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STIGMATES

En publiant, il y a plus de trente ans, la figure et la description du g. intrepidus, je crus avec Latreille qu'il n'existait dans cette arachnide qu'une seule paire de stigmates ayant son siége au thorax. J'étais dans l'erreur; M. Milne-Edwards, dans une [conographie du règne animal de Cuvier, a signalé dans le g. barbarus l'existence de stigmates abdominaux, et avant lui Kittary les avait fait connaître. J'ai confirmé et développé ce fait.

Nous avons donc à exposer les stigmates, thoraciques et abdominaux.

1° Stigmates thoraciques.

Latreille fit le premier connaître ces orifices respiratoires dans la deuxième édition du Nouveau Dictionnaire d'Histoire naturelle (1817), et j'en ai dit deux mots dans la description du q. intrepidus (1820). Dans mes récentes dissections je les ai plus particulièrement étudiés dans le g. barbarus, et ce sont ceux-là qui deviennent le type de ma description actuelle.

Il n’en existe qu’une seule paire, et d’après une étude rigoureuse de leur véritable siège, ce sont des stigmates prothoraciques, vu que, dans la profonde anfractuosité qui sépare les hanches de la première et de la deuxième paire de pattes, ils sont placés en avant de la suture qui délimite ces deux hanches.

Ces stigmates sont grands, bivalvulaires, transversaux, ovalesoblongs, un peu en forme de croissant dont la concavité est antérieure. Ce croissant a un bout plus gros qui regarde l'axe du corps. Il résulte de cette configuration que la valve antérieure du stigmate est plus grande et plus grosse. L’une et l'autre de ces valves ou lèvres sont constituées par un bourrelet blanchätre presque lisse et uni dans les galéodes qui n’ont pas subi l'action de l'alcool. Malgré la dureté de ce bourrelet sous la pince qui le presse et sa callosité apparente, mon habitude de ces autopsies me donne lieu de présumer que c’est un muscle orbiculaire destiné au jeu

de cette bouche respiratoire. L'étude de ces organes sur des individus vivants ou récemment morts pourrait seule lever mes doutes à cet égard.

Quoi qu'il en soit, il existe entre ces deux lèvres ou bourrelets un diaphragme membraneux ayant une fente médiane dans le sens du grand diamètre du stigmate. Cette fente s'ouvre directement dans la puissante souche irachéenne de l’intérieur du thorax, et sert ainsi à l'inhalation et à l’exhalation de l'air pour Pacte mécanique de la respiration.

Dans les sujets retirés de l'alcool, les lèvres stigmatiques sont granuleuses. Ces granulations, vues à une bonne loupe, forment un élégant cordonnet, dont les granules sont ou simples ou avec une empreinte transversale. J'ai représenté ces divers états du stigmate par des figures qui dispensent d’autres détails. Ces lèvres granuleuses sont parfois tellement rapprochées par leur inflexion réciproque qu’elles se touchent, ne laissant entre elles qu’une très-fine rainure qui rend imvisible le diaphragme. Mais dans quelques individus moins maltraités par la macération j'ai pu constater une portion de ce dernier.

Ces granulations cadavériques ne sont pourtant pas sans quelque valeur physiologique. Leur régularité fait naître l’idée que durant la vie le muscle orbiculaire du stigmate peut être intimement composé de faisceaux dont les contractions peuvent s’exercer isolément ou concurremment pour la dilatation ou l’occlusion de cet ostiole respiratoire. Je présume que ces curieux granules sont le résultat immédiat et permanent des violences de l’asphyxie par immersion dans les liquides spiritueux.

2° Stigmales abdominaux.

Les galéodes algériens ne m'ont offert que deux paires de stigmates abdominaux, situées l’une au bord postérieur du deuxième segment ventral, l’autre à ce même bord du troisième segment. Indépendamment de ces deux paires, qu'on peut appeler normales, Kittary signale un cinquième stigmate impair ou soli-

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taire et dépourvu de peigne; il le place au milieu de ce même bord du quatrième segment. M. Milne-Edwards n’admettrait dans le barbarus que deux stigmates abdominaux ! et M. Blanchard ce même nombre dans l’aranoiïdes ?.

À la vue des figures du savant russe, mon œil armé de la loupe s’est de nouveau mis en quête de ce stigmate impair en explorant scrupuleusement, soit les fragments tégumentaires déjà disséqués et conservés secs de manière à se prêter à l'étude par transparence, soit dans les individus entiers du barbarus et du Dastuquer, les plus grandes espèces de ma collection, et Je ne suis point parvenu à le reconnaitre.

J'ai vu et revu vingt fois dans les deux espèces algériennes que je viens de citer les curieux peignes stigmatiques dont J'ai indiqué le siége normal, et j'ai toujours constaté, ainsi que cela est marqué dans les figures de Kittary et du professeur Milne-Edwards, qu'un espace linéaire médian, facile à mettre en évidence, partageait chaque série transversale de ces élégantes dents en deux peignes distincts, de manière à constituer deux paires de ceux-ci, tandis que M. Blanchard n’a représenté à chaque segment qu'une seule série continue.

Chaque peigne a, dans le barbarus, de quinze à dix-sept dents fines, pointues, cornées, brunes, uniformément serrées entre elles et dirigées en arrière. Il ÿ en a quatre ou cinq de plus dans le Dastuguei. Ces dents sont fixées, ou mieux articulées, à une sorte de talon charnu, noirâtre dans le premier de ces galéodes, blanc et atténué aux deux bouts dans le second. La figure 7 de la planche VII de Kittary représente dans l’aranoïdes une sorte de chapelet de granulations ovalaires contiguës, correspondant sans doute à ce que j'ai appelé peigne, mais d’une configuration bien différente.

Les stigmates proprement dits, ou les osticles respiratoires, ont, dans le barbarus et le Dastuguei, éludé et ma loupe et mes lentilles microscopiques. Je suis arrivé à l'induction de leur existence

" Règne animal illustré de Cuvier, PI. XX bis. e L'organisation du règne animal, PI. XXV, fig. 10.

par la voie des trachées ventrales, dont j'ai poursuivi les troncs primaires jusqu'aux points de leur insertion tégumentaire. Par ce procédé, J'ai facilement acquis la certitude qu'il existait deux paires de ces troncs trachéens parfaitement isolables, aboutissant, non pas au milieu du peigne, comme 1l me semblait naturel de le croire, mais au bout interne de chacun de ces peignes. Aussi je ne m'explique pas bien les attributions de ceux-ci, qui ne semblent pas abriter les stigmates.

Après cette constatation bien positive des quatre troncs trachéens, j'ai tourné la page pour passer de la face viscérale du tégument à sa face externe; mais, je le répète, les ostioles respiratoires me sont demeurés inaperçus. On verra qu'il n’en a pas été de mème dans d’autres galéodes dépourvus de peignes, tels que les nigripalpis, Lucasit, intrepidus, brunnipes, quadrigerus, melanus et phalangista. Dans les plus grands individus de ces types, les stigmates, quoique fort petits, peuvent néanmoins être constatés, même à la simple loupe. Il y en a deux paires, et ils sont placés absolument comme dans les espèces à peignes. Ce sont des orifices circulaires avec une fine bordure cornée, brune, glabre, tout à fait nus et sessiles sur le tégument. L’aire de ces orifices est sans doute occupée par un diaphragme fibro-membraneux qui s’entr'ouvre pour le passage de l'air; mais J'avoue que je ne l'ai point encore vu.

J'ai lieu de m'étonner que Savigny, qui a enrichi la science de si précieux détails iconographiques sur la structure extérieure des galéodes de l'Egypte, n'ait fait aucune mention de ces peignes stigmatiques. Îl est très-probable qu'ils n'existent point dans les espèces qu'il a figurées.

ARTICLE IL

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