PARIS G. MASSON, ÉDITEUR
LIBRAIRE DE L'ACADÉMIE DE MÉDECINE 120, boulevard Saint-Germain, en face de l'École de Médecine
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PRÉFACE DE M. LE PROFESSEUR CHARCOT
L'Atlas que publient MM. Paul Blocq et Albert Londe est composé de documents recueillis, pour la plupart sous mes yeux, dans le service de la Clinique des maladies du système nerveux à la Salpêtrière. C'est dire que le plus grand nombre des préparations qui y sont figurées ont été examinées par moi et qu'elles concernent des malades que j'ai étudiés cliniquement au cours de mes leçons. Cette circonstance me met fort à l'aise pour présenter au public cette publication et la lui recommander, car je puis sans réserve me porter garant du soin scrupuleux (jue les auteurs y ont apporté.
Lorsque j'ai sous les yeux les planches de ce beau livre, je ne puis m'empêcher de me remettre en mémoire ce que je disais il y a presque vingt ans à propos de l'influence de l'intervention de l'anatomie pathologique dans les choses de la clinique, en matière de pathologie spinale. Qu'on me permette de le reproduire ici. « L'étude de la moelle épinière à l'aide du grossissement, disais-je, a seule le pouvoir de combler les désiderata que nous venons de signaler, à propos de l'anatomie à l'œil nu. Ses procédés d'ailleurs sont applicables à divers points de vue. Elle peut, en premier lieu, se proposer de remonter jusqu'aux éléments anatomiques eux-mêmes et chercher les modifications qu'ils subissent aux diverses phases de l'évolution du processus morbide. On peut encore diriger à un autre point de vue l'étude de la moelle faite à l'aide des grossissements. Il existe en effet une sorte danatomie topographique microscopique dont l'objet est d'examiner les parties dans leurs rapports nati 's, sans destruction, sans dilacération. Il s'agit alors principalement de reconnaître d'une façon exacte, dans les faisceaux blancs ou dans les divers départements de la substance grise, quelle est l'étendue, la configuration, la répartition des altérations, de suivre leur mode d'extension lorsque.
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débordant au delà de leur foyer primitit, elles se propagent aux régions voisines ou se communiquent même à des régions éloignées. »
« On doit, si je ne me trompe, à ce mode d'investigation une bonne partie des progrès récemment accomplis dans l'histoire, longtemps presque inextricable, des maladies spinales chroniques. Ce résultat était d'ailleurs facile à prévoir. L'expérimentation sur l'animal, malgré ses procédés comparativement grossiers, avait suftî cependant pour mettre hors de doute que, dans ce cordon mince qu'on appelle la moelle épinière, il n'existe, pour ne parler que des faisceaux blancs, plusieurs régions répondant en quelque sorte à autant d'organes dont les fonctions, malgré l'analogie de composition, sont tout à fait distinctes. Dans la substance grise elle-même il y a lieu, vous le savez, d'étabhr à ce point de vue un certain nombre de circonscriptions plus ou moins nettement séparées. »
« La pathologie à son tour était venue confirmer d'une manière générale ces données, en montrant qu'une lésion hmitée à tel ou tel de ces départements se traduit chaque fois par un ensemble particulier de symptômes; mais elle devait encore de nos jours, avec l'aide de nouveaux moyens d'étude anatomique, aller plus loin, devancer sur plusieurs points l'expérimentation. »
« Gehe-cien effet, même entre les mains de l'opérateur le plus habile, pourra-t-elle jamais, dans un organe aussi déhcat que l'est la moelle, déterminer des lésions exclusivement bornées, par exemple, à certains groupes de cellules nerveuses, à certains faisceaux de fibres. Il est permis d'en douter. La maladie au contraire produit journellement de telles lésions, et l'anatomie topographique de la moelle nous les fait reconnaître avec la plus grande précision ; elle nous permet de constater quel groupe de cellules, quels faisceaux de fibres nerveux ont été irrités, atrophiés ou détruits. Mettez en présence d'une anatornie aussi délicate des observations recueillies avec soin, où l'analyse des symptômes se montrera d'autant plus complète, d'autant plus profitable qu'elle aura été faite à la lumière des connaissances anatomiques ou physiologiques préalables, et vous aurez entre les mains les conditions d'une expérience s'opérant, si l'on peut ainsi dire, spontanément et s'opérant sur l'homme, ce qui, dans l'espèce, est un avantage inestimable (1). »
Ailleurs, je disais encore en parlant des travaux récents à l'époque, relatifs à l'anatomie morbide des centres nerveux : « Tous semblent en quelque sorte dominés par ce qu'on pourrait appeler l'esprit de localisation, lequel n'est en somme qu'une émanation de l'esprit d'analyse. L'idée de localiser n'est certainement pas chose nouvelle en anatomie pathologique; elle est aussi vieille que cette science elle-même, bien ([ue Bichat l'ait, à la vérité, le premier formulée avec netteté en même temps
(1) L'-eons sur les maladies du système nerveux, t. II, p. 6, 7. Paris, 1886.
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qu'il en faisait ressortir toute la portée scientifique, mais peut-être jamais n'avait-elle été poursuivie avec autant de vigueur et de logique. »
« Qu'entend-on en somme par ce terme: /ocf//?>er?Enanatomie pathologique c'est: déterminer dans les organes, dans les tissus, le siège, l'étendue, la configuration des altérations matérielles et palpables; en physiologie pathologique, c'est, mettant à profit les données de l'observation clinique et s'éclairant des données expérimentales, établir les rapports entre les troubles fonctionnels constatés durant la vie et les lésions révélées par l'autopsie. . . . »
« Ces deux points de vue doivent être l'objet d'une attention égale, car ce n'est pas seulement l'anatomie pathologique contemplative, étudiant la lésion en elle-même et pour elle-même que nous devons connaître, c'est l'anatomie pathologique mise au service de la physiologie et de la chnique, appliquée en un mot à la solution de tous les problèmes pathologiques qui sont de son ressort (1). »
Aujourd'hui que l'accord est fait unanimement sur ces questions, tout ce qui précède pourra paraître un peu vieilli, un peu démodé. Cependant, toute réflexion faite, si j'avais à reprendre le sujet, en tant qu'il s'agirait de signaler les principes et la méthode, je ne verrais pas grand'chose à y changer; car en somme c'est bien dans cet esprit-là qu'ont été conduits tous les travaux qui, au cours de ces dernières années, dans la géographie de la moelle épinière, ont singulièrement rétréci l'aire des tenues inconnues.
Les anciens faisceaux postérieurs, par l'étude des lésions systématiques, avaient été décomposés déjà en deux régions distinctes : les faisceaux de Goll et les zones radiculaires postérieures; les faisceaux antéro-latéraux des auteurs avaient été à leur tour divisés en trois régions : faisceaux pyramidaux, faisceaux de Turck, zones radiculaires antérieures; aujourd'hui, pour ne parler que de la substance blanche, nous aurions à énumérer en plus bien d'autres découvertes, à savoir : les faisceaux de Gowers, les zones de Lissauer, les zones marginales antéro-externe et postéroexterne de Westphal, le centre ovale de Flechsig, etc., etc. Et cette multiplication des zones, des faisceaux, des régions plus ou moins autonomes qu'on vient de dénommer n'est pas, tant s'en faut, l'expression d'un vain morcellement sans portée pratique; à chacune de ces acquisitions nouvelles correspond en effet un perfectionnement nouveau dans le domaine de la chnique. Et ainsi se trouve, une fois de plus, démontrée d'une manière éclatante l'heureuse influence des recherches anatomiques intimement associées aux études cliniques sur le développement de la pathologie des centres nerveux.
(1) Leçmi sur les localisations dans les maladies du cerveau et de la moelle épinière. 1887, p. 183-
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Les planches de l'Atlas publié par MM. Blocq et Londe présentent la série à peu près complète des myélopathies organiques actuellement connues.
La perfection des procédés photographiques, mis en œuvre par M. Londe pour reproduire la réalité, fait de chacune de ces planches autant de documents sincères et de bon aloi que la recherche scientifique pourra mettre à profit. D'un autre côté, le médecin praticien qui fréquemment entend parler de ces lésions, mais n'a pas souvent l'occasion de les constater par lui-même, pourra les y étudier à loisir et les y contempler telles ou à peu près telles qu'elles sont dans la nature.
J.-M. Ghârcot,
de rinstitut.
3 mai 1891.