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Anatomie du système nerveux de le homme

Les progrès réalisés dans nos connaissances concernant la structure interne du système nerveux central ont toujours marché de pair avec les progrès de la technique opératoire. C’est ainsi qu’au commencement de ce siècle, à l’époque où Reil fit connaître le durcissement artificiel du cerveau comme un moyen propre à faciliter les recherches anatomiques, on connaissait, il est vrai, les mille détails visibles sur la face externe de l’axe nerveux, mais on n’avait aucune idée de son organisation interne.

Les cerveaux durcis dans l’alcool ont alors été étudiés, pendant la première moitié de ce siècle, au moyen du couteau pour la dissection anatomique et au moyen de la pince pour la dissociation et la poursuite des fibres nerveuses.

La découverte importante faite par Ehrenberg en i833, montrant le système nerveux central constitué d’un nombre incalculable de tubes capillaires, et la découverte des cellules nerveuses par v. Helmholtz, Remak, Ehrenberg et Purkinje (i838 à 1840) nécessitèrent bientôt de nouveaux procédés d’investigation.

C’est alors que Stilling inaugura la méthode des coupes en série, et, avec elle, la poursuite des différents faisceaux nerveux à travers tout le système nerveux central.

Faites au rasoir et à main levée, sur des pièces uniquement durcies dans l’alcool, ces coupes furent examinées comme telles dans un peu de glycérine.

Ce procédé, tout primitif qu’il puisse paraître de nos jours, n’a pas empêché Stilling de jeter les bases de l’anatomie de la moelle

épinière, de la moelle allongée, de la protubérance annulaire et du cervelet telle qu’on la trouve dans tous les traités classiques modernes. C’est ce même procédé, combiné avec la méthode des dissociations au moyen de la pince, que Meynert a employé dans ses recherches très étendues sur la structure des différentes parties de l’axe cérébrospinal. Stilling et Meynert ont fait, à eux deux, avec la méthode des dissociations à la pince, plus de découvertes dans l’anatomie du système nerveux que tous les savants qui les ont précédés.

La méthode inaugurée par Stilling est encore la seule employée de nos jours ; c’est à elle que l’on doit, en toute première ligne, toutes les découvertes importantes faites depuis un demi siècle.

Elle a cependant subi, entre les mains des successeurs de Stilling, des améliorations notables. L’alcool fut bientôt remplacé par l’acide chromique dilué et par des solutions étendues de bichromate de potassium amenant un durcissement plus régulier et donnant aux pièces une consistance plus ferme. La découverte du microtome facilita considérablement la confection de coupes fines et régulières, tout en fournissant des séries plus complètes. En l858, Gerlach fit connaître les avantages de la coloration des coupes au moyen du carmin ; puis vinrent les couleurs d’aniline et, en particulier, la nigrosine. En 1884 enfin, Weigert publia sa méthode remarquable permettant de colorer par l’hématoxyline la gaine de myéline des fibres nerveuses à l’exclusion de tous les autres éléments du tissu nerveux.

Pour résoudre, avec ces différents moyens d’investigation, le difficile problème du trajet des routes nerveuses, les auteurs se sont adressés tour à tour à l’étude du système nerveux normal (Stilling, Meynert, etc.) ; à l’étude des dégénérescences secondaires, soit pathologiques (Türck, Bouchard, Charcot et ses élèves, Flechsig, v. Monakow, etc.), soit expérimentales (Singer, Singer et Münzer, v. Monakow, Schiefferdecker, Marchi, etc.) ; à celle des altérations survenues dans l’axe cérébro-spinal consécutives à des atrophies périphériques congénitales, accidentelles ou expérimentales (méthode de GuDDEN) ; enfin à la fameuse méthode de Flechsig consistant à

vir

poursuivre les différents faisceaux nerveux à des époques variables du développement embryologique, grâce à ce fait constaté par Flechsig lui-même, que les fibres des différents faisceaux prennent, à des époques différentes, leur gaine de myéline.

Toutes ces recherches nous ont donné, sur la structure interne de l’axe nerveux, des idées générales assez bonnes, mais hypothétiques dans leurs points essentiels.

Ce sont ces idées sur le trajet des routes nerveuses et sur les connexions probables des fibres qui les constituent que l’on trouve développées dans tous les traités classiques.

L’anatomie du système nerveux ne consiste cependant pas uniquement dans une description pure et simple des différents faisceaux de fibres nerveuses qui servent à l’édifier. Ce qu’il importe avant tout de connaître, pour se faire une idée de son organisation interne, c’est l’endroit précis où chacune de ces fibres nerveuses trouve son origine ; c’est encore l’endroit où toutes ces fibres nerveuses se terminent ; ce sont surtout les multiples connexions qui s’établissent par ces fibres nerveuses, soit dans l’axe cérébro-spinal lui-même, soit en dehors de cet axe dans les organes périphériques ; c’est enfin le mode particulier suivant lequel s’exécutent toutes ces connexions centrales et périphériques

La découverte, faite par Wagner en i85r, établissant que, parmi les prolongements multiples d’une cellule nerveuse, un seul était en relation directe avec une fibre nerveuse, découverte confirmée et généralisée par Deiters en 1864, a fait faire le premier pas à la science dans cette voie nouvelle.

Cette découverte de Wagner et de Deiters s’appliquait seulement aux cellules nerveuses de la corne antérieure de la moelle épinière, dont un prolongement se continue, en réalité, avec le cylindre-axe d’une fibre motrice des racines antérieures. Une disposition semblable ne fut que soupçonnée par Deiters pour les cellules nerveuses de la corne postérieure et pour leurs connexions avec les fibres des racines sensitives. Pour expliquer, avec une pareille structure de la moelle, les connexions morphologiques entre les cellules de

la corne antérieure et celles de la corne postérieure, les auteurs admettaient l’existence d’anastomoses entre les prolongement protoplasmatiques des cellules sensitives et des cellules motrices.

Vint alors, en 1871, la découverte importante de Gerlach, établissant que les fibres des racines postérieures ne représentent pas les prolongements cylindraxiles des cellules nerveuses de la corne postérieure, mais démontrant que ces fibres, dès leur entrée dans la corne postérieure, se divisent et se subdivisent pour se perdre dans la substance grise.

Cette découverte de Gerlach remettait en question l’important problème des connexions centrales reliant les fibres sensitives aux cellules motrices.

Mais les procédés d’investigation dont on disposait à cette époque étaient insuffisants pour résoudre toutes les données du problème. En l’absence d’observations positives, on a eu recours à des hypothèses : telle l’existence d’un réseau nerveux continu dans la substance grise de tout l’axe cérébro-spinal mettant en connexion directe les unes avec les autres les cellules nerveuses de tout le système nerveux central. Ce réseau nerveux de Gerlach aplanissait, en apparence au moins, toutes les difficultés. Il fut admis sans conteste par presque tous les physiologistes et a régné, comme un fait établi, dans la science pendant une quinzaine d’années.

Il est bien vrai qu’à partir de 1886, HlS, professeur à l’Université de Leipzig, se basant sur de nombreuses et patientes recherches embryologiques, s’efforça de battre en brèche l’existence d’un réseau nerveux ; la doctrine était trop fortement assise pour s’ébranler au premier coup.

Des observations et des considérations anatomo-pathologiques conduisirent Forel, en 1887, à la même conclusion.

Pour donner une nouvelle impulsion à nos connaissances anatomiques dans le domaine du système nerveux, il fallait de nouvelles méthodes d’investigation. Elles ont été fournies presque en même temps par Golgi et par Ehrlich.

Golgi, professeur à Pavie, avait fait connaître, dès 1873 déjà,

une méthode toute spéciale permettant de mettre en évidence, avec la plus grande netteté, les cellules nerveuses avec tous leurs prolongements. Cette méthode consiste à traiter successivement les parties quelconques du système nerveux central par du bichromate de potassium ou du sublimé corrosif et une solution de nitrate d’argent. Le chromate d’argent ou le chlorure d’argent se précipite, et les éléments constitutifs du tissu nerveux, jouissant de la propriété de fixer ces sels d’argent, apparaissent colorés en noir.

Cette méthode est restée pour ainsi dire dans l’oubli pendant une quinzaine d’années. Sa véritable valeur n’a été mise en lumière qu’à partir de 1888, époque à laquelle un savant espagnol du plus grand mérite, Ramon y Cajal, appliqua la méthode de Golgi à l’étude du système nerveux embryonnaire et montra, par de nombreuses découvertes, tout le profit qu’on pouvait en tirer pour la science. Elle a été employée dans la suite, avec un égal succès, pour l’étude des différentes parties du système nerveux aussi bien chez les animaux inférieurs que dans les différents groupes de vertébrés et chez l’homme, par KôLliker, nous-même, Pedro Ramon, v. Lenhossek, Retzius, L. Sala, Cl. Sala, Edinger et un grand nombre d’autres auteurs.

La méthode au bleu de méthylène date de 1886. C’est à cette époque que Ehrlich a découvert ce fait important, que l’injection intra-veineuse dune solution de bleu de methylene, chez un animal vivant, détermine la coloration exclusive des éléments nerveux, dès que les tissus ainsi injectés arrivent au contact de l’air. La même coloration s’obtient, lorsqu’on laisse des tissus enlevés à un animal fraîchement tué s’imbiber quelque temps dans la même solution.

Cette méthode de Ehrlich, appliquée par Biedermann et Retzius chez les animaux inférieurs, par Ehrlich, Arnstein, Dogiel et beaucoup d’autres à l’étude de la structure interne de parties nerveuses chez les animaux supérieurs, a confirmé dans ses points essentiels les résultats fournis par la méthode de Golgi.

Ces deux méthodes, appliquées avec un rare bonheur en Espagne, en Allemagne, en Italie, en Suède et en Belgique, ont

révélé, coup sur coup, une quantité innombrable de faits nouveaux et ont amené ainsi une véritable révolution dans nos connaissances sur la structure interne du système nerveux central.

Elle serait trop longue à dresser la liste des découvertes dont la science est redevable à ces deux méthodes. En voici quelquesunes prises au hasard :

Il n’existe pas de réseau nerveux.

Il n’existe pas de fibre nerveuse indépendante d’une cellule nerveuse, mais toute fibre, quelle qu’elle soit, doit être considérée comme le prolongement cylindraxile d’une cellule nerveuse.

Une cellule nerveuse avec tous ses prolongements constitue un élément nerveux indépendant, une unité nerveuse, un neurone.

Tous les éléments nerveux sont indépendants les uns des autres.

La transmission des ébranlements nerveux d’un neurone à un autre neurone ne se fait pas par continuité, mais par contiguïté ou contact.

Tout le système nerveux cérébro-spinal et sympathique est formé d’éléments nerveux superposés.

La transmission de l’ébranlement nerveux, dans un neurone donné, se fait toujours d’après une direction déterminée : elle va des prolongements protoplasmatiques au corps cellulaire, du corps cellulaire au prolongement cylindraxile et, par celui-ci, aux prolongements protoplasmatiques d’un autre élément nerveux.

En présence de ces faits nouveaux d’une importance capitale, de nouvelles idées se sont fait jour sur la structure interne du système nerveux central, et les auteurs se convainquent de plus en plus que l’anatomie du système nerveux ne consiste pas uniquement dans la description plus ou moins exacte des différents faisceaux de fibres nerveuses qui entrent dans sa constitution et dans la recherche de leur trajet souvent assez complexe. Ce n’est là que le premier pas. Ce n’est là qu’un travail préparatoire à l’exécution duquel ont largement contribué et la méthode de coloration des fibres nerveuses de Weigert, et l’étude des dégénérescences secondaires

d’après la méthode de Gudden et la méthode embryologique de Flechsig.

Si nous voulons voir clair dans la structure interne du système nerveux, si nous voulons saisir la valeur morphologique et physiologique des différents faisceaux qui constituent ce système, nous devons reprendre, avec les méthodes nouvelles, tous les faisceaux qui ont été décrits et nous demander pour chacun d’entre eux : Où les fibres nerveuses qui constituent ce faisceau ont-elles leurs cellules d’origine? Où ces fibres nerveuses vont-elles se terminer? Avec quels éléments ces cellules nerveuses arrivent-elles en contact? A quels éléments les prolongements cylindraxiles de ces cellules nerveuses vont-ils transmettre l’ébranlement nerveux?

C’est là sans aucun doute un travail long et laborieux.

Les résultats brillants obtenus dans un espace de cinq années par la méthode au chromate d’argent de Golgi et par la méthode de Ehrlich prouvent amplement que ce travail n’est pas au-dessus des forces humaines.

« La science ne consiste pas seulement dans une accumulation de faits isolés, écrivait le vieux Burdach en 1819 (1). Il faut que de temps en temps on réunisse tous les faits nouveaux en un corps de doctrine. C’est seulement quand d’un seul coup d’œil on peut embrasser tout l’édifice que l’on s’aperçoit plus facilement et des lacunes qu’il présente et de la direction qu’il faut imprimer aux recherches futures ».

Ce sont ces paroles qui nous ont encouragé dans l’idée de réunir en un vaste ensemble les nombreux faits dont la science s est enrichie pendant ces cinq dernières années. Nous aurions voulu retarder cette publication de quelques années encore : nous aurions pu acquérir d’ici là un peu plus d’expérience personnelle, en même temps que les faits nouveaux que l’on découvre tous les jours seraient venus combler bien des lacunes. Mais nous avons

(1) Cité d après Edinger : Zwôlf V orlestingcn über den Batt der ncrvôsen Ceiitralorgane. Leipzig, !892, p. 9.

dû nous incliner devant la nécessité, dans laquelle nous nous trouvons, de dispenser les nombreux étudiants, qui suivent chaque année nos leçons, de la lourde et fatiguante besogne de recueillir par écrit toutes nos paroles, plus préoccupés en somme d’annoter jusque dans leurs moindres détails toutes nos descriptions que de suivre pas à pas les idées que nous développons devant eux.

Nous n’avions pas même la ressource de les renvoyer à tel ou tel des nombreux traités d’anatomie parus dans ces dernières années, puisque les nouvelles idées sur la structure des centres nerveux semblent ne pas encore avoir reçu droit de cité. C’est ainsi que Testut, dans son excellent traité d’anatomie humaine paru en 1891, donne une description très détaillée et très précise des différentes parties de l’axe cérébro-spinal, mais semble ignorer complètement les travaux parus depuis 1888. C’est ainsi encore que Obersteiner, dans la deuxième édition de son livre « Anleitung beim Studium des Baltes der Nervôsen Centralorgane im gesunden und kranken Zustande. » Leipzig, 1892, dont une traduction française vient de paraître il y a à peine quelques mois, ne fait nulle part mention des idées nouvelles.

Nous avons, il est vrai, recommandé chaudement à nos élèves la troisième édition du livre du Dr Edinger « Zwôlf V orlesungen ûber den Bau der nervôsen Centralorgane », Leipzig, 1892, qui a accueilli avec enthousiasme les résultats des travaux de ces dernières années. Mais la plupart ne nos étudiants ignorent la langue allemande, et, de plus, le livre du Dr Edinger, étant écrit pour des médecins, suppose connus une foule de détails dont nos étudiants avaient le plus grand besoin.

Nous nous sommes donc décidé à publier nos leçons sur l’anatomie du système nerveux telles que nous les avons faites devant nos élèves pendant le trimestre d’été de l’année i8g3. Nous les avons quelque peu modifiées au cours de leur publication,' parce que nous avons voulu utiliser le récent travail de H. Held sur le trajet de la voie acoustique centrale, et que nous y avons ajouté des considérations nouvelles sur le trajet probable de la

voie sensitive centrale en connexion avec les nerfs périphériques de la moelle épinière et du tronc cérébral.

Nous avons voulu faire cette publication sous forme de « Leçons », parce que, étant destinée directement à l’enseignement, elle nous permettait de passer sous silence une foule de détails momentanément encore dépourvus d’importance pratique, et dont l’énumération fastidieuse ne peut qu’embrouiller le débutant. Ces détails ne trouvent leur place utile que dans de véritables « Traités » destinés à énumérer la somme totale des connaissances acquises sans tenir compte de leur importance relative.

Un autre motif qui nous a engagé à conserver à cette publication le caractère de « Leçons », c’est que ce genre de publication donne à l’auteur une plus grande liberté ; il tolère les redites, il permet que de temps en temps on retourne quelques pas en arrière, on jette un coup d’œil sur les leçons qui ont précédé pour mieux faire ressortir tel ou tel détail, telle ou telle structure, laquelle peut avoir une importance plus grande que les autres pour des étudiants qui se préparent à la carrière médicale. Rien de mieux d’ailleurs, pour faire entrer une vérité dans l’esprit de ses auditeurs, que de la leur présenter à des époques différentes et sous des aspects quelque peu variés.

Nous avons suivi, dans ces leçons, le même . ordre que le Dr Obersteiner dans son livre. Nous avons d’abord consacré les sept premières leçons à l’étude de ce qu’on peut appeler « la grosse anatomie de l’axe cérébro-spinal ». Nous y avons décrit les différentes parties constitutives de l’axe nerveux, ainsi que tous les détails macroscopiques visibles soit sur la face externe de la moelle épinière, de l’arrière cerveau, du cerveau postérieur et du cerveau moyen, soit sur la face externe et sur des coupes macroscopiques du cerveau intermédiaire et du cerveau antérieur.

Cette description macroscopique est suivie d’une leçon consacrée à l’étude des méninges.

Nous abordons alors l’étude de la structure interne du système nerveux central. Ici nous devons faire appel aux connaissances his-

tologiques acquises antérieurement. Ces connaissances sont de la plus haute importance si l’on veut s’orienter quelque peu dans les leçons ultérieures. Pour raviver tous les souvenirs, nous les avons passées rapidement en revue dans les leçons g et io.

Ainsi orienté quelque peu sur les différentes parties constitutives de l’axe cérébro-spinal et sur les éléments histologiques qui servent à les édifier, nous reprenons chacune de ces parties pour son compte et nous y étudions successivement :

i° La structure interne, au moyen d’une série de coupes transversales.

2° La circulation artérielle et veineuse, en insistant d’une façon toute spéciale sur l’origine et le mode de distribution des artères nourricières.

3° Les nerfs phériphériques qui dépendent de chaque partie de l’axe nerveux.

Cette longue étude forme l’objet des leçons n à 3i.

Dans cette étude nous avons dû signaler bien des détails qui à plusieurs paraîtront peut-être superflus. Pour séparer le principal de l’accessoire, les faits essentiels des détails secondaires, nous avons repris, dans les leçons 32 à 37, une vue générale de la structure de l'axe cérébro-spinal. Nous avons divisé les faisceaux de fibres nerveuses qui constituent l’axe nerveux en voies longues et en voies courtes. Les voies longues comprennent la voie motrice, la voie sensitive, les fibres des pédoncules cérébelleux inférieurs, les fibres des pédoncules cérébelleux supérieurs et celles des faisceaux cortico-protubérantiels. Les voies courtes correspondent aux fibres du faisceau fondamental des trois paires de cordons de la moelle épinière et à celles du faisceau longitudinal postérieur.

Tous ces faisceaux de fibres nerveuses ont été étudiés, chacun pour son compte, depuis son origine jusqu’à sa terminaison. Nous avons insisté principalement sur le trajet des fibres sensitives dont la connaissance exacte est d’une importance capitale en pathologie nerveuse. Nous terminons cet aperçu général de la structure de l’axe nerveux par quelques considérations sur les voies réflexes.

Ces six leçons forment, en quelque sorte, la quintessence de tout ce que les étudiants en médecine et les médecins doivent savoir de la structure des centres nerveiix. Aussi ne saurions-nous trop engager tous ceux qui lisent ces leçons, non pas de les parcourir les unes après les autres, telles que nous les avons publiées, mais de recourir de temps en temps a ces leçons finales , de les lire, par exemple, après avoir terminé l’étude de la grosse anatomie de l’axe cérébro-spinal \ de les relire encoie après chaque série de leçons consacrées à une partie quelconque de l’axe nerveux. De la sorte, ils retireront de cette lecture tout le profit désirable.

Ce livre se termine par une leçon très sommaire consacrée à l’étude du système nerveux sympathique.

Le livre que nous publions aujourd’hui est loin d’être parfait. Nous en avons la conviction profonde. Nous avons fait de notre mieux pour le rendre le moins imparfait possible.

Nous l’avons illustré d’un nombre considérable de figures, convaincu que, dans un domaine aussi complexe que celui de la structure interne du système nerveux, il vaut mieux reproduire dix figures de trop qu’une figure de trop peu. Ces figures correspondent d’ailleurs aux dessins que, pendant nos leçons, nous avons l’habitude de faire à la planche. Elles ont été dessinées, sous nos yeux et d’après nature, par M. Ferd. Giele, graveur et dessinateur à Louvain. Toutes les pièces anatomiques qui ont servi à la confection de ces dessins ont été préparées par nous dans ce but spécial. M. Giele a apporté à l’exécution de ces figures un véritable talent et une scrupuleuse exactitude. Les dessins, faits à l’encre de Chine, ont été reproduits à la zincogravure par la maison Malvaux de Bruxelles.

Avant de finir cette introduction, nous tenons encore à remercier notre ami, M. L. Gedoelst, qui a bien voulu se charger avec nous de la correction des épreuves.

A. VAN GEHUCHTEN.

Louvain, i Octobre i8ç3.

Préface de la deuxième édition.

La première édition de ces leçons, tirée à noo exemplaires, a été épuisée en moins de deux ans et demi. Ce fait prouve, à lui seul, que notre livre, au moment où nous l’avons publié, répondait à un besoin réel de la Science neurologique. La deuxième édition que nous publions maintenant est bien plus un livre nouveau que la réédition de nos anciennes leçons. Elle a été entièrement retravaillée depuis la première page jusqu’à la dernière et si le nombre des leçons n’a été majoré que de quatre, par contre, le nombre des pages est monté, à notre grand regret, de 585 à 917 et le nombre des figures de 525 à 61g.

Il nous serait impossible d’énumérer toutes les modifications que, dans l’intérêt des études anatomiques, nous avons cru devoir apporter aux leçons telles qu’elles ont été publiées il y a trois ans. Nous nous contenterons de noter les plus importantes.

1° La nomenclature anatomique a été modifiée en ce sens que nous avons adopté pleinement la nomenclature nouvelle arrêtée par la commission instituée à cet effet, par la Société anatomique (Anatomische Gesellschaft).

2° Depuis la publication de notre première édition, nos connaissances concernant la structure interne des cellules nerveuses ont fait de grands progrès, grâce à l’introduction dans la technique microscopique de l’importante méthode de Nissl. Nous avons cru devoir insister longuement sur les résultats actuellement acquis à la science par les recherches de Nissl, Lugaro, Cajal, Marinesco, etc. et par nos propres observations et sur la valeur respective qu’il faut attribuer aux deux parties constitutives du protoplasme de cellules nerveuses : la partie chromatique et la partie achromatique.

3° La nouvelle division de l’écorce cérébrale en zone des centres de projection et zone des centres d’association, proposée par Flechsig à la suite de ses recherches embryologiques, nous a paru tellement importante, jette une lumière si vive sur la valeur relative que nous devons attribuer aux différentes régions de nos hémisphères cérébraux que, sans attendre que des recherches ultérieures soient venues confirmer les conclusions de Flechsig, nous avons cru de notre devoir d’y consacrer une leçon.

4° Enfin, pour permettre à nos étudiants de consulter les travaux originaux se rapportant aux diverses questions traitées dans cet ouvrage, nous avons fait suivre chacune des leçons d’une littérature indiquant les principaux travaux auxquels nous avons eu nous-même recours. Cette littérature est loin d’être complète. Elle présente, nous n’en doutons en aucune façon, de nombreuses et peut-être de graves lacunes. Nous avons cependant fait de notre mieux pour la rendre aussi complète et aussi exacte que possible.

Nous nourrissons l’espoir que cette deuxième édition recevra du public scientifique et médical le même accueil favorable que celui qu il a bien voulu réserver à la première. En la publiant nous n’avons eu qu’un désir : contribuer pour autant que nos efforts nous le permettent à faire connaître la structure interne des centres nerveux, convaincu que cette connaissance de l’anatomie du système nerveux est indispensable à tout médecin qui veut s’occuper un jour et avec succès de pathologie nerveuse ou mentale.

Avant de finir, qu il nous soit permis d’adresser tous nos remercîments à notre éditeur, M. Uystpruyst, pour les soins qu’il a bien voulu apporter à 1 exécution typographique de ces leçons.

A. VAN GEHUCHTEN.

Louvain, i Octobre i8q6.

Préface de la troisième édition.

Nos connaissances concernant la structure interne du système nerveux se modifient et se complètent de jour en jour. C’est là le motif pour lequel la deuxieme édition de notre Anatomie du système nerveux de l’homme, publiée il y a trois ans et complètement épuisée, demande à être revisée de fond en comble.

Ce fait ne présente rien de bien extraordinaire surtout si l’on se rappelle l’énergie croissante avec laquelle on poursuit, dans presque tous les laboratoires, l’étude de l’organisation interne du névraxe. Dans ce court espace de trois années, que de faits nouveaux sont venus enrichir le patrimoine de la science neurologique ! On ne peut s’en rendre un compte exact qu’en retravaillant, comme nous venons de le faire, toute l’anatomie du système nerveux. Tous ces faits n’ont pu trouver place dans cette nouvelle édition ; nous avons dû nous contenter d’enregistrer les plus importants de crainte de dépasseï outre mesure les limites que nous nous sommes tracées pour ces leçons.

Voici, prises au hasard, quelques-unes des principales modifications qui feront de cette troisième édition un livre nouveau, entièrement à la hauteur — croyons-nous — de la science neurologique

moderne.

P) Au niveau de l’extrémité antérieure de la circonvolution de l’hippocampe, nous signalons, d’après les recherches de Retzius, deux circonvolutions, non encore décrites, en connexion intime avec le rhinencéphale.

2°) La doctrine des neurones a été vivement combattue, dans ces derniers temps, par Apathy, Held, Bethe et Nissl. Nous nous sommes fait un devoir d'exposer largement et complètement lts idées de ces auteurs afin de bien faire ressortir que les faits actuellement acquis ne sont pas en opposition avec cette doctrine fondamentale.

3) Cajal a contesté l’intervention du corps cellulaire du neurone dans la fonction de conduction de l’ébranlement nerveux. Il s’est appuyé sur ce point pour modifier la formule de la théorie de la polarisation dynamique des éléments nerveux. Nous avons montré, par des expériences nouvelles, que ces idées de Cajal ne peuvent pas s’appliquer aux cellules des ganglions cérébro-spinaux.

4°) Le problème de l’amiboïsme des éléments nerveux n’a pas encore reçu de solution définitive malgré les nombreux travaux consacrés à son étude. Nous nous sommes efforcé de donner un aperçu complet de l’état actuel de la science sur cette question importante.

5° Les idées concernant la structure réticulée du protoplasme des cellules nerveuses ont subi des modifications profondes à la suite des travaux de Apathy, Bethe, Golgi, Veratti et Nelis, que nous nous sommes fait un devoir d’analyser complètement.

6°) Un chapitre entièrement nouveau a été consacré à l’étude des modifications cellulaires qui caractérisent les différents états fonctionnels, ainsi que des modifications consécutives aux lésions variées du prolongement cylindraxile, aux empoisonnements et aux intoxications.

7°) La question si importante de l’origine et du trajet des fibres descendantes du cordon latéral et surtout du cordon postérieur de la moelle épinière a fait l’objet de travaux importants; il en est de même de la question toute nouvelle des localisations sensitives et motrices médullaires.

8°) L’application de la méthode de Nissl à l’étude de l’origine réelle des nerfs crâniens a entraîné des modifications profondes dans ce chapitre important de l’anatomie du système nerveux.

9° L’étude des connexions cérébelleuses, quoique très incomplète encore, a fait cependant dans ces trois dernières années, des progrès considérables.

Toutes ces questions nouvelles sont appuyées sur des recherches personnelles entreprises seul ou avec la collaboration de nos élèves C. Nélis, J. Van Biervliet et C. de Neeff ou avec le concours du D1 Soukhanow, assistant à l’Université de Moscou et du Dr Pavlow, privat-docent à l’Université de Charkow.

A. VAN GEHUCHTEN.

Louvain, io août 1899.

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