C. Sillons tertiaires
Outre les sillons primaires et les sillons secondaires, qui sont des sillons typiques et constants et qui divisent la surface des hémisphères cérébraux en lobes et en circonvolutions, il existe encore des sillons tertiaires, atypiques ou inconstants, dont la disposition varie de cerveau à cerveau et qui masquent plus ou moins la topographie normale. Aussi, quand on examine la surface d'un hémisphère cérébral, doit-on toujours commencer par rechercher les sillons primaires : 1° la fissure de Sylvius que l'on trouvera sans aucune difficulté ; 2" le sillon de RoLANDo que l'on cherchera, d'une part, dans l'angle formé par le rameau horizontal postérieur et le rameau vertical antérieur de la fissure de Sylvius et, d'autre part, près de la fissure médiane interhémisphérique au-devant de la terminaison du sillon calloso-marginal ; 3° enfin la fissure pariéto-occipitale que l'on reconnaîtra facilement sur la face interne et la face externe de l'hémisphère cérébral. Par là, on a déjà les limites des différents lobes de la face externe de l'hémisphère cérébral et on trouvera facilement, dans chacun d'eux, les sillons secondaires circonscrivant le^ circonvolutions.
Sur la face inférieure de l'hémisphère cérébral on trouvera sans difficulté le commencement de la fissure de Sylvius séparant le lobe orbitaire du lobe temporo-occipital.
Enfin, sur la face interne, la fissure perpendiculaire interne et la fissure calcarine frappent de suite les regards.
Rapport entre les sillons principaux de la face externe ft les sutures de la boite crânienne.
Un point intéressant à connaître, c'est la situation des sillons et des circonvolutions par rapport aux sutures de la boîte crânienne, FiG. 80. D'après les recherches faites par un grand nombre d'auteurs, le sillon de Rolando est situé à la face interne de l'os pariétal, un peu en arrière de la suture coronaire. Sa direction est oblique en bas et en avant. Son extrémité supérieure est située 48 mm. en arrière de la suture coronaire, tandis que pour son extrémité inférieure, qui s'étend jusque près du bord supérieur de la portion squammeuse du temporal, cette distance n'est que de 28 mm.
Pour la fissure de Sylvius on prend comme point de repère la bifurcation de cette fissure en rameau horizontal postérieur et rameau antérieur ascendant; cette bifurcation se fait au point de réunion de
FiG. 80.
Rapports des sillons principaux de la face externe du cerveau terminal avec
les sutures du crâne, d'après Broca et Egker (Schwalbk).
se. R. : Sillon de Rolando. r. v. a. : Rameau vertical antérieur de
s. int. : Sillon interpariétal. la fissure de Sylvius.
se. Sylv. : Fissure de Sylvius. se. p. oec. : Fissure pariéto-occipitale.
cer. : Cervelet.
l'extrémité supérieure de la grande aile du sphénoïde avec la suture squammeuse.
La fissure pariéto-occipitale se trouve au point de réunion de la suture sagittale avec la suture lambdoïde.
Pour déterminer, sur le vivant, la position exacte des trois sillons primaires de la face externe des hémisphères cérébraux on doit avoir recours à certains points de repère fixes et tracer, avec leur secours, ce qu'on appelle la ligne rolandique, la ligne occipitale et la ligne sylvienne.
Ligne rolandique. Pour tracer cette ligne il faut commencer par établir la position exacte de l'extrémité supérieure et de l'extrémité inférieure du sillon de Rolando. Voici comment Poirier conseille de faire. Pour l'extrémité supérieure ; « Mesurer avec soin la distance qui sépare le fond de l'angle naso-frontal de l'inion (c'est-à-dire de la protubérance occipitale externe), en suivant bien la ligne sagittale ou ligne médiane arrtéro-postérieure ; prendre la moitié de cette distance
à partir du point nasal, y ajouter 2 cm. en arrière et marquer ce point qui donne certainement, à 1 cm. près, le point de la voûte qui répond au haut du sillon de Roi.ANDO ". Pour l'extrémité inférieure : " Reconnaître et tracer au crayon l'arcade zygomatique qui est sensiblement horizontale ; sur cette ligne de l'arcade élever une perpendiculaire passant juste au-devant du tragus, par la fossette ou dépression pré-auriculaire, et compter, à partir du trou auditif, 7 cm. sur cette perpendiculaire ". En réunissant les deux points on obtient la ligne rolandique.
Ligne occipitale. Cette ligne indique la position de la fissure perpendiculaire externe. Pour la tracer, il suffit de tirer une perpendiculaire sur la ligne sagittale au niveau du lambda. Celui-ci se trouve, d'après Poirier, 6 à 7 cm. au-dessus de la protubérance occipitale externe.
Lifftie sylvienne. La plus facile à tracer est la ligne de Poirier, c'est-à-dire une ligne oblique reliant le lambda à l'angle fronto-nasal en passant à 6 cm, au-dessus du trou auditif.
Ri^gion luédiaue de la face inférieui-e du cerveau.
Pour terminer l'étude de la conformation extérieure du cerveau terminal, il nous reste encore à décrire la région de sa face inférieure située sur la ligne médiane entre les deux extrémités du corps calleux. Quand on enlève la partie inférieure de l'axe cérébro-spinal par une section transversale faite au niveau du cerveau moyen, et que l'on examine la face inférieure du cerveau terminal réinii au cerveau intermédiaire, Fie. 81, on trouve, d'avant en arrière, sur chaque hémisphère : la face inférieure du lobe frontal, le commencement de la fissure de Sylvius et la face inférieure du lobe temporo-occipital. Sur la ligne médiane on voit en avant et en arrière une partie de la grande fissure médiane interhémisphérique.
La partie postérieure de cette fissure est limitée en avant par la face inférieure du bourrelet du corps calleux. La partie antérieure de la fissure médiane est limitée en arrière par le genou du corps calleux. La face inférieure du bourrelet du corps calleux présente, de chaque côté de la ligne médiane, fig. 82, deux petites dépressions qui sont les empreintes des tubercules quadrijumeaux et, plus en dehors, la bandelette grise qui relie le faisceau denté aux nerfs de Lancisi ou fasciola cinerea. Au-devant du bourrelet existe une large fente transversale qui constitue la partie moyenne de la grande fente cérébrale de Bichat conduisant dans le troisième ventricule. Cette fente de Bichat correspond latéralement à la fissure de l'hippocampe, qui limite, en dedans, ainsi que nous l'avons vu, la face inférieure du lobe temporo-occipital. La partie moyenne de la fente de Bichat est limitée en avant par la face postérieure du tronc
cérébral au niveau des tubercules quadrijumeaux. Au-devant de la fente de BiCHAT, on rencontre : le corps pinéal, ep., la surface de section du cerveau moyen, puis une région grise spéciale qui correspond au plancher du troisième ventricule et qui se trouve nettement limitée : en arrière,
FiG. 81, Face inférieure du cerveau terminal. Gr. nat. 2/3.
par les pédoncules cérébraux ; latéralement, par les bandelettes optiques et, en avant, par le cliiasma des nerfs optiques. Cette région, étudiée tout récemment par Retzius, présente un grand nombre d'organes rudimentaires qui représentent les homologues d'organes plus développés chez les vertébrés inférieurs. On y trouve, fig. 82, sur la ligne médiane, et en allant d'arrière en avant, la substance inteiyédojiculaire ou substance
perforée postérieure (substantia perfora ta posterior), s. perf. p., les corpa mamillaires pyriformes à grosse extrémité dirigée en dedans, c. mam., l'éniinence saeculairo {eniinentia saccularis) de Rinzii s, ém. sac, se présentant sous la l'orme de trois saillies dont une médiane et deux latérales, le tubercule cendré avec la tige pituitaire et l'hypophyse.
Latéralement, la lamelle grise (jui ferme à ce niveau le troisième ventricule présente encore un petit tubercule saillant pour lequel Retzils propose le nom de éminence latérale de lliypothalamus {eminentiae latérales) puis, dans le voisinage immédiat de la bandelette optique, quelques orifices vasculaires formant la zone perforée latérale [area perforata lateralis) de l'hypotlialamus.
Quand on relève le chiasma des nerfs optiques en haut et un peu en arrière, fig. 83, on voit partir du genou du corps calleux, de chaque côté de la ligne médiane, un cordon blanc, le pédoncule du corps calleux, p. Les deux pédoncules s'écartent l'un de l'autre et s'étendent le long des
anà.
FiG. 82.
Partie de la base du cerveau comprise entre le chiasma optique, les bandelettes optiques et les pédoncules cérébraux.
Gr. nat. 1 1/2.
n. opt. : Nerf optique.
s.perf. ant. : Substance perforée antérieure band. op. : Bandelette optique.
t. X)- '• Tige pituitaire.
éin. lat. : Eminence latérale.
r.perf. lat. : Région perforée latérale. ém. sacc. ; Eminence sacculaire.
c. mmn. : Corps mamillaires.
s. pert. 2^. : Substance interpédonculaire. ep. : Corps pinéal.
c. p. : Commissure postérieure.
t. quadr. : Empreinte des tubercules quadrijumeaux.
f. cin. : Fasciola cinerea.
bandelettes optiques en limitant en arrière et en dedans la substance perforée antérieure ou latérale. Ces pédoncules peuvent se poursuivre jusqu'à l'extrémité antérieure du lobe temporal. Ces deux cordons blancs ne sont
HO
que la continuation, sur la face inférieure du cerveau, des nerfs de Lancisi ou stries longitudinales médianes de la face convexe du corps calleux; ils représentent donc, au même titre que ces derniers et que le faisceau denté, une circonvolution avortée que l'on désigne actuellement, avec Zucker- KANDL, sous Ic uom dc circonvolution sous-calleuse (gyrus subcallosus). Ces deux circonvolutions circonscrivent, avec le chiasma des nerfs 0})tiques, un espace triangulaire fermé par une lamelle grise, mince et délicate, appelée lame terminale, IL De chaque côté de la ligne médiane, entre la bandelette optique en arrière, les circonvolutions frontales en avant, l'extrémité antérieure du lobe temporal en dehors et le gyrus subcallosus en dedans, existe encore une mince lamelle grise en rapport intime avec l'artère cérébrale moyenne. Cette lamelle grise est percée d'un grand nombre de petits oritices,
),, '^pecfaiit.
FiG. 83.
Partie de la face inférieure du cerveau terminal située au-devant du chiasma
et des bandelettes optiques. Gr. nat. 3/4.
h. olf. : Bulbe olfactif.
ba}id. olf. : Bandelette olfactive.
st7\ olf. ext. : Strie olfactive externe. str. olf. i7it. : Strie olfactive interne,
s.perf.ant. : Substance perforée antérieure 23. c. c. : Pédoncule du corps calleux ou circonvolu lion sous-calleuse.
It. : Lame terminale.
par lesquels passent des branches collatérales de l'artère cérébrale moyenne et de l'artère cérébrale antérieure pour se rendre aux ganglions de la
base. C'est la substance perforée antérieure ou latérale [stibstantia perforata anterior), s. per. Cette lamelle f>rise se trouve limitée en avant jiar une goutière transversale dans la(iuelle court l'artère cérébrale moyenne.
Sur la foce inférieure du lobe ri'ont;il, \i\ long du sillon olfactif, on trouve une bandelette blancbe à direction antéro-postérieure, la bandelette olfactive (tractus olfactorius). L'extrémité antérieiu-e de cette bandelette fortement renflée constitue le bulbe olfactif (bulbus olfactorius). A son extrémité postérieure, au niveau du bord postérieur du lobe orbitaire, la bandelette olfactive se renfle et produit le trigone olfactif (triyonum olfactorium) d'où partent deux faisceaux blancs appelés racines ou stries olfactives. La strie olfactive interne (stria medialis), très courte, se dirige en dedans et en arrière et se perd dans la région voisine de l'écorce céi'ébrale appelée carrefour olfactif de Broca (arca parolfactoiia Brocae). La strie olfactive externe (stria olfactoria lateralis) se dirig-e obliquement en arrière et en deliors, croise la substance perforée antérieure et se perd dans l'extrémité antérieure du lobe temporal.
Le long du bord externe de cette racine olfactive externe on voit une légère crête à direction antero-postérieure séparant la substance perforée antérieure de l'insula de Ri:n., c'est le bord fakiforme de Broca ou limcn insulae.
lie rhini'iioépliale.
Tous les organes que nous venons de décrire sur la face inférieure du cerveau terminal, entre le lobe temporal, le lobe orbitaire et les bandelettes optiques forment par leur ensemble la partie du télencépbale à laquelle on donne le nom de rhinencéphale {rhinencephalon).
On divise ce rbinencépbale en une partie antérieure {pars anterior) et une partie postérieure {pars poslerior)
La partie antérieure comprend le bulbe, la bandelette et le trigone olfactifs, la strie olfactive interne et le carrefour olfactif de Broca. La partie postérieure est formée par la circonvolution sous-calleuse, la substance perforée antérieure, la strie olfactive latérale et le limen insulae. Ces deux parties sont séparées l'une de l'autre par un petit sillon transversal, le sulcus parolfactorius posterior.
A ce rbinencépbale certains auteurs rattachent encore la circonvolution limbique de Broca, laquelle, cbez les animaux qui ont le bulbe olfactif fortement développé, prend elle-même un développement considérable.
Littérature.
Gi'i.BKRG : Zur Morphologie der Insula Reilii ; Anatomisclier Anzeiger, 1887, pp. 659-665. — Ebkrstali.er : Zur Anatomie und Morphologie der Insula Reilii ; Ibid., 1887, pp. 739-750. — M. et M'"^ Dejerink : Anatomie des centres nerveux. Tome premier, Paris. 1895. — Poirier : Traité d'anatoniic humaine. Tome troisième. Paris. 1895. — G. GiACOMiNi : Variétés des circonvolutiojis cérébrales chez l'homme. Archives italiennes de Biologie. T. I, 1882, pp. 231 à 260; pp. 333 à 366. — G. Giacomim : Bandelette de Vuncus de Vhyppocampo dans le cerveau de l'homme et de quelques animaux; Ibid., T. II, 1882, p. 207 à 225 ; — G. Giacomini : Fascia dentata du grand Hippocampe dans le cerveau de l'homme ; Ibid. T. V, 1884, pp. 1 à 16 ; pp. 205 à 218; pp. 396 à 416. — G. Retzius : Ueber ein dem Saccus Vasculosus entsprechoidcs Gebilde am Gehirm des Menschen und anderer Sàugethiere. Biologische Untersuchungen. Neue Folge, Bd. VII, 1895, pp. 1-5.