ces vésicules contiennent en certain temps une liqueur très claire et très limpide ; et considérées dans un temps plus avancé, leur liqueur devient laiteuse et s'épaissit. On ne saurait méconnaître l'usage auquel cette liqueur est destinée; on ne peut pas s'empêcher de juger que lorsqu'elle sera épanchée sur la dent par gouttelettes, qu'elle s'y sera épaissie et qu'elle aura acquis toute la consistance qu'elle peut prendre,
9* alors la partie de la dent sur laquelle elle aura été étendue , sera ornéo de cet émail qui nous plaît si fort.
M. Rousseau, Desmoulins et M. le professeur Cruveilhier ont fait des observations semblables à celles d'Hérissant sur les saillies vésiculeuses de la face libre de la membrane interne du follicule.
5 H. Développement de ïostéide dentaire.
Peu de temps après l'apparition du follicule, la portion osseuse de la dent commence à s'y développer ; c'est-à-dire % pour les dents les plus précoces > vers le troisième mois de la vie intra-utérine.
On sait bien que c'est à l'intérieur du follicule que cette formation s'accomplit ; mais les auteurs ne sont pas tous d'accord relativement au point pre'cis sur lequel on aperçoit les premiers linéamens de la partie calcaire de la dent: Guvier assure que c'est entre la papille et la partie de la membrane interne du follicule qui revêt celle-ci ; les autres soutiennent que c'est dans la cavité de la membrane interne.
Quoi qu'il en soit, c'est la couronne de la dent, et particulièrement la partie cuspidée de cette couronne qui paraît la première ; la de'position de la matière calcaire est précédée par une rubéfaction manifeste de la papille. Cette déposition a lieu par autant de points que la dent doit présenter de cuspides, et sous la forme d'écaillés ou mieux de petits chapiteaux qui recouvrent les tu-
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hercules de la papille ; ainsi pour les incisives trois points suivant Hunter et M. Oudet, un seul au contraire suivant Meckel, Blake , Albinus ; ainsi un seul pour les canines, et pour les polaires autant qu'elles ont de cuspides.
Les dimensions de chacune de ces parties rudimentaires sont d'environ une demi - ligne de largeur sur un sixième de ligne de hauteur, d'après M. Rousseau; elles sont d'ailleurs d'autant plus développées que par leur position elles s'éloignent plus de la partie linguale de la mâchoire. Leur volume respectif diminue aussi à mesure quei'on considère les dents dans une situation plus rapprochée des condyles.
SuivantÀuzebi, Jourdain et M. Rousseau, l'email est sécrété avant l'ivoire. Desmoulins partage la même opinion; et il assure particulièrement que les choses se passent ainsi chez les cyprins dont la couronne est aussi compliquée à son avis que celle des incisives des rongeurs, que dans ces dents la calotte d'émail reste pendant long-temps molle et flexible, et que c'est lentement qu'elle prend de la consistance et qu'elle se moule sur les creux et reliefs de la papille.
La plupart des anatomistes soutiennent au contraire que l'ivoire est sécrète' le premier, et que l'émail est formé aussitôt que la surface de la couronne est dessinée; tandis que Cuvier dit avoir vu les deux substances apparaître presque en même temps.
Diverses hypothèses ont été e'mises relativement au mécanisme de la formation des deux substances dentaires.
Séduits par une fau^e analogie admise à priori entre les os et les dents, les anatomistes ont cru long-temps que l'ivoire résultait de la transformation osseuse de la papille. On doit convenir, en effet, que le rétrécissement progressifde la cavité dentaire, et que son oblitération chez les sujets avancés en âge, prêtaient quelque apparence à cette théorie qu'on a vue encore professée dans ces derniers temps par M. Léveillé.La plus simple inspection directe suffit cependant pour montrer que les choses se passent tout autrement : la petite dent rudimentaire est simplement superposée à la papille sans lui adhérer autrement, ce qui n'aurait pas lieu si elle résultait de la transformation osseuse de la partie la plus superficielle de celle-ci.
Bunon,en 1743, Hunter et Cuvier se sont élevés fortement contre cette doctrine, et ils ont montré que l'ivoire est sécrété par la papille dentaire comme l'ongle par sa matrice , comme l'épiderme par la peau. Bunon en particulier compare celte formation à celle de la coquille de certains crustacés.
L'histoire de la formation spéciale de l'émail est un peu plus compliquée que celle de l'ivoire. Il faut même tout d'abord en convenir,, la théorie de cette formation est beaucoup plus difficile à formuler d'après des faits bien observés. La sécrétion de l'é-
mail, en effet, diffère de tous points de celle de l'ivoire ; elle n'est que temporaire , un espace fort court sépare le moment où elle commence de celui où elle finit ; de sorte qu'il est beaucoup plus difficile de pénétrer sous ce rapport les mystères de la nature.
Bertin, Hunter et plusieurs autres ont dit que l'émail était sécrété par la membrane interne du follicule, peut-être même par la papille, dès les premiers temps de l'apparition du germe de la dent; qu'il restait à l'état de dissolution dans le liquide du follicule jusqu'à la formation de la couronne, et qu'alors il se disposait en cristaux sur la surface externe de celle-ci. Hunter compare cette déposition de la matière de l'émail sur la couronne, à la cristallisation des sels de l'urine autour d'un corps étranger qui tombe dans la cavité de la vessie. Une circonstance vient prêter quelque appui a cette théorie > le liquide du follicule abondant dans les premiers temps, diminue à mesure que la dent se développe et disparaît complètement, dit-on, emporté sans doute par les vaisseaux absorbans, lorsque l'émail est formé. Hunter assure que les choses se passent manifestement ainsi chez le cheval^ Vdne et la brebis , et il ajoute : « il n'y a pas de raison pour ne pas admettre qu'elles ont lieu de la même manière chez l'homme.» CuvieretM. Serres se sont élevés contre la doctrine de Hunter. Le liquide du follicule, suivant M. Serres, n'a aucun rapport avec la formation des dents, il s'épanche sur l'ouverture
g6 du follicule au moment de la sortie de la dent et disparaît quand ce mouvement est terminé.
On admet presque généralement aujourd'hui ayee Hérissant , Meckel, Cuvier, etc., que l'émail est trèsmou au moment de sa formation, et qu'il est déposé directement sur la dent par une sécrétion delà membrane interne du follicule , sécrétion à laquelle paraissent destinées les petites vésicules ou glanclules qui ont été attribuées à cette membrane par Hérissant.
Suivant Cuvier, l'émail n'est pas déposé immédiatement sur la couronne de la dent, mais sur la portion 'du feuillet interne du follicule qui revêt cette couronne. De la sorte, comme je l'ai fait remarquer plus haut, ce feuillet se trouve serré entre les deux substances de la dent, entre lesquelles il reste une ligne grisâtre qui témoigne pendant toute la vie de cette disposition première.
Quant à l'opinion de M. Delabarre dans laquelle l'émail est considéré comme formé par la papille et comme transsudant à travers les premières couches de l'ivoire pour aller se déposer à leur surface extérieure, malgré l'autorité de son auteur sur la matière qui m'occupe ici, il me paraît tout- à-fait impossible de l'admettre.
Une circonstance embarrasse nécessairement au premier abord celui qui étudie le mécanisme de la formation de rémail. Gomment, par exemple, arrivet-ilque cette substance se dépose seulement sur la couronneet jamais surla racine des dents? cette ques-
tion est sérieuse, en effet, et mérite qu'on la prenne en grande considération; or, voici comment on y a répondu :
D'abord il est évident que la difficulté précédenle ne s'applique en aucune manière à la théorie de la formation de la dent que donne Cuvier,car, dans cette théorie l'ivoire se forme hors de la cavité du follicule dans laquelle l'émail est sécreté , et vers laquelle la couronne de la dent fait seule hernie. Les fauteurs de la doctrine presque abandonnée de la cristallisation de l'émail soutiennent que le liquide disparail lorsque la couronne est couverte de cette substance, etqu'alors la racine se formant, il ne se fait sur elle aucune déposition vitreuse.
Hérissant enfin, et ceux qui ont observé les glandules destinées à la sécrétion de l'émail après cet anatomiste, supposent que ces petits organes s'atrophient aprèsl'achèvement de la couronne de la dent, et qu'ainsi la racine dont le développement est postérieur au sien n'a rien de commun avec l'émail.
§ III. Accroissement des dents.
Une fois commencée par la papille, la sécrétion de l'ivoire continue aussi long-temps que cet organe reçoit les matériaux nécessaires a cette formation. De nouvelles couches semblables aux premières apparaissent au dessous d'elles, à la surface de la papille ; ces couches sont d'abord de plus en plus
étendues, à mesure qu'on s'éloigne de l'époque où la dent a commencé à paraître; plus tard elles offrent une disposition inverse. Elles emboîtent les précédentes, les soulèvent de plus en plus, et les éloignent de la papille , qu'elles embrassent bientôt dans toute sa circonférence jusqu'à la base. Alors la couronne de la dent est formée tout entière ; l'émail s'y dépose comme il a été dit précédemment ; et le travail d'évolution, après avoir subi une sorte de temps d'arrêt, suivant quelques personnes, reprend son cours : la papille est soulevée du fond de l'alvéole ; les couches nouvelles d'ivoire qu'elle produit l'embrassent de ce côté en formant des chapiteaux de moins en moins évasés inférieurement; elles entourent le pédicule de la papille, descendent jusqu'à son extrémité et forment la racine delà dent.
A partir de l'époque à laquelle nous sommes arrivés , la dent a terminé son accroissement en longueur; lescoucheséburnées quise succèdent ne peuvent alors qu'augmenter l'épaisseur de ces ostéides, et comme c'est toujours par une juxta-posilion intérieure que cet accroissement a lieu , la cavité dentaire est rétrécie de plus en plus , la pulpe est comprimée, et la circulation étant gênée dans ses vaisseaux, sa sécrétion se ralentit et cesse bientôt tout-à-fait.
On vient de voir comment procède dans son accroissement une dent unicuspidée et à racine unique, une canine, par exemple. J'ai dû choisir d'à-
bord ce cas particulier, parce qu'il est le plus simple. Étudions maintenant l'accroissement d'une dent multicuspidéeet à racine multiple.
L'éburnification de ces dents commence, comme je l'ai dit plus haut, par plusieurs points séparés, représentant autant de petits chapiteaux que la dent doit avoir de cuspides et que la papille présente de prolongemens. Ces chapiteaux sont naturellement convergens par leur base; accrus chacun de leur côté par addition de couches successives de plus en plus alongées à l'intérieur des premières, leur convergence augmente de plus en plus ; ils se rencontrent bientôt, se réunissent tout-à-fait, ceux qui sont en dehors avant ceux qui sont en dedans ; et à dater de ce moment, ils ne forment plus à la partie supérieure de la papille qu'un seul grand chapiteau ondulé à sa surface, et dont l'accroissement continue comme si le développement primitif s'était opéré par un seul point. Enfin, lorsque le fût ossiforme delà dent est parvenu à l'union de la papille avec ses pédicules, la matière calcaire est sécrétée à la fois autour du corps de cette papille et autour de ses pédicules, elle les entoure chacun séparément d'une enceinte tubuleuse continue avec l'enceinte du reste de la papille, et l'accroissement procède ultérieurement comme dans le cas simple que j'avais supposé tout d'abord, avec cette seule différence que les lames osseuses, au lieu de représenter une série de cônes simples, sont subdivisées en autant de cônes creux secondaires que la dent
doit avoir de racines. Pour tout le reste enfin , je le répète, cette dent plus composée se comporte absolument comme la dent la plus simple.
Ainsi les dents s'accroissent du sommet de la couronne vers le sommet de la racine, et de l'extérieur à l'intérieur; elles gagnent à la fois en longueur et en épaisseur en se moulant sur la papille et l'embrassant dans tous ses points d'une manière de plus en plus étroite.
L'accroissement de l'ostéide dentaire est nécessairement renfermé dans des bornes fort étroites, que l'on peut prévoir et calculer d'après le volume et la longueur de la papille , puisqu'il se moule exactement sur cette partie. A mesure que l'accroissement avance, comme on l'a vu, la papille, embrassée de toutes parts par les couches osseuses, est de plus en plus étroitement serrée par elles ; ses fonctions en sont bientôt gênées, elles s'arrêtent même tout-à-fait, et dès ce moment l'accroissement de la dent est accompli. Ainsi, au fur et à mesure que la dent fait des progrès, la papille devient de moins en moins propre à en permettre de nouveaux , et ce qui paraissait devoir être d'abord pour elle une source inépuisable d'accroissement, lui porte, au contraire, un préjudice mortel, sous ce rapport.
Il était aisé de prévoir que la forme imprimée par la papille au têt calcaire dont elle s'entoure est la seule cause de cet accroissement si exactement défini des dents; la réflexion suffisait : eh bien! cette conséquence si naturelle des faits depuis long-
temps connus sur la formation des dents n'a été qu'assez tard appréciée d'une manière convenable , c'est M. le docteur Oudet qui l'a fait connaître dans son Mémoire sur la dentition des rougeurs. M. Oudet établit d'abord, dans ce travail remarquable, que c'est à la forme pédiculée de la papille dentaire que les dents de l'homme doivent d'embrasser exactement cette partie, de la presser de plus en plus, de la détruire et de borner leur accroissement en longueur. Ensuite, pour compléter la démonstration , il prouve que les incisives des rongeurs, qui jouissent de la propriété de s'alonger indéfiniment, présentent une papille disposée en sens inverse de celle de la dent de l'homme. Cette papille est dépourvue, en effet, de pédicule, elle est conique et appuyée sur le fond de son follicule et de l'alvéole parla base du cône qu'elle représente. A la faveur de cette conformation,, la papille des incisives des ani naux que j'ai cités peut sécréter continuellement des couches calcaires, sans être jamais embrassée par elles du côté par lequel elle reçoit ses vaisseaux et ses nerfs; par conséquent, jamais elle ne se trouve le moins du monde comprimée, le moins du monde gênée dans ses fonctions, et elle continue à pousser la dent à l'extérieur jusqu'à la fin de la vie, à moins que quelque circonstance étrangère ne vienne l'altérer ou la détruire.
L'accroissement continu de certaines dents, chez les animaux, leur donne avec le temps une longueur considérable, comme on le voit pour les défenses
de l'éléphant. Chez les rongeurs même, lorsque les incisîves ne sont pas usées par les frottemens à leur extrémité , dans une proportion égale à leur accroissement vers la base, elles acquièrent parfois des dimensions démesurées et causent de graves accidens. M. Devergie a présenté à l'Académie de médecine, en 1825, la tête d'un vieux rat, tué à FEcole-Militaire, qui fournit un bel exemple de cette espèce :
La dent incisive supérieure droite, en sortant de son alvéole, se recourbait en bas et en arrière dans l'intérieur de la bouche, pénétrait dans la fosse nasale gauche en entrant par son ouverture postérieure , parcourait d'arrière en avant cette cavité, traversait en avant l'os maxillaire, sortait par l'alvéole gauche correspondant au sien, à côte' de l'incisive gauche qu'elle n'avait pas déplacée, se recourbait de nouveau en bas et en arrière, et se terminait au dessous de l'orbite gauche. Cette dent décrivait une double spirale, dont les deux contours, successivement décrois ans, étaient dirigés d'avant en arrière et de droite à gauche.
La dent incisive supérieure gauche, par l'alvéole de laquelle sortait la dent que je viens de décrire, était également longue et recourbée , mais le cercle qu'elle décrivait n'affectait nullement la même direction que sa congénère.
Les dents incisives de la mâchoire inférieure formaient deux longues défenses recourbées en haut et en avant, dont la droite, plus longue et plus
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déjetée en arrière, décrivait un cercle presque complot de huit lignes de diamètre environ, en passant au devant de l'orbite qu'elle oblitérait (l'oeil de ce côté était atrophié), et dont elle avait détruit le bord inférieur en le creusant en gouttière ; sa pointe se recourbait sur le crâne et l'aurait infailliblement perforé plus tard.
Les dents molaires du côté droit avaient en partie changé de direction, et s'étaient inclinées en dedans, pour se mettre en contact avec celles de la mâchoire supérieure.
Véritables phanères, suivant l'expression de M. de Blainville, les dents se développent en grandissant comme eux. Leur accroissement n'est pas indéfini comme celui des poils et des ongles , parce que leur papille n'est ni conique, ni sessile, comme les leurs ; il est, au contraire, borné comme celui des plumes des oiseaux, parce que leur papille est alongée comme la leur, et, comme elle, aussi supportée par un étroit pédicule.
Il faut bien se garder de prendre pour un véritable accroissement en longueur la saillie plus considérable en dehors qui résulte, pour les dents, des progrès mêmes de l'âge sous l'influence de la contraction des alvéoles : cet accroissement n'est qu'apparent, et, tout compte fait, chez les vieillards/ quand on recherche bien exactement l'étendue de la partie émaillée des dents, on acquiert la certitude qu'elles ont sensiblement diminue en longueur, au contraire, par l'usure de leur extrémité. C'est faute
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sansdoule d avoir tenu compte des circonstancesqui viennent d'être mentionnées, que plusieurs anatomistes, Fallope en particulier, ont attribué aux dénis de l'homme un accroissement indéfini.
L'accroissement de la portion calcaire des dents diffère complètement de celui des autres parties de notre corps : il a lieu par simple juxta-position, comme celui des corps inorganiques, et non par intus-susception. Les belles expériences de Hunter sur la nutrition de jeunes animaux avec de la garance, établissent ces faits de la manière la plus positive, puisque, comme on l'a vu, les dents ne deviennent rouges que dans la partie qui a été formée pendant le temps où l'animal a été soumis à ce genre d'expérimentation.
Divers accidens de la dentition déposent également en faveur de la doctrine que je soutiens ici. On sait qu'il est souvent facile de reconnaître, en regardant parler une personne dont les dents se découvrent, si elle a éprouvé une affection grave dans son enfance, à l'époque de la formation des dents. On remarque en effet souvent sur la couronne des dents, tantôt des lignes saillantes, ondulées, transverses; tantôt des rainures rugueuses ou des enfoncemens pointillés, qui constituent ce qu'on appelle érosion, ce'que M. Duval préfère désigner par l'expression d'atrophie des dents. Eh bien! ces altérations présentent l'image fidèle de l'état dans lequel s'est trouvée l'organisation au moment où elles se sont développées. Une maladie
io5 grave a-t-elle seulement exercé ses ravages au début de la dentition, dans le moment où le follicule commençait la sécrétion de la couronne, c'est à la partie supérieure de celle-ci que les marques indiquées se rencontrent, tandis que la base offre toutes les conditions de l'état normal. On peut même en quelque sorte, dans certains cas, où l'altération est disposée par bandes séparées par des intervalles de substance de bon aloi , compter , comme l'illustre Chaussier le faisait remarquer dans ses leçons , les périodes de santé et de maladie qui se sont succédées, dans le jeune âge, chez la personne que Ton examine.
§ 4« Eruption des dents en général.
Lorsque les dents ont subi un certain degré d'accroissement en longueur, elles cessent de pouvoir être renfermées dans le sac dans lequel elles ont pris naissance, elles font effort pour se porter au dehors, et bientôt elles paraissent à nu dans l'intérieur de la bouche.
En général, c'est après l'époque de la naissance que commence l'éruption des dents ; mais cette époque cependant varie suivant les individus, et surtout suivant l'espèce de la dent que l'on examine, ainsi qu'on le verra par la suite; elle peut aussi être avancée ou retardée par des maladies \ comme Alphonse Leroy l'avait remarqué : «J'ai souvent vu,
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» dit-il, qu'un enfant poussait une à deux dents » avant le terme ordinaire , lorsque la nourrice » avait eu de la fièvre , ou lorsqu'elle s'était e'chauf- )) fée, ou qu'il s'était fait à son sein un engorgement » inflammatoire; son lait, alors surchargé de calo- » rique, accélérait la dentition ; semblable à ces vé- » gétaux dont on provoquerait l'accroissement et » la floraison par des chaleurs artificielles ou des » arrosemens réitérés et trop fécondans , leurs fleurs » précoces et frêles tombent sans donner de fruit; » ainsi les dents précoces de ces enfans se gâtent et » tombent peu de temps après leur éruption. »
L'ordre suivant lequel l'éruption des dents a lieu est plus exactement déterminé que l'époque où commence ce phénomène. Ce sont, en général, les dents inférieures qui paraissent les premières au dehors; non cependant que toutes les dents inférieures précédent sous ce rapport toutes les supérieures : on voit seulement une paire de dents inférieures sortir des alvéoles, et immédiatement après la paire correspondante de la mâchoire supérieure.
En général, les dents antérieures sortent avant les postérieures; les canines seules font exception à cette règle, elles ne sortent de leurs alvéoles qu'après la première molaire. Toutefois tous les anatomistes ne sont pas parfaitement d'accord à cet égard, comme on va le voir par les citations suivantes :
Le célèbre Sabatier s'exprime ainsi dans son
traité d'anatomie : « Quelque temps après la nais- » sance, les dents sortent successivemant de Tune » et de l'autre mâchoire; leur éruption commence » plus tôtdans les unes et plus tard dans les autres. » Il est rare que les premières paraissent avant l'âge » de sept à huit mois, ou après celui de douze » ou quatorze. Ce sont les incisives moyennes d'en » bas qui se montrent les premières, et le plus sou- )> vent a quinze jours ou trois semaines de distance. )> Ensuite viennent les incisives mitoyennes d'en » haut, puis les latérales d'en bas, puis celles d'en » haut ; les canines d'en bas succèdent à ces der- » nières, elles sont suivies de celles d'en haut, et » enfin des deux premières dents molaires qui se )> joignent de chaque côté et à chaque mâchoire à » celles dont il vient d'être parlé. )>
M. Boyer diffère peu de Sabatier dans son exposition : a Ce sont, dit-il, les deux incisives moyennes )> de la mâchoire inférieure qui percent lespremiè- )) res, quelquefois elles paraissent en même temps; le » plus souvent h trois semaines ou un mois de dis- » tance. L'éruption des deux incisives moyennes » de la mâchoire inférieure est suivie de celle des » deux incisives moyennes de la mâchoire supé- » rieure ; ensuite les incisives latérales de la ma- )) choire inférieure percent les gencives; bientôt » après l'éruption des incisives latérales supérieures )) a lieu; à celles-ci succèdent les canines inférieures, » ensuite les supérieures. Les molaires paraissent » rarement avant l'âge de dix-neuf mois ou de deux
io8 » ans : les deux premières molaires inférieures sont » celles qui se montrent les premières; elles sont » bientôt suivies des supérieures : à celles-ci suc-" » cèdent les secondes molaires inférieures , qui p sont ensuite accompagnées des supérieures. »
D'après Sabatier et Boyer 5 l'éruption des canines a donc lieu immédiatement après celle des incisives latérales et avant celle des petites molaires. Bichat adopte le même ordre dans son anatomie générale : « On voit bientôt paraître, dit-il, tantôt iso- » lément, tantôt simultanément les deux petites » incisives de la mâchoire inférieure : bientôt après » les incisives correspondantes de la mâchoire su- )) périeure se font jour; un mois ou deux après les » quatre autres incisives sortent : à la fin de la » première année paraissent ordinairement les qua- » tre canines ; à la fin de la seconde ou souvent » plus tard , on voit sortir à chaque mâchoire deux » molaires, que deux autres suivent bientôt. »
Une foule de causes ont été assigne'es à l'éruption des dents et ici, comme en beaucoup d'autres choses, à mon avis, on a le plus souvent passé à côté de la vérité; qui croirait, en effet, que Ton a attribué ce phénomène à l'action de la pesanteur, aux pulsations des troncs des artères dentaires, à une lutte qui s'établirait entre la dent et la gencive et dans laquelle la première resterait victorieuse! ces diverses théories ne méritent pas l'honneur d'une réfutation sérieuse : il n'en est pas de même de celle de Hérissant, de MM. Serres et Delabarre. Suivant Hérissant et
log
M. Delabarre, en effet la dent est attirée au dehors par la contraction du feuillet interne de la membrane du follicule qui se fixe à son collet comme on l'a vu j ce collet est attire vers la surface de la gencive, et, arrivé là, il ne va pas plus loin parce que la force contractile de la membrane est épuisée. Cette théorie est très-simple, elle esttrès-ingénieuse même, mais malheureusement difficile à soutenir. Comment supposer, en effet, que la membrane presque arachnoïde qui tapisse la face interne du follicule puisse suffire à amener au dehors un corps comme l'ostéide dentaire? Pourquoi, du reste, se creuser ainsi l'esprit à chercher la cause de l'éruption des dents? Cette cause est toute simple, elle se présente d'elle-même ; les dents sortent de leurs alvéoles parce qu'elles ne peuvent plus y demeurer renfermées en raison de l'accroissement qu'elles ont subi ; elles sortent de leurs follicules comme les plumes, les poils et les ongles de leurs matrices particulières. C'est gravement s'abuser que de supposer que les parois alvéolaires, parleur rapprochement, et le fond de l'alvéole, en s'élevant, favo-* risent cette éruption ; car d'un côté les alvéoles se rétrécissent peu transversalement, et, de l'autre, ils deviennent de plus en plus profonds à mesure que les dents se développent. En même temps, en effet, lesbords alvéolaires s'élèvent et doublent la hauteur du corps de l'os, dans la mâchoire inférieure, par exemple.
Quoi qu'il en soit, voici les phénomènes qui ca-
ractérisent l'éruption des dents : le tissu gengivai est soulevé , la membrane muqueuse se gonfle , rougit d'abord, s'enflamme et devient douloureuse. Bientôt elle blanchit, une ou plusieurs ouvertures apparaissent à sa surface, suivant que la dent est munie d'un ou de plusieurs cuspides, et celle-ci paraît au dehors, dans le premier cas, après avoir dilaté simplement la voie unique qu'elle s'était préparée , dans le second, après avoir opéré la déchirure des diflférens points qui séparaient toutes les ouvertures particulières et avoir transformé celles-ci en une seule.
Une difficulté se présente naturellement ici : l'ouverture que traverse la dent pour se porter au de hors est-elle le goulot dilaté de son follicule, ou bien est-elle le résultat d'une ulcération de la gencive ? Mo Delabarre n'hésite pas à se prononcer pour la première opinion : Le canal fibro-muqueux de VL te/\dentis, dit-il, ri est ni coupé ni divisé parles pointes que présente la partie entaillée des dents, ainsi qu'on Va enseigné jusqu'ici .La roule est toute tracée, elle n'a besoin que d'être élargie. Sans contester entièrement celtemanière de voir, il est évident qu'elle a besoin d'une distinction. Sans doute, en effet, il est possible d'admettre que les dents canines, que les incisives même se bornent à dilater et à franchir le goulot de leur follicule, sans déchirer en rien la gencive; mais la même explication ne convient plus pour les molaires au niveau desquelles le tissu gengivai présente plusieurs ouvertures qui ne sau-
raient toutes évidemment être attribuées à Viter densit! cette manière de voir est cependant e'minemment philosophique : il se pourrait qu'elle résumât ce qui se passe le plus souvent à l'état normal dans l'éruption des dents, et que les cas de formation pe plusieurs ouvertures sur la gencive soulevée ne constituassent qu'une exception, qu'une anomalie; mais de nouvelles observations me paraissent nécessaires pour fixer ce point de la science.
M, Delabarre, au reste, n'est pas le premier qui ait supposé que les dents sortent des alvéoles par l'ouverture naturelle de leur follicule. Hérissant s'est exprimé de la manière la plus claire à cet égard: en effet, après avoir établi une distinction importante entre la gencive proprement dite, qu'il appelle, comme nous l'avons déjà vu, gencive vraie, gencive permanente, et le cartilage qui la recouvre, cartilage qu'il appelle gencive temporaire, il ajoute: Les vraies gencives, les gencives permanentes, ne sont point déchirées ni percées par les dents qui sortent , comme on parait l'avoir cru jusqu'ici. Pour s'en convaincre et pour prendre une idée juste de la manière don t les dents naissantes sont chassées hors de leurs alvéoles, il faut se rappeler que tant que les dents y sont logées, elles sont renfermées chacune séparément dans de petits sacs ou follicules membraneux assez minces, dont l'orifice regarde l'ouverture des alvéoles : ces sacs sont autant de prolongemens qui viennent de la gencive passagère du côté qu'elle touche les alvéoles; ces prolongemens ou ces sacs méritent d'être bien
connus : chacun d'eux ressemble assez à une petite bourse fermée, et nous lui donnerons ce nom. Cette bourse est très adhérente intérieurement à toute la surface de la couronne du germe qu'elle contient : cette adhérence est plus infime au collet qu'ailleurs, c'est-à-dire, à l'endroit où la couronne, portion qui doit être couverte d'émail, est distinguée de la racine, qui de son côté se trouve renfermée à part dans le fond de la bourse, où elle contracte un peu d'adhérence.
Attachons-nous présentement à considérer une dent qui a déjà pris son accroissement et sa consistance dans la bourse: alors l'entrée de celle-ci se dilate et s'agrandit insensiblement : son fond avance peu à peu vers l'ouverture de l'alvéole, jusqu'à ce qu'il ait conduit le collet de la dent au niveau des bords de celte ouverture, sur lesquels la bourse se renverse de dedans en dehors pour former la vraie gencive ou la gencive permanente. C'est par cette sorte de renversement de la bourse que la couronne de la dent naissante est amenée hors de l'alvéole, où, trouvant en son chemin la fausse gencive, elle vient enfin à bout de la percer et de la déchirer par les efforts continuels qu'elle fait contre elle.»
Avantl'issue des dents, il survient par fois degraves accidens qui peuvent compromettre souvent les jours de l'enfant; ces accidens sont produits par la pression exercée sur les parlies voisines par la dent et par l'irritation qui en résulte. Je ne veux faire qu'une seule remarque à cet égard, c'est qu'on
qu'on a attribué tout-à-fait sans raison une partie des accidens dont il s'agit à la pression des troncs nerveux par la racine des dents; en effet à l'époque de l'éruption des dents les troncs sont renfermés dans des conduits parfaitement formés, et par conséquent placés au-delà de toute atteinte. Quant aux filets de ces troncs qui concourent à former le pédicule spécial des dents, il en est autrement, comme je le dirai plus loin.
article II.
Développement des dents en particulier.
L'histoire du développement particulier des dents doit naturellement être divisée en trois parties, suivant qu'elle se rapporte aux dents temporaires, aux dents permanentes, ou qu'elle traite plus particulièrement de ces curieuses anomalies qui dolent l'homme avancé en âge d'une troisième espèce de dents que, pour cette raison, on pourrait appeler senties.
§ i . Développement des dents temporaires.